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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 07:39

A l’heure ou la crise touche toute l’Europe, ou la France ratifie le « traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance », en gros la règle d’or, attardons nous sur un pays qui rechigne a le faire et pour une fois ce n’est pas l’Angleterre…

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Un petit peu d’histoire…
La République tchèque est un jeune pays issu du bloc soviétique, puis de la partition en 1993 entre la République tchèque et la Slovaquie. Comme tous les pays issus du bloc soviétique la Tchéquie a carburé sec pour rattraper sont retard sur l’économie mondiale, et a libéralisé son économie en moins de 3 ans à coups de privatisations semi-mafieuses. 

En 1989 au moment de la « révolution de velours », 97% des entreprises de la Tchéquo-slovaquie sont publiques. Le gouvernement dont Vaclav Klaus est alors le ministre des finances (1989-1993) entreprend de privatiser cet ensemble tambour battant en créant un système de capitalisation par coupons. N’importe quel citoyen tchécoslovaque pour à peu près le tiers du salaire mensuel (1035 couronnes tchèques) peut acheter un carnet de coupon qui lui permet ensuite d’acheter des actions de n’importe quelle entreprise privatisée. Le bug c’est que sur la première vague de privatisations 5 banques ou fonds d’investissements avaient déjà racheté 40% des entreprises.

Tant qu'il y aura des coupons...

On voit par exemple apparaitre  le magique Harvardský investiční fond (Fonds d’investissement Harvard), nom donné par Viktor Kožený a son fonds qui promet monts et merveilles aux prolos tchèques s’ils consentent à lui vendre leurs coupons… Pour la blague, un extrait de message publicitaire du fonds:

« Venez déposer vos 1 000 points et retirez, dès à présent, 3 000 couronnes en espèces. Cette offre est valable jusqu’à révocation. Prenez votre décision maintenant ! Les réformes économiques, ça fonctionne ! Le fond d’investissement Harvard : l’assurance de faire de bons investissements. »

En gros les riches ont fait une privatisation pour les riches et les prolos tchèques se sont fait bananer. Les tchèques, oui car les slovaques voyant quelle tournure cela prenait et qu’ils étaient la 5eme roue du carrosse se sont cassés dans leur coin faire leur pays à eux (pas gégé non plus). Mais notons que le grand ordonnateur de tout ce biznèsse, Vaclav Klaus, est actuellement président de la république tchèque et aussi l’homme qui fait mine de refuser de ratifier le traité européen par vague ressentiment nationaliste (il doit bouder du fait qu’il n’y ait pas de coupons dans le traité, ou alors il sent le vent tourner en bonne girouette populiste).

La République Tchèque, c’est un peu l’Allemagne en plus petit.

On vous dira dans un article sur la réindustrialisation que les boîtes allemandes avaient externalisé à bloc à l’est : c’est le cas en Tchéquie. Ici, toute l’économie quasiment dépend des exportations, alors imaginez comme ils vont morfler dans les années à venir, dans un contexte ou la consommation baisse… M’enfin, vous me direz, tout le monde va morfler, alors ça de plus ou de moins…
L’Allemagne est le principal partenaire économique des boîtes tchèques ; donc en 2009, quand l’économie allemande a douillé, le PIB tchèque est descendu de 4,7%. Depuis quelques années de yoyo avec des remontées en 2011 pour finalement passer en récession cette année.

Alors souvent on vous dit que le problème actuel c’est la dette, qu’elle est injuste, que c’est la faute des banquiers, eh ben là, paf : rien du tout. A vrai dire la dette publique est une des plus faibles d’Europe avec un « petit » 41% du PIB, et la dette domestique et privée est de 71%. En Europe, ya que la… Roumanie qui a fait mieux. (En comparaison, la dette publique française a dépassé les 100% du PIB.)
L’inflation était pas énorme jusqu’à mi 2011. Pour le moment, le chômage reste stable, à 8.4%. Bref, tout va bien… ? Eh ben non !

Un pays qui fait glou-glou…

 En l’espace de deux ans, la consommation intérieure a chuté considérablement, et le gouvernement a récemment annoncé qu’elle chutait encore cette année de 0,5%. Entre l’inflation qui a atteint un record en octobre (3.4%, sachant que quand même dans les mesures qu’on va vous montrer y a l’augmentation de la TVA et le travail gratuit), plus le fait que les impôts n’ont pas baissé, on se doute que le Czech way of life a pris du plomb dans l’aile.

Le parti de centre-droite du ministre de l’intérieur avait un slogan assez simple : « coupes, coupes, coupes !»

Et puis, les gouvernements successifs ont pas fait dans la dentelle, réduisant le déficit public annuel (ça veut dire qu’y en a toujours plus quand même !) de 5,8 % en 2009 à 3,1-3,2% aujourd’hui. Alors comme on vous l’a dit c’est une coalition. Le parti de centre-droite du ministre de l’intérieur avait un slogan assez simple : « coupes, coupes, coupes !». Pour une fois qu’un candidat applique son programme…

Du coup, l’économie ralentit, et l’Etat perd des revenus potentiels…le serpent qui se mord la queue quoi. Mais au moins, « le gouvernement a l’entière confiance des  institutions internationales et des marchés financiers  » a dit Petr Necas, le Premier Sinistre tchèque. Ouf!

De son coté, la banque centrale tchèque a abaissé son taux directeur le 1 novembre, il est désormais à 0,05%.  L’enjeu, pour elle c’est d’avoir une monnaie faible, afin de relancer les exportations et les investissements.

En quelques mots, si Dominique, avec ses mille euros et quelques de smicard en France, peut acheter plein de trucs en Tchéquie car le change de monnaie lui est favorable, vu que la  couronne tchèque vaux pas cher, et ben c’est un petit coup de pouce pour les exportations tchèques. Le deuxième objectif, comme on l’explique dans la notion sur le keynésianisme, c’est de favoriser l’accès au crédit, pour pousser les capitalistes a investir du pognon frais… Et ça marche pas forcément.  

Bref si l’objectif de la banque centrale tchèque, à savoir rassurer les marchés en menant une politique « accommodante » a été salué par ces mêmes marchés (y sont sympa quand même), le pays est quand même entré en récession depuis un an, et Moody’s vient d’annoncer que ce trimestre encore, la croissance, ils pouvaient se la mettre sur l’oreille !

Un bordel sans nom

La politique intérieure du pays est très instable depuis sa fondation car aucun des deux partis majoritaires (les sociaux-démocrates du CCSD et le parti de droite libérale de l’OSD) ne peut gouverner seul. Ce sont souvent des gouvernements de coalition de centre droit ou de centre gauche qui dominent l’assemblée.
La république tchèque aussi est un des pays les plus corrompus d’Europe, la preuve : en deux ans depuis les élections de 2010, neuf ministres (sur un total de quinze) ont été relevés de leur poste et seize affaires de corruption ont été révélées. Avec une telle corruption des partis populistes à la Beppe Grillo (comique italien et chef du Mouvement 5 étoiles anti-establishment et démagogique en Italie) font leur apparition dans le paysage électoral Tchèque. Ainsi qu’une remontée du parti communiste KSCM crédité lors des derniers sondages de 20% des votes (deuxième derrière les sociaux démocrates.)

Le début de la crise de 2008 se déroule sous un gouvernement technique national suite à l’élection de 2006 qui voit la chambre des députés être divisée en parfaite égalité droite-gauche de 100 députés chacun. C’est ce gouvernement qui met en place les premières mesures d’austérité.
En 2010 une coalition de droite sort vainqueur des élections et le nouveau gouvernement prône une rigueur budgétaire radicale menée par son premier ministre Petr Necas du parti libéral l’OSD allié avec des conservateurs et des populistes(1).
Inutile de vous dire le programme de l’époque, vous le devinez : un savant cocktail sur les assistés, les Roms, les trop nombreuses dépenses publiques et bien sûr le fait qu’on doit tous faire des sacrifices pour sortir de la merde. Sans oublier qu’à seulement quelques kilomètres de là, le Orban fait fureur (ou Führer, c’est comme on veut) dans sa politique fachotte en Hongrie.

Les différentes mesures instaurées ou en cours par le gouvernement sont:

Le salaire minimum est bloqué.

Dans la fonction publique:
Coupes de 10% en moyenne dans les salaires de la fonction publique. Les primes d’ancienneté sont remplacées par des primes de productivité : certains salariés peuvent perdre jusqu’à 30% de leur salaire.

20% de réduction des subventions aux régions.

Salaires indirects:

Diminution de 60% des indemnités maladies.

Allocations chômage et logement très réduites.

Gel « temporaire » des retraites.

La législation qui entre vigueur l’année prochaine consiste en une privatisation partielle du système de retraites avec l’introduction d’un second pilier, s’ajoutant au système par répartition. Les Tchèques pourront ainsi transférer leur argent vers des fonds de pension privés (de leur propre chef actuellement ce n’est pas encore obligatoire).

Divers taxes sur la consommation:

Taxe de solidarité de 7 % sur les revenus supérieurs à 4 000 euros mensuels
Augmentation, d’un point de TVA passant de 14 à 15  pour la TVA intermédiaire et de 20 à 21 % pour la « normale ». Pour les produits de première nécessité la taxe reste de 4,5%.
Taxe sur le vin.
Taxe sur l’électricité.
Suppression de l’exemption des foyers sur la taxe d’accès au gaz naturel.
Augmentation de la taxe foncière (à 5%).

Et en vrac

Réforme du marché du travail.
Suppression de 6000 lits d’hôpitaux.

De nouvelles mesures d’austérité ont été récemment votées au parlement (plan de stabilisation des finances publiques) le vote était adjoint à une motion de confiance dans le gouvernement. Une fois votées,  les quelques mesures d’austérité ayant eu du mal à passer sont intégrées au budget 2013, budget amputé à hauteur de 46 milliards de couronnes (2Mds d’euros) des baisses drastiques sur des budgets aussi secondaires que la santé, la recherche, l’éducation, les transports, l’écologie, l’agriculture, et la donation à l’union européenne.

Attention ça va chômer sec!    
Mais on vous l’a dit, on est pas loin de la Hongrie, et puis quand même, les partis au pouvoir ont fait une grosse campagne contre les chômeurs, les assistés qui leur creusaient le déficit grave (on s’en doute, on s’en doute).

Le chômage officiel en République Tchèque, on vous l’a dit, c’est pas énorme : 8,4%. Mais c’est difficile de savoir les vrais chiffres, étant donné que le nombre d’ « auto-entrepreneurs » a explosé. On sait simplement, le nombre de chômeurs de longue durée a augmenté en une année de 44% : ça veut dire que si pour l’instant la machine est pas complètement détraquée, et que le chômage structurel ( c’est à dire le pourcentage de chômage minimal, même en dehors des périodes économiques où les patrons licencient plus) était bas vu qu’ils bossaient vraiment pour pas cher, là c’est plus la même histoire : ça devient difficile de retrouver du boulot.

Parallèlement, l’Etat a décidé de se purger l’équivalent du « Pôle Emploi » tchèque…Désormais, les emplois sont gérés par des boîtes privées qui touchent des subsides d’Etat pour chaque emploi « trouvé ».
En fait, la majorité de la population est très inquiète pour son boulot… Et le patronat a déjà préparé le terrain, multipliant les sondages dans la population sur le salaire : par exemple, un sondage montre que 47% de la population serait prête à baisser son  salaire pour pas être au chômedu. Normal quand on voit la multiplication des chômeurs de longue durée.

Tu veux travailler ? Deviens chômeur de longue durée !
Et puis, quand on vous dit qu’ils s’adaptent à tout, les patrons… En accord avec le FESF (le Fonds Européen de Solidarité Financière est le fonds souverain qui intervient sur la dette publique des pays), maintenant, le revenu minimum tchèque ( notre RSA) s’obtient à condition d’accomplir du travail gratuit. Quoi vous croyez que Laurent Wauquiez y avait pensé tout seul comme un grand ? Bah, si ça peut vous rassurer, Orban, (le chef de la « Grande Hongrie ») lui il le fait depuis pas mal de temps avec les Roms !

Tant qu'il y aura des cartes de crédit "sociales"...

 

Relancer la consommation, ça n’a pas de prix…Pour tout le reste y a MasterCard.

 Nouveauté de l’opus 2012/2013 : les chômeurs de longue durée, les handicapés et autres personnes souffrant de graves problèmes de santé recevront une augmentation. Oui. Ah, mais par contre, c’est à condition qu’ils s’engagent à renoncer à leur aide, et à tout dépenser dans des produits de consommation.
Pour ça, on leur file une carte de crédit qui ne fonctionne que pour les biens de consommation et qu’ils doivent dépenser dans l’année ! Le plus fort, c’est qu’ils ne peuvent pas acheter d’alcool ou de clopes avec cette carte, pour lutter contre le marché noir et le trafic. Ils ont pensé à tout.
Ça c’est signé Jaromír Drábek, le ministre des Affaires Sociales. Bon, le fait qu’il ait des liens économiques avec des entreprises de cartes de crédit n’a sans doute rien à voir, ça doit juste être une coïncidence.

Slavia plus du tout ?
Un cas emblématique de l’entrée dans la crise de la république Tchèque, c’est le Slavia Prague. Ce club de foot, le plus supporté du pays, a complètement coulé début 2011, menacé de disparition. Le club était alors géré par une multinationale un peu obscure, ENIC Sports. Au point que le club n’avait pas de président officiel ! Des groupes de supporters se sont violemment affrontés avec la police locale et des supporters adverses. Pour calmer l’émeute, on a mobilisé 200 hommes, des hélicos, la police montée et des chiens policiers…  Rien de moins !
Pour mettre fin au conflit, un joli « Deus ex Machina » est alors sorti de nulle part : le rachat du club par l’ancien ministre des Transports, Aleš Řebíček.  Ce même Aleš Řebíček est un self-made man poursuivi (mais pas condamné !) par la police anti-corruption , et accusé par de mauvaises langues d’avoir des touches avec le crime organisé…

Des thunes pour Jésus-Christ
Bien sur une telle austérité ne peut pas se passer sans la bonne blague des politiciens en recherche d’électorat conservateur. Rassurez-vous, ils ont été à la hauteur : en pondant un projet de loi de restitution des biens confisqués aux Églises sous le régime communiste, restitution de 3 milliards d’euros sous forme de terrains et de bâtiments saisis et 2,35 milliards d’euros à titre de compensation. La crise et l’austérité touchent tous le monde mais de manière bien différente, Bref tant qu’il y aura de l’argent…

 

Repris sur Tantquil.net

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