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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 10:46

hate-school-calvin-and-hobbes1-copie-1.jpgUn article de tantquil.net qui critique le role de l'institution scolaire au sein du capitalisme...

 

En regardant tous les programmes de la campagne présidentielle, on observe un consensus sur l’école. Les partis de gauche (PS, Modem, Europe écologie) et le FN veulent plus de moyens, plus de postes, pour une école en mesure d’assumer pleinement ses missions. Nous ne nous étonnons pas de voir les partis bourgeois défendre cette institution. Mais dans les partis dits d’extrême gauche, cette idée est aussi présente, voire fondamentale. Même dans des organisations prétendues communiste révolutionnaire, communiste libertaire ou anarchiste, la défense de l’école (en tant qu’institution) est présentée comme une lutte à mener dans l’intérêt du prolétariat. Nous allons donc présenter notre position sur ce «faux ami» qu’est l’école.  

 

Bref Historique

 

On ne peut pas remettre en question l’éducation aujourd’hui en France, sans parler de ses débuts, du moins du début de l’école républicaine pour tous ou presque. Avant, nous étions des sauvages qui ne savaient ni lire ni écrire et que l’Etat s’est mis, par charité (suite au siècle des lumières), à vouloir nous instruire pour notre plus grand bonheur. Et un grand merci à ce gentil Jules Ferry. Bon ça c’est la version qu’on apprend à l’école. La réalité est bien différente :

 

Création de l’école et lutte des classes 

 La généralisation de l’école commence au début du 19ième  siècle, avec les lois Guizot de 1833 et Falloux de 1850. Durant cette période, les intérêts de la bourgeoisie étaient de former la main d’œuvre qui bossera plus tard dans leurs usines.

La fin du 18ième  et le début du 19ième  fut une période de lutte intense entre la  bourgeoisie et le prolétariat nouvellement formés, avec notamment la tentative révolutionnaire de la Commune de Paris. Même si le processus était déjà engagé, les révoltes populaires rendirent plus pressante la nécessité pour la bourgeoisie de renforcer son contrôle sur le prolétariat par l’école. La preuve par les mots de Jules Ferry, idole de l’école républicaine :

« Dans les écoles confessionnelles, les jeunes reçoivent un enseignement dirigé tout entier contre les institutions modernes. [...] Si cet état de choses se perpétue, il est à craindre que d’autres écoles ne se constituent, ouvertes aux fils d’ouvriers et de paysans, où l’on enseignera des principes totalement opposés, inspirés peut-être d’un idéal socialiste ou communiste emprunté à des temps plus récents, par exemple à cette époque violente et sinistre comprise entre le 18 mars et le 24 mai 1871. »

 (Discours de Jules Ferry au Conseil général des Vosges en 1879.)

 

Nationalisme 

Par ailleurs, suite à la déculottée militaire de 1870 la bourgeoisie française, prépare la guerre de 1914-1918. Pour se faire, les bourgeois développent  le sentiment national et républicain du peuple qui sera amené à se battre (notamment par l’utilisation du français au détriment des langues régionales). De même, l’idée de revanche, pour récupérer l’Alsace et la Lorraine, devait être insufflée dans l’esprit des prolétaires et des paysans. Et à qui a-t-on confié la tâche ? A l’école bien sûr.

Rôles de l’école

Reproduction des classes sociales 

Ça peut paraître évident pour certains, mais c’est toujours bon de le rappeler : l’école reproduit les classes sociales. En effet, quand on y entre enfant d’ouvrier,  y a peu de chance d’intégrer les grandes écoles qui fabriquent nos dirigeants. Sûr que y’en a toujours qui passent au travers, mais si on regarde des statistiques, on se rend vite compte que les chances sont très minces (les inégalités face au langage par exemple, sont un exemple de handicap en milieu scolaire).

Pour masquer la reproduction de classe, les profs (et malheureusement les parents souvent) ressortent toujours la même rengaine : si tu te casses le cul à l’école tu t’en sortiras ! Ce qui suppose que nous sommes tous égaux à l’entrée de l’école et que c’est pour des raisons individuelles (personnalité, aptitude, ténacité…)   qu’on s’en sort bien ou pas.

 

Confusion de classe

L’école se veut l’institution citoyenne par excellence, celle qui crée les bons citoyens républicains de demain. L’école nous fait oublier qu’il y a le prolétariat et la bourgeoisie, en nous faisant croire que nous sommes tous des citoyens. Cette confusion ne sert que la bourgeoisie.

Les partis politique de gauche, voire d’extrême gauche, prétendent que l’éducation nationale est au service du peuple et que ce sont les gouvernements de droite qui la pervertissent. En défendant cette institution, ces partis soutiennent directement les intérêts de la bourgeoisie.

Formation de main d’œuvre

En effet, voir l’école juste comme le lieu de transmission du savoir et de l’acquisition/développement de l’esprit critique est une erreur. C’est nier le rôle économique de formation de la main d’œuvre.  Les savoirs dispensés seront différents  d’une filière à l’autre selon la nécessité économique de leur futur emploi.  Avec l’essor du travail ouvrier (industriel) au cours du 19ième siècle, la bourgeoisie a eu besoin d’apprendre aux prolétaires à lire, à écrire et à compter. Depuis la situation économique de la France a évolué. Le développement du secteur tertiaire et du travail avec des machines de plus en plus complexes, les a obligés à élever le niveau minimum de l’enseignement. Ce qui explique la forte progression des filières générales dans les pays « développés ». C’est une des raisons qui explique au Pakistan ou en Indonésie par exemple, le taux élevé d’analphabétisme, vu que le travail est essentiellement concentré sur des métiers peu qualifié (textile, agriculture…). Il n’y a donc pas nécessité pour la bourgeoisie d’augmenter le niveau de qualification de ses futurs ouvriers que sont les écoliers issus du prolétariat.

Quelle que soit la filière suivie, la première leçon de l’école est la discipline.

Dés la maternelle l’obéissance et le respect de la hiérarchie sont au cœur de l’enseignement : on lève la main avant de parler,  on ne coupe pas la parole au prof (qui lui ne se gêne pas), on se met en rang… Pourquoi cet apprentissage ? L’argument souvent avancé est que la discipline est essentielle pour bien apprendre. Elle est surtout nécessaire pour le fonctionnement d’une société capitaliste : la soumission au patron est la suite logique de cette soumission au prof.

 

Reproduction des genres

L’école c’est aussi le lieu où les genres sont reproduits. Les inégalités de genre se cumulent avec les inégalités de classe.

L’école est un des lieux de socialisation pour les enfants. De nombreuses recherches ont montré que la socialisation scolaire contribue à la transmission des stéréotypes de sexe : en groupe masculin dominant et groupe féminin dominé.

D’une part, les jeux proposés aux jeunes enfants à l’école maternelle reproduisent cette division sexuelle. Cette division répond à la division sexuée du travail et à la division de classes. D’autre part, les enseignants n’ont pas les mêmes conduites ni les mêmes attentes envers les filles et les garçons.

Un des rôles de l’école est de reproduire les inégalités et de transmettre les savoirs dominants. Ainsi de nombreux auteurs et savoirs ne sont pas transmis, et particulièrement lorsqu’il s’agit de l’histoire des femmes, de leurs luttes… 

 

Risque contrôlé de formation du prolétariat

L’école peut aussi apprendre aux gens à réfléchir par eux même ou avoir du sens critique etc…, mais si nous nous en servons aujourd’hui pour justement critiquer cette éducation et ses inégalités intrinsèques, ce n’est pas « grâce » à cette école républicaine, égalitaire etc… Le risque que prend la bourgeoisie de former le prolétariat est un risque calculé. Certains finiront en effet par utiliser une partie de ce que l’école leur a appris pour la critiquer (un peu comme le service militaire qui peu se retourner contre l’état et la bourgeoisie). Mais ce risque reste minime, comparé au bénéfice pour la bourgeoisie de former idéologiquement, politiquement et économiquement la population.

Quand des écoles brûlaient en 2005 pendant les révoltes de certains quartiers populaires, de l’extrême gauche à l’extrême droite, presque tous pleuraient de voir ces « temples du savoir » disparaître dans les flammes. Pas nous. Outre le fait qu’on n’est pas persuadé que le savoir pousse dans les temples, si on commence à gémir à chaque fois que la lutte des classes prend une forme un peu énervée, on n’a pas fini. Nous ne pensons pas que maintenir ou réformer l’école soit dans notre intérêt: l’école fait partie problème, pas de la solution. Sinon, ça fait longtemps qu’on l’aurait interdite…

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Published by AL Montpellier
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commentaires

Bruneau Nathalie 16/06/2012 13:24

Votre article à charge semble oublier toutes les cellules de résistance au sein de l'éducation même qui essaient de changer l'école pour changer la société:les alternatives pédagogiques comme les
classes Freinet ou la volonté d'une école libertaire comme le Lycée Autogéré de Paris et le lycée expérimental de Saint-Nazaire

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