Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 15:10

Voici la longue lettre publique d'un des membres du conseil de direction du NPA qui envisage de quitter ce parti...

 

Il était une fois le NPA

Petite histoire d’un grand gâchis

 

Jean-Yves Lesage,  comité industries graphiques (93) et membre du CPN du NPAlogoNPA.jpg

 

La fondation du NPA correspondait à une nécessité historique. L’échec, l’effondrement, la perversion des organisations de gauche et d’extrême-gauche, ici comme ailleurs dans le monde, rendent toujours indispensable la fondation d’une organisation élargie défendant radicalement les intérêts des travailleurs et des exploités. La base politique, sociale et même électorale d’une telle organisation existe toujours. La nécessité demeure alors que le NPA se meurt. Tout est à reconstruire et comprendre les raisons de l’échec est indispensable afin de refonder une organisation sans recommencer les mêmes fautes.

 

Nous avons tout simplement hérité des problèmes politiques et organisationnels de la LCR. A 9 000 nous les avons même élargis alors que j’espérais que nous pourrions les dépasser avec l’arrivée massive de militants possédants une autre histoire, d’autres références, d’autres pratiques. En fait les nouveaux ont été sommés de se ranger aux habitudes de la LCR. Tous courants confondus les militants trotskystes des plus gauchistes aux plus opportunistes ont conservé une vision étroite du parti d’avant-garde : le parti éclaire les masses et la direction éclaire le parti. Lorsqu’un groupe de militants pensent (et chaque groupe le pense !) que s’ils ne dirigent pas le parti le parti sera mal dirigé et les masses avec, toutes le manœuvres destinées à garder ou prendre la direction deviennent légitimes au regard des enjeux historique…Escamotages de divergences, mensonges, fausses majorités, alliances sans principe, guerre des fractions…Rien n’est trop beau pour la classe ouvrière !

 

A une époque j’avais reproché aux camarades d’Alternative libertaire ne n’être pas entrés au NPA alors qu’à bien des égards la proximité de nos analyses et de nos pratiques semble forte. Ils répondaient que les discussions avec la direction de la LCR  bloquaient sur deux points : un projet politique qui devait conserver un certain flou artistique et le refus de mettre en cause un fonctionnement basé sur les tendances. Rétrospectivement il est heureux qu’ils aient continué de développer leur organisation à l’extérieur. Dans le NPA, réduit à une tendance de plus, ils n’auraient pas pesé davantage et auraient implosé.

 

Un échec politique

Nous n’avons su être ni suffisamment radicaux ni suffisamment unitaires. Pourquoi ? Parce que les choix politiques n’étaient pas le fruit d’une discussion ouverte dans le parti ni même dans la « majorité » mais des deals successifs passés dans le secret du noyau de direction : « unitaires » et « radicaux » se paralysant mutuellement, la défiance voir la haine entre eux datant de bien avant le NPA…

 

Dans la crise économique et écologique où nous plonge le capitalisme, est-il si compliqué d’énoncer la nécessité d’une planète où l’ont mette en commun le travail et les richesses, une société communiste ? Curieusement même le texte « réponses à la crise » de la P2 reste frileuse de ce point de vue.

 

Face à une gauche réformiste engluée dans la cogestion avec le PS, était-il si difficile d’être offensivement unitaires en posant clairement les conditions d’une alliance ? Alliance qu’ils n’auraient pas acceptée portant au passage la responsabilité de la division et levant le masque du soi-disant antilibéralisme aux yeux des militants combatifs qui oscillaient entre eux et nous. Ni  unitaires ni polémiques nous sommes restés paralysés devant l’OPA de Mélenchon.

 

Seul un débat ouvert aurait pu permettre au NPA de s’en sortir. Mais le débat était confisqué. Il aura fallu que le noyau de direction explose avec le retrait d’Olivier Besancenot pour que les divergences apparaissent enfin clairement. Pierre-François et ses amis retrouvant une posture impuissante qui était celle de la LCR des années 90 n’assumant ni la construction d’une organisation anticapitaliste indépendante ni l’accompagnement des réformistes en pesant sur leur gauche.

 

Ayant toujours refusé de créer une tendance de plus, j’ai systématiquement choisi ce qui me semblait le moindre mal, sans cesser de donner mon opinion. J’aurais pu continuer d’accompagner la politique du moindre mal en rejoignant la P1A si je pensais que le NPA était encore sauvable. Je ne le crois plus. Il va imploser, exploser, se déliter mais il ne tiendra pas.

 

Echec de construction

Divers fractions internes éditent aujourd’hui une douzaine de publications papiers et web. Ce n’est pas tant leur existence qui pose le plus grave problème mais le fait qu’elles doivent diffuser davantage que le journal du NPA lui-même. Nous n’avons pas un parti mais un front de groupuscules. Dans un parti la démocratie ne peut pas être « chacun fait ce qui lui plait ». Il faut des règles qui respectent les minorités mais qui fasse surgir une orientation majoritaire.

 

Des milliers d’adhérents nous ont quittés sans désaccord majeur et dans l’indifférence des directions. Jusqu’à l’Université d’été toutes les fractions répondaient de la même manière à mes préoccupations répétées avec une certaine constance sur le fonctionnement du parti : « le fonctionnement n’est pas le problème, le problème c’est la ligne politique, tu ferais mieux de faire de la politique ». Il aura fallu la montée en puissance de la protestation dans le NPA pour que d’un seul coup d’un seul le débat devienne utile, les mêmes fractions soutenant officiellement ( ?) l’idée d’un vrai débat…

 

Malheureusement je sais trop bien pourquoi toutes les fractions vont être d’accord pour conserver le système parlementariste à la proportionnelle des tendances : c’est parce que les chefs de tendances sont ainsi garantis d’être éternellement réélus. Et d’être élus non pas pour leur militantisme réel mais juste parce qu’ils ont « la bonne ligne politique ».

 

En fait nous avons construits un monstre : un parti qui porte un projet de société autogestionnaire mais dont les pratiques internes contredisent le projet.

 

La candidature de Philippe Poutou illustre l’échec terminal. Pourquoi sommes nous dotés d’un candidat qui possède certes un bon profil mais d’évidence aucune compétence pour assumer la fonction ? Parce qu’il était porté comme plus petit dénominateur commun par certaines fractions de la direction avant toute autre considération d’efficacité oratoire.

 

Le pire n’est pas qu’il soit si maladroit dans ses apparitions publiques (moi qui suis aussi un ouvrier j’aurais refusé la fonction il faut connaître ses limites). Le pire c’est de lire des mails auto-satisfaits de dirigeants qui se réjouissent que notre candidat fasse « éclater le cirque médiatique » ou pire encore que « nous avons enfin un candidat dans lequel les travailleurs vont pouvoir se reconnaître » !!! Aux yeux de certains chefs de fractions, un ouvrier ne peut pas savoir causer. On est au bout du mépris de classe. Le NPA vient de tuer l’idée même qu’un ouvrier pourrait faire un bon candidat ! Dimanche après l’émission chez Ruquier tous les sympathisants ouvriers de mon secteur professionnel étaient effondrés, et humiliés de l’image d’eux-mêmes ainsi portée. Pour moi ce sera la goutte d’eau que je n’avalerai jamais.

 

Refonder un parti

La galère NPA va couler. Même s’il restera sans doute quelques fractions pour se disputer l’épave. Il faut sauver ce qui reste d’énergies saines. Sans ambiguité je suis convaincu que des camarades qui ont été contraint de choisir comme moi ce qui leur semblait le moindre mal existent dans toutes les tendances d’aujourd’hui. Et il est encore possible de rattraper celles et ceux qui ont déjà lâché le NPA.

 

 J’appelle les camarades et  les comités à entreprendre un travail de refondation localement. Je les appelle à se coordonner pour réussir.

 

Dans le même temps il nous faut rapidement faire un point sur ce qui existe comme partenaires potentiels. LO semble figé dans une caricature d’elle-même. Les dirigeants des groupes antilibéraux sont engagés derrière une candidature du Front de Gauche dont l’objectif reste une majorité « de gauche » incluant une soumission de fait au PS. Reste le Mouvement des Objecteurs de Croissance et Alternative Libertaire.

 

Je n’ai jamais voulu être un chef. Je ne jouerai pas au chef de scission. Que chacun prenne ses responsabilités et à bientôt. Car le combat continue.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by AL Montpellier
commenter cet article

commentaires

Nous contacter

montpellier@
alternativelibertaire.org

Qui sommes nous ?

Blog du Collectif Alternative libertaire (CAL) de Montpellier

AL34

 Nous sommes des militants et militantes anarchistes révolutionnaires et

communistes libertaires vivant et travaillant sur Montpellier et son département.


Fondée en 1991, AL fonctionne sur un mode fédéraliste et autogestionnaire. L’organisation

est constituée d’une fédération de groupes locaux,


Retour à la page d'accueil

Agenda militant

Nous y serons

MANIFESTATION INTER-REGIONALE ANTIFASCISTE

MONTPELLIER    => DIMANCHE 6 AVRIL

RENDEZ VOUS A 13H A PLAN CABANES

(TRAM 3, ARRET PLAN CABANES)

Articles Par Catégories