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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 08:29

image.jpgLe 1er Mars avait lieu la manif’ nationale à Québec contre la hausse des frais de scolarité. L’occasion de revenir rapidement sur le mouvement étudiant en cours depuis deux ans et sur l’étrangeté du contexte de lutte nord-américain pour un regard lyonnais.

Face à l’annonce du gou­ver­ne­ment libé­ral d’une aug­men­ta­tion des frais de sco­la­rité à l’uni­ver­sité de 325$ chaque année pour arri­ver à 1625$ de plus en 2017, le mou­ve­ment étudiant prend péni­ble­ment son envol au Québec. Une aug­men­ta­tion de 70% qui s’ajoute à l’aug­men­ta­tion de 30% en vigueur depuis 2007. Contrairement à la pro­pa­gande gou­ver­ne­men­tale, les fonds trans­fé­rés en prêts et bour­ses ne sont des­ti­nés qu’aux per­son­nes déjà éligibles aux prêts et bour­ses. Mêmes parmi ceux-ci, 80% des gens ne rece­vront pas de com­pen­sa­tion pour la hausse. Pour éclairer très briè­ve­ment la situa­tion sociale des étudiants qué­bé­cois : le niveau moyen d’endet­te­ment étudiant est de 13000$ à la fin d’une licence et le tra­vail étudiant est en hausse cons­tante (en moyenne 17h par semaine).

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Au Québec, le mou­ve­ment étudiant est lar­ge­ment assu­jetti à la ges­tion des asso­cia­tions étudiantes. Ces struc­tu­res n’ont pas d’équivalent en France, elles jouent le rôle de syn­di­cat et de bureaux des élèves et dis­po­sent d’un mandat de repré­sen­ta­tion des étudiants. Ces enti­tés exis­tent au niveau d’une faculté, d’un dépar­te­ment, et par tru­che­ment fédé­ra­tif au niveau des uni­ver­sité et du pays. On ne choi­sit pas de s’affi­lier à son asso­cia­tion de faculté, de dépar­te­ment ou d’uni­ver­sité, on y adhère auto­ma­ti­que­ment quand on paye des frais. Elles seules ont le pou­voir de tenir des assem­blées géné­ra­les, c’est à dire que l’idée d’une Assemblée géné­rale auto­nome, voire au niveau de l’uni­ver­sité ne fait aucun sens ici. Ces assem­blées sont alors régies par un recueil de pro­cé­dure qui permet (dixit wiki) « de tenir des assem­blées géné­ra­les démo­cra­ti­ques et ordon­nées. » : le code Morin, hérité d’un notaire qué­bé­cois en 1938 et dont la majo­rité des asso­cia­tions étudiantes ont fait leur charte, par­fois modi­fiée. Au Canada anglo­phone et aux États-Unis, son équivalent est le Robert’s Rule Of Order.

Seule une asso­cia­tion peut se décla­rer en grève, pas un étudiant seul, encore moins une uni­ver­sité. Le code Morin est un dis­po­si­tif qui donne à ceux qui le connais­sent, en géné­ral des semi-pro de l’asso­cia­tif étudiant, un pou­voir cer­tain sur le dérou­le­ment d’une AG, un bureau­crate affûté peut par exem­ple deman­der une ques­tion préa­la­ble pour couper un débat et passer immé­dia­te­ment au vote... etc etc, les exem­ples sont nom­breux. Ce sys­tème fonc­tionne lar­ge­ment comme un dis­po­si­tif de ver­rouillage de l’auto­no­mie du mou­ve­ment étudiant et est insé­pa­ra­ble d’une auto­no­mie des uni­ver­si­tés accom­plie depuis long­temps (et du ver­rouillage de la poli­ti­que en Amérique du Nord). Cela ne veut pas dire que tous les mili­tants asso­cia­tifs soient des enne­mis, un dépar­te­ment mobi­lisé d’une uni­ver­sité radi­cale le sera aussi mais même dans ce cas la gou­ver­nance asso­cia­tive « cadre » les mou­ve­ments. Les plus gran­des de ces asso­cia­tions, celles des uni­ver­si­tés, sont consi­dé­rées comme de « véri­ta­bles par­te­nai­res sociaux », avec qui le gou­ver­ne­ment négo­cie durant les mou­ve­ments mais aussi tout au long de l’année. Monstres finan­ciers, ces asso­cia­tions pos­sè­dent sou­vent les bars, cafés, épiceries des uni­ver­si­tés en plus de dis­po­ser de sommes très impor­tan­tes (les rumeurs les plus folles cou­rent sur les pos­ses­sions immo­bi­liè­res à Montréal de l’asso­cia­tion étudiante de l’UQAM).

Alors qu’au cours de l’année 2010, seule des mani­fes­ta­tions spo­ra­di­ques bien que mas­si­ves (1er avril et 24 sep­tem­bre), l’annonce du mon­tant de la hausse en hiver 2011 a immé­dia­te­ment été saluée par de nom­breu­ses ini­tia­ti­ves loca­les (occu­pa­tion de bureaux des rec­to­rats uni­ver­si­tai­res, déploie­ment de ban­niè­res, péti­tions...). Le mou­ve­ment a alors repris son rythme de mani­fes­ta­tions très écartées et d’actions spo­ra­di­ques. Pendant l’été, 200 asso­cia­tions étudiantes repré­sen­tant plus de 200000 étudiants se sont pro­non­cées contre la hausse des frais de sco­la­rité. L’asso­cia­tion étudiante consi­dé­rée comme la plus radi­cale, l’ASSÉ (Association pour une soli­da­rité syn­di­cale étudiante) a crée la CLASSE (Coalition large de l’ASSÉ) , qui est devenu l’organe de repré­sen­ta­tion du mou­ve­ment.

A l’hiver 2012, la pres­sion monte enfin ! Le mou­ve­ment se radi­ca­lise et s’oriente vers une grève géné­rale illi­mi­tée. Actuellement, 73 asso­cia­tions regrou­pant plus ou moins 92000 étudiants l’ont voté. Les cégeps (ins­ti­tu­tion sco­laire payante divisé en sec­tions géné­ra­les et tech­no­lo­gi­ques qui se situe entre le lycée et l’uni­ver­sité et qui est aussi la ligne de frac­ture de la dés­co­la­ri­sa­tion des clas­ses popu­lai­res au Québec) comp­tent pour 52000 étudiants de ce chif­fre. L’UQAM (Université du Québec à Montréal), uni­ver­sité his­to­ri­que­ment la plus mobi­li­sée (la plus à gauche et la plus mixte socia­le­ment des 4 uni­ver­si­tés fran­co­pho­nes) compte 22835 étudiants en grève. Ce mou­ve­ment est le pre­mier mou­ve­ment étudiant d’ampleur depuis le mou­ve­ment de l’hiver 2005 contre les cou­pu­res de l’aide finan­cière (l’UQAM avait là aussi joué un rôle impor­tant). Cette grève de 6 semai­nes, qui a fait recu­ler le gou­ver­ne­ment, fut la plus longue grève étudiante au Québec (sic).

Pour un tas de rai­sons (la mobi­li­sa­tion des dépar­te­ments tra­di­tion­nel­le­ment peu mobi­li­sés, scien­ti­fi­ques en par­ti­cu­lier, l’ambiance des manif’, des AG, des cou­loirs de fac et des comi­tés de mob...), on a l’impres­sion que quel­que chose pour­rait se passer... quoi que ce soit qui bri­se­rait la tor­peur gelée d’une uni­ver­sité qué­bé­coise en hiver serait déjà bien.

Total des asso­cia­tions étudiantes EN GRÈVE ILLIMITÉE :

73 asso­cia­tions étudiantes Regroupant +/- 91 557 étudiantes et étudiants

Total des asso­cia­tions étudiantes ayant un mandat de grève illi­mi­tée – en attente du déclen­che­ment :

34 asso­cia­tions étudiantes Regroupant +/- 34 769 étudiantes et étudiants

Total des asso­cia­tions étudiantes qui seront en grève illi­mi­tée le lundi 5 mars :

94 asso­cia­tions étudiantes Regroupant +/- 116 865 étudiantes et étudiants

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