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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 13:51

palais-d-hiver.jpgContenu original:Avec la nouvelle année la formule du blog change. En plus de partager des news glanées sur internet ainsi que des infos locales, nous avons décidé de donner plus de place à des contenus originaux, rédigés exclusivement pour notre blog...

Voici une série de textes sur le thème de l’autogestion : qu’est-ce qu’on entend par là ? Quelles expériences ? Quelle théorie ? Quelles sont les limites et les critiques à apporter au concept ?

La révolution russe,  au-delà de l’autoritarisme bolchevik voit se développer de nombreuses pratiques qui si elles n’en portent pas le nom, se rapprochent de l’autogestion…

Que s’est-il passé en Russie ?

 

Les tendances autogestionnaires se sont exprimées à travers différentes structures :  

Tout d’abord les structures locales autonomes visant à assurer la production, le ravitaillement, la défense : ce sont les comités, qu’ils soient de grève, d’usine ou de quartier, eux-mêmes fédérés en soviets, et les gardes –dites civiles, urbaines ou ouvrières-.

Ensuite le mouvement coopératif (mutuelles).

Il faut mentionner aussi ce que l’on appellerait aujourd’hui le « mouvement social », sous lequel on peut classer des groupes se définissant selon des critères très divers : groupes de jeunes ou de femmes, institutions sociales de défense de leurs droits, anarcho-syndicalistes, mais aussi groupes sociaux-chrétiens, mouvements de réforme des Eglises, sectes, comités de la Croix-rouge impulsés par la bourgeoisie.

Enfin, il ne faut pas oublier comme acteurs de l’autogestion… les ouvriers ou les paysans eux-mêmes, lorsqu’ils n’appartiennent pas à l’une de ces structures.

En fait, il semble bien que tous ces groupes se soient montés spontanément, devant l’écroulement (rapide) de l’administration d’Ancien Régime et la déliquescence des syndicats : les besoins n’étant plus assurés par les anciennes structures, les gens se sont organisés eux-mêmes. C’est en cela qu’on peut dire que ces institutions étaient bien l’expression du pouvoir populaire.3

Cependant, il fallait compter avec les structures de projet politique : les partis politiques, bien que peu importants en effectifs, restaient vivants et influents dans les milieux ouvriers. Ils s’efforcèrent d’une part de reprendre en main soviets et comités, d’autre part de faire entendre leur voix et de prendre le pouvoir à travers leurs propres structures : il ne faut en effet pas confondre les soviets des comités de grève, d’usine ou de quartier, véritables structures autogestionnaires et fédératives, avec les soviets « de députés ouvriers », formés eux de militants des partis (les premiers s’organisant la plupart du temps sans l’aval des seconds…).

 

Les évènements de Kronstadt

 

Située sur une île, Kronstadt est à l’origine une ville de garnison –ce qui en faisait un enjeu important-. Les habitants, organisés en milices basées sur les comités de maison, disposent donc de matériel militaire et de navires de guerre pour assurer la défense. Une commission technico-militaire est chargée d’établir l’inventaire des forces disponibles et de pourvoir à l’équipement et à l’instruction des combattants.

Par ailleurs, les habitants procèdent à la socialisation des habitations : il s’agit dans un premier temps de répartir équitablement la surface habitable, dans un second temps d’organiser la réparation et l’entretien des toitures et des canalisations par des comités de maison, quartier, d’arrondissement.

Le ravitaillement était censé être assuré suivant les mêmes principes –autogestionnaires et fédératifs-, par la mise en place de communes de culture : les terres disponibles, de superficie réduite, étaient distribuées lors de chaque assemblée générale en lots attribués par tirage au sort à des groupes de dix à 60 personnes chargés de les mettre en valeur.

En plus de ces institutions d’autogestion somme toute classiques, les habitants de Kronstadt organisèrent un système de recyclage des métaux, à partir de deux sources principales : la ferraille courante et le matériel militaire obsolète. Les ouvriers métallurgistes prenaient en fait sur leur temps libre pour fabriquer des outils agricoles. Ceux-ci étaient redistribués aux paysans vivant alentour par les propagandistes de tendance anarchiste, socialistes révolutionnaires  et « maximalistes ».

Toutes ces réalisations, redistributions de terres, de logements, de ravitaillement, d’objets issus du recyclage étaient régulièrement consignées dans les Izvestia de Kronstadt. Un des buts revendiqués par le soviet de Kronstadt était précisément la propagande -par l’exemple ou par l’agitation et la redistribution de biens- en faveur du principe « tout le pouvoir aux soviets locaux ».

Ce soviet s’est en effet efforcé de résister aux prétentions centralisatrices de Lénine –projet de décret sur la répartition des habitations ou des terres- et aux campagnes de dénigrement menées par les bolcheviks.

Il n’en demeure pas moins que l’isolement géographique, s’il constituait un avantage militaire en temps normal –avantage annulé pendant les périodes de gel rendant accessible les positions par l’infanterie adverse- s’est révélée être un inconvénient du point de vue politique –difficulté de diffusion des informations-.

 

L’auto-organisation dans l’Ukraine de Makhno

 

L’Ukraine, d’une superficie double de celle de la France, était un territoire à enjeux : c’était la zone frontière par excellence, terrain de lutte entre Allemands et armées tzaristes puis révolutionnaires. Les luttes furent particulièrement âpres du fait qu’il s’agissait du grenier à blé de la région.

Très opposée aux diverses factions révolutionnaires, une Direction générale autonome s’est créée à Kiev. On dénombrait donc dans la région, pour la période 1917-1922 : les Russes blancs de Dénikine, Krasnov, Maï-Maievsky, les Allemands, l’Armée rouge, l’armée anarchistes dirigée par Makhno, les « Verts » -en fait des bandes de paysans désœuvrés-, acteurs d’une guerre classique, puis d’une guerre civile, avec multiplication des pogroms.

C’est dans ce contexte que s’est développé une révolte paysanne de type national, mais sur des bases de fonctionnement libertaires, dirigée par Nestor Makhno. Ce dernier s’employa à organiser une armée populaire efficace, fonctionnant suivant des principes autogestionnaires : si Makhno, excellent tacticien, est resté chef de cette armée, et s’il existait effectivement une hiérarchie, celle-ci était toujours issue de votes accordant mandat aux sous-officiers élus. La base conservait ainsi le contrôle politique des grandes options stratégiques. Il y eu néanmoins débat sur le problème des permanents, les anarchistes ne tolérant –en principe- que l’existence de permanents techniques, par opposition aux permanents politiques4, cette dernière distinction paraissant avec le recul quelque peu factice, dans la mesure où un technicien détient un savoir-faire qui peut lui permettre de manœuvrer pour imposer ses choix politiques, en tentant de démontrer par exemple que tel choix politique et/ou stratégique est le seul envisageable pour des raisons techniques… quand lui seul ou un autre technicien est capable de déterminer si elles sont ou non invoquées à bon escient.

Parallèlement à cette organisation, des communautés ouvrières autogestionnaires se sont mises en place, de la même façon que dans le reste du théâtre des opérations de la Révolution de 1917.

Dans la mesure où les revendications makhnovistes n’étaient aussi territoriales, et pas uniquement sociales et idéologiques, des tractations eurent lieu entre anarchistes et bolcheviks. C’est dans ce cadre que se déroula notamment l’entrevue entre Makhno et Lénine. Mais au fur et à mesure que les rouges ont pris le contrôle du pays, y compris souvent dans les instances locales autogérées, ils ont mené une politique répressive à l’encontre des libertaires dès 1921, à Moscou, puis à Kronstadt et en Ukraine.


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