Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 00:36

Les puissances occidentales ont commencé à préparer l’opinion publique à une intervention militaire en Syrie. Quels en sont les véritables enjeux ? Où en est la rébellion au régime ? Où en est le régime ? Éclairage d’un point de vue anti-impérialiste.

Après une attaque chimique dans la banlieue de Damas, dont le pouvoir de Bachar al Assad a été accusé sans preuves concluantes pour le moment, les puissances occidentales ont fait semblant de s’émouvoir et ont commencé à préparer l’opinion publique à une intervention militaire.

A l’heure où nous publions cet article, il semble probable que l’armée états-unienne intervienne dans les prochains jours, vraisemblablement avec l’appui de la France.

Si la violence déployée depuis deux ans par le régime de Bachar al Assad pour écraser les rebelles ne fait aucun doute, la guerre civile syrienne ne peut certainement pas se réduire à une lutte entre les "méchants" et les "gentils". La justification humanitaire des bombardements à venir ne doit pas masquer les autres enjeux stratégiques pour les puissances occidentales.

Éclairage de la situation d’un point de vue anti-impérialiste.

Quels enjeux géopolitiques pour les Occidentaux ?

L’intérêt principal des puissances occidentales est de briser « l’axe de la résistance » comprenant la Syrie, le Hezbollah libanais et l’Iran, les seules forces régionales qui résistent à la mainmise occidentale et israélienne sur le Moyen-Orient. En éliminant le régime syrien, il sera plus facile de briser le Hezbollah, le but final étant d’isoler l’Iran pour l’obliger à se soumettre ou pour l’attaquer si le pays refuse.

En arrière-plan il y a bien sûr le contrôle des énormes ressources énergétiques de la région. La guerre civile syrienne est déjà une guerre régionale entre l’Iran et les pétromonarchies du Golfe, avec le soutien de la Russie et de la Chine d’un côté, des puissances occidentales et d’Israël de l’autre.

En même temps, les États-Unis et leurs alliés jouent leur crédibilité dans cette histoire. Ils avaient prévu un effondrement rapide de la dictature, et Bachar al Assad est toujours là, deux ans après le début du soulèvement. Il résiste mieux que prévu, grâce l’aide du Hezbollah, de l’Iran et de la Russie. Son armée est à l’offensive depuis plusieurs mois, les rebelles risquent d’être battus militairement. L’affaire du massacre chimique tombe au bon moment pour intervenir directement et changer le rapport de force.

Cartographie de la rébellion et de l’armée loyaliste

La rébellion est divisée en une multitude de factions qui se partagent en deux camps.
Les partis favorables à la lutte armée réclament depuis longtemps une intervention militaire, ils sont regroupés dans la Coalition nationale syrienne soutenue par les occidentaux, les pétromonarchies du Golfe et la Turquie.
L’opposition civile qui refuse la militarisation de la révolution et souhaite une solution négociée. C’est de ce côté que se trouvent beaucoup de progressistes : contre une intervention armée étrangère (deux positions dans ce sens : celle de Haytham Manna et celle de Samir Aïta).

Militairement, la rébellion est morcelée en plusieurs centaines de groupes armés dont les plus puissants sont les groupes djihadistes.

L’Armée syrienne libre (ASL) est une fiction entretenue pour donner l’impression d’une unité qui n’existe pas sur le terrain. Souvent, des groupes qui se réclament de l’ASL vivent à des degrés divers de la corruption, du racket, d’enlèvements, de trafics de toutes sortes. Il y a parfois des affrontements entre certaines milices pour le contrôle des sources de financements. Dans les zones qu’ils contrôlent, ces comportements provoquent le mécontentement des populations et accroissent l’influence des islamistes radicaux.

Difficile de trouver trace de groupes armés progressistes, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas.

Les groupes affiliés à, ou proches d’Al-Qaïda reçoivent des renforts très importants de l’étranger. Les djihadistes irakiens, saoudiens, libyens, tunisiens, tchétchènes, etc., accourent de partout pour combattre les "infidèles", même d’Europe et des États-Unis. Expérimentés, disciplinés, bien armés grâce à l’agent des pétromonarchies, les djihadistes sont le fer de lance de la lutte contre le régime. Dans les zones qu’ils occupent, ils font régner une dictature pire que celle d’Assad. En plus des exécutions sommaires des partisans du régime, ils emprisonnent des centaines de militantes et de militants d’autres tendances de la rébellion.

La mouvance Al-Qaïda et l’ASL sont contraints de travailler ensemble, mais ce n’est qu’une alliance tactique. Ils se sont déjà combattus à plusieurs reprises et la lutte pour l’hégémonie sur la résistance armée ne peut que s’exacerber.

L’armée de la dictature est affaiblie par les désertions et les pertes. Elle a de plus en plus besoin de diverses milices, souvent fondées sur l’appartenance ethnique ou religieuse. Elles se recrutent parmi les minorités alaouite, chrétiennes, chiite, etc.. qui ont peur d’une prise du pouvoir par les islamistes radicaux, les takfiris.

L’armée de Bachar al Assad reçoit aussi une aide internationale avec des combattants du Hezbollah, des chiites irakiens qui ont leurs propres milices, et des conseillers iraniens. Les Palestiniens liés au FPLP-CG sont aussi à leur côté.

Un affaiblissement ou un effondrement de l’État central ne signifie pas la fin de la guerre. Les groupes qui le soutiennent prendront leur autonomie et poursuivrons le combat pour leur propre compte.

Remue-ménage en Occident

Comme le montre le vote défavorable du parlement britannique, la nécessité d’une intervention militaire ne fait pas consensus dans les classes dirigeantes occidentales. Les réalités de terrain font que s’il sort un vainqueur du champ de bataille syrien, ce sera un ennemi des États-Unis et de leurs alliés.

Liquider ou affaiblir Assad, c’est courir le risque d’une prise du pouvoir par Al-Qaïda, aux portes d’Israël, de la Jordanie et de la Turquie. Une perspective inquiétante pour les intérêts occidentaux. En fin de compte, une longue guerre civile est la meilleure solution pour eux, leurs ennemis continuant à se massacrer pendant longtemps.

Si, finalement, les États-Unis et les supplétifs qu’ils auront trouvé bombardent la Syrie, ce ne sera pas pour mettre rapidement fin à la guerre civile, au contraire. Loin d’apporter une aide à la population civile, une attaque ne ferait que causer plus de destruction, de misère, de morts, de réfugié-e-s.

Si l’attaque est déclenchée avant qu’une enquête sérieuse fasse la lumière sur cette fameuse attaque chimique, cela montrerait une fois de plus le peu de cas qu’ils font de la vérité, de la justice et autres valeurs qu’ils prétendent défendre.

Hervé (AL Marseille) avec Edith Soboul (secrétariat fédéral d’AL), le 1er septembre 2013

 

Partager cet article

Repost 0
Published by AL Montpellier - dans syrie imperialisme USA
commenter cet article

commentaires

Nous contacter

montpellier@
alternativelibertaire.org

Qui sommes nous ?

Blog du Collectif Alternative libertaire (CAL) de Montpellier

AL34

 Nous sommes des militants et militantes anarchistes révolutionnaires et

communistes libertaires vivant et travaillant sur Montpellier et son département.


Fondée en 1991, AL fonctionne sur un mode fédéraliste et autogestionnaire. L’organisation

est constituée d’une fédération de groupes locaux,


Retour à la page d'accueil

Agenda militant

Nous y serons

MANIFESTATION INTER-REGIONALE ANTIFASCISTE

MONTPELLIER    => DIMANCHE 6 AVRIL

RENDEZ VOUS A 13H A PLAN CABANES

(TRAM 3, ARRET PLAN CABANES)

Articles Par Catégories