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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 14:19

2502_Militaire_gare_montaprnasse_inside.jpgLe maintien de l’ordre est un moment ou l’état exerce une violence sur ses « citoyens » ou plutôt sur ses sujets. Cette violence, est très particulière car elle relève de la violence d’état. Celle-ci est présentée comme la seule légitime, et n’est presque jamais remise en question dans son principe même. Mais qu’est-ce que la violence d’état ?


Il existe une fiction véhiculée par le droit bourgeois qui est celle de l’état de droit : le droit généré par un état doit s’appliquer aux actes des agents de ce même état. Par exemple, si loi punit le vol, les agents de l’état n’auront pas le droit de voler, de même si la loi dit que tous les personnes détournant de l’argent doivent être jugés, tous les agents de l’état sont susceptibles de passer au tribunal y compris le président de la République.

Ce principe ne résiste pas à l’examen des faits. Quelques exemples :

- Les violences aggravées (avec une  arme) sont punies par la loi française de 3 ans d'emprisonnement et 45.000 € d'amende.

Pourtant les forces de police ont le droit de matraquer avec des tonfas qui sont des armes de catégorie 6, lorsqu’il y des blessés, bonne chance pour faire appliquer la loi !

- Un enlèvement, rapt ou kidnapping est l'action qui consiste à s'emparer de quelqu'un ou à le détenir, contre sa volonté, généralement par la force. Il est puni de 5 ans de prison et de 75 000 euros d’amende.

Pourtant, les forces de police peuvent détenir en garde à vue toute personne paraissant suspecte 48h.  Cela peut s’allonger à 96 h en cas de suspicion de terrorisme ou de trafic de stupéfiants.

Avec une décision de justice, cette séquestration peut s’étendre jusqu’à la  perpétuité en prison

- le meurtre est défini à l'article 221-1 du code pénal. Il s'agit du « fait de donner volontairement la mort à autrui ». Il est puni de trente ans de réclusion criminelle.

Pourtant les forces militaires employées par la France (et les autres états) ont le droit de tuer ce qui est  défini très vaguement comme des « combattant ennemis »

Par exemple, le 9 novembre 2002, lors de la répression des manifestations contre l’intervention française à Abidjan en Côte d’Ivoire, les forces françaises ont tiré à balles réelles par hélicoptère et au sol sur les manifestants installés sur les deux ponts de la lagune Ebrié et aux abords de l'hôtel Ivoire. Ces tirs auraient fait, selon une série de sources concordantes, une soixantaine de morts et plus d'un millier de blessés selon RFI (Radio France international).

Les militaires peuvent même remporter des moissons de médailles pour ce type de « bravoure ».

On peut rajouter la police  à cette liste: ses membres ont tué plus de 300 personnes dans les quartiers populaires sans qu’aucun policier n’aille en prison, même si la police n’a pas formellement le droit de tuer en toutes circonstances…

Le rappeur Hamé de la Rumeur a subi 8 ans de poursuites judiciaires pour avoir rappelé ce fait dans le texte «  Insécurité sous la plume d’un barbare »

Le pouvoir d’état

 

On l’aura compris, ce qui caractérise le pouvoir de l’état c’est le monopole « légitime » et « légal » de la violence sur ses citoyens ou plutôt sur ses sujets.

Cette exception, ce droit à la violence sur les corps de ses sujets est justifié très largement par les textes juridiques, par les hommes politiques, les médias, les intellectuels défenseurs de l’ordre établi…

L’argument massue est la préservation de l’ordre public.

L’ordre public, ce terme ne veut rien dire. Ce qu’il veut réellement dire c’est l’ordre établi ou encore l’ordre social, c'est-à-dire notre société de classe bâtie sur l’injustice, l’exploitation des travailleurs et l’aliénation : l’ordre public à préserver, c’est le capitalisme.

A l’heure ou les plans d’austérité s’accélèrent en Europe, ou la contestation massive gagne l’Espagne et qu’au nom d’un choc de compétitivité et de l’austérité, des mesures antisociales vont être prises en France, il faut garder cela à l’esprit.

Pour reprendre le philosophe Tereshenko : la violence d’état, les bavures, ce n’est pas « bad apples in a good basket, good apples in a rotten basket » (pas des mauvaises pommes dans un bon panier, mais des bonnes pommes dans un mauvais panier).

Cela veut tout simplement dire que la répression, la violence disproportionnée et gratuite, les blessures parfois graves, les morts suite à des « bavures », les privations de liberté en garde à vue ou en prison, ne sont pas des abus ou des dérapages d’un pouvoir devenu fou comme on peut le croire. Au contraire, cette violence est au cœur du pouvoir de l’état. Elle permet de préserver l’ordre public, ou plutôt l’ordre social.

 

Oulianov

 

Repris sur Tantquil.net

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