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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 14:23

autonomie-italie.jpgContenu original: avec la nouvelle année la formule du blog change. En plus de partager des news glanées su internet ainisi que des infos locales, nous avons décidé de donner plus de place à des contenus originaux, rédigés exclusivement pour notre blog... Ce premier article, que zones subversives nous a fait en primeur, est un article historique sur l'expérience de l'Autonomie Italienne des années 70...

 

De nouvelles pratiques de lutte

Cette expérience apparaît comme l’un des derniers grands mouvements historique de contestation dans les pays occidentaux. De plus, l’autonomie italienne atteint son apogée lorsque, en France, le reflux des luttes est déjà bien entamé. Des intellectuels, comme Félix Guattari, se tournent vers l’Italie lorsque le cycle de lutte issu de Mai 68 cède le pas à la décennie des années 1980, avec sa glaciation politique et intellectuelle. L’exil en France de figures du mouvement autonome nourrit également la légende. Les affaires judiciaires autour de Cesare Battisti http://zones-subversives.over-blog.com/article-temoignages-sur-le-lutte-armee-en-italie-100624311.html ou Paolo Persichetti ont relancé le débat sur les « années de plombs » dénoncées par le pouvoir et les médias. L’aura intellectuelle d’un Toni Negri http://infokiosques.net/spip.php?article193 alimente aussi la mythologie autonome, revue et corrigée par une idéologie sociale-démocrate tendance radical-chic.

Pourtant, l’autonomie italienne fournit des pistes de réflexion pour les luttes actuelles et à venir. La force de ce mouvement réside dans son élargissement de la lutte au-delà des usines. Même si cet espace n’est évidemment pas déserté. La contestation s’élargit des lieux de travail aux lieux de vie. Les luttes dans les quartiers semblent particulièrement intéressantes dans le contexte actuel. Aujourd’hui, il faut faire face à la gentrification et à l’embourgeoisement des villes, à l’augmentation des loyers, à un urbanisme qui détruit tout espace de solidarité et de rencontres. Certaines pratiques de lutte de l’autonomie italienne peuvent être réactivées. Le mouvement « Je ne paie pas » se développe en Grèce et s’apparente à une nouvelle forme d’auto-réduction collective. Les luttes contre les expulsions des logements se multiplient également en Espagne et aux États-Unis dans le cadre du mouvement des assemblées http://zones-subversives.over-blog.com/article-occuper-le-monde-une-nouvelle-forme-de-radicalite-107257128.html .

La critique de la vie quotidienne, actuellement délaissée par les organisations révolutionnaires, apparaît également comme une force de l’autonomie italienne. La domination marchande colonise tous les aspects de la vie. Une simple rupture avec l’État et le capitalisme ne suffit pas. Le capitalisme apparaît comme un mode de production http://www.tantquil.net/2012/04/29/quest-ce-que-cest-un-mode-de-production/ , mais aussi comme un mode de vie. Le mouvement engage alors un processus de transformation de l’ensemble des relations humaines. Le refus du travail exprime une aspiration à une autre vie dans une autre société. Il s’agit d’un refus des conditions d’existence. La critique de l’exploitation s’articule avec la critique de l’aliénation. Se réapproprier sa vie permet d’affirmer une libération des subjectivités et des désirs. La révolution doit permettre de passionner la vie. Le témoignage de Paolo Pozzi http://zones-subversives.over-blog.com/article-lutter-et-vivre-dans-l-autonomie-italienne-101259135.html décrit bien cette aspiration à transformer le monde pour changer la vie.

 

Les limites d’un mouvement

L’autonomie italienne continue de fasciner les nouveaux milieux radicaux. Le groupe-revue Tiqqun et la nébuleuse insurrectionnaliste se réfère au dernier grand assaut du ciel. Mais le mouvement autonome italien demeure très méconnu et souvent mal compris. D’autant plus qu’il demeure auréolé d’une légende. Les avis sont souvent tranchés. De l’apologie de Tiqqun à la dénonciation des « années de plombs », la confusion et la simplification priment sur l’analyse politique et historique.

Il semble indispensable de souligner les limites de ce mouvement. L’analyse historique permet de transmettre une mémoire des luttes révolutionnaires, mais surtout de comprendre les raisons des échecs historiques. Cultiver la légende permet de construire un folklore mais occulte la réflexion critique qui peut éviter de reproduire les mêmes erreurs.

Paolo Pozzi, loin de la mystique insurrectionnaliste, souligne la dérive de lutte armée. Évidemment, un soulèvement de l’ensemble de la population doit riposter à la violence et à la répression de l’État. En revanche, les petits groupes armées qui fétichisent la violence se vivent comme une avant-garde. Ils prétendent représenter le prolétariat mais privilégient progressivement la clandestinité à l’implication dans les luttes sociales.

L’échec du mouvement autonome semble loin de se réduire à une débâcle judiciaire et militaire, comme le souligne Jacques Wanjnsztein http://tempscritiques.free.fr/spip.php?article295 . Les raisons de l’essoufflement semblent surtout politiques et théoriques. La radicalisation de la lutte ne touche en réalité qu’une minorité de travailleurs. Malgré des pics d’intensité et des grèves sauvages, les usines sont loin d’être paralysées durant cette période. De même le mouvement autonome ne touche pas l’ensemble du territoire italien, mais semble surtout actif dans les villes de l’Italie du Nord.

Le mouvement de refus du travail ne touche que les jeunes, ouvriers ou étudiants, et les immigrés. Il s’agit des composantes du prolétariat qui ont le moins intériorisé l’identité ouvrière. Sur le plan théorique, l’opéraïsme privilégie progressivement les marges du prolétariat à la classe ouvrière intégrée. Une séparation se crée entre « l’ouvrier garanti » et le travailleur précaire. Même si l’ouvrier a surtout la garanti de se faire exploiter, malgré son emploi stable.

Ensuite, l’autonomie italienne se coupe progressivement du mouvement ouvrier. Certes ne pas limiter la lutte à l’espace de l’usine semble indispensable. Mais l’autonomie délaisse progressivement les luttes ouvrières pour privilégier les luttes séparées  et déconnectées de toute perspective d'un mouvement révolutionnaire. Par exemple les luttes des femmes et des homosexuels se replient sur des revendications identitaires et limitées, au détriment d'un projet de révolution sexuelle. Sébastien Schifres http://sebastien.schifres.free.fr/master.italie.limites.htm#_ftn7 souligne également les limites d'un mouvement qui ne lutte pas pour l'expropriation des moyens de production dans une perspective de révolution sociale.

Pourtant, l’expérience du mouvement autonome demeure intéressante pour tous ceux qui aspirent à détruire l’ordre existant. De nouvelles formes de luttes permettent d’articuler la critique du capital avec une perspective de bouleversement de tous les aspects du quotidien. La liberté, le désir, le plaisir et la passion deviennent les moteurs de la lutte et de la vie.

 

Pour aller plus loin :

Marcello Tari, Autonomie ! Italie, les années 1970 http://www.lafabrique.fr/catalogue.php?idArt=603 (traduit par Etienne Dobenesque) La Fabrique, 2011

Jacques Wanjnsztejn, "Commentaire critique du livre de Marcello Tari: Autonomie ! Italie, les années 70 (ed. la Fabrique, 2011)" http://blog.tempscritiques.net/archives/263#more-263 , sur le blog de la revue Temps Critiques

Sur le blog zones-subversives.over-blog.com :

« Insurrection des désirs dans l’Italie des années 1970 » http://zones-subversives.over-blog.com/article-insurrection-des-desirs-dans-l-italie-des-annees-1970-98161694.html , 29 janvier 2012

« Lutter et vivre dans l’autonomie italienne » http://zones-subversives.over-blog.com/article-lutter-et-vivre-dans-l-autonomie-italienne-101259135.html , 9 mars 2012

« Témoignages sur la lutte armée en Italie » http://zones-subversives.over-blog.com/article-temoignages-sur-le-lutte-armee-en-italie-100624311.html , 2 mars 2012

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