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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 11:44

171---MANIFESTATION-CONTRE-LE-REARMEMENT-ALLEMAND_Photos_17.jpgVoici un article sur ceux qui ont tenté, lors de la création du Parti communiste français de résister à la Stalinisation et d'en faire autre chose.

 

Il fut l’un de ceux qui tentèrent de s’opposer à la bolchévisation du tout jeune Parti communiste français. Las, il a perdu, impuissant à faire échec à l’écrasant alignement des idéaux révolutionnaires sur les intérêts de l’État russe. Un ouvrage récent revient heureusement sur le beau combat de Fernand Loriot, rendant hommage à son acuité et à sa clairvoyance.

 

 

Les années 1924-25 furent, en France, particulièrement fécondes pour le débat politique au sein du jeune Parti communiste. L’acceptation des 21 conditions d’adhésion à l’Internationale1 a, en particulier, suscité de vives discussions et soulevé d’importantes questions théoriques.

Début 1925, avant que la référence à Trotski ne s’impose, une tendance opposée à la bolchevisation s’organisa dans le parti. Le 18 août 1925, lorsqu’une délégation d’oppositionnels fut reçue devant le Comité central pour exposer ses vues et affirmer son soutien à Souvarine, Monatte, Rosmer et autres - précédemment exclus « comme ennemis du parti » -, le sort du courant était déjà scellé. À peine avaient-ils quitté les lieux qu’un des membres influents du Comité central, s’adressa à ses pairs : « Par quel acide allons-nous traiter ces gens-là ? » Il s’agissait de Jacques Doriot, un des dirigeants qui passera, quelques années plus tard, du socialisme national au national socialisme.

Pour les oppositionnels de l’époque, l’acceptation des 21 conditions ouvrait la porte à une transformation profonde de la nature du parti. « Au nom de la bolchevisation, on prétend imposer au Parti français l’imitation mécanique et servile du Parti russe. On a banni toute liberté de pensée et d’expression, toute critique, toute initiative. »2 C’en était fini d’ « un parti révolutionnaire [qui] doit d’abord être un parti qui pense, un parti formé d’hommes conscients intellectuellement et moralement  »3.

Fernand Loriot (1870-1932) fut celui qui, le 18 août 1925, défendit les thèses des oppositionnels devant le Comité central. Aujourd’hui pratiquement oublié, Loriot fut pourtant un membre de premier plan au sein de la gauche de la SFIO et un proche des syndicalistes révolutionnaires. Internationaliste partisan de Zimmerwald, il resta, pendant la Première Guerre mondiale, pacifiste révolutionnaire - « celui qui sauva l’honneur du socialisme français pendant la guerre (1914-18)  » dira plus tard de lui Souvarine. Mais, surtout, Loriot a été le rédacteur de la motion de rupture avec la SFIO, lors du Congrès de Tours de décembre 1920. Sympathisant actif de la révolution russe dès la première heure, il fut, de fait, un des fondateurs du Parti communiste, personnage respecté et apprécié de Lénine et autres chefs bolcheviques. Ayant rejoint très tôt le courant qui s’opposait à la bolchevisation du parti, voici, comment Loriot s’exprimait sur la question de l’organisation : « L’idéologie révolutionnaire n’est pas fondée sur le dogme ; et la discipline des partis ne saurait être un mode d’asservissement de la conscience. »4 Lors du IVe congrès de 1925, il insistait : «  La bolchevisation des partis se traduit dans la pratique par la création d’un appareil formidable de dictature sur le parti […]. On arrive ainsi, qu’on le veuille ou non, à créer une sorte de bureaucratisme terrible et étendu, le même bureaucratisme que dans le parti russe.  »5

On voit bien qu’il y avait, dans ce débat, plus qu’un affrontement entre deux conceptions de l’organisation. Les questions d’organisation recouvrent toujours des questions politiques fondamentales. Pour Loriot et ses amis, était en jeu une conception du mouvement communiste. Avec l’acceptation des 21 conditions, on passait, selon eux, d’un parti de Communistes à un parti communiste encadrant des militants asservis à une ligne politique, décidée au sommet selon les intérêts de l’Internationale tenue par Moscou. Une organisation bureaucratique remplaçait une organisation vivante. S’ensuivrait l’impossibilité de mener une lutte pour le renversement de l’ordre social, de participer à la refondation de la société sur des bases anti-capitalistes. Le parti communiste allait devenir un parti agissant dans le cadre politique national, articulant les luttes et revendications des travailleurs français avec les intérêts de l’État russe. La bolchevisation s’accompagnera ainsi de la « nationalisation » du parti communiste, devenu parti communiste français.

Après avoir été isolés par la direction, Loriot et ses amis vont tenter de mener le combat politique en tant que militants au sein des organisations de base du parti. Mais, violemment diffamé par la presse communiste officielle en 1926, Loriot finit par démissionner. Il poursuivra alors modestement son activité politique au sein du cercle restreint qui publiait la revue La Révolution prolétarienne.
Dans un texte daté de 1928, il reviendra sur l’expérience russe. Pour souligner une fois de plus le lien entre forme d’organisation et contenu du socialisme, pour rappeler que dans la lutte pour l’émancipation sociale, les buts et les moyens sont indissociables. « […] L’avenir montrera avec plus d’évidence encore la divergence des intérêts de l’État russe et de la révolution prolétarienne universelle. Il est hors de doute, en effet, que la Russie ne va pas au socialisme. […] L’économie russe se stabilisera peut-être sous les formes d’une sorte de capitalisme d’État gardant de ses origines révolutionnaires certains aspects originaux, mais ses caractéristiques essentielles resteront celles d’une économie capitaliste et non d’une économie socialiste. »6 Bolchevisation, stalinisme et capitalisme d’État sont ainsi perçus comme des stades successifs d’un même processus de reproduction des rapports d’oppression capitaliste.

On connaît l’apport des courants syndicalistes révolutionnaires et anarcho-communistes dans la formation de certains partis communistes (le Parti communiste nord-américain ou le Parti communiste portugais, par exemple). Mais dans le cas de la France, on a en général plutôt tendance à insister sur la filiation/rupture entre le parti communiste et la SFIO. La redécouverte de figures comme celle de Fernand Loriot apporte ainsi un éclairage nouveau sur l’histoire des premières années du Parti communiste français, rappelant l’influence qu’y jouèrent des militants provenant des milieux pacifistes révolutionnaires et syndicalistes révolutionnaires. Ils furent parmi les premiers à percevoir la nature autoritaire de la bolchevisation et ses conséquences. Après leur participation à la conférence de Zimmerwald, qui allait marquer la rupture avec le socialisme patriotique et guerrier, ils avaient gardé le contact avec les révolutionnaires russes et italiens. Mais, sans doute pour des raisons historiques spécifiques à la situation française, Loriot et ses amis restèrent éloignés du mouvement révolutionnaire en Allemagne. Ils semblent ainsi avoir ignoré les doutes de Rosa Luxembourg vis-à-vis de l’autoritarisme bolchevique, être passés à côté des moments forts de la révolution allemande et de l’émergence du courant communiste radical, qui prendra plus tard le communisme de conseils comme référence en opposition au communisme de parti. Cet éloignement pèsera sans doute dans leur faiblesse à s’opposer à la bolchevisation du parti.

Des milliers de pages ont été écrites sur l’histoire du Parti communiste français, sur ses débats et conflits internes. Depuis les variantes officielles, plus ou moins orthodoxes, jusqu’aux courants de l’anti-communisme le plus primaire en passant par une vaste historiographie universitaire. Plus rares sont les ouvrages dédiés à l’étude des dissidences internes, surtout si on laisse de côté celles consacrées plus particulièrement au courant trotskiste. Julien Chuzeville comble ainsi, avec la publication de Fernand Loriot, Le Fondateur oublié du Parti communiste7, une importante lacune. Dans cette étude historique sérieuse, menée en dehors du cadre universitaire, l’auteur reconstruit le parcours politique de ce révolutionnaire atypique. Nonobstant une forme de récit où les riches contradictions de la vie politique de Loriot et de ses compagnons s’effacent parfois derrière le factuel, Julien Chuzeville atteint son but : briser l’oubli s’étant abattu sur ces hommes qui vécurent dans un siècle où triomphèrent toutes les contre-révolutions.

À la lecture de ces pages, on ne peut qu’être frappé par la clairvoyance de ces oppositionnels de la première heure. Lesquels pressentaient sans ambiguïtés l’aboutissement à venir de cette opération autoritaire d’alignement des partis communistes nationaux sur les intérêts du nouvel État russe. L’occasion de vérifier une fois de plus - et à l’encontre d’un certain matérialisme historique déterministe pour lequel les étapes justifient souvent le compromis avec le « réalisme » dominant – que chaque époque est chargée de possibles, ceux qui ouvrent vers l’avenir et ceux qui referment sur un présent se voulant indépassable. Les doutes et les questionnements politiques de Loriot et de ses amis n’ont pas résisté à l’efficacité bolchevique qui enfanta le stalinisme. Mais, en relisant leurs analyses, on se rend compte que les principes qu’ils revendiquaient à l’époque ont été confirmés par le mouvement de l’histoire et qu’ils se révèlent un siècle plus tard d’une étonnante actualité, intégrant toujours le projet d’émancipation sociale

Nous le savons trop bien, l’histoire est toujours celle des vainqueurs. Et c’est pourquoi elle est une histoire morte. Selon la formule incisive de George Orwell, « ceux qui sont maîtres du présent, pourquoi ne seraient-ils pas maîtres du passé ?  »
L’histoire des vaincus est, en réalité, la seule qui compte pour le devenir humain, la seule qui porte les secrets d’un possible délivré de la barbarie, pour peu que les sociétés se réveillent et se mettent en mouvement. Se réapproprier l’expérience de Fernand Loriot et de ses camarades enrichit ainsi notre capacité de s’opposer au présent.

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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 12:38

La-Grece-et-lausterite.pngVoici une article de Zones Subversives qui porte sur les effets à long terme de l'austérité et sur comment la combattre...

 

  La revue Lignes propose une cartographie de l’austérité en Grèce, mais aussi dans d’autres pays d’Europe.

 

La revue Lignes consacre son numéro d’octobre 2012 à la situation en Grèce. Des philosophes et des universitaires peuvent ainsi sortir de leur routine académique pour publier des textes d’interventions politiques. Ce numéro répond à l’appel d’une revue grecque et s’inscrit donc dans une indispensable démarche internationaliste. Surtout, la situation en Grèce, entre austérité et révolte, apparaît comme un laboratoire pour l’Europe. La revue Lignes propose des pistes de réflexion intéressantes pour comprendre les enjeux de l’austérité imposée en Grèce et en Europe. En revanche, la revue Lignes se réduit au carcan de la gauche de gauche. Réformisme, étatisme et aménagement du capital demeurent les seules perspectives proposées.


 

                                couverture de LE DEVENIR GREC DE L'EUROPE NÉOLIBÉRALE

 

L’impasse de l’austérité, mais aussi du réformisme

 

L’appel international « Sauvons le peuple grec de ses sauveurs » plante le décor. « Il s’agit surtout de faire de la Grèce, avec la collaboration active de sa propre classe dirigeante, le laboratoire d’un changement social qui, dans un deuxième temps, se généralisera à toute l’Europe », observe l’appel. Malgré ce constat lucide, le texte reprend toutes les illusions citoyennistes. Le néolibéralisme, avec la finance, est considéré comme un simple excès du capitalisme qu’il s’agit d’aménager. La propriété privée des moyens de production, fondement des inégalités sociales, n’est pas remise en cause. Ensuite, l’autoritarisme est considéré comme une dérive et non comme le fondement des États et des démocraties représentatives. Le texte ose même invoquer une "souveraineté populaire" bien illusoire. Mais le durcissement libéral et autoritaire n’est qu’un moyen pour maintenir l’ordre dans un contexte de révolte sociale. Cette politique s’apparente à une « guerre conduite par les moyens de la finance, de la politique, et du droit une guerre de classe contre la société entière », reconnaît le texte. Cet appel doit surtout permettre une expression en dehors des institutions. « Il ne faut pas laisser le monopole de la parole aux experts et aux politiciens », ose même le texte. Même si Attac, Syriza, le Front de gauche ou les diverses bureaucraties de la gauche institutionnelle ne sont malheureusement pas visés. La proposition politique issue de ce texte semble grotesque. « Pour nous, voici ce que nous proposons: aller très vite vers la formation d’un comité européen des intellectuels et des artistes pour la solidarité avec le peuple grec qui résiste », appelle le texte. Au contraire, la possibilité de changement ne peut provenir que des exploités eux-mêmes pour radicaliser et généraliser la révolte qui émerge en Grèce. Les professionnels de l'art spectacle et de la supposée intelligence ne sont d'aucun recours. 

 

Claude Calame, dans son article « Les marchés financier et la politique… », reprend la nullité de la pensée altermondialiste. Il dénonce les marchés financiers mais jamais les patrons, et encore moins le capitalisme avec sa logique fondée sur la marchandise. Mais Claude Calame évoque le rôle de l‘Union européenne, et plus timidement celui des États, dans la mise en œuvre des politiques libérales. La recette est toujours la même : diminution des dépenses publiques avec démantèlement des services publics, diminution des aides sociales et des salaires des fonctionnaires. Face à l’augmentation du chômage, la réponse devient policière avec l’expulsion des immigrés et la répression de la contestation. Les pauvres sont opposés entre eux par les États pour diviser la population.

Mais les États ont également renfloué les plus riches et préservé les privilèges. Les Jeux olympiques et les dépenses militaires ont creusé le déficit de la Grèce au profit des promoteurs immobiliers et des grandes entreprises.

Claude Calame souligne la négation de l’individu que représente le néolibéralisme. « Entre culture de l’évaluation individuelle et culte du profit égoïste dans la prestation compétitive, le culte de l’individualisme contemporain peut conduire, par le suicide, à la négation même de l’identité fondée sur la liberté individuelle », souligne Claude Calame. De manière moins originale, et beaucoup plus stupide, il défend le gentil État contre le grand méchant marché. « Par les privatisations, les coupes dans les prestations sociales, les dérégulations dans tous les domaines, c’est l’État de droit, avec sa base démocratique, qui est en définitive visé », hallucine Claude Calame. Dans le monde réel, l’État de droit, loin d’être une cible, devient l’instrument principal pour imposer les politiques d’austérité et pour réprimer la révolte.

Puisqu’il n’a pas peur du ridicule Claude Calame propose des « camps de rééducation ». Mais ce néostalinien est beaucoup moins brutal quand il s’agit de s’attaquer au capitalisme. Il propose d’introduire « des limitations extrêmement strictes à la propriété privé du sol et des moyens de productions », le tout encadré par des « institutions démocratiques ». Donc cet expert altermondialiste propose de préserver les inégalités sociales et politiques, entre dirigeants et dirigés et entre détenteurs du capital et exploités. Des limites et des régulations doivent encadrer le capitalisme mais la logique marchande devrait être préservée.

 

 

 


 

Des réflexions sur la situation en Grèce et en Europe

 

Alain Badiou souligne les limites de la contestation traditionnelle. Il estime que « les formes d’action que nous connaissons, manifestations, protestations, pétitions, meetings, et finalement élection des partis « de gauche », datent précisément de l’époque impériale antérieure ». Mais le philosophe platonicien continue de réduire le communisme à une « idée », plutôt qu’à des pratiques politiques ou à un projet de société.

Le philosophe Etienne Balibar refuse de figer la Grèce dans une simple position de victime passive. « Le fait qu’on y voit s’y développer également des capacités d’indignation multiformes, et surgir des initiatives politiques qui peuvent trouver un écho dans toute l’Europe a évidemment une très grande signification », souligne Etienne Balibar. Il souligne que les politiques d’austérité imposées à la Grèce creusent les inégalités entre les pays membres de l’Union Européenne. Une technocratie "fédérale" semble désormais contrôler certains États. Mais, en dehors de ce constat, le philosophe se contente de la proposition creuse d’une "Europe des citoyens".

Les analyses et propositions de l’économiste Frédéric Lordon restent clairement dans le cadre d’une économie capitaliste. Il se contente de penser un aménagement de l’Europe.

 

Dimitris Vergetis observe, à travers la Grèce, une nouvelle biopolitique de l’espèce humaine. Il s’appuie sur les réflexions de Michel Foucault. Ce philosophe « pensait que notre époque est celle où s’affirme la prévalence indiscutable des luttes contre la soumission de la subjectivité », explique Dimitris Vergetis. Ses luttes s’attaquent à un ennemi immédiat, pas toujours central, et aux nouvelles formes d’exploitation.

Le bio-pouvoir « a joué un rôle stratégique dans la mise en forme de la domination du capital sur tous les aspects de la vie », explique Dimitris Vergetis. Ce bio-pouvoir aspire à exterminer les existences anormales, qui ne se conforment pas au néolibéralisme. Les chômeurs, les handicapés, les retraités, les immigrés, les malades sont jugés comme non productifs, inutiles et donc coûteux.

 

Savas Michaël Matsas estime que la situation en Grèce peut générer plusieurs attitudes de la part des individus. « Des tendances d’atomisation du « sauve-qui-peut », mais aussi des contre-tendances de résistance sociale, d’auto-organisation collective et de constitution de réseaux de solidarité », peuvent émerger. Avec les émeutes de 2008, une nouvelle génération participe à la lutte en Grèce. Ses jeunes libertaires participent à une « lutte visant à abolir toutes les relations dans lesquelles l’être humain est exploité, opprimé, méprisé, humilié », indique Savas Michaël Matsas. Un vent de colère s’est répandu depuis avec les révoltes dans les pays arabes. Ensuite, le mouvement des Indignés a embrasé des pays occidentaux. A travers ses révoltes, Savas Michaël Matsas observe « l’émergence d’une nouvelle subjectivité ouvrière révolutionnaire ».

 

Enzo Traverso revient sur la situation de l’Italie dirigée par Mario Monti. Après les multiples frasques de Berlusconi, l’arrivée un pouvoir du grisâtre Mario Monti est acclamé. Mais ce terne professeur d’économie impose un véritable état d’exception. Réforme du système de retraite, réforme du code du travail, coupes dans les dépenses publiques, augmentation des impôts, deviennent le refrain lancinant de l’austérité, en Italie comme ailleurs. Pourtant ce pays s’enfonce dans la crise et ne cesse de creuser sa dette. Monti poursuit le berlusconisme et gère l’Italie comme une entreprise. La raison néolibérale perdure avec « le marché comme principe ordonnateur du monde, la compétition comme norme de conduite intériorisée tant par les individus que par l’État », décrit Enzo Traverso. Berlusconi défend surtout ses intérêts personnels tandis que Monti dorlote l’ensemble du patronat.

 

 


              parisfondationhellenique28janvier2013

 

Des perspectives de lutte, entre radicalisation et réformisme

 

Amador Fernandez-Savater évoque la situation en Espagne. Depuis les années 1970, une "culture de transition" s’impose. Ce consensus démocratique permet de débattre de problèmes mineurs ou sociétaux sans évoquer la répartition des richesses et du pouvoir. Le mouvement du 15-M brise ce consensus mou. Le mot d’ordre « Democracia real ya » affirme que ce ne sont pas les politiciens et les capitalistes qui doivent commander, mais le peuple.

Le mouvement du 15-M s’inscrit dans une histoire de lutte récente avec l’opposition à la guerre en Irak en 2003 mais aussi la lutte pour le logement en 2006 avec le collectif V de Vivienda. Ses mouvements semblent spontanés et ne sont pas appelés par des militants. Au contraire, ses luttes regroupent des individus sans expérience politique préalable. Ses individus « ne puisent pas leur force dans un programme ou une idéologie, mais dans une manière sensible et singulière d’être attacher aux choses qui arrivent », souligne Amador Fernandez-Savater.

Le mouvement du 15-M rejette la politique des politiciens qui se contente de gérer l’ordre existant. Ce mouvement exprime « la beauté et la puissance d’être ensemble, prenant collectivement en charge un espace de vie et testant de nouveaux modes de participation commune aux choses communes », décrit Amador Fernandez-Savater. Une pensée collective émerge avec la discussion des décisions et le débat permanent. Surtout, cet espace d’expérimentation politique s’attache à inclure ceux qui ne participent pas encore à son organisation. Ce refus de la séparation et des identités figées alimente la créativité du mouvement.

 

Après l’occupation des places publiques, le mouvement se déplace dans les quartiers. Les actions contre les expulsions de logement impulsent une nouvelle lutte. « Les expulsions de logement sont l’image la plus précise du capitalisme actuel. Déloger, expulser, déposséder, précariser, fragiliser, chasser en exposant aux intempéries et aux incertitudes… », note Amador Fernandez-Savater. Tout le monde peut subir une expulsion et la précarité devient la norme. Mais cette question devient politique à travers un refus de la fatalité. Pourtant, après ce mouvement du 15-M, les assemblées se sont vidées et l’heure est au retour à la normale. La séparation entre la politique et la vie explique ce délitement. « Le personnel se dissocie du collectif lorsque nous ne sommes pas capables d’inventer des liens entre les modes de vie et les modes de lutte. C’est ainsi que le politique se vide et meurt », analyse Amador Fernandez-Savater.

Pourtant, l’aventure collective du 15-M reste imprégnée dans les esprits. Ce mouvement inspire également d’autres luttes. Le capitalisme et la démocratie représentative ne sont plus indéboulonnables. « Le 15-M a créé un nouveau climat social, où d’autres choses deviennent possibles », résume Amador Fernandez-Savater.

 

Elisabeth Gauthier, bureaucrate du Parti communiste français (PCF), propose une autre Europe et surtout un autre capitalisme. Son optique est clairement réformiste. Il s’agit de gérer au mieux les problèmes économiques et sociaux et non pas d’éradiquer leur cause. Mais les réflexions d’Elisabeth Gauthier permettent de nuancer l’idée d’une période insurrectionnelle. A côté des mouvements de lutte qui émergent, l’impuissance, l’angoisse et l’isolement prédominent. En revanche il est impossible de suivre Elisabeth Gauthier lorsqu’elle délire en évoquant une "élection de rupture" avec le score de Syriza, bureaucratie d’extrême gauche, en Grèce. Les politiciens, une fois élus, se conforment toujours à leur rôle de gestionnaire de l’ordre marchand. Elisabeth Gauthier et le Front de gauche proposent « une dynamique politique qui ne se limite pas à l’organisation de la protestation, qui ne se définit pas comme anti-PS ». Effectivement, ce cartel de bureaucrates collabore allègrement avec l’État et le capital puisqu’il foisonne d’élus et d’arrivistes politiciens. Seule la sphère financière du capitalisme est vaguement critiquée. Mais la propriété privée des moyens de production et la logique marchande ne sont évidemment jamais remis en cause par le Front de gauche et les pitreries de Mélenchon. Dans le texte d’Elisabeth Gauthier il n’est plus question d’exploités qui doivent affrontés des exploiteurs mais de "citoyens" qui doivent aider les politiciens et les patrons à refonder la démocratie.

Le Front de gauche et Syriza regroupent les partis de la collaboration de classes. Ils deviennent une imposture et une impasse. Seules les luttes sociales et les révoltes qui embrasent la planète ouvrent des perspectives. Ses mouvements ne doivent plus se contenter de faire pression sur les politiciens, ils doivent les détruire. La contestation sociale doit s’armer d’un projet de société pour construire un monde sans exploitation, domination ou aliénation. L’enjeu devient alors de transformer le monde pour bouleverser tous les aspects de la vie.

 

Source: Revue Lignes n°39, « Le devenir grec de l’Europe néolibérale », octobre 2012

 

Repris sur Zones subversives

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 11:31

greve-grece.JPGLa situation en Grèce n’en finit plus d’empirer.

Un protocole établi lors du 2eme mémorandum prévoit qu’en cas de non signature de conventions collective, les salaires des secteurs concernés soient indexés sur… Le salaire minimum ( moins de 600 euros). Le 14 février prochain, que certains qualifient déjà de jeudi noir pour les salariés ( encore un) plus de 600.000 employés des secteurs importants comme le secteur bancaire, les industries et les compagnies maritimes verront donc leurs salaires baisser d’environ 30% en moyenne.

C’est en réaction a ces nouvelles attaques, et pour la signature de conventions collectives, que les travailleurs des transports, puis les marins ( qui luttaient aussi pour le versement de leur salaire), se sont mis en grève ces dernières semaines. Dans les deux cas, les grèves ont été déclarées illégales, et brisées par les flics. Mercredi matin, la police a occupé le grand port du Pirée pour interdire aux travailleurs d’empêcher les briseurs de grève d’entrer. 

C’est dans ce contexte que les rumeurs vont bon train, d’un possible durcissement des lois contre les grèves. Pour l’instant, le ministre du travail issu de la formation majoritaire Nouvelle Démocratie (ND, droite),  G.Vroutsis tergiverse encore. Il se heurte en effet à l’opposition des deux autres partis de la coalition, le PASOK et de la gauche démocratique (DIMAR). Ceci dit, de fait les grèves sont quasi-interdites en ce moment en Grèce…

Le 20 février prochain, aura lieu une journée de grève générale. Affaire à suivre.

Sur l’ensemble de 2012, l’économie grecque a reculé d’environ 6,5%. En parallèle, l’institut de la statistique grec fait état d’un nouveau record du taux de chômage, à 27% en novembre.

 

Brève reprise sur Tantquil.net

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 11:34

images.jpgVoici le communiqué d'appel à soutien du mensuel CQFD, qui grâce aux réformes scélérates de la presse et la privatisation de Presstalis a des difficultés financières (tout comme le mensuel Alternative Libertaire)...

 

« Il reste 217 dollars dans les caisses de l’État zimbabwéen », annonçait récemment le site d’informations d’un journal de banquier. Voilà qui nous situe à peu près sur l’échelle globalisée de la fortune : CQFD est aussi riche, à quelques dizaines de dollars près, que le trésor public du Zimbabwe. Les sous qui nous restent ne suffiront même pas à payer l’impression du prochain numéro. Si nous vivions dans un monde raisonnable, les Zimbabwéens se la couleraient douce, les banquiers feraient la manche au feu rouge et CQFD triompherait. Mais nous vivons dans un monde déraisonnable où les flibustiers de la presse libre crèvent la gueule ouverte. CQFD, qui ouvre la sienne depuis dix ans, risque bien cette fois de devoir la fermer, et pour de bon.

En mai 2003, quand nous avons lancé notre premier numéro depuis la tanière marseillaise qui nous sert de vaisseau amiral, nous étions raisonnablement convaincus de ne pas faire de vieux os. Notre idée, c’était de faire le journal qu’on avait envie de lire, un journal sans chefs ni patrons, sans comptes à rendre ni bailleurs à cajoler, un canard d’expression directe pour les insoumis chroniques, les passe-frontières têtus, les aventuriers des minima sociaux, les déserteurs du marché salarial, les artistes de la grève, les bricoleurs de solidarités épiques, les réfractaires à l’ordre des choses. Une équipée collective de débrouillards impécunieux mais gourmands d’utopies, une exploration sociale menée au rire et à la sueur contre les vents dominants. Forcément, un tel journal n’était pas fait pour durer. Dix ans plus tard, pourtant, on est toujours là. Certains ont quitté le navire, d’autres sont montés à bord. On a bravé le mal de mer, le scorbut et les requins. On a tangué, on a morflé, on a tenu bon. On a vu du pays, tissé des réseaux, élaboré un savoir-faire, perfectionné l’art de produire un journal exigeant avec des bouts de ficelle et de belles rencontres. Bref, on y a pris goût. C’est vous dire qu’on n’a pas l’intention de lâcher l’affaire.

Mais, pour que l’aventure continue, on a besoin de vous. Et surtout de vos euros ! Oui, amis lecteurs fidèles ou épisodiques, compagnons d’escale ou camarades au long cours, vous avez bien entendu : le sort de CQFD est suspendu à vos poches, aussi dégarnies ou trouées soient-elles – et, peuchère, elles le sont vraisemblablement autant que les nôtres…

Comment une publication aussi rodée à la mouscaille en arrive-t-elle à la pénible extrémité d’appeler ses lecteurs à la rescousse ? Le cri de détresse pour journal sur la paille va-t-il devenir un genre à part, une discipline enseignée dans les écoles de journalisme, avec ses figures de style et ses trémolos savamment dosés ? Pourquoi la « crise de la presse », cette crise d’affairistes vaniteux et pleurnichards, ébranle-t-elle aussi à des degrés divers la quasi-totalité des journaux non marchands, dits « petits » ou « alternatifs », CQFD parmi tant d’autres ?

Il y a plusieurs explications. La première tient à la démobilisation des lecteurs. Depuis notre campagne d’abonnements de 2008, le nombre de nos abonnés n’a cessé de s’effriter, passant de quatre mille à deux mille en cinq ans. Nos ventes en kiosques ont suivi une pente à peine moins rude, avec deux mille exemplaires écoulés aujourd’hui contre trois mille en 2008. Imputable sans doute aux effets cumulés de la lassitude, des fins de mois longues et difficiles et d’une désaffection générale pour la presse papier, cette dégringolade s’avère d’autant plus funeste pour nous que CQFD – encore heureux ! – ne dispose d’aucune ressource publicitaire, capitalistique ou népotique. À la différence d’une feuille moribonde comme Libération, qui peut toujours se blottir dans le giron moelleux d’un Rothschild, biberonner les subventions publiques (2,9 millions d’euros en 20121) ou éditer un sac à pubs en guise de supplément, le mensuel au chien rouge ne peut compter que sur ses lecteurs. Plus précisément : ses lecteurs payants. Car l’audience de CQFD s’étend évidemment bien au-delà de son carré de fidèles solvables, grâce à ses abonnements gratuits pour les détenus et, surtout, à la mise en ligne gracieuse de ses articles sur son site Internet, auprès duquel des foules innombrables viennent avidement s’abreuver chaque mois. Et c’est très bien comme ça. Mais ce serait mieux encore si nos lecteurs sur écran franchissaient le pas jusqu’au kiosque, au bulletin d’abonnement ou à la bibliothèque municipale, au besoin pour exiger haut et fort que CQFD s’y trouve en bonne place, et en plusieurs exemplaires, s’il vous plaît.

La raréfaction des lecteurs « papier » n’a pas qu’une incidence économique. Elle assèche aussi le terreau social dans lequel un journal comme le nôtre puise sa force. C’est parce que ses exemplaires circulent de main en main que CQFD peut multiplier les rencontres stimulantes, obtenir des informations, s’ouvrir des pistes, être là quand ça chauffe, se faire engueuler, trouver de quoi réfléchir, parler, agir, écrire, dessiner, photographier. C’est pour ça qu’on y tient, à notre version papier : pas question de se recroqueviller sur Internet, outil oh combien précieux mais qui dématérialise et finalement dévitalise le rapport d’un journal à sa matière organique. Sans compter que le vacarme des imprimeries et l’odeur du papier, nous, on aime bien.

Seulement le papier coûte cher, de plus en plus cher. L’encre, les rotatives, tous les coûts de fabrication : hors de prix. Et puis, il y a Presstalis. Le géant de la distribution de presse en France, qui taille à grands coups de serpe dans ses effectifs et impose aux kiosquiers des conditions de vente si retorses qu’elles clochardisent littéralement toute une profession. La « crise de la presse » a bon dos. Les ventes s’effondrent, d’accord, mais la faute à qui ? Outre l’indigence de l’immense majorité des publications dont les Unes malodorantes dégueulent au nez du piéton, la stratégie d’étouffement appliquée aux titres à faible tirage rend de moins en moins attractif le détour par le marchand de journaux. Le cas de CQFD est parlant. En vertu d’une politique commerciale consistant à évincer les petits pour donner encore plus de place aux gros, Presstalis « répercute » sur nous une avalanche de frais dont les modes de calcul écœureraient un capo de la mafia new-yorkaise. Il y a deux ans, nos ventes en kiosques nous assuraient une recette astronomique de deux milles euros par mois, de quoi couvrir les frais d’impression du numéro suivant. Aujourd’hui, à volume égal, ces ventes ne nous rapportent plus que six cents euros. Même pour nous, c’est peu. Quand tous les canards indépendants auront été virés du circuit, quand les kiosques auront été remplacés par des boutiques Relay exclusivement dédiées aux programmes télé, aux DVD sous blister, aux cours de la Bourse, au péril islamique, aux régimes minceur et aux éditos de Christophe Barbier, sûr que la presse française aura fait un grand pas vers la « sortie de crise ».

D’autres facteurs concourent à notre débine actuelle. L’affaiblissement temporaire des mobilisations sociales se traduit mécaniquement par une chute des ventes militantes, lesquelles, à d’autres périodes, nous revigoraient en petite monnaie et bons moments. Si on ajoute à cela la suspension des regrettées éditions du Chien rouge et des revenus annexes tirés de la vente de nos livres, la faillite de notre diffuseur en librairies, Court-Circuit (huit mille euros dans la vue), et les coups de mou qui résultent inévitablement d’une pareille série rose, on comprendra que nos coffres sonnent creux.

Pour nous renflouer à un niveau opérationnel, il nous faut réunir cent mille euros (oui, 100 000 euros). Pour relancer la machine, repartir à l’abordage et éditer de nouveaux livres. C’est jouable avec seulement quelques milliers de chèques de cinq, dix, vingt euros... Par ici la monnaie, souquez les euros ! Abonnez-vous si ce n’est déjà fait. Réabonnez-vous si vous hésitez encore. Incitez vos cousins, vos frangines, vos voisins de comptoir et vos compagnons de bordée à faire de même. Nous comptons sur vous. Gros comme une maison que votre élan de solidarité va encore nous saboter notre droit à la paresse pour les dix prochaines années !

L’Équipe de CQFD, le 4 février 2013.

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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 12:52
BagnardWau.jpgEinstein affirmait qu’il est plus facile de briser un atome qu’un préjugé. Malgré la difficulté, quelques chercheurs se sont attaqués à celui selon lequel, dans ce pays, les « assistés » se gavent d’aides sociales. Résultat : quasiment un pauvre sur deux ne réclame rien à l’État !
 


« La politique de lutte contre la fraude [sociale] est portée par un feu roulant de propos stigmatisants. Sans chercher à polémiquer sur leur forme, il faut néanmoins comprendre que ces discours ont pour effet de culpabiliser les ayants droit, entraînant ainsi des non-recours et donc des non-dépenses. » Voilà le constat que l’on trouve dès les premières pages du bouquin L’Envers de la fraude sociale, paru ces jours-ci [1].

Aux commandes de l’ouvrage : un certain Observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore), fondé en 2003 par le politologue Philippe Warin et la sociologue Catherine Chauvaud. Après un quinquennat sarkozyste délirant de surenchère sur ces assistés siphonnant le jus clairet de nos finances publiques, après les « RSA-canapés » du Figaro et le « cancer de la société » de Wauquiez [2], les analyses de l’Odenore tombent à pic pour dévoiler les dommages collatéraux de cette guerre contre les pauvres. Dans la mire des chercheurs, la notion de « non-recours », définie la situation d’une personne éligible à certains droits sociaux, mais qui, pour certaines raisons, n’en bénéficie pas.

« Ce qu’il faut savoir, c’est que tout le monde est en situation de non-recours potentiel, à partir du moment où l’offre publique existe, explique le sociologue Pierre Mazet, membre de l’Odenore. Nous avons décidé de nous intéresser aux populations précaires, car elles sont mécaniquement les plus exposées au non-recours, étant donné que la majorité des droits sociaux sont liés à des conditions de ressources. L’idée à saisir, c’est que plus les conditions de vie, voire de survie, sont difficiles, plus il devient compliqué de demander ses droits. » Les chiffres donnent le tournis : une personne sur deux en droit de toucher le RSA ne le perçoit pas. 1,4 millions de foyers éligibles à la CMU s’assoient sur leur couverture maladie. par Flow {PNG}Alors que le droit au logement opposable table sur une population de 650 000 ménages à couvrir, 280 000 ménages à peine essayent de bénéficier du dispositif. Et les chiffres sont à l’avenant concernant les allocs chômage, les tarifs sociaux de l’énergie, etc.

Conséquences : des économies faramineuses sur les fonds publics. 700 millions d’euros ont ainsi été économisés sur le râble des assurés sociaux au titre de la CMUC ; 5,7 milliards d’euros sur celui des RSAstes [3]. Aux origines d’un tel naufrage des politiques sociales, plusieurs raisons sont invoquées : des dispositifs méconnus du grand public ou des acteurs sociaux – les tarifs sociaux des transports publics, par exemple –, des allocs jugées trop faiblardes, des procédures trop complexes. « Concernant les tarifs de premières nécessité (TPN), EDF passait jusqu’à peu par une boîte privée, Xerox Global Service, qui envoyait un formulaire aux assurés éligibles. Le formulaire est très compliqué, j’ai compté 57 cases à remplir ! », cite en exemple Pierre Mazet.

Il y a une raison beaucoup plus insidieuse qui pousse les gens à bouder leurs prestations sociales : le coût psychologique. « Tout est fait pour que les personnes éligibles à des droits se sentent coupables. à partir du moment où on oblige les gens à demander, on produit un phénomène de honte, de perte de l’estime de soi. On se considère comme pauvre. » Une issue pourrait se dessiner dans l’instauration d’une certaine automatisation des droits ; on pourrait imaginer sans mal qu’un bénéficiaire du RSA ait droit dans la foulée à la CMUC, aux tarifs sociaux de l’énergie, etc., sans qu’aucune démarche de sa part ne soit nécessaire. Si techniquement de tels circuits sont dans l’ordre de la faisabilité, politiquement la musique est toute autre.

« L’automatisation des droits ne fait pas débat en France, explique Pierre Mazet. Pourtant elle aboutirait à une plus grande distribution des droits et permettrait de faire des économies de gestion importantes. Il faudrait pour cela une remise à plat de tout le système social. Ceux qui y sont opposés parlent d’un risque Big Brother, car effectivement il faudrait imaginer de larges croisements de bases de données. Mais Big Brother, on y est déjà un peu en ce moment : les services de la CAF se connectent bien avec les impôts pour vérifier la véracité des déclarations de ressources. Je veux dire : on croise les fichiers pour les contrôles, on pourrait tout à fait les croiser pour l’acquisition de droits. Donc, la vraie raison est ailleurs. En France il y a ce tabou disant que les bénéficiaires doivent être responsabilisés. Et cette responsabilisation passe par la démarche de demander son droit. » Les fameux « droits et devoirs » cités à l’envi par les thuriféraires d’un toujours moins d’État social.

Bannie de la sphère publique, l’automatisation des droits est cependant admise, quand les fonds sont privés. Un décret paru en mars 2012 prévoit l’attribution du TPN à tout bénéficiaire de la CMUC. « Ce que peu de gens savent, précise Pierre Mazet, c’est que le TPN est financé par l’ensemble des clients EDF qui abondent un fond, dont EDF fait à peu près ce qu’il veut d’ailleurs, et qui sert à payer le TPN. Ça ne coûte rien à l’État. C’est une mutualisation des coûts sociaux. En gros : les pauvres paient par le biais de leurs factures pour des précaires dont 65 % ne bénéficient même pas du TPN. » On ne pourrait mieux résumer le paradigme d’une époque.

 

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 11:07

photo_1359652956066-1-0.jpgVoici un article de la presse bourgeoise sur l'apparition des black bloc en Egypte. Attention si ceux-ci semble intéressants, ils ont été critiqués au sein du mouvement égyptien. Selon les camarades de notre organisation soeur le MSL, ceux ci combattent la police avec ardeur, mais  son aussi payés pour protéger des hotels de luxe dans la capitales egyptienne....


Les Black Blocs ont fait leur apparition dans les manifestations en Egypte. [Khaled Kamel - AFP]
Au coeur de la révolte en Egypte, Le Temps dresse ce mercredi le portrait d'un mouvement hétéroclite, rebelle et violent, appelé le Black Bloc. La presse romande s'interroge aussi sur le "Qatargate", révélé mardi par France Football, avec des prises de positions très différentes. Du côté alémanique, le Bund se fait l'écho d'une idée de l'UDC zougoise: interdire aux bénéficiaires de l'aide sociale de posséder une voiture.

L'éclosion de nouveaux révolutionnaires en Egypte

Tout droit inspiré des groupuscules anarchistes européens, décrit la journaliste du Temps, le Black Bloc égyptien est un mouvement sans tête qui entraîne dans son sillage une palette hétéroclite d'ex-révolutionnaires, de jeunes désoeuvrés, d'ultras du football, de casseurs, mais aussi de femmes. On les reconnaît à la cagoule noire qui cache leur visage. Ces rebelles d'un nouveau genre sont de tous les rassemblements, de toutes les bagarres. Le Black Bloc égyptien compte plus de 20'000 fans sur Facebook. Les Frères musulmans les accusent d'être cautionnés par l'opposition libérale. Cette dernière reproche aux Black Blocs de "délégitimer" la révolution aux objectifs pacifiques. Des Black Blocs qui aujourd'hui affirment ne se reconnaître en aucun homme politique. Un mouvement dont le sens est résumé par un étudiant qui se présente comme l'un des co-fondateurs: "On nous appelle 'la génération perdue', on nous traite de voyous. Mais tout ce qui nous importe, c'est de sauver l'honneur des martyrs".

"Qatargate"

Selon France Football, le Qatar aurait acheté l'organisation de la Coupe du monde football en 2022. L'enquête de l'hebdomadaire français s'appuie sur les dires d'actuels membres de la FIFA, dont Jérôme Valcke, le secrétaire général, qui devait se rétracter un peu plus tard. Mis en cause, Michel Platini, président de l'UEFA, s'insurge et menace de porter plainte. En Suisse, Patrick Oberli, dans Le Matin, presse la FIFA qui a mené ses propres enquêtes de livrer ses découvertes sous peine de perdre encore en crédibilité. Avant tout amateur de football, Philippe Dubath, dans la Tribune de Genève et 24 Heures, voit l'avenir en rose, certain que le Qatar va réaliser un mondial inédit, invraisemblable, futuriste au niveau de ses infrastructures.

A l'aide sociale? Alors pas de voiture!

  1. Le Bund relate une idée avancée par l'UDC zougoise: interdire aux bénéficiaires de l'aide sociale de posséder et d'entretenir une voiture. C'est, selon le quotidien, une question qui est très présente en Suisse allemande depuis plusieurs années. Pour l'UDC zougoise, en interdisant aux bénéficiaire de l'aide sociale de posséder et d'entretenir une voiture, on veut ainsi garantir que l'argent qui est versé sert effectivement à entretenir la famille et non pas une voiture. Une personne opposée à cette idée rétorque que de nombreux membres de l'UDC sont totalement déconnectés des réalités et ne savent pas du tout comment se déroule le quotidien des personnes qui bénéficient de l'aide sociale.

 

Un camion de police calciné trône au milieu de la place Tahrir. Comme dans un parc d'attraction, les gens font sagement la queue, lundi 28 janvier, pour se faire prendre en photo, perchés sur le trophée du jour. La veille, en début de soirée, des manifestants se revendiquant de la révolution avaient dérobé ce véhicule à des forces de l'ordre.
Peu avant, à la fin d'une marche jusque-là pacifique à l'initiative des forces d'opposition, ils avaient failli décrocher un lot plus gros encore en capturant un officier de police après qu'une voiture a renversé deux jeunes. L'homme d'une soixantaine d'années s'en est sorti in extremis et a pu rentrer dans la porte dérobée d'un hôtel, extrait de la foule furieuse par d'autres révolutionnaires, 27 personnes ont été arrêtés.
Comme depuis trois jours mais avec une intensité variable, les heurts se sont poursuivis toute la nuit sur la corniche, juste devant les hôtels de luxe offrant vue sur le Nil. Les mal inspirés touristes de passage, ont surtout pu voir des jeunes, des très jeunes, échanger des pierres avec la police qui répondait par des gaz lacrymogènes et des tirs de grenaille.

La violence fait partie du quotidien

Le pont Qasr el Nile, situé juste à côté, offre aux voyeurs et aux moins courageux un panorama d'exception de ce spectacle animé mais un peu répétitif. Quand les tirs sont espacés de plusieurs minutes, cela fait dire aux habitués que les choses sont calmes. La violence fait désormais partie de la vie quotidienne des Egyptiens. Plus rien d'étonnant à voir des pneus flamber au bord de la route, le bruit des tirs ne fait plus très peur.

Ahmed, 22 ans, est fier de pouvoir dire qu'il peut distinguer avec certitude, le son d'un feu d'artifice, d'un tir de gaz, d'un pistolet à plomb ou à balle réelles. La fameuse place de la révolution ne ressemble plus à grand chose. Il y a toujours les tentes plantées le mois dernier mais elles ont pris l'eau et leurs habitants réguliers, proches des mouvements politiques de gauche, sont invisibles.

Sur une estrade, un homme d'une trentaine d'années s'efforce de scander des slogans anti-Morsi, mais sa voix est trop éraillée et le public trop peu nombreux pour que cela crée une effervescence. Comme si la politique n'accrochait plus, comme si l'affrontement avec les forces de l'ordre était devenu une fin en soi.

Apparition des Black Bloc

Dans ce contexte, il n'est pas étonnant que les médias égyptiens accordent plus d'attention aux ultras et aux Black Bloc qu'aux révolutionnaires traditionnels. Apparu début janvier, les Black Bloc comptent déjà 20.000 fans sur Facebook. On sait peu de choses sur cette organisation inspirée des mouvements anarchistes européens sinon que l'identité de ses membres est secrète et qu'elle aurait été créée en réponse aux affrontements de décembre dernier.
Des partisans des Frères musulmans étaient venus déloger manu militari les protestataires installés devant le palais présidentiel, dix personnes étaient mortes au cours de cette journée de violences. Les Black Bloc se caractérisent par leurs actions coup de poing, spectaculaires et bien organisées. Le problème est que depuis une semaine, le mouvement est devenu une mode et on a pu voir des groupes cagoulés et vêtus de noir tout casser pour le plaisir en se revendiquant des Black Bloc, ce que ces derniers ont démenti.

Le prix de la cagoule grimpe

Conséquence logique : le prix de la cagoule a augmenté ces derniers jours sur Tahrir. Un révolutionnaire confie son sentiment d'impuissance : "On ne comprend plus très bien ce qui se passe. Jusque-là, on n'arrivait à peu près à orienter cette violence ou au moins à l'inscrire dans un discours politique, là, on se sent un peu dépassé par les évènements."

Mais poursuit-il, "il faut se placer à une autre échelle de temps, ce sont des phases, cela ne veut pas dire que la révolution est perdue mais au contraire qu'elle continue." Ces scènes de violences incontrôlées n'ont pas lieu que sur Tahrir mais aussi dans le reste du pays.

L'insoumission devient la règle

L'insoumission et le non-respect des autorités sont devenus la règle et le couvre-feu décrété par Mohammed Morsi, qui devait débuter hier soir dans les villes du canal de Suez, a donné lieu à d'immenses manifestations, à Suez, Ismaïlia et Port-Saïd où plus de quarante personnes sont décédées ces trois derniers jours.
Dans cette ville, on a même pu voir à la nuit tombée un match de football entre la population et... des militaires. Et après les affrontements de samedi, un policier mettait directement en cause ses supérieurs et le ministre de l'Intérieur, accusés de lâcheté.
Selon des informations concordantes, des policiers ont d'ailleurs refusé que le ministre assiste aux funérailles des deux agents tués samedi. Tout cela crée l'étrange et inquiétante impression que les détenteurs de la violence légitime ne sont plus en situation de monopole et ne font plus grand cas de la légitimité.
Marwan Chahine - Le Nouvel Observateur

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 13:57

autogestion-et-elections-2.pngContenu original:Avec la nouvelle année la formule du blog change. En plus de partager des news glanées sur internet ainsi que des infos locales, nous avons décidé de donner plus de place à des contenus originaux, rédigés exclusivement pour notre blog...

Voici une série de textes sur le thème de l’autogestion : qu’est-ce qu’on entend par là ? Quelles expériences ? Quelle théorie ? Quelles sont les limites et les critiques à apporter au concept ?

Si l’autogestion constitue un concept intéressant, elle n’est pas pour autant une panacée. En voici les limites critiques et obstacles recontrés..

 

Les  différentes démarches  autogestionnaires  abordées plus haut ont chacune leurs limites :

Les autogestions en système capitaliste : On reproche généralement aux « îlots de socialisme » d’être de fait des réalisations de type « réformiste », dans la mesure où, même si leurs tenants prétendent vouloir changer la société, c’est par la force des choses à long terme. Et en attendant, les entreprises autogestionnaires restent confrontées à la concurrence, aux contraintes de rentabilité, comme toutes les autres boites. D’où maintien d’une exigence de productivité…

L’autogestion lors d’un processus révolutionnaire : Les tentatives de révolution sociale par en bas ont été balayées à la suite de défaites militaires. A supposer que le contexte social soit à nouveau favorable dans tel ou tel pays, il y aura encore une fois le risque que les forces sociales contraires, à l’intérieur comme à l’extérieur de la zone concernée, ne laissent pas faire…

L’autogestion sous impulsion étatique, : elle se fait par le haut, sous contrainte, ce qui est pour le moins paradoxal pour un système qui prétend favoriser l’autonomie des gens. Et le fait est que ces rares expériences se sont soldées par des échecs.

 

Le mouvement libertaire ne peut en fait se reconnaître que dans les deux premières formes d’autogestion qui viennent d’être décrites. L’un de ses buts est la recherche et la promotion d’une autogestion par en bas qui soit à la fois possible et efficace. Un cas parmi d’autres est celui de salariés qui se retrouvent avec un appareil économique et/ou commercial à gérer (quand par exemple le patron a démissionné). Le tout est d’acquérir la culture économique et historique suffisante pour indiquer les écueils à éviter, les taches à accomplir… sans pour autant se substituer aux gens.

 

Les démarches que nous serons amenés à faire autour de cette question sont en fait liées à la conception que l’on a de l’autogestion par rapport au jeu politique. Est-elle une fin ou un moyen ?

Pour certains, elle est le moyen par excellence de transformation de la société, pour d’autres, un moyen parmi d’autres. Pour les marxistes, elle reste un simple moyen de propagande.

Pour les libertaires, plus qu’un moyen, elle est une modalité à généraliser, à étendre, que ce soit dans le domaine strictement économique ou dans l’organisation des luttes.

Et malheureusement, pour les capitalistes, elle est un moyen de couper l’herbe sous le pied des révolutionnaires, par le biais d’un détournement de la notion d’autogestion sous le nom d’une prétendue « démocratie dans l’entreprise ».

 

 

 

 

Les obstacles à l’autogestion

 

Les premiers à combattre toute forme d’autogestion sont bien sûr les tenants du capitalisme, au premier chef les partis politiques de droite et les idéologues du MEDEF. Plus concrètement, à l’intérieur des entreprises, on se heurtera à la Direction, sans doute à la majorité du personnel supérieur d’encadrement, sans doute malheureusement à une partie plus ou moins importante du personnel de production.

Les partis politiques de gauche voire d’extrême gauche et la plupart des confédérations syndicales ne se priveront pas eux aussi de faire obstacle à toute velléité d’auto-organisation. Dans la mesure où ces structures fonctionnent à l’intérieur du système en place et qu’elles prétendre tirer leur légitimité et leur pouvoir d’élections organisées dans ce cadre, il n’est pas dans leur intérêt de voir les travailleurs, les habitants des quartiers et les exclus s’émanciper. Politiciens et dirigeants syndicaux agissent suivant les principes d’autorité et de délégation, qu’ils ont une position sociale à défendre. Inutile donc d’en attendre une quelconque complicité avec toute initiative autogestionnaire.

Par ailleurs, les obstacles sont aussi dans nos têtes. Si le salariat induit une aliénation, il permet aussi souvent de se dégager de toute responsabilité. Une fois sorti de son travail, le salarié tend à penser à autre chose qu’à son travail, ne serait-ce que pour en oublier la pénibilité. Et même lorsqu’il est en butte à des abus de la part de l’encadrement ou de la direction, la réaction se limite souvent à « râler », dans le meilleur des cas à participer à un mouvement de grève. On observe actuellement peu de reprises d’entreprise en difficultés par leurs salariés, mis à part en Amérique latine.

Outre la crainte ou le refus de prendre des responsabilité, la « classe ouvrière » s’estime souvent peu compétente pour gérer une entreprise ou un quartier, en grande partie parce qu’elle possède peu de notions de comptabilité et que les gestionnaires capitalistes s’emploient depuis longtemps à dévaloriser systématiquement leur travail. Elle a tendance à considérer que « les cadres, les dirigeants, c’est leur métier ».

Ne pas perdre de vue que le peu d’avantages que des salariés de base peuvent tirer du salariat capitaliste (absence de responsabilités, horaires fixes en dehors desquels on peut se consacrer à autre chose… mais la flexibilité remet même cela en cause), ces maigres avantages, donc, semblent plus concrets que ceux que l’on pourrait tirer d’une organisation autogestionnaire, qui n’est représentée que par des « ilôts de socialisme », de façon ultra-minoritaire et peu médiatisée. Dit plus simplement : ça paraît inconcevable parce que ça n’existe pas encore. Sans compter que ce n’est pas facile et que c’est risqué.

 

 

Des échecs

 

Nous avons vu en introduction que l’interruption des expériences autogestionnaires étendues qui ont eu lieu en Russie et en Ukraine en 1917 et en Espagne pendant la guerre civile était en partie due à des défaites militaires.

Plus près de nous, nombre de structures autogestionnaires créées dans les années 1970-1980 ont périclité du fait de l’environnement capitaliste dans lequel elles baignaient. En effet, la nécessité d’être compétitif, pour reprendre l’expression des capitalistes, implique des gains de productivité. On peut alors être confronté à des choix : soit on maintient les rythmes de production, avec le risque ne pas vendre si les prix pratiqués sont trop élevés, ou de ne pas dégager un bénéfice suffisant pour permettre à chacun de vivre une fois réparti. A terme l’entreprise disparaît.

Des dérives

Soit on s’efforce de répondre aux exigences économiques extérieures avec le risque de se transformer peu à peu en entreprise capitaliste classique. C’est là une dérive qui a souvent eu lieu. Ainsi, souvent, certaines SCOPs n’ont d’autogestionnaire que le nom.

 

Des récupérations

 

De surcroît, les capitalistes ne se sont pas privés de récupérer la notion d’autogestion, comme tout le reste. En fait, comme les exigences de rentabilité et les procédés de production habituels sont maintenus par la direction, la prétendue autogestion encouragée par certains patrons ne sert alors qu’à confier le sale boulot des contremaîtres aux salariés eux-mêmes : « organisez-vous vous-mêmes… et fliquez-vous les uns les autres ». Le patron peut se passer d’encadrement, autant d’économisé sur la masse salariale.

Il s’agit là de la récupération de la notion d’auto-organisation. Mais les capitalistes tentent aussi de récupérer la notion de propriété collective des moyens de production : d’où le miroir aux alouettes que constitue la mise en vente d’actions d’entreprises privatisées. Mais peut-on parler de propriété commune quand la logique financière dans laquelle les salariés-actionnaires sont eux-mêmes alors impliqués… mène à leur propre licenciement : « désolé, monsieur, mais si vous voulez que vos actions vous rapportent, il faut que l’entreprise soit rentable : nous sommes donc obligés de vous licenciez. Bon profit ».

(Pour finir sur cet aspect, un peu de philo : le fonctionnement d’une entreprise en autogestion véritable suffit-il à la définir comme anti-capitaliste ?)

 

Des objections idéologiques

 

Entendu au Forum social libertaire de 2003 lors d’un débat sur les squats et les entreprises autogérées : « j’ai participé par le passé à des structures autogérées, par exemple pour du soutien scolaire. En fait, en faisant cela, j’ai déchargé l’Etat de la tâche qui lui incombe, alors qu’il a engrangé l’argent de mes impôts. Toutes ces expériences autogestionnaires ne servent à rien : il faut d’abord faire la révolution ».

Une autre objection concerne le contexte où émergent parfois les expériences autogestionnaires. En Amérique latine, par exemple, l’autogestion semble être pratiquée dans le cadre de sociétés traditionnelles. On constate qu’un certain esprit collectif s’est perpétué, contrairement à ce que l’on peut-observer dans nos sociétés, où l’individualisme, même si on peut le considérer comme une conquête, tend à s’exacerber au détriment de la construction de luttes. La critique que l’on peut faire, à l’inverse, au sujet des sociétés traditionnelles, peut se formuler ainsi : les expériences d’autogestion que l’on peut parfois y observer ne sont-elles pas le fruit d’une persistance d’une tyrannie familiale et/ou communautariste sur l’individu ?

Encore une couche de philo : les expériences autogestionnaires isolées sont-elles vraiment contradictoires ou incompatibles avec la lutte révolutionnaire globale ? Sont-elles l’expression d’un replis ? d’une tendance en réalité réformiste ?

 

Mais alors, quel est l’intérêt des structures autogérées ???!

 

Tout d’abord, les luttes syndicales de base constituent un apprentissage de la prise de décision et de l’action collectives.

Pour ce qui est des squats, on expérimente en plus les relations inter-personnelles à plus ou moins long terme : 3 jours ou 10 ans…

Dans le comité d’atelier, on utilise les mêmes principes dans le cadre de la production : on est obligé de prendre en compte les enjeux économiques.

Enfin, avec le municipalisme libertaire, c’est l’aspect directement politique qui est abordé, par la constitution d’un comité de quartier, ou la présentation d’une liste de sensibilité libertaire aux élections dans une municipalité de petite taille.

En résumé : on prend l’initiative et on se confronte aux difficultés de transformer la société, ce dont la société actuelle s’efforce précisément de nous dissuader

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 11:26

  220px-Cameras_de_surveillance_sur_la_voie_publique.jpgVoici un article sur les caméras de vidéosurveillance à Montpellier .

 

Montpellier journal aide la mairie à mieux informer ses administrés en publiant la carte des emplacements précis des caméras de vidéosurveillance dans le centre et les faubourgs. Cela devrait aussi permettre aux manifestants surveillés par la police de se distraire lors des longs et lents cortège en jouant à celui qui en trouvera le plus. Les sénateurs en ont rêvé. Montpellier journal le fait. En effet, un rapport d’information sur la vidéosurveillance, déposé le 10 décembre, recommandait (paragraphe III.B.1) de « mieux notifier les sites au public » notamment « par la mise en ligne de cartes indiquant les zones de la voie publique placées sous vidéosurveillance ». Évidemment il reste encore du chemin à faire puisque les élus préconisaient aussi : « une signalisation effective sur la voie publique » ; « la présentation chaque année d’un rapport d’activité de l’ensemble des systèmes de vidéosurveillance au conseil municipal ou au conseil communautaire » ; « la mention de la durée de conservation des images sur les panneaux signalant un système de vidéosurveillance ». Agrandir le plan Cliquer sur les repaires bleues pour plus d’information. Quand un numéro est indiqué, il s’agit d’une caméra gérée par la mairie. Le deuxième nombre indique l’année de mise en service. Exemple : 73.05 signifie qu’il s’agit de la 73e caméra installée et qu’elle l’a été en 2005 ; Le bouton « Sat. » permet de passer à la vue satellite, plus précise que le plan ; Aide sur Google maps. Pour l’instant, la carte ne donne que les emplacements des caméras du centre ville et des faubourgs (plus de 50 % des équipements). Elle est basée sur la liste de la mairie et un travail de terrain – et à vélo – a permis de positionner très précisément l’emplacement des caméras sur le plan. D’autres caméras (Tam (1), privées), découvertes au grès des déambulations de Montpellier journal, ont aussi été positionnées sur la carte mais sans prétention d’exhaustivité. Nous encourageons donc vivement nos lecteurs à nous communiquer tout nouvel équipement identifié en étant le plus précis possible par exemple en fournissant une photo. Cette carte peut aussi être la base d’un très bon jeu à pratiquer en famille : 5 caméras trouvées c’est un bonbon de gagné. C’est un exemple, bien sûr. Nous faisons confiance à l’imagination de nos lecteurs-parents pour inventer leurs propres règles. Ainsi, les promenades en famille du dimanche pourront avoir un but. Pensez quand même à garder un œil sur les voitures quand, le nez en l’air, vous chercherez les caméras.

 

Voici le lien de la liste:

 

Repris sur Montpellier Journal

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 11:09

Suite à un sondage du journal Le Monde, les médias français ont multiplié les titres alarmants sur une montée « des crispations » en France. L’extrême droite se lèche les babines. Petit démontage.


Le résul­tat inquié­tant d’un son­dage publié sur trois plei­nes pages dans Le Monde du 25 jan­vier a été repris dans toute la presse, en chœur et sans se poser de ques­tions. Dans une enquête sur « Les cris­pa­tions alar­man­tes de la société fran­çaise », 70 % des Français juge­raient qu’il y a « trop d’étrangers dans leur pays », et qu’à 62 % ils ne sen­ti­raient « plus chez eux comme avant ». Autre infor­ma­tion alar­mante : 87 % esti­me­raient que la France a besoin « d’un vrai chef pour remet­tre de l’ordre », ou à 86 % que « l’auto­rité est une valeur trop sou­vent cri­ti­quée aujourd’hui ». Le quo­ti­dien en conclut que « les ingré­dients d’un popu­lisme massif sont donc réunis ».

Diantre, le moment serait grave et le fas­cisme à nos portes !

PNG - 277.5 ko
Sur Francetvinfo, le 26 janvier, on se lâche

Sans sous-esti­mer la ques­tion du racisme ou du popu­lisme en France, on peut tout de même se poser quel­ques ques­tions sur ce son­dage. En pre­mier lieu, les affir­ma­tions pro­po­sées aux sondés sur leur rap­port à l’immi­gra­tion ou à l’auto­rité ne leur lais­sent que deux choix, alors qu’il s’agit de sujets par­ti­cu­liè­re­ment fins ou com­plexes. Pire, les ques­tions sont for­mu­lées de manière anxio­gène pour celles rela­ti­ves à l’immi­gra­tion, et favo­ra­bles au « popu­lisme » pour celles concer­nant l’auto­rité. Elles influen­cent ainsi elles-mêmes les répon­ses.

Le besoin d'un vrai chef

La façon même dont le son­dage d’Ipsos est réa­lisé est également pro­blé­ma­ti­que : « par Internet ». Déjà que la fia­bi­lité des son­da­ges est sou­vent proche de zéro, celle de ceux réa­li­sés en ligne atteint le néant.

Alain Garrigou, qui tient le blog « Régime d’opi­nion » consa­cré aux son­da­ges cri­ti­que sévè­re­ment le son­dage par Internet dans cette affaire :

Sur un panel de plu­sieurs cen­tai­nes de mil­liers d’inter­nau­tes contac­tés par cour­rier électronique, les volon­tai­res répon­dent aux enquê­tes mises en ligne. On a donc affaire à des échantillons spon­ta­nés. (…) Ce recours au volon­ta­riat a un défaut que connais­sent bien les son­deurs : des per­son­nes poli­ti­sées, sou­vent à l’extrême droite, s’expri­ment plus volon­tiers.

Par ailleurs, Le Monde oublie com­plè­te­ment de com­pa­rer ses chif­fres à ceux d’une autre enquête, qu’il avait publié le 2 juillet 1998. Déjà à l’époque, le jour­nal fai­sait flip­per tout le monde en affir­mant que « 70 % des Français étaient « tentés » par le racisme. Le chif­fre fit l’effet d’une bombe. On le reprit en boucle tel quel, sur les ondes, dans les éditoriaux [1]. » Autant dire que le chif­fre ne semble pas avoir trop évolué, donc, en 14 ans. Bon, mais alors, qu’est-ce qui pousse Le Monde à publier des trucs pareils ? Est-ce qu’on veut lutter contre les idées de l’extrême droite quand on pose des ques­tions sur le « racisme anti-blanc », une notion inven­tée par les Identitaires ?

Complicité

Le son­dage a été réa­lisé avec la com­pli­cité de la Fondation Jean Jaurès, un think tank « socia­liste », et le Cevipof, le centre de recher­ches poli­ti­ques de Sciences Po, qui aime bien répé­ter que la France est à droite, comme la plu­part des cher­cheurs qui le com­po­sent d’ailleurs. Et il a bien fallu qu’ils se met­tent à trois, avec Ipsos, pour four­nir une ana­lyse de haut vol. Celle-ci serait comi­que [2] si elle ne repre­nait pas tex­tuel­le­ment la socio­lo­gie de cui­sine de l’extrême droite : les Français seraient répar­tis entre « bobos » (la caté­go­rie qui tue où tu mets tout le monde dedans), « liber­tai­res » (esti­mée à 12%, la Fédération Anarchiste et Alternative Libertaire vont faire des mil­lions de cartes d’adhé­sion pro­chai­ne­ment), « ambi­va­lents », « cris­pés » ou encore « popu­lis­tes » (les fâcheux, mais dont la rédemp­tion est proche grâce à la Gauche pop’ qui va leur per­met­tre d’être à la fois raciste ET de gauche).

Parce que tiens, c’est jus­te­ment de la Fondation Jean Jaurès qu’est issue « la Gauche popu­laire ». Cette nou­velle ten­dance du Parti Socialiste, emme­née par l’ex-strauss-kha­nien Laurent Baumel, appelle à aban­don­ner des poli­ti­ques jugées trop favo­ra­bles aux immi­grés afin de reconqué­rir l’électorat ouvrier du Front National. L’un des média­ti­ques fon­da­teurs de la Gauche Populaire, Laurent Bouvet, est l’auteur de concepts de poids comme celui que lui jalou­sent les Identitaires d’« insé­cu­rité cultu­relle ». Responsable de la Fondation Jean Jaurès et membre du Cévipof, Laurent Bouvet a d’ailleurs accepté l’invi­ta­tion du site Novopress pour dis­cu­ter fin 2011 [3] !

Quand la pseudo-enquête du Monde et de ses aco­ly­tes permet ensuite à Marine Le Pen de clai­ron­ner (dans le même jour­nal !) que « Les Français pen­sent comme nous », on se demande à quoi jouent les incen­diai­res du Monde… Mais sur­tout quelle est l’étrange stra­té­gie que mène cette gauche réac­tion­naire qui consiste à sures­ti­mer et, au final, à légi­ti­mer les sen­ti­ments racis­tes, isla­mo­pho­bes et popu­lis­tes.

 

Repris sur rebellyon

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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 14:19

2502_Militaire_gare_montaprnasse_inside.jpgLe maintien de l’ordre est un moment ou l’état exerce une violence sur ses « citoyens » ou plutôt sur ses sujets. Cette violence, est très particulière car elle relève de la violence d’état. Celle-ci est présentée comme la seule légitime, et n’est presque jamais remise en question dans son principe même. Mais qu’est-ce que la violence d’état ?


Il existe une fiction véhiculée par le droit bourgeois qui est celle de l’état de droit : le droit généré par un état doit s’appliquer aux actes des agents de ce même état. Par exemple, si loi punit le vol, les agents de l’état n’auront pas le droit de voler, de même si la loi dit que tous les personnes détournant de l’argent doivent être jugés, tous les agents de l’état sont susceptibles de passer au tribunal y compris le président de la République.

Ce principe ne résiste pas à l’examen des faits. Quelques exemples :

- Les violences aggravées (avec une  arme) sont punies par la loi française de 3 ans d'emprisonnement et 45.000 € d'amende.

Pourtant les forces de police ont le droit de matraquer avec des tonfas qui sont des armes de catégorie 6, lorsqu’il y des blessés, bonne chance pour faire appliquer la loi !

- Un enlèvement, rapt ou kidnapping est l'action qui consiste à s'emparer de quelqu'un ou à le détenir, contre sa volonté, généralement par la force. Il est puni de 5 ans de prison et de 75 000 euros d’amende.

Pourtant, les forces de police peuvent détenir en garde à vue toute personne paraissant suspecte 48h.  Cela peut s’allonger à 96 h en cas de suspicion de terrorisme ou de trafic de stupéfiants.

Avec une décision de justice, cette séquestration peut s’étendre jusqu’à la  perpétuité en prison

- le meurtre est défini à l'article 221-1 du code pénal. Il s'agit du « fait de donner volontairement la mort à autrui ». Il est puni de trente ans de réclusion criminelle.

Pourtant les forces militaires employées par la France (et les autres états) ont le droit de tuer ce qui est  défini très vaguement comme des « combattant ennemis »

Par exemple, le 9 novembre 2002, lors de la répression des manifestations contre l’intervention française à Abidjan en Côte d’Ivoire, les forces françaises ont tiré à balles réelles par hélicoptère et au sol sur les manifestants installés sur les deux ponts de la lagune Ebrié et aux abords de l'hôtel Ivoire. Ces tirs auraient fait, selon une série de sources concordantes, une soixantaine de morts et plus d'un millier de blessés selon RFI (Radio France international).

Les militaires peuvent même remporter des moissons de médailles pour ce type de « bravoure ».

On peut rajouter la police  à cette liste: ses membres ont tué plus de 300 personnes dans les quartiers populaires sans qu’aucun policier n’aille en prison, même si la police n’a pas formellement le droit de tuer en toutes circonstances…

Le rappeur Hamé de la Rumeur a subi 8 ans de poursuites judiciaires pour avoir rappelé ce fait dans le texte «  Insécurité sous la plume d’un barbare »

Le pouvoir d’état

 

On l’aura compris, ce qui caractérise le pouvoir de l’état c’est le monopole « légitime » et « légal » de la violence sur ses citoyens ou plutôt sur ses sujets.

Cette exception, ce droit à la violence sur les corps de ses sujets est justifié très largement par les textes juridiques, par les hommes politiques, les médias, les intellectuels défenseurs de l’ordre établi…

L’argument massue est la préservation de l’ordre public.

L’ordre public, ce terme ne veut rien dire. Ce qu’il veut réellement dire c’est l’ordre établi ou encore l’ordre social, c'est-à-dire notre société de classe bâtie sur l’injustice, l’exploitation des travailleurs et l’aliénation : l’ordre public à préserver, c’est le capitalisme.

A l’heure ou les plans d’austérité s’accélèrent en Europe, ou la contestation massive gagne l’Espagne et qu’au nom d’un choc de compétitivité et de l’austérité, des mesures antisociales vont être prises en France, il faut garder cela à l’esprit.

Pour reprendre le philosophe Tereshenko : la violence d’état, les bavures, ce n’est pas « bad apples in a good basket, good apples in a rotten basket » (pas des mauvaises pommes dans un bon panier, mais des bonnes pommes dans un mauvais panier).

Cela veut tout simplement dire que la répression, la violence disproportionnée et gratuite, les blessures parfois graves, les morts suite à des « bavures », les privations de liberté en garde à vue ou en prison, ne sont pas des abus ou des dérapages d’un pouvoir devenu fou comme on peut le croire. Au contraire, cette violence est au cœur du pouvoir de l’état. Elle permet de préserver l’ordre public, ou plutôt l’ordre social.

 

Oulianov

 

Repris sur Tantquil.net

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