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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 12:47

commune.jpgContenu original:avec la nouvelle année la formule du blog change. En plus de partager des news glanées sur internet ainsi que des infos locales, nous avons décidé de donner plus de place à des contenus originaux, rédigés exclusivement pour notre blog...

Une série de textes sur le thème de l’autogestion : qu’est-ce qu’on entend par là ? Quelles expériences ? Quelle théorie ? Quelles sont les limites et les critiques à apporter au concept ? La Commune de Paris de 1871 a été l’occasion pour les travailleurs et exploités de s’organiser à la base, préfigurant les conseils ouvriers et d’autres institutions autogestionnaires…

 

Le contexte politique général

 

L’insurrection de la Commune de Paris a lieu à la fin de ce que certains historiens ont nommé « l’Empire libéral ». Des réformes ont en effet lieu dans les dernières années du Second Empire, sous la pression de l’évolution politique et sociale. Ainsi, concernant la presse, l’autorisation préalable et le système des avertissements sont supprimés, et les réunions publiques sont à nouveau autorisées.

Par une propagande habile mettant en valeur l’ordre et une relative prospérité, le régime attise la « peur du rouge » chez les bourgeois des villes et les propriétaires fonciers des zones rurales. Cela aboutit à une victoire des bonapartistes aux élections de 1869.

Parallèlement, la gauche et le mouvement ouvrier se développent. La gauche parlementaire est représentée par les radicaux, la gauche révolutionnaire par les blanquistes. L’AIT peut compter sur quelques milliers d’ouvriers regroupés en chambres syndicales ou en sections et fédérations de quartier, menant des grèves sur leurs lieux de travail ou assurant le soutien à d’autre grévistes, allant parfois jusqu’à des grèves de solidarité. Les théories marxistes se diffusent un peu partout, Proudhon est influent à Paris et Rouen, Bakounine à Lyon et Marseille.

Ce nouveau paysage politique se traduit par ailleurs sur le plan électoral par la division en trois oppositions : opposition légitimiste et catholique, opposition libérale menée par Thiers, opposition de gauche –l’Union démocratique-, regroupant des républicains libéraux de gauche, des radicaux, des blanquistes et des représentants de l’AIT, autour du Programme de Belleville. Ce dernier prévoit le suffrage universel intégral, la liberté de presse, de réunion et d’organisation, l’instruction primaire obligatoire, laïque et gratuite, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la suppression des armées permanentes, l’élection des fonctionnaires publics, « l’abolition des privilèges et des monopoles ».

Les élections donnent une droite forte, avec trois fois plus de sièges que l’extrême gauche, deux fois plus que les royalistes, et le « Tiers parti » en position d’arbitre, tout cela sur fond de grève du Creusot et de répression de l’AIT.

 

Guerre franco-prussienne., chute de l’Empire et organisation de la défense nationale.

 

La droite bonapartiste prend prétexte de la crise de succession en Prusse pour entrer en guerre. Il s’agit pour elle de renforcer le régime en profitant des résultats favorables du dernier plébiscite.

A l’issue de la défaite de Sedan, Napoléon et 100 000 soldats sont faits prisonniers.

La droite s’efforce avant tout de terminer la guerre au mieux de ses intérêts, la Bourse enregistrant une hausse à chaque victoire prussienne.

Le gouvernement provisoire étant tenu par les modérés, Gambetta travaille à l’installation et au renforcement de la République, qui est proclamée à Paris, Bordeaux, Marseille, Lyon, cette dernière étant le théâtre d’un coup de force avorté de Bakounine. Au moment du siège de Paris, la France dispose encore –armée, garde mobile et garde nationale confondues- d’environ 550 000 hommes, mais le ravitaillement reste mal organisé.

 

Mise en place et organisation de la Commune

 

Dès janvier 1870, la capitale entame une vie politique en vase clos, à travers les clubs, les comités d’arrondissement ou de quartier. La Commune garde pendant toute son existence un double caractère révolutionnaire et patriotique (défense).

La prise en main de la ville par son habitant s’exprime d’abord par l’occupation et la réappropriation de lieux, tels les Tuileries, l’Hôtel de Ville, le Palais impérial, la Bibliothèque nationale, la Bourse, et l’organisation de fêtes et cérémonies –proclamation de la Commune, obsèques des morts des premiers combats, démolition de la colonne Vendôme, destruction de la maison de Thiers, concerts-. C’est aussi un retour des classes modestes dans le centre d’où elles avaient été chassées.

La prise en main se concrétise aussi par la fraternisation de la population avec les gardes nationaux et une partie des soldats, notamment lors de la résistance contre la mainmise de l’armée sur les canons de la Garde nationale, et l’installation du Comité central à l’Hôtel de Ville.

Les élections municipales permettent la mise en place d’un conseil général de la Commune dans lequel sont représentés républicains modérés, radicaux, blanquistes et représentants de l’AIT, qui se considère comme le gouvernement légal du pays. Un Journal officiel est édité pendant toute la durée de la Commune.

 

Sociologie de la Commune

 

Deux sources nous renseignent sur cet aspect : la composition des instances élues et les fiches établies par l’armée à l’occasion des procès des Communards.

Les ouvriers représentaient un peu plus d’un tiers du Conseil général. La plus grande partie d’entre eux, anarchistes ou marxistes, se rattachait au groupe internationaliste. Paradoxalement, il semble qu’ils aient joué un rôle modérateur face à la majorité bourgeoise de gauche tenante d’une guerre à outrance et de l’exécution des otages, et aux blanquistes.

Concernant la population parisienne, il semble que ce soit 50 à 60 000 personnes qui se sont impliquées dans la reprise en main de la ville. Selon les fiches établies par l’armées, il s’agissait d’une population jeune, célibataire, d’origine provinciale, pour la grande majorité alphabétisée. Mis à part quelques petits patrons et marchands, l’immense majorité est formée de salariés, dont près de la moitié d’ouvriers du bâtiment, de la métallurgie et de journaliers, les employés devenant souvent les cadres de l’insurrection. On peut donc bien parler d’une rébellion ouvrière.

 

Influences  idéologiques

 

Les acteurs de la Commune de 1871 se voient comme les héritiers de 1793. Les rééditions d’œuvres de Robespierre, Danton, Marat, Saint Just en témoignent. Les textes officiels parlent d’autonomie, d’association, de fédération, d’union. Il s’agit d’abord d’une révolte contre toute mainmise sur les biens et les esprits. Les ennemis les plus cités sont donc à l’époque avant tout les prêtres, les propriétaires, les concierges et les spéculateurs, et pas encore les patrons et les artisans de la bourgeoisie.

Dans le même ordre d’idée, la volonté qui s’exprime le plus clairement dans les clubs populaires est celle de la maîtrise des mandatés, par l’élection, le contrôle, la révocation. La souveraineté du peuple est liée à l’autonomie individuelle. C’est une solidarité de lutte, d’habitat, qui s’affirme, face au centralisme d’Etat. Jacques Rougerie fait remarquer que de telles aspirations ne peuvent que mener au conflit avec les représentants désignés ou auto-proclamés.

Et de fait, l’Assemblée communale refusa que ses séances soient publiques. Les membres de la Commune élus en mars et avril 1871 font figure d’apprentis parlementaires, non soumis au contrôle direct. Leur activité n’eut semble-t-il pour but et pour résultat que la reproduction du système républicain à une échelle réduite.

D’où la différence d’état d’esprit qui apparaît entre la Déclaration au peuple français, « testament de la Commune », dans lequel il est simplement question «d’universaliser la propriété, suivant les nécessités du moment », et le programme du Comité des vingt arrondissements qui projette « d’en finir pour toujours avec le salariat ».

 

Les expériences de la Commune

 

La Commune de Paris apparaît comme une pratique spontanée de la sociabilité ouvrière, prenant pour référence Proudhon. « Raisonner de (ses) intérêts, toujours du point de vue collectif », tel que résumé par Varlin.

L'Internationale avait déjà commencé à reconstituer ses sections de quartier et ses Chambres syndicales.

Les aspirations se sont exprimées par la création de coopératives, d'unions, telle l'Union des femmes « pour la Défense de Paris et les soins aux blessés », regroupant des cantinières, des ambulancières, des couturières, dont l'un des projets était l'ouverture d'écoles. L'accent était donc mis sur la révolution sociale, sans qu'il soit encore question à cette époque de revendications de type féministe.

Parallèlement, se mettent en place une cinquantaine de clubs, souvent installés dans des églises débaptisées. Parmi eux, un grand nombre de « bataillons » de la Garde nationale, en fait des comités d'immeuble ou de quartier, structures se voulant autonomes, élisant et destituant leurs officiers et leurs délégués. Cependant, la Fédération de la Garde nationale a elle-même contribué à installer une hiérarchie de délégués, comités, sous-comités, constituant à son tour une nouvelle bureaucratie.

Malgré le mot d'ordre de « mort aux voleurs », les perquisitions et arrestations, la vigilance envers les ennemis, contre-révolutionnaires ou perçus comme tels, il semble que la violence soit restée verbale la plupart du temps. En tout cas, le mot d'ordre cadre mal avec la destruction de la guillotine en avril 1870.

 

Les réalisations

 

Pour les membres du Conseil de la Commune comme pour ceux des bataillons, il s'agit de mettre en place une nouvelle administration qui prouve sa capacité à remplacer la bourgeoisie défaillante.

L'œuvre législative comprend une partie concernant le fonctionnement de la Commune elle-même : vote du budget, répartition des impôts, administration des biens appartenant à la Commune, direction des services locaux, organisation de la défense urbaine.

Des mesures sociales sont adoptées dans l'urgence : restitution des biens engagés au Mont de piété, remise des trois derniers loyers aux locataires et garantie contre les expulsions, réquisition des logements vacants, suppression du travail de nuit dans les boulangeries, des amendes et des retenues sur salaire, des bureaux de placement.

D'autres mesures correspondent plus à une volonté de transformation de la société : séparation de l'Eglise et de l'Etat, sécularisation des biens du clergé, liberté de mariage, adoption par la Commune des enfants non reconnus, égalisation des salaires des fonctionnaires et des salaires ouvriers.

Un programme scolaire et culturel laïque est mis en place. Il prévoit la participation des ouvriers à la transmission des techniques dans les écoles, des cours du soir pour les adultes, la création de salles de lecture dans les hôpitaux, de crèches dans les quartiers ouvriers.

Parallèlement la liberté nouvelle de la presse encourage la multiplication des titres -l'Officiel, le Cri peuple, le Père Duchesne, le Vengeur, la Sociale, la Commune- cependant que les journaux adverses sont surveillés, voire interdits comme le Gaulois-Figaro.

 

Les Communards ont tenté de réorganiser la vie économique sur des base autogestionnaires.

Une Commission du travail, de l'industrie et des échanges s'est efforcé de redémarrer les usines abandonnées par les patrons, avec le concours des coopératives ouvrières. En mai 1871 paraît au Journal officiel un règlement soumis à l'approbation de la Commune de Paris, qui prévoit l'administration de chaque entreprise par un Conseil ouvrier composé d'un délégué à la direction, d'un chef d'atelier, et de représentants des bancs, tous élus et révocables par l'ensemble des ouvriers.

 

Un Echec ?

 

Le premier obstacle auquel s'est heurtée la Commune fut le manque de temps. Ainsi, si l'on met de côté l'industrie de l'armement, la tentative de reprise en main de l'économie n'a pas abouti. Le simple recensement des ateliers abandonnés par leur patron n'était pas achevé à l'entrée des Versaillais.

En fait, le laps de temps fut si court que les conflits entre le Conseil communal et les comités d'arrondissement n'eurent pas le temps de se développer. Simplement, le travail législatif d'une part, les expériences de gestion quotidienne et de défense d'autre part, se déroulèrent séparément.

Précisément, la défense contre les Prussiens a mobilisé beaucoup d'énergie. La capitale n'avait que 20 000 combattants à opposer à 130 000 Versaillais, les rivalités entre les différentes instances (Comité central, Conseil général, puis Comité de Salut public) faisant le reste.

La Commune apparaît aussi comme trop respectueuse de la propriété privée: ainsi, les réquisitions furent rares, sauf pour l'armement, et l'argent de la Banque de France, géré scrupuleusement par la nouvelle élite ouvrière, mais dont les bourgeois révolutionnaires refusent de s'emparer, cet argent sert en définitive à financer la réaction.

 

Les Communards, peut-être conscients de la dimension restreinte de leur expérience par rapport au reste du pays fonctionnant toujours sur le modèle capitaliste, se sont peut-être limités à fournir un modèle.

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