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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 11:45

non-violent.jpgVoici un article de l'excellent zones subversives. Il critique la "non-violence" dogmatique que le réseau des désobéissants peut arborer. Leur leader, la triste figure qu'est Xavier Renou, s'est illustré aux rencontres anarchistes de Saint Imier en présentant le KKE grec stalinier comme exemple d'action non violente, alors que ce parti a très violemment attaqué les anarchistes grecs au printemps dernier....

 

La désobéissance devient une forme de contestation qui se renouvelle avec l’émergence d’une nouvelle vague de luttes sociales. Des faucheurs d’OGM jusqu’aux instituteurs désobéissants qui refusent d’appliquer le fichage des élèves, les luttes sociales se nourrissent de ce type d’action. Du mouvement altermondialiste aux Indignés, l’action directe non-violente se présente comme un renouvellement des formes de lutte traditionnelles. 

Xavier Renou apparaît comme la figure emblématique du mouvement des désobéissants. Il incarne une nouvelle forme d’activisme. En dehors des vieilles organisations politiques et syndicales, il s’attache à l’action directe mais dans une démarche résolument non-violente. Le groupe des désobéissants est issu de Greenpeace, l’association écologiste connue pour ses coups d’éclat médiatiques. Les désobéissants organisent des stages de formation à l’action directe non-violente. Surtout, ils organisent des actions ponctuelles pour soutenir des luttes. Les éditions Le passager clandestin, qui publient Désobéir. Le petit manuel, ont déjà diffusé des petits livres dans la collection « désobéir ». Ses textes courts évoquent une série de luttes, avec leur histoire et les différentes actions possibles pour construire un rapport de force. Le livre de Xavier Renou permet de présenter cette démarche commune des désobéissants qui traverse ses différentes luttes. Le catalogue de revendications semble inamovible.

 

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Désobéissance et action directe

 

Xavier Renou attaque le vieux militantisme traditionnel. Il critique, à juste titre, sa dimension routinière et idéologique quasi incantatoire. Il développe également une critique du capitalisme destructeur sur le plan économique, social et environnemental. Il exprime même une révolte contre le mal-être quotidien dans la civilisation marchande. « Et nous devons gagner. Sous peine de continuer de vivre des vies que l’on a pas choisies, d’accepter pour survivre des emplois dépourvus de sens, effectués dans des conditions dont on ne voudrais pas pour son chien. Sous peine de ne plus sortir d’une accumulation de biens (pour les plus chanceux) qui nous laisse toujours un arrière-goût de frustration » souligne Xavier Renou. La critique d’un travail privé de sens et du mode de vie marchand qui ne génère que de la frustration sort des discours militants balisés. Mais, pour le reste, le discours reste très gauchiste et ne se distingue pas vraiment des logorrhées poussiéreuses de la gauche de gauche, du Front de gauche et autres NPA. 

 

Mais Xavier Renou insiste davantage sur la lutte et l’action directe que sur l’interpellation des autorités dans une démarche plus institutionnelle et citoyenne. « Nous avons toujours obtenu ce que nos rêves avaient imaginés, mais jamais sans nous battre. Le monde n’a jamais changé autrement qu’en luttant contre ceux qui n’ont pas intérêt au changement, ceux qui s’accrochent à leurs privilèges, et ont encore besoin de l’injustice pour dominer… Celui qui n’essaie pas, et celui là seul, a déjà perdu » souligne Xavier Renou. Il insiste également sur l’effacement de l’histoire des luttes qui contribue à la résignation et à l’acceptation de l’ordre marchand. Il évoque également les luttes actuelles qui expriment une force collective. Il insiste sur la dimension non-violente de ses luttes, qui semble réductrice. Mais il évoque surtout la nécessité d’un affrontement politique et social. « Nous avons toujours gagné, y compris et surtout par des moyens non-violents, mais jamais sans combat » souligne Xavier Renou. Il évoque également les causes de la résignation comme la peur de la répression, mais surtout la peur de perdre le petit bonheur conforme difficilement atteint. Son texte aspire à rompre avec le sentiment d’impuissance, une autre cause de la résignation. « Les gouvernants ont plus besoin de nous déprimer que de nous opprimer » résume le philosophe Gilles Deleuze. 

 

Ce discours, tourné vers l’action directe, permet de briser la morosité d’un mouvement social qui sort d’une nouvelle défaite avec le mouvement contre la réforme des retraites en 2010. La résignation débouche alors vers les illusions électoralistes qui nourrissent l’imposture du Front de gauche. 

Le livre de Xavier Renou s’adresse clairement aux militants et aux nouveaux activistes. Il tente de partager des expériences et des pratiques de lutte. « Plus qu’une recette, il propose un ensemble de questionnement et quelques techniques destinées à accroître l’autonomie et la puissance des militants face à leurs adversaires » présente Xavier Renou. Ce livre peut également permettre de décrire l’action directe non-violente pour mieux comprendre la démarche qui alimente les nouveaux mouvements contestataires. 

 

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Un nouveau militantisme

 

Xavier Renou  critique le militantisme routinier, avec ses vieux réflexes et ses actions balisées. Il évoque la pensée magique pour décrire l'activité souvent incantatoire et inoffensive des militants. « La pensée magique n’est d’ailleurs pas une véritable pensée, puisqu’elle ferme le champ de la réflexion aux innovations, aux remises en question, aux doutes » souligne Xavier Renou. En revanche, les désobéissants s’attachent à une culture de l’efficacité. Les moyens d’action doivent être déterminés par des objectifs définis au préalable. 

 

Les décisions doivent être prises collectivement, à travers la formation d’un consensus, et doivent permettre à chacun d’exprimer ses idées et sa créativité. Les réunions doivent être organisées pour ne pas durer trop longtemps et pour éviter les batailles d’egos entre fortes personnalités. Les rapports de domination qui traversent la société doivent être combattus dans le cadre des réunions. Les professionnels de la prise de parole doivent être canalisés et ceux qui parlent peu doivent être encouragés à s’exprimer et se sentir à l’aise. Le sectarisme doit être évité pour insister sur les intérêts communs. La prise de décision au consensus permet de prendre en compte l’avis des minoritaires qui, ainsi, ne risquent pas d’abandonner l’action. 

Xavier Renou évoque la nécessité d’une pensée stratégique. Les objectifs doivent être clairs, précis et atteignables. Ensuite un adversaire doit être clairement désigné. Les adversaires directs se distinguent des adversaires indirects qui soutiennent une politique sans en être à l’initiative. Il semble important de s’appuyer sur des alliés potentiels. Les points faibles de l’adversaire, souvent préserver son image dans l’opinion, doivent être identifiés et attaqués. Le soutien du plus grand nombre de personne apparaît comme un élément décisif dans la construction d’un rapport de force. 

 

Les désobéissants incarnent les nouveaux militants, mais aussi leurs limites. Ce nouveau militantisme s’attache à la contestation markettée. Il tente d’interpeller les autorités à travers les médias sans construire un véritable rapport de force. Il semble se conformer aux évolutions du capitalisme. Le bureaucrate est remplacé par le manager. Plus libertaire, il insiste sur l’autonomie et la responsabilité individuelle. Mais il impose les normes du capital avec l’efficacité, la rentabilité, la performance. A l’image des managers, les désobéissants s’attachent à des objectifs chiffrés avec des étapes définies et à l’efficacité immédiate. Ils s’attachent à une rationalité marchande et comparent l’énergie requise par rapport au résultat obtenu. 

Le tout dans le cadre de l’urgence et de l’immédiateté sans la moindre réflexion stratégique à long terme.

 

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L’impasse du dogmatisme de la non-violence 

 

La défense de la non-violence apparaît comme un aspect également contestable. Xavier Renou reconnaît que les États sont violents. « Des possédants qui comptent bien le rester et savent se défendre ! », résume l’auteur. Mais les moyens des adversaires ne doivent pas forcément être repris. La violence peut apparaître comme un attribut de radicalité, et doit être critiquée lorsqu’elle se limite à une forme militariste et viriliste d’affirmation révolutionnaire. Xavier Renou souligne que l’affrontement militaire ne peut que déboucher vers une défaite des opprimés. Les moyens de la lutte déterminent sa finalité. Cependant, l’affrontement avec les forces de l’ordre demeure souvent une nécessité pour occuper des lieux et se réapproprier l’espace. Aucune véritable révolution sociale ne s’est faite sans violence, contrairement à ce que prétendent les désobéissants. 

Dans les récents soulèvements dans les pays arabes, les manifestants ne se sont pas contenter d’apporter des fleurs à la police. Les flics ne rejoignent pas le camp de la révolte par l’attendrissement mais par la peur. En Grèce, en Espagne, ou au Québec les luttes sociales débouchent vers des affrontements de rue avec les forces de l’ordre. Certes, la violence séparée d’un soutien populaire peut déboucher vers l’isolement. Mais Xavier Renou prend les gens pour des semi-débiles quand il affirme qu’ils ne peuvent pas comprendre les actions violentes, la rage et la colère qui s’expriment. Au contraire, dans le cadre des émeutes, les habitants comprennent mieux la violence que les militants politiques et autres activistes. 

 

Xavier Renou considère la moindre petite action gentillette comme violente. Par exemple il cite les blacks blocs, pourtant bien inoffensifs, comme des violents qui discréditent les contre-sommets altermondialistes Même si l’altermondialisme n’a pas besoin des blacks blocs pour être ridicule. Surtout, ses manifestants cagoulés se contentent de briser quelques vitrines et d’égratigner joyeusement quelques symboles soigneusement choisis de la société marchande. Il semble difficile de parler de violence pour décrire des actions qui ne font presque aucun blessé, même pas au sein des rangs des policiers suréquipés et protégés derrière leurs boucliers. La non-violence apparaît surtout comme un prétexte pour dénoncer des actions ou des pratiques qui ne semblent ne pas se contenter d’un petit aménagement du capital. La non-violence devient le cache-sexe d’une social-démocratie relookée mais toujours aussi autoritaire. Ce sont ceux qui luttent, et non pas les activistes extérieurs, qui doivent définir leur modalité d’action et le niveau de violence à exprimer. Tout autre mode de fonctionnement s’apparente à un contrôle bureaucratique. En revanche, la violence extérieure à un mouvement peut également s’apparenter à de l’avant-gardisme. 

 

La non-violence apparaît comme une idéologie sectaire qui stigmatise et criminalise ceux qui ne se conforment pas à ce dogme. Les désobéissants doivent alors obéir à des non-violents et à leur idéologie frelatée. Au contraire, toutes les formes de lutte doivent pouvoir s’exprimer. Chacun doit définir ses modalités d’action selon ses désirs, et non pour contenter des bureaucrates en mal de reconnaissance institutionnelle ou médiatique. C’est la pluralité des formes de lutte, et non pas la non-violence, qui permet de construire un rapport de force. La non-violence combat ce pluralisme pour imposer un dogme et une surveillance de chacun. Xavier Renou conserve une conception très militaire de la stratégie politique avec une unité d’action et une discipline intransigeante. Au contraire, le pluralisme stratégique permet d’exprimer la créativité et les désirs de chacun, et pas uniquement d’une clique de bureaucrates non-violents. L’opposition entre gentils manifestants et méchants casseurs demeure l’arme la plus infaillible de l’État pour diviser un mouvement et l’affaiblir. En revanche, Xavier Renou évoque pertinemment le plaisir et la joie de la contestation qui peuvent apparaître comme un des moteurs de la lutte. 

 

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Des perspectives limitées

 

Xavier Renou décrit ensuite le répertoire d’action de l’action directe non-violente. En dehors d’un soulèvement insurrectionnel, ses pratiques de lutte se révèlent intéressantes et permettent de sensibiliser la population. Les désobéissants ne se posent pas la question de la légalité. Les actions sont organisées par rapport à leur légitimité et non par rapport au respect du cadre de la loi. La légalité d’une action dépend bien souvent de l’appréciation du juge et non pas de la démarche politique décidée. 

Xavier Renou décrit des actions de sensibilisation qui permettent d’exprimer une créativité pour interpeller la population. Le théâtre et l’action clownesque permettent de sensibiliser par l’humour. Des actions visent à ternir la réputation et à travers le harcèlement démocratique et des présences symboliques et continues. D’autres actions attaquent directement le capital pour faire perdre de l’argent ou du temps aux adversaires. Grèves, occupations, blocages, perturbations ou réappropriation permettent d’interrompre la norme marchande et de briser les flux de capitaux. Mais ce type d’action, pour avoir réellement de l’ampleur, doit se généraliser et se diffuser à une large partie de la population. La suite du livre correspond à un guide pratique qui décrit les étapes de l’action, de la préparation avec le repérage jusqu’à la dispersion. 

 

Le texte de Xavier Renou permet également d’entrevoir les limites de ce "nouveau militantisme". La réflexion sur le contenu politique de l’action semble peu élaborée. Pour les nouveaux militants, toute analyse politique devient « ringarde » et « prise de tête ». L’action devient une fin en soi. L’activisme occulte toute forme de réflexion ou de stratégie sur le long terme. Les désobéissants naviguent aux grès des luttes à la mode. Sans s’implanter durablement, sans construire un véritable rapport de force. Le règne du zapping, de l’urgence et de l’immédiateté colonise également la sphère militante. Il devient possible de passer d’une action à l’autre, d’une lutte à une autre, sans le moindre lien entre les différentes initiatives. Les militants se conforment à la logique du capital. La rentabilité immédiate, avec la logique quantitative, prime sur la création d’espaces de rencontres et de réflexions. 

Cette démarche permet de maintenir une séparation des luttes. Les différents sujets de contestation se retrouvent isolés. Lutter contre la précarité, contre le sécuritaire, contre la chasse aux immigrés, contre la destruction de la planète deviennent des activités séparées. La dimension commune de ses problèmes est alors occultée. Le capitalisme et l’État peuvent alors ne jamais être remis en cause. 

La revue Temps critiques souligne les limites de la désobéissance. Lorsque son contenu se précise, la désobéissance se limite souvent à une interpellation de l’État au nom des valeurs de la République ou de la démocratie. Les désobéissants ne remettent pas en cause l’État mais uniquement sa manière de gouverner et de gérer les problèmes. Pourtant, dans une société qui admet des gouvernés et des gouvernants, aucun aménagement ne semble possible. 

 

Ses nouveaux militants se cantonnent à des luttes séparées, mais aussi minoritaires. Ils interviennent peu dans les contestation sociales interprofessionnelles. Ils semblent peu actifs dans le cadre de mouvements sociaux qui peuvent déboucher vers une perspective de grève générale ou de blocage de l’économie. Les désobéissants semblent peu en contact avec la population et avec les réalités quotidiennes. Ils se contentent de préparer des petites actions markettées. Ils apparaissent comme des militants « hors sols » qui agissent par procuration. Les désobéissants semblent reproduirent les défauts de l’avant-garde. Ils pensent qu’une petite minorité bien préparée devient plus efficace qu’un soulèvement insurrectionnel de l’ensemble de la population. 

Les nouveaux militants, non-violents ou radicaux, apparaissent comme des produits de la civilisation marchande. Ils appartiennent à cette civilisation du spectacle, de l’urgence, de la rentabilité immédiate, de l’efficacité et de la performance. Face à ce désert existentiel et militant, il semble indispensable de s’attacher au sens de l’action et de l’activité révolutionnaire. Il semble nécessaire de s’attacher à une transformation qualitative de la société et de l’ensemble des relations humaines. La créativité ne doit pas servir l'efficacité, mais le plaisir.

 

Source: Xavier Renou, Désobéir: le petit manuel, Le passager clandestin, 2012

 

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zones subversives 14/05/2013 11:33

J'ai écrit cet article (en dehors du chapeau d'introduction) et je le trouve au contraire plutôt nuancé. Je précise que je ne suis pas militant d'Alternative Libertaire et que j'exprime une réflexion personnelle. En revanche je me reconnais, entre autres, dans les idées de Daniel Guérin qui articule révolution sociale et révolution sexuelle, dans l'esprit libertaire des hippies des années 1968 qui diffusent des idées et des pratiques par la joie de vivre et le plaisir, dans le mouvement situationniste qui s'appuie sur la créativité et le jeu, dans l'Autonomie désirante qui attaque les normes et les contraintes sociales. Ses mouvements, groupusculaires à leurs débuts, ont diffusé un souffle révolutionnaire qui a fait largement vaciller le monde marchand.
Je souligne que je partage une partie de la démarche des désobéissants, notamment l'action directe en dehors des cadres imposés par les partis et les syndicats. Je trouve également intéressante l'idée de tenter de réinventer la lutte sociale. En revanche, je pense qu'un désaccord majeur nous sépare. Je confirme que je préfère le plaisir à l'efficacité. Ce primat de l'efficacité renvoie pour moi à la fois au "nouveau militantisme" mais aussi au vieux militantisme bolchévique et discipliné.

Le "nouveau militantisme" apparaît comme un produit de la modernité marchande. La culture de la rentabilité immédiate sort largement du cadre des audits financiers pour coloniser tous les domaines de la vie. La contestation moderne, des désobéissants aux blacks blocs, n'échappe pas à cette aliénation managériale. Les mouvements sociaux se soumettent à la dictature de l'urgence et de l'immédiateté. Au contraire, le mouvement ouvrier révolutionnaire tentait de construire ses propres structures pour définir sa propre temporalité. L'important n'est alors pas de recruter ou de gagner une lutte ponctuelle, mais de construire les conditions d'un mouvement d'ampleur de rupture avec le capitalisme. Aujourd'hui, les militants recherchent à faire le buzz. Une petite action markettée est « efficace » car elle est diffusée sur tous les médias et réseaux sociaux. Les militants n'ont aucune stratégie à long terme et privilégie le zapping pour surfer d'une lutte à l'autre, des sans papiers à Notre-Dame des Landes, au grès de la mode médiatique ou de l’agenda définit par le pouvoir. Je pense que cette stratégie n'est en rien efficace pour abattre une société marchande fondée toujours plus sur le flux, le réseau et la flexibilité.

Ensuite, je ne fais pas de l'efficacité le moteur de l'action politique et de la vie. Au contraire, il s'agit d'un trait commun du "nouveau militantisme" avec le vieux militantisme. Cette conception de l'action politique s'accommode de la routine, de l'ennui et de la monotonie. Les militants ne luttent pas par rapport à leurs désirs mais se soumettent à une idéologie. Cette conception de la lutte renvoie au sacrifice et à la soumission imposée par la religion comme par l'aliénation capitaliste. Pour moi, l'action politique doit rompre avec la routine de la vie quotidienne. La créativité, la fête, le plaisir sont effectivement le principal moteur de la lutte révolutionnaire. La plupart des individus ne vont pas se ranger derrière une armée disciplinée de militants sinistres, même déguisés en clowns activistes. Au contraire, la jouissance semble contagieuse. Surtout, si je veux en finir avec la mascarade marchande c'est pour détruire ce monde de sérieux, de discipline et de répression des désirs. Je lutte pour une insurrection ludique et orgastique car je pense que transformer le monde doit surtout permettre de changer la vie.

Arnold 02/01/2015 15:37

Le mouvement "les désobéissants" vendent des DVD d'"INFORM'ACTION" et leur gourou Xavier Renou donne des interview au "Cercle des volontaires". C'est un groupe qui participe à la propagande de l’extrême droite conspirationniste, aucune concession doit être fait avec ce genre de personne et ce type d'idéologie. C'est triste que Alternative Libertaire tombe dans le panneau de leurs soit disant subversion.

Soja 25/05/2014 10:06

Passionnant débat, merci.
Doit-on rechercher d'abord le plaisir ou l'efficacité? Mais les deux vont concrètement de pair! Certes, on peut faire comme le prônait J.Ellul le pari de la non puissance, mais pas choisir la non efficacité. Une action commune peut être plus ou moins stratégique, tenir compte des échecs passés et des réussites, mais il y a souvent plus de plaisir à concevoir du neuf, de l'original, du singulier....et comme par hasard, cela s'avère efficace. De même, au cœur d'une action collective, garder une relative autonomie pour s'adapter aux circonstances singulières et imprévisibles, c'est jubilatoire et efficace.
Ah oui, c'est une militante qui parle. Je suis en désaccord quand vous parlez de zapping des nouveaux militants: certes, c'est souvent comme cela au début, mais très vite la conscience s'ouvre et le dialogue enrichit ceux qui ont les mêmes indignations, mais pas forcément les mêmes conceptions de l'avenir en tous points, ni les mêmes références. Le bénéfice est énorme car nul ne peut être étiqueté et exclu d'un parti, syndicat, ou autre organisation . Aucune idéologie figée, majoritaire, fermée et implicitement autoritaire: mes relations militantes de terrain sont amicales, respectueuses, parfois tendues et houleuses mais toujours enrichissantes. Et si certains d'entre nous ne voient pas la cohérence de l'ensemble, est-ce si grave?
Et toi comment luttes-tu concrètement ? Que proposes-tu comme actions, dont la fin serait seulement dans les moyens, à savoir le plaisir, la satisfaction de désirs? Et là tes actions changent-elles ta vie ou la vie de ceux qui sont victimes d'injustice, Et qui ne savent ni ne peuvent se défendre? Au lieu d'une lutte générale qui est trop idéologique, abstraite, et souvent dangereuse à long terme, je préfère ce qui est en train de naître : de multiples luttes humbles mais servant de modèles à d'autres, et qui de plus en plus convergent. Les militants ne sont pas aussi crétins que tu les présentes, ou alors j'ai la chance de ne pas croiser les mêmes! Mais ils sont d'abord sensibles à l'environnement , ou d'abord au social, ou d'abord à un stupide projet de LGV ou d'aéroport, et puis, et puis, ils découvrent les mensonges du nucléaire, le fracking du gaz de schiste ou des mines d'or, la traque des sans papiers, la criminalisation des militants non-violents, le pseudo-journalisme, etc. Il doit choisir d'agir localement...et pense de plus en plus globalement ( Jacques Ellul, encore).
Enfin il ne devrait pas t'échapper que faire le buzz n'est pas le but mais un moyen parmi d'autres, pour sensibiliser le plus grand nombre et ainsi obtenir des changements. C'est aussi un moyen de protéger les militants que de les filmer, et parfois de leur rendre justice.
Voilà , bonne route à toutes et tous qui refusez de vous laisser diviser et désespérer, et mes hommages respectueux à l'héroïsme des personnes qui vivent sur les ZAD, en première ligne chaque jour de belles luttes.
RDV les 5 et 6 juillet à Notre dame des Landes.

Xavier Renou 05/05/2013 22:30

Bonjour, article très intéressant, merci. J'aurais préféré que vous soyez moins dogmatique sur votre choix de la violence, moins aveugle sur les proximités entre nous, et sur l'origine profondément
libertaire de notre démarche, et que vous procédiez moins par amalgame (genre "il montre une photo d'une action non violente d'un groupe stalinien donc il les soutient" un peu primaire), mais bon.
Et je regrette les conclusions un peu rapides comme "la créativité ne doit pas servir l'efficacité mais le plaisir", qui ne veut rien dire et fait très "révolutionnaire" en chambre : ben oui, on
prend généralement plus de plaisir à être efficaces, vu que ça nous fait gagner ! Oui, on a quand même quelques victoires à notre actif, et d'assez belles, aux côtés des travailleurs sans-papiers
de la SNCF, ou de travailleurs grévistes de Numéricable par exemple, dommage que vous n'en parliez pas, mais c'est vrai que cela aurait exigé que vous le sachiez, et pour cela, que vous fassiez un
vrai boulot de journaliste, pardon c'est un gros mot, disons au moins d'objectivité, en nous interrogeant par exemple). Enfin, bon, si votre plaisir à vous c'est de n'être pas efficaces, le
capitalisme a de beaux jours devant lui... et je comprends mieux l'état groupusculaire de la tendance que vous représentez. Etat qui me désole, cela dit.

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