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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 13:53

 

travail.jpgLes clichés ont la vie dure. En leur nom, parfois, la pire des politiques économiques se trouve justifiée. Par exemple, les médias dominants et les idéologues de tout poil ne cessent pas de nous seriner la chanson du travail trop cher. Le coût du travail lèserait la compétitivité de l’économie nationale qui ne saurait décemment gagner au grand jeu de la concurrence mondialisée où brille toujours, ne l’ignore-t-on pas, le voisin allemand. Travail, trop cher ? L’idée que le coût du capital répercuté sur les prix à la consommation est trop élevé n’effleure évidemment jamais la petite cervelle des faiseurs d’opinion, ceux-là mêmes qui opinent servilement du chef en direction des actionnaires, que ces derniers soient les propriétaires des médias dans lesquels ils officient ou les rentiers qui profitent plus généralement depuis plus de trente ans de la financiarisation du capitalisme. Encore une fois, une étude toute chaude prouve le contraire et devrait mettre fin aux balivernes en vigueur si nous étions dans un monde gouverné par la raison et la décence.

 

En effet, la publication « Emploi et salaires » de l’INSEE pour 2012 rendu publique aujourd’hui montre que le « coût du travail » français (on préfèrera dire le « prix du travail » quand on sait les énormes bénéfices que rapporte son exploitation) est à peine supérieur à son équivalent allemand. Plus précisément, dans l’industrie manufacturière, le coût horaire de la main-d’œuvre dans cette industrie en 2008 est de 33 euros pour les deux pays. Ce coût se monte même à 33.16 euros pour la France, et 33.37 euros pour l’Allemagne. En revanche, s’agissant des services marchands, le coût horaire de la main-d’œuvre allemande s’élève à 26.81 euros contre 32.08 euros pour la main-d’œuvre française. Une nouvelle occasion de constater que, loin des clichés véhiculés par les promoteurs français du modèle allemand qui a sacrifié la justice sociale pour le mercantilisme, les différences ne sont pas de l’ordre du significatif entre les deux pays voisins.

 

La comparaison est autrement plus intéressante si l’on s’intéresse aux évolutions entre les deux pays qui, d’après notre étude, ont été calculées entre 1996 et 2008. A cette aune, le prix du travail en Allemagne a évolué moins vite (+1.9%) que son homologue français (+3.4%), quant à lui identique à la moyenne européenne. Voilà le coût d’une politique dite de « modération salariale », autrement dit de blocage des salaires (et de leur baisse relative quand ils sont rapportés à la hausse des prix), que le gouvernement Sarkozy-Fillon aimerait voir appliquer en France dans la foulée des ignominieux accords dits « compétitivité-emploi » (cf. Deux nouveaux reculs signés Sarkozy : "TVA sociale" et "accords de compétitivité").

 

Enfin, last but not least, les pays qui ont, toutes choses égales par ailleurs, un prix du travail relativement élevé sont également ceux qui ont la productivité la plus forte. Le rapport coût du travail horaire /productivité horaire prouve à l’évidence qu’il ne faut absolument pas considérer le travail comme la variable d’ajustement, mais bien comme le facteur réel de production des richesses. « Un pays avec un coût de production élevé peut être plus compétitif qu’un autre avec un faible coût de production, si sa productivité est supérieur » précisent les auteurs de la publication de l’INSEE. Laurence Rioux qui travaille à la division salaires de l’INSEE ajoute même deux éléments par rapport à l’étude présente : d’une part, le niveau des cotisations sociales patronales (bloqué depuis 1979, quand même) n’influe pas sur le prix du travail (donc, pas la peine de faire le forcing sur la « TVA sociale » : cf. Deux nouveaux reculs signés Sarkozy : "TVA sociale" et "accords de compétitivité") ; et d’autre part, le déficit de compétitivité entre la France et l’Allemagne (déficit que ne cessent de déplorer avec des larmes de crocodiles nos idéologues patentés) ne reposerait in fine que sur un défaut d’innovation et de qualité de l’offre. En gros, si la recherche et le développement étaient davantage favorisés que la rentabilité actionnariale, le déficit de compétitivité serait comblé.

 

Compétitivité et productivité, coût horaire, concurrence et croissance… La critique radicale ne doit pas se restreindre au champ balisé par des concepts viables et valables uniquement pour l’économie capitaliste, mais doit faire fi de notions reflétant de façon structurelle les dynamiques de l’exploitation du travail, de la propriété lucrative et de l’accumulation pour l’accumulation. Le travail n’est pas un coût parce qu’il n’a pas de prix. Et il n’est, dans une société émancipée, productif que pour autant qu’il n’est plus subordonné ni à la concurrence, ni à la croissance, mais à la production du bien-être social.

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