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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 09:25
Bases de l'économie marxiste: la valeur

Cet article de Tantquil.net explique ce qu'est la valeur. Ce concept, qui peut sembler très abstrait explique dans une large mesure le fonctionnement du capitalisme...

Avec la crise, les analyses économiques se multiplient et l’on entend parler partout de « richesse produite », de « prix » qui augmentent ou de « coût du travail », mais très rarement de la « valeur ». Ces définitions sont souvent utilisées sans que l’on sache à quoi elles correspondent réellement. Pourtant ce concept de « valeur » est fondamental pour comprendre le fonctionnement du système capitaliste et la crise qu’il traverse actuellement.

Différence entre prix et valeur

À force de regarder un peu trop BFM TV, on pourrait se dire que si un objet a une certaine valeur et que l’on est prêt à payer un certain prix pour l’avoir, c’est parce qu’on en a besoin. En tout cas, c’est l’idée que défendent les capitalistes. Pour eux si je meurs de soif dans le désert et que je rencontre la seule personne qui a de l’eau à plusieurs kilomètres à la ronde, je suis prêt à payer très cher pour le premier verre d’eau qu’il me vend. Au fur et à mesure que ma soif s’étanchera, je serais prêt à payer de moins en moins cher pour ces verres d’eau. Cette idée, appelée « utilité marginale », est théoriquement vraie, mais n’a en réalité quasiment jamais lieu.

En effet, il nous arrive assez rarement de nous perdre dans le désert. Et lorsque cela arrive, il est encore plus rare qu’un sale chien tente de nous vendre de l’eau au prix de l’or. En général lorsque l’on a soif notre problème est plutôt de savoir ce qu’on va choisir de boire entre du Cacolac, de la Vichy Célestin ou du Sélecto.

Bien sûr, la facilité d’accès joue sur le prix que l’on va payer pour son Cacolac : il sera forcément plus cher dans une épicerie de nuit que si on l’achète à Aldi, mais il restera toujours dans la même gamme de prix. Jamais ma canette de Cacolac ne coûtera 100 € et personne ne l’achètera à ce prix-là. Si un épicier fou pense que le Cacolac n’est pas vendu à son juste prix et tente de le vendre à 100 €, soit j’irais dans une autre épicerie soit je reporterais ma soif sur une brique de Candy’Up moins chère.

On constate donc qu’il y a un socle commun qui fait qu’un produit reste dans une certaine gamme de prix. Bien qu’il puisse y avoir certaines variations dans le prix d’une marchandise, qui sont dues à de nombreux facteurs, ce prix tourne toujours autour du même axe. Cet axe c’est « la valeur » d’une marchandise. En réalité, le prix n’est qu’une forme particulière que prend cette valeur lorsqu’elle est mise en vente. Une forme où la valeur est traduite en euros ou en dollars.

C’est quoi cette valeur alors ?

Bien sûr, si une marchandise vaut quelque chose c’est également parce que l’on a un intérêt à l’utiliser. C’est avant tout pour se servir d’un bien qu’on décide de l’acheter. Mais cette « valeur d’usage » n’est pas quantifiable et n’intéresse pas le capitalisme.

En effet, difficile de savoir combien vaut le délicat et désaltérant goût chocolaté d’un Cacolac un soir d’été, et d’ailleurs le patron n’en a rien à foutre. Produire du Cacolac, des Dragibus ou du quinoa bio ne change rien du moment qu’il parvient à le vendre à un prix qui lui permet de retirer suffisamment de profit. Pour le capitalisme, seule cette « valeur d’échange » existe. Et c’est donc dans l’échange que l’on voit apparaître cette valeur. Normalement on se pose la question de savoir combien vaut une canette de Cacolac uniquement lorsque l’on veut l’acheter ou la vendre.

Sauf qu’avec le système capitaliste on est sûr de pouvoir échanger sa canette à (presque) n’importe quel moment. Même si l’on ne souhaite pas vendre sa canette de Cacolac on sait combien elle vaut. La valeur devient permanente. On ne parle plus de « valeur d’échange », mais de « valeur » tout court. Elle devient autonome de l’achat ou de la vente des marchandises1.

C’est d’ailleurs l’existence de cette « valeur » qui nous permet de regrouper des objets aussi différents qu’un kilo de riz, un Ipad Air ou un litre d’eau du robinet sous la même appellation de « marchandise », car c’est la quantité de valeur contenue dans ces biens qui permet de les comparer entre eux.

Mais si ce n’est ni l’utilité, ni la rareté, ni le principe de l’offre et de la demande qui donne cette valeur à une marchandise, d’où vient-elle ?

La source de la valeur

Les capitalistes pourraient dire que, si cette marchandise vaut tant c’est parce qu’elle leur a coûté quelque chose à produire et qu’ils perdront de l’argent s’ils la vendent moins cher. Mais regardons de plus près ce qui, pour le patron, constitue ce « coût » de production :

- Le Travail des ouvriers. Que le patron a payé, sous forme de salaire, à ses employés pour acheter leur force de travail.

- La Plus-value : La part de travail des ouvriers que le patron n’a pas payé et qu’il s’approprie pour faire son profit.

- Les Matières premières : Qui ont une valeur, mais parce qu’il a fallu qu’un certain nombre de personnes vendent leur force de travail pour les produire. Pas d’acier sans le travail du mineur extrayant du charbon et du fer, ni sans celui de l’ouvrier sidérurgiste faisant fondre l’un avec l’autre. À chacun de ces niveaux de production, divers patrons ont également récupéré une certaine plus-value.

- Les Machines et l’électricité : Qui ont également une certaine « valeur », mais parce qu’il a également fallu que des prolos vendent leur force de travail pour les fabriquer. Pas de machines sans employés pour les monter et les entretenir, ni d’électricité si personne ne fabrique et ne surveille les réacteurs des centrales nucléaires. Là aussi à chacun des niveaux de production, divers patrons ont également récupéré une certaine plus-value.

On constate que pour ce capitaliste, le « coût » de production est en réalité la somme des salaires qui ont été nécessaires pour produire une marchandise auquel il faut ajouter la somme des plus-values que les patrons récupèrent pour leurs profits2.

C’est donc en réalité l’ensemble du travail passé qui a été nécessaire pour produire les matières premières et les machines, ainsi que le boulot actuel qui les utilise pour donner une nouvelle marchandise, qui donne de la valeur à une canette de Cacolac. Enfin bref, tout ça pour confirmer la révélation tonitruante suivante : Toute la valeur vient du travail !!!

Vous allez me dire et alors, ça me fait une belle jambe. Sauf que c’est justement là d’où viens tout les problèmes du capitalisme. Il tente de faire baisser le travail nécessaire pour la production d’une marchandise car il le considère comme un « coût », alors que c’est seulement ce même travail qui peut produire la valeur nécessaire au développement du Capital. La crise actuelle en est un parfait exemple.

Dans une prochaine notion on essayera de voir comment le travail passé et réactivé par le travail présent ainsi que de définir ce qu’est cette « quantité de travail » et comment elle se transforme en « valeur ». On verra ensuite quel est le lien entre la valeur et la crise actuelle du capital à travers la notion : Qu’est ce que c’est… la crise de la valeur.

Repris sur Tantquil.net

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