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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 13:57

autogestion-et-elections-2.pngContenu original:Avec la nouvelle année la formule du blog change. En plus de partager des news glanées sur internet ainsi que des infos locales, nous avons décidé de donner plus de place à des contenus originaux, rédigés exclusivement pour notre blog...

Voici une série de textes sur le thème de l’autogestion : qu’est-ce qu’on entend par là ? Quelles expériences ? Quelle théorie ? Quelles sont les limites et les critiques à apporter au concept ?

Si l’autogestion constitue un concept intéressant, elle n’est pas pour autant une panacée. En voici les limites critiques et obstacles recontrés..

 

Les  différentes démarches  autogestionnaires  abordées plus haut ont chacune leurs limites :

Les autogestions en système capitaliste : On reproche généralement aux « îlots de socialisme » d’être de fait des réalisations de type « réformiste », dans la mesure où, même si leurs tenants prétendent vouloir changer la société, c’est par la force des choses à long terme. Et en attendant, les entreprises autogestionnaires restent confrontées à la concurrence, aux contraintes de rentabilité, comme toutes les autres boites. D’où maintien d’une exigence de productivité…

L’autogestion lors d’un processus révolutionnaire : Les tentatives de révolution sociale par en bas ont été balayées à la suite de défaites militaires. A supposer que le contexte social soit à nouveau favorable dans tel ou tel pays, il y aura encore une fois le risque que les forces sociales contraires, à l’intérieur comme à l’extérieur de la zone concernée, ne laissent pas faire…

L’autogestion sous impulsion étatique, : elle se fait par le haut, sous contrainte, ce qui est pour le moins paradoxal pour un système qui prétend favoriser l’autonomie des gens. Et le fait est que ces rares expériences se sont soldées par des échecs.

 

Le mouvement libertaire ne peut en fait se reconnaître que dans les deux premières formes d’autogestion qui viennent d’être décrites. L’un de ses buts est la recherche et la promotion d’une autogestion par en bas qui soit à la fois possible et efficace. Un cas parmi d’autres est celui de salariés qui se retrouvent avec un appareil économique et/ou commercial à gérer (quand par exemple le patron a démissionné). Le tout est d’acquérir la culture économique et historique suffisante pour indiquer les écueils à éviter, les taches à accomplir… sans pour autant se substituer aux gens.

 

Les démarches que nous serons amenés à faire autour de cette question sont en fait liées à la conception que l’on a de l’autogestion par rapport au jeu politique. Est-elle une fin ou un moyen ?

Pour certains, elle est le moyen par excellence de transformation de la société, pour d’autres, un moyen parmi d’autres. Pour les marxistes, elle reste un simple moyen de propagande.

Pour les libertaires, plus qu’un moyen, elle est une modalité à généraliser, à étendre, que ce soit dans le domaine strictement économique ou dans l’organisation des luttes.

Et malheureusement, pour les capitalistes, elle est un moyen de couper l’herbe sous le pied des révolutionnaires, par le biais d’un détournement de la notion d’autogestion sous le nom d’une prétendue « démocratie dans l’entreprise ».

 

 

 

 

Les obstacles à l’autogestion

 

Les premiers à combattre toute forme d’autogestion sont bien sûr les tenants du capitalisme, au premier chef les partis politiques de droite et les idéologues du MEDEF. Plus concrètement, à l’intérieur des entreprises, on se heurtera à la Direction, sans doute à la majorité du personnel supérieur d’encadrement, sans doute malheureusement à une partie plus ou moins importante du personnel de production.

Les partis politiques de gauche voire d’extrême gauche et la plupart des confédérations syndicales ne se priveront pas eux aussi de faire obstacle à toute velléité d’auto-organisation. Dans la mesure où ces structures fonctionnent à l’intérieur du système en place et qu’elles prétendre tirer leur légitimité et leur pouvoir d’élections organisées dans ce cadre, il n’est pas dans leur intérêt de voir les travailleurs, les habitants des quartiers et les exclus s’émanciper. Politiciens et dirigeants syndicaux agissent suivant les principes d’autorité et de délégation, qu’ils ont une position sociale à défendre. Inutile donc d’en attendre une quelconque complicité avec toute initiative autogestionnaire.

Par ailleurs, les obstacles sont aussi dans nos têtes. Si le salariat induit une aliénation, il permet aussi souvent de se dégager de toute responsabilité. Une fois sorti de son travail, le salarié tend à penser à autre chose qu’à son travail, ne serait-ce que pour en oublier la pénibilité. Et même lorsqu’il est en butte à des abus de la part de l’encadrement ou de la direction, la réaction se limite souvent à « râler », dans le meilleur des cas à participer à un mouvement de grève. On observe actuellement peu de reprises d’entreprise en difficultés par leurs salariés, mis à part en Amérique latine.

Outre la crainte ou le refus de prendre des responsabilité, la « classe ouvrière » s’estime souvent peu compétente pour gérer une entreprise ou un quartier, en grande partie parce qu’elle possède peu de notions de comptabilité et que les gestionnaires capitalistes s’emploient depuis longtemps à dévaloriser systématiquement leur travail. Elle a tendance à considérer que « les cadres, les dirigeants, c’est leur métier ».

Ne pas perdre de vue que le peu d’avantages que des salariés de base peuvent tirer du salariat capitaliste (absence de responsabilités, horaires fixes en dehors desquels on peut se consacrer à autre chose… mais la flexibilité remet même cela en cause), ces maigres avantages, donc, semblent plus concrets que ceux que l’on pourrait tirer d’une organisation autogestionnaire, qui n’est représentée que par des « ilôts de socialisme », de façon ultra-minoritaire et peu médiatisée. Dit plus simplement : ça paraît inconcevable parce que ça n’existe pas encore. Sans compter que ce n’est pas facile et que c’est risqué.

 

 

Des échecs

 

Nous avons vu en introduction que l’interruption des expériences autogestionnaires étendues qui ont eu lieu en Russie et en Ukraine en 1917 et en Espagne pendant la guerre civile était en partie due à des défaites militaires.

Plus près de nous, nombre de structures autogestionnaires créées dans les années 1970-1980 ont périclité du fait de l’environnement capitaliste dans lequel elles baignaient. En effet, la nécessité d’être compétitif, pour reprendre l’expression des capitalistes, implique des gains de productivité. On peut alors être confronté à des choix : soit on maintient les rythmes de production, avec le risque ne pas vendre si les prix pratiqués sont trop élevés, ou de ne pas dégager un bénéfice suffisant pour permettre à chacun de vivre une fois réparti. A terme l’entreprise disparaît.

Des dérives

Soit on s’efforce de répondre aux exigences économiques extérieures avec le risque de se transformer peu à peu en entreprise capitaliste classique. C’est là une dérive qui a souvent eu lieu. Ainsi, souvent, certaines SCOPs n’ont d’autogestionnaire que le nom.

 

Des récupérations

 

De surcroît, les capitalistes ne se sont pas privés de récupérer la notion d’autogestion, comme tout le reste. En fait, comme les exigences de rentabilité et les procédés de production habituels sont maintenus par la direction, la prétendue autogestion encouragée par certains patrons ne sert alors qu’à confier le sale boulot des contremaîtres aux salariés eux-mêmes : « organisez-vous vous-mêmes… et fliquez-vous les uns les autres ». Le patron peut se passer d’encadrement, autant d’économisé sur la masse salariale.

Il s’agit là de la récupération de la notion d’auto-organisation. Mais les capitalistes tentent aussi de récupérer la notion de propriété collective des moyens de production : d’où le miroir aux alouettes que constitue la mise en vente d’actions d’entreprises privatisées. Mais peut-on parler de propriété commune quand la logique financière dans laquelle les salariés-actionnaires sont eux-mêmes alors impliqués… mène à leur propre licenciement : « désolé, monsieur, mais si vous voulez que vos actions vous rapportent, il faut que l’entreprise soit rentable : nous sommes donc obligés de vous licenciez. Bon profit ».

(Pour finir sur cet aspect, un peu de philo : le fonctionnement d’une entreprise en autogestion véritable suffit-il à la définir comme anti-capitaliste ?)

 

Des objections idéologiques

 

Entendu au Forum social libertaire de 2003 lors d’un débat sur les squats et les entreprises autogérées : « j’ai participé par le passé à des structures autogérées, par exemple pour du soutien scolaire. En fait, en faisant cela, j’ai déchargé l’Etat de la tâche qui lui incombe, alors qu’il a engrangé l’argent de mes impôts. Toutes ces expériences autogestionnaires ne servent à rien : il faut d’abord faire la révolution ».

Une autre objection concerne le contexte où émergent parfois les expériences autogestionnaires. En Amérique latine, par exemple, l’autogestion semble être pratiquée dans le cadre de sociétés traditionnelles. On constate qu’un certain esprit collectif s’est perpétué, contrairement à ce que l’on peut-observer dans nos sociétés, où l’individualisme, même si on peut le considérer comme une conquête, tend à s’exacerber au détriment de la construction de luttes. La critique que l’on peut faire, à l’inverse, au sujet des sociétés traditionnelles, peut se formuler ainsi : les expériences d’autogestion que l’on peut parfois y observer ne sont-elles pas le fruit d’une persistance d’une tyrannie familiale et/ou communautariste sur l’individu ?

Encore une couche de philo : les expériences autogestionnaires isolées sont-elles vraiment contradictoires ou incompatibles avec la lutte révolutionnaire globale ? Sont-elles l’expression d’un replis ? d’une tendance en réalité réformiste ?

 

Mais alors, quel est l’intérêt des structures autogérées ???!

 

Tout d’abord, les luttes syndicales de base constituent un apprentissage de la prise de décision et de l’action collectives.

Pour ce qui est des squats, on expérimente en plus les relations inter-personnelles à plus ou moins long terme : 3 jours ou 10 ans…

Dans le comité d’atelier, on utilise les mêmes principes dans le cadre de la production : on est obligé de prendre en compte les enjeux économiques.

Enfin, avec le municipalisme libertaire, c’est l’aspect directement politique qui est abordé, par la constitution d’un comité de quartier, ou la présentation d’une liste de sensibilité libertaire aux élections dans une municipalité de petite taille.

En résumé : on prend l’initiative et on se confronte aux difficultés de transformer la société, ce dont la société actuelle s’efforce précisément de nous dissuader

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