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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 16:43

A l'heure de l'extension de la crise en Grèce voici un panorama de l'extrême gauche en Grèce ainsi que du syndicalisme de base qui organise les secteurs de main d'oeuvre précaire...

 

 

En Grèce, des grèves sectorielles ont lieu quasi quotidiennementimaga-article-grece-jpg
(transports, voirie), des comités de chômeurs se constituent tandis que les
rassemblements (centraux) sur la place Syntagma ont donné naissance à
diverses tentatives d’assemblées de quartier.
Une nouvelle grève générale débute ce 19 octobre...
Il nous a paru utile de publier l’article qui suit (publié dans le N° 5 de
la *revue Z <http://www.zite.fr/>*) qui permet d’aller au delà des visions
spectaculaires de la situation grecque et des luttes qui se déroulent là-bas
et propose, à sa façon, des voies de sorties de quelques ornières
idéologiques et pratiques dont nous avons à pâtir ici.

Syndicalisme : retour à la base
[1<http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5876#nb1>
]
Méditations sur le renouveau du syndicalisme grec


*En juin 2010, je décidais de me rendre à Athènes pour enquêter sur une
expérience dont on entendait quelques échos dans le milieu militant en
France : le syndicalisme de base grec. Issues du mouvement anarchiste, ces
organisations syndicales autonomes s’opposent à un syndicalisme confédéral,
dominé par la bureaucratie et la tutelle des partis politiques. Ces
expériences renvoient à un certain nombre de préoccupations et de questions
politiques partagées en France notamment : Quelles peuvent être les raisons
spécifiques qui ont conduit une partie du mouvement anarchiste grec,
largement teintée d’insurrectionnalisme, à créer des structures syndicales
de base, alors même qu’ils se montrent très critiques à l’encontre du
syndicalisme ?
Du point de vue du mouvement anarchiste, comment peut-on entendre le rapport
entretenu entre une critique radicale du travail salarié construite à
travers diverses formes d’organisation et de débrouille collective (squat,
récupération, petits larcins, potagers collectifs...) et l’investissement
dans la défense des droits des salariés précaires sur les lieux de travail ?
De manière plus générale, comment inscrire au quotidien la radicalité d’une
décision politique sans tomber dans la cogestion, ni dans le radicalisme
groupusculaire souvent marginalisé ?*

Les mesures d’austérité dictées par le FMI de Dominique Strauss-Khan sur
fond de crise économique en Grèce ont abouti à la vente d’un grand nombre
d’entreprises publiques (chemins de fer, électricité, gaz, télécoms, ports,
aéroports, etc.) au capital international. Dans le même temps, les
conditions de vie d’une large frange du peuple grec se sont aggravées
(baisse des salaires et des pensions de retraite, recul de l’âge légal de
départ à la retraite, augmentation de la TVA, démantèlement de certains
dispositifs de sécurité sociale, durcissement des réglementations
migratoires, etc.). Cette situation a conduit à exposer les Grecs, et
particulièrement la jeunesse, à une précarité grandissante (absence de
sécurité sociale digne de ce nom, salaire horaire très bas, allocations
chômage plafonnées à 400 euros, revenu minimum autour de 100 euros, taux de
chômage très élevé, etc.). Aussi, assiste-t-on à une forme de déclassement
de cette jeunesse au niveau scolaire assez élevé : les perspectives d’emploi
sont désormais sans rapport avec ce que promettaient initialement de longues
études. De très nombreux Grecs ont dû choisir entre s’exiler
[3<http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5876#nb3>]
ou enchaîner les périodes chômées et les petits boulots dans le secteur des
services (par exemple : ouvriers d’entretien, serveurs, commis, coursiers,
etc.) – une branche particulièrement importante de l’économie nationale.
C’est sur ce terrain qu’est né le syndicalisme de base. Dans des proportions
encore modestes, mais significatives, il a permis de rompre l’isolement des
salariés, grâce à la mise en place d’une solidarité réunissant ces salariés
de différentes petites entreprises sur la base de leur même profession.

*La gauche grecque*

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il me semble nécessaire de présenter
succinctement la configuration politique au sein de l’ensemble de la gauche
grecque.

En octobre 2009, les « socialistes » du PASOK sont entrés au gouvernement
sous la direction de Georges Papandréou, après la défaite de la droite de
Caramanlis, sorte de Sarkozy local. Ils se sont alignés sur les directives
du FMI de DSK : démantèlement des systèmes de solidarité, privatisations,
mises en concurrence, baisse des salaires et des pensions, augmentation des
taxes à la consommation, etc.

Le KKE (le Parti communiste grec) est resté en dehors du gouvernement. C’est
un parti plutôt vieillissant, mais sensiblement plus influent que le PCF.
Interdit presque sans interruption de 1936 à 1974, il est auréolé du
prestige de sa participation à la résistance contre le nazisme, ainsi qu’à
la lutte contre la dictature des colonels (1967-1974). N’ayant jamais
participé à un gouvernement de gauche, il n’a pas subi le ressentiment de
l’opinion publique au sujet de la crise actuelle. Marqué par un discours
« lutte de classes », il demeure néanmoins le seul parti communiste en
Europe, avec celui du Portugal, attaché à l’héritage et aux pratiques du
stalinisme [4 <http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5876#nb4>]. En
outre, le KKE possède une organisation syndicale, le PAME, très bien
implantée dans les secteurs ouvriers traditionnels : marine, docks,
industrie, ainsi que dans les universités mais qui est quasiment inexistante
dans les autres secteurs. Tous secteurs confondus, le syndicat représente
environ 15 % des suffrages aux élections professionnelles.

Du côté de l’extrême gauche, on trouve un grand nombre de petites
organisations trotskistes ou maoïstes. Relativement cantonnées à
l’université et assez divisées, elles sont peu influentes dans l’espace des
luttes salariales. La crise en Grèce a contribué à favoriser des
rapprochements, même si ceux-ci se sont bien souvent enlisés dans des
querelles de plate-forme. On doit noter qu’un nombre grandissant de
militants de ces organisations prennent part aux expériences de syndicalisme
de base, initiées depuis le mouvement anarchiste grec. N’oublions pas la
coalition de gauche « Syriza », représentée au parlement, en grande partie
issue d’une scission du parti communiste, se situant politiquement entre le
KKE et le PASOK et qui, de ce fait, a du mal à trouver son espace politique
autonome.

Quant au mouvement anarchiste grec, il n’est pas injustifié de parler de
« mouvance », tant l’activisme des collectifs et leurs multiples registres
d’action renforcent l’image d’un milieu bouillonnant, aux contours
relativement difficiles à cerner : luttes lycéennes, étudiantes,
écologiques, salariales ; squats, coopératives (très marginales dans la
proche région d’Athènes), syndicats de base, collectifs informels ;
occupations, actions directes, émeutes, attentats. Le mouvement est
également varié sous l’aspect théorique, puisque des emprunts aux courants
marxistes italiens « opéraïstes » (voir plus bas) et autonomes s’ajoutent
aux références canoniques de l’anarchisme, allant même parfois jusqu’à
cohabiter avec des rhétoriques marxistes-léninistes plus classiques.

Au-delà de petits collectifs ou des membres de syndicats de base, les
appartenances individuelles sont souvent difficiles à appréhender car aussi
flottantes que circulantes. Il n’y a pas d’organisation anarchiste ou de
syndicat anarcho-syndicaliste façon FA ou CNT
[5<http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5876#nb5>]
en France, hormis AK, un groupe semblable à Alternative Libertaire
[6<http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5876#nb6>
].

Lors des évènements de décembre 2008, à la suite de l’assassinat de
sang-froid par la police du jeune Alexis Gregoropoulos, jusqu’à
7000 personnes se sont rassemblées dans le « bloc noir » qui s’est affronté
aux forces de l’ordre. Dans ses diverses composantes et en dehors des
moments d’exception, le mouvement oscille entre 3 et 4 000 personnes à
Athènes. Tous ces collectifs et ces pratiques semblent globalement cohabiter
dans ce qu’il convient de nommer le « mouvement anarchiste grec », non sans
entraîner parfois de fortes tensions entre ce que certains anarchistes grecs
appellent – pour forcer le trait – les anarchistes « sociaux » (à travers
les syndicats de base en particulier) et les anarchistes
insurrectionnalistes (actions directes « violentes » revendiquées ou non par
des groupes clandestins). Ces catégories sont indicatives, ces deux courants
n’étant pas sans porosité. Malgré les divergences, beaucoup pensent qu’il
serait pertinent de parvenir à une certaine composition de ces différents
courants.

Enfin, la situation du syndicalisme grec apparaît délicate en même temps que
favorable au développement des unions syndicales de base : d’une part, les
deux principaux syndicats (l’un pour le secteur public, l’autre pour le
privé) sont très inféodés au PASOK ; d’autre part, il n’existe pas de
structure significative incarnant un syndicalisme de lutte
[7<http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5876#nb7>
].

*Le syndicalisme de base : constitution, principes*

La constitution des premiers syndicats de base en Grèce intervient en
2005/2006, avec les syndicats des serveurs, des coursiers et du nettoyage
qui sont aujourd’hui les plus importants numériquement, soit
respectivement : 150, 200 et 400 membres en juin 2010. Au cours des années
qui suivent l’émergence de ces premiers syndicats, d’autres unions de base
sont créées : celle des comédiens, des cuisiniers, des
traducteurs-correcteurs et même des ingénieurs, dont le mouvement anarchiste
grec a incontestablement été le fer de lance. Lors des manifestations du 1er
mai 2010, ces syndicats réunissent près de 1800 personnes à Athènes.

L’organisation syndicale de base se construit par profession (ex : un
syndicat des serveurs, un autre pour les cuisiniers, etc.) et non par
entreprise. Il s’agit de contourner à la fois l’isolement des salariés et la
concurrence que l’on instaure entre eux, que ce soit sur le même site ou
entre différentes boîtes. Il existe seulement deux échelles dans
l’organisation : le syndicat de base et la fédération par branche (par ex :
le commerce, le spectacle, etc.). Il n’y a ni de confédération qui aurait
force de loi sur l’ensemble des syndicats ni de participation à des courants
syndicaux internationaux. Il s’agit d’éviter la constitution d’une
bureaucratie décisionnelle, et ainsi d’inscrire la construction des formes
de résistances collectives au plus près des salariés eux-mêmes en leur
laissant la plus large autonomie possible. Toutes les décisions relatives
aux positions et aux activités du syndicat sont prises en assemblée générale
hebdomadaire ou bimensuelle de chaque syndicat. Tous les adhérents peuvent
participer, et la fréquence des assemblées peut augmenter en fonction de
l’intensité de l’activité syndicale. Les décisions sont prises par
consensus, ou par vote si ce premier ne s’est pas dégagé
[8<http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5876#nb8>].
La loi grecque obligeant tout syndicat à élire des représentants, ceux des
syndicats de base sont tournants et révocables. On pourrait toutefois
s’interroger sur l’absence d’unions locales, qui semble un handicap dans la
perspective de construire une organisation non corporatiste et
interprofessionnelle.

Arrêtons-nous un instant sur l’exemple du syndicat de base des serveurs
d’Athènes pour éclairer les méthodes d’implantation et les pratiques du
syndicalisme de base. Dans ce secteur, les salaires sont bas et variables :
un serveur à Athènes touche environ 45 euros pour 8 heures de travail, soit
un salaire horaire bien inférieur au Smic en France, mais il peut descendre
à 25 euros dans certains quartiers touristiques où les pourboires sont
censés compléter la faiblesse du revenu officiel. Durant l’été 2006, une
petite douzaine de personnes travaillant dans différentes enseignes
athéniennes (café, restaurants, etc.) forme un groupe de travail sur le
droit du travail. Des permanences sont mises en place à partir de l’automne,
annoncées par voie d’affiches près des établissements. Le groupe atteint 20
à 25 membres. Les premières actions directes collectives sont lancées en
soutien à des salariés pour des défauts de paiement d’heures, ou pour
harcèlement, etc. Le syndicat atteint une quarantaine de membres à la fin de
l’hiver 2007, puis 150 membres en juin 2010. Lors des journées de grève
générale, le syndicat impose physiquement la fermeture des cafés le long du
parcours de la manifestation, invite les autres manifestants à ne pas se
rendre au café après la déambulation (les serveurs étant des travailleurs
comme les autres) et organise les moyens de son autodéfense face aux
agressions de la police grecque.

L’attractivité du syndicalisme de base procède aussi de la critique du
modèle hiérarchique et de la constitution de contre-modèles égalitaires.
C’est une organisation marquée par la combativité de ces structures et
l’efficacité de ses actions directes collectives. Aujourd’hui, ce type de
syndicalisme commence à intéresser des personnes aux profils sociaux plus
hétéroclites (c’est-à-dire moins diplômés, plus féminins, de plus de 40 ans
ou issus de l’immigration), signe à la fois d’une confiance en ces
structures, de leur efficacité et de leur implantation grandissante.

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