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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 16:13

 

 

  commune.jpgPour la nouvelle année rappelons nous de l'histoire de la première internationale

L’Association internationale des travailleurs tente de construire un mouvement d’opposition au capitalisme à une échelle européenne voire mondiale. Cette expérience historique semble pourtant méconnue.

 

 Dans la période actuelle de crise du capitalisme et de révoltes sociales, un retour sur l’histoire de l'Association internationale des travailleurs peut dessiner un horizon émancipateur. Mathieu Léonard retrace l’aventure de la Première internationale dans un livre récent.

Entre 1864 et 1872, l’émergence du mouvement ouvrier se traduit par une effervescence intellectuelle et sociale. Un courant préconise une lutte et une organisation de la société à la base. Un autre courant insiste sur l’intervention de l’État. Ses débats demeurent actuels. Pour de nombreux ouvriers l’État n’est qu’un instrument de la bourgeoisie qui organise la répression.

 

 

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Entre collectivisme révolutionnaire et mutuellisme

 

En 1864, l’Internationale doit permettre de relier les exploités de différents pays pour détruire l’oppression qu’ils subissent. Dans plusieurs pays, les ouvriers s’organisent à travers des mutuelles. L’Internationale fédère ce mouvement naissant mais comprend également une dimension politique. Une force organisée contre le capitalisme doit se construire.

Proudhon influence fortement le mouvement ouvrier français. Il s’attache aux mutuelles et au crédit gratuit. Il préconise une société de petits producteurs. Cette théorie correspond aux intérêts des artisans et ouvriers qualifiés qui veulent exercer leur métier en toute autonomie. Ses travailleurs, à l’image de Tolain, refusent le conflit social et se révèlent légalistes.

En 1864, l’Association internationale des travailleurs (AIT) se crée et rédige une Adresse inaugurale qui considère que « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes », insiste sur l’abolition de la domination de classe, et sur la nécessité de lutter contre l’économie à l’échelle mondiale. Des revendications immédiates émergent également avec la journée de 10 heures et le développement des coopératives. Cette déclaration de principe n’évoque pas les modalités du changement social. Tous les courants de l’AIT peuvent ainsi s’y reconnaître.

Pour les Français, emmenés par Eugène Varlin, les moyens de production doivent être la propriété collective des travailleurs. Mais les associations de producteurs et les  coopératives deviennent prioritaires, au détriment de la lutte sociale. Les nombreux ouvriers parisiens rejettent pourtant l’exploitation. Ils détestent l’armée et le patronat.


En dehors de l’AIT, les blanquistes attisent l’insurrection armée. Ils insistent sur l’aspect politique de la révolution mais préconisent une dictature du peuple parisien sur le reste de la France. Abattre l’État devient leur priorité.

En 1865, l’AIT semble faiblement implantée. De plus, dans chaque pays, le mouvement ouvrier est traversé par des divisions et des querelles de pouvoir. En Angleterre, la guerre de Sécession aux États-Unis provoque des divisions, malgré un soutien aux États du Nord anti-esclavagiste. En Allemagne, Lassale s’oppose aux idées de Marx. Il insiste sur le rôle des coopératives, sous le contrôle d’un État central. En Italie, Mazzini porte des idées nationalistes. Mais Michel Bakounine, révolutionnaire de cinquante ans, semble plus proche des idées de Marx. L’AIT semble fortement implantée en Suisse et se développe en Belgique qui connaît une importante industrialisation.

L’AIT se divise entre collectivistes et proudhoniens. Marx méprise Proudhon qu’il considère comme « le petit-bourgeois, ballotté constamment entre le Capital et le Travail, entre l’économie politique et le communisme ». Au congrès de Genève en 1866, les déclarations de principes se précisent mais restent floues. Les coopératives, notamment de production, sont considérées comme des expérimentations de l’association des travailleurs libres. Mais elles n’apparaissent pas comme des moyens de transformation sociale. Cependant, si Marx semble satisfait, il regrette le discours des proudhoniens qui rejettent toujours la lutte des classes et l’action révolutionnaire.


 

 

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L’Internationale des luttes

 

En 1867, le congrès de Lausanne marque une nouvelle avancée pour les idées de Marx. Les coopératives sont critiquées car elles ne permettent pas un changement global de société. Les idées collectivistes se développent contre la propriété individuelle et la nécessité de l’action politique est affirmée pour développer les libertés.

En France l’AIT subit la répression de l’Empire. L’AIT semble tolérée comme une société d’étude et de développement de coopératives. Mais lorsqu’il s’agit de lutte pour l’émancipation politique et la révolution sociale, l’AIT menace l’État. Cependant l’Empire se libéralise à partir de 1868. Des journaux sont publiés et la liberté de réunion permet une diffusion des idées révolutionnaires.

Les grèves de 1867-1868 vont permettre le développement de l’AIT. Proudhon s’oppose à la grève, illégale, qui menace l’ordre économique. De plus, l’augmentation des salaires s’accompagne d’une inflation. En revanche, pour Marx, la grève demeure une arme politique dans la lutte des classes. Les proudhoniens, pour abolir le salariat, privilégient les coopératives au détriment de la lutte sociale.

 

En 1867, les patrons refusent d’embaucher les membres des mutuelles de bronziers. Les travailleurs du bronze déclenchent alors une grève. Le bureau parisien de l’AIT défend donc cette grève par corporatisme et car elle ne concerne pas directement les salaires. Les Anglais peuvent apporter une solidarité financière à la grève et les patrons cèdent immédiatement. Cette lutte victorieuse révèle l’utilité concrète et immédiate de l’AIT qui peut ainsi se développer.

A Roubaix des travailleurs détruisent des machines. Le bureau parisien de l’AIT et la bourgeoisie dénonce ses actes. Mais les machines dépossèdent les ouvriers de leur travail et augmentent la productivité. De nombreuses grèves se développent en France. Le patronat fait alors appel à de la main d’œuvre immigrée. L’AIT joue un rôle important contre la xénophobie et pour l’intégration des travailleurs immigrés.

Après la question de la Pologne, l’Irlande pose de nouveau le problème de l’indépendance nationale et de la colonisation. Pour Marx, les travailleurs anglais et irlandais doivent combattre la même bourgeoisie qui les exploite. Mais cette question est loin de faire l’unanimité au sein de l’AIT, malgré l’adhésion de travailleurs irlandais.

En 1868, au congrès de Bruxelles, l’AIT considère que les grèves ne doivent pas uniquement permettre d’obtenir des augmentations de salaires mais, « son but est de détruire le salariat ». La collectivisation semble emporter l’adhésion de l’AIT. Mais une autre question alimente le débat. Les moyens de production collectivisés peuvent être contrôlés directement par les travailleurs ou par l’État, une entité abstraite.

 

 

 

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Anarchisme révolutionnaire

 

Bakounine s’installe à Genève en 1868, après avoir vécu en Italie. Bakounine estime que l’action révolutionnaire doit être menée par le peuple et pour le peuple. Il lutte pour un système fédéraliste qui s’organise du bas vers le haut. Pour celui qui incarne l’anarchisme révolutionnaire la collectivisation des moyens de productions doit s’accompagner de la destruction de l’appareil politique. Des associations de producteurs librement fédérées doivent organiser l’égalité économique et sociale. Il rejette toute forme de domination familiale, religieuse ou sexuelle. Il récuse la politique, le parlementarisme et la participation gouvernementale. Loin de tout déterminisme historique, il insiste sur la spontanéité révolutionnaire. Dans une démarche un peu moins libertaire, il organise des sociétés secrètes disciplinées et se vit en conspirateur. L’Alliance de Bakounine adhère à l’AIT. Il tente de créer une société secrète internationale dans l’Internationale. James Guillaume décrit Bakounine comme un séducteur qui suscite l’enthousiasme en trinquant « à la destruction de l’ordre public et au déchaînement des mauvaises passions ». Marx accuse alors Bakounine de vouloir devenir « le dictateur du mouvement ouvrier européen ».

 

Plusieurs grèves éclatent en 1868. L’AIT apporte son soutien financier mais ses révoltes ouvrières demeurent spontanées. A Saint-Etienne des ouvriers réprimés obtiennent un fort soutien de la population. A Lyon, ce sont des femmes qui se révoltent. L’anti-féminisme proudhonien est alors contredit par les faits. Mais la question du féminisme et de l’égalité entre homme et femme reste un débat occulté au sein de l’AIT.

Le congrès de 1869, à Bâle, se prononce pour la collectivisation du sol et pour l’abolition du droit à l’héritage.

Bakounine salue Le Capital, ouvrage de Marx, et adhère à cette analyse de l’économie politique et à la critique de la bourgeoisie comme classe sociale. Pourtant, les deux hommes vont entrer dans un conflit violent. Ils incarnent deux courants politiques qui sont implantés dans des pays et des contextes différents. Ce conflit révèle la pluralité de la classe ouvrière. Marx apparaît comme un intellectuel tandis que Bakounine demeure un homme d’action. Le rôle du parti, de l’État et la centralisation de l’organisation cristallise ce conflit pour prendre le pouvoir au sein de l’AIT.

 

 

 

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Des luttes ouvrières à La Commune

 

En 1870, l’AIT vit au rythme des grèves. La grève dans le Creusot semble emblématique. Elle oppose des ouvriers à Eugène Schneider, notable local et patron tout puissant. Mais le patronat pratique également la solidarité de classe. Il fait couler les sociétés ouvrières en provoquant des grèves interminables.

L’AIT se développe fortement même si les historiens ne connaissent pas son nombre exact d’adhérents. Les blanquistes, partisans de l’insurrection, adhèrent à l’AIT qui s’inscrit dans une logique différente à travers la construction progressive d’un mouvement révolutionnaire.

Dans la continuité de la guerre entre la France et l’Allemagne, une vague d’insurrections ouvrières éclate. Le gouvernement français se réfugie à Versailles. A Paris, les soldats qui doivent réprimer les révoltes se mutinent et lèvent crosse en l’air. Mais les insurgés refusent de marcher jusqu’à Versailles car ils respectent la légalité et la légitimité du gouvernement.

 

Le 28 mars 1871, le Conseil de la Commune est institué. Il s’agit d’un organe exécutif et législatif, avec une assemblée et un gouvernement collectif. Cette démocratie directe et permanente impose « la responsabilité des mandataires, et par conséquence leur révocabilité permanente ». L’assemblée de la Commune regroupe de nombreux ouvriers. Mais ce mouvement semble tiraillé entre une tendance jacobine et centralisatrice et un courant influencé par l’AIT qui privilégie des mesures sociales. Mais, malgré l’implication de ses membres, l’influence de l’Internationale reste diffuse. L’œuvre sociale de la Commune semble limitée. La journée de huit heures n’est pas mise en place. Mais les ateliers laissés vaquants peuvent être réquisitionnés pour développer des coopératives. « On est cependant loin d’une généralisation du principe de la gestion ouvrière directe ou d’une collectivisation des moyens de production » souligne Mathieu Léonard. Mais ce mouvement permet une participation active des femmes et des étrangers. Le prolétariat juge « mollasse » le Conseil de la Commune et s’impatiente.

 

Marx s’enthousiasme pour la révolte de la Commune mais en souligne également ses limites. « La prochaine tentative révolutionnaire en France ne devra pas, comme cela s’est produit jusqu’ici, faire changer de main l’appareil bureaucratico-militaire, mais le briser. Et c’est la condition préalable de toute véritable révolution populaire sur le continent », écrit Marx dans une lettre. Toutefois, il souligne l’importance de ses évènements. « La lutte de Paris a fait rentrer dans une nouvelle phase la lutte de la classe ouvrière contre la classe capitaliste et son État », souligne Marx. Il insiste sur la forme communaliste et fédéraliste qui s’apparente à « un gouvernement de la classe ouvrière » qui peut réaliser « l’émancipation économique du travail ». Dans ses textes sur La guerre civile il développe une critique radicale de l’État. Selon Bakounine, Marx se rallie de manière opportuniste aux idées libertaires et fédéralistes en raison de l’enthousiasme du mouvement ouvrier pour la Commune.

 

Les perspectives révolutionnaires de la Commune provoquent des divisions au sein de l’AIT. Les syndicats anglais privilégient le réformisme et quittent l’Internationale. En Allemagne les lois sociales de Bismarck permettent également aux réformistes de rallier le régime. Ensuite, les États répriment les communards et démantèlement progressivement toutes les ramifications de l’AIT. En France des lois sont votées pour empêcher les ouvriers de s’organiser. Il faut attendre la fin du XIXème siècle pour que de nouvelles grèves éclatent.

 

 

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Autoritaires et libertaires


Avec la conférence de Londres, en 1871, le conflit entre Marx et Bakounine est ravivé. Engels remplace Marx, qui se consacre à l’écriture du Capital,  au sein de l’AIT. Les élections sont un point de clivage. Mais le véritable enjeu concerne l’organisation de l’AIT. Les marxistes du Conseil général s’attachent à renforcer le rôle de cet organe central. En revanche les libertaires, incarnés par James Guillaume, s’attachent à l’autonomie des sections locales. Pour eux, le Conseil général se limite à un outil de liaison et de coordination entre les différentes sections. Ils mettent en cohérence la fin et les moyens. L’AIT doit ressembler à la société fédéraliste à laquelle ils aspirent. En revanche, des moyens autoritaires ne peuvent pas déboucher vers une société libertaire. Les marxistes dénoncent alors les sectes anarchistes qui provoqueraient des divisions.

L’AIT se déchire dans une lutte de tendances. Chaque courant politique utilise l’Internationale pour servir ses propres idées. Errico Malatesta, proche de Bakounine, reconnaît que même les anarchistes conservent une conception instrumentale de l’AIT qu’ils utilisent pour leur propre propagande. Même si les marxistes utilisent des méthodes plus autoritaires, à coup d’exclusions et de manipulations. Les informateurs de la police se délectent du « spectacle comique des révolutionnaires se mangeant entre eux ».

 

Le 15 septembre 1872, au congrès de Saint-Imier, une Internationale anti-autoritaire regroupe toutes les sections attachées à leur autonomie et aux principes du fédéralisme. L’action révolutionnaire en dehors de la politique bourgeoise et la destruction immédiate de tout pouvoir deviennent des principes fondateurs. Mais des réformistes, attachés au parlementarisme, sont présents dans cette internationale fédéraliste. En revanche, la grève générale devient un principe adopté par tous en raison de son ambiguïté. La grève générale peut déboucher vers la révolution sociale, ou permettre d’obtenir des réformes.

En 1873, des révoltes populaires éclatent en Espagne. Ce mouvement reprend l’organisation décentralisée de la Commune de Paris. Engels dénonce ce mouvement d’anarchistes et s’inscrit dans son idéologie du déterminisme historique. Il faut attendre un développement de la classe ouvrière avant de déclencher la révolution, selon Engels. Le marxisme se révèle peu influent en Espagne qui, en revanche, bénéficie d’une forte implantation de l’anarcho-syndicalisme.

En Italie, dans les années 1870, des soulèvements populaires se multiplient. Les anarchistes, comme Malatesta ou Cafiero, tentent d’attiser l’insurrection. Mais les menaces de répression dissuadent les paysans. Carlo Cafiero concilie anarchisme et communisme avec un projet social qui répond aux besoins des individus.

En 1877 se tient le dernier congrès de l’Internationale anti-autoritaire. Ce mouvement adopte des stratégies divergentes, entre le syndicalisme légaliste et le terrorisme. A la fin du XIXème siècle la surenchère verbale et l’illégalisme exalté contribue à éloigner l’anarchisme du mouvement ouvrier. Des structures se mettent en place, mais à l’échelle uniquement nationale. Des partis socialistes sont créés. Plus proche des principes de l’AIT, le syndicalisme d’action directe se développe, mais à travers des organisations nationales.


 

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Dans sa conclusion Mathieu Léonard souligne la domination d’une conception marxiste de l’AIT, organisation structurée mais parasitée par l’agitation anarchiste légitimement étouffée par Marx. Mathieu Léonard insiste sur les intuitions de Bakounine contre le centralisme autoritaire et ses dérives.

Surtout, ce livre permet de s'immerger dans l’histoire méconnue mais passionnante de la Première internationale. Les marxistes tentent de s’accaparer cette expérience et imposent leur lecture des évènements. Mais l’histoire académique délaisse ouvertement cette période. Dans les universités, l’histoire des idées étudie les idéologies des grands courants politiques. En revanche, l’histoire sociale, moins prestigieuse, observe le mouvement ouvrier. Mais la plupart des historiens maintiennent la séparation entre les idées et les luttes. Le livre de Mathieu Léonard évoque autant les débats d’idées, qui s’inscrivent dans un contexte social, que les luttes qui influencent les stratégies de l’AIT. Il retrace les différents débats théoriques. Les autoritaires centralisateurs s'opposent aux fédéralistes libertaires. Surtout, les partisans des mutuelles et coopératives s'opposent aux partisans de la grève et de la lutte sociale. Mais l'AIT évolue surtout, non à travers les joutes oratoires, mais par l'impulsion des luttes sociales. Renouer théorie et pratique apparaît comme une nécessité dans une période décisive de crise du capitalisme. Les réformistes, les alternatifs, les anarchistes officiels partisans des Scop, des Sel et autres Amap demeurent opposés à la révolution sociale. L’auto-organisation des exploités doit permettre de construire un mouvement de rupture avec le capital, l'Etat et toutes les formes d’oppression.

 

 

Repris sur Zones Subversives

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