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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 05:00

Voici un retour sur l'oeuvre de Rubel, marxologue qui explique en quoi Marx est un penseur de l'anarchie et du communisme libertaire...

 

 

bakunin-Marx.jpgRubel souligne les aspects libertaires de la pensée de Marx. Celui dont le nom est associé aux pires régimes autoritaires peut même renouveler et enrichir la réflexion anarchiste.

 

La réflexion de Marx est couramment opposée aux idées anarchistes. Marx et le marxisme incarnent l’autoritarisme, la bureaucratie, l’orthodoxie figée, le tout associé aux régimes dits communistes et au despotisme politique. Maximilien Rubel présente l’œuvre de Marx en insistant sur une éthique libertaire et brise tout un ensemble de clichés qui associent Marx au marxisme.

 

 

La pensée libertaire de Marx

 

Pour Maximilien Rubel, la pensée de Marx se distingue du marxisme qui se développe alors que les écrits du théoricien révolutionnaire ne sont pas encore accessibles. Le marxisme devient une idéologie d’État alors que Marx estime que ce ne sont pas les idées mais les forces matérielles et humaines qui font avancer l’histoire. Mais Rubel va plus loin dans la réhabilitation de Marx en le considérant comme un penseur anarchiste car il préconise la disparition de l’État. Sous le terme de communisme, Marx élabore une théorie de l’anarchie.

Le jeune Marx attaque l’Argent et l’État et se solidarise du prolétariat qui doit abolir ses deux institutions sociales. L’auto-émancipation du prolétariat doit donc permettre une émancipation humaine totale. Marx entame alors une « anatomie de la société bourgeoise » par la critique de l’économie, mais il avait également le projet d’élaborer une étude critique de la politique et de l’État.

 

 

Marx anarchiste

 

Pour Rubel, Marx est plus proche de l’anarchie que Proudhon dont la critique de la propriété ne remet pas en cause les rapports sociaux de production du système économique bourgeois. Proudhon conserve salaire, prix, banque, crédit, valeur, concurrence, profit, intérêt et autres notions capitalistes. « L’ancienne société bourgeoise avec ses classes et ses antagonismes de classe fait place à une association où le libre épanouissement de chacun est la condition du libre épanouissement de tous » souligne Marx dans le Manifeste communiste.

Pour Rubel, l’URSS n’a rien de communiste. « L’industrialisation du pays est du à la création et à l’exploitation d’un immense prolétariat et au non au triomphe et à l’abolition de celui-ci » précise Rubel.

Marx enrichit l’anarchisme utopique par « la compréhension dialectique du mouvement ouvrier perçu comme auto-libération éthique englobant l’humanité toute entière ». En revanche, dans son activité politique, Marx ne cherche pas à harmoniser les moyens et les fins. Marx étudie, à travers le capitalisme, l’esclavage économique et la servitude politique. Marx observe le bonapartisme et exprime une critique radicale de l’Etat à l’origine de tous les maux sociaux et « avorton monstrueux de la société ». Les prolétaires « doivent renverser l’Etat pour réaliser leur personnalité » écrit Marx dans L’Idéologie allemande. En revanche, Engels distingue l’action de classe du prolétariat et la politique du parti. Rubel dresse ensuite un portrait de Bakounine en autoritaire et démontre qu’il est facile de falsifier une pensée en sélectionnant quelques extraits.

 

 

rubel.jpg

 

La pensée hétérodoxe de Rubel

 

Louis Janover, un des proches collaborateurs de Rubel, retrace le parcours du marxologue dans un article publié dans Les Temps Maudits, revue de la CNT. Maximilien Rubel est d’abord influencé par un humanisme dénué de toute dimension sociale. Mais il contribue ensuite à redécouvrir Marx contre tous les marxismes autoritaires. La pensée de Rubel se rattache à l’anarchisme et au communisme de conseils. Il s’attache à la spontanéité révolutionnaire et à l’auto-émancipation du prolétariat contre les médiations des partis et des idéologies. L’œuvre de Rubel, rejetée par les communistes autoritaires comme par les anarchistes dogmatiques, influencent les marxistes critiques comme Guy Debord.

Rubel s’attache à l’éthique de comportement révolutionnaire et tente de concilier l’utopie de la fin avec l’utopie des moyens. Marx « a mené de front l’investigation scientifique et la postulation libertaire » souligne Rubel.

 

 

Anarchie et communisme

 

Louis Janover s'attache à la lecture marxienne de Maximilien Rubel. Marx critique également l’aliénation et la représentation politique, donc l’État.

Cependant, l’éthique libertaire de Marx se distingue de l’individualisme anarchiste. Il prend en compte les causalités économiques, sociales et politiques de l’aliénation. « Tous les mouvements du passé ont été le fait de minorités, ou faits dans l’intérêt de minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement autonome de l’immense majorité dans l’intérêt de l’immense majorité » souligne Marx dans Le Manifeste. « L’ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses conflits de classes, fait place à une association ou le libre épanouissement de chacun est la condition du libre épanouissement de tous » précise le même texte. La pensée de Marx apparaît comme une synthèse des grands mouvements d’émancipation du début du XIXème siècle.

Dans la critique de l’URSS, les anarchistes s’attachent à une nécessaire dénonciation morale, tandis que Rubel et les marxistes critiques élaborent une analyse en terme de classes sociales pour observer le développement d’une nouvelle bourgeoisie ou d’une classe dominante bureaucratique. Des penseurs comme Rosa Luxembourg, Anton Pannekoek, Karl Korch, Paul Mattick ou Pierre Souyri s’inscrivent dans la réflexion de Marx contre toutes les variantes du marxisme autoritaire et frelaté.

 

Mais, si Rubel permet une réhabilitation libertaire de l’œuvre de Marx, la pensée anarchiste ne doit pas se contenter de reprendre les idées du théoricien communiste. La critique des relations de pouvoir et de toutes les formes d’autoritarisme doit puiser à de multiple sources. La révolte de Bakounine, la critique radicale de la vie quotidienne et les différents témoignages des expériences révolutionnaires historiques peuvent également permettre de dessiner les sentiers de l’émancipation humaine. Surtout, pour reprendre Marx, la critique des armes doit s’accompagner de la critique par les armes. Les théories doivent s’alimenter des luttes sociales qui permettent de penser des situations concrètes afin de changer le monde.

 

Repris sur Zones Subversives

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