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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 00:00


 

Ce long article, issu de zones subversives remet en perspective l'engagement poitique du mouvement surréaliste...

 

 

 

L’engagement politique des surréalistes demeure relativement peu connu. Le mouvement d’André Breton est souvent réduit à un courant littéraire, malgré son projet de passionner la vie.

 


 

Un livre de Carole Reynaud Paligot analyse les engagements politiques successifs des surréalistes. Ce groupe littéraire aspire à changer la vie et transformer le monde, désire une révolution poétique et politique, articule la passion révolutionnaire autour d’une autre manière de vivre et de penser. Si l’esthétique surréaliste, avec le rôle de l’inconscient, croupis dans les musées et les manuels de littérature, son éthique libertaire doit être ravivée. « La démarche surréaliste s’érige contre l’ordre établi, contre les valeurs bourgeoises et propose une éthique centrée sur la liberté, le désir, les passions », souligne Carole Reynaud Paligot. Ensuite, les surréalistes tentent de répandre la créativité, qui ne plus rester l’apanage d’artistes professionnels. Chaque être humain peut s’émanciper avec sa créativité. La démarche surréaliste implique un rejet des hiérarchie et des inégalités, la construction d’une nouvelle société, et donc un engagement politique.

 

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De l’esthétique du plaisir à l’engagement révolutionnaire

 

Carole Reynaud Paligot évoque les causes de l’engagement des surréalistes. La révolte contre la famille ou la prise de conscience avec la guerre doivent être nuancées. En revanche, les symbolistes et la révolte des anarchistes individualistes influencent les jeunes surréalistes. Mais, la rencontre avec le mouvement Dada apparaît comme un véritable tournant, qui permet de rompre avec les milieux littéraires conformistes incarnés par la NRF (Nouvelle revue française). Michaël Löwy considère que les surréalistes s’inscrivent dans une démarche de romantisme révolutionnaire. Le refus de la modernité capitaliste, la critique de la dissolution des liens sociaux, le primat du qualitatif sur le quantitatif rattachent les surréalistes au mouvement romantique.

 

Les surréalistes participent à la construction d’une esthétique révolutionnaire. Ils rejettent le langage, la logique et la rationalité. Ils préconisent au contraire l’ouverture des possibilités humaines et le refus des normes qui limitent la créativité. L’enfance et la folie se trouvent alors valorisées.

Les techniques de l’automatisme doivent libérer l’homme des « contraintes qui pèsent sur la pensée surveillée », selon l’expression de Breton. La société, la morale, les lois contribuent à brider les facultés humaines. Les surréalistes luttent alors pour une libération totale de l’homme. « Prôner un monde régie par le désir, les passions, l’amour, c’est proposer une conception de la vie en opposition totale avec la morale bourgeoise, centrée sur une morale de l’intérêt, sur la jouissance des biens matériels, sur l’ascétisme » analyse Carole Reynaud.

Les surréalistes s’attachent à une conception égalitaire de la créativité. « La poésie doit être faite par tous. Non par un » souligne Lautréamont, une des sources majeurs du surréalisme. L’art ne doit plus servir, pour quelques individus, à faire carrière mais à passionner la vie quotidienne de tous. Les techniques comme l’automatisme dans la littérature, le frottage ou le collage dans l’art, doivent permettre à chacun de devenir créateur.

Les surréalistes combattent alors les normes, les contraintes sociales et les hiérarchies. La révolte littéraire débouche vers la lutte politique.

 

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La révolte anarchiste

 

Les surréalistes semblent proches de l’anarchisme mais pas du courant communisme libertaire ou anarcho syndicaliste. Ils se rattachent davantage à l’esprit de révolte contre la société bourgeoise des anarchistes individualistes. Ils soutiennent Germaine Berton, une anarchiste qui tue un royaliste, car elle incarne la révolution et l’amour. Aragon, qui devient ensuite une figure du stalinisme servile, exprime la suprématie de l’individu sur le collectif. Les surréalistes sont alors indifférents aux mobilisations sociales. Mais, en 1924, lorsqu’ils désirent rallier le mouvement révolutionnaire, ils se rapprochent des communistes et non des anarchistes. Mais l’anarchisme ne semble pas perçu comme une pensée révolutionnaire mais comme une simple révolte individuelle. Or, les surréalistes désirent rompre avec la posture libertaire de leur jeunesse. Ils souhaitent s’inscrire dans un mouvement révolutionnaire crédible et efficace. L’anarchisme français demeure très minoritaire et divisé en de multiples courants. Surtout, le communisme prétend monopoliser l’idée de transformation sociale tandis que le marxisme se présente comme une méthode d’analyse attractive.

 

 

L’adhésion au communisme

 

La Révolution russe incarne, dans les années 1920, la libération totale. Le Parti communiste s’attache à récupérer les idées libertaires du syndicalisme révolutionnaire comme la critique de l’État et l’internationalisme. Monatte et Rosmer, issus de ce courant, adhèrent au PC. L’antimilitarisme et l’anticolonialisme séduisent les surréalistes. A partir de 1925, le PC s’attache à la discipline bolchevique pour se préserver de déviations réformistes. Les surréalistes adhèrent à cette démarche.

Mais les surréalistes sont divisés sur leur participation à l’action révolutionnaire. Ils s’accordent sur la nécessité d’un « certain état de fureur ». Mais Aragon ironise sur « Moscou la gâteuse » et sur la simple « crise ministérielle » que constitue la révolution russe selon lui. Il s’attache alors à une révolte spirituelle et individualiste. Mais les surréalistes soutiennent les communistes et leur engagement anticolonialiste. Les tenants de la révolte individuelle, comme Artaud ou Soupault, se détachent du mouvement surréaliste.

 

L’idéalisation du communisme s’érode chez les révolutionnaires qui participent au mouvement ouvrier. Pierre Monatte dénonce la discipline bureaucratique et crée La Révolution prolétarienne en 1925. Mais l’engagement communiste des surréalistes perdure jusqu’en 1935. Carole Reynaud Paligot explique cet embrigadement par un enjeu littéraire. Les surréalistes tentent d’imposer leur conception de l’art au sein du PC contre Barbusse qui défend la « littérature prolétarienne ». Ils aspirent à la reconnaissance de l’art surréaliste par le PC, avec lequel ils entretiennent des rapports conflictuels et paradoxaux.

L’hostilité à l’égard d’Anatole France, qui incarne le conformisme républicain, et l’opposition à la guerre au Maroc rapproche les surréalistes des jeunes communistes de la revue Clarté. Mais les surréalistes demeurent attachés à leur autonomie. Les communistes n’apprécient pas vraiment les scandales contre les figures du milieu littéraire qui révèlent, selon eux, un esprit de révolte individuelle éloigné de la rigueur bolchevique. Breton conserve une distance critique à l’égard du Parti dans sa brochure Légitime défense. Il considère que le communisme est un « programme minimum », qui délaisse évidemment la critique de la vie quotidienne. Il préfère critiquer le PC de l’extérieur car une adhésion de sa part lui vaudrait une exclusion rapide.

Mais des surréalistes, dont Breton, adhèrent de manière individuelle au PC en 1927. Mais ils ne renouvellent pas leur adhésion l’année suivante. Toutefois, les surréalistes se veulent plus conciliants et modérés à l’égard des communistes.

 

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La désillusion face au PC

 

En 1927, alors que les surréalistes se rapprochent de l’orthodoxie communiste, Pierre Naville et Clarté rallient l’opposition de gauche. Pierre Naville quitté le groupe surréaliste pour s’engager pleinement au sein du PC. Ses textes contribuent à l’adhésion des surréalistes au PC. Mais il revient de Moscou et se rapproche de Léon Trotsky. Au sein du mouvement surréaliste, Benjamin Péret demeure hostile au stalinisme mais reste fidèle aux décisions du groupe.

Moscou dénonce l’ambiguïté de la revue Monde de Barbusse, ouverte aux simples compagnons de route. Mais l’érotisme surréaliste ne correspond pas davantage à l’austérité bolchevique. Les communistes créent ensuite l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR), au sein de laquelle Breton est très actif. Cependant, les surréalistes restent en marge du mouvement communiste malgré leurs déclarations en faveur de l’orthodoxie marxiste. En 1935, la rupture avec le PC résulte d’enjeux littéraires et non directement politiques. Les surréalistes ne dénoncent pas la bureaucratisation du PC et de l’URSS mais quittent le mouvement communiste car ils n’ont pas pu imposer leur conception de l’art révolutionnaire.

 

 

Entre marxisme et anarchisme

 

Les surréalistes s’engagent de manière autonome dans le combat antifasciste dès 1934. Ils participent ensuite au Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, sous contrôle communiste, malgré des divergences avec ses orientations politiques. Après leur rupture avec le PC, les surréalistes se rapprochent des socialistes avec lesquels ils partagent le combat antistalinien. Mais les socialistes apparaissent comme des réformistes très modérés. Surtout, le Front populaire refuse d’intervenir en Espagne. Les surréalistes se rapprochent ensuite de la gauche révolutionnaire non stalinienne. Ils dénoncent l’URSS, avec le culte du chef et les procès de Moscou, pour se tourner vers l’Espagne révolutionnaire.

Benjamin Péret participe au groupe du trotskyste hétérodoxe Munis qui dénonce la dérive réformiste du POUM et s’engage dans la colonne de l’anarchiste Durruti. Trotskystes et anarchistes qui refusent de participer au gouvernement, minoritaires dans leur famille politique respective, se retrouvent dans le même combat. Les préjugés des surréalistes sur l’inefficacité des anarchistes disparaissent avec la guerre d’Espagne.

 

A partir de 1935, les surréalistes se rapprochent du trotskysme. Ils demeurent marxistes sans être staliniens. Trotsky, figure de la révolution russe, séduit Breton. Surtout, Trotsky demeure attaché à la liberté artistique. Benjamin Péret rénove la théorie trotskyste. Il critique le centralisme et le manque de démocratie du bolchevisme, la soumission des soviets au parti, le maintien des syndicats. Il estime que l’URSS n’est pas un « État ouvrier dégénéré » mais un véritable capitalisme d’État. Une révolution ne peut pas se réaliser à travers un renforcement de l’État. La complaisance des trotskystes à l’égard du PC et de la CGT devient scandaleuse car ils sont au service d’une contre-révolution. Péret semble très proche de la revue Socialisme ou barbarie créée par Cornélius Castoriadis, un trotskyste dissident. Péret préconise l’organisation spontanée des masses en soviets, « comités », ou « conseils ». Mais il dénonce la position morale des anarchistes qui ne les empêche pas de collaborer avec les socialistes et les staliniens à la tête de l’État espagnol en 1936. Cependant, il reste attaché au parti qui doit permettre une période de transition et se distingue donc de l’anarchisme révolutionnaire.

Jehan Mayoux s’oppose à Trotsky et préconise une liberté d’expression totale. Après la Seconde guerre mondiale, les surréalistes s’éloignent des trotskystes qui considèrent toujours que la fin justifie les moyens. Les surréalistes rejettent également le régime parlementaire et le suffrage universel.

 

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Le communisme contre le stalinisme

 

Pendant la seconde guerre mondiale, les surréalistes se réfugient à New York. Le revue VVV est crée, mais semble peu subversive. L’engagement politique s’émousse. Les peintres surréalistes, souvent dépolitisés, privilégient leur carrière personnelle. Après la guerre, les surréalistes s’inscrivent résolument dans les combats de la gauche non stalinienne.

 

Les surréalistes se retrouvent isolés. Ils demeurent attachés à l’émancipation humaine et à la révolution prolétarienne, mais s’opposent au stalinisme tandis que de nombreux intellectuels rallient le PC. En 1956, les surréalistes soutiennent les révoltes ouvrières en Hongrie contre l’URSS. Ils dénoncent également les exclusions au sein du PC et la servilité de ses bureaucrates. Breton délaisse le marxisme pour se tourner vers le socialisme utopique de Charles Fourier.

En Belgique, les surréalistes révolutionnaires élaborent une critique pertinente de la prépondérance de l’irrationnel dans le surréalisme français. Mais cet attachement au matérialisme dialectique les conduit vers une défense du communisme orthodoxe et de l’URSS. En 1948, un groupe de jeunes surréalistes incarné par Sarane Alexandrian dénonce l’engagement politique au détriment de la révolte pure et de « l’anarchie poétique ».

Les surréalistes tentent de poursuivre leur engagement politique dans un espace étroit. Breton soutien le Rassemblement démocratique révolutionnaire qui regroupe de nombreux intellectuels et militants de la gauche non stalinienne. Ce mouvement s’engage pour construire une véritable démocratie. Breton participe également au mouvement Citoyens du monde pour soutenir les peuples contre les frontières.

 

 

Avec les anarchistes

 

Les surréalistes se tournent ensuite logiquement vers les anarchistes. Les trotskystes sont jugés trop compromis et leur critique de l’URSS semble ambiguë. Breton souhaite renouer avec une sensibilité libertaire originelle. Les anarchistes insistent sur la passion pour la liberté, l’amour et la poésie qui agitent les surréalistes. Georges Fontenis s’enthousiasme pour les positions politiques de Breton nourries par une éthique libertaire.

Des « billets surréalistes » sont publiés dans Le libertaire. Mais le groupe de poètes refuse d’adhérer à la Fédération anarchiste pour défendre leur autonomie. Ils soulignent la dimension révolutionnaire de l’art et du sensible.

Breton et Camus partagent une critique libertaire du fonctionnement des partis et du totalitarisme. Mais dans L’homme révolté, Camus dénonce la révolte jugée nihiliste de Lautréamont, Sade, ou Stirner. Surtout Camus insiste sur la mesure et la modération, qu’il juge nécessaire d’introduire dans l’esprit de révolte. Les surréalistes dénoncent cette dérive réformiste et soulignent que « la seule mesure est la somme de ce que l’imagination et le désir humain peuvent embrasser ». Cet épisode annonce une rupture avec les anarchistes qui leur reproche également de ne pas lutter dans la vie quotidienne. Les surréalistes refusent la dichotomie entre le domaine politique et celui du sensible et préconisent une révolution totale. Pourtant, dans leurs activités, ils se cantonnent dans leur domaine de prédilection. Ils préservent la séparation entre la lutte sociale, qu’ils délèguent aux militants anarchistes, et la critique de la vie quotidienne et l’aspiration à une libération totale qu’ils semblent monopoliser. Le mouvement anarchiste subit une importante crise avec la création de la Fédération communiste libertaire (FCL), plus proche des surréalistes.

 

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Des combats en héritage

 

Les surréalistes s’engagent pleinement dans la lutte anti-coloniale depuis la guerre du Rif en 1925 jusqu’à la guerre d’Algérie. En 1947,dans Liberté est un mot vietnamien, ils dénoncent l’impérialisme de la bourgeoisie mais aussi l’ambiguïté des communistes. Breton soutien le combat des « libertaires et trotskystes victimes de la répression colonialiste » au cours d’un meeting en 1956. Les surréalistes participent à la fameuse « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie » qui est rendue publique avec 121 signatures. Les surréalistes font partie des premiers intellectuels à s’engager contre le colonialisme. Ils luttent contre le retour de de Gaulle au pouvoir en 1958. Péret souligne le rôle conservateur des syndicats qui refusent d’appeler à une grève générale illimitée. Breton soutien également le combat du  vieil anarchiste Louis Lecoin pour l’objection de conscience.

 

Après la guerre, les surréalistes semblent reconnus par la société qu’ils combattent. Mais des jeunes poètes vont contester cette institutionnalisation et reprendre le flambeau de la révolte. Le numéro 1 de L’Internationale situationniste s’ouvre sur un article intitulé « Amère victoire du surréalisme ». Ce mouvement d’avant-garde semble aujourd’hui récupéré par la société bourgeoise. Pourtant les situationnistes s’inscrivent dans « la liberté d’esprit, la liberté concrète des mœurs revendiquée par le surréalisme ». Mais ils considèrent que « l’ennui est la réalité commune du surréalisme vieilli ». Les situationnistes partagent le projet de « passionner la vie quotidienne » mais dénoncent « la fuite réactionnaire hors du réel » des surréalistes qui valorisent l’inconscient.

Durant les années 1960, de nombreux militants anarchistes s’enthousiasment pour les activités surréalistes. Des revues comme Noir et Rouge tentent de rénover l’anarchisme, ce qui intéressent les surréalistes qui conservent leur attachement à la pensée marxiste. La contestation de Mai 68, avec la valorisation du désir et de la liberté des mœurs, semble bénéficier du souffle libertaire de la révolution surréaliste.

 

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L’éthique libertaire du surréalisme

 

Les surréalistes se conforment au matérialisme dialectique dans le contexte de leur adhésion au communisme. Mais leur véritable apport constitue la dimension spirituelle de la révolution. Ils ne se contentent pas de vouloir transformer les rapports sociaux de production mais désirent également bouleverser tous les rapports humains. Le surréalisme s’inscrit dans une démarche romantique qui privilégie l’art et la poésie contre la philosophie. La sensibilité et le plaisir esthétique sont privilégiés. Mais les surréalistes s’attachent également à la construction d’une véritable éthique, ce qui les rapproche des anarchistes et les éloigne des trotskystes.

L’éthique surréaliste s’attache à la destruction des valeurs bourgeoise: le travail, la famille, la patrie, la religion, l’argent. Mais les surréalistes ne sombrent pas dans une simple révolte nihiliste car ils s’attachent également à construire une autre société centrée sur la liberté, l’amour, le désir.

La révolte, acte de destruction, se révèle aussi créatrice. Dada et les anarchistes incarnent la révolte. « C’est une véritable déclaration de guerre que lancent les surréalistes à la société et ils resteront, jusqu’au bout, animés d’une haine viscérale contre la morale bourgeoise » souligne Carole Reynaud Paligot.

Les surréalistes attaquent la famille bourgeoise qui incarne la respectabilité du mariage, les « bonnes mœurs » et l’autorité patriarcale. Ils dénoncent la patrie et s’attachent à l’internationalisme. Ils rejettent l’armée avec sa discipline, son autorité, sa hiérarchie. Mais ils ne sont pas pacifistes car ils s’enthousiasment pour la violence révolutionnaire. Ils haïssent « l’esclavage du travail » et son aliénation. Le travail implique une soumission aux structures sociales du capitalisme et entrave la liberté humaine. Les surréalistes rejettent également la politique parlementaire, la démocratie représentative et les partis politiques.

Mais les surréalistes ne se contentent pas de démolir les valeurs bourgeoises. Ils désirent également « refaire l’entendement humain ». Contre le travail, ils privilégie le jeu et les activités ludiques. Ils se réfèrent à Charles Fourier qui s’oppose à une société régie par la contrainte et le devoir social. Il aspire à un monde fondé sur le désir et la jouissance. Fourier et les surréalistes s’attachent à la construction de nouveaux rapports humains fondés sur le désir et les passions.

Les surréalistes se réfèrent également à une éthique libertaire lorsqu’ils refusent de se compromettre avec la société bourgeoise. Ils refusent les « honneurs » et l’argent.

 

Le livre de Carole Reynaud Paligot permet d'insister sur la dimension politique du surréalisme, trop souvent réduit à des techniques littéraires. La critique de la vie quotidienne des surréalistes rejoint celle du mouvemment Dada. La destruction de l'ordre social doit permettre la libération des désirs et de la créativité. 

Carole Reynaud Paligot souligne pertinemment les limites de l’engagement politique des surréalistes. Ce mouvement aspire à « changer la vie » et à « transformer le monde ». Mais les surréalistes se restringnent à une émancipation de l’esprit et délaissent l’action politique. Ils reproduisent la spécialisation et la séparation entre intellectuels et militants. Ensuite, en dehors de leur création poétique et de leur éthique propre, ils ne s’intéressent pas davantage à la théorie révolutionnaire.

Carole Reynaud Paligot évoque, à juste titre, leur ouverture intellectuelle. Leur pensée s’ouvre au marxisme et à l’anarchisme. L’intransigeance du surréalisme s’inscrit également dans une aspiration à préserver une intégrité éthique.

En revanche, les surréalistes ont structuré le modèle de l’avant-garde. Un petit groupe de poètes forme une élite de la création. Certes, les surréalistes désirent démocratiser l’art et la poésie qui doivent être réalisés par tous. Ce modèle se structure autour d’une figure tutélaire, comme André Breton, qui monopolise l’autorité. Cette forme d’organisation ne se révèle pas propice à attiser le déchaînement des désirs mais favorise plutôt le conformisme au sein du groupe.

 

 

Source: Carole Reynaud Paligot, Parcours politique des surréalistes 1919-1969, CNRS Éditions, 2010

 

Articles liés:

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René Daumal, une révolte poétique et spirituelle

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Pour aller plus loin:

Dossier consacré au surréalisme sur le site Recherches sur l'anarchisme

Florian Mahot Boudias, "Le surréalisme est un mouvement politique", Acta Fabula, Notes de lecture

Carole Reynaud-Paligot, "Histoire politique du mouvement surréaliste (1919-1969", Les Cahiers du Centre de Recherches Historiques n°13, 1994

Carole Reynaud Paligot, A propos de la politisation des avant-gardes politiques et littéraires

Alexandre Trudel, "Des surréalistes aux situationnistes. Sur le passage entre le rêve et l'ivresse", revue COnTEXTES n°6, septembre 2009

Site Liberté couleur d'homme avec de nombreuses archives audiovisuelles

Site du Groupe de Paris du mouvement surréaliste

Site du Centre de recherches sur le surréalisme

Site de l'Association des amis de Benjamin Péret


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