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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 13:21

Publié sur Tant qu'il y aura de l'argent le 19 Janvier 2015

Ou comment comprendre en s’amusant la situation des pays du sud de l’Europe. La montée d’une nouvelle social-démocratie représentée par Syriza en Grèce et Podemos en Espagne fait miroiter chez certains prolétaires de ces pays un changement de situation. Mais autant le dire tout de suite, à tantquil on ne croit pas trop que le changement pourra provenir des urnes…

Bientôt trois ans ont passé depuis que nous vous avions parlé de la crise de la dette au travers de la petite histoire de Yorgos, Dominique, Jojo, et toute la fine équipe. Afin de mieux apprécier l’histoire qui suit, nous vous conseillons fortement d’en relire la première partie. C’est fait ? Vous avez la flemme et voulez la relire plus tard ? Bon, alors passons à la suite.

Pour celles et ceux qui se perdraient dans les prénoms et tout ça, il y a à la fin de l’article un petit récapitulatif.

Yorgos et Dominique galèrent depuis plusieurs années, écrasés par des dettes qu’ils ont beaucoup de mal à rembourser. Ces dettes, ils les ont contractées auprès de Jojo, un type un peu friqué qu’ils ont rencontrés au bar PMU du coin ou ils ont leurs habitudes.

Avant qu'il change de look et de clientèle...

Avant qu'il change de look et de clientèle...

La situation des deux potes de bars était et reste différente : Yorgos est allocataire du RSA, sa dette est très lourde… En bref c’est la misère. Pour Dominique, qui est salariée, bien qu’au chômage partiel c’est un peu moins difficile, même si les temps sont durs et ne risquent pas de s’améliorer.

Mais nous reviendrons sur le cas de Dominique plus tard.

La relation de Yorgos et de son créancier Jojo, a connu des hauts et des bas. Après un long psychodrame, qui a vu Yorgos au bord de la faillite risquer de tout plaquer, la situation s’est normalisée. Du moins, en apparence. La raison de cette normalisation ? L’intervention de Jacqueline, la patronne du bar PMU où tout ce beau monde se retrouve.

Jacqueline est consciente que sa clientèle se compose de galériens divers, qui ont du mal à boucler leurs fins de mois. Elle sait aussi que sans la consommation de ces galériens, son bar ferme. Alors elle à fait à Jojo une proposition que ce dernier n’a pas pu refuser :

Combien te doit Yorgos ? Lui a-t-elle demandé, en lui resservant un demi.

Eh, encore près de 3300 euros. Mais je ne sais pas combien il va m’en rendre réellement, tu sais, c’est une cloche… lui répondis Jojo, l’air de dire « on est du même monde, tout les deux ».

OK. Laisse moi te propose un truc.  Je te rachète sa dette. Je te file maintenant, cash, la moitié, et on en parle plus.

La moitié ? Eh c’est pas lourd ! Faut que je bouffe aussi!

Monsieur est dur en affaire… Si tu donne ton accord, en plus, je t’efface aussi une partie de ton ardoise à toi. On est bon ?

On est bon.

Voilà comment Jacqueline est devenue la principale créancière de Yorgos.

Lorsque Yorgos s’est pointé à nouveau dans son bar favori, Jacqueline l’a pris entre quat’zyeux et lui a expliqué l’accord. Désormais, ce serait elle son interlocuteur. Mais pour commencer et fêter l’accord, elle lui paya un coup. Toujours picon-bière ? Allez, va pour une pinte. Jacqueline est une nana généreuse, quand elle s’y met.

Si l'Union européenne était un bar PMU

C’est pas pour autant la fête, pour Yorgos : tout les mois, Jacqueline débarque chez lui, avec deux potes, pour vérifier ses comptes. Il s’est fait confisquer son ordinateur portable, son smartphone… Il a même du revendre sa collection de BD!  Il travaille au black, fait des gâches à droite à gauche payé au lance pierre. Il a revu ses ambitions à la baisse, c’est sûr. Quand on est chômeur de longue durée…

Aujourd’hui, c’est le début de l’année et Yorgos fait le bilan. Il est au bout du rouleau. Il a perdu trois dents et n’a pas les moyens d’aller chez le dentiste. Il est obligé de porter plusieurs pulls, car il a dû se passer de chauffage. Un vieil ordi qu’il a trouvé dans les poubelles lui permet encore d’aller sur internet via un wifi piraté et il y cherche en vain des idées pour se sortir de la merde.

Parfois, un vieux pote à lui, qui a perdu sa piaule, vient crécher à la maison. Sur des sites de fans chelous de monsieur propre animé par des gens soit-disant pleins de bons conseils, il a lu que le premier truc à faire est d’interdire sa maison aux gens comme ça, qui vous « tirent vers le bas ». Une petite partie de lui en a bien envie, parfois. Mais il sait bien que c’est de la merde, et que cela ne résout rien, sauf à l’isoler davantage : c’est pas son vieux pote qui l’a mis dans la merde, c’est le fonctionnement de cette société.

Alors, en surfant sur des forums de travailleurs sociaux, il lit d’autres textes, qui lui paraissent plus sérieux et réalistes. Selon les conseils des travailleurs sociaux, il devrait renégocier sa dette avec Jacqueline, gratter un peu de maille, au moins de quoi faire changer ses dents, quoi ! S’il peut à nouveau arborer un beau sourire, peut-être qu’il se fera plus facilement embaucher ?  Et puis il fait trop de dépenses inutiles : il doit réduire sa consommation d’alcool, faire du sport en plein air, avoir des loisirs pas chers et tout ira mieux ! Et enfin si Jacqueline n’est pas contente, hein, il peut toujours menacer de ne plus jamais revenir dans son bar !

Jacqueline, de son côté, à eu vent des états d’âmes de Yorgos. Alors elle dit à qui veut l’entendre qu’il n’y à « aucun souci, Yorgos peut quitter son bar, s’il veut la jouer comme ça, mais qu’elle, restera droite dans ses bottes !  Plus personne ne fera d’ardoise à ce tocard pour boire un coup, si on apprend qu’il a planté le bar PMU ».

Au final, Yorgos n’a pas encore tranché. Pas plus que sa pote Carmen, un peu dans le même cas que lui.

Mais vous savez quoi ? Tout ça ne changera pas grand chose, au final. Parce que Jacqueline acceptera d’aménager un peu la dette de Yorgos. Elle grogne juste pour la galerie. Et parce que Yorgos n’a aucune intention d’aller trop loin dans ses résolutions : c’est juste un ravalement de façade.

En définitive, aucune bonne gestion de la dette de Yorgos ne le sortira de la merde, c’est plus profond que ça. Et de plus, il sera toujours au chômage. Yorgos n’a rien à attendre de ces solutions vaseuses pour mieux gérer son budget. Même dans le cas ou tout cela s’envenime, Yorgos peut quitter le bar, s’engueuler avec Jacqueline et choisir de se passer de picon pour boire des 8.6 dans la rue, ça ne changera pas non plus la question : tant qu’il y aura de l’argent, il n’y aura pas assez de bière pour tout le monde.

Représenté par Yorgos : le prolétariat grec, aujourd’hui dirigé par une coalition de droite, mais qui est tenté par le parti de gauche keynésien Syriza, qui promet une gestion plus humanitaire de l’économie. Les fachos d’aube dorée ont aussi fait une petite percée, mais restent pour l’instant fort heureusement bien minoritaires.

Représenté par Jojo : les créanciers privés de la Grèce. Comme nous l’écrivions plus haut dans l’histoire, ceux-ci, non contents d’avoir pu transférer leurs dettes à la banque centrale qui l’a racheté moyennant une décote, ont aussi été indemnisés par les états (ce que nous avons résumé par le fait que JC efface une partie de l’ardoise de Jojo.)

Représenté par Jacqueline : pêle mêle l’UE, la Banque Centrale Européenne, les différents créanciers publics, aujourd’hui principaux détenteurs de la dette grecque ( à hauteur de 90 %) on comprend aussi que le bar PMU, c’est bien entendu la zone euro…

Représenté par Dominique, les prolétaires des pays du centre (riches) de l’Europe, comme la France ou l’Allemagne.

Représenté par Carmen, vous aurez reconnu les prolétaires qui vivent sur le territoire de l’état espagnol.

Bien sur, tout ceci n’est qu’une fable, une métaphore, avec toutes les approximations que cela comprend. Nous reviendrons rapidement sur la situation en Grèce et en Espagne, avec la montée des partis dits « anti-austérité », soit Syriza et Podemos. Disons qu’à tantquil, l’arrivée au pouvoir de ces réformateurs dont le programme est moins radical que celui de Mitterrand en 1981 ne nous vend pas du rêve, c’est clair. Et au passage les discours sur « ces feignants de Grecs » ne sont pas sans rappeler ceux sur « ces assistés de RSAstes » ou autres joyeusetés qu’on entend par ci par là. Et l’austérité imposée, avec mise du pays sous tutelle, a un air de famille avec la tutelle sociale de nos latitudes…

 

Source:  http://www.tantquil.net/2015/01/19/retour-sur-la-crise-de-la-dette-2/

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