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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 17:45

Islamophobie1-copie-1.jpgContenu original:Le texte d'appel des libertaires contre l'islamophobie que vous trouverez ici a suscité pas mal de réactions. Voici une réponse qui critique  cet appel.

 

Dénoncer l’islamophobie ou protéger l’Islam ?

  L’objet premier de cette critique est de remettre un peu d’ordre à propos de l’utilisation du terme « islamophobie », de montrer que ce concept, si il désigne effectivement une certaine réalité des rapports sociaux, est souvent utilisé de manière outrancière, et finira par être l’allié objectif des propagateurs de religion. Nous prendrons appui, pour formuler cette critique, sur un texte formulé par des gens appartenant à la famille politique des libertaires et de l’extrême-gauche, puisque celui-ci nous semble particulièrement représentatif de tels écueils, ceux-ci étant d’autant plus graves lorsque diffusés par des gens ayant normalement une conscience critique par rapport aux religions.  (texte intitulé « Appel des libertaires contre l’islamophobie », diffusé sur différents sites libertaires).
  La raison essentielle et pratique qui nous a poussé à réagir à ce texte, c’est l’acharnement  par lequel il prétend empêcher une critique générale des religions incluant l’islam, en assimilant toute critique de l’islam à de l’islamophobie.
  Ensuite, il s’agit de voir, d’une manière plus large, d’où viennent ces faiblesses actuelles largement répandues même chez les gens se réclamant  d’une critique sociale, de la gauche du PS aux libertaires et anarchistes,  de comprendre les idées et les raisonnement intellectuels qui sous-tendent la formulation de cet appel ; celui-ci n’étant pas un phénomène isolé, mais étant influencé par un ensemble d’idées beaucoup plus large que l’on peut qualifier de post-modernes, et dont les gens d’extrême gauche forment souvent des agents de diffusion privilégiés, de manière plus ou moins consciente. 
  Nous précisons que nous n’en voulons pas particulièrement aux gens qui ont formulé cet appel, même si nous critiquons l’influence de ces idées dans ce milieu. Nous aurions pu trouver d’autres exemples relevant de cas moins isolés et diffusant ce genre d’idées beaucoup plus massivement,  par ailleurs formulés par des gens éloignés de notre « famille politique »,  impliqués dans la sphère politicienne. Mais comme nous l’avons dit, cet exemple nous intéresse car il montre l’influence d’un ensemble d’idées issues du post-modernisme sur les gens d’extrême-gauche, alternatifs et libertaires, amenant ceux-ci à prendre des positions pour le moins surprenantes.
  Nous entendons critiquer toutes les religions à partir des textes sur lesquelles elles se fondent et de leur histoire, et non par rapport à de simples critiques circonstancielles sur l’extrêmisme que prendrait tel ou tel phénomènes religieux. Ainsi, il est révélateur que ces gens ne parlent plus de critique des religions, mais «des « formes d’oppression que peuvent prendre les phénomènes religieux ». Qu’est ce que cela signifie ? Que les religions et les textes sacrés ne sont plus critiquables en soi, pour ce qu’ils sont et ce qu’ils disent, mais que seules certaines manifestation de cet esprit religieux le sont ?
  Il va de soi que la formule vise avant tout à ménager la religion islamique, en vertu du contexte de cet appel, lorsque nous connaissons la propension de beaucoup de gens d’extrême-gauche à critiquer les religions tout en y excluant l’islam, pour des raisons opportunistes que nous verrons par la suite.
Ce texte ne se contente pas de dénoncer l’islamophobie, il prend parti pour une défense de l’islam, en mettant cette religion à l’abri de la critique. Ainsi, si ces libertaires observent parfois chez leurs camarades « une condamnation claire de l’islamophobie », ils regrettent que celle-ci soit « couplée de moult rappels du combat primordial contre l’aliénation religieuse » !
Parler de l’aliénation religieuse, lorsqu’on combat l’islamophobie, n’est donc pas une position acceptable selon ces gens. Jusqu’où croient-ils nécessaire cette compromission ?
Critiquer une religion, ce n’est pas affirmer l’infériorité du pratiquant de cette religion, ni établir une hiérarchie entre le croyant et le non-croyant, le musulman et l’athée.
Les critiques les plus radicales de l’aliénation religieuse peuvent d’ailleurs s’exprimer dans le cadre religieux, lorsque celui-ci ne permet pas autre chose ; il suffit de prendre comme exemple Descartes pour le catholicisme, qui propose le développement de sa méthode basée sur le scepticisme, la vérification et l’empirisme (donc à l’opposé d’une acceptation béate de la réalité) comme une justification de l’existence de Dieu.
Nous ne voyons donc aucune incohérence à ce que l’Islam soit critiqué par des musulmans, c’est au contraire souhaitable, et pour nous le fait d’être croyant n’implique pas d’être dénué d’esprit critique.
  Ce que nous entendons par islamophobie, si l’on veut bien donner un sens à ce mot qui ne relève pas de la chasse aux sorcières contre toute personne critiquant l’islam, se rapprocherait d’un dégoût primaire et irrationnel pour ce qui relève de cette religion ou lui est assimilé (en gros « l’étranger »), et l’exploitation de cette peur par les courants racistes et nationalistes. La peur et la phobie ne relèvent pas pour nous d’une critique construite et raisonnée.
Nous pensons juste de dénoncer les opinions racistes déguisées en critique de l’islam là où elles existent. Que cet amalgame pratiqué par des courants nationalistes et racistes permette à l’islam d’échapper à la critique, nous ne l’admettons pas.
 Nous pensons nécessaire de dénoncer l’oppression ciblé contre des musulmans ou des gens d’autres confessions en vertu de leurs croyances et de leurs pratiques religieuses, là ou cela se produit.
Nous pensons également nécessaire, de montrer, par exemple, le statut réservé aux femmes selon le Coran, qui sont selon ce texte clairement inférieures aux hommes et se doivent de leur être soumises. Ceci n’est pas réservé au Coran mais y est tout de même très explicite. Car la réalité n’est pas univoque, le fait que les musulmans puissent être oppressés, n’empêche pas que des situations d’oppression peuvent exister dans la pratique de cette religion.
Il ne faut pas oublier le fait que chaque religion est créé dans un contexte historique particulier. Ainsi, il faut prendre en compte que l’Islam a été développé dans un contexte où la société était formée de tribus nomades, avec les pratiques et les moeurs qui sont les leurs. Ceci non pour émettre des jugements de valeurs, mais qu’il est légitime de reconnaître le décalage entre les peuples dans lequel l’Islam est apparu au départ et les peuples qui le pratiquent aujourd’hui.
  Ainsi l’économie de ces peuples tribaux relevait en partie de la pratique du pillage et de la prise de butin, dont les esclaves et les femmes,  considérés comme des biens, un moyen d’échange, d’où l’existence de nombreux versets ne prenant sens que dans ce contexte particulier. Ex : sourate IV, Les Femmes, verset 3 : « Si vous craignez d’être injuste envers les orphelins, n’épousez que peu de femmes, deux, trois ou quatre parmis celles qui vous auront plu. ». Nous ne voulons pas émettre de jugement dépréciatif, mais nous tenons à rappeler, selon toute logique, qu’une polygamie exclusive n’est possible que dans le contexte de sociétés fortement inégalitaires,  où les femmes sont accaparées par les plus riches, les dominants. Ou dans une société fonctionnant sur le principe du pillage et de la conquête, les femmes des vaincus pouvant alors être prises par les vainqueurs. Nous ne dirons rien sur le statut qui est fait aux femmes selon de tels principes.
  Nous pensons légitime également de montrer quelles prétentions à le Coran de régler la vie publique des fidèles, de montrer que ces textes écrits tels qu’ils sont et appliqués dans beaucoup d’endroits sont rétrogrades et réactionnaires.
  Nous pensons nécessaire de montrer le Coran avec les autres religions monothéistes pour ce qu’il est : une religion essentiellement patriarcale, fixant des mœurs et une répression sexuelle propre à ce régime patriarcal.
  La question n’est pas de démontrer la supériorité d’un quelconque « discours occidental » , mais de montrer qu’en soi, l’élément identitaire islamique n’est pas et ne saurait en aucun cas être une alternative aux logiques de domination.
  Nous sommes d’ailleurs sceptiques devant certaines accusations de racisme de ces libertaires : Michel Onfray, Charlie Hebdo, si ils sont critiquables par la place qu’ils occupent dans la pseudo-intelligentsia, sont ainsi assimilés à une pensée raciste à peu de frais. On reconnaît bien ici la logique de la chasse aux sorcières, puisqu’il ne sera pas la peine de démontrer que ces gens sont effectivement racistes par leurs discours (qu’on aurait du mal à produire), mais par les seules intentions qu’on leur prête au nom d’une logique inventée par les mêmes accusateurs, que l’ont peut résumer par l’équation « critique de l’islam=racisme ».
  Bien que ce texte nous parle de dépasser les oppositions et les divisions spectaculaires, il n’a visiblement pas bien compris quels sont les tenant de cette division,  ni comment elle est produite.   Nicolas Sarkozy  n’a pas hésité pas à serrer les paluches  aux ecclésiastiques, au recteur de la mosquée de Paris, a encourager les religions diverses, et ensuite souffler sur la flamme de l’islamophobie pour rassurer le « français moyen » menacé dans son identité. La réalité du pouvoir n’est pas d’être  proprement « islamophobe », mais de jouer sur les 2 parties.
L’islamophobie se déploie il est vrai comme une division spectaculaire, visant les masses à s’affirmer par de fausses identités.
  Il n’ y a pas pour nous, de choix à faire entre une idéologie nationaliste et raciste d’un côté, et une position en faveur de l’islam en tant qu’élément identitaire des opprimés de l’autre. L’intelligence consiste à reconnaître cette opposition là où le pouvoir la met en scène, et à la dénoncer, et non pas à se placer pour l’une ou pour l’autre en vertu de positions stratégiques illusoires.
  Cette position pro-islam déguisée participe d’ailleurs à l’assimilation entre arabes et musulmans, au lieu de la critiquer. On essentialise ici un peuple en pratiquant ce déterminisme religieux-identitaire.  On fait peu de cas des arabes athées ou en conflit avec leur univers religieux. Il n’est pas suffisant de dénoncer l’influence du salafisme dans le mahgreb et machrek. Au-delà des groupes les plus fondamentalistes, c’est l’ensemble des peuples de ces pays qui est traversé d’éléments idéologiques, de partis, d’opinions contradictoires, hésitant entre révolution sociale et positions identitaires-religieuses.
  Nous soutenons qu’il faut permettre à cette critique de s’exprimer et l’encourager, telles que le font certain-e-s féministes, militant-e-s laïcs ou progressistes (qui sont par ailleurs souvent musulmans) dans ces pays, qui pointent courageusement l’oppression dans laquelle ces pays baignent et quel harcèlement et frustration sexuelle sévit dans ces pays, en relation avec l’application de certains préceptes du Coran et la pesanteur de l’Islam sur ces sociétés. Répression qui existe aussi dans les pays occidentaux sous une forme moins explicite et plus perverse mais qui ne se manifeste pas avec autant de pression sur les femmes et n’exige pas d’elles une soumission telle que dans beaucoup de pays musulmans.
  Nous disons donc, en quelque sorte, que les libertaires de cet appel ont lâché la proie pour l’ombre, c’est à dire la critique de l’aliénation religieuse, dans laquelle a pu prendre sa source la vénération de l’argent et la soumission au capitalisme, pour une prise de position circonstancielle et dangereuse, en l’occurrence la défense de l’islam sous prétexte qu’en tant que religion originaire d‘Afrique et appartenant à des minorités opprimés (or ce cliché est faux), sa critique relèverait forcément de l’affirmation d’un esprit européen néo-colonialiste et raciste.

Qu’en est il en réalité de ce genre de raisonnement ?

  Pour tenter d’y voir plus clair, voici une remarque sur l’utilisation que font les rédacteurs “libertaires” de l’appel contre l’islamophobie d’un passage de Frantz Fanon, penseur connu pour son engagement radical contre le colonialisme et son implication dans la guerre de libération d’Algérie qui les met en face de leurs incohérences, de leur mensonges conscients ou non, voire d’un procédé de manipulation.
  L’utilisation qu’ils font de la citation de Frantz Fanon dans les Damnés de la terre est un contre-sens complet. Pour toute personne sachant lire, cette citation est plus qu’ambigue, même limitée et présentée dans le cadre de leur texte :
”Ce langage voudrait aussi imposer une assignation : tout arabe, tout africain, ou parfois tout être, ayant l’islam comme part de sa culture et comme part de son histoire serait un être essentiellement réactionnaire, fondamentalement religieux, et donc incompatible avec les principes fondamentaux républicains - principes par ailleurs complètement désincarnés, qui ne servent que pour justifier cette exclusion. Comme l’a montré Frantz Fanon, « Le colonisé réussit également, par l’intermédiaire de la religion, à ne pas tenir compte du colon. Par le fatalisme, toute initiative est enlevée à l’oppresseur, la cause des maux, de la misère, du destin revenant à Dieu. L’individu accepte ainsi la dissolution décidée par Dieu, s’aplatit devant le colon et devant le sort et, par une sorte de rééquilibration intérieure, accède à une sérénité de pierre. »”

 On va pouvoir constater qu’ils essaient de mettre de leur côté un penseur qui va pourtant à leur encontre dans ce passage, qu’ils tentent de réinterpréter maladroitement.
Dans l’utilisation qu’ils en font, les rédacteurs de l’appel tentent de faire dire à Fanon que la religion des colonisés pouvait être un moyen de résistance aux colons en l’ignorant. Ainsi, la “sérénité de pierre” auquel accède le colonisé après s’être aplati devant le colon serait une qualité du colonisé qui lui permet de ne pas perdre la face devant l’oppresseur...

Mais, à la lecture des Damnés de la terre, on peut être plus que dubitatif de leur interprétation. On se rend compte que Fanon dit exactement le contraire, étant pour le moins critique envers toutes les croyances magiques, religieuses ou attitudes pseudo-contemplatives dans le contexte de l’occupation coloniale.

  Voyons déjà ce qui se trouve juste avant cette citation : Fanon dans cette partie parle justement des obstacles et échappatoires que trouvent les colonisés pour déverser leur violence  et ne pas affronter les colons : luttes fratricides entre clans, autodestruction collective très concrète dans les luttes tribales, conduites qui toutes confortent la position du colon.
”Tous ces comportements sont des réflexes de mort en face du danger, des conduites-suicides qui permettent au colon, dont la vie et la domination sont consolidées d’autant, de vérifier par la même occasion que ces hommes ne sont pas raisonnables.”
 
Puis, dans ces obtacles à la prise de conscience, suit aussitôt après, dans le même paragraphe, la religion et les croyances, qui correspondent au passage cité par les rédacteurs de l’appel de bboykonsian :
« Le colonisé réussit également, par l’intermédiaire de la religion, à ne pas tenir compte du colon.  Par le fatalisme, toute initiative est enlevée à l’oppresseur, la cause des maux, de la misère, du destin revenant à Dieu. L’individu accepte ainsi la dissolution décidée par Dieu, s’aplatit devant le colon et devant le sort et, par une sorte de rééquilibration intérieure, accède à une sérénité de pierre. »”

Voilà qui ôte toute ambiguité au sens de ces paroles. Poursuivons sur ce qui vient un peu après :

”Un pas de plus et nous tombons en pleine possession. Au vrai, ce sont des séances de possession dépossession qui sont organisées : vampirisme, possession par les djinns, par les zombies, par Legba, le Dieu illustre du Vaudou. Ces effritements de la personnalité, ces dédoublements, ces dissolutions, remplissent une fonction économique primordiale dans la stabilité du monde colonisé.
  On assistera au cours de la lutte de libération à une désaffection singulière pour ces pratiques. Le dos au mur, le couteau sur la gorge ou, pour être plus précis, l’éléctrode sur les parties génitales, le colonisé va être sommé de ne plus se raconter d’histoires.”
[...]
”Nous avons vu que cette violence, pendant toute la durée de la période colonialme, quoique à fleur de peau, tourne à vide. Nous l’avons vue canalisée par les décharges émotionnelles de la danse ou de la possession.”

  etc, etc... Les passages où Fanon se montre plus que critique envers la religion, les croyances diverses et leur rôle dans le maintien d’un système de domination (en l’occurence colonial ) ne manquent pas...
  Par un tour de passe-passe, les rédacteurs, qui sont malhonnêtes ou ne savent pas lire, ou plus probablement un peu des deux, essaient de s’en servir pour arriver à leurs fins : la religion comme élément d’identité et de résistance face à l’oppresseur chez les minorités, donc qu’il ne faut pas critiquer.
  Fanon peut donner un rôle à tous ces éléments de croyance religieux ou magiques dans la formation de l’identité culturelle et populaire de la nouvelle nation indépendante post-coloniale. Mais il les comprend d’abord, dans le contexte qui est celui colonial, c’est à dire dans un contexte d’oppression, comme un obstacle à la prise de conscience et à agir contre le vrai ennemi. Et il n’est absolument pas contre la critique des religions et rien n’indique dans ces écrits qu’il assimile la critique des croyances et religions de peuples opprimés systématiquementt à des principes vides d’oppresseur ou de raciste.

  Dans “L’an V de la Révolution algérienne”, Fanon tient des propos qui peuvent plus facilement être exploités pour aller dans le sens d’une résistance identitaire face à l'oppresseur colonial. Il a pu en être ainsi des femmes voilés en Algérie, élément d'affirmation de la nouvelle culture nationale face à la propagande française pour développer un comportement à l'européenne chez les femmes algériennes.
  La réalité du voile comme affirmation d'une identité algérienne propre à cet instant face à la culture coloniale, c'est à dire son rattachement à un élément participant à l'affirmation de la nation révolutionnaire face aux forces colonialistes,  ne doit pas faire oublier la nature d'origine religieuse du voile et le statut inférieur de la femme qui est explicitement décrit dans le Coran. (ex : Sourate II, verset 228 : "les maris sont supérieurs à laurs femmes".) Qu’un élément religieux ou culturel prenne à un moment donné un sens concret de résistance à l’oppression ne signifie pas que cet élément soit subversif ou révolutionnaire en soi. Sa nature profonde peut même être contraire à ce sens, tel le cas du voile. Encore une fois, ceci ne peut se comprendre en dehors d’un contexte historique particulier. (Ce dont Fanon était bien conscient).


Post-modernisme et extrême gauche

  La question du courant post-moderne est complexe et celui-ci se résume difficilement  en quelques lignes Il regroupe des penseurs apparemment très divers par leurs orientations politiques et leurs sujets de prédilections : du très libéral Maffesoli, en passant par Onfray le philosophe-hédoniste, qui se réclame libertaire, jusqu’ à Judith Butler et ses études critiques sur le genre.
Ses traits caractéristiques :
-refus de toute pensée et critique à vocation “universaliste”, n’étant pas limitée à un seul  ou quelques groupes humain limités et particuliers. (assimilé systématiquement à un mode de pensée occidental, blanc, masculin et hétéronormé, et menant à l’impérialisme)
-Conception de la domination non plus dans un rapport de possession/dépossession des moyens de productions, mais par rapport à des normes dominantes : blanc, masculin, hétérosexuel, colonial, néo-colonial.
-Idéologie accordant aux discours une autonomie totale, séparée de toute réalité. Le discours sur les signifiants et l’écart qu’ils présentent toujours avec les signifiés devient prétexte à nier la possible appréhension du réel, voire sa réalité.
-Il s’ensuit que le relativisme est de mise pour tout discours et tout constat.

  Plutôt que ce résumé lapidaire, voici ce que peut dire Jordi Vidal à propos de la société post-moderne dans Servitude et simulacre :
“A l’image de la conception postmoderne de la société, ces mensonges performants sont définitivement détachés du cours réel des choses. Leur pseudo-conflits sont là pour dissimuler l’existence d’un autre plan de réalité : celui d’une vie quotidienne totalement dégradée.”
(…)
“Les nouveaux signifiants, aux ordres du système, ont pu commencer à mener une guerre totale contre la pensée critique. Ce que le language a perdu se répercute socialement dans l’atomisation de la vie quotidienne, dans la perte généralisée de tout sens logique, dans la difficulté croissante à penser de nouvelles formes d’auto-organisation ou, plus tristement, dans l’incapacité à favoriser de simples gestes de solidarité. L’écart qui s’est ainsi créé entre les signifiants et les signifiés n’est pas sans conséquence sur l’organisation d’une société foncièrement individualiste et égoïste, comme sur la montée d’une violence qui de sociale est devenue aveugle.”
(…)
“On opprime les citoyens, on les maltraite, on les parque, on les met à la rue, et, en réaction, ils fabriquent des mots tiroirs. Leur addiction, leur colère et jusqu’à leur “soutien à…” répondent à des stimulations mais jamais à une réflexion.”

Il y a dans l’appel de ces libertaires  plusieurs marques de cette influence post-moderne :

-déjà l’idée selon laquelle l’identité et la culture joue un rôle primordial, identité et culture que l’on verra comme figée pour les minorités par l’intermédiaire d’une religion. Cet élément identitaire et culturel, puisqu’il fonde essentiellement la personne et la définit, puisqu’elle se reconnaît en elle, ne doit pas être critiqué, d’autant plus si elle appartient à des minorités.

-Ensuite, le développement de la pensée post-moderne se reconnaît souvent dans ses procédés manipulatoires (ici il s’agit plus de maladresse et d’ignorance) au niveau de son raisonnement intellectuel, qu’elle revendiquera et assumera comme un de ses traits propres. Elle l’appellera, par exemple, utilisation non contrainte ou dogmatique des référents, déconstruction et démocratisation de la hiérarchie intelectuels-auteurs/lecteurs.
  Ce ne sont pas les objets partiels des théories post-moderne qui doivent être critiqués en tant que tels, mais bien l'utilisation de ces luttes et thèmes partiels que le courant post-moderne réalise. Par exemple que la théorie queer critique l'identité hétéronormée est une importante nouveauté. Le problème vient dans la suite : la nouvelle définition que l'on se donne ou pense se donner est le moyen privilégié, et finalement le seul moyen légitime, pour s'affirmer, pour être libre. L’identité sexuelle est appréhendée en dehors de tout autre déterminisme, notament économique. 
  La répression sexuelle n’est pas comprise dans son ensemble, en tant qu’elle concerne toute la société capitaliste, mais seulement quelques minorités : gay, lesbiennes, queer, trans… Et l’élément oppresseur, ne se comprend pas dans un ordre général de la répression sexuelle et de sa fonction dans les régimes autoritaires (même antérieurs aux capitalisme) mais par rapport à des critères appliqués à des individus : blanc, masculin, hétérosexuel. On ne parle même plus de riches, car par un raccourci idéologique on a assimilé l’homme blanc qui a encore le malheur de désirer des femmes au riche, au dominateur par excellence, automatiquement. Ces théories ont été diffusée d’abord par une intelligentsia universitaire, comme on s’en doute, pour être aussi coupée de la réalité et pratiquer des raccourcis aussi insultants qu’inexacts pour tout une partie de la population paupérisée et exclue, faussement rangée dans la catégorie des dominateurs.
  On comprend aussi à quel point peut être libérateur un discours aussi culpabilisant,  générateur de division, et qui disqualifie de la révolte légitime une partie plus qu’importante de la population. Il n’est pas trop difficile non plus de comprendre quels intérêts il sert, en fin de compte.
  Toute identification d'un problème plus large, plus commun, fait peur, car elle implique des solutions et des actions qui ne dépendent pas du seul choix de l'individu. Chez les post-modernes, la logique identitaire de minorités prend le pas sur toute appartenance de classe, et même généralement sur toute analyse de l’oppression fondamentale résultant des rapports de production capitalistes. Ceci n’étant pas sans créer des problèmes de conscience chez les théoricien-ne-s post-modernes se revendiquant contre le capitalisme, problème résolu par la création de nouveaux concepts sans consistance ni pertinence. Ainsi, on parlera de classe de sexe, classe de race… et pourquoi pas de classe religieuse, bientôt?
  En fait, le post-modernisme porte dans son nom son oubli : vouloir nous faire croire qu'il a dépassé la modernité, sans avoir dépassé le capitalisme. La modernité n'a jamais existée que dans le cadre du capitalisme. Vouloir la critiquer séparément, comme une essence, sans s'occuper des conditions économiques qui ont porté son développement, c'est à dire capitalistes, c'est se vouer à l'échec. Le post-modernisme fuit tout universel, car l'universel qu'il ne veut pas reconnaître et qui le porte, comme nous tous, c'est celui de la marchandise, dont la critique amènerait à des prises de positions trop dangereuses.

  La pensée post-moderne se condamne à un morcellement qui entraîne à la coexistence d'identités plus ou moins compatibles entre elles, tout en faisant croire qu’il n’en résulte aucune contradiction. Elle ne veut pas reconnaître que ces identités, ces cultures, ne coexistent pas librement, mais sont séparées entre elles par leurs milieux d’origine,  les agents qui les diffusent,  leurs publics respectifs, leurs systèmes de valeur, car elle appréhende ces différences seulement en terme de discours ou d’identité culturelle in abstracto.
  L'Islam par exemple, malgré la diversité des croyants, occuppe une place particulière par ses valeurs, ses pratiques, les communautés et les gens qui l'incarnent. Il est faux de décrire la réalité sociale comme un monde où les individus serient libres de se choisir à la fois gays, lesbiens, musulmans en même temps comme si cela devait relever du seul choix individuel et de la “liberté”. C’est faire abstraction de toutes les contradictions réelles que portent ces idendités entre elles, que l’on peut comprendre entre autre par l’étude de leur passé historique et de l’incompatibilité de leurs pratiques et de leurs valeurs.
  Par exemple, un homosexuel bobo parisien, lui pourra devenir musulman nouveau converti (bien que ce soit absurde à notre sens). Par contre, celui qui grandit dans une culture musulmane très affirmé va avoir beaucoup plus d'obstacles et de pression si il veut s'affirmer comme homosexuel.
  Et l'Islam ne se considère pas ses valeurs comme relatives et compatibles avec le mouvement gay. (comparaison en apparence abusive tant ce sont 2 choses différentes, mais que je m'autorise parce qu'il correspond à la manière post-moderne d'envisager les identités, les personnes et groupes sociaux : des discours et des choix personnels, qui coexistent sur la grande scène démocratique et marchande)
  C’est en quelque sorte une logique de lobbies d'identités que reconnaît la société post-moderne, fonctionnant à l'intérieur du capitalisme, et tous les lobbies n'ont pas la même puissance, les mêmes intérêts ni les même valeurs.

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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 12:18

continental.jpgAnnées 70. C’est la fin de ce que certains ont appelés les 30 glorieuses, et le taux de profit plonge. De nombreuses luttes ouvrières se  développent partout dans le monde, il est temps pour le capital de contre attaquer pour survivre. Ce sera la restructuration, une contre-révolution capitaliste, reposant en bonne partie sur une vaste offensive contre les salaires, contre la reproduction des prolos (payés par ces salaires). 

La nouvelle donne, c’est travailler plus, plus intensément, plus longtemps… Pour être payé moins. Moins de paye directe à la fin du mois, mais surtout moins de paye indirecte, c’est à dire de prestations sociales: retraites, santé, chômage, etc.

 

En parallèle, une part importante de l’appareil productif est délocalisé dans les pays où les prolos sont beaucoup moins bien payés. Si on ajoute à ça la généralisation du taylorisme, jusque dans les emplois de services (par exemple l’instauration de quotas, d’objectif journalier à remplir), on a la formule avec laquelle les capitalistes ont réussi à résoudre la baisse des profits.

Cette restructuration s’est imposée via ce qu’on appelle la financiarisation de l’économie:

La phénomène est en fait assez simple, et si on le décortique, on s’aperçoit qu’il n’a rien d’un « parasitisme » de l’économie réelle comme l’analyse les partisans de la ré-industrialisation et autres fans de l’économie réelle VS la finance mondiale.

Tout d’abord, premier mouvement: Les capitaux, qui ne trouvaient plus à s’investir dans l’économie dite « réelle » (les usines par exemple) sont partis dans les secteurs qui promettaient un plus fort rendement, comme les produits financiers.

Deuxième mouvement: Pourquoi la finance permettrait elle un meilleur rendement? Eh bien, elle ne permet pas à coup de baguette magique de meilleurs rendements. Mais elle permet une plus grande fluidité des capitaux: ceux-ci s’engagent et se désengagent sans cesse, via les marchés financiers. J’achète un paquet d’actions lorsque le cours est favorable, et à la moindre rumeur, je me tire je reprend mes billes pour les déposer ailleurs.

Troisième mouvement: Du coup, comment faire lorsqu’on est une grosse boite, pour trouver des investissements? Puisque le capitalisme de papa, c’est fini, et qu’il faut aller chercher le pognon là où il est, c’est à dire sur les marchés, eh bien, allons-y!

Mais pour rester « compétitifs », paraître rentable et donc vendable,  il faut des mesures drastiques de restructurations aux entreprises, délocaliser, licencier… etc. Et si ce n’est pas les patrons old-school qui le font, qu’à cela ne tienne! L’histoire des années 80 est pleine de financiers rachetant des entreprises, licenciant à tour de bras avant de les revendre ( comme Bernard Tapie en France… ).

En somme, au travers du développement de la finance, c’est une forme de gestion collective (ce qui ne veux pas dire d’intelligence collective, on ne va pas s’avancer sur ce débat ici), par le capital, de la lutte des classe. Et le tout s’engage dans une fuite en avant toujours plus radicale. Seul moyen de restaurer le profit en berne via des attaques toujours plus massives.

La finance n’est donc pas «un  parasite » économique sur un corps sain. Elle est la manière même dont le capital s’est sorti de sa crise.

Le souci, c’est que si les capitalistes se démerdent pour produire moins cher, il faut bien qu’il les vendent, leurs produits!

 

Or avec quel argent les prolos des pays du centre du capital, qui sont et restent le principal marché, vont ils acheter tout ces trucs, s’ils gagnent moins? Mais en s’endettant, tout simplement!

C’est la solution magique, en fait: les états imposent moins le capital, lui permettant d’accumuler plus. Les prolos consomment, bien qu’ils soient moins bien payés. Et la dette explose

 

Repris sur Tantquil.net

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 10:56

class-war.jpgLa lutte des classes , la classe ouvrière n'existent plus? Malgré ce discours souvent seriné par les médias, la lutte des classes ne s'arrete pas, trop souvent gagnée par la bourgeoisie... Un interview de Noam Chomsky....

 

À la suite de la publication d’un recueil de textes reprenant l’essentiel de ses prises de parole au cours du mouvement Occupy Wall Street, Noam Chomsky revient sur le sens de ses interventions et leurs perspectives.

Vous écrivez dans votre livre que le mouvement Occupy Wall Street n’a trouvé que peu d’écho parmi 
les médias aux États-Unis. La même constatation a pu être faite de ce côté-ci de l’Atlantique. Pourtant vous soulignez qu’il s’agit, aux États-Unis, du mouvement de remise en question le plus important du consensus néolibéral qui a prévalu depuis trente ans. Pourquoi 
les grands médias ont-ils été si discrets à son propos ?

Noam Chomsky. Que sont les médias de masse ? De manière écrasante, d’énormes entreprises, elles-mêmes souvent parties de plus larges méga-entreprises. Qui les finance ? De manière écrasante, le monde des affaires. Que sont les cercles des classes managériales et éditoriales ? La réponse est dans la question. Pourquoi être surpris qu’ils n’aient aucune sympathie à l’égard de mouvements populaires qui font face à l’oppression de classe ? Qu’ils n’en aient aucune compréhension ? C’est vrai, ce n’est pas 100 % d’entre eux. Il y a d’autres facteurs. Certains aboutissent aux mêmes résultats. Mais c’est assez massif et la documentation sur les effets de cette situation est écrasante.

Le mouvement Occupy a popularisé l’idée que la concentration des richesses dans les mains du 1 % était intolérable dans une société écrasée par le chômage de masse et la précarité. En lisant votre livre, on s’aperçoit que les États-Unis se trouvent dans une situation sociale et économique critique. 
Depuis la France, l’Oncle Sam ne semble pas si mal en point. Comment expliquer la timidité des faiseurs d’opinion européens à l’égard de 
ce qu’ils continuent à présenter comme un modèle ?

Noam Chomsky. À propos du modèle américain de capitalisme monopoliste d’État financiarisé ? Il me semble qu’ils essayent de l’imiter.

Les manifestations d’étudiants au Chili et au Québec, les Indignados d’Espagne et du Portugal, les grèves et les mouvements sociaux en Grèce, le mouvement Occupy aux États-Unis, d’un côté, depuis plus de trois ans maintenant et l’annonce de la fin de la crise financière internationale, les mobilisations se sont multipliées dans les pays capitalistes dits « avancés ». D’un autre côté, 
les indices boursiers de Wall Street et de Francfort retrouvent leurs sommets d’avant l’automne 2008. N’est-ce pas cela qui compte ? Si une nouvelle crise financière se déclenche, pourquoi ne pas utiliser les mêmes remèdes qui ont été utilisés et laisser les États, 
les peuples et les travailleurs régler la note ?

Noam Chomsky. Du point de vue des maîtres, c’est tout à fait la bonne idée.

Vous évoquez à de nombreuses reprises l’idée de classes sociales et de luttes de classes. Ces idées qui semblaient avoir reflué jusqu’à maintenant refont surface dans 
la conscience sociale. Comment 
en faire des facteurs de progrès ?

Noam Chomsky. La lutte de classes n’est jamais cachée. Aux États-Unis, la classe des affaires est une classe hautement consciente de ses intérêts et mène toujours une âpre guerre sociale. Il y a quelques réactions, comme celles que vous évoquez, et si elles grandissent, cette guerre de classe ne sera plus aussi unilatérale et des avancées pourront être obtenues.

La contestation de l’ordre économique est associée, dans toutes les mobilisations actuelles, 
à une contestation de l’ordre politique. Dans le même temps que l’ordre néolibéral du capitalisme, c’est la démocratie représentative qui se trouve mise en question. Comment faire avancer la pratique 
de la démocratie dans les limites d’un régime qui concentre le pouvoir dans les mains des plus riches ?

Noam Chomsky. La principale question à propos de la démocratie représentative est celle-ci : jusqu’à quelle extension existe-t-elle ? Prenez les États-Unis. Il y a d’excellentes recherches en sciences politiques qui montrent que les 70 % les moins riches, aussi bien en termes de salaires que de patrimoine, n’ont aucune influence sur les décisions gouvernementales. Cette influence n’augmente que lentement jusqu’au sommet de la pyramide de la richesse, qui en obtient tout ce qu’elle veut. Est-ce là une démocratie représentative ? C’est un exemple parmi de nombreux autres.

 

Faire l’histoire  « d’en bas » Constitué d’une série de conférences données par Noam Chomsky au cours du mouvement Occupy Wall Street, son livre Occupy nous plonge dans cette mobilisation même qui, commencée au centre de la Big Apple, s’est propagée, d’est en ouest, à plusieurs dizaines de villes des États-Unis. Le livre est précédé d’un hommage de l’auteur aux manifestants. Il évoque cette femme interpellée pour avoir lancé des pétales de fleurs sur le Capitole, siège du Congrès des États-Unis. Au lendemain du discours sur l’État de l’Union, au cours duquel a été tracée l’esquisse d’un New Deal d’inspiration rooseveltienne, cette publication a tout d’abord le mérite de rappeler l’efficace, par son écho mondial aussi, d’un mouvement qui a porté en son foyer la contestation d’un ordre mondial financiarisé. Elle témoigne aussi de l’engagement d’un intellectuel qui n’a pas hésité à s’inscrire dans la mêlée d’un mouvement social et de s’en faire participant. L’hommage final rendu à la mémoire d’Howard Zinn, acteur de premier plan du mouvement des droits civiques et du courant pacifiste aux États-Unis, historien « d’en bas » et auteur, notamment, de Marx à Soho, est dans le droit fil de cet engagement de la communauté qu’il appelle lui-même.

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 11:17

Kurdistan-map.gifQue se passe-t il au Kurdistan syrien qui a plus ou moins pris son autonomie dans l'indifference généralisée?

Voici un article qui pose quelques questions sur cette autonomie...

 

La guerre civile continue à ravager la Syrie. Parfois sous les feux des projecteurs des grands médias préparant les masses à une intervention en faveur de « l’armée syrienne libre », ou défendant le régime de Bachar dans une perspective soit-disant anti-impérialiste; le plus souvent, dans le secret ou dans le désintérêt le plus total, quand il s’agit de répression politique à l’intérieur des deux camps ou de massacres de civils justifiés par une propagande de « forteresse assiégée » partagée par les deux belligérants. Que disent les révolutionnaires syriens, qui sont finalement le plus légitimes pour juger de la situation? Bien sûr, ils appellent à soutenir internationalement le mouvement de révolte contre la dictature baasiste réactionnaire. Mais ils n’ont pas pour autant d’illusions concernant l’ASL et les autres forces armées ayant kidnappé un mouvement légitime. Ces groupes plus ou moins importants, soutenus de manière très concrète par des pays comme le Qatar, représentent des intérêts bien éloignés de ceux des progressistes. De plus, ils sont de plus en plus largement contrôlés par les factions djihadistes, qui sont les mieux équipées, les mieux entrainées… Nous n’avons rien à attendre de ce camp.

Il y a par contre une troisième force en présence, qui progresse dans sa lutte. Il s’agit des rebelles kurdes. Ceux ci, principalement organisés dans le PYD (parti de l’union démocratique, branche syrienne du mouvement de libération nationale kurde), ont libéré de nombreuses villes kurdes. Tirbespiyé a été reprise le premier mars et la ville industrielle de Rimelan devrait suivre. Cela se traduit concrètement par le désarmement des forces pro-Assad, par la mise en place d’institutions culturelles kurdes (rappelons que la culture kurde est historiquement particulièrement réprimées dans les différents pays où elle est présent, par exemple en Turquie), par la gestion politique sous forme de conseils démocratiques à l’échelle des quartiers et des villes, et par leur défense par les YPG (unités de défense du peuple). La lutte de libération nationale progresse donc incontestablement. Bien sûr, le mouvement s’est rapidement heurté aux bandes de l’ASL, particulièrement aux jihadistes voyant d’un très mauvais œil la mise en place de conseils démocratiques et l’émancipation des femmes dans des zones libérées. De plus les Turcs qui arment également l’ASL ont peur d’une contagion au Kurdistan turc, suite aux offensives menées par le PKK cette année. Des combats violents ont donc eu lieu dernièrement, mais un accord a finalement été trouvé, permettant de gagner du temps.

Les apports politiques de cette lutte doivent pourtant être analysés au regard des (maigres) informations dont nous disposons. La libération d’une partie du Kurdistan syrien s’accompagne d’effets positifs incontestables. Les premiers concernent les femme. Le féminisme est profondément ancré dans la lutte politique kurde, et on a ainsi vu se créer des unités combattantes exclusivement féminines, qui représentent un grand espoir face aux crimes réactionnaires des jihadistes. Il faut également évoquer la gestion du pouvoir politique partagée par les différentes communautés – arabes, chrétiens, kurdes… Cela permet de rompre localement avec le discours de la propagande baasiste disant que si Bachar tombe, les communautés de Syrie vont s’entretuer: une alternative est possible et existe.

Pour autant, il ne faut pas oublier que sous ses aspects de révolution populaire, le mouvement kurde souffre d’un programme politique limité dans son idéologie, qui a accepté depuis des décennies une certaine conception social-démocrate de l’économie et d « pouvoir populaire ». Il faut donc rester lucides sur le bilan mitigé à tirer de ces expériences. Bien que l’étoile rouge des combattant-e-s kurdes inspire aujourd’hui de grands espoirs, on verra demain si on assiste véritablement à un dépassement « par la gauche » du PYD avec des bases de démocratie directe, ou si le Kurdistan syrien connaitra un scénario à l’irakienne, avec une lutte volée par une bourgeoisie nationale compradore ne donnant aucun espoir de libération.

Sébastien

 

Repris sur Feu de prairie

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 11:58

Le microcosme de l'extreme droite évolue constamment. Pour connaitre son ennemi voici une infographie de Reflexes sur les fafillons mise à jour...

 

À quoi ressemble l’extrême droite aujourd’hui ? Quelle est la place du Front national ? Combien de groupes y a-t-il à sa marge, et que représentent-ils vraiment ? Pas si facile aujourd’hui de répondre. Face à une extrême droite en perpétuelle évolution, cherchant de plus en plus souvent à brouiller les cartes pour mieux se refaire une virginité et apparaître plus forte qu’elle ne l’est, il vaut mieux connaître les histoires, les alliances et les positionnements de ces différents mouvements pour mieux anticiper leurs actions et leurs politiques. Le schéma ci-dessus permet d’y voir plus clair.

JPEG - 162.8 ko

En ce début d’année 2013 l’extrême droite française reste toujours extrêmement morcelée. Cela peut s’expliquer par des divergences idéologiques (bien que les alliances contre-nature continuent d’exister), mais également des querelles de personnes. Les rapports de force entre ces différents groupuscules se modifient régulièrement et peuvent être très rapides. Après avoir longtemps dominé par son activisme l’extrême droite radicale (comprendre tout ce qui se trouvait en dehors du FN), les Identitaires, faute d’avoir su faire évoluer leur stratégie et leur fonctionnement groupusculaire en mouvement structuré et adulte, ont petit à petit perdu du terrain face à de nouveaux groupes. On peut penser en particulier à Troisième Voie et aux Jeunesses Nationalistes (la branche « jeune » de l’Œuvre Française), qui en misant également sur l’activisme et la rue pour se faire connaître, ont de leur côté opté pour un nationalisme plus traditionnel.

S’il y a encore un an Troisième Voie et Serge Ayoub semblaient les mieux armés pour concurrencer et dépasser les Identitaires sur le terrain de l’activisme et du nombre de militants, ils ont depuis été dépassé par les Jeunesses Nationalistes d’Alexandre Gabriac. Profitant des différentes crises qu’ont connu TV et les Identitaires pour récupérer ici et là des militants égarés, voire des sections entières, les JN ont également mis la main sur le GUD Lyon et Paris, devenant ainsi en moins d’un an une structure implantée dans les principales villes de France.

À travers cet organigramme, qui ne peut qu’être éphémère, nous avons tenté de dresser le bilan de cette extrême droite, en terme d’alliance et de positionnement, afin de permettre à chacun(e) de s’y retrouver. Les présidentielles de 2012 ont quelque peu perturbé ce milieu, le principal perdant de l’histoire étant les Identitaires, qui après avoir renoncé à présenter un candidat, n’ont pas su adopter au niveau national et faire accepter une ligne de conduite claire vis-à-vis du Front National. Les Identitaires ressortent de cette période avec une scission, un Philippe Vardon qui joue de plus en plus la carte de son avenir personnel et un Fabrice Robert qui tentent de maintenir à flot un navire qui prend de plus en plus l’eau.

Du côté de l’extrême droite institutionnelle, nous avons associé au FN la mouvance souverainiste qui revient sur le devant de la scène comme force d’appoint du parti de Marine Le Pen, ainsi que les différentes tendances « radicales » de l’UMP (la Droite populaire ayant ouvert la voie). Reste à voir quelle sera l’attitude sur le moyen et long terme de ces différentes tendances à l’égard du Front national : mais dans le discours, tous les verrous ont déjà sauté. Par ailleurs, le cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie nous donne l’occasion d’intégrer au schéma un réseau peu connu et pourtant un des plus anciens et mieux organisés de l’extrême droite, celui des nostalgiques de l’Algérie française.

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 12:54

hugo-chavez-etait-une-icone.jpgVoici un article de Zones subversives sur le Venezuela Chaviste. Si c'est peut être moins pire que les autres pays d'Amérique Latine, ce n'est pas pour autant la Révolution ou le socialisme comme certains semblent le croire...

 

Le régime de Chavez semble méconnu. La révolution bolivarienne s’apparente moins à un socialisme du XXIème siècle qu’à une bureaucratie spectaculaire marchande.

   

La mort de Chavez fournit une occasion pour se pencher sur la mascarade de la révolution bolivarienne. Le Venezuela de Chavez déclenche les foudres de la bourgeoisie mais aussi l’engouement d’une fraction de la gauche antilibérale et altermondialiste. Chavez, en bon bureaucrate, maintien l’illusion d’une opposition au libéralisme alors qu’il incarne, non pas un « socialisme du XXIème siècle », mais une nouvelle version du capitalisme d’État. Contre les délires véhiculés par Mélenchon, Noam Chomsky ou Le Monde Diplomatique, Rafael Uzcategui restitue la réalité historique et développe une analyse libertaire du régime de Chavez. Son livre informé, avec de précieuses mises en perspectives historiques, est publié aux éditions Spartacus dont le catalogue comprend de nombreux ouvrages consacrées à la critique de l’URSS d’un point de vue marxiste et révolutionnaire. Rafael Uzcategui se rattache au mouvement anarchiste, mais son livre contribue surtout à démolir l’imposture du Venezuela de Chavez comme « socialisme du XXIème siècle ».

 

 

                          Hugo Chavez brandit un livre de Nomam Chomsky à la tribune des Nations-Unies à New York le 20 septembre 2006.

 

Un néolibéralisme bureaucratique

 

La description de la vie quotidienne au Venezuela révèle une violence particulièrement dure. La délinquance, la police corrompue, le système judiciaire et carcéral provoquent de nombreux morts.

La situation sociale semble également difficile au Venezuela. Le gouvernement maquille les chiffres du chômage avec l’emploi public et l’importance de l’économie informelle. De plus, l’inflation demeure forte et affaiblit le niveau de vie de l’ensemble de la population.

Chavez, malgré des syndicats peu combatifs, crée une nouvelle structure, l’Union nationale des travailleurs (UNT), qui défend davantage le gouvernement que les intérêts des salariés. Pour le régime, qui tente de contrôler le mouvement ouvrier, les syndicats doivent être inféodés au parti du pouvoir. Les conditions de travail restent particulièrement difficiles et le gouvernement s’attache à briser les grèves et à réprimer toute forme de lutte.

Les politiques sociales de Chavez s’inscrivent dans la tradition populiste, clientéliste et paternaliste du Venezuela. Depuis les années 1950, l’accés à l’éducation, à la santé et au logement s’améliorent. Mais les inégalités sociales ne cessent de croître. Chavez engage des « missions » en 2002, pour gagner en popularité. Si il améliore le conditions d’éducation, sa politique en matière de logement et de santé sapent les services publics déjà existants.

 

Du Figaro au Monde Diplomatique, de Chomsky à Bernard Henri Lévy, tous répandent les mêmes mensonges déconcertants: le Venezuela de Chavez serait anticapitaliste et socialiste. En réalité, l’économie du Venezuela demeure évidemment capitalisme. Mieux, la politique de Chavez consiste surtout à intégrer violemment le Venezuela dans la mondialisation néolibérale.

L’économie du Venezuela repose sur sa rente pétrolière. Mais ses ressources naturelles sont gérées par des entreprises mixtes, avec la participation du capital privé aux côtés de l’État. Malgré sa logorrhée anticapitaliste la politique économique de Chavez, qui repose sur le pétrole, se conforme à l’idéologie néolibérale. Les désaccords du caudillo avec son rival colombien Uribe disparaissent pour favoriser l’implantation de la multinationale Chevron au Venezuela. La bureaucratie bolivarienne impose un modèle de développement économique capitaliste fondée sur la croissance, au détriment de l’environnement et de la qualité de vie. Pour Rafael Uzcategui, Chavez, avec son folklore altermondialiste semble le mieux placé pour imposer sans la moindre opposition des réformes de structures néolibérales pour adapter le Vénézuela à la mondialisation.

 

 

 

                 

 

L’encadrement des mouvements sociaux

 

La contestation des politiques libérales en Amérique latine passe par des mouvements spontanés des masses qui descendent dans la rue, mais aussi par un « virage à gauche » de l’électorat. Parmi les nouveaux gouvernement de gauche, les sociaux-démocrates se distinguent des populistes. Les sociaux démocrates proviennent de partis issus du mouvement ouvrier et semblent respectueux de la démocratie parlementaire. Les populistes développent une phraséologie plus révolutionnaire pour tenter de lier les mouvements sociaux à l’État. Le populisme, auquel se rattache le régime de Chavez, s’appuie sur une forte personnalité, nie les antagonismes de classes, développe un discours anti-élite et des politiques sociales clientélistes. Le populisme bolivarien s’inscrit dans une tradition historique, incarnée par le régime dirigé par le parti Action Démocratique (AD) de 1945 à 1948. Ce populisme tente de construire une identité nationale et s’appuie sur l’anti-impérialisme supposé de Simon Bolivar. Les forces armées doivent garantir la stabilité des institutions, l’ordre et la discipline. Le régime de Chavez cultive le folklore et la symbolique militaire. L’exercice du pouvoir devient alors le seul mode de transformation sociale.

Mais, au contraire, la révolution ne peut provenir que des luttes et des mouvements sociaux. Le but suprême de l’État demeure sa propre perpétuation. L’individu doit se soumettre à un supposé intérêt général, ou « bonheur public », qui s’attache à sauvegarder les intérêts des classes dominantes. Les partis politiques privilégient la lutte pour prendre le pouvoir, y compris en allant à l’encontre de leurs principes affichés. L’autonomie des mouvements sociaux détermine leur combativité et leur capacité à créer leurs propres règles. L’autonomie « signifie que les gens décident de la manière la plus démocratique possible de tous les aspects de leur vie quotidienne, que ce soit le travail, l’utilisation du temps libre, la façon de se nourrir, etc » souligne Rafael Uzcategui. Les partis et les organisations, hiérarchisés et centralisés, ne sont plus nécessaire pour mener la révolution selon les partisans de l’autonomie des luttes. « L’autonomie sociale ne peut être séparée de l’autonomie individuelle. Une révolution se met en route quand la population forme ses propres organisations autonomes, quand elle décide de ses propres règles et de ses propres formes d’organisation. Et la révolution prend fin quand ses organisations autonomes sont domestiquées, asservies ou réduites à un rôle décoratif » précise Rafael Uzcategui qui se réfère à la réflexion de Raul Zibechi.

Dans les années 1970, après la période de la lutte armée, les mouvements sociaux demeurent encadrés par les partis et les syndicats. Surtout, les gouvernements peuvent satisfaire rapidement les revendications en raison de la prospérité économique et de la manne pétrolière. A partir des années 1980, les luttes sociales se radicalisent jusqu’en 1989, avec le mouvement de base du Caracazo. Pourtant, malgré la diffusion d’une contre-culture, la réflexion sur les expériences historiques et sur un projet de société demeurent absentes. Les revendications des mouvements sociaux semblent également peu connues. Des partis tentent donc de récupérer ses luttes pour remporter des élections.

 

Lorsque Chavez arrive au pouvoir, il tente de canaliser l’influence des mouvements de contestation. Dès 1999, il organise des élections constituantes pour légitimer et consolider son nouveau pouvoir. Le régime tente de récupérer les mouvements sociaux, désigne ses bureaucrates pour les intégrer à l’Etat. Les mouvements de lutte ne sont plus simplement coordonnés mais entièrement soumis à la tutelle du nouveau régime, avec leurs revendications mollassonnes avalisées par le pouvoir.

Des structures sont créées pour encadrer la population. Les cercles bolivariens permettent de canaliser les revendications sociales et d’intégrer la contestation à l’État. Les conseils communaux incitent la population à collaborer avec le parti du régime et avec la police pour combattre la criminalité et la subversion, pour garantir l’ordre et la sécurité.

Le développement des coopératives renforce l’exploitation par le travail pour favoriser la précarité et saper les avantages du salariat comme la protection sociale. Les quelques  coopératives qui fonctionnent et qui demeurent réellement indépendantes par rapport à l’État ont été créées avant l’arrivée de Chavez au pouvoir.

 

Guy Debord, proche des communistes conseillistes, développe la notion de spectacle notamment pour décrire le régime bolchevique en URSS qui revêt les attributs pseudo-révolutionnaires. La révolution bolivarienne s’apparente également à spectacle qui suscite l’enthousiasme des altermondialistes davantage préoccupés par les grands discours idéologiques que par la vie quotidienne. « La séparation entre la classe dominante et les dirigés, l’accumulation progressive du pouvoir par une seule personne se consolident derrière un langage spectaculaire, le geste « irrévérencieux » prémédité et capté par les caméras, le bon mot, lors un sommet présidentiel, immortalisé sur YouTube » décrit Rafael Uzcategui.

Mais les gouvernements de gauche permettent surtout de rendre invisibles puis de réprimer les luttes sociales. En Amérique latine, les gauches au pouvoir permettent d’imposer les politiques libérales avec moins de remous.

 

Source: Rafael Uzcategui, Venezuela: révolution ou spectacle ? Une critique anarchiste du gouvernement bolivarien, Spartacus, 2011

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 09:55

64170_113863348802778_1717854207_n.jpgVoici le communiqué d'habitants de la Paillade qui refusent d'être expulsés sans proposition de relogement d'une tour qui en plus de ça est vétuste...

 

Depuis juin 2012 les habitants de la tour d'Alembert, Tritons, Hauts de massane / Montpellier, se sont groupés en collectif pour se défendre contre l'ACM, Agence de Constructions de Montpellier, chapeauté par l’Agglomération et la Mairie de Montpellier.

  • Construites en 1968, les cinq Tours des Tritons des Hauts de Massane à la Paillade, se sont dégradées d'années en années faute d'entretien du bailleur ACM.
  • En 2001 commence un vaste programme de démolitions qui aboutit en 2013 à une bévue pour les politiques, une situation dramatique pour nous, locataires de la dernière la tour habitée.
  • Le programme de Rénovation Urbaine (PRU) n'a pas inclus la tour D'Alembert dans son calendrier. Aucun relogement des habitants n'est prévu, ni grand travaux de rénovation pour la tour d'Alembert ! Par contre nous devrons subir le chantier de démolition de la tour Cambon (de 17m distante) !!

Notre quotidien : de graves problèmes d’ascenseur, coupures d'eau, etc..., balcons et murs qui s'effritent !!! Des femmes enceintes, des vieux, des malades, des infirmes, des familles vivent et meurent dans cet enfer sans la moindre considération du bailleur.ni des responsables politiques.

 

 

Face à cette indifférence généralisée et cette prise d'otage dans un quartier laissé à l'abandon. Nous exigeons :

  •  
    1. Le respect de nos droits de locataires à vivre dans un logement décent en toute sécurité.
    2.  Le relogement des familles avant la destruction de la tour Cambon 
    3.  Un relogement dans des conditions similaires à celle du Programme de Rénovation Urbaine dont ont pu bénéficié les locataires des autres tours des Tritons. 
    4.  La mise en place d'une médiation pour débloquer la situation.

 

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 11:44

melenchon.jpgLa ré-industrialisation fait l’unanimité en France, du PCF à l’extrême-droite. Tous ont adhéré au discours productiviste.  Même les « partenaires sociaux » comme on les appelle si tendrement, s’y collent. Évidemment, chacun définit le terme à sa manière. Mais bon, ça part du même sentiment! Pour une fois que tout le monde est d’accord… C’est pourquoi nous lançons une série d’articles sur la question, visant a mener une critique radicale de ce prétendu « remède miracle » à la crise.

Nous continuons de décortiquer la notion d’industrialisation, avec la suite de l’article précédent: l’intervention de l’État pour industrialiser, c’est de droite ou de gauche ?

Le capitalisme, traversé par des crises de plus en plus violentes, a été profondément remué par celle de 1929.

La réponse a cette crise a surtout été d’administrer le système capitaliste sur le modèle de l’économie de guerre permanente, en temps de paix.

Le but était simple : relancer artificiellement l’économie par un endettement, le tout géré par un Etat qui réinvestit dans l’industrie avec l’argent de la valeur à venir, en se disant qu’il y aura des jours meilleurs. On vous l’a expliqué dans une notion. On en remet quand même une couche, et tout d’abord la parole à Keynes lui-même:

 

« L’activité, de quelque nature que ce soit est le seul moyen de faire à nouveau tourner les rouages du progrès économique et de la création de richesses. (…) Il y a quelques jours, j’ai lu que l’on proposait de tracer une grande route nouvelle, un large boulevard parallèle au Strand et reliant directement Westminster à la City. Voilà tout juste la bonne sorte d’idées ! Mais je souhaiterais quelque chose de plus grand encore. Pourquoi ne pas raser tout le sud de Londres (…) (pour construire une ville nouvelle). Cela donnerait-il du travail aux chômeurs ? Bien sûr, voyons. » (Essais sur la monnaie et l’économie, p.54)

gauche ou droite du capitalisme USA des années 30: le New deal, qui fait encore rêver aujourd’hui nos économistes de gôche.

Alors qu’est ce que c’est, le New deal?
La première partie du New Deal, en 1933, c’est des mesures d’urgence : en gros l’état intervient en créant du boulot dans la ville comme dans les campagnes, et surtout en aidant à la réouverture des banques, à éviter la banqueroute des assurances… Comme d’hab quoi.
Pour sauver les banques, il dérégule le dollar et fait baisser les taux d’intérêts de la FED : plus de cash empruntable et rediffusable chez les acquéreurs : les banques, les assurances.
Pourquoi l’état intervient aussi pour les chômeurs ? Parce que les patrons n’arrivent pas à le faire, parce que depuis belle lurette on a compris que la main invisible d’Adam Smith s’était mis les doigts dans l’œil. Enfin…si, l’économie pourrait « peut-être » se relancer, mais non seulement ce « peut-être » ne suffit pas à nos patrons, mais surtout, en attendant les gens crèvent de faim. Et les pauvres, quand ça a faim, ça risque de finir un beau jour par bouffer du patron.
Comme dans tous les pays en « reconstruction », il s’agit de mettre les gens au travail : ce sont les WPA, travaux publics de construction de ponts, d’autoroutes… Ça coûte presque rien, ça crée des infrastructures gratuites pour les entreprises et ça relance artificiellement l’économie. A condition que ça dure pas trop longtemps, bien sûr.
Alors après ces mesures de relance du travail et des grandes entreprises, dans la deuxième partie de son mandat, Roosevelt a mis en place des mesures qu’on appelle encore aujourd’hui de l’ « État social » : la Sécu, un nouveau système de retraites, des agences d’emploi et surtout la reconnaissance comme interlocuteur officiel des syndicats, qui deviennent des « partenaires sociaux ».
Par cela, les syndicats s’intègrent complètement aux entreprises, devenant de vrais pouvoirs de cogestion. C’était devenu une nécessité, tant les luttes ouvrières dans les années 30 sont incontrôlables aux USA. La plus emblématique fut sans doute le fameux Flint Sit-Down Strike, grève de General Motors en 1936, dont vous parle Michael Moore dans son meilleur docu, Roger et Moi. Mais on peut vous renvoyer à Howard Zinn (une histoire populaire des Etats Unis).
Reste qu’à l’entrée de la Guerre, en 1941, il y a encore 6 millions de chômeurs aux USA, et il faudra une « bonne guerre », comme on dit, pour que tout reparte comme en 40…

Allemagne 1930-40 ou la ré-industrialisation de « droite »

Le pays qui était parmi les plus dans la merde à cette époque, c’était l’Allemagne. La situation était tendue, le patronat se sentait pas bien : il lui fallait un sauveur. Ce fut Adolf Hitler. Lui a appliqué la phrase de Keynes à la lettre ; il a même voulu raser Berlin et essayé de créer une nouvelle ville, « Germania ». Et il a construit les premières autoroutes d’Europe, plein de nouveaux bâtiments…Enfin, il les a fait construire par les prolos. C’est ce qu’on a appelé la « politique des grands travaux » : tout le monde au boulot gratuit, ou avec des salaires d’État, ils ont créé des emplois à la con ou de flics, et tout ça en faisant tourner la planche à billet, donc via l’inflation.

Parallèlement, les nazis ont lancé l’économie de guerre. Tous les budgets sur les besoins de la population prenaient en compte l’armement et la préparation militaire, au point que le budget de l’armée représentait 18% du budget total.
Résultat : plein emploi en 1939, pouvoir d’achat en berne, mais bon, au moins, les gens crevaient pas de faim, et surtout les profits repartent..

En France, après la guerre, on avait fait partir les méchants, on pouvait encore mieux exploiter les gens.

Avant aussi ? Ah oui, c’est vrai. En 1945, l’Europe est en cendres, il y a eu 50 millions de morts, et la guerre a permis de détruire suffisamment de capital, d’infrastructures, etc. pour qu’on puisse redémarrer sur une économie « saine ».
C’est alors que le CNR (Conseil National de la Résistance) met en place les services publics, dans des secteurs où le privé n’avait pas les moyens d’investir. En gros, l’État a relancé le capitalisme, parce que ça aurait pris trop de temps si c’était le patronat qui s’en était occupé. Après, bien sûr, on pourra toujours dire que l’État est une institution neutre.

panneau de signal3

Beaucoup de gens disent que les salaires ont augmenté durant les 30 glorieuses. C’est vrai. Mais pas exactement autant que la productivité, du coup, les capitalistes avaient toujours un coup d’avance… Jusqu’à ce que ça coince. Ce sera le sujet d’une prochaine notion: la restructuration.

Bien entendu, ce programme du CNR n’aurait été qu’une feuille de papier si des investisseurs avaient pas débarqué d’un coup. Et là, paf, le Plan Marshall apparaît : les ricains arrosent tout le monde pour reconstruire. En revanche, désormais, la « supermonnaie », c’est le dollar (on en parlera dans une notion, allez voir not’BD en attendant).

Ce qu’on peut tirer de ce bref retour en arrière, c’est que les programmes de réindustrialisation ont été engagés selon les nécessité du capitalisme: pour le sortir de la merde en situation de crise. Et que dans tout les cas, mise au travail signifie mise au pas.  Bizarrement ces discours réapparaissent avec la crise actuelle…

A suivre…

 

Repris sur Tantqui.net

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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 11:53

 

AUTOGESTION AFFICHE

 

Réunion Publique sur le thème "Histoire et actualité de l'augestion" organisée par Alternative Libertaire 34. Le débat sera l'occaion de parler de l'autogestion au travers d'expériences historiques révolutionnaires, mais aussi d'enjeux actuels de cette pratique. Le débat sera accompagné d'une brochure sur ce thème.

Le jeudi 21 mars à 19h au Full G, 5 rue des écoles laiques. Arret de tram Louis Blanc

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 14:42

 Les violences des salariés de Goodyear contre la police ont défrayé la chronique. Sont-il des voyous qui ne respectent pas le cadre républicain ou tout simplement ont-il raison de ne pas se laisser faire par la police?

 

 


Le rituel est connu : dès que les opprimé-e-s se révoltent, ils et elles sont qualifiés d' « extrémistes » de « violents » et sont infantilisés par des journalistes. Les patrons voyous, les flics ripoux, les hommes ou femmes politiques corrompus n'ont pas droit au même traitement médiatique, loin de là !


Le 7 mars avait lieu une manifestation des salarié-e-s de l'usine Goodyear d'Amiens au siège de l'entreprise à Rueil-Malmaison, où se tenait un comité central d'entreprise sur l'avenir des 1 173 emplois concernés. Cela fait maintenant près de six ans  que ces salariés vivent sous la menace d’une fermeture du site, ballotés par des promesses de reprise. Pression sur l'emploi, dégradations des conditions de travail, stress, sont leur lot quotidien.



La manifestation s'est rapidement transformée en affrontement avec la police qui a donné du tonfa, du flash-ball et du gaz lacrymogène. S’est ensuivi un déchaînement médiatique contre les syndicalistes de l'usine. Nombre de journalistes ont affiché leur mépris de classe. Le soir même, sur RTL, l’inénarrable Marc-Olivier Fogiel, sommait Mickaël Wamen, de la CGT de « condamner » cette violence. Peu avant, c’était Pascale Clark qui l’étrillait sur France Inter
, qualifiant le comportement ouvrier de « belliqueux ». Cette attitude servile n'est pas sans rappeler celle de David Pujadas, qui avait rappelé à la loi Xavier Mathieu, militant CGT de l'usine Continental dans son journal télévisé.


Pourtant la colère des Goodyear est légitime. Comme est légitime la colère des milliers de personnes licenciées chaque mois, [alors que les profits des grandes entreprises restent mirobolants.
La violence c'est celle de ces patrons de leurs actionnaires qui jettent les gens dans la misère après avoir profité de leur travail jusqu'au bout. La violence c'est celle de la police toujours là pour défendre les riches et celle de la justice toujours là pour condamner les révoltés. Cette violence c'est la violence du capitalisme.


Que fait le gouvernement « socialiste » face à cette violence ? Rien de plus, rien de moins que Sarkozy et sa clique. Goodyear, ArcelorMittal, Sanofi, PSA, Virgin : la stratégie est la même. On fait un peu d'agitation devant les caméras [pour la communication gouvernementale,
puis on savonne la planche aux salarié-e-s en lutte, et s’ils s’obstinent, on leur envoie les CRS, et on traîne les syndicalistes en justice.


Suite à la manifestation du 7 mars, la réaction du gouvernement a été de condamner les ouvrières et les ouvriers de Goodyear. Sur RMC et BFM-TV, le secrétaire du parti au pouvoir Harlem Désir, a déclaré sur un ton compassé « comprendre » leur réaction, mais « condamner les violences ». Pire le premier flic de France, Manuel Valls, a déclaré, entre deux coups de menton, que la justice serait saisie.


Les ouvrières et les ouvriers de Goodyear ont raison !

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