Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 11:29

a_quoi_ressembleront_les_soldats_du_futur.jpgDeux armées se faisant face ? Un duel d’artillerie ? Régiment de soldats contre régiments de soldats ? Nope : la guerre a changé. Dans leurs labos et QG’s, les galonnés planchent sur la nouvelle guerre en cours, permanente et asymétrique, avec les centres urbains pour premier champ de bataille. Une évolution contée dans Villes sous contrôle, passionnant ouvrage de Stephen Graham.

 

Chacun sait ou devrait savoir que, dans un monde de plus en plus urbanisé, les guerres à venir seront principalement pour ne pas dire exclusivement urbaines. Et que les frontières entre ennemis extérieurs et intérieurs sont appelées à totalement s’effacer. En haut lieu, c’est-à-dire dans des instances qui échappent complètement au regard et, à plus forte raison, au contrôle des citoyens, des préparatifs sont déjà engagés pour venir à bout des soulèvements populaires que le retour du capitalisme à la sauvagerie de ses débuts ne manquera pas de provoquer. Une sauvagerie sophistiquée propre à ce que les stratèges chargés de la mettre en œuvre appellent «  guerres de basse intensité », où les dernières avancées scientifiques et techniques seront mises au service de la répression, comme elles le sont déjà au service de l’exploitation.

Ainsi en va-t-il des techniques de contre-insurrection urbaine mises au point pour briser toute tentative de subversion et de sédition dans les métropoles du futur. Dans la panoplie sans cesse enrichie des artefacts élaborés à cette fin figurent des robots-tueurs autonomes. Ils seront capables non seulement de détecter, sélectionner et détruire leur cible à partir de décisions fondées sur des algorithmes informatiques, sans aucune intervention humaine, mais de distinguer les cibles des non-cibles. c’est-à-dire les ennemis à abattre des alliés à épargner, grâce à des logiciels de reconnaissance. Dans les centres de recherche publics ou privés financés par le Pentagone, on s’active déjà à mettre au point et tester à coups de simulations électroniques des « protocoles éthiques » [sic] greffés sur des drones sans pilote, des missiles, des bombes ou des engins terrestres conçus pour survoler une ville ou patrouiller dans un quartier, à la recherche des «  bonnes cibles » à éliminer. Comme le note le géographe anglais « radical » Stephen Graham dans Villes sous contrôle, un ouvrage que l’on ne aurait trop recommander pour ne pas mourir idiot — à défaut de ne pas mourir du tout —, ce sera donc à la machine de déterminer si un être humain a droit à la vie ou doit périr1.

JPEG - 11.5 ko

Dans un sous-chapitre intitulé « Entomologie de synthèse », l’auteur montre à quelles extrêmes peuvent mener « le fétichisme de la machine et les fantasmes technophiles » : « Endémiques, selon lui, au mode de production capitaliste », ils fonctionnent «  en tandem avec les fictions d’anticipation, la géopolitique de comptoir et le divertissement de masse  »2. Outre les micro- et nano-technologies, amplement utilisées depuis longtemps pour perfectionner l’armement high tech destiné à annihiler les rebelles métropolitains, proches ou lointains, d’aujourd’hui et de demain, les biotechnologies sont à leur tour mobilisées. Apparemment, en effet, les robots-insectes mis en circulation pour accompagner ou précéder les unités militaires menant des opérations en « terrain urbain hostile », dans les territoires palestiniens occupés, en Irak et en Afghanistan et ailleurs, ne suffisent plus. Baptisés « veuve noire  », « guêpe  » ou « frelon  » par leurs concepteurs, ces micro-robots — ils ne pèsent que quelques dizaines de grammes et ne mesurent que quelques centimètres — peuvent surveiller des bâtiments et pénétrer à l’intérieur pour signaler si un ennemi s’y trouve et avec quelles armes. Cependant, une étape supplémentaire est en voie d’être franchie dans l’innovation meurtrière avec la « rencontre entre la nanotechnologie et la génétique » qui, selon Stephen Graham, «  va ouvrir une nouvelle ère de guerre biologique, une guerre qui se jouera à une échelle microscopique ».

S’appuyant sur les dires d’un lieutenant-colonel de l’US Air Force, le géographe discerne le point d’aboutissement prévisible de cette convergence technologique : fabriquer des « essaims de microrobots volants qui pourraient s’attaquer à l’ADN d’un individu » — préalablement sélectionné dans les bases de données militaro-policières répertoriant ceux suspectés de menacer « nos démocraties » — en injectant des armes biologiques ou génétiques dans le sang du sujet.

Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin de l’artificialisation du vivant ? La DAPA (Defense Advances Research Projects Agency), soit l’« agence pour les projets de recherche avancée de défense  », succursale scientifique du département de la Défense des États-Unis chargée, en collaboration avec les laboratoires militaires israéliens, de la recherche et développement des nouvelles technologies destinées à un usage militaire, a lancé en 2006 un programme nommé Hybrid Insect. Comme son nom le suggère, il consiste à truffer d’électronique miniaturisée des insectes réels pour en faire des papillons ou des coléoptères cyborgs téléguidables. « En introduisant de la microélectronique dans la chrysalide, on produit un insecte cyborg contrôlable à distance dès qu’il quitté son cocon.  »

JPEG - 23.7 ko
« Withus Oragainstus », by Bansky

Ainsi pourrait-on envisager « des systèmes de video-surveillance capables d’investir et d’habiter en permanence n’importe quelle ville ou quartiers ennemis »3. Bien plus, on songe déjà à déployer un type inédit d’armement microscopique : des essaims d’insectes cyborgs aptes à inoculer des maladies, mortelles ou non, à effets foudroyants ou différés. Nick Turk, historien, journaliste et éditeur étasunien « radical » cité par l’auteur, l’un des meilleurs analystes des projets bellicistes du «  nouvel impérialisme », invite ses lecteurs à « imaginer un monde où le moindre insecte qui voltige devant votre fenêtre pourrait être une espion contrôlé à distance et équipé d’un matériel de surveillance.4 » Mais, ajoute t-il, plus troublante encore est «  la perspective d’armer un jour ces petites créatures, et notamment, selon un scientifique très proche du projet, d’équiper ces insectes cyborgs d’ “armes biologiques” ».

Ce qui précède est une illustration parfaite, c’est-à-dire mortifère, de ce dont s’évertuent à nous prévenir de rares observateurs lucides à propos de ce que l’on persiste à identifier comme « le progrès  », malgré les deux dernières guerres mondiales, Auschwitz et Hiroshima, et maintenant la soi-disant « guerre contre le terrorisme », avec ses centres de torture secrets souvent « délocalisés et ses « exécutions extrajudiciaires ». À savoir que les avancées scientifiques et techniques conjuguées avec le maintien des rapports de production capitalistes qui en déterminent l’orientation et l’utilisation, ne peuvent qu’engendrer une régression d’ordre à la fois intellectuelle, éthique et politique, pour ne pas dire une barbarie accrue, fût-elle new look5.

 

Jean Pierre Garnier

Repris sur Article 11

Partager cet article

Repost 0
Published by AL Montpellier
commenter cet article

commentaires

Nous contacter

montpellier@
alternativelibertaire.org

Qui sommes nous ?

Blog du Collectif Alternative libertaire (CAL) de Montpellier

AL34

 Nous sommes des militants et militantes anarchistes révolutionnaires et

communistes libertaires vivant et travaillant sur Montpellier et son département.


Fondée en 1991, AL fonctionne sur un mode fédéraliste et autogestionnaire. L’organisation

est constituée d’une fédération de groupes locaux,


Retour à la page d'accueil

Agenda militant

Nous y serons

MANIFESTATION INTER-REGIONALE ANTIFASCISTE

MONTPELLIER    => DIMANCHE 6 AVRIL

RENDEZ VOUS A 13H A PLAN CABANES

(TRAM 3, ARRET PLAN CABANES)

Articles Par Catégories