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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 10:39

syrie_islamistes-300x225.jpgCe titre pourrait constituer en quelque sorte le récit de ma situation quand j'étais dans les 'territoires libérés' de Syrie, c'est-à-dire les territoires contrôlés par l'armée libre, les forces armées de l'opposition syrienne. Mais ce n'est pas l'entière vérité malgré tout. La vérité, c'est que tous les militants de l'armée libre ne sont pas des djihadistes dévoués, même si la plupart d'entre eux pensent ou disent que ce qu'ils font est le Djihad. La vérité, c'est qu'il y a beaucoup de gens ordinaires, même des voleurs etc, parmi eux, comme dans tout conflit armé.

Ma première et durable impression à propos de la situation actuelle en Syrie, c'est qu'il n'y a plus de révolution populaire en cours la-bas. Ce qui se met en place là-bas, c'est une révolution armée qui pourrait dégénérer simplement en guerre civile. Le peuple syrien, qui a montre un courage et une détermination sans précédent dans les premiers mois de la révolution pour défier le régime d'Assad en dépit de toutes les brutalités commises, est vraiment épuisé a l'heure qu'il est. 19 mois d'une répression féroce et dernièrement de faim, de manques de ressources de tout type et de bombardements continus par l'armée loyaliste, ont affaibli son esprit. Paradoxalement, le bénéficiaire principal de tout cela n'est pas le régime mais, d'une manière assez cynique, l'opposition, en particulier les islamistes. Grâce a ses relations internationales dont elle est largement dépendante, spécialement les riches et despotiques gouvernements du Golfe, l'opposition est désormais en mesure de nourrir et de soutenir la population affamée dans les zones qu'elle contrôle. Sans un tel support, la situation humanitaire serait désastreuse la-bas.

Mais ce soutien n'est pas gratuit, ni de la part des gouvernants du Golfe, ni de celle des leaders de l'opposition. Comme toute puissance autoritaire, ils demandent en échange aux masses soumission et obéissance. En fait, cela ne pourra mener qu'a la mort définitive de la révolution syrienne en tant qu'acte courageux des masses populaires syriennes. Oui, j'ai sauvé la vie de quelques djihadistes* et j'en ai aidé d'autres à retourner au front ; mais mon intention derrière tout cela était d'aider les masses auxquelles j'appartiens, en premier lieu en tant que médecin et ensuite en tant qu'anarchiste.

A vrai dire, je ne pense pas que notre problème soit l'Islam en lui-même. L'Islam peut aussi être égalitaire, ou même, anarchisant. Dans l'histoire de l'Islam, il y a des académiciens qui ont défendu l'idée d'une société musulmane libertaire et sans Etat et même d'un monde débarrassé de toute forme d'autorité. Le problème dans tout ce qui se déroule maintenant en Syrie n'est pas seulement le difficile et sanglant processus de renversement d'un horrible tyrannie, mais pourrait bien être pire : en substituant cette tyrannie avec une autre dictature, qui pourrait être encore pire et plus sanglante. Très vite après le déclenchement de la révolution, un petit nombre de gens, principalement des islamistes convaincus, ont prétendu représenter les masses en révolte et se sont auto-proclamés comme les véritables révolutionnaires, les véritables représentants de la révolution. Ce n'a pas été contesté par la majorité des masses révolutionnaires ni par les intellectuels. Nous nous sommes opposés à ces déclarations autoritaires et même tout simplement fausses, et nous nous y opposons encore, mais nous n'étions pas ni ne sommes actuellement assez nombreux pour que cela fasse une quelconque différence.

Ces gens ont proclamé que ce qui arrivait était une guerre religieuse et non une véritable révolution des masses opprimées contre leur oppresseur. Ils ont outrageusement utilisé le fait que l'oppresseur était membre d'une autre secte de l'Islam que celle de la majorité des gens qu'ils exploitent, une secte que les académiciens sunnites ont fréquemment jugé dans le passé comme contraire aux principes de l'Islam véritable, ce qui est considéré comme un pêché plus grave encore que la non-croyance en la religion musulmane. Nous avons été choqués que la majorité des Alaouites, la secte du dictateur encore en place, qui sont plus pauvres et marginalisés que la majorité sunnite, se mettent à supporter le régime et qu'ils participent au massacre des masses en révolte. Cela a été utilisé comme une "preuve" qu'en réalité, une guerre religieuse s'instaurait entre Alaouites et Sunnites. Et, en ce sens, il est clair que ces gens [les Islamistes qui se sont auto-proclamés guident de la révolution, NdT] pouvaient se proclamer Sunnites ; ils sont parmi les pontes de l'Islam et ils sont tellement sectaires que personne ne peut les défier dans ce domaine. Dans les faits, ils ont bâti leur autorité spirituelle et morale avant leur autorité matérielle.

Ensuite seulement est venu l'aide matérielle des dirigeants des pays du Golfe. Maintenant, le potentiel d'une lutte à proprement parler populaire diminue à vue dТЬil. La Syrie est gouvernée par les armes à l'heure actuelle ; et seuls ceux qui en possèdent ont un mot à dire au sujet de son présent et de son futur. Et ceci est vrai seulement pour le régime d'Assad et son opposition islamique. Partout dans le Moyen-Orient, les grands espoirs ont vite disparus. En Tunisie, en Égypte et ailleurs, les islamistes semblent remporter tous les bénéfices des luttes courageuses des masses. Et ils ont pu facilement commencer à établir leurs lois fanatiques, sans une forte opposition des masses. Je me sens exactement comme Emma Goldman a pu se sentir en 1922 quand elle a rompu d'avec les bolchéviques et a perdu ses illusions quant à eux. En fait, à l'heure qu'il est, personne dans tout le monde arabe et musulman ne ressemble plus aux bolchéviques que les islamistes, même les staliniens les plus convaincus n'ont pas autant en commun avec les bolchéviques que les islamistes. Pendant longtemps, ils ont été violemment réprimés par les dictateurs de la région et ont effrayé les masses et l'Occident ; et à cause de зa ils apparaissent désormais comme la force principale et décisive dans l'opposition à ces dictatures. En même temps, ils ont vraiment la même machine de propagande, en termes d'efficacité, que ce que les bolchéviques avaient. Ils sont très autoritaires et agressifs, exactement comme les bolchéviques l'ont été dans les jours décisifs de la révolution d'Octobre. Il est dont normal que les peuples arabes ont choisi d'essayer leur voie, ou ont accepté qu'ils accèdent au pouvoir. Même en espérant, comme les paysans et les ouvriers russes l'ont fait avant eux, qu'ils pourraient vraiment créer une société différente et meilleure. Pour Emma, elle s'est réveillée très tôt de cette mystification mais pour ce qui est des masses elles-mêmes, il leur a fallu beaucoup de temps pour se rendre compte de la vérité. Comme Emma l'a pensé, encore, avant moi, je défends : que les masses ne se sont pas trompées en se soulevant et en essayant de change leur réalité misérable ; la grosse "erreur", si elle peut être décrite ainsi, ce sont les forces autoritaires qui l'ont commise en cherchant à détourner la révolution. Nous continuons de soutenir la révolution, pas ses faux "leaders".

Construire l'alternative libertaire : organisation et propagande anarchiste

L'autre problème qui est vraiment, à mon sens, importante pour nous, anarchistes du monde arabe et masses de ces mêmes pays, c'est de déterminer comment construire l'alternative libertaire : c'est-à-dire comment démarrer une propagande libertaire ou anarchiste efficace et comment construire des organisations libertaires. Pour dire vrai, je n'ai jamais essayé jusque là de convaincre qui que ce soit d'être anarchiste. J'ai plutôt opté pour le dialogue libre entre "égaux" avec tout le monde. Je n'ai jamais prétendu que je connaissais tout ou qu'un anarchiste ou n'importe quel autre être humain devait se placer comme un "guide" ou un "leader" des autres, qu'un être humain devait avoir cette place du Pape, des Imams ou du secrétaire général d'un quelconque parti stalinien ou léniniste. J'ai toujours pensé qu'essayer de convaincre les autres est une autre manière d'avoir de l'autorité sur eux/elles. Mais maintenant je vois зa d'un autre point de vue : il s'agit de rendre l'anarchisme "disponible" et connu de tous ceux et toutes celles qui veulent se battre contre toute les formes d'autorité oppressantes dont ils ou elles souffrent, qu'ils/elles soient des travailleurs et des travailleuses, des chômeurs/chômeuses, des étudiant-e-s,des féministes, la jeunesse, ou des minorités religieuses ou ethniques etc. Il s'agit de construire l'exemple ou un échantillon de la nouvelle vie potentielle qui existe dans les formes d'organisation libertaires, non seulement comme une manifestation réelle de cette présence potentielle mais aussi comme un MOYEN pour accéder à cette société.

Nous devons faire de l'anarchisme quelque chose de connu et d'accessible pour tous les esclaves et toutes les victimes des systèmes et autorités meurtrières qui ont régné jusque là. Une PROPAGANDE ANARCHISTE EFFICACE est, à mon avis, le premier objectif de telles organisations. En bref, nous sommes les témoins de la faillite des tendances autoritaires laïques (parmi lesquelles on trouve les nationalistes et les panarabistes, les staliniens et les autres variétés du léninisme) et très bientôt ce sera au tour des autoritaires religieux. La future alternative devrait logiquement être libertaire. Bien sûr, l'anarchisme ne peut être implanté de faзon artificielle, il doit être la résultante "naturelle" des luttes des masses autochtones. Mais, malgré tout, nous devons prendre soin de cette tâche et mettre intelligemment en avant cette alternative. Ce doit être, selon moi, le rôle de notre propagande. Il est clair qu'il ne doit pas y avoir de "centre" dans nos organisations, ni de bureaucratie, mais malgré tout elles se doivent d'être aussi efficace que leurs homologues autoritaires, voire même plus efficaces.

Certes notre Staline ou Bonaparte n'est pas encore au pouvoir, certes les masses syriennes ont toujours la possibilité de faire en sorte de s'en sortir d'une meilleure manière que la révolution russe. C'est vrai que c'est difficile et que cela le devient de plus en plus à chaque minute qui passe, mais la révolution était déjà un miracle, et sur cette terre, les opprimés peuvent de temps en temps faire leurs propres miracles. Cette fois encore, nous, anarchistes syriens, mettons toutes nos cartes et tous nos efforts aux côtés des masses. Il ne peut en être autrement, ou nous ne mériterions pas le nom de libertaires.



* Je veux ici apporter quelques précisions à ce sujet. Dans les faits, ça n'a pas été simple pour moi d'être parmi les Djihadistes, mais allez savoir pourquoi ce n'était pas pareil quand il s'agissait de les soigner. Pour moi, зa a été clair dès que je suis rentré dans cet hôpital de guerre dans lequel je travaillais : que j'allais soigner toute personne qui en avait besoin, qu'elle soit civile, combattante, quelque soit son groupe, sa religion ou sa secte ; et j'ai mis une attention particulière à ce que personne ne soit maltraité dans cet hôpital, même quelqu'un de l'armée d'Assad. Je vais répéter ici que mon vrai problème, etje pense celui des opprimé-e-s en général, n'est pas Dieu en personne, mais les humains qui agissent comme s'ils étaient eux-mêmes des dieux, qui ont tellement été enivrés d'autorité qu'ils pensent et agissent comme s'ils étaient des dieux, qu'ils soient par ailleurs des dictateurs laпques comme Assad ou des imams islamiques etc. Dieu lui-même n'est jamais aussi dangereux que ceux qui parlent en son nom. Traduction : Guillaume (CGA)

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 11:27

Plus de 7 ans après l'assassinat des deux jeunes aux mains de la police, un procès se rouvre. Malheureusement, nous sommes bien sceptiques sur son issue, la police disposant en France d'un "00" permis de tuer qui fait passer James Bond 007 pour un plaisantin à coté.

Après sept longues années meublées de tristesse, d’attente, de déceptions et de colère rentrée, les familles de Bouna Traoré et Zyed Benna, morts électrocutés le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), ont enfin obtenu une raison de croire que la justice peut être la même pour tous, et qu’ils ne sont pas des citoyens de seconde zone.

La chambre criminelle de la Cour de cassation a, en effet, cassé intégralement ce mercredi 31 octobre l’arrêt de la cour d’appel de Paris accordant un non-lieu aux deux policiers qui avaient pourchassé les adolescents et n’avaient pas donné l’alerte quand ils étaient entrés dans l’enceinte du transformateur EDF. Les deux fonctionnaires étaient initialement poursuivis pour « non-assistance à personne en danger ».

Zyed Benna et Bouna TraoréZyed Benna et Bouna Traoré

 

La Cour de cassation (dont on peut lire ici l'arrêt rendu ce 31 octobre) a - en substance - estimé que les policiers n'auraient pas dû quitter la zone sans s'assurer qu'il n'y avait pas de jeunes dans l'enceinte du transformateur EDF, dont la dangerosité était connue, et sans même donner l'alerte. Après avoir sèchement contredit la cour d'appel de Paris, la Cour de cassation a décidé de confier ce dossier à la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Rennes, qui va le réexaminer.

Il devrait donc y avoir un procès public de cette affaire, comme le demandaient les familles et leurs avocats, Jean-Pierre Mignard et Emmanuel Tordjman. « Je suis très fier de la justice française », réagit Me Mignard, qui salue une décision « historique ». Son confrère devant la Cour de cassation, Patrice Spinosi, se félicite pour sa part d'une « grande décision ».

« C'est un événement, un grand jour », se réjouit quant à lui Siyakha Traoré, frère aîné de Bouna. « Je suis soulagé,maintenant on va aller de l'avant. J'attends maintenant des explications, que tout le monde soit entendu et que la justice fasse son travail. J'espérais, pour moi ils ne sont pas morts pour rien, on doit leur rendre justice. »

Sincèrement inquiets, Jean-Pierre Mignard et Emmanuel Tordjman avaient organisé une conférence de presse le 1er octobre dernier, quelques jours avant l’examen du dossier par la Cour de cassation.« Tout a été extravagant dans ce dossier », rappelait alors Jean-Pierre Mignard. « Il y a eu des propos très durs et des contre-vérités de la part du ministre de l’intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, sur les infractions qu’auraient soi-disant commises ces enfants, et sur le fait qu’il n’y aurait pas eu de course-poursuite. »En fait, les gamins rentraient d'un match de foot, et avaient été pris en chasse sans raison valable.

« Il a fallu huit jours pour que l’on obtienne la désignation d’un juge d’instruction indépendant. Et les pouvoirs publics n’ont fini par bouger que parce que des incidents ont éclaté le soir même, et se sont transformés en émeutes. Des mensonges ont été tenus pendant plusieurs jours, et au plus haut niveau, on a nié l’évidence », martelait l’avocat. En rappelant le contexte politique compliqué à l'époque par les tensions entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin, alors premier ministre.

« Je ne donne pas cher de leur peau »

 

Avec l’ouverture d’une information judiciaire pour « non-assistance à personne en danger », trois juges d’instruction successifs ont traité le dossier Zyed et Bouna. « Les trois juges ont abouti à la même conclusion : il y avait des charges contre deux policiers », rappelle Jean-Pierre Mignard.

Contre l'avis du procureur de Bobigny, le dernier juge d'instruction en charge du dossier a décidé de renvoyer les policiers en correctionnelle. Mais le procureur de Bobigny a fait appel de cette décision, et la cour d’appel de Paris a prononcé l’annulation de l’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel en avril 2011.

Le 27 octobre 2005, Zyed, Bouna et un troisième adolescent s'étaient réfugiés dans un transformateurEDF alors qu'ils étaient pris en chasse par des policiers. Les forces de l'ordre étaient tout à fait conscientes du danger, comme le prouvent les enregistrements des conversations sur leur radio : « En même temps, s'ils rentrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau », avait lâché un policier.

Pourtant, ces mêmes policiers avaient attendu de longues minutes sans rien faire, dans l'espoir de procéder à des interpellations, puis ils avaient fini par faire demi-tour, sans chercher à avertir les jeunes du danger, ni même EDF.

Zyed, 17 ans, et Bouna, 15 ans, étaient morts électrocutés, le troisième adolescent étant pour sa part grièvement brûlé. Leur décès avait déclenché de violentes émeutes, qui s'étaient rapidement propagées à la plupart des banlieues de France. L'état d'urgence avait même été voté le 9 novembre 2005. Une première depuis la guerre d'Algérie.

L'enquête judiciaire sur le drame de Clichy s'est toujours déroulée dans un climat délétère (lire ici). Dans les jours suivant la mort des adolescents, les pouvoirs publics avaient propagé des demi-vérités et assené de vrais mensonges sur les circonstances du drame. Le ministre de l'intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy, n'avait pas hésité à affirmer que les trois adolescents n'étaient pas poursuivis par les policiers, puis, qu'ils étaient soupçonnés d'avoir commis un vol sur un chantier, alors qu'ils revenaient en fait d'un match de football.

Les assertions de Nicolas Sarkozy ont été démenties par l'enquête des juges d'instruction et de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN). Le parquet de Bobigny, lui, s'est toujours rangé au côté du ministre de l'intérieur (devenu par la suite président de la République), en soutenant avec constance qu'il n'existait aucune charge contre les policiers.

Le 21 octobre 2010, cinq ans après les faits, et au terme d'une enquête difficile, ce sont deux juges d'instruction indépendants, Claire d'Urso et Marc Sommerer, qui avaient renvoyé les deux policiers devant le tribunal correctionnel pour « non-assistance à personne en danger » (lire ici), malgré les réquisitions de non-lieu du parquet (lire là). Comme un symbole de la nécessité impérieuse de disposer d'une justice réellement indépendante.

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 11:24

Mandel17.JPGUn article sur la lecture du marxisme faite par Ernest Mandel, qui bien qu'interessant n'en reste pas moins un trotskiste autoritaire. On y voit les apports toujours vivant bien que trop souvent négligés de la pensée de Marx

 

Le marxisme peut apparaître comme une vieillerie bureaucratique dont il n'y a plus rien à sauver. Pourtant, malgré ses limites, la réflexion marxiste peut permettre de penser une autre société. En dehors du postmodernisme à la mode, de l'académisme froid ou de l'activisme sans perspectives, le marxisme révolutionnaire articule critique de l'existant avec projet de renversement de l'ordre social.

 

Un marxisme de lutte

 

Ernest Mandel propose une présentation de la pensée marxiste dans une brochure, devenue un livre édité récemment.

Richard Poulin, dans sa préface, souligne l’originalité du marxisme. Ce courant de pensée ne provient pas de l’université mais se développe dans le mouvement ouvrier. Pourtant Marx et Engels synthétisent les principaux apports des sciences sociales. « Leur méthode d’analyse s’approprie donc de façon critique les données des sciences sociales tout en les mettant en rapport avec l’analyse des mouvements sociaux et les efforts d’auto-organisation et d’auto-émancipation de la classe ouvrière » souligne Richard Poulin. L’observation des évolutions sociales et la participation aux luttes sociales doivent également influencer le marxisme. 

Ensuite, en rupture avec la tradition universitaire, le marxisme refuse la séparation entre les différentes sciences sociales en différentes disciplines. La prétention à l’objectivité scientifique est également rejetée. L’Université subit l’emprise du capitalisme néolibéral. Les normes et les règles de l’ordre social sont diffusées et intériorisées par les enseignants et les étudiants considérés comme des « clients ». « Ce crétinisme professionnel est un sous-produit de la professionnalisation morcelée du savoir dans une période prolongée du triomphe du capitalisme mondialisé néolibéral » estime Richard Poulin. 

Les universitaires prétendent à une objectivité qui occulte leur position de classe dans la société. Selon Rosa Luxembourg la lucidité des analyses de Marx provient de sa démarche révolutionnaire. « Si pour les économistes bourgeois, les lois du fonctionnement du système capitaliste sont des lois naturelles, pour les marxistes, elles sont historiques, transitoires, et susceptibles de transformation par l’action des êtres humains » explique Richard Poulin. 

 

Ernest Mandel (1923-1995) se distingue des universitaires marxistes d’aujourd’hui. Comme Daniel Bensaïd, cet intellectuel ne se contente pas d’écrire des livres. Il participe activement au mouvement révolutionnaire. Il devient un dirigeant central de la Quatrième internationale. Cette organisation regroupe une partie du mouvement trotskyste qui dénonce le stalinisme mais se réfère au marxisme-léninisme. Ernest Mandel soutien activement les luttes de libération nationale avec les révolutions yougoslave, cubaine et vietnamienne. Ce brillant intellectuel renonce à une prestigieuse carrière universitaire pour mettre en cohérence la théorie et la pratique. 

Ses principaux textes s’adressent à ceux qui désirent comprendre, apprendre et s’approprier le marxisme révolutionnaire. La place du marxisme dans l’histoire souligne l’apport du matérialisme dialectique dans l’analyse de la société capitaliste et surtout dans la construction d’un mouvement révolutionnaire. Dans cette période de crise économique et de révoltes sociales, le marxisme révolutionnaire mérite d’être redécouvert. « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer » écrit Karl Marx. Les marxistes insistent sur l’organisation des salariés et des autres couches populaires à l’échelle internationale pour construire un monde sans exploitation ni domination.

 
 
       
          <span style="font-family: verdana, geneva; font-size: 12pt;"><br>           <a href="http://www.dailymotion.com/video/xtuey_un-homme-nomme-ernest-mandel_news" _mce_href="http://www.dailymotion.com/video/xtuey_un-homme-nomme-ernest-mandel_news" target="_blank">Un homme nommé Ernest MANDEL</a> <em>par <a href="http://www.dailymotion.com/almounadhil-a" _mce_href="http://www.dailymotion.com/almounadhil-a" target="_blank">almounadhil-a</a></em></span>
      
 

Les fondements du marxisme historique

 

Ernest Mandel explique l’émergence historique du marxisme. Cette pensée provient d’une analyse du capitalisme qui repose sur l’appropriation des moyens de production par les capitalistes. Ses propriétaires du capital achètent la force de travail d’une autre classe sociale: le prolétariat. Ne possédant plus les moyens de production et de subsistance, le prolétariat est alors obligé de vendre sa force de travail pour survivre. Ce rapport entre Capital et Travail découle de la généralisation de la production marchande qui fonde le mode de production capitaliste (tanquil). Si le capitalisme émerge dès le XVème siècle, c’est la révolution industrielle qui permet de le consolider et de le généraliser au XVIIIème siècle. L’usine, fondée sur le machinisme, va s’étendre à travers le monde. 

L’assaut contre la monarchie absolue révèle le triomphe de la société bourgeoise dans tous les domaines de la vie. La transformation des idées, des mœurs, des « valeurs » débouche vers les grandes révolutions bourgeoises du XVIIIème siècle: la révolution américaine en 1776 et la révolution française en 1789. Mais le capitalisme produit surtout une accumulation de misère, d’injustice et d’oppression.

Le socialisme, comme mouvement d’aspiration à l’égalité, existe avant le capitalisme. Le marxisme s’inscrit dans cette tradition socialiste. Mais il observe les nouvelles formes d’oppression depuis le XVIIIème siècle. Il insiste sur l’apparition du prolétariat et de la question sociale qui provient d’un antagonisme nouveau entre le Capital et le Travail salarié. 

 

Le marxisme s’inspire de la philosophie de Hegel. Mais, malgré des intuitions sur le travail et l’organisation de la vie sociale à travers l’État, cette pensée demeure trop idéaliste. Le marxisme s’attache davantage à étudier la réalité matérielle. Mais les interprétations de Hegel débouchent vers des courants de pensée opposés. Des hégéliens conservateurs défendent l’État prussien. Au contraire les « jeunes hégéliens », dont Marx, insistent sur la nécessaire transformation de l’ordre social. Contre la dialectique idéaliste, Marx s’attache à une dialectique matérialiste. Le mouvement d’émancipation doit s’ancrer dans la réalité matérielle. « Ce n’est pas avant tout une conquête progressive de liberté de l’esprit, mais une conquête progressive d’espace matériel de vie et de liberté, de possibilités de jouissances » explique Ernest Mandel. Cette jouissance n’est pas uniquement spirituelle. La satisfaction « des besoins élémentaires de nourriture, de protection, de santé, des besoins sexuels, d’éducation, d’accès à la culture, etc » demeure prioritaire. L’individu doit se libérer des contraintes sociales. Marx s’attache à combattre toutes les institutions qui permettent l’exploitation, l’oppression et l’aliénation. 

 

Le marxisme s’attache à une interprétation matérialiste de l’histoire. Ce ne sont pas les grands hommes qui font l’histoire. Au contraire, les sociétés évoluent à travers des conflits qui opposent différentes forces sociales. Les marxistes relient l’histoire et la sociologie puisque l’histoire humaine est analysée à travers le concept de classe sociale. Au XIXème siècle, les historiens français étudient l’histoire à travers sa dimension sociale. Pourtant cette historiographie semble uniquement descriptive. Les conflits qui opposent les classes sociales associées à un intérêt matériel ne sont pas évoqués. Ensuite les combats des opprimés sont occultés ou méprisés. Une haine de classe se diffuse parmi les historiens. Cette historiographie privilégie une histoire écrite par les vainqueurs. L’État et les classes sociales apparaissent comme éternels car leur origine n’est pas dévoilée. Pour les marxistes, les rapports sociaux reposent sur des rapports de production. Différents modes de production historiques s’observent. Mais ses modes de production ne correspondent pas à une période délimitée. Des périodes de transition peuvent s’observer. Mais un mode production est une structure qui ne peut pas se transformer de manière graduelle.

Seule une révolution peut le renverser. Les humains font leur propre histoire, dans le cadre de contraintes matérielles. Cette histoire est le produit de luttes sociales. « La lutte des classes est toujours une lutte de classe d’ensemble, dans la plupart sinon dans toutes les sphères d’activité sociale » précise Ernest Mandel. La culture, les mœurs, la philosophie, les arts sont pourtant déterminés par une structure matérielle. L’idéologie dominante semble donc façonnée par la classe dominante sur le plan matériel. Une hégémonie idéologique peut également préparer une victoire révolutionnaire de la classe émergente. L’État apparaît comme une composante essentielle de la superstructure sociale. L’État permet d’imposer la contrainte et la répression mais il diffuse également l’idéologie qui permet de légitimer l’oppression. Les marxistes insistent sur la dictature du prolétariat. Les exploités s’emparent de l’État pour mettre en place un société sans État. Cette contradiction révèle la limite la plus importante du marxisme. Les moyens se distinguent des fins. 


L’économie classique s’attache à observer la réalité matérielle. La science économique ne se limite pas à un ensemble de valeurs morales pour justifier l’ordre existant. L’économie insiste sur la valeur du travail et des marchandises produites. Mais les économistes classiques considèrent la valeur comme un simple instrument de mesure sans s’interroger sur sa nature et son essence. Les économistes perçoivent l’économie comme statique. Ils refusent d’analyser les crises. Pour les marxistes, la concurrence crée une instabilité permanente et une évolution des techniques. Le marxisme s’attache à analyser la réalité économique. Le travailleur, par son activité, produit de la valeur supérieure à son salaire. Il s’agit de la plus-value qui s’apparente à un surtravail non rémunéré. La plus value permet le profit et l’accumulation du capital. Mais la baisse tendancielle du taux de profit peut provoquer des crises. 

 
 
           
                      
              
              Ernest MANDEL, une vie par almounadhil-a
 

 

Le marxisme et l’organisation révolutionnaire

 

Au cours de l’histoire, des révoltes de paysans ou d’opprimés ont dénoncé les injustices sociales. La société marchande n’est donc pas un ordre naturel inébranlable. Les utopistes tentent de réfléchir à une forme d’organisation sociale et politique. Ses critiques lucides de la société bourgeoise élaborent des pistes de réflexion pour penser la transformation sociale. Mais, pour Marx, la société sans classes ne peut provenir que de la lutte sociale. Le capitalisme doit également être abolit dans sa totalité, et non par la propagation de communautés locales. Surtout les utopies, en dehors de celles de Fourrier et de Flora Tristan, s’apparentent à des régimes autoritaires imposés par une minorité. La société sans classes ne peut provenir que d’un mouvement d’auto-organisation et d’auto-émancipation de l’immense majorité. 

 

Auguste Blanqui incarne le passage de l’utopie à l’action. A partir de 1830, il prépare des insurrections et anime des révoltes. Mais il passe la plupart de se vie en prison. Il est enfermé notamment pendant la Commune de Paris. Les blanquistes rejoignent ensuite le mouvement ouvrier révolutionnaire et se rallient au marxisme. Blanqui insiste sur la dimension politique de l’exploitation et s’attache à renverser l’État. Ernest Mandel estime, comme Blanqui, que la révolution provient d’une minorité de révolutionnaire bien préparée. Ce qui peut dériver vers la monopolisation du pouvoir par des activistes bureaucratiques. Mais Ernest Mandel évoque les limites d’une action politique qui se réduit à la conspiration d’une minorité. L’élitisme de ce type d’action ne permet pas la jonction avec les mouvements spontanés des masses. Ses activistes sont issus d’un prolétariat pré-industriel qui ne saisit pas la nature du capitalisme.

Pour Marx l’action révolutionnaire doit provenir d’une large partie de la population avec les salariés et l’ensemble du prolétariat. Le projet d’auto-organisation du prolétariat devient alors une priorité. L’émancipation politique doit permettre l’émancipation économique et sociale. Les conditions matérielles actuelles ne permettent pas la libération individuelle et l’accès à la jouissance.  

 

Le mouvement ouvrier émerge en Grande-Bretagne. Les associations de compagnons d’artisans esquissent des formes d’auto-organisation. Les luddites n’hésitent pas à détruire les machines pour généraliser la grève. Le chartisme apparaît comme le premier mouvement ouvrier de masse. Les chartistes luttent pour l’instauration du suffrage universel. Le mouvement ouvrier se développe à travers le monde. Il ne découle pas d’une réflexion intellectuelle mais de l’organisation des exploités pour lutter contre leurs conditions d’existence. Les ouvriers s’organisent entre eux, indépendamment du patronat, pour défendre leurs intérêts propres. 

Mais le mouvement ouvrier semble parfois corporatiste et ne s’étend pas à l’ensemble du territoire, à l’exception du chartisme en Angleterre. Seule une minorité de prolétaires participe à la lutte des classes. Surtout, le mouvement ouvrier semble réformiste. Il se limite à des revendications à moyen terme et s’intègre à la démocratie bourgeoise. Le mouvement ouvrier semble avoir des difficultés pour devenir autonome par rapport aux institutions politiques. 

Marx et Engels défendent pourtant les syndicats comme organisations permanentes de la lutte des classes. Ils ne critiquent pas l’intégration des syndicats aux institutions bourgeoises. Ils insistent sur la création de partis politiques. Cette réflexion débouche sur la création d’un parti par Lassale en Allemagne. Marx contribue à donner une dimension révolutionnaire au mouvement ouvrier. L’Association internationale des travailleurs (AIT) tente de réunir toutes les organisations ouvrières au-delà des frontières. Marx insiste sur le projet révolutionnaire avec l’appropriation collective des moyens de production, la société sans classe et l’auto-organisation du prolétariat. Les luttes immédiates doivent s’articuler avec une perspective de révolution sociale. 

 

Ernest Mandel présente le parcours de Marx et Engels. Il s’identifie probablement à ses intellectuels qui ne vivent pas la condition de prolétaire. Mais ils refusent de se limiter au constat et à l’analyse de la question sociale sans en tirer une conclusion politique. Ses intellectuels décident alors de participer à la Ligue des communistes et à l’Association internationale des travailleurs. Ils peuvent ainsi mieux comprendre la condition ouvrière. 

 

Ernest Mandel insiste sur les apports du marxisme à la réflexion intellectuelle et à la lutte révolutionnaire. Cette pensée permet de briser la séparation entre les différentes sciences sociales. Une réflexion globale permet d’analyser tous les aspects de l'existence humaine. Ensuite le marxisme donne une perspective révolutionnaire aux luttes sociales. L’activisme et l’immédiatisme sont régis par l’urgence et le zapping permanent. Dans les luttes actuelles, la gestion du présent prime sur la réflexion vers un horizon révolutionnaire. La pensée marxiste doit permettre d’articuler théorie et pratique, action immédiate et réflexion révolutionnaire.

En revanche, le marxisme peut également sombrer dans le scientisme et le marécage politicien. L’histoire du marxisme léninisme, en dehors des bains de sang, se limite à la construction du Parti. Le militantisme routinier prime alors sur les désirs. L’attente du Grand Soir occulte la nécessité de bouleverser la vie quotidienne. Les marxistes léninistes se cantonnent aujourd’hui à l’espérance d’une prise de pouvoir, souvent à travers les élections, afin de gérer le capital par la bureaucratisation et l’étatisation de l’existence.

Ensuite, les marxistes peuvent également se réfugier dans la théorie. La spéculation intellectuelle et la croyance théorico-scientiste devient la seule prise de révolutionnaires impuissants. A l’époque de Mandel, le marxisme aspire à devenir une science qui regroupe toutes les sciences. Mais cette volonté totalisante, malgré ses limites, peut aussi permettre de penser la construction d’une autre société.

 

Repris sur zones subversives

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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 10:02

chomage.jpgLa crise, avance et broie les gens sur son passage. Voici une depeche de la presse bourgeoise sur une chomeuse qui déclare vouloir vendre ses organes pour se payer un logement. Cela relève plus du cri à l'aide que de la réelle vent d'organe mais cela n'en est pas moins révélateur...

 

La chômeuse espagnole de 44 ans qui a mis en vente ses organes pour se loger (Capture d'écran / El Mundo)

Désespérée, une chômeuse espagnole de 44 ans a annoncé, dimanche 11 novembre, qu'elle vend ses organes non indispensables à sa survie pour pouvoir se payer un logement. Elle explique au quotidien "El Mundo" avoir "d'abord mis en vente un rein" et "maintenant proposer aussi les cornées de [ses] yeux, un de [ses] poumons, un morceau de [son] foie", etc.

Je vends n'importe quel organe de mon corps à qui peut le payer, et je fais cela parce que je suis tout simplement désespérée", poursuit-elle.

L'Espagnole précise qu'elle a "reçu un préavis d'expulsion". "Ma fille et moi, nous n'avons pas de famille, nous ne savons pas où aller", raconte-elle. La vente de ses organes servira à obtenir et payer un logement, "un endroit digne".

"El Mundo" affirme qu'une première annonce de vente d'organes a été publiée il y a deux semaines, mais qu'elle n'a pas encore reçu d'offre. Un médecin à Melilla a déjà été contacté dans la perspective d'un prélèvement.

Toutefois, le quotidien espagnol précise que les autorités seront sûrement mises au courant. La quadragénaire encoure 12 ans de prison pour trafic d'organes.

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 11:38

  terrorisme.jpgUn article de Feu de prairie sur traitement des opposants politiques sous l'étiquette de "terrorisme"...

 

Ça y est, c’est fait, Aurore Martin a été extradée par l’état français vers son voisin espagnol, qui la jugera en dépit de tout bon sens – et même contre le droit que les états se fixent eux mêmes pour légitimer leurs pratiques… Un seul prétexte justifie cela et tant d’autres choses. La lutte contre le « terrorisme ».

Mais qu’est ce que le terrorisme? Wikipédia nous dit que c’est tout simplement « l’emploi de la terreur à des fins politiques ». On peut bien sûr trouver de bien meilleures définitions mais celle ci est assez claire dans sa simplicité. L’Union Européenne, qui a reçu cette année le « prix nobel de la paix » (et pourquoi pas le prix Kadhafi des droits de l’homme tiens? Tant qu’à rigoler), tient ainsi à jour une liste de mouvements jugés terroristes de par le monde. Bien sûr, faire l’apologie de ces mouvements, les soutenir, afficher leurs symboles voire remettre en cause leur désignation comme « terroriste » est répréhensible par la loi. Vous voyez où l’on veut en venir? Si vous défendez explicitement un de ces groupes dans ses actions, en usant de votre liberté d’expression et d’information, vous risquez de voir débarquer chez vous la police, d’être brutalisé, perquisitionné, insulté, jugé, etc, pour… éviter que vous n’employiez la « terreur à des fins politiques ». C’est d’une logique…

Cette liste inclut des groupes comme ETA, mais également comme le PKK ou le Parti Communiste des Philippines. Il est à noter que ces deux derniers groupes que nous prenons comme exemple sont engagés dans des guerres contre leurs états respectifs, bénéficiant d’un soutien populaire incontestable, appliquant différents programmes sociaux et culturels, dénonçant les crimes d’état (on peut dans certains cas parler sans risque de politique génocidaire), et la plupart de leurs actions militaires visent les forces de répression – police et armée. La classification de mouvements politique de ce genre comme « terroristes » est très révélatrice. Il s’agit non pas d’une classification objective mais d’un combat idéologique, d’une propagande bien organisée. Puisque le seul terrorisme réellement applicable dans sa définition première est en fait le terrorisme d’état. Avez-vous peur le soir d’être égorgé par un maoïste philippin, ou de voir votre voiture dynamitée par une combattante kurde? De notre côté, ce n’est pas un souci réel, puisqu’on ne souffre pas de paranoïa aiguë… Il est donc nécessaire de porter le débat sur l’emploi même du vocabulaire lié au terrorisme par les médias, et de combattre cette propagande assimilant toute résistance populaire à du « terrorisme ».

Mettre dos à dos  tous les mouvements n’entrant pas dans le cadre de la légalité pour les décrédibiliser a deux intérêts pour le système. Primo, cela permet de les présenter comme une force marginale, indéfendable, voire inhumaine. Un guérillero sera l’équivalent juridique d’un jihadiste barbare ou d’un fasciste tuant des dizaines de jeunes sur une île (voire d’un tortionnaire de Guantánamo pour ceux qui font au moins l’effort de ne pas se limiter à la « légalité » des actes). Secondo, cela légitime les actions d’un état qui se montre en protecteur de ses citoyens, arrêtant les méchants (bon, quitte à leur interdire toute possibilité d’expression et à les brutaliser un peu, mais c’est pour leur bien).

Quelques exemples historiques: la désignation comme « terroriste » des résistants au fascisme partout en Europe, notamment en France, où les médias ne manquaient pas de présenter les combattants de la liberté en poseurs de bombes. Le « patriot act » restreignant drastiquement les libertés aux USA au nom de la lutte… Pour la liberté. Ou plus récemment l’acharnement du pouvoir contre la « nébuleuse autonome » en France (qui aurait commis le crime, dans sa diversité, de retarder des trains, bon en fait peut-être pas mais dans le doute il vaut mieux surveiller illégalement tout ça, etc).

La base de la répression, de la terreur d’état, est juridiquement « l’état d’exception », aussi appelé « dictature » dans la Rome antique, qui consiste à allier autoritarisme et mépris des libertés individuelles ou collectives pour le « plus grand bien de la société »; et idéologiquement, l’idée de casser toute résistance populaire (on se fout pour notre part des véritables terroristes isolés, nihilistes, réactionnaires, nazis partisans du « lone wolf », salafistes, etc, ils constituent au mieux des prétextes à la répression) par la militarisation sociale, ce que nos camarades du FRAP appellent le « fascisme moderne », avec tout un panel de mesures de contrôle de la population. Nos camarades du Laboratoire d’Urbanisme Insurrectionnel et du Secours Rouge font à ce sujet un remarquable travail d’information et d’analyse, parmi d’autres.

On en arrive à des situations ubuesques: un citoyen américain a ainsi huit fois plus de chances d’être tué par un policier que par un « terroriste » (et s’il est noir, n’en parlons même pas…). Voilà le retournement sémantique présent dans la prétendue « guerre contre le terrorisme », mettant en place de fait un véritable terrorisme d’état. Tout militante ou militant politique peut être arbitrairement victime de celui-ci, que ses actions soit légales ou non, comme l’actualité le prouve. D’un côté nous avons un état d’alerte « exceptionnel » prolongé ad nauseam avec le maintien par exemple du plan Vigipirate habituant la population des quartiers populaires à voir l’armée patrouiller les lieux publiques. D’un autre, l’abrutissement massif relayé par les médias de masse de la bourgeoisie permet de généraliser le discours sur le bien-fondé de cette politique. « Si quelqu’un en subit les conséquences, c’est bien fait, il devait avoir quelque chose à se reprocher, c’est un délinquant »… Mais toi qui défends les politiques sécuritaires d’aujourd’hui, qui vis dans la peur de menaces inexistantes pour mieux oublier le contrôle sur ta vie, quand tous les « délinquants gauchistes » seront en prison, qui te défendra contre le rouleau compresseur du système?

Voilà pourquoi nous luttons contre ces politiques, et entre autres choses pour la libération d’Aurore Martin détenue par un système n’ayant pas fait le deuil du franquisme, pour faire connaître les crimes des états, et la légitimité des luttes populaires de par le monde. Néanmoins il nous faut être honnêtes; c’est vrai, si les classes populaires n’ont aucune raison de craindre nombre de groupes politiques étiquetés comme « terroristes », ce n’est pas le cas de tout le monde. De façon diffuse les classes dominantes – la bourgeoisie – ont peur. Peur des soulèvements populaires et de ce que cela impliquerait. C’est une peur légitime, produite par la conscience refoulée des crimes commis. La roue de l’Histoire tourne. Comme disait Yves Peirat, « il est temps que la peur change de camp », et c’est petit à petit le cas. Poussées à bout les masses sont héroïques, elles ne craignent plus la mort. Si les révolutions sont la terreur des puissants, elles sont la fête du peuple …

 

http://feudeprairie.wordpress.com/

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 14:45

solidarite-14-novembre.jpg

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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 17:16

zad.jpg

 

Depuis le 30 octobre les forces de police arrivées en nombre à la ZAD de Notre Dame des Landes se sont lancées dans une grande opération de nettoyage et de destruction des maisons et cabanes. Des personnes ont été amenées au poste puis libérées dans la soirée, aujourd’hui certains se sont retrouvés menottés à un arbre pendant plusieurs heures. Ce soir la Zad est marquée par les nombreux dégats des engins de destruction mais la détermination reste intacte.

Mercredi 31 octo­bre
On compte pour aujourd’hui 4 inter­pel­lés parmi les occu­pants et de nom­breux contrô­les d’iden­tité, cer­tains poli­ciers étant même accom­pa­gnés d’une « phy­sio­no­miste » lors des contrô­les. Les caba­nes ont été sys­té­ma­ti­que­ment vidées de leurs occu­pants puis détrui­tes, les occu­pants se per­chaient sur les toits, dans les arbres. Des grim­peurs de la police inter­ve­naient alors pour les délo­ger. Un des grim­peurs de la police a fait une chute de 5 mètres (tout seul) depuis une cabane.

De nom­breu­ses per­son­nes sont arri­vées aujourd’hui de toutes parts pour sou­te­nir les occu­pants. Certaines expul­sions ont été jugées illé­ga­les ce qui n’a pas empe­ché les actions poli­ciè­res en cours de conti­nuer.
La ZAD est dévas­tée.

Les infos de la jour­née par les occu­pants de la ZAD : http://zad.nadir.org/spip.php?arti­cle471

Mardi 30 octo­bre
De 5 heures du matin à 19h 15, les forces de police ont mené dans une offen­sive majeure contre les habi­tants de la ZAD. Très tôt les voies d’accès ont été blo­quées. Tirs de fla­sh­balls, de gre­na­des, de lacry­mos, arri­vées de grues, les grands moyens sont uti­li­sés. Des bles­sés sont à déplo­rer dont un cor­res­pon­dant de 7Seizh (média par­ti­ci­pa­tif breton ) ainsi que d’autres mili­tants aux bles­su­res légè­res. Deux per­son­nes ont été ame­nées au poste mais libé­rées dans la soirée.
Des mani­fes­ta­tions de sou­tien se sont tenues, aussi bien à Notre Dame des Landes où 200 mani­fes­tants se sont réunis ainsi qu’à Redon et à St Brieuc.

Appel à un ras­sem­ble­ment de sou­tien sur place pour la jour­née du 1er novem­bre :
http://nantes.indy­me­dia.org/arti­cle/26449

Face aux expul­sions, manif de réoc­cu­pa­tion le 17 novem­bre :
https://rebel­lyon.info/NDdL-ZAD-Face-aux-expul­sions-le-17.html

Pour suivre les évolutions en direct :
https://zad.nadir.org/spip.php ?arti­cle465
http://7seizh.info/notre-dame-des-landes-forte-ope­ra­tion-poli­ciere-avant-l

le com­mu­ni­qué de presse rédigé mardi matin : https://zad.nadir.org/spip.php ?arti­cle467

« Ils nous jet­tent à la rue, donc on assume et on l’occupe ! En occu­pant la route, on créé un moment éphémère dans cette lutte contre l’aéro­port Grand ouest. Un moment de ren­contre pour celles et ceux qui par­ti­ci­pent à cette lutte, un moment pour mon­trer que même si des mai­sons sont expul­sées et détrui­tes, ainsi que des jar­dins col­lec­tifs et des pota­gers, cela n’entame en rien notre déter­mi­na­tion. »

 

Repris sur Rebellyon.info

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 17:55

Un reportage de Solidarité antifasciste sur les progès du fascisme en Grèce et les ripostes...

 

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 12:52

MLF_soldtat-27a31.jpgIl y a quelques mois, elles tenaient conférence à Paris, à l’occasion de la sortie d’un recueil de textes de l’éphémère revue Questions Féministes. Au cœur de ce dialogue entre Christine Delphy et Sabine Lambert, la question de la mémoire des luttes féministes et celle du mouvement féministe en général. Un échange passionnant, qui valait bien une retranscription.

 

 

A l’occasion de la réédition de Questions Féministes aux éditions Syllepse1, Le Lieu-Dit2 accueillait le 10 mai dernier une rencontre-débat en présence de Christine Delphy, sociologue, chercheuse au CNRS et co-fondatrice de la revue, et Sabine Lambert, sociologue et préfacière de l’ouvrage. Cet énorme bouquin (1 000 pages) rassemble des textes, devenus pour certains introuvables, publiés entre 1977 et 1980 dans Questions Féministes, revue de réflexion et de combat pour penser l’oppression et la libération. Compte-rendu.

.
...

Sabine Lambert3 : « Évoquons d’abord l’histoire de Questions Féministes et le contexte dans lequel elle est apparue. La revue voit le jour en 1977 - une décennie après la re-naissance difficile du mouvement féministe en France. Des groupes féministes se constituent dès 1967-68, dont FMA4 créé par Jacqueline Feldman et Anne Zelensky, rapidement rejointes par Christine Delphy et Emmanuèle de Lesseps [cofondatrices de la revue]. Ces groupes existent donc, mais ils ont beaucoup de difficultés à se rencontrer, à savoir qu’ils existent mutuellement. Cela commence à changer en 1970, quand des manifestations féministes, notamment à l’université de Vincennes ou à l’Arc de Triomphe, leur permettent de se rencontrer.


Le 26 août 1970 à l’Arc de Triomphe, neuf féministes - dont Christine Delphy, Emmanuèle de Lesseps, Monique Wittig et l’écrivaine Christiane Rochefort - déposent ainsi une gerbe de fleurs à la mémoire de la femme du soldat inconnu, avec ce message : «  Il y a plus inconnu encore que le soldat : sa femme  ». Ça a du panache ! Le lendemain, la presse française annonce la naissance du mouvement de libération de « Lafâme française », toujours la même, mais ça permet au moins au mouvement d’exister médiatiquement, et donc aux groupes féministes de se rencontrer.

À partir de ce moment, le mouvement prend de l’ampleur. En novembre 1971, elles sont cette fois des milliers dans la rue, réclamant la contraception et l’avortement libres et gratuits, et scandant des slogans comme « Les femmes dans la rue, pas dans la cuisine », « Roulées par le patron, baisées à la maison ». Mais si le mouvement s’étend, ses fondatrices - qui sont pourtant écrivaines ou chercheuses - peinent à publier leurs textes. Parce qu’elles n’osent même pas, ça leur paraît impossible, ou parce qu’elles essuient des refus de publication, malgré l’appui indéfectible de Simone de Beauvoir. Comme l’écrit Christine Delphy : «  Les hommes parlent doublement à notre place. Ils parlent de nous, les femmes, et ils le font depuis des lieux dont nous sommes proscrites.  » Soit les médias et l’université. Colette Guillaumin, qui est sociologue et a également participé à la revue, écrit à propos de l’université « Une femme citée, c’est l’exception. Une femme citée avec précision par les autres auteurs, c’est le miracle.  »

Dans ce contexte, il apparaît urgent pour le mouvement féministe de créer un lieu de débat théorique. Au risque, sinon, de laisser à d’autres le soin d’écrire ce qu’est le mouvement, ce qu’il cherche, ce qu’il doit chercher, ce qu’il veut. De laisser à d’autres la possibilité de tracer les limites du mouvement féministe. Et de laisser à d’autres la possibilité de maintenir dans l’ombre des pans entiers de l’oppression que nous subissons. Dès 1977, le projet politique des fondatrices de la revue Questions Féministes propose un autre horizon aux femmes que celui du sexe biologique comme unique destinée, ou celui de la résignation. C’est un projet politique radical, qui ne consiste absolument pas en une réforme, mais bien à l’abolition du système d’oppression. Elles s’inscrivent dans une perspective radicale, anti-essentialiste5 et matérialiste. C’est-à-dire que les hommes et les femmes ne sont pas pensés comme des essences, des catégories statiques qui seraient issues de la nature, mais comme des catégories sociales résultant d’un rapport au pouvoir tyrannique et organisées en système : le patriarcat.

Avec cette revue, il s’agit de désigner clairement l’oppression, sous sa lumière la plus crue, de la décrire dans tous ses aspects, d’en chercher les causes, les mécanismes, et les outils pour en sortir. De proposer, en somme, une théorie de l’oppression des femmes. Les huit numéros abordent des thématiques extrêmement diverses : les mutilations sexuelles, la maternité, la virilité, le travail, la justice, la sexualité, les médias, le racisme, la prostitution, la pornographie, le viol, les violences... Certains articles sont devenus des classiques de la pensée féministe. Je pense par exemple à « Nos amis et nous » de Christine Delphy, à « Masculinité/féminité » de Nicole-Claude Mathieu, à « Pratique du pouvoir et idée de nature », de Colette Guillaumin. L’article « Violence et contrôle social des femmes », de Jalna Hanmer, est ainsi le premier en français à traiter dans une revue de la question des violences contre les femmes6. Cette violence, on la retrouve dans la revue, sous une forme extrêmement crue, avec le récit que fait Marie-Andrée Marion de son viol dans l’article intitulé « Viol en procès ». Là se crée vraiment un écho entre l’analyse théorique et le récit brut. Ce qui permet à des pans entiers d’une réalité jusque là ignorée d’émerger, pour pouvoir ensuite être quantifiés, étudiés, pris en compte. C’est donc une forme d’héritage qu’on leur doit, nous, jeunes chercheuses.

Une autre dimension a beaucoup compté pour les fondatrices de la revue : la question de la transmission de leur histoire et de l’histoire de leurs luttes. Christine Delphy écrit dans le numéro 7, en 1980 : « Si, oubliant d’où vient cette société, nous minimisons le chemin que nous lui avons fait parcourir, ce n’est pas pour nous que c’est grave, mais pour celles qui suivront. Car comment sauront-elles alors ce que serait cette société sans nos luttes ? De qui apprendront-elles que nos luttes et nos luttes seules ont fait bouger les choses, et que seules leurs luttes les feront bouger plus loin ? Comment se défendront-elles contre l’idéologie dominante qui à tout moment, en ses multiples versions, présente comme l’effet d’un progrès qui marche tout seul, d’un processus quasi naturel, assimilable à la dérive des continents, les quelques centimètres arrachés à nos oppresseurs par la lutte ?  » Et celles qui suivront, c’est moi, c’est nous, qui sommes nées à peu près en même temps que la revue.
Questions Féministes m’a permis de comprendre cela, en tant que jeune militante, chercheuse et sociologue : il y a eu des luttes féministes. Ça paraît idiot, évident. Pourtant, au cours de ma vie, au cours de ma scolarité, on m’a résumé l’histoire des droits des femmes à une femme, deux hommes et trois dates. Soit le général De Gaulle, 1945, pour le droit de vote ; Lucien Neuwirth, 1967, pour la pilule ; Simone Veil, 1975, pour le droit à l’avortement. Une femme, deux hommes, trois dates, et des droits tombés du ciel, sans luttes, sans histoire de luttes. À tel point que je me demandais : qu’est-ce que voulaient ces femmes, qui manifestent sur les photos en noir et blanc ? Comme si ces droits étaient concédés comme par miracle, et qu’on nous dise maintenant : « Tout va bien. Il reste juste encore, on en convient, quelques légers détails techniques à régler, comme la conciliation de la vie personnelle et professionnelle – problème typiquement féminin, les femmes concilient et les hommes vivent, c’est bien connu –, le fait d’avoir des enfants ni trop tôt ni trop tard, pas trop de cellulite et l’air épanoui... Voilà le programme ! »

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Réaliser qu’il y a eu des luttes féministes est absolument capital à un moment où l’histoire féministe est parfois réécrite, voire carrément effacée. Effacée pour nous faire croire qu’il n’y a pas eu de luttes, qu’il n’y a même pas eu d’oppresseurs. Effacée pour nous faire oublier ce que nous devons à celles qui nous ont précédées. Effacées pour qu’on considère que ces femmes appartiennent à un autre monde, sans aucun point commun avec nous. Je pense que ces oublis de notre histoire sont extrêmement dangereux, et qu’ils nous condamneraient - nous, celles qui suivront, et celles qui suivront celles qui suivront - à toujours repartir de zéro. À éternellement redécouvrir notre histoire. La réédition de ces huit numéros agit donc vraiment pour moi comme une piqûre de rappel. Voilà notre histoire, voilà d’où nous venons.

Savoir d’où on vient implique aussi de s’interroger sur où on va, sur où va le mouvement féministe. En lisant la revue, je me suis posée cette question : « Est-ce que nous sommes toujours d’accord avec la posture radicale des fondatrices ?  » Parce que leur projet est vraiment radical : il s’agit de travailler à supprimer la hiérarchie des sexes, et il faut donc pour cela détruire la différence des sexes. Aujourd’hui, les milieux scientifiques et militants proposent plutôt de jouer avec cette différence des sexes que de la détruire. On nous dit : « Jouez avec les stéréotypes ! » Comme s’il était possible, ne serait-ce qu’un instant, de prendre son indépendance vis-à-vis des structures sociales... Genre : je domine le lundi, tu domines le mardi, et le mercredi, c’est radio libre... La lecture de la revue m’a ainsi fait comprendre qu’il ne s’agit pas de chercher une potion magique pour rendre la réalité acceptable, ou d’aménager au mieux cette réalité. On n’aménage pas l’oppression, et on ne négocie pas avec l’oppresseur. Questions Féministes ne propose pas de coller la revue sur le mur pour faire comme s’il n’existait pas, mais de casser ce mur, de « forcer le siège », comme elles l’écrivent dès le numéro 1, en 1977.

Leurs textes permettent ainsi de subvertir un ordre des choses qui nous paraît naturel, inébranlable. De réellement le subvertir, pas de faire semblant, ni de jouer avec les stéréotypes. Cela paraît d’autant plus important que nous vivons une période de backlash, où les sexes ont été renaturalisés – c’est la nature, débrouillez-vous, il n’y a pas de solution, l’histoire est arrêtée – et où les femmes sont en permanence renvoyées à la nature et à leur individualité. On leur dit, on dit aux femmes, on nous dit : « Si vous avez des problèmes, si vous sentez qu’il y a quelque chose qui ne va pas, c’est forcément que le problème vient de vous. Le problème, il faut le chercher en vous. »
Quand le mouvement féministe est né, on a répondu à celles qui s’en réclamaient : «  Qu’est-ce que vous voulez ? Pourquoi vous manifestez ? Il n’y a pas de problème. » Et maintenant, on nous dit : « Qu’est-ce que vous voulez ? Pourquoi vous manifestez ? Il n’y a plus de problème. » On est passé de «  Il n’y a pas de problème » à « Il n’y a plus de problème  ». Je ne sais pas quand ils ont accepté de voir qu’il y en avait. Certainement jamais.

Questions Féministes m’a permis de relativiser et de casser la croyance selon laquelle les choses avaient bien changé et que je n’avais rien à voir avec « elles ». Ce n’est pas une chose facile de rompre avec cette croyance, surtout quand on a grandi comme moi avec le sentiment d’être des presque égales. C’est presque fait, on y est presque. Cette prise de conscience est même douloureuse. Mais pour avoir envie de contester l’oppression, encore faut-il avoir le sentiment d’être opprimée. Il faut pouvoir identifier son oppression et se dire : « Oui, voilà, je le vis. » Ça nécessite vraiment de renoncer à cette idée rassurante qu’on serait sortie d’affaire, ou presque. D’être attentive à ce qu’on vit et d’être exigeante pour nous-mêmes, de ne pas se contenter de ce qu’on veut bien nous laisser, des presque choix, des presque libertés, une presque égalité. Cette histoire n’est pas arrêtée, figée ; ce qui nous semble immuable ne l’est absolument pas et ne l’est jamais.
Maintenant, j’aimerais que Christine Delphy évoque cette question de l’héritage. Trente ans après tes questionnements sur la transmission de l’histoire des luttes, quel bilan en dresses-tu ? »

.

Christine Delphy  : « Depuis plusieurs années, on voit en effet de multiples signes d’un backlash. Dans le sens d’un retour de bâton, d’un sérieux retour en arrière. À partir des années 1980, on a pu dire que le mouvement féministe ne disparaissait pas, mais que les groupes se spécialisaient. D’une certaine façon, c’est vrai : il reste encore des mouvements féministes. Comme l’AVFT7, dont on entend beaucoup parler ces jours-ci à cause de la décision scandaleuse et infâme du Conseil Constitutionnel d’abroger, sur la demande d’un accusé de harcèlement sexuel, la loi sur le harcèlement sexuel8. Mais en réalité, le mouvement féministe n’est plus, depuis longtemps, capable de réagir à quoi que ce soit d’une façon vraiment forte et unitaire.

À l’époque où on a lancé la revue, il existait beaucoup de journaux féministes. Nous ne l’avons donc pas créée parce qu’on ne pouvait pas écrire dans ces journaux, mais parce qu’on ne pouvait pas y publier de textes longs, théoriques. Tout ça, aujourd’hui, c’est fini. Pourquoi ? Il s’agit vraiment d’une question de rapports de force. Contre nous, il y avait - et il y a toujours - toute la puissance du patriarcat, qui est évidemment la même que celle du capitalisme, toute la puissance des journaux féminins, toute la puissance des journaux tout court. Soit un ensemble de forces absolument faramineux contre une poignée de femmes sans argent et sans pouvoir… Cette coalition médiatique et idéologique a réussi à retourner l’opinion, ou plus exactement à décréter dès le milieu des années 1970 qu’être une femme est une condition, une condition déplorable, dont on ne guérit d’ailleurs pas.

Le mouvement n’a en France jamais vraiment existé aux yeux du grand public, c’est-à-dire de la grande presse. Aux États-Unis, il y a eu un état de grâce : pendant deux ans, la presse a admiré les féministes, les a encensées, et caetera. Elle a ensuite décrété qu’elles étaient mortes, ou inutiles, et dangereuses. Ça n’est jamais arrivé pour nous. En 1971, alors que le mouvement avait déjà un an, quelqu’un a dit : « Il n’y aura pas de mouvement féministe en France.  »9 Comme si c’était une maladie qui ne pouvait atteindre que les États-Unis et non la France. Et dès le milieu des années 1970, on disait que le féminisme n’existait plus. Rotman et Hamon ont ainsi affirmé dans leur livre Génération10 - un bilan important, même si partial, de la génération de Mai 68 - que le mouvement féministe avait vécu, qu’il avait été utile en son temps mais qu’il était devenu inutile car il avait conquis ce qui devait l’être.

C’est très curieux : avant même que se constituent les mouvements de libération, dès le milieu des années 1960, on entendait que les femmes n’avaient vraiment aucune raison de se plaindre. Qu’il n’y avait plus rien à gagner puisqu’elles avaient déjà tout. Tout avait été fait, et les femmes avaient le choix. Ce choix merveilleux, que les hommes leur envient d’ailleurs : soit elles travaillaient, soit elles restaient à la maison – une chance extraordinaire. En somme, les femmes faisaient ce qu’elles voulaient. Si elles le désiraient, elles travaillaient, et il était dès lors entendu qu’elles n’avaient pas à assumer de travail domestique. Ou bien elles restaient à la maison, et elles en assumaient la charge.
C’était donc le même discours, et je pense qu’il reviendra sans arrêt. À chaque fois que surgira un nouveau mouvement féministe, les mêmes questions seront posées : De quoi vous plaignez-vous ? Vous avez déjà tout. Tout ce qui restait à conquérir, vous l’avez conquis dans les années 1970. Vraiment, on a fait tout ce qu’on a pu, et plus, on ne peut pas.

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Le bilan de la transmission n’est pas très positif : je pense qu’elle s’est très mal faite. On est toujours tenté de culpabiliser à ce propos, surtout dans les petits groupes ou groupuscules gauchistes. Parce que nous étions comme un petit groupuscule gauchiste - sauf que les gauchistes, qui étaient quand même des hommes, ne nous aimaient pas beaucoup. Nous avions la même façon de fonctionner, c’est-à-dire qu’on pensait que tout était de notre faute. Et donc, s’il n’y avait pas de transmission, c’était certainement qu’on avait mal fait quelque chose...
En réalité, je ne pense pas que ça ait été le cas. Disons plutôt qu’il y a eu - et il y a toujours - un système politico-médiatique qui travaille à effacer nos traces, nos luttes. Qui pose que ces luttes, même si elles sont anciennes, surtout si elles sont anciennes, ont été nécessaires à leur époque, mais que s’obstiner encore serait faire preuve d’hystérie. Nous avons eu affaire - et nous avons toujours affaire - à ça, et je crois qu’il faut se rendre compte que nous en avons encore pour un bon bout de temps. Ce sera le cas tant que les féministes n’auront pas conquis des bases de pouvoir, des lieux d’où elles pourront s’adresser aux autres et contrecarrer le discours dominant. Aujourd’hui, nous ne sommes toujours pas en mesure de le faire.

Continuons le parallèle avec les groupuscules gauchistes : l’argent était un gros mot, et il ne fallait surtout pas en avoir. À l’époque, j’ai remarqué que c’était encore pire pour les femmes. Quand on parlait de sommes qui dépassaient les 12 000, 13 000 ou 15 000 euros, elles n’écoutaient plus. Leurs yeux partaient dans le vague. Les sommes en question leur semblaient tellement énormes qu’elles étaient au-delà de leur capacité de compréhension. Non parce qu’elles sont des femmes - je ne pense pas que ça ait à voir avec les hormones, encore que sans doute il y ait des scientifiques très sérieux qui cherchent de ce côté-là - mais parce qu’elles n’ont pas d’argent et qu’elles sont opprimées. J’ai rencontré exactement les mêmes réactions chez les petits agriculteurs que j’ai interviewés : au-delà d’une certaine somme, ils ne faisaient plus de différence. C’était au-delà de ce qu’ils pouvaient concevoir : la limite de leur imagination correspondait – disons – à la valeur de leur exploitation. Soit déjà beaucoup plus que ce que les femmes avaient à leur disposition. Beaucoup plus que ce que nous, nous pouvions imaginer.
Comme on ne peut pas l’imaginer, et comme on ne peut pas non plus imaginer les sommes qu’il faut pour s’adresser au public, on sent qu’il y a un cap psychologique à franchir que les femmes – car, j’insiste, les féministes sont dans la majorité des cas des femmes – n’ont pas encore franchi. Pour toutes ces raisons, liées de façon intrinsèque à notre oppression, nous n’avons pas pu transmettre notre histoire. La jeune génération n’a pas vraiment profité de cet héritage, de ce savoir. Nous tendions bien nos petits bras avec nos petits bâtons de relais, mais la vague de propagande qui était contre nous a complètement étouffé ça.

Depuis un an ou deux, on sent par contre un frémissement : il se forme de nouveaux groupes féministes. L’année dernière, au moment de l’affaire DSK, j’ai ainsi découvert un certain nombre de blogs où existe un ton différent – je pense notamment au blog de Sandrine Goldschmidt11 ou à celui d’Isabelle Germain12. Il y a sans doute une évolution – on a parlé de seuil psychologique ou d’obstacle psychologique – dans la façon d’appréhender la différence de pouvoir dans la société. Un autre ton émerge, et c’est positif. Par exemple, la campagne que Sandrine Goldschmidt et Muriel Salmona ont lancée, Pas de justice, pas de paix, est quelque chose qui n’aurait sans doute pas pu être fait il y a trente ans. Le niveau de conscience féministe s’est élevé. Ou pour le dire autrement, il y a un abaissement de la tolérance des femmes à l’oppression. De certaines femmes. C’est déjà un résultat extraordinaire. Évidemment, ce contre quoi elles se battent13, c’est le fait qu’elles n’aient même pas osé porter plainte contre leur(s) agresseur(s). Le premier pas, malheureusement, c’est déjà de dire : « Voilà, je n’ai même pas pu porter plainte pour telle et telle et telle raison. Et il y a beaucoup de raisons.  » D’une certaine façon, il y a donc une transmission de quelque chose qui est un seuil de tolérance plus bas vis-à-vis de l’oppression. »

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Sabine Lambert : « Dans le premier numéro, vous parliez des inquiétudes que vous aviez concernant la double récupération du mouvement féministe, à la fois par la gauche et par la droite. Qu’est-ce que ça signifiait ? Est-ce encore d’actualité ? »

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Christine Delphy : « C’est Emmanuèle de Lesseps qui avait écrit cette partie-là de l’éditorial. Elle faisait allusion à notre positionnement par rapport à l’ensemble du mouvement féministe existant depuis 1970. Deux tendances coexistaient : « Psy et Po »14, qui était une tendance résolument différentialiste, et « Lutte de classes », qui était... disons que je ne veux pas en dire du mal, mais je ne veux pas en dire du bien non plus. Cela renvoie à ce qu’on entend maintenant – non à propos du féminisme, parce que de toute façon, on ne parle plus tellement du féminisme – à propos du racisme. Il y a toujours des gens pour dire qu’il n’y a pas vraiment de questions raciales, que la question sociale prime. Et la question sociale, c’est aujourd’hui le nouveau mot qui est utilisé pour parler du capitalisme sans le nommer. Le capitalisme n’a plus tellement la cote, sauf dans certains cercles, et c’est donc une façon de dire que tout se résume à la lutte entre le prolétariat et le capitalisme. Comprenez donc, prétendent-ils : c’est ça la seule, la vraie question. Vous n’avez pas fini d’entendre cette chanson-là à propos du racisme : il n’y aurait pas de question spécifique du racisme. Nous, on l’entendait sans arrêt. Ce refrain revient, et il reviendra d’autant plus fort qu’il y aura à nouveau un mouvement féministe. Parce qu’il y a toujours des tentatives de le museler, de la part des groupes qui prétendent représenter l’ensemble des opprimés, mais qui n’en représentent qu’une partie, qui elle-même représente une partie qui les représente eux-mêmes… Ils représentent surtout leurs théories, et ils voudraient que tout s’emboîte bien, comme des poupées russes : un grand oppresseur tout en haut, et ensuite les autres oppressions qui vont par ordre d’importance. Et nous en avions marre d’entendre les gauchistes dire qu’on était la priorité n°57... Il ne s’agissait pas de dire que le capitalisme, c’est bien ; mais juste de souligner que l’oppression des femmes, c’était autre chose.

Nous considérions donc que ces deux tendances du mouvement féministe – qui n’était pas uni, il faut le rappeler : si on pose qu’il est né en juin 1970, on peut considérer que différents groupes sont apparus dès septembre 1970 – nous portaient préjudice et présentaient des dangers. Ceci dit, nous n’avons pas réduit ces dangers. Par exemple, la première fois que nous avons présenté la revue dans un groupe de féministes radicales que nous pensions acquises à notre théorie, nous avons été confrontées à beaucoup de présupposés naturalistes. Quand on disait que ce n’était pas une question de constitution physique, et caetera, on s’est aperçu que certaines femmes se disaient féministes radicales, mais qu’elles entendaient par là qu’elles n’étaient ni différentialistes, ni « lutte des classes » ; les femmes étaient quand même pour elles un groupe biologique. »

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Sabine Lambert : «  Comment avez-vous réussi à positionner la revue, entre démarche théorique et mouvement militant ? »

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Christine Delphy : « Nous étions sociologues, anthropologues, psychologues, etc, nous avions donc des éléments de théorie. Nous nous sommes servies de ces éléments théoriques, mais pas de façon affichée, en revendiquant une appartenance à tel ou tel courant de pensée. Ça ne veut pas dire qu’on n’en a pas... Personnellement, je reste très marxienne. Pas marxiste, parce que les marxistes m’ont excommuniée, mais marxienne.
Bref, il y avait des éléments théoriques, mais ce n’était pas ce qu’on essayait d’expliquer. On essayait d’expliquer de nouvelles théories qui n’avaient jamais été faites. Et je pense qu’on y est arrivé. Il y a une cohérence, une continuité d’un texte à l’autre dans cette revue.

Comment a-t-on articulé le militant et le théorique ? Pas forcément en allant distribuer la revue dans les manifestations. Il nous importait plutôt d’écrire d’une façon claire et à l’opposé des modes qui prévalaient alors – et qui prévalent toujours. Soit cette idée qu’intellectuel équivaut à obscur ; plus c’est obscur, plus c’est bien. Et chiant... C’était donc un souci permanent.
Nous étions la première revue de ce type – parce qu’il y a eu d’autres publications qui se sont créées, la Revue d’En Face15, par exemple, qui a duré beaucoup moins longtemps. Et dès le premier numéro, nous avons cherché des textes à l’extérieur du collectif de rédaction ; mais en demandant toujours aux auteurs – quitte à leur faire remanier sérieusement leur texte – de ne pas jargonner. Il s’agissait par exemple d’écrire « les gens se marient entre eux » plutôt que « homogamie ». Car le jargon n’est compris que par le collègue sociologue : ça ne nous intéressait pas. Nous voulions être compris par les féministes, et les féministes n’étaient pas forcément des intellectuelles. C’était très important pour nous. Nous pensions que la théorie - qui est une arme - devait non seulement être lisible, mais aussi accessible à tous. Même s’il reste le problème de l’écriture : elle demeure un privilège, et nous avons très souvent remarqué un blocage quand nous demandions des textes à des militantes dites « de terrain ». Nous avons entrepris beaucoup de choses, mais nous ne les avons pas toutes réussies. »

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Sabine Lambert : « C’est une des choses dont je n’ai pas parlé, et qui m’a vraiment étonnée quand j’ai parcouru ces textes : j’ai ri. Les textes sont drôles, enlevés. Ça me sortait des revues scientifiques habituelles, dont on a parfois l’impression qu’elles essayent de ne surtout rien dire. Et de ne pas être comprises. Là, c’est très clair, ça ne tourne pas en rond et il y a énormément d’humour. Je ne savais pas qu’on pouvait être sociologue et écrire ainsi ; ça m’a soulagée. Il y a même des passages d’anthologie, notamment ceux qui décryptent les théories scientifiques dominantes ; certains passages sur Freud sont à mourir de rire. Je me suis rendue compte que la pensée et les productions scientifiques sont, une fois mises à nu, extrêmement risibles.

Pour en revenir à la question de l’héritage... Tu as demandé à Simone de Beauvoir d’être directrice de publication de la revue. Est-ce, là aussi, une question d’héritage ? »

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Christine Delphy : « Nous voulions que Simone de Beauvoir soit directrice de publication parce qu’elle nous avait déjà aidées – elle avait soutenu le mouvement féministe dès 1971, elle était présente à la grande manifestation de novembre 1971 pour l’avortement16, puis à la journée de dénonciation de crimes commis contre les femmes à la Mutualité en 197217. Elle représentait un lien avec notre passé, bien au-delà de sa personne, soit cette idée que des femmes nous avaient précédées, et que ces féministes de la fin du XIXe siècle jusqu’en 1970 étaient oubliées.
Je n’en avais alors jamais entendu parler. Entre nous, on évoquait les suffragettes et on en rigolait. Ce sont les historiennes féministes qui ont finalement sorti du placard ces pauvres squelettes qui avaient été sacrifiés, bafoués pour l’exemple. Le mouvement féministe a été stoppé au déclenchement de la guerre de 14-18, ses grandes figures ont été ignorées ou ridiculisées, sans jamais être nommées. En cinquante ans seulement, le sable avait recouvert ces premiers mouvements. Et c’est exactement ce que je redoutais qu’il arrive en 1981, quand j’écrivais pour celles qui suivraient.

Je me souviens que nous avions arraché à l’éditeur de Partisans18 ce numéro spécial paru en 1970, qui s’appelait « Libération des femmes année 0 ». C’était quand même incroyable de l’appeler « année 0 »... Une historienne très connue, dont le nom m’échappe, nous l’a reproché à raison. Cela montre que nous n’avions malheureusement qu’une très vague idée de l’histoire des idées féministes. Pour nous, elle commençait avec Simone de Beauvoir. Ce qui est faux. C’est même le contraire : Simone de Beauvoir a écrit au sujet de la querelle du féminisme qui était terminée. Quand elle a publié Le Deuxième Sexe en 194919, il s’agissait justement d’une de ces périodes de ressac : il fallait jeter un voile, pas glorieux, sur ces dépouilles, ces querelles, et caetera. Simone de Beauvoir croyait, grosso modo, que du point de vue de la loi, tout ce qui pouvait être gagné l’avait été. Et c’était ce que nous entendions encore à la veille de 1970. Simone de Beauvoir s’en est rendue compte et a appuyé le mouvement féministe de toutes ses forces.
Cette lutte pour l’histoire nous semblait donc très importante. Parce que nos ennemis avaient toujours gagné, et ils continuent de gagner en niant notre histoire et notre existence a posteriori. Ils essayent de les nier sur le moment, mais surtout a posteriori. Ce qu’on entend encore aujourd’hui, c’est : « Il n’y a plus rien à gagner, il n’y a plus rien à faire. Tout ce que vous pouvez désirer, vous l’avez déjà. » Ce qui veut plus ou moins dire : « Tout ce que vous pouvez avoir, tout ce que nous sommes prêts à concéder, nous vous l’avons déjà accordé. Et plus, on ne vous donnera pas.  » S’élever contre cet interdit, cet oukase, est très difficile. Parce que dans notre situation, nous n’avons pas intérêt à heurter la bonne volonté des hommes de bonne volonté - c’est ainsi qu’ils s’appellent entre eux... »

 

Repris sur Article 11

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 07:59

nantesn.jpgVoici le communiqué du collectif pour une Alternative libertaire de Nantes en rappart à l'expulsion de la ZAD de Nantes...

 

Depuis mardi 16 octobre, d'énormes moyens policiers ont été mobilisés pour « nettoyer » la ZAD et expulser les militants anti-aéroport qui squattent plusieurs lieux et cultivent la terre, sur la zone (2000 ha) dédiée au futur aéroport de Notre Dame des Landes. Selon le préfet, les opérations sont « à peine à mi-parcours...pour remettre en état ce périmètre...et sécuriser l'intervention des entreprises » (Vinci en tête).

J. M Ayrault n'a pas hésité à octroyer au préfet des moyens importants: 600 CRS, 400 gardes mobiles, GIPN, hélico, tractopelles, pelleteuses... le tout aux frais du contribuable qui paie l'hébergement à l'hôtel de la flicaille de toute la région.

A grands renforts de gaz lacrymogènes et intimidations de toutes sortes (contrôles d'identité systématiques pour tous, y compris les habitants des communes entourant la ZAD, interpellations, gardes à vue, interrogatoires sauvages...) l'assaut à été lancé mardi 16 à 6h30, pour selon le préfet « neutraliser l'ensemble des moyens de séjours illégaux ».

Il y a environ 150 à 200 personnes résidant sur la ZAD, soutenus par des élus des communes proches, des habitants (ACIPA), des agriculteurs, des militants. Les expulsions ayant été anticipées, la résistance s'est organisée sur la ZAD: barricades sur les routes, occupations des toits et des arbres... et à Nantes: manifestations quotidiennes.

7 maisons squattées ont été expulsées, 2 lieux ont été détruits mais dès le 19 une autre maison était réoccupée et plusieurs lieux ne sont pas expulsables avant le 27 octobre.

Le coup de force policier devrait donc continuer, criminalisant les militants anti-aéroport et créant une immense zone de non-droit dans les communes du nord de Nantes (Notre Dame des Landes, Vigneux de Bretagne, Fay de Bretagne...) où les habitants doivent subir contrôles d'identité, interrogatoires, fouilles de véhicule (réquisition obtenue le 19 octobre qui permet de contrôler tout le monde). Tout est sous contrôle policier. La ZAD et ses alentours sont devenus une immense zone de non droit où l'Etat au service de Vinci a suspendu les libertés les plus élémentaires telles la liberté de circulation, la liberté de manifester...

La manifestation du 20 octobre à Nantes a réuni 1500 à 2000 personnes, de nombreuses organisations politiques et syndicales (Parti de Gauche, NPA, Alternatifs, AL, CNT, Confédération paysanne, Solidaires, FASE, ACIPA) et des élus, avec un silence criant du côté d'EELV qui, en 2011, promettait pourtant qu'aucun accord de gouvernement avec le PS ne serait signé sans retrait de ce projet.

Les expulsions ordonnées par Ayrault interviennent de plus dans un contexte de lutte pour le logement ayant entraîné l'occupation du Lieu Unique, haut lieu culturel nantais, car 300 personnes sont à la rue. Le PS et sa ministre du logement Duflot, n'hésitent donc pas à expulser 150 personnes de plus avant l'hiver et le préfet se paie en plus le luxe de saisir le procureur au sujet de « certains écrits inadmissibles d'opposants invitant à la lutte armée et à intervenir avec violence dans des entreprises. » A priori, le PS s'attaque aussi à la liberté d'expression. Face à ce coup de force, la résistance doit continuer et s'organiser pour stopper ce catastrophique projet d'aéroport!

                   Pour suivre les évènements sur la ZAD: http://zad.nadir.org

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