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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 11:12

sexy.jpgUn texte philosophique de Serge Margel permet de réfléchir sur le glamour et la séduction, mais aussi sur la misère sexuelle dans nos sociétés modernes.


Serge Margel propose une réflexion philosophique sur le glamour et la séduction. Mais le « corps machine » ne concerne pas uniquement les stars. Les normes de la séduction, dominantes dans la modernité marchande, imposent une répression des désirs avec une misère affective et sexuelle. Ses thématiques sont souvent occultées dans les débats politiques, y compris au sein des mouvements révolutionnaires. Il semble pourtant indispensable de réfléchir sur les nouvelles formes d'aliénations et de lutter contre la misère sexuelle.


 

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Glamour et contrôle des corps 


Le philosophe Serge Margel cite en exergue une citation de l’écrivain Antonin Artaud, proche des surréalistes. Serge Margel réfléchit sur le corps à partir des analyses de Michel Foucault. Le corps réprimé et contrôlé se distingue du corps utopique qui impose un idéal de corps. Le corps de star, et sa mise en scène, semble hybride: entre censure et liberté. Le corps de star devient une industrie, une marchandise, une machine. Le glamour apparaît comme la mise en scène spectaculaire du corps de star. 

Serge Margel se penche ensuite sur la notion de corps-machine. L’étymologie du terme machine renvoie à la fois au moyen et à la mise en scène. L’idée de corps-machine renvoie à un corps réifié, réduit à l’état de chose voire de cadavre. Cette notion de « corps-machine » peut renvoyer à celle de « pouvoir de mort ». La mort permet également une mise en scène du corps. 


L’auteur se penche ensuite sur la notion de glamour à partir de la définition du réalisateur qui a machiné, ou fabriqué, Marlene Dietrich. « La séduction, la fascination, le ravissement, l’ensorcellement, autant de termes ici pour indiquer une rhétorique de soumission, de chasse et de capture » explique Serge Margel. Le glamour renvoie à la séduction féminine et à la beauté inaccessible. 

Mais, pour révéler le glamour chez une femme, le maître artisan semble indispensable. Le glamour apparaît comme une fabrication artificielle qui permet à la femme de déployer tous ses charmes. Ses attraits sexuels, ses propriétés essentielles, ses attributs féminins, avec le charme et l’élégance, doivent être mis en scène pour éclater aux yeux de tous. Il s’agit alors de promettre une version « parfaite » de la femme, de promettre une illusion de la réalité. « Cette image transcendantale du glamour n’est rien de plus qu’une promesse, ni vraie ni fausse - une promesse qui ne promet rien d’autre, ni ne fait rien de plus, que de ne pas donner ce qu’elle promet » explique Serge Margel. 


L’auteur revient sur la tension entre censure et liberté qui traverse le corps-machine. « Cette métamorphose de la réalité en illusion, ou se promet ce qui ne peut s’offrir, relève à vrai dire d’une économie de la censure, d’un nouvel espace de répression interne à la fabrique des images gluantes, ensorcelantes » souligne Serge Margel. La mise en scène du sex appeal, de l’attrait sexuel, du corps de star flirte avec l’érotisme mais sans tomber dans la censure. Il s’agit de transgresser les règles tout en les respectant. 

Selon Michel Foucault, le corps demeure à la fois productif et assujetti. Le corps de star produit de la séduction et de la fascination. Mais il semble aussi assujetti puisqu'il demeure le fruit d’une mise en scène. 


 

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Triomphe de la misère sexuelle


Ses réflexions philosophiques soulignent la fabrication d’un idéal féminin par le patriarcat. La femme doit être soumise. Réduite à un objet sexuel, elle ne doit pas pour autant assumer ses désirs. Le texte de Serge Margel permet de compléter les analyses freudo-marxistes de Wilhelm Reich. Certes le philosophe ne s’intéresse pas à la psychanalyse et à la construction des mentalités. Il n’évoque jamais la répression sexuelle imposée par des institutions sociales comme l’école ou la famille. En revanche, sa réflexion souligne l’importance des normes et des contraintes qui régissent la sexualité dans notre modernité marchande. La répression sexuelle est alors remplacée par une misère sexuelle. Tout un ensemble de normes, de manières de penser et d’agir, se répandent à l’ensemble de la société. Cette idéologie du glamour ne concerne pas uniquement les stars, car les photos des magazines imposent des normes à l’ensemble de la société. Tiqqun, dans les Premiers matériaux pour une théorie de la Jeune-Fille, souligne la diffusion large d’un conformisme de magazine féminin. Leur texte décrit la destruction des relations humaines à travers des injonctions omniprésentes et souvent contradictoires.


Mais les analyses de Serge Margel ne semblent pas critiquer la misère affective et sexuelle qui traverse la société. Au contraire, le point de vue de se centrer sur l’étude du glamour et du sex appeal peut renforcer le mensonge d’une hypersexualisation de la société. Un texte d’Anne Archet souligne au contraire l’importance de la marchandisation et de la réification des relations humaines qui alimente la misère sexuelle. Le glamour participe pleinement à la destruction des rapports humains et donc aussi à la misère sexuelle. De plus, la diffusion du glamour ne fait qu'attiser des désirs qui ne sont jamais satisfaits. « Ces désirs artificiels et manufacturés sont, vous vous en doutez bien, au service du capital, puisqu'ils garantissent une insatisfaction chronique qui stimule le consommateur à acheter dans un effort désespérer et sans fin d’atteindre une chimérique satisfaction », souligne Anne Archet.


La libération sexuelle apparaît surtout comme une libéralisation sexuelle qui impose la mise en conformité avec les lois du marché. Ceux qui ne sont pas conformes aux normes sociales sont alors exclus du marché de la chair.

La mécanique, voire la gymnastique, de la sexualité remplace la recherche de la sensualité, du plaisir, de la jouissance. La course à l’orgasme détruit la spontanéité et la passion. Le sexe devient une mécanique routinière et non pas un abandon au plaisir. « Nous ne vivons pas dans un monde hypersexualisé. Nous vivons dans le tiers-monde sexuel — un monde à renverser par notre jouissance radieuse et rebelle » conclue Anne Archet.


Sources :

Serge Margel, La société du spectral, Nouvelles Éditions Lignes, 2012

Anne Archet, « Hypersexualisation mon cul », Le blog flegmatique d’Anne Archet

 

Repris sur Zones subversives

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