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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 12:00

revoltez-vous-nantes.jpgA l'heure d'un second tour dont le résultat aura le gout de cendre, de la culpabilisation pour aller voter utile, voici un article qui remet en question le pouvoir effectif que le vote nous accorde dans cette soi-disant démocratie...

 

Le mouvement libertaire refuse de participer à la mascarade électorale. Les luttes sociales et l'action directe de tous les exploités sont le seul moyen de transformer la société.

 

En 2012, tous les médias s’attachent à faire de l’élection un enjeu central. Pourtant, quel que soit le président élu, les plans de rigueur et d’austérité vont se multiplier. Rigueur de droite contre rigueur de gauche: voilà le seul choix proposé. Mais les programmes sont détaillés, le danger du FN ausculté, l’espoir d’un gouvernement de gauche est attisé, et la perspective d’une alternance politique agite tous les fantasmes. De nombreux candidats se présentent à l’évènement politique central de la démocratie française. Face à cet engouement pour les élections, certes davantage médiatique que populaire, la réflexion des anarchistes offre un regard original. Les anarchistes vivent également les élections comme un rituel pour mieux servir leur propagande anti-électoraliste. La Fédération anarchiste (FA) s’implique particulièrement dans ce projet. Cette organisation estime que l’émancipation découle de l’éducation populaire, du débat d’idées et des discussions politiques. 


 

 


 


 

Démocratie directe contre démocratie représentative


En 2007, un livre collectif recueille différents textes et articles qui synthétisent les arguments des anarchistes contre les élections. Ce livre présente également un projet alternatif fondé sur le fédéralisme et la démocratie directe pour permettre une participation de tous à la prise de décision, sans intermédiaire. Surtout, ce livre comporte des textes sur les débats qui agitent le milieu libertaire en 2002 au moment de l’élection entre Chirac et Le Pen. Alors que le spectre du FN au second tour a été agité en 2012, des discussions permettent un regard moins conformiste.

 

L’article « Anarchie et démocratie » critique le principe de la délégation. « Il ne faut pas confondre démocratie, gouvernement du peuple par lui-même, et représentativité parlementaire qui n’est qu’un simulacre. La démocratie parlementaire est l’illusion de la volonté du peuple. Être représenté c’est être sous tutelle. Déléguer son pouvoir, c’est abdiquer de sa volonté dans un rapport de soumission à une autorité. Voter est un acte d’allégeance » souligne Jean Monjot. Les médias mettent en scène des faux débats, des polémiques politiciennes en valorisant des personnalités.

 

Les anarchistes proposent un autre projet de société fondé sur la fédération libre des communes. « L’assemblée de quartier ou de la commune, décide directement, dans la liberté d’expression de chacun. Les décisions se prennent à main levée, chacun étant responsable de son acte qui peut avoir des conséquences sur autrui. Un débat de fond doit avoir lieu sur les projets. Une personne peut alors être mandatée pour ses compétences sur le projet, mais ce n’est pas elle qui le décide et elle est révocable si elle ne remplit pas son mandat » décrit Jean Monjot. Les moyens de productions sont également directement contrôlés par les travailleurs pour répondre aux besoins de tous et de chacun, et non à la logique du profit. Cette forme d’organisation doit permettre de limiter les rapports de pouvoir pour accroître la liberté individuelle. Chacun exprime librement ses besoins et ses désirs.

 

L’autogestion et la démocratie directe apparaissent comme une fin, mais aussi comme un moyen. Des comités de lutte et divers espaces autogérés s‘organisent, ici et maintenant, selon un fonctionnement libertaire pour construire une autre société.

 

 

 

nos-reves-ne-logent-pas.jpg


 

Action directe contre délégation


 

L’élection de 2002, avec le FN au second tour, a permis de stigmatiser les abstentionnistes. Par leur refus de voter ils auraient favorisé l’accession de Le Pen au second tour. Pour les anarchistes, c’est le gouvernement Jospin qui favorise la montée de l’extrême droite par ses politiques racistes, sécuritaires et libérales. La propagande médiatique crée également un contexte propice à la montée des idées d’extrême droite. L’opposition au fascisme ne passe pas par les urnes mais par les luttes sociales contre la chasse aux sans papiers, les lois sécuritaires et les réformes sociales.

 

Pourtant, même dans les milieux libertaires, des appels à voter Chirac se multiplient en 2002. Mais le risque d’une élection de Le Pen demeure pourtant inexistant tant Chirac dispose d’un réservoir de voix important. Il semble également inutile de se joindre au front républicain qui orchestre une propagande, en faveur de Chirac, digne d’une dictature.

 

« Une trentaine d’hommes et de femmes candidats, du plus raciste au moins sérieux, des fausses têtes de gentil et des vrais gueules de méchants, un suspens insoutenable, des luttes fratricides, des éliminations sans pitiés dignes de Kho Lanta, et il se trouve encore des mécontents pour affirmer que la démocratie est un spectacle aliénant pour citoyens dociles », ironise un militant de la FA. Contrairement au marxisme-léninisme et à la social démocratie, l’anarchisme refuse de changer la société à travers le pouvoir d’État. « Pour les anarchistes, l’État n’est pas un outil neutre au service d’une politique plus ou moins sociale. Il est l’instrument de domination d’une minorité privilégiée sur l’immense majorité exploitée » explique ce militant. Pour changer la société, les anarchistes privilégient l’action directe, sans intermédiaire ou délégué. Les luttes sociales doivent permettre de construire une véritable démocratie directe avec le contrôle des mandatés par la base.

 

Certaines candidatures peuvent sembler sympathiques mais camouflent toujours un arrivisme politicien. Jean-Pierre Tertrais évoque le Parti de la décroissance partisan d’une « décroissance soutenable », surtout soutenable par le capitalisme. Ses « imposteurs » et « charlatans », selon Jean-Pierre Tertrais, préconisent une rupture. Cependant, il s’agit d’une rupture avec les politiques publiques actuelles mais surtout pas avec le capitalisme et avec la démocratie représentative. Ce parti de la Décroissance s’est également spécialisé dans la défense de l’ordre bourgeois contre les luttes sociales. Les décroissants soutiennent le ministre de l’Intérieur pendant les émeutes de 2005 dans les quartiers populaires. Ils dénoncent également l’occupation de l’EHESS et l'appel de raspail pour la désindustrialisation du monde pendant le mouvement contre le CPE et la précarité.

 

Le contexte actuel de la crise sociale, avec un choix entre rigueur de droite ou rigueur de gauche, relativise fortement l’enjeu des élections. La position morale des anarchistes, avec le rejet du pouvoir et de la délégation, doit alors s’accompagner de la lutte des classes pour en finir avec les mesures de rigueur et l’exploitation capitaliste.

 

 

 

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Déserter le vote pour vivre la révolte


 

L'abstentionnisme libertaire, loin d'être une simple posture morale s'inscrit dans une démarche de rupture avec l'Etat et le capitalisme. Même les revues du la gauche radicale ne remettent pas en cause la démocratie représentative et la délégation du pouvoir. A quelques exceptions notables comme Amselm Jappe, les contributeurs de la revue Lignes se rendront aux urnes pour démontrer une fois de plus la soumission au pouvoir politique des intellectuels de la supposée gauche radicale. Pire, la revue Vacarme persiste dans son projet de soumettre les luttes sociales aux politiciens de gauche. Les foucaldo-deleuziens, partisans de la désertion et des micro-résistances, se soumettent à l’Etat même lorsque le choix de la fuite semble, au moment des élections, évident et facile . Après le pitoyable manifeste "Nous sommes la gauche" de 1997, Vacarme appelle sans le moindre humour apparent à "Occuper le vote" pour 2012. La revue embrigade au service du vote et de politiciens de gauche les mouvements des assemblées populaires et des occupations de place, notamment aux Etats-Unis, en Espagne et en Grèce. Les luttes doivent se cantonner à un débouché politique et s'en remettre à la gauche de gouvernement pour les choses sérieuses. Mais leur argument massue devient: des impôts et des écoles. La soumission à l'Etat s'apprend dès l'école, qui doit donc être défendue, et se traduit par les impôts qui permettent une répartition des richesses toujours davantage en faveur du capital.

 

Mais l’appel au vote n’est pas seulement ridicule, il peut se révéler nuisible. Si un gouvernement de gauche réprime autant que la droite les luttes sociales, en revanche les mouvements sociaux négocient encore plus facilement avec des ministres socialistes. Avec les bureaucrates et les dirigeants des syndicats inféodés aux partis de gauche, les colères sociales sont d’emblée canalisées, encadrées, contenues voire étouffées avant même leur éclosion. Vacarme appelle à voter car cette revue s’inscrit dans une vision réformiste de la lutte des classes. Les mouvements sociaux doivent arracher quelques droits et se contenter des miettes que les gouvernants daignent leur octroyer. Au contraire, les mouvements de lutte doivent devenir autonomes et radicaux pour s’inscrire dans une rupture avec l’Etat et le capitalisme. Des mouvements existent réellement dès lors que la puissance collective qu’il exprime peut faire céder n’importe quel pouvoir. Vacarme estime que les libertés publiques ont gentiment été concédées par l’Etat. Mais les libertés découlent avant tout d’un rapport de force social. Un pouvoir de gauche ne tolère pas davantage la contestation que la droite. Si cette contestation ne se révèle pas suffisamment puissante, elle sera tout autant réprimée, marginalisée ou au contraire récupérée et intégrée par le pouvoir.

 

Voter n’est pas honteux, c’est un choix individuel sans conséquences. Mais appeler à voter réduit l’action politique à un cadre institutionnel, étatique, bureaucratique. Au contraire, la politique s’exprime dans la lutte, la révolte et la joie de perturber, puis de briser, les rouages de l’Etat et du capital.

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