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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 11:21

ville-lyon-facho-L-FQE4sH.jpegVoici un interview sur la stratégie des groupes fascistes sur la région lyonnaise... 

 

Peut-on dire que l’extrême droite lyonnaise est un laboratoire? En quoi? Quelle est la particularité de Lyon?


Stéphane François : Effectivement, nous pouvons le dire, car l’extrême droite y est bien implantée depuis longtemps (n’oublions pas que Lyon fut un haut lieu de la Collaboration). Nous y trouvons différentes tendances de cette famille politique, des catholiques traditionalistes issus de « Petites Églises » jusqu’aux néonazis, en passant par la Nouvelle droite, les nostalgiques de Vichy, les négationnistes et les différents courants identitaires. Cette forte implantation a permis à ces différents groupes d’expérimenter de nouvelles pratiques, comme la volonté de créer un squat d’extrême droite sur le modèle de la Casa Pound italienne, voire de s’implanter à l’université (à Lyon III avec Bruno Gollnisch, Pierre Vial, Jean Haudry, Jean-Paul Allard, Bernard Notin et quelques autres, et à Lyon II avec Robert Faurrisson). Toutefois, de l’aveu même de certains militants d’extrême droite, la périphérie lyonnaise, et notamment les Monts du Lyonnais, sont un bien meilleur réservoir de militants que Lyon même. Ce propos reste à relativiser : les jeunes de cette périphérie font leurs études à Lyon…

Ces mouvements sont composés de jeunes gens qui gravitent dans les milieux de l’extrême droite musclée. Ils recrutent principalement chez des jeunes précarisés, venant de milieux ouvrier ou d’employés, qui sont déçus de la politique de « dédiabolisation », toute relative d’ailleurs, de ce parti, comme certains hooligans, voire des skinheads, et qui recherchent un engagement radical.

Enfin, si on peut parler d’une extrême droite, il ne faut pas oublier qu’il existe au sein de celle-ci des nuances, qui s’incarnent en différents courants. Ces distinctions ne doivent pas être prises sur un mode mineur : elles structurent les rapports et les affinités entre les différents groupes. Ainsi, il existe de grandes différences entre les Identitaires, le Renouveau français, le GUD, les Jeunesses Nationalistes, Terre et peuple et les néonazis/skinheads. En outre, il existe parfois des distinctions fortes au sein d’une même tendance. Ainsi, au sein même de la mouvance identitaire, il y a des visions antinomiques entre le Bloc Identitaire et Terre et peuple.

Peut-on parler d’une radicalisation de l’extrême-droite lyonnaise (augmentation des agressions)? A quoi cela est-il dû?

Oui et non : la violence de l’extrême droite lyonnaise est ancienne, datant des années 1970. Elle a des phases de basses ou de forte intensité, en fonction du renouvellement des militants, et surtout en fonction des stratégies (contrôle ou non de la violence). Ceci dit, actuellement, les groupes qui ont le vent en poupe localement, comme les Jeunesses Nationalistes, ne rechignent pas à faire le coup de poing. En outre, il ne faut pas oublier que la violence d’extrême droite dans le Lyonnais, et en particulier dans ces fameux « Monts » est vieille d’une dizaine d’années…

Au niveau des discours, l’extrême droite lyonnaise a toujours fait partie de celle qui était la plus radicale. C’est le cas notamment depuis le milieu des années 1990 avec le groupuscule identitaire Terre et peuple. L’un des éditeurs négationnistes français est d’ailleurs basé dans une commune des Monts du Lyonnais…

Il y a à Lyon différentes mouvances (identitaires, Jeunesses nationalistes, 3e voie (skins)). Est-ce que ces différentes mouvances sont un phénomène nouveau ou ont toujours existé sous différents noms? Est-ce que cette concurrence leur donne un élan ou au contraire les annihile?

Ces mouvements sont issus de différentes tendances présentes dans la région depuis longtemps. Les identitaires sont plus ou moins des rejetons des thèses de la Nouvelle droite, longtemps présente à Lyon III ; les Jeunesses nationalistes ont des liens, via leurs dirigeants, avec des épurés (les frères Sidos) ; les skins sont présents depuis les années 1970… En outre, certaines figurent identitaires locales, comme Pierre Vial, ex Nouvelle droite, ex Front national, était très proche de certains SS français comme Marc Augier (connu sous le pseudonyme de Saint-Loup) ou comme Maurice Martin (connu sous le pseudonyme de Robert Dun). Il était aussi le filleul du collaborateur Pierre Clémenti. Ce n’est donc pas un phénomène récent.

Leurs origines sont donc à chercher dans le passé. Malgré tout, il y a des transformations, des évolutions : Terre et peuple est une radicalisation des thèses ethno-régionalistes de la Nouvelle droite ; les identitaires ont repris également une partie des thèses de la Nouvelle droite, laissant de côté d’autres moins utiles pour eux ; la nouvelle Troisième voie d’Ayoub redécouvre certaines idées « socialistes » (en fait « nationale-révolutionnaires »). Les idées circulent beaucoup dans ces milieux…

A mon avis, la concurrence entre les différentes forces en présence pousse à la radicalisation, à la surenchère… C’est flagrant avec les responsables locaux de Génération identitaire. Ainsi, la tentative d’acclimater à Lyon l’aide aux SDF « français de souche » à grand renfort de médias montre deux choses: 1/ils sont assez implantés pour le faire; 2/ils sont en concurrence avec d’autres groupes radicaux (jeunesses nationalistes, nationalistes autonomes, etc.) et cherchent à se démarquer (et donc cherchent la provocation qui fera le « buzz »). Cela montre aussi que l’antenne lyonnaise se radicalise : ce type d’action n’est pas anodine et va provoquer une réaction virulente, alors que le Bloc Identitaire cherche à se débarrasser de leur image radicale. Pourquoi ce changement? C’est la conséquence d’une contestation de la ligne de la direction?, l’expression d’une dissension à la tête? D’un changement de stratégie?

Quel rôle joue Bruno Gollnisch sur ces différents mouvements?

A mon avis, il n’en joue aucun, mais il est proche des responsables des Jeunesses Nationalistes (Yvan Benedetti, Olivier Wyssa et Alexandre Gabriac). Gabriac était d’ailleurs un membre du mouvement de jeunesse de celui-ci, Les Jeunes avec Gollnisch. Les trois sont, ne l’oublions pas, d’anciens membres très radicaux du Front national, exclus de ce parti à la suite de l’« affaire Gabriac » : celui a été photographié le bras tendu devant un drapeau nazi, provoquant à la fois son exclusion et le départ de ses proches. Ces derniers sont proches de Gollnisch. Ils l’ont d’ailleurs soutenu lors de la campagne pour la présidence du FN. En retour, Bruno Gollnisch a protesté contre l’exclusion de Gabriac du FN. Il a même nié la véracité des photos le mettant en cause.

Concernant les autres tendances de l’extrême droite, Gollnisch n’a aucune influence sur les identitaires ou sur Troisième voie. Pour la simple raison que nous sommes dans d’autres milieux, avec des références culturelles différentes. Ils ne lui reconnaissent aucune autorité…

Pourquoi tenter de « reprendre » le vieux Lyon? Que représente le vieux Lyon pour eux?

Le vieux Lyon, comme Montmartre à Paris, représente la France dont ils rêvent : une France qui n’est pas coupée de ses racines, de son histoire, une France musée qui pourrait être sortie d’un film d’Audiard. Ce sont des lieux touristiques, certes, mais qui ont su préserver leur cadre de vie. C’est un premier point. Ensuite, il y a la volonté de montrer qu’ils sont présents sur place, que c’est « leur » quartier. En ce sens, il y a une réelle volonté de s’approprier ce territoire, comme leurs aînés l’ont fait dans les années 1960 du Quartier latin à Paris. C’est une façon de montrer leur force.

Quels sont les liens entre l’extrême-droite lyonnaise et suisse? Genève aussi a ses mouvements identitaires et des néo-nazis suisses ont été vus à des manifestations de l’extrême-droite à Lyon? Ces mouvements jouent-ils la carte de l’internationalisation?

Les relations entre les extrêmes droites des deux côtés de la frontières sont plus anciennes, elles existent depuis l’après seconde guerre mondiale, en particulier chez les rescapés du Nouvel Ordre Européen… Dans les années 1970, il y eut un regain d’échanges entre les extrêmes des deux côtés de la frontière, c’est tout. Ces échanges existent toujours au sein des différents courants de l’extrême droite, mais cela ne concerne pas seulement la France : le reste de l’Europe est concernée. Cela relève des échanges inhérents aux partis politiques aux idéologies proches : ils échangent et s’influencent mutuellement. Toutes les formations européennes (et au-delà) ayant des idées similaires se rencontrent et nouent des relations. C’est le cas des partis socialistes, des différents partis de droites, des partis communistes, écologistes, etc. mais, il ne faut pas sombrer dans les fantasmes des « orchestres noirs », des « internationales brunes ». Les tentatives de synergies entre formations extrémistes de droite ont toujours échoué… D’ailleurs, sur le point des identitaires, il n’y a aucune influence lyonnaise : la mouvance identitaire est apparue en Europe, mais aussi aux Etats-Unis et au Canada de façon similaire au cours des années 1990. Je suppose que le repli identitaire était dans l’air du temps à cette époque…

Vous dites que les synergies ont toujours échoué. Pourquoi? J’imagine que le nationalisme va contre l’idée d’une idée de solidarité internationale?

Non, c’est plus simple : l’extrême droite est incapable de s’unir sauf dans de rares cas, par exemple le Front National (et encore : il y a eu des départs et des scissions en son sein)… Chaque leader cherche à tirer la couverture à soi. Ils sont incapables de se trouver un chef qui les fédère. A l’échelle européenne, cela est pareil : les égos, les problèmes relationnels et les divergences idéologiques l’emportent sur la volonté de construire une action commune. Ils sont incapables de s’unir.

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Tartempion 19/04/2013 13:16

"Non, c’est plus simple : l’extrême droite est incapable de s’unir sauf dans de rares cas, par exemple le Front National (et encore : il y a eu des départs et des scissions en son sein)… Chaque
leader cherche à tirer la couverture à soi. Ils sont incapables de se trouver un chef qui les fédère. A l’échelle européenne, cela est pareil : les égos, les problèmes relationnels et les
divergences idéologiques l’emportent sur la volonté de construire une action commune. Ils sont incapables de s’unir."
Changez le terme extreme droite par extreme gauche, anarchistes, libertaires et alternatifs, et elle est presque tout aussi vraie et pertinente (malheureusement).

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