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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 04:00



Article paru dans l’Emancipation syndicale et pédagogique de mai 2010.

En mai 2009, les salariés de Pimkie international apprenaient que 190 d’entre eux allaient être licenciés. Cette annonce devait se concrétiser à la fin de l’année 2009. Un plan analogue touchait aussi Xanaka, une autre filiale du très puissant groupe Mulliez.

Cette famille du Nord, qui contrôle une nébuleuse industrielle en-dehors de la Bourse, avec de nombreuses filiales, se serait partagée l’an dernier 45 millions d’acompte sur dividendes selon le député Bocquet. Le chiffre d’affaire de cet empire Mulliez représente aujourd’hui plus de 66 milliards d’euros par l’exploitation de 360 000 salariés. Il contrôle notamment Auchan, Leroy-Merlin, Décathlon, Boulanger, Flunch, Norauto, Phildar et des dizaines d’autres. Et parmi elles, Pimkie, marque de vêtements, 6 500 salariés et 665 magasins.

Chez Xanaka comme chez Pimkie, il s’agit essentiellement de femmes, à qui l’entreprise proposait soit des indemnités de départ, soit des “reclassements”, mais avec cette particularité que les règles du pacte d’actionnaires stipulent qu’il ne peut y avoir obligation de reclassement dans les autres filiales du groupe.

Les salariés de Xanaka ont engagé le combat, bloqué le départ des camions et, finalement, le 16 décembre, la direction a “lâché” 20000 euros d’indemnités et 2400 euros en plus par année d’ancienneté. Mais pour les salariés de Pimkie, l’entreprise “offrait” seulement 10000 euros et 550 euros par année d’ancienneté.

La grève illimitée commençait alors à Pimkie le 19 décembre. Les salariées (majoritaires) et salariés organisaient des piquets de grève, notamment les soirs de réveillon, mais aussi des manifestations, attirant les médias, contraignant les partis politiques à prendre position.

La grève allait durer plus de deux semaines. A l’issue de ce combat, si les licenciements étaient maintenus, la direction se voyait contrainte à des concessions beaucoup plus importantes que prévues. Au cours de ce combat, comme cela arrive désormais fréquemment, se sont dégagés des “meneurs”, des “chefs de file” qui surgissent de la mobilisation et jouent un rôle important. L’une d’entre elles, la syndicaliste Valérie Pringuez, connue pour avoir animé la lutte à Pimkie pendant cette grève de 19 jours, était présente lors du congrès de la FSU où elle a pris la parole pour expliquer le combat mené.

Pour L’Emancipation, Valérie Pringuez a accepté d’apporter des informations et appréciations complémentaires.

L’Emancipation syndicale et pédagogique: Quel bilan peux-tu faire de ce combat?

Valérie Pringuez: La grève a commencé le 19 décembre et a pris fin dans la nuit du 5 au 6 janvier. Le travail effectif a repris le 7 février. Il y avait 167 grévistes, qui étaient à 80% des femmes. Cela a été une grève exemplaire avec une grande solidarité, alors qu’avant la grève il n’y avait pas de solidairté entre les salariés du fait de la politique de la direction.

Un accord a finalement été accepté dans la nuit du 5 au 6 février: il garantissait un versement “supra-légal” de 20 000 euros pour chaque licencié et 1000 euros supplémentaires par année d’ancienneté. Ce n’est pas mal, mais sur 14 jours de grève, il y en a quatre seulement de payés. C’est donc dix jours qui sautent. La CGT n’a pas signé, les autres ont signé. On a préféré demander à l’Assemblée Générale de se prononcer sur la signature, et l’AG a refusé massivement la signature. Mais ensuite, les deux tiers ont voté pour la reprise du travail. Il y avait la fatigue, les pressions. FO a même expliqué que “pour ceux qui rentrent, l’accord serait applicable, mais pas pour les autres”. Avant la grève, la CGT était la deuxième organisation syndicale. Elle représentait 28 % et c’est la CFDT qui était la première.

L’Emancipation: C’est donc un peu comme à Conti où la CGT, qui n’était pas majoritaire, s’est renforcée dans la grève?

Valérie Pringuez: Oui. C’était le premier vrai conflit dans cette entreprise. La semaine suivante, il y a eu un nouvel accord sur la question des départs volontaires. Il y avait 175 postes supprimés. Il y a eu 194 demandes de départs volontaires. Dans les 194, très peu de Cotorep (salariés handicapés dont un nombre minimum doit figurer dans les effectifs). Après ce conflit, on va passer de 225 à 138 salariés. Il restera surtout des agents de maîtrise et des cadres. Les raisons données par la direction, c’est la recherche de compétitivité qui pousse à la réorganisation.

On évoquait les Contis. Et dans la grève des salariés de Continental, on a beaucoup parlé du conflit avec Thibault, du fait que les salariés ont été lâchés par la direction de la CGT. En ce qui vous concerne, est-ce qu’il y a eu les mêmes problèmes? Quel soutien avez-vous eu de la direction de la CGT?

On a eu un soutien fédéral: en fait, un peu d’information dans la presse, un petit article au début du conflit. Pour les Contis, moi je les soutiens à 100 pour 100. Je ne comprends pas trop la position de Thibault. Lui, il ne voit pas les conséquences que les licenciements, le désespoir, peuvent avoir dans la lutte. Il ne sait plus; il vit dans un joli petit bureau. Il a une bonne paye. Quand on est désespéré, on imagine toutes les solutions. Sans doute, ce n’est pas la bonne méthode de casser. Mais chez nous, on a aussi tout imaginé: on a pensé grève de la faim, séquestration. Il y en avait qui voulaient commencer par la grève de la faim, séquestrer la direction. Il faut comprendre. La plupart des grévistes, elles ont des enfants. Elles ont passé les deux réveillons sur les piquets de grève: Noël et le jour de l’An. Sans les enfants.

Ne penses-tu pas que l’attitude de Thibault, c’est la contrepartie de la bonne entente avec Sarkozy?

Je ne pense pas. Il n’a pas tant de liens que ça avec Sarkozy. C’est plutôt l’installation dans le système. Il est loin du terrain.

Et comment envisages-tu les perspectives des luttes? N’y a-t-il pas nécessité d’une mobilisation générale?

Oui, c’est essentiel. Il faut un combat tous ensemble. Il faut une plate forme revendicative. L’unité est bien sûr une nécessité, mais il ne faut pas perdre son identité.

Propos recueillis par Serge Goudard.

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