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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 11:17

chantier espagneUn article de Tantquil.net dans la continuité du précédent. Celui-ci porte sur  la situation sociale plus précisément le chômage et le logement...

 

En Espagne, ça fait longtemps que ça ne va plus…

Ce trimestre, c’est une augmentation du chômage de 1.5%  ( -85 000 emploi) qui le porte désormais à 25,02% de la population active. Orgie de chiffres : il reste plus que 17 320 300 employés officiels en Espagne. Il faut leur rappeler qu’en-dessous de 5 000, ils deviendront une espèce protégée, et là la WWF pourrait débloquer des fonds pour eux, comme pour les pandas et les rhinocéros.

D'autres coupes sont possibles...

Inutile de dire que de mémoire d’Espagnol, c’est du jamais-vu, même si c’est un pays où il y a toujours eu beaucoup de chômage structurel (une armée de réserve c’est toujours bon pour un patron qui veut pas payer trop cher des nouvriers). Ya bien eu, après la crise pétrolière, une grosse montée du chômage en 1976, mais rien de comparable.

Dans le rôle de Madame Irma, le secrétaire d’Etat de l’Emploi et du soutien aux entreprises a déclaré (sans déconner) qu’il voyait une stabilisation dans le rythme de destruction d’emplois. Puis que bon, jusqu’à fin 2013, fallait être un poil honnête, ça risquait de continuer à chuter, après quoi promis on allait voir ce qu’on allait voir. Pour terminer, il a aussi dit qu’il y avait quand même « de grandes incertitudes ». Bel effort. Et merci pour tout, coco.

Les tendances générales, c’est que :
– Ces suppressions d’emplois sont en général dans le public : 50 000 sur les 96 000 depuis juillet, alors que le public en Espagne est assez faible (3 millions sur un total de 17,3). Dans l’année c’est du 220 000 contre 600 000. C’est dire si les « recortes » (le plan d’austérité) sont hardcore, puisque ce sont là les emplois directement gérés par l’Etat.
- De plus en plus de chômeurs sont de « longue durée » (plus d’un an) : avec une montée de 21% en un an (450 000 quand même !) on arrive maintenant à 2.5 millions. Et parmi les secteurs dont ils viennent, si évidemment le tertiaire est salement touché (10.3%), il y a tout simplement 100 000 personnes de plus qui étaient déjà chômeurs de longue durée…en tout ça nous fait à peu près 600 000.

Ca sent l’émigration, c’est le FN qui va devoir stigmatiser l’ « Opusdéisation » de la France, ( l’opus dei c’est une organisation de cathos militants, fondée en 1928 en Espagne, mais qui s’est surtout développée a près la victoire de Franco, et s’est mondialisée… Son siège est à Rome, elle dépend directement du Pape).

Ou révéler le scandale de l’omniprésence du chorizo et de la paella dans les cantines de la république.
Qui plus est, la majorité des nouveaux chômeurs de longue durée n’arrivent pas à trouver un premier job (ou vivent chez papa-maman, ou squattent et vivent comme ils peuvent. A noter que le squatt d’habitation recensé a augmenté de 50% à Madrid).
-Mais le chômage touche pas que les rejetons : 10% des foyers espagnols ont tous leurs membres au chômedu ou pire : soit 1.700 000 foyers, 310 000 de plus que l’an dernier! Dans un pays où près d’un million de maisons sont vides à cause de la crise du BTP, on vire parents et familles à tour de bras.
- Comme en France, de plus en plus de gens se lancent à leur propre compte. Alors que Sarko a créé le fameux statut d’auto-entrepreneur, qui permet à n’importe qui de payer des charges comme un vulgaire patron, tout en touchant le salaire d’un ouvrier (ou moins même, c’est des prestations), l’Espagne voit le nombre de personnes à leur propre compte monter : ils sont 3 millions maintenant, et bien que pas mal galèrent grave, ils rentrent pas dans les statistiques du chômage. Il faut prendre en compte aussi que pas mal ont créé leur propre boîte parce que l’Etat a annoncé une prime de 5000€ et plus pour tout patron qui crée un emploi en CDI…du coup pas mal de gens ont monté leur boîte…qui coule évidemment, vu la conjoncture.
- Les chômeurs sont de plus en plus jeunes : c’est carrément 1 million d’Espingouins de 16 à 19 ans qui sont ni à l’école, ni employés (source Fundación de Estudios de Economía Aplicada, FEAA). Ils étaient moins de 400 000 ya juste cinq ans.
- Et les contrats à durée indéterminée, malgré leur large flexibilisation (voir les mesures dans l’article « l’Espagne se grippe ») coulent à pic : – 179 000 ce trimestre, pour 15 000 contrats temporaires en plus : désormais, 24% des contrats sont temporaires. Ca veut dire que même avec les mesures les plus délirantes pour flexibiliser, le gouvernement PP n’arrive même pas à convaincre les boîtes de donner du CDI, bien qu’elles aient une jolie prime (que leur paient donc les contribuables) au CDI.

« Travail forcé et génération perdue »
C’est d’ailleurs très intéressant de voir les discours du directeur de cette fondation (le FEAA). Il explique dans une conférence ses inquiétudes face à ce « capital humain » qui est en jachère : il se « décapitalise ». Toujours pour lui, il faut lui permettre de se « recycler », sans quoi on risque de se trouver face à une génération perdue. Enfin il insiste sur le fait qu’il s’agit d’un « investissement purement productif ».

Dans la même conférence, la secrétaire d’Etat aux Universités a répondu qu’effectivement ils fallait suivre l’exemple de l’Allemagne ou de la Suisse et rapprocher les études du monde du travail : en gros, rien de neuf pour les prolos, mais pour les fil-le-s de la classe moyenne, on sait jamais, une relance et hop ! C’est reparti comme en 40. Pour ça, il faut être prêt et proposer une « grande flexibilité » aux acquéreurs potentiels de toute cette main d’œuvre made in Spain.

Ce qui est intéressant derrière tout ça, c’est ce que ça signifie : il ne s’agit pas d’une « génération perdue » dans une perspective de relance :il s’agit du prolétariat espagnol post-crise de 2007, point barre. Et le débat, c’est est-ce qu’on les laisse croupir ou est-ce qu’on les fait travailler, pour éviter que ça parte grave en brioche. Et la question à mille balles en ce moment, c’est : à quel prix cette « nouvelle génération » sera-t-elle prête à bosser pour pas crever de faim.

Alors si on va plus loin, dans une période où tous les indicateurs sont dans le rouge, ça veut dire quoi encadrer les jeunes prolos ? Ben ça veut dire travail forcé. On a du chômeur, du sans-emploi ? Qu’à cela ne tienne, on va lui trouver du travail, du stage, du service civique, ou dieu sait quelle saloperie pour qu’il travaille pas cher. Cette question, en France, c’est Laurent Wauquiez qui l’avait abordée en proposant de donner des heures de travail obligatoire aux heureux bénéficiaires du RSA.

De son côté, le gouvernement espagnol, dans  lequel il y a décidément de grands farceurs, a décidé de supprimer les prestations du RMR (le RSA espagnol) pour toute personne n’ayant jamais eu un contrat. Or comme on vous l’a dit, ya beaucoup de jeunes ados-prolos qui ont pas encore trouvé un job légal, ne serait-ce qu’une fois. Conséquence : pour toucher le RSA espagnol maintenant, ils devront trrouver au moins un boulot, à n’importe quel prix. Et avec un peu de chance ils le garderont sous la pression économique et/ou familiale. Rien de tel pour casser le marché.

Et la relance me direz-vous ? Ben, c’est-à-dire… C’est ptêtre pas pour tout d’suite. Le secteur de l’industrie augmente un peu mais sans non plus faire des flammes. Et, oh la bonne idée, le BTP se remet à embaucher. Ca tombe bien, on est en pleine période de préparation d’un projet qui va faire passer les pyramides d’Egypte pour des pâtés de sable : EuroVegas*** (*** un projet démentiel sans la moindre information sur les modalités de son financement ) . Et puis les Espagnols, ils commencent à maitriser, ça, le BTP, puisque ça représentait 17% de leur activité avant la crise, et que maintenant, ils viennent prendre le pain dans la bouche de nos Polonais sur les chantiers de France.

LE LOGEMENT

Alors on a parlé du chômedu, mais si vous êtes amateurs de sensations fortes, faudra se pencher sur un autre secteur où les espingouins font très fort : le logement. D’abord faut quand même savoir que malgré une faible densité (une des plus faibles d’Europe, avec 46 millions d’habitants seulement), l’Espagne tient le pompon en terme de constructions : 25 millions dans tout le pays. C’est du délire, et ça entraîne des chiffres tout aussi délirants au niveau du logement :
- Au moins 2,5 à 3 millions de baraques vides ! Et encore, les dernières stats de l’INE, c’est-à-dire l’INSEE espagnol en gros (pas très fiables) parlent de 6 millions de baraques vides !
- Un taux de location d’à peine 10%, contre 50% de moyenne en Europe. Plus dingue encore, les logements sociaux : là où il y a une obligation ( via la loi SRU, pas non plus respectée, hein faut pas exagérer) de 20% en France, en Espagne, la moyenne des HLM et autres appartements de location gérés par le public est de 0,5%.

Alors forcément, quand on rajoute ce qu’on vous disait sur le BTP avant, en ce moment c’est le gros bordel. La crise a eu son premier impact sur la « bulle immobilière », aux States comme en Espagne : ici c’est 150 milliards, 15% du PIB annuel de l’Espagne, les fameux « actifs toxiques » de l’immobilier espagnol.
Ya des quartiers entiers qui se sont retrouvés vides du jour au lendemain ou qui se sont jamais remplies, un peu comme c’est arrivé aux States il y a quelques années.
Le problème de cette branche, c’est que personne ne veut de ces baraques. Alors à terme y va pas y avoir 36 solutions : ‘va falloir détruire des maisons pour relancer le marché de l’immobilier (et donc bonjour les boîtes qui vont fermer, les petits proprios qui vont douiller.

L’autre enjeu, et c’est celui là qui nous intéresse, vu qu’on a pas trop l’intention d’investir dans la pierre à Jerez, c’est qui va payer l’ardoise des petits propriétaires qui se sont mis des crédits de malade dans ces baraques qui valent pas plus cher qu’une poignée de germanium. Sans compter que comme on vous l’a dit, y a presque 2 millions de foyers où y a pas de rentrées d’argent parce que tout le monde est au chômage.

Le résultat n’a d’ailleurs pas tardé : depuis 2009 et l’explosion de la crise en Espagne, on compte pas moins de 200 000 expulsions ! Récemment une basque, Amaia Egaña, s’est suicidée à l’arrivée des huissiers au moment d’être expulsée de sa maison, ça a fait jaser.

Pauvre Amaia… Mais ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. C’est quand même une moyenne de 140 avis d’expulsion par jour, dans tout le pays.

Ça a obligé les pouvoirs publics à « agir », pour pondre une espèce de loi à la con comme le fameux « droit opposable » des Don Quichotte, qui en France fut un grand succès, ya qu’à aller en parler au clochard de votre rue.

En l’occurence il s’agirait  de permettre aux familles « les plus vulnérables » d’avoir des logements d’urgence accessibles durant une sorte de trêve hivernale. Ca devrait pas être trop compliqué, avec 1 millions de logements directement construits et inhabités d’avance depuis la flambée du logement en Espagne, ya dix ans!
L’AEB (en gros, un consortium des banques espagnoles) a déclaré mettre en place un moratoire de deux ans sur les expulsions et cesser pour les « cas d’extrême nécessité ». A partir de la semaine du 16 novembre sont prévus des débats pour définir ces « cas d’extrême nécessité ».  Affaire à suivre.

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