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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 10:48

220px-Flashball_-_French_Police_01.jpgVoici un article qui explique pourquoi le 17 octobre 1961, ou la police gaulliste sous les ordres de Maurice Papon massacra plus de 300 algériens, reste toujours d'actualité....

 

[…] C’est une image irrécupérable du passé qui risque de s’évanouir avec chaque présent qui ne s’est pas reconnu visé par elle. »
Walter Benjamin, Sur le concept d’histoire

Un peu partout en France, des rassemblements sont organisés en ce jour pour rendre hommage aux victimes du 17 octobre 1961. Ce mardi soir là, sous une pluie battante, la police parisienne a réprimé dans le sang la manifestation organisée par la fédération de France du FLN pour protester contre le couvre-feu imposé aux Algériens.
Sous les ordres de M. Papon, préfet de police de Paris et ancien préfet de Constantine[1], les forces de police se déchainent : des Algériens sont arrêtés, tabassés, matraqués, jetés par-dessus les ponts de la capitale et de ses environs, torturés pendant des jours dans les locaux de la préfecture de police, des commissariats ou du dépôt de Vincennes. Une ratonnade institutionnelle en bonne et due forme. Quelques Marocains et Tunisiens, pris à tort pour des Algériens figurent également parmi les victimes. Le bilan est estimé à 300 morts. Plus que des morts, il s’est agi le plus souvent de « disparus ». Et un « disparu », c’est pire qu’un mort, il vous hante à vie, on ne peut ni l’enterrer, ni commencer tout à fait le travail de deuil.
Selon toute vraisemblance, les rassemblements de 2012 brasseront bien moins de monde que ceux de l’année dernière. 2011 a en effet bénéficié du double éclairage médiatique et politique que constituaient le cinquantenaire du massacre et l’entrée dans une année électorale. Ces éléments n’expliquent pas à eux seuls le peu d’intérêt manifesté par les Algérien-ne-s en France et plus largement les descendant-e-s de l’immigration coloniale et Afro-descendant-e-s pour la date du 17 octobre en particulier, et ce type de commémorations en général. Il nous semble d’ailleurs important de nous pencher un instant sur un tel désintérêt.
Celui-ci nous semble provenir en premier lieu des méthodes mêmes de mobilisation. A l’exception de 2011 (et dans une moindre mesure 2001 et 1991), les rassemblements pour rendre hommage aux victimes du 17 octobre 1961 ne réunissent la plupart du temps que des militant-e-s. La communication se fait dans les réseaux militants et une personne – fut-elle algérienne, noire, arabe, etc. – peu en lien avec ces milieux a très peu de chance d’entendre parler du rassemblement qui a lieu dans sa ville (d’autant que les médias dominants relaient assez peu ce genre d’informations).
Si ce n’est pas qu’un simple problème d’information, ça n’est pas non plus celui d’un déficit de « politisation » des populations immigrées, qui seraient peu « conscientes » de l’importance de commémorer un tel événement. Ces populations, notamment les plus démunies, sont parfaitement « conscientes » de leurs conditions de vie et des réalités de la société française. Personne – et encore moins les militant-e-s qui ne partagent pas ces conditions – n’a à leur donner de leçons sur la manière dont elles doivent vivre leur misère.
Si ces rassemblements qui dénoncent pourtant la sauvagerie de la répression d’Etat attirent si peu de monde, ce n’est donc pas seulement à cause d’un « reflux militant » ou d’une « dépolitisation » de la population. C’est surtout – et c’est là le cœur de notre propos – parce que ces rassemblements s’inscrivent dans un type de militantisme assez classique, et même dépassé, assez peu en lien avec les mobilisations concrètes contre la répression d’Etat actuelle. Et même assez peu en lien avec les conditions mêmes d’existence des populations noires, arabes, asiatiques et musulmanes qui vivent dans les quartiers pauvres de France. Luttes contre la répression d’Etat et commémorations du 17 octobre drainent ainsi deux types de publics pour une cause qui semble pourtant commune.
Car le 17 octobre 1961 est pour nous un peu plus que quelques lignes dans les livres d’histoire ou quelques images d’archives en noir et blanc diffusées à de trop rares occasions. Il ne s’agit pas non plus d’une « page sombre » de l’histoire de France, ou l’expression sanglante d’un racisme colonial désormais suranné. Pour nous, le 17 octobre se conjugue d’abord et avant tout au présent. Et si l’on ne massacre plus aujourd’hui sur le territoire français à si grande échelle et sur un aussi court laps de temps, les familles de victimes de crimes policiers et pénitentiaires savent mieux que quiconque que les conditions qui ont présidé à la tuerie du 17 octobre ne sont pas révolues[2].
On peut bien sur nous soupçonner d’exagérer ou de forcer le trait. Il est vrai qu’aujourd’hui un Arabe peut se balader à son aise dans le Quartier Latin à Paris, voir un film ou fumer une chicha en toute quiétude. Mais il peut tout aussi bien finir dans un transfo ou au mitard et ne jamais en revenir.
La puissance symbolique du 17 octobre 1961 réside à la fois dans l’ampleur de la tuerie et dans sa dimension sacrificielle. On insiste systématiquement sur le caractère non-violent de la manifestation organisée à Paris par la fédération de France du FLN, sur le fait que les manifestants étaient non armés. Si les dirigeants de la fédération n’ignoraient en rien l’état d’esprit qui régnait alors au sein des services de police français et les risques qu’ils faisaient prendre à leurs compatriotes, rien ne permet de les dépeindre comme le fait Rachid Bouchareb   dans Hors la loi comme des cyniques qui envoient sciemment les Algériens se faire massacrer[3].
En étant systématiquement mise en avant, cette dimension sacrificielle fait ainsi perdre de vue les données toujours actuelles qui rendirent si faciles l’exécution des Algériens : le racisme de la société française et des services de police, la déshumanisation concomitante dont étaient l’objet les Algériens. La propagande officielle faisait passer ces derniers pour des tueurs de flics[4]. Pour exciter les policiers, les transmissions radio faisaient ainsi état le soir du 17 octobre 1961 de tirs des manifestants contre les forces de l’ordre, et même de morts parmi celles-ci.
Mais de manière opportune, cette dimension sacrificielle sera par la suite constamment utilisée par les responsables politiques eux-mêmes pour montrer que la répression de telle ou telle manifestation ultérieure s’est faite avec bien plus de retenue et a fait bien moins de victimes. On souligne dès lors la retenue des policiers durant mai 68, devant tel ou tel piquet de grève, durant les révoltes de 2005, etc. Lors du procès en appel des « tireurs présumés » de Villiers-le-Bel, les policiers et le ministère public se féliciteront du comportement de la police, qui n’aura pas fait usage de ses armes à feu durant les deux nuits de révoltes consécutives à la mort de Lakhamy et Moushin suite au « parchocage » de leur moto par un véhicule de police. Une police qui se félicite de n’avoir tué personne lors de révoltes consécutives à un meurtre commis par elle[5].
Si la police continue de tuer – le plus souvent des Noir-e-s et des Arabes – elle continue aussi de se mobiliser, à travers ses syndicats, pour réclamer qu’on la laisse toujours plus donner libre cours à sa violence débridée. En cela, le corps policier a réitéré à maintes reprises sa fidélité au 17 octobre 1961. Durant la période qui a précédé ce massacre, plusieurs syndicats de police ont manifesté leur mécontentement devant ce qu’ils estimaient être un certain « laxisme » de leurs autorités de tutelle à l’endroit des Algériens. Plus près de nous et de façon similaire, des syndicats de police n’ont pas hésité à se mobiliser à Grasse suite aux condamnations à des peines de sursis des meurtriers d’Abdelhakim Ajimi (Ayr). Plus récemment encore, des policiers ont défilé de façon spectaculaire sur les Champs-Elysées à Paris pour protester contre la mise en examen de leur collègue qui a abattu Amine Bentounsi (Ayr) d’une balle dans le dos à Noisy-le-Sec dans la soirée du 21 avril 2012. Ces syndicats en ont profité pour réclamer à nouveau que leur soit systématiquement appliquée une « présomption de légitime défense[6] ».
Face à la persistance de cette répression d’Etat, les revendications visant à la reconnaissance par ce même Etat des crimes du 17 octobre 1961 – qu’il continue pourtant de perpétrer – apparaissent bien mal venues. Sans vouloir faire injure aux nombreux collectifs qui se mobilisent sur cette question, parmi lesquels le Collectif « 17 octobre 61 », la revendication d’une prise en charge par l’Etat de cette mémoire collective dont nous sommes porteurs a un effet terriblement démobilisateur en termes d’autonomie, d’organisation collective et de construction d’un véritable rapport de forces. A propos des lois dite commémoratives, spécialement la loi Gayssot, S. Zizek note ainsi que :
Tout en voulant affirmer les faits de l’Holocauste, ces lois neutralisent leur efficacité symbolique. A travers elles, la mémoire de l’Holocauste est externalisée, si bien que l’individu s’en trouve exempté. Qu’on m’interpelle sur le sujet, il me suffira de répondre tranquillement : « Le devoir de mémoire est inscrit dans, et réglementé par, nos textes de lois. Le problème est donc pris en charge. Qu’est-ce que vous voulez de plus ? Laissez-moi vivre en paix ! »[7]
S’il est important de garder cette mémoire du 17 octobre vivante, de veiller à ne pas l’externaliser, c’est bien parce que « du point de vue des indigènes, la mémoire ne fait sens que si elle est articulée à la critique radicale de la situation postcoloniale qui est la leur aujourd’hui » (S. Khiari, Pour une politique de la racaille). Cette critique – pour nécessaire qu’elle soit – restera inefficace et assez peu pertinente si elle n’est pas elle-même articulée à des actions concrètes, à un ancrage « militant » dans les quartiers où vivent précisément les Noir-e-s, Arabes, Asiatiques, Rroms et musulman-e-s de ce pays. S’en tenir à une critique abstraite de l’ordre postcolonial – qu’elle se veuille ou non « radicale » – ne saurait suffire, surtout en matière de répression d’Etat, où :
Il y a eu et il y aura toujours un décalage entre la décision qui est prise dans une réunion de s’intéresser à une affaire et le fait d’aller sur le terrain, de parler avec les gens, de faire avec eux. Ce n’est pas la même chose. Ce n’est ni le même degré de responsabilité, ni d’implication, ni même de légitimité. Très peu de militants sont allés au bout de cette démarche. On n’en tire pas une gloriole, mais c’est un chemin que d’autres avant nous ont tracé et que nous avons essayé de suivre à notre façon. C’est ce chemin-là qu’il faut continuer[8].
Nos ainés se sont battus pour l’indépendance de l’Algérie. Et si la foire d’empoigne pour s’accaparer les ressources du nouvel Etat a bien eu lieu, il y avait aussi des militants sincères et courageux, qui ont pris des risques et se sont exposés physiquement, eux et leurs familles, à la répression de l’Etat en France. Une certaine fidélité à cette tradition combattante est plus que jamais en crise aujourd’hui, à l’heure du repli individualiste, du « carriérisme » et du militantisme événementiel. Or, c’est bien l’image irrécupérable du 17 octobre 1961 qui risque de s’évanouir avec chaque lutte contre la répression d’Etat qui ne s’est pas reconnue visée par elle.
Marseille, le 17 octobre 2012.

[1] Entre 1956 et 1958, Maurice Papon occupe les fonctions d’inspecteur général de l’Administration en mission extraordinaire (IGAME) pour les départements de l’Est algérien (Constantine, Annaba, Batna et Sétif). Voir J-L Einaudi, La bataille de Paris, Média-Plus Algérie, 1994.
[2] Voir Sidi Mohamed Barkat, A propos d’un massacre colonial, Le colonisé comme corps d’exception, 17 octobre 1961 (URL : http://17octobre1961.free.fr/pages/dossiers/barkat.htm).
[3] Quelques « approximations » parmi d’autres d’un film dont les visées intégrationnistes font prendre à son réalisateur bien des libertés avec la réalité des événements.
[4] Si les cadres de la révolution algérienne se sont toujours divisés sur l’opportunité de mener des actions violentes sur le territoire français (au risque de tarir la source que constituaient les cotisations des quelques 400 000 Algériens présents en France), 61 policiers furent tués et 384 blessés entre 1957 et septembre 1961. Pour les seuls mois d’aout et septembre 1961, 11 policiers furent abattus et 17 blessés par le FLN. Voir J-L Einaudi, La bataille de Paris, op. cit.
[5] Voir sur ce même site l’article de Jamel des Lilas, « A Villiers-le-Bel, la souffrance est la même », A propos du procès en appel de cinq Noirs, (URL : http://www.etatdexception.net/?p=202).
[6] Voir sur ce même site notre article La peine de mort a été abolie, pas la mise à mort, Retour sur l’exécution d’Amine Bentounsi, (URL : http://www.etatdexception.net/?p=1056).
[7] Slavoj Zizek, Violence, Au diable vauvert, 2012, p. 151.
[8] Tarik Kawtari, Du comité national contre la double peine au Mouvement de l’Immigration et des Banlieues (entretien), in A. Boubeker et A. Hajjat (coord.), Histoire politique des immigrations (post)coloniales, Edtions Amsterdam, 2008, p. 209-210.
Rédigé par Rafik Chekkat (October 17th, 2012)
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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 11:43

marcel-duchamp-3.jpgVoici un article de zones subversives qui retrace les liens entre avant gardes artistiques et révolution. Que cet article intéressant ne nous fasse pas oublier le refus de toutes les avant gardes...

 

De Dada au Refus global, les manifestes artistiques et poétiques expriment un rejet de la civilisation marchande. Leur démarche permet de penser une rupture révolutionnaire avec l'ordre existant.

 

Un livre récent retrace la parcours des avant-gardes artistiques. Louis Gill analyse le lien entre révolte artistique et mouvement politique. Selon lui, les avant-gardes passent d’une simple révolte de l’esprit, incarnée par Dada, à l’action politique pour révolutionner la société. 

 


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Révoltes artistiques au Québec

 

Louis Gill ouvre sa présentation par le manifeste Refus global. Ce texte rédigé par Paul-Émile Borduas est signé par de nombreux artistes québécois en août 1948. Peinture, sculpture, dessin, animation d’émissions de radio ou de télévision, écriture, poésie, théâtre, chorégraphie, danse, photographie médecine et psychiatrie demeurent les activités principales des signataires. Ce manifeste attaque la société québécoise des années 1940. L’ordre social semble sclérosé, étouffant et puritain. Ce texte « est une affirmation de l’absolue nécessité de la liberté et de l’indépendance de la pensée et de la création artistique et littéraire » résume Louis Gill. 

Contre la domination et l’ordre moral, ce texte s’attache à la créativité et à la sensibilité artistique. « La honte du servage sans espoir fait place à la fierté d’une liberté possible à conquérir de haute lutte » affirme le manifeste. L’échec des révolutions sociales, en Russie et en Espagne, est ensuite évoqué. La religion et la civilisation matérialiste fondent l’ordre social. « Rompre définitivement avec toutes les habitudes de la société, de désolidarisé de son esprit utilitaire » devient l’objectif des signataires. « Place à la magie ! Place aux mystères objectifs ! Place à l’amour ! Place aux nécessités ! », poursuit le texte. Paul-Émile Borduas s’inscrit dans une perspective clairement révolutionnaire de renversement de l’ordre existant pour libérer l’individu. « Au terme imaginable, nous entrevoyons l’homme, libéré de ses chaînes inutiles, réaliser dans l’ordre imprévu, nécessaire de la spontanéité, dans l’anarchie resplendissante, la plénitude de ses dons individuels » affirme le texte. « Nous poursuivrons dans la joie notre sauvage besoin de libération » conclue le manifeste. 

L’indépendance artistique et la créativité doivent détruire les contraintes sociales. Refus global s’inscrit dans la perspective d’une libération générale de la société et des esprits. Mais le manifeste ne se réduit pas à une simple révolution sociale. « Comme si changement de classe impliquait changement de civilisation, changement de désirs, changement d’espoir ! » ironise le texte. 


Le manifeste Prisme d’yeux est publié au Québec en février 1848, six mois avant Refus global. Ce texte, rédigé par le peintre Jacques de Tonnancour, est signé par un groupe d’artistes emmenés par Alfred Pellan. Contrairement à Refus global, ce texte ne s’inscrit pas dans une perspective de transformation de tous les aspects de la vie. Prisme d’yeux s’attache à la liberté et à l’indépendance de l’art. Ce manifeste dénonce « l’art de propagande », qui peut inclure la démarche de Refus global

 

 

     dada de paris2 

 

Dada et la radicalité du négatif


Le mouvement Dada émerge pendant la Première guerre mondiale. Louis Gill décrit une « contestation globale, par l’absurde et le nihilisme radical, d’une société faillie qui a mené à la guerre et à la dévastation » pour évoquer ce mouvement. Hugo Ball lit un premier manifeste à Zurich en 1916. Il s’attache à l’inventivité du langage contre toutes les conventions. Ce mouvement artistique diffuse d’autres textes. Tristan Tzara rédige le Manifeste Dada en 1918. « J’écris un manifeste et je ne veux rien, je dis pourtant certaines choses et je suis par principe contre les manifestes, comme je suis contre les principes » ironise Tristan Tzara. Les manifestes du mouvement dada s’apparentent à des proclamations individuelles et à des provocations destinées à créer la controverse. 


A Paris, le mouvement est incarné par André Breton, Louis Aragon et Paul Eluard qui deviennent ensuite surréalistes. « Vive les concubines et les concubistes. Tous les membres du Mouvement dada sont présidents » écrit Louis Aragon, dans un texte à l’humour nihiliste, avant de devenir un stalinien de choc. « Nous avons besoin d’un corps libre et vide, nous avons besoin de rire et nous n’avons besoin de rien » proclame Paul Eluard. Dada attaque la logique et la froide rationalité à travers un humour ravageur qui tourne en dérision les valeurs qui fondent l’ordre social. « DADA ne reconnaissant que l’instinct condamne a priori l’explication. Selon lui, nous ne devons garder aucun contrôle sur nous-même. Il ne plus être question de ses dogmes: la morale et le goût » écrit André Breton

Ce mouvement exprime la révolte d’une jeunesse contre les valeurs traditionnelles d’une civilisation qui débouche vers la guerre. « A nos yeux, le champ n’était libre que pour une Révolution étendue vraiment à tous les domaines, invraisemblablement radicale » écrit André Breton. Mais, en France, dada semble détaché de la politique.


En Allemagne, au contraire, l’insurrection spartakiste et le mouvement ouvrier révolutionnaire inspirent la créativité des artistes. Plusieurs membres du mouvement dada participent activement à la révolte sociale dans l’Allemagne des années 1920. Le Comité central des Révolutionnaires dadaïstes de Berlin est créé en 1919. « L’expropriation immédiate de la propriété (socialisation) » devient un de ses mots d’ordre. Mais le Comité s’attache à des perspectives plus originales. « L’établissement d’un conseil consultatif dadaïste dans chaque ville de plus de 50 000 habitants pour la réorganisation de la vie… » donne une tonalité créative à la révolution prolétarienne. 

 

 

                                 

 

Les manifestes du surréalisme

 

Le mouvement surréaliste émerge dans le sillage de dada à partir de 1922. André Breton, chef de file du groupe, rédige un premier manifeste en 1924. « Le premier manifeste affirme le rôle nécessaire, aux yeux du surréalisme, de l’imagination et du rêve comme dimensions de la découverte de l’univers, qui ne sauraient se réduire à la logique, à la rationalité et aux perceptions sensibles » résume Louis Gill. Le surréalisme s’appuie sur Freud et sur la découverte de l’inconscient. L’écriture automatique doit permettre de libérer l’esprit, le rêve et l’imagination. 

Mais ce mouvement littéraire délaisse la politique. La « révolution surréaliste » s’apparente surtout à une révolution de l’esprit. « Le surréalisme n’est pas un moyen d’expression nouveau ou plus facile, ni même une métaphysique de la poésie. Il est un moyen de libération totale de l’esprit et de tout ce qui lui ressemble » affirme une Déclaration de 1925. Louis Aragon, avant de devenir stalinien fervent, qualifie la révolution russe de « vague crise ministérielle ». La révolte surréaliste ne semble pas impliquer l’action politique pour transformer le monde réel. 

 

Le Second manifeste de 1930 dresse un bilan du mouvement surréaliste. L’écriture automatique est décrite comme une « volonté d’insurrection contre la tyrannie d’un langage totalement avili ». Dans le sillage de Dada, le surréalisme attaque la raison et les valeurs traditionnelles qui fondent l’ordre social. « Tout est à faire, tous les moyens doivent être bons à employer pour ruiner les idées de famille, de patrie, de religion » explique le Second manifeste. 

La dimension politique du surréalisme devient très explicite. Ce mouvement se rattache désormais au matérialisme historique et au marxisme. André Breton « estime que nous ne pouvons pas éviter de nous poser de la façon la plus brûlante la question du régime social sous lequel nous vivons, je veux dire de l’acceptation ou de la non-acceptation de ce régime ». Les surréalistes demeurent méfiants à l’égard du Parti communiste malgré leur adhésion en 1927 et leur réflexion marxiste. En 1935, les surréalistes interviennent au Congrès pour la défense de la culture. Ils dénoncent l’attachement à la culture dénuée d’une perspective révolutionnaire. Ils méprisent le réalisme socialiste et l’imposture de la culture prolétarienne. Ils attaquent l’URSS et les intellectuels bureaucrates à son service, à l’image d’Aragon. 

Mais, si la révolution sociale demeure nécessaire, elle doit s’intégrer dans la perspective d’une révolution de tous les aspects de la vie. « Le problème de l’action n’est, je tiens à y revenir et j’y insiste, qu’une des formes d’un problème plus général que le surréalisme s’est mis en devoir de soulever et qui est celui de l’expression humaine sous toutes es formes » écrit Breton. En 1946, il rend hommage à Antonin Artaud et propose une perspective radicale. « Me paraît frappé de dérision toute forme d’ « engagement » qui se tient en deçà de cet objectif triple et indivisible: transformer le monde, changer la vie, refaire toutes les pièces de l’entendement humain » tranche Breton. 

 

 

  

L’art selon Léon Trotsky

 

Le manifeste Pour un art révolutionnaire indépendant est rédigé en 1938 par André Breton et Léon Trotsky, puis signé par le peintre Diego Rivera. Ce texte dénonce l’art officiel. Les régimes fascistes et staliniens asservissent l’art et la culture pour imposer leur propagande. Il dénonce également la marchandisation du domaine intellectuel et culturel. Breton et Trotsky se réfèrent au jeune Marx. « L’écrivain doit naturellement gagner de l’argent pour pouvoir vivre et écrire, mais il ne doit en aucun cas vivre et écrire pour gagner de l’argent » souligne Marx. La liberté doit être totale dans le domaine culturel. « En matière de création artistique, il importe essentiellement que l’imagination échappe à toute contrainte, ne se laisse sous aucun prétexte imposer de filière » expliquent Breton et Trotsky. Le dirigeant bolchevique, pourtant autoritaire et planificateur sur le plan politique, préconise un « régime anarchiste de liberté individuelle » dans le domaine artistique. « Ce que nous voulons: l’indépendance de l’art - pour la révolution ; la révolution - pour la libération définitive de l’art » résument Breton et Trotsky. 

Selon ce manifeste, la créativité ne doit se plier à aucune discipline et à aucune autorité. « Toute licence en l’art ! » devient le mot d’ordre qui résume cette démarche. L’activité intellectuelle ne doit se soumettre à aucune orientation politique. Mais il semble regrettable que Trotsky ne s’attache pas autant à la liberté des travailleurs, qui doivent subir la planification, qu’à celle des artistes. 

 

Léon Trotsky écrit L’art et la révolution en 1938. Il souligne la dimension subversive de l’art et sa nécessaire articulation avec la révolution. « De façon générale, l’homme exprime par l’art son exigence harmonie et de la plénitude de l’existence - c’est-à-dire du bien suprême dont le prive justement la société de classe. C’est pourquoi la création artistique est toujours un acte de protestation contre la réalité, conscient ou inconscient, actif ou passif, optimiste ou pessimiste » écrit Trotsky. Il évoque la récupération de la créativité artistique par la culture bourgeoise. Mais dans le contexte d’une civilisation qui s’effondre, l’art doit se reconstruire et se lier avec la révolution. 

Trotsky dénonce le réalisme socialiste. Il attaque également la culture prolétarienne puisque l’art révolutionnaire doit lutter pour une société sans classes. En URSS, des fonctionnaires de l’art dressent l’apologie de sinistres bureaucrates. La création ne doit pas être dirigée par un parti ou se soumettre à la discipline bolchevique. Mais les textes de Trotsky influencent peu les initiateurs du Refus global. Au Québec comme ailleurs les écrits du chef de l’Armée rouge subissent la censure et semblent peu connus. 

 

               

 

L’héritage des avant-gardes

 

En 1947, le manifeste Rupture inaugurale est rendu public. Il provient d’un groupe de surréalistes qui rejette le Parti communiste et la mascarade stalinienne. Rédigé par Henri Pastoureau il est signé par 48 personnes dont André Breton. Le PC est critiqué au nom d’un « attachement indéfectible à la tradition révolutionnaire du mouvement ouvrier » que les bureaucrates staliniens méprisent brutalement. Le PC s’englue dans la collaboration de classe avec la bourgeoisie. Le PC ne cesse de trahir la classe ouvrière et de combattre les mouvements révolutionnaires. Les surréalistes refusent de s’embrigader dans un parti. Ils rejettent le « dilemme que l’on retrouve à trop de coins de rue de notre temps, celui de l’inefficacité ou de la compromission » souligne le manifeste. Ce texte exprime une « offensive grand style contre la civilisation chrétienne » qui influence Refus global

 

Le premier manifeste du surréalisme demeure une référence de Refus global. Paul-Émile Borduas s’attache à l’automatisme expérimental qui s’appelle ensuite « surrationnel ». La créativité s’exprime contre la logique rationnelle qui régie l’ordre social, « en dessus des possibilités rationnelles du moment » dit Borduas. Les artistes membres du parti communiste critiquent Borduas et les automatistes. Selon les staliniens l’art doit se mettre au service de la révolution, ou se retrouve alors assigné dans le camp de l’idéalisme petit-bourgeois. Pourtant, les automatistes soutiennent activement les grèves et le mouvement ouvrier révolutionnaire. Mais ils rejettent autant l’étouffoir de la société autoritaire théocratique que la dictature de la bureaucratie stalinienne. 

Malgré une critique radicale de l’ordre existant, Refus global semble plus limité dans ses perspectives d’action politique. Le manifeste privilégie une « révolution dans les esprits » qui le rapproche des surréalistes. 

 

Louis Gill souligne l’apport de la réflexion des avant-gardes artistiques dans le contexte de la modernité marchande et du libéralisme existentiel. Il semble urgent de réactiver le lien entre lutte politique et créativité artistique. « Aujourd’hui, après 30 ans de néolibéralisme, qui ont dramatiquement appauvri la pensée politique, cette préoccupation apparaît comme appartenant à un passé utopiste révolu. Pourtant l’enjeu de l’indépendance de l’art et, au-delà, de l’activité intellectuelle, quelle qu’elle soit, face aux influences économiques et politiques demeurent d’une brûlante actualité dans un monde où toutes les composantes de la vie sociale sont soumises aux lois du marché » souligne Louis Gill.

Les normes et les contraintes semblent toujours plus oppressantes. La logique marchande colonise tous les aspects de la vie, jusqu’à la sphère intime. Le néolibéralisme fabrique des citoyens dociles et des salariés adaptables, détruit toute forme d’inventivité pour produire un mode de vie conformiste qui domestique le quotidien. La répression et le contrôle de la subjectivité, des désirs, de la jouissance peuvent renforcer la frustration, mais aussi raviver la révolte et la destruction joyeuse du monde marchand. Dans ce contexte, la libération de l’imagination, de la créativité et des désirs permettent de dessiner d’autres possibilités d’existence pour rendre la vie passionnante. 

 

Source: Louis Gill, Art, politique, révolution. Manifestes pour l’indépendance de l’art. Borduas, Pellan, Dada, Breton, Rivera, Trotsky, M éditeur, 2012

 

 

Articles liés:

L'explosion Dada

La révolution des surréalistes

Critiquer l'art pour passionner la vie

Rubrique "Avant-gardes artistiques et politiques"

 

Pour aller plus loin:

Didier Epsztajn, "L'indépendance de l'art - pour la révolution ; la révolution - pour l'indépendance définitive de l'art !" publié sur le site Entre les lignes entre les mots le 12 février 2012

Louis Cornellier, "Art et politique: une relation malaisée", Le Devoir, 24 mars 2012

Michel Nestor, "Sur les traces de l'anarchisme au Québec: les années 40", Ruptures n°5, Printemps 2005, publié sur Cause commune le site web de l'Union communiste libertaire (UCL)

Marc-André Cyr, "Claude Gauvreau, écrivain de l'anarchie", Ruptures n°7, Printemps 2007, publié sur Cause commune le site web de l'Union communiste libertaire (UCL)

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 11:56


gaz-de-schsite.jpgSuite aux permis de forages ayant trait à la "recherche" sur le gaz de schiste, les collectifs lancent un appel à tout le monde...


Devant l'imminence du démarrage des travaux de recherches sismiques par la
société Geo2X, mandaté par le détenteur du permis du Bassin d'Alès ;
Mouvoil SA, les collectifs appellent les citoyens du Gard et de l?Ardèche
à une vigilance renforcée pour la période à venir sur ces deux
départements.


Les premières démarches des maires concernés par ces travaux et des
collectifs de citoyens auprès de l'Etat (Préfectures du Gard et de
l'Ardèche ainsi que Ministère de l'écologie, du développement durable et
de l'énergie) n'ayant, pour l'instant, pas abouti, les collectifs des deux
départements lancent la veille sur les territoires concernés, activent
leurs systèmes d'alerte et préparent d'ores et déjà les actions de
mobilisation.


Chaque citoyen est invité à se préparer et :


1. VIGILANCE : à redoubler de vigilance et signaler toute circulation de
véhicules suspects, annonces en mairie, travaux inhabituels... au Comité
de Veille ardéchois (Tel. 06 23 66 15 51) ou gardois (Tel . 06 95 60 22
27).

Les Collectifs rappellent qu?il est important de passer par ce numéro et
le site Internet (http://www.stopaugazdeschiste07.org) afin qu?ils
puissent vérifier l?information avant d?alerter la population :

·    Observez bien et notez les détails le plus précisément possible :
date, heure, lieu, direction empruntée par le camion, nom de
l?entreprise...

·        Si possible faites une photo du camion et de la machine sur la
remorque.



2. COORDONNEES : Les personnes souhaitant être prévenues en cas d?alerte
sont invitées à faire passer leur n° de téléphone portable par courriel à
contact@stopaugazdeschiste07.org.
L?alerte sera transmise par SMS par le Collectif 07 en même temps qu?aux
pyramides téléphoniques mises en place depuis un an. Le site Internet
relayera cette alerte.

Pour toute information complémentaire, nous encourageons les habitants de
ces départements à se rapprocher d'un des collectifs le plus proche de
chez eux parmi tous ceux qui quadrillent le territoire.


PJ: photos des différents véhicules de la société Geo2X à identifier.

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 07:48

crise-financiere.jpgCette ana­lyse de la crise par Paul Mattick Jr est paru dans la revue et sur le site The Brooklyn Rail. Critical pers­pec­ti­ves on arts, poli­tics and culture, début 2009. On peut en lire le texte ori­gi­nal à l’adresse www.brook­lyn­rail.org/2009/02/expres…)]. Une tra­duc­tion franç­aise doit en paraître dans Echanges n° 128 (prin­temps 2008). C’est cette tra­duc­tion que nous pro­po­sons ci-des­sous.

Il a été précédé de En plein brouillard et Entreprise hasar­deuse, et suivi de Que faire ?.


ALORS QUE, EN 2008, la réc­ession éco­no­mique deve­nait une crise finan­cière et que la crise finan­cière se trans­for­mait en une réc­ession glo­bale, les référ­ences à la Grande Dépression des années 1930 se sont faites de plus en plus nom­breu­ses, et on s’est mis à parler de la crise éco­no­mique la plus grave depuis la seconde guerre mon­diale. On a cepen­dant peu men­tionné le fait que les dépr­essions éco­no­miques ont été réc­urr­entes dans l’éco­nomie capi­ta­liste depuis le début du XIXe siècle, ce qui a ins­piré une abon­dante litté­ra­ture théo­rique essayant de les com­pren­dre et a fait accu­mu­ler des matériaux sta­tis­ti­ques afin de les définir et les repérer.

Peut-être le véné­rable concept de « cycle éco­no­mique » fera-t-il quel­ques réap­pa­ritions dans les com­men­tai­res éco­no­miques du jour, en partie parce que les dépr­essions de l’après-guerre furent brèves et fai­bles, com­parées aux pré­céd­entes (l’his­toire éco­no­mique, du début des années 1800 à la fin des années 1930, a été divisée en pér­iodes à peu près égales de prospérité et de dépr­ession, ces der­nières deve­nant au fil du temps plus pro­fon­des et plus lon­gues). La prét­ention des éco­nom­istes keynésiens, après 1945, d’avoir mis fin aux cycles éco­no­miques en réglant minu­tieu­se­ment l’éco­nomie grâce aux contrôles gou­ver­ne­men­taux n’a pas survécu à la com­bi­nai­son d’infla­tion et de sta­gna­tion appa­rue dans les années 1970. La capa­cité de l’éco­nomie de rebon­dir rapi­de­ment après chaque pér­iode dif­fi­cile condui­sit alors des éco­nom­istes néolibéraux pleins d’une confiance nou­velle à prét­endre que le capi­ta­lisme était tout sim­ple­ment prospère par nature.

En réalité, la crise mon­diale actuelle, loin d’être une mystéri­euse ano­ma­lie, représ­ente le retour de l’éco­nomie capi­ta­liste aux plus som­bres aspects de son his­toire antéri­eure à la seconde guerre mon­diale. Les cycles prospérités/failli­tes sont appa­rus dès que la crois­sance d’une éco­nomie basée sur la mon­naie et la révo­lution indus­trielle eut conduit à l’établ­is­sement du capi­ta­lisme sur d’assez vastes ter­ri­toi­res, où il devint le système social domi­nant. Auparavant, bien sûr, la vie éco­no­mique était affectée par toutes sortes de cala­mités : guer­res, peste, mau­vai­ses réc­oltes. Mais le dével­op­pement du capi­ta­lisme amena quel­que chose de nou­veau : la famine accom­pa­gnant de bonnes réc­oltes et des mon­ta­gnes de nour­ri­ture, des usines fermées et des tra­vailleurs mis au chômage en pér­iode de paix, même s’ils avaient besoin des mar­chan­di­ses qu’ils pro­dui­saient. De telles rup­tu­res dans le pro­ces­sus normal de pro­duc­tion, dis­tri­bu­tion et consom­ma­tion étaient dues non à des trou­bles natu­rels ou poli­ti­ques, mais très précisément à des fac­teurs éco­no­miques : le manque d’argent pour ache­ter les mar­chan­di­ses néc­ess­aires, des pro­fits trop bas pour qu’il vaille la peine de main­te­nir la pro­duc­tion. Des dépr­essions majeu­res ont été observées chaque déc­ennie à partir des années 1820, gran­dis­sant en impor­tance jusqu’à la « Grande Dépression » de 1929. A chaque fois, on a vu le déclin de la pro­duc­tion indus­trielle, une montée bru­tale du chômage, la chute des salai­res (et d’autres prix) et la faillite des ins­ti­tu­tions finan­cières, précédée ou suivie de pani­ques finan­cières et de res­tric­tions du crédit. Chaque fois, la chute a été suivie d’un retour à un niveau de pro­duc­tion (et d’emploi) supérieur à ce qu’il était avant la crise. D’abord, seules les nations les plus développées en terme de capi­ta­lisme furent affectées (la crise de 1825 ne toucha que la Grande-Bretagne et les Etats-Unis). Mais au cours du siècle sui­vant, comme le capi­ta­lisme s’était étendu dans le monde entier et que les Etats étaient de plus en plus liés par les éch­anges de biens et de capi­taux, le cycle des crises et des relan­ces enva­hit de plus en plus de ter­ri­toi­res, même si tous ne vivaient pas ces phases de la même manière, ni avec la même inten­sité, ni au même moment.

Alors que les cham­pions du libre marché au XIXe siècle (les ancêtres des « néolibéraux » d’aujourd’hui) insis­taient sur l’impos­si­bi­lité d’une crise géné­rale du système éco­no­mique (opposée à des déséq­ui­libres tem­po­rai­res), d’autres éco­nom­istes rép­ondaient à ces argu­ments par des hypo­thèses sur les causes de ce mécan­isme cycli­que. Dans une éco­nomie de marché, les décisions concer­nant l’endroit où inves­tir , par suite pour quelle pro­duc­tion et en quelle quan­tité, sont prises avant de savoir quelle quan­tité d’une mar­chan­dise par­ti­cu­lière sera réel­lement achetée par les consom­ma­teurs et à quel prix ; ces décisions sem­blent de toute évid­ence rele­ver des fluc­tua­tions de l’acti­vité éco­no­mique, dans les­quel­les les différ­entes par­ties d’un système com­plexe s’ajus­tent les unes aux autres avec le temps.

Un autre aspect fon­da­men­tal du capi­ta­lisme – pour que le profit existe, la valeur monét­aire totale des mar­chan­di­ses pro­dui­tes doit être supéri­eure au mon­tant total des salai­res – suggère un déséq­ui­libre congé­nital entre la pro­duc­tion et la consom­ma­tion éventu­elle. Comme ces deux caractér­is­tiques sont cons­tan­tes dans cette société, cepen­dant, il est dif­fi­cile de voir com­ment elles peu­vent expli­quer cette alter­nance de pér­iodes de crois­sance et d’effon­dre­ment. Ces der­nières assez séri­euses, par­fois, pour donner à un grand nombre de gens l’idée que le système est réel­lement en train de som­brer. Les éco­nom­istes cher­chent des expli­ca­tions hors de l’éco­nomie elle-même, comme par exem­ple les taches du soleil dont la crois­sance et la décro­iss­ance parais­sent cor­res­pon­dre étr­oi­tement aux sta­tis­ti­ques éco­no­miques ; on pour­rait en effet conce­voir qu’elles affec­tent l’éco­nomie par leurs effets sur l’agri­culture. D’autres théories cher­chent à expli­quer l’aug­men­ta­tion ou la dimi­nu­tion des inves­tis­se­ments indus­triels en exa­mi­nant les vagues d’opti­misme et de pes­si­misme qui pour­raient être causées par des varia­tions du taux de mor­ta­lité.

Une expli­ca­tion plus plau­si­ble des schémas cycli­ques, en termes de varia­tions de la ren­ta­bi­lité des inves­tis­se­ments, res­sort des sta­tis­ti­ques éco­no­miques dressées depuis des déc­ennies par le Bureau natio­nal des recher­ches éco­no­miques de Washington telles que les ont exa­minées l’éco­nom­iste Wesley C. Mitchell et ses col­la­bo­ra­teurs. Le profit – je cite Mitchell, mais c’est pres­que un lieu commun – est « la différ­ence entre la somme qu’une entre­prise paie pour tout ce qu’elle doit ache­ter et la somme qu’elle reçoit pour tout ce qu’elle vend ». Comme une entre­prise doit cons­tam­ment réa­liser des béné­fices pour conti­nuer à prospérer, la for­ma­tion du profit est néc­ess­ai­rement le but de la direc­tion et de l’enca­dre­ment. Les décisions d’inves­tis­se­ment – où pro­duire et que pro­duire – sont condi­tionnées par cette quête même du profit. Parfois, les entre­pri­ses font mieux que l’ensem­ble de l’éco­nomie, dégageant en moyenne plus de profit qu’en d’autres pér­iodes. Et quand la moyenne des béné­fices est élevée, la société dans son ensem­ble pro­fite de cette prospérité ; par contre, la baisse des béné­fices conduit à la dépr­ession.

Qu’est-ce qui dét­er­mine ces varia­tions de la ren­ta­bi­lité des inves­tis­se­ments en capi­tal ? Cette ques­tion, à laquelle Mitchell ne répond pas vrai­ment, concerne non seu­le­ment les espoirs des capi­ta­lis­tes (et par suite leur volonté d’inves­tir) mais aussi leur capa­cité à inves­tir. En effet, l’argent dis­po­ni­ble pour l’inves­tis­se­ment est soit tiré des pro­fits exis­tants soit emprunté sur la garan­tie des béné­fices à venir. Ceux-ci, en fait, ne se matér­ia­lisent d’ailleurs que lors­que les emprunts ont été rem­boursés. Justement parce qu’elle est fon­da­men­tale, la ques­tion du niveau moyen des pro­fits pro­duits à n’importe quel moment, nous emmène au cœur même du système éco­no­mique. Comme Mitchell expli­quait les décisions des diri­geants par la néc­essité de dégager du profit, l’indus­trie est subor­donnée aux affai­res : la fabri­ca­tion de la mar­chan­dise à la fabri­ca­tion de l’argent. Mais qu’est-ce qui dét­er­mine la taille de la différ­ence entre les coûts finan­ciers et les prix de vente, différ­ence qui est empo­chée comme profit ?

Pour citer encore Mitchell, dans une éco­nomie moderne, « la plu­part des acti­vités éco­no­miques consis­tent dés­ormais à faire de l’argent et à le dép­enser ». Nous sommes tel­le­ment habi­tués à cette situa­tion que nous ne per­ce­vons même pas sa spé­ci­ficité his­to­ri­que et oublions que, dans le passé – pres­que par­tout dans le monde, et même dans un passé récent –, la plu­part des gens pro­dui­saient eux-mêmes une bonne partie de leur nour­ri­ture, de leur habille­ment et des autres choses néc­ess­aires à leur vie . Cela vaut la peine de se sou­ve­nir que si la mon­naie appa­raît dans nombre de sociétés, le capi­ta­lisme est la seule dans laquelle l’argent joue un rôle cen­tral dans la pro­duc­tion et la dis­tri­bu­tion des mar­chan­di­ses et des ser­vi­ces, au point que tous les objets et ser­vi­ces uti­lisés quo­ti­dien­ne­ment doit être acheté avec de l’argent.

L’argent est essen­tiel au capi­ta­lisme, parce que celui-ci est le pre­mier système social dans lequel la plus grande partie de l’acti­vité pro­duc­trice – mises à part les quel­ques tâches que les gens accom­plis­sent encore eux-mêmes, comme (par­fois) cui­si­ner le dîner, se bros­ser les dents ou avoir quel­que hobby –, est un tra­vail sala­rié, accom­pli contre de l’argent. La plu­part des gens, ne pou­vant avoir accès à la terre, aux outils ou aux matières pre­mières ou n’ayant pas assez d’argent pour en ache­ter, ne peu­vent pro­duire les mar­chan­di­ses – habi­ta­tions, habille­ment, nour­ri­ture – dont ils ont besoin pour vivre ; ils doi­vent tra­vailler pour d’autres qui ont l’argent per­met­tant de les embau­cher et de leur four­nir matériaux et outils. Ainsi l’argent afflue vers les employeurs quand les employés achètent les mar­chan­di­ses qu’eux-mêmes, en tant que classe, ont pro­dui­tes. Au même moment, les employeurs achètent et ven­dent des mar­chan­di­ses – matières pre­mières, machi­nes, biens de consom­ma­tion – les uns aux autres. Ainsi des flux de mon­naie connec­tent les indi­vi­dus inclus dans un système social unique.

Tous ceux qui pro­dui­sent des mar­chan­di­ses au sein d’une entre­prise n’ont pas de rela­tions direc­tes avec ceux qui achè­teront et consom­me­ront ces biens ou ser­vi­ces, alors même que c’est pour ces consom­ma­teurs qu’en der­nière ins­tance ils pro­dui­sent ces mar­chan­di­ses. Les tra­vailleurs des bou­lan­ge­ries ou des usines d’auto­mo­bi­les ne savent pas qui va ache­ter le pain ou les voi­tu­res qu’ils fabri­quent, ni quelle quan­tité ces ache­teurs désirent et peu­vent se pro­cu­rer. Ceci est éga­lement vrai pour les employeurs. Bien que les entre­pri­ses capi­ta­lis­tes pro­dui­sent pour satis­faire les besoins de qui­conque peut payer, en tant que pro­priété d’indi­vi­dus ou de sociétés elles ne sont liées au reste de la société que par l’éch­ange de biens et d’argent, quand elles achètent des matériaux et du tra­vail ou quand elles ven­dent leurs pro­duits. C’est pour­quoi chaque entre­prise n’apprend que par l’échec ou le succès de ses ventes, à un prix suf­fi­sant pour réa­liser un béné­fice, dans quelle mesure elle satis­fait les besoins de ses clients. C’est seu­le­ment quand les mar­chan­di­ses sont ven­dues et consommées que le tra­vail qui les a pro­dui­tes peut être compté comme part du tra­vail total uti­lisé dans le système employeur-sala­rié qui est la forme domi­nante de la pro­duc­tion. Si les mar­chan­di­ses ne sont pas ven­dues, le tra­vail exécuté pour les pro­duire pour­rait aussi bien ne pas avoir existé, car elles ne seront pas uti­lisées. C’est tout ce réseau d’éch­anges de mar­chan­di­ses contre de l’argent qui, reliant toutes les formes de tra­vail, cons­ti­tue le système éco­no­mique. L’argent est le pivot de la société moderne, une société basée sur le prin­cipe de la pro­priété indi­vi­duelle (même si la grande majo­rité des gens ne possèdent guère), parce qu’il représ­ente le caractère social de l’acti­vité pro­duc­tive sous une forme (pièces de mon­naie, sym­bo­les de papier et impul­sions élect­ro­niques) que pra­ti­que­ment tout indi­vidu peut posséder.

Comme toutes les formes de représ­en­tation, l’argent est un mécan­isme abs­trait : comme il peut être échangé contre n’importe quel pro­duit, l’argent trans­forme n’importe quel tra­vail concou­rant à la fabri­ca­tion de ces pro­duits en éléments d’une abs­trac­tion, l’« acti­vité sociale pro­duc­trice ». Le caractère abs­trait de la pro­duc­tion moderne n’est pas seu­le­ment une idée, mais possède une réalité sociale : pour les entre­pri­ses, le pro­duit spé­ci­fique qu’elles ven­dent ne prés­ente d’intérêt que comme moyen d’acquérir de l’argent qui, comme représ­en­tation de l’acti­vité sociale de pro­duc­tion en général, peut être échangé contre n’importe quoi. Les diri­geants dép­lacent le capi­tal d’un sec­teur d’acti­vité vers un autre, non parce qu’ils s’intér­essent plus aux voi­tu­res qu’au soja ou aux ani­maux empaillés, mais pour faire de l’argent. C’est ça, le « capi­tal » : de l’argent ser­vant à faire de l’argent. Une entre­prise qui ces­se­rait de faire du profit ces­se­rait d’exis­ter, de sorte que la capa­cité de faire de l’argent – pour accroître la quan­tité possédée de représ­en­tation de l’acti­vité sociale pro­duc­trie –, dét­er­mine quel­les mar­chan­di­ses on doit pro­duire, ou même fait décider de ne pas inves­tir du tout dans la pro­duc­tion de mar­chan­di­ses.

Le fait que l’argent soit la manière pra­ti­que la plus impor­tante de représ­enter l’aspect social de l’acti­vité pro­duc­trice lui permet aussi de représ­enter faus­se­ment la réalité sociale. En étant échangées contre de l’argent, les res­sour­ces natu­rel­les comme la terre ou les gise­ments de pét­role sont représentées dans les mêmes termes – en sommes d’argent – que les objets pro­duits par les humains. L’intérêt – encore plus d’argent – doit être payé pour uti­li­ser l’argent de quelqu’un d’autre. Des choses qui sont tout sim­ple­ment des sym­bo­les monét­aires, comme des reconnais­san­ces de dette, y com­pris des reconnais­san­ces de dette com­plexes comme les billets de banque, les actions et les obli­ga­tions émises par les sociétés, peu­vent être achetées et ven­dues, car elles per­met­tent à leurs dét­enteurs de per­ce­voir des reve­nus et peu­vent dès lors être traités comme des mar­chan­di­ses ven­da­bles. Et comme les mar­chan­di­ses doi­vent avoir un prix qui per­mette aux entre­pri­ses de réa­liser des béné­fices, même dans le cas de mar­chan­di­ses réelles, le coût de toutes ces choses est modi­fié par le nombre de gens qui peu­vent et veu­lent dép­enser de l’argent pour les ache­ter.

Le rés­ultat est que c’est à tort que le profit, comme part du prix de vente, paraît pro­ve­nir des acti­vités d’une entre­prise par­ti­cu­lière, notam­ment parce qu’elle se le serait appro­prié par son acti­vité propre, dans la concur­rence avec les autres entre­pri­ses, afin d’en réa­liser le plus pos­si­ble. En réalité, le profit – parce qu’il existe sous la forme abs­traite de l’argent plutôt que sous celle d’un pro­duit par­ti­cu­lier – doit être pro­duit par tout le réseau des acti­vités pro­duc­ti­ves liées les unes aux autres par l’éch­ange des mar­chan­di­ses contre de l’argent. C’est dans le but de faire de l’argent que les employeurs achètent les uns aux autres des équi­pements et des matières pre­mières et achètent le tra­vail de leurs employés, qui, à leur tour rachètent la partie de ce qu’ils ont pro­duit qui n’a pas été uti­lisée pour renou­ve­ler ou accroître l’appa­reil pro­duc­tif, et pour four­nir (on ne doit pas l’oublier) aux diri­geants leur propre – géné­ra­lement très coûteuse – consom­ma­tion. Le rés­ultat capi­lis­ti­que­ment désiré de tout ce pro­ces­sus, le profit, est la représ­en­tation-argent du tra­vail accom­pli en aval, qui exige la repro­duc­tion de la classe des employés (payés sous la forme de salai­res) et la four­ni­ture des archan­di­ses néc­ess­aires à la pro­duc­tion. C’est le système social tout entier qui pro­duit du profit, même si chaque entre­prise indi­vi­duel­le­ment le conserve pour elle.

Le caractère social du profit peut être perçu dans le fait même que le niveau de ren­ta­bi­lité d’un inves­tis­se­ment en capi­tal se modi­fie avec le temps, indép­end­amment des vœux des hommes d’affai­res ; ceux-ci doi­vent, comme n’importe qui, s’adap­ter au mou­ve­ment des prix qui indi­que s’ils agis­sent cor­rec­te­ment (c’est ce qui fait naître l’idée que « l’éco­nomie » peut être vue comme un ensem­ble de forces imper­son­nel­les comme les lois de la nature). La course au profit force les entre­pri­ses à pra­ti­quer des prix sem­bla­bles pour des pro­duits sem­bla­bles ; comme elles doi­vent elles-mêmes ache­ter des mar­chan­di­ses (tra­vail et matières pre­mières), leurs pos­si­bi­lités de concur­ren­cer les autres en abais­sant les prix dépend des tech­ni­ques de pro­duc­tion qu’elles uti­li­sent. De cette façon, le caractère social du système s’affirme par la pres­sion exercée sur les entre­pri­ses indi­vi­duel­les pour accroître la pro­duc­ti­vité afin d’obte­nir des pro­fits plus élevés.

Historiquement, cela a conduit à une ten­dance forte à une réd­uction de la force de tra­vail, si on la com­pare avec les quan­tités pro­dui­tes (alors même que, natu­rel­le­ment, le nombre de tra­vailleurs aug­mente, en valeur abso­lue, en même temps que gran­dit le système). Les employeurs ont d’abord aug­menté la pro­duc­ti­vité en ras­sem­blant les tra­vailleurs dans de grands ate­liers où le tra­vail était divisé en tâches de plus en plus réd­uites. Cela a conduit à rem­pla­cer les hommes par des machi­nes, chaque fois que cela per­met­tait d’aug­men­ter la pro­duc­ti­vité, et à l’inven­tion de la chaîne de mon­tage dont le rythme permet une forte inten­sité du tra­vail. A la fin du XXe siècle, la plus grande partie de la pro­duc­tion était deve­nue une pro­duc­tion de masse mécanisée, deman­dant tou­jours moins de tra­vail pour tou­jours plus de machi­nes et, bien sûr, de matières pre­mières.

Cette muta­tion a d’évid­entes conséqu­ences sur la ren­ta­bi­lité du capi­tal. Si le profit est la représ­en­tation monét­aire du tra­vail accom­pli par les sala­riés dans la société toute entière en excédent du tra­vail requis pour rem­pla­cer les matières pre­mières, les outils et ces sala­riés eux-mêmes [c’est le mécan­isme de la plus-value, NDE], alors il va dimi­nuer par rap­port à l’inves­tis­se­ment total, si les entre­pri­ses inves­tis­sent plus d’argent dans les machi­nes et le matériel que dans le tra­vail. Karl Marx, qui a été le pre­mier à com­pren­dre ce phénomène, l’appela « la loi la plus impor­tante de l’éco­nomie poli­ti­que moderne » : la baisse ten­dan­cielle du taux de profit. L’expli­ca­tion de Marx à la ten­dance des pro­fits à déc­liner, signalée bien avant lui par les éco­nom­istes du XIXe siècle, est pour le moins contro­versée. Mais elle a conduit à une préd­iction qui s’est révélée plus que cor­recte : l’his­toire du capi­ta­lisme pren­drait la forme d’un cycle de dépr­ession et de prospérité. Et cela expli­que la corré­lation mon­trée par Mitchell entre les varia­tions de la ren­ta­bi­lité et le cycle de l’éco­nomie.

Marx sou­li­gnait que la crois­sance du capi­ta­lisme, avec sa ten­dance à la méca­ni­sation, condui­rait à un accrois­se­ment de la quan­tité de mon­naie néc­ess­aire au dével­op­pement de la pro­duc­tion et donc à une aug­men­ta­tion de la taille des entre­pri­ses indi­vi­duel­les. Pour les cent plus gran­des entre­pri­ses des Etats-Unis, par exem­ple, le mon­tant en termes réels de l’argent investi en équi­pement par tra­vailleur a doublé entre 1949 et 1962. Et, bien sûr, comme la méca­ni­sation accroît la pro­duc­ti­vité du tra­vail, il leur faut ache­ter une quan­tité crois­sante de matières pre­mières. Une des conséqu­ences en est que si la ren­ta­bi­lité du capi­tal baisse, à un cer­tain point le mon­tant du profit sera insuf­fi­sant pour que le système puisse encore se dével­opper. (En 1966, l’usine de General Motors de Lordstown, dans l’Ohio, qui était alors l’usine la plus auto­ma­tisée du monde, avait coûté 100 mil­lions de dol­lars ; en 2002, GM a dépensé 500 mil­lions de dol­lars pour la moder­ni­ser, ce qui a permis de réd­uire la force de tra­vail de 7 000 à 2 500 ouvriers. Sept ans plus tard seu­le­ment, GM mendie auprès du gou­ver­ne­ment des sub­si­des pour éviter la faillite.)

Des inves­tis­se­ments qui ralen­tis­sent ou qui sta­gnent, cela signi­fie une contrac­tion du marché pour les mar­chan­di­ses pro­dui­tes. Les employeurs n’inves­tis­sent plus, ni dans des bâtiments, des machi­nes et de matières pre­mières, ni dans des salai­res que les tra­vailleurs auraient dépensé en biens de consom­ma­tion. Un ralen­tis­se­ment des inves­tis­se­ments en tant que tel signi­fie pour les tra­vailleurs une crois­sance du chômage et pour les patrons une contrac­tion des mar­chés. Cela fait boule de neige : la baisse de la demande entraîne des failli­tes, une aug­men­ta­tion du chômage et une nou­velle baisse de la demande. En même temps comme les patrons (et autres emprun­teurs) peu­vent de moins en moins faire face à leurs obli­ga­tions finan­cières, les différ­entes formes de crédits accordés par les ban­ques et autres ins­ti­tu­tions finan­cières per­dent de plus en plus leur valeur, entraînant une crise finan­cière ; la chute du marché bour­sier reflète le déclin de la valeur des entre­pri­ses. Individus et ins­ti­tu­tions met­tent leur argent de côté au lieu de l’inves­tir. En bref, le capi­ta­lisme se trouve lui-même en dépr­ession.

Mais dans l’éco­nomie capi­ta­liste, ce qui fait souf­frir les indi­vi­dus peut être béné­fique pour le système. Comme les entre­pri­ses som­brent dans la faillite et que les pro­duc­tions de toutes sortes res­tent inven­dues, les sociétés sur­vi­van­tes peu­vent ache­ter des bâtiments, de machi­nes et des matières pre­mières à bas prix, alors que le prix de la terre dégr­in­gole. Sous la pres­sion du marché appa­rais­sent des machi­nes nou­vel­les, plus effi­ca­ces et moins chères. Ce qui veut dire que le coût des inves­tis­se­ments dimi­nue. En même temps, l’aug­men­ta­tion du chômage fait bais­ser les salai­res. Les coûts de pro­duc­tion des capi­ta­lis­tes dimi­nuent en même temps que le tra­vail qu’ils uti­li­sent devient plus pro­duc­tif , car les gens doi­vent tra­vailler plus dur sur de nou­veaux équi­pements. Le rés­ultat est un relè­vement du taux de profit qui rend pos­si­ble un nou­veau cycle d’inves­tis­se­ments et par suite une expan­sion des mar­chés pour la pro­duc­tion de mar­chan­di­ses et de biens de consom­ma­tion. Une dépr­ession, en fait, est un trai­te­ment pour pro­fits insuf­fi­sants ; elle rend pos­si­ble la pro­chaine pér­iode de prospérité, qui à son tour créera les condi­tions de la pro­chaine dépr­ession.

Selon ce schéma, l’ori­gi­na­lité de la situa­tion actuelle ne réside pas dans la baisse des pro­fits visi­ble dans l’éco­nomie glo­bale à la fin des années 1960 ou la séri­euse dégr­in­go­lade du début des années 1970, mais dans le fait qu’une véri­table dépr­ession ne se soit pas matér­ialisée avant 2008. Comme les crises pré­céd­entes, la Grande Dépression des années 1930, accen­tuée par l’énorme force des­truc­trice de la seconde guerre mon­diale, avait posé les fon­da­tions d’une nou­velle prospérité, qui s’est épanouie au cours des « trente glo­rieu­ses » [voir « Entreprie hasar­deuse », Echanges n° 127]. Il n’y a aucune sur­prise, si l’on considère l’his­toire des cycles éco­no­miques, à conclure que cette nou­velle prospérité a com­mencé à déc­liner à la fin des années 1960. Mais si le capi­ta­lisme res­tait au fond le même système, la poli­ti­que éco­no­mique mise en œuvre par les gou­ver­ne­ments avait changé. D’une part, le danger poli­ti­que que représ­entaient les mou­ve­ments sociaux de masse pro­vo­qués par la pré­céd­ente dépr­ession, comme le chômage de masse radi­ca­li­sant la popu­la­tion, était intolé­rable pour les élites gou­ver­nant les Etats capi­ta­lis­tes. Cela appa­rais­sait par­ti­cu­liè­rement dans le contexte de ce qu’on croyait être une confron­ta­tion épique avec le Communisme. D’autre part, on avait aussi ima­giné que les mét­hodes keynési­ennes de finan­ce­ment des déficits pou­vaient per­met­tre de contrôler les rava­ges des cycles éco­no­miques. Et en fait la crois­sance conti­nuelle des dép­enses des gou­ver­ne­ments dans des pro­jets mili­tai­res et civils après 1945, qui pro­vo­quèrent une demande en biens et ser­vi­ces supéri­eure à la pro­duc­tion de l’éco­nomie capi­ta­liste propre, créèrent les condi­tions de la prospérité malgré la baisse de la ren­ta­bi­lité.

De plus, l’argent que les gou­ver­ne­ments – et sur­tout celui des Etats-Unis – imprimèrent pour payer toutes ces dép­enses, com­biné au crédit que les établ­is­sements finan­ciers privés encou­ragés par les ban­ques cen­tra­les éten­dirent aux emprun­teurs indi­vi­duels et pro­fes­sion­nels, rendit pos­si­ble une expan­sion sans pré­cédent de la dette. Ce qui permit non seu­le­ment le dével­op­pement de la consom­ma­tion indi­vi­duelle, les acqui­si­tions pro­fes­sion­nel­les, mais aussi, spéc­ia­lement depuis les années 1980, l’essor de différ­entes formes de spé­cu­lations, dans l’immo­bi­lier, dans les mar­chés bour­siers et (avec le raf­fi­ne­ment des pro­duits dérivés) les hauts et les bas de la spé­cu­lation elle-même. Cette dette publi­que, pro­fes­sion­nelle et indi­vi­duelle tou­jours crois­sante était ins­crite aux bilans des ban­ques et autres établ­is­sements finan­ciers comme béné­fices, malgré leur absence d’appui sur une entre­prise pro­duc­trice réelle.

Pendant ce temps, tout comme dans les pér­iodes pré­céd­entes de déclin éco­no­mique, la pres­sion s’exerçait sur les tra­vailleurs pour qu’ils tra­vaillent plus dur alors qu’on bais­sait le prix du tra­vail, grâce au dép­la­cement des usines des zones à haut salai­res vers celles à bas salai­res, ou grâce à la simple menace de ces délo­ca­li­sations per­met­tant de dimi­nuer salai­res et avan­ta­ges. A partir des années 1980, les dép­enses en salai­res socia­lisés [différés] que représ­entaient les pro­gram­mes du Welfare [l’aide sociale fédé­rale aux Etats-Unis] furent dimi­nuées, ce qui libéra de l’argent qui put être uti­lisé dans l’éco­nomie. Comme on pou­vait le sup­po­ser, cela contri­bua à une crois­sance réelle des pro­fits en abais­sant les coûts de pro­duc­tion, mais pas suf­fi­sam­ment bien sûr, étant donné le coût de pro­duc­tion des mar­chan­di­ses, pour rendre pos­si­ble un nou­veau cycle d’inves­tis­se­ment en capi­tal à une éch­elle per­met­tant de contre­ba­lan­cer les char­mes de la spé­cu­lation et de ses hauts ren­de­ments à court terme. Le rés­ultat fut la situa­tion éco­no­mique qui surgit si bru­ta­le­ment en 2008, même si depuis des déc­ennies les signes aver­tis­seurs – crises de la dette, réc­essions, faillite de ban­ques, effon­dre­ment des mar­chés bour­siers – avaient été assez clairs. Fustigé comme laxisme dans les contrôles finan­ciers, rapa­cité ou mau­vaise poli­ti­que des ban­ques cen­tra­les, l’effon­dre­ment éco­no­mique actuel est dans la ligne de toute l’his­toire du capi­ta­lisme comme système. Ce que nous affron­tons aujourd’hui est, plus ou moins, la dépr­ession qui aurait dû sur­ve­nir beau­coup plus tôt, mais que la poli­ti­que éco­no­mique avait pu différer – en partie en la repor­tant vers les par­ties les plus pau­vres du monde mais en créant pen­dant toute cette pér­iode, dans les par­ties les plus riches du monde, une dette d’une dimen­sion sans pré­cédent – pen­dant une tren­taine d’années.

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 11:45

365478AR5grand.jpgVoici le numéro 5 du bulletin anarchiste révolutionnaire, issu de l'excellent Forum Anarchiste révolutionnaire

 

. lien box.com lecture simple et téléchargement (en moins de 90 secondes) du fichier AR5.pdf pour pouvoir l'imprimer -> https://www.box.com/s/fyprufcz85su2rp4o2zj

. lien version flash-calaméo, lecture confortable -> http://fr.calameo.com/read/000163940b0f6b47c51ba sans possibilité de l'imprimer

 

 

L'Anarchiste Révolutionnaire n°5 - Automne 2012

Journal libertaire, web et imprimable, émanant du Forum Anarchiste Révolutionnaire

Un bulletin sans prétentions, diffusable sur le net, et même tirable sur papier, émanation de membres du forum anarchiste révolutionnaire, permettant la diffusion d'informations et de contenus piochés dans le forum, un élément de dynamique du "faire ensemble". Les articles signés engagent leurs auteurs, les articles non signés font un minimum de consensus collectif.
Forum Anarchiste Révolutionnaire, FAR : http://forum.anarchiste-revolutionnaire.org/


Sommaire

Edito

Rencontre internationale sur l’anarchisme, St-Imier 2012
- Intervention aux Rencontres internationales sur l’anarchisme, Saint-Imier 8-12 août 2012 par René (extrait)
- Déclaration finale du réseau international Anarkismo à la Rencontre Internationale de l’Anarchisme, St-Imier 2012
- Communiqué de l’IFA (Internationale des Fédérations Anarchistes)
- Anarchistes détenu-es par la police anti-terroriste à leur retour d'une conférence en Suisse (com CGA)
- Rencontres de Saint-Imier / point acceuil-rencontre du FAR par Pïérô et Denis

En débat
- L’Anarchisme, Ou Le Mouvement Révolutionnaire du Vingt et Unième Siècle
Andrej Grubacic & David Graeber, By courtesy of David Graeber, raporté par digger
- Anarchie 2.0 par Atheus
- Échec de l'extrême gauche électorale : des contradictions internes trop profondes. par Atheus

Actu, analyses et positions
- Communiqué de la CNT-f raporté par Pïérô
- Introduction à la réunion publique du collectif Alternative Libertaire 93 du 21 septembre 2012 sur le thème "Le changement, ce sont nos luttes qui le feront ! " rapporté par Pïérô
- Traités européens, autoritaires et austéritaires, rapporté par Pïérô

Actu, des luttes
- Fralib : la lutte de salarié(e)s qui se dressent contre une multinationale : Unilever., par Nine
- Roms : la commune humanité bafouée par indignados
- Changeons d’ère, sortons du nucléaire ! par Pïérô
- Dans l'agenda : à Angers, les 19 et 20 octobre 2012, le collectif d'égal à égales organise la 2e édition des journées.

International
- ALGERIE : UN SEUL HEROS LE PEUPLE !
par Meryem OUNESLI (Djurdjura)

Culture, contre-culture
- Le Collectif Contre-Culture, par Nyark nyark

 

FAR : http://forum.anarchiste-revolutionnaire.org/index.php

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 12:47

louise-michel.jpgLouise Michel c’est l’histoire de Louise et de ses collègues, ouvrières, qui du jour au lendemain, retrouvent leur usine désertée. Plus une machine, plus de patron, plus de salaire, même pas une indemnité de licenciement! Alors Louise et ses collègues décident de mettre l’argent qu’elles ont en commun pour « buter l’patron ».

A l’heure où plusieurs plans de licenciement sont mis en œuvre en Europe et en France, ce film permet de lancer le débat sur la nécessité de s’organiser collectivement en temps de crise afin de faire face à l’austérité..

 

A 19h Au Full G 5 Rue des Ecoles Laiques à Montpellier

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 10:37

aube-doree.jpgVoici un article sur l'attaque de la pièce Corpus Christi en Grèce par des nazis, des intégristes chrétiens avec la complicité de la police...

Si nous ne partageons pas toutes ces conclusions, cet article attire l'attention sur le développement du fascisme en Grèce.

 

Sommes nous de retour en dictature ? Beaucoup se posent la question. Un sentiment d’occupation est général en Grèce, il suffit de voir l’accueil réservé à Angela Merkel mardi dernier. La Grèce sous une dictature économique, c’est un fait. Mais plus grave, ce sentiment d’occupation fait les beaux jours du l’ultra nationalisme qui propulse les néonazis de l’Aube Dorée dans les sondages. Le dernier acte : l’occupation du théâtre qui joue en ce moment Corpus Christi. Un réel danger pour la démocratie grecque.

Inquiets pour leur sécurité, certains acteurs de Corpus Christi avaient décidé de quitter la troupe il y a quelques semaines devant la pression de l’Eglise et des néonazis de l’Aube Dorée. De nouveaux acteurs les ont remplacé au pied levé, mais il semble que l’avenir de cette pièce n’est pas complètement assuré. Un des acteur est rentré chez lui les jambes en compote devant une peur bien compréhensible.

Hier soir, un journaliste a été tabassé devant de théâtre pris d’assaut par des fondamentalistes religieux et des néonazis de l’Aube Dorée. La police sur place n’a pas bronché et s’est même amusée de la situation. Le journaliste a commenté sur twitter ce qui lui est arrivé. Traduction :

« Devant l’entrée de la salle, il y avait des prêtres et des membres de l’Aube Dorée qui déchiraient les affiches du spectacle et les piétinaient. J’ai sorti mon téléphone portable pour prendre des photos pour le blog. 5 membre de l’Aube Dorée et un policier m’ont encerclé.

Ils m’ont tiré sur le côté, m’ont insulté, m’ont tiré la barbe, craché au visage, et m’ont frappé à l’estomac.

Ils m’ont demandé : « Êtes-vous un journaliste? » J’ai répondu « J’écris pour lifo », dans l’espoir d’échapper à un passage à tabac. Le contraire est arrivé.

Il y avait des flics à proximité. Je leur ai crié « Ils me battent, faites quelque chose ! » Réponse: « Je n’ai rien, déplacez vous sur le côté s’il vous plait » Le flic portait 3 étoiles.

Ils ont jeté une cigarette allumée dans ma poche. Une femme debout près de moi m’a avertit, juste en face du flic. Il a fait comme s’il n’avait pas entendu.

J’ai commencé à avoir peur et je me suis éloigné de l’entrée. Ils m’ont crié « Va-t’en, sale pédé, va sucer la bite de quelqu’un d’autre ! »

Je me suis retourné pour observer. Un député connu de l’Aube Dorée me suivait. Il m’a frappé deux fois au visage et m’a fait tomber.

Par terre, je perds mes lunettes. Le député de l’Aube Dorée me donne des coups de pieds. Des policiers sont exactement à deux pas de là. Ils ont le dos tourné.

A plusieurs reprises, j’ai crié aux flic « ils me tabassent, faites quelque chose ! » Ils restent le dos tourné et s’éloignent.

Le reste de leur groupe me crie juste à côté de l’officier de police « Pleure, petite chatte, reine, petite fille ».

Nous passons devant des dizaines de flics qui traînaient en repartant. Je leur dis que j’ai été battu à l’entrée du théâtre. Ils m’ignorent. Un d’eux me souffle un baiser sarcastique. »

Le journaliste a décidé de ne pas porter plainte pour ne pas que la police ait ses informations personnelles. Informations qui pourraient retomber dans les mains de l’Aube Dorée…

Voilà la Grèce d’aujourd’hui sous les effets de l’austérité. Une poussée forte de l’ultra nationalisme couplé d’une impunité aidée par une police coupable de fermer les yeux. Et ce cas n’est pas un cas isolé.

Voilà ce que l’on pouvait voir hier devant le théâtre :

Selon le site internet de l’Aube Dorée, 4 députés du parti/groupuscule néonazi étaient devant le théâtre au moment où le journaliste bloggeur s’est fait tabassé : Panagiotaros, Pappas, Kouzilos et Michos.

Après cette agressions, les employés du théâtre craignaient qu’il y ait encore des voyous qui se cachent dans les rues secondaires. La peur était là. Bien présente. Et justifiée.

6 bus de la police anti-émeute sont arrivés pour calmer la situation mais le directeur du théâtre a indiqué avoir peur de sortir du bâtiment car les manifestants et les néonazis étaient encore présents. Des pierres ont été jetées. Il a indiqué que c’était inacceptable de devoir avoir besoin de la protection policière pour pouvoir jouer une pièce.

Il a indiqué :

« La dernière fois qu’une pièce de théâtre était jouée sous la garde de la police, c’était pendant la junte. Je ne veux pas croire que c’est de nouveau la junte »

Pourtant, les derniers évènements laissent un doute. Des manifestants antifascistes arrêtés le 30 septembre lors d’affrontements avec des néonazis auraient été torturés par la police. Le Guardian en a d’ailleurs fait un article récemment, repris par une partie de la presse française (dont Actualutte).

De nombreux évènements montrent que le groupuscule néonazi a des appuis forts dans la police. Plusieurs cas de citoyens ayant appelé la police pour des problèmes de voisinage se sont entendus dire : « Si c’est à cause des immigrés, appelez l’Aube Dorée ».

La dernière manifestation du 9 octobre a toutes les raisons d’inquiéter la démocratie grecque. Le gouvernement a utilisé une loi datant de la junte pour interdire une partie d’Athènes aux manifestants. Cette loi n’avait pas été utilisée depuis 1974.

Toujours lors de cette manifestation, un CRS (MAT N° 1236) a utilisée une femme, terrorisée, comme un bouclier humain :

Plusieurs photos montrent le CRS utiliser cette femme pendant la manifestation. Une est particulièrement choquante, puisque l’on peut voir une inscription « Killer » sur la bandoulière du CRS :

 

Cela fait maintenant 37 jours que des députés néonazis de l’Aube Dorée ont tabassé des vendeurs étrangers sur les marchés de Rafina et Missolonghi. Ces évènements ont été enregistrés sur des vidéos. Mais il ne se passe rien.

Un quatrième sondage place le groupuscule néonazi en 3ème position, devant le PASOK. Et il ne se passe rien.

Un ami chômeur en formation informatique dans un bureau pour l’emploi m’a dit dernièrement :

« Il y a un bureau de l’Aube Dorée à côté du bureau pour l’emploi. Nous sommes 20 dans la formation. 18 sont pour l’Aube Dorée » .

Et il ne se passe rien.

Ah si, l’Union Européenne vient de recevoir le prix nobel de la paix.

 

repris sur Okéanews

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 10:33

Pour changer le Midi Libre écrit des articles interessants. Voici les "confession" d'un ancien militant fasciste de la Ligue dl-ultra-droite-utilise-enormement-internet-pour-faire-passe.jpgu Midi sur leur idéologie mais aussi sur leurs méthodes nauséabondes. Edifiant...

 

 

L'ultra-droite utilise énormément internet pour faire passer ses idées. Et ne recule devant rien. (AFP)

Damien (1) a été, pendant quatre ans, membre d'une petite organisation politique d'extrême-droite proche du Bloc Identitaire. Originaire d'un petit village dans l'Aude, il a côtoyé pendant une dizaine d'années un groupe de militants de la région dont le but était de « réveiller les consciences nationales » comme il le dit, en agissant principalement sur internet. Rangé des voitures, il a souhaité témoigner de cette période de sa vie et de ses dérives.

Comment êtes-vous entré en politique ?

Au départ c'était par le rock. On était plusieurs jeunes du village à écouter Vae Victis, Insurrection, tout ça. Les paroles nous touchaient et en cherchant on a rencontré des militants d'Unité Radicale (UR) qui étaient à Bédarieux. Ca a tout de suite collé. Dire enfin tout haut que les étrangers venaient coloniser le pays, que les vrais Français des villages comme nous étaient des citoyens de seconde zone, tout ce qu'ils disaient semblait évident à l'époque.

Vous dites « semblez ». Vous n'êtes plus aussi certain d'avoir raison ?

Ma vie a changé. Je suis en train de terminer un master II à Montpellier et j'ai mis de l'eau dans mon vin. La façon de penser des identitaires m'a empêché d'avancer, si j'avais continué comme ça je serais resté dans mon bled à détester la terre entière.

Combien étiez-vous ?

Il y a eu pas mal de changement à UR, et le petit groupe auquel j'ai appartenu après sa dissolution revendiquait une cinquantaine de membres dans toute la France. Et sept dans l'Aude, plusieurs d'Olonzac, de Narbonne et un de Coursan. Nous nous réunissions une fois par semaine chez l'un ou chez l'autre, mais l'essentiel des messages passait par internet.

Quels étaient vos buts ?

On partait du principe que notre rôle était de « réveiller les consciences nationales », de dire la vérité aux Français, qui étaient anesthésiés par les politiques et les médias. Nous considérions que les médias mentaient tous, que nous vivions dans un Etat « ripoublicain », corrompu par des élites mondialistes, que la race blanche était en danger, tout ça. Et comme on était peu nombreux, on a surtout utilisé internet. C'était pratique pour faire passer nos messages, et ça ne coûtait pas d'argent.

Je sais qu'au Bloc (Bloc identitaire, NDLR) et au FN ils ont des méthodes analogues, l'essentiel de celles que nous utilisions venaient d'ailleurs de leur fascicules de formation des militants.

Comment procédiez-vous ?

Tout était assez codifié. Il fallait en priorité « squatter » les sites d'information générale à la recherche de toutes les informations « raciales » possibles. Monter en épingle les fais divers lorsqu'ils concernaient des étrangers, quitte à les faire « mousser » sur Facebook ou sur les forums. Les réseaux sociaux et les commentaires dans les articles de presse étaient l'idéal pour ça.

Nous avions clairement identifié l'idée qu'il fallait que nous ayons des pseudonymes « réguliers » de manière à recruter à nos idées, de manière à ce que les gens, à force de lire notre nom se disent : « Il a raison ce gars-là » et se rapprochent de nous. Il fallait aussi créer des profils « ponctuels » juste pour donner l'effet de masse, donner l'impression que c'était la « base » des gens qui pensait comme nous. Ca, c'était facile, parce que globalement les gens partagent nos idées sur les délinquants.

Mais il fallait agir subtilement. Ne jamais parler des Arabes et des Blancs en tant que tel, mais reprendre des thèmes « humanistes » en parlant par exemple des « nantis antiracistes et mondialistes qui cherchent à écraser les pauvres qui supportent le racisme antiblanc ».

Quel était votre rôle précisément ?

Mon travail consistait aussi à faire des revues de presse sur plusieurs blogs, et en ne prenant que les histoires qui mettent en scène des étrangers pour ensuite de démontrer que tout les problèmes venaient d'eux. Mais évidemment, on ne se limitait pas aux faits divers. Il était super-important aussi de prendre les articles parlant des initiatives sur la « diversité ». Ce mot est parfait pour détecter les articles de presse où il va être question d'argent public donné aux associations étrangères.

En publiant souvent des articles sur ces sujets on pouvait ensuite facilement s'y référer pour donner l'impression que les pouvoirs publics se soucient plus du bien-être des immigrés que des « Blancs» (le mot que nous employions à l'époque pour parler de nous).

Pourtant ce genre de discours tombe facilement sous le coup de la loi contre l'incitation à la haine raciale...

Bien sûr. C'est la raison pour laquelle nous avons développé notre terminologie, en disant les choses d'une certaine manière: « être positif ». Ne pas dire « c'est la guerre civile, les Arabes ne veulent pas être intégré ». Une telle phrase fait fuir les gens qui ne sont pas engagés à nos côté, mais dire « la plus grande fermeté est nécessaire pour retrouver la paix civile ». Ca veut dire la même chose, parce que ça donne à penser qu'on est en guerre, mais ça donne l'impression qu'on est plein de sagesse.

Les gens « mordent » beaucoup plus facilement à tout ça, et finalement, ce sont eux-mêmes qui dans les commentaires vont dire ce que nous, on ne peut pas écrire.

Après tout s'enchaîne. Comme les gens répétent le même discours que nous, mais sans précautions oratoires, leurs commentaires sont censurés par les journaux « sérieux » (la loi interdit ce genre de discours et les journaux se protègent en ne les publiant pas). Il est alors extrêmement facile de les épauler en critiquant la scandaleuse censure dont font l'objet ceux qui pensent comme nous, et à parler d'une collusion entre les médias et les « antifrançais ».

Vous avez d'autres exemples ?

Je pourrais en donner pendant des heures, mais par exemple il suffit de prendre un pseudo à consonance musulmane et lancer des insultes aux Français, en prônant une République islamiste à Paris ou ce genre de choses. C'est très gros mais ça marche à chaque fois.

Vous n'aviez pas l'impression, avec ces méthodes, d'être vous même à l'origine d'une manipulation politique ?

Bien sûr que non. Puisqu'on était sûrs d'avoir raison, que les mondialistes voulaient notre peau, tout les moyens étaient bons. De toute façon, sans creuser vraiment l'actualité, c'est toujours ce qui émergeait, alors c'était facile de le mettre en avant. Défendre la « race » nous paraissait être une mission sacrée.

Bien sûr maintenant, je me rends compte que les « flots d'argent » déversés sur les associations d'immigrés sont surtout là pour gagner la paix sociale, qu'il s'agit d'initiatives bidon pour éviter une explosion des banlieues, et que souvent même l'argent annoncé n'arrive pas jusque là. Sans compter qu'il s'agit en réalité de petites sommes.

J'ai compris aussi qu'on parlait surtout de délinquance quotidienne, des petits trucs comme des vols de sac à main ou des voitures incendiées, mais qu'on ne parlait pas de certaines « grosses affaires », parce qu'elle ne concernait pas des étrangers. Et que les gros délinquants, les banquiers et les hommes d'affaires véreux, on n'en parlait jamais, sauf lorsque « par bonheur » ils étaient juifs, franc-maçon ou ce genre de chose et que donc on pouvait en tirer le fil du complot des « riches antiracistes ».

Avec le recul, je sais maintenant que le problème de la délinquance est lié à la pauvreté de certaines populations, et pas à leur origine ethnique, mais pour un rural comme je l'étais à l'époque les choses étaient différentes. Je réagissais avec mes tripes pas avec ma tête.

Avez-vous participé à la compagne pour la présidentielle du FN en 2012 ?

Non, j'avais déjà arrêté de militer depuis un bon moment. Mais j'ai collé les affiches de Le Pen en 2007.

Comment regardez-vous le discours politique de l'extrême-droite actuelle ?

J'ai énormément étudié tout ça depuis quelques années et je vois maintenant une grande confusion des genres entre un discours qui prétend défendre les petites gens, les bons Français qui travaillent honnêtement, et le fait qu'on ne parle que d'insécurité, de montée de l'islamisme etc. au moment où il faudrait surtout parler d'économie et de salaire, qui est le noeud du problème. Pour moi, pendant des années, j'ai contribué à créer l'écran de fumée qui protège ceux contre lesquels je me battais vraiment au fond de mon coeur : les profiteurs.

Comment regardez-vous, aujourd'hui, le militant que vous étiez ?

Moi et les autres on s'est laissé avoir. Il n'y avait pas de travail dans le village, on était désoeuvré, on avait l'impression d'être inutile et rejetés par la société. D'ailleurs il ne se passait jamais rien chez nous en terme de délinquance, et les seuls étrangers étaient les fils de réfugiés espagnols.

Pourquoi avez-vous demandé qu'on change votre prénom et qu'on ne présente pas votre photo dans cet article ?

Il est évident qu'il y aurait des représailles contre moi.

(1) Nom d'emprunt

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 12:21

RED4-copie-1.jpgLes éditions BboyKonsian1 récidivent : après Le Théorème de la Hoggra dont il fut question il y a peu ici-même, c’est au tour de Skalpel, rappeur de feue La K-Bine2, d’allonger le corps de ses insomnies sur la table d’autopsie. Itinéraire d’un banlieusard du 93 qui n’a pas coupé le cordon avec une matrice en constante ébullition.

 

« J’ai grandi avec des fils et des filles d’immigrés maghrébins. Mon empathie et mon identification à une communauté spécifique ne sont pas théoriques. Je dis nous, quand je parle de mes frères arabes avec qui j’ai grandi, cela peut paraître bizarre pour un Uruguayen, mais ma carte de séjour et mon vécu me donnent toute la légitimité pour le faire. » Skalpel se raconte. Skalpel se situe. Skalpel s’est ouvert le bide et déballe ses entrailles pour un examen attentif. Tout ça est chaud et passablement visqueux, par moment les relents indisposent. Le type n’a pas mis de gants. Encore moins de masque. Les mesures prophylactiques, il s’en carre. Le staphylocoque doré, encore un truc que seuls les bourges ont les moyens de se payer.

Skalpel écrit. C’est pour cela qu’il est écriteur. Pas écrivain ; écriteur. La différence ? L’écrivain naît pour diffuser son message ; l’écriteur disparaît pour laisser place au sien. « Quand l’Ecriteur parle de la merde, c’est parce qu’il l’a goûtée ou au moins qu’il a fait l’effort de la renifler un peu. Il méprise les écrits théoriques qui ne sont pas tirés de la pratique, de l’expérience personnelle ou de l’enquête rigoureuse. » Veinard de première, Skalpel n’a eu qu’à ouvrir la fenêtre pour trouver la matière brute de ses cogitations : le béton de la Cité des 3 000 à Aulnay-sous-Bois où il a grandi. La Seine-Saint-Denis. Tout part de là. De la substantifique moelle du Neuf-Trois, de laquelle il a tiré sa principale inspiration. Il a rassemblé une quinzaine de texte et appelé le tout : Fables de la mélancolie. Ça donne l’impression qu’il nous écrit d’un territoire lointain, une de ces zones grises qu’on connaît si mal : quelque nervure à lumière orangée à la rigueur. La cité donc. Ses clichés. Sa violence. Ses combines. Ses médias. Ses solidarités. Son rap. Ses plans drague. Ses rêves.

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Pour les flics, Skalpel alias Emiliano est un « sale bougnoule » parmi les autres. Voilà qui fait son affaire, au Latino, même s’il est conscient qu’être un fils de réfugiés politiques Tupamaros3 a fait de lui « quelqu’un de fun et d’atypique dans la cité  ». Car Skalpel est le fruit d’une histoire, et cette histoire lui a été transmise par ses parents. Biberonné au marxisme-léninisme, le jeune homme s’est peu à peu ouvert aux idées libertaires. Il relate ses discussions politiques avec ses potes au bas des barres. Il leur parle de Cuba, de Guevara qu’il considérait à l’époque comme «  l’être humain le plus parfait que la Terre ait jamais connu  » avant que Bakary le corrige : «  L’être humain le plus parfait était le prophète Mohamed. » Beau joueur, Skalpel continue son récit. Même pas ébranlé par ce crime de lèse-laïcité… Les textes alternent : entre chroniques et cogitations personnelles, fantasmes et portraits souvent tendres. Tel celui de Mehdi dit « Montana », un pote qui ramène tout au Scarface de De Palma : « Fidel Castro ?! C’est un bonhomme ! Il est increvable et il emmerde grave les States ! En plus il déchire grave avec ses gros cigares de parrain ! »

L’écriture est brute, sans fard. La paluche pleine de cals ; les yeux rougis par de vertigineuses introspections. Les impudeurs s’enchâssent dans quelques échappées lyriques très contrôlées. Skalpel est un obsédé du contrôle. Contrôle de ses nerfs, de ses pulsions, de ses émotions. Le type n’a rien à foutre du pilotage automatique. Il sait qu’il est aux commandes de quelque chose qui le dépasse. Et ce quelque chose, cet héritage, cette brutale compréhension du monde tel qu’il va, cette conscience militante qu’il a dans son ADN comme d’autre ont chopé celui de la connerie ambiante, en fait un être éminemment redevable : «  Ma vie s’écrit en minuscule, et je ne suis même pas sûr d’être l’unique auteur de ces quelques lignes introspectives. » Il s’examine avec la patience et la minutie d’un entomologiste penché sur une nouvelle race de diptère. Le type veut comprendre. Sa propre biologie, celle de l’Histoire, la plurielle, celle des conclusions dramatiques et des épilogues revanchards, celle des luttes sociales, celle du béton des 3 000 parce qu’il fait partie de ceux qui savent « qu’aucun changement radical dans cette société ne se fera sans les habitants des quartiers populaires, des cités et des taudis modernes  ». Il met en garde ses frères et ses sœurs contre les chacals qui ne voient dans les grands ensembles périurbains au mieux qu’un réservoir à suffrages au pire qu’un cœur de cible prémâché pour les voracités cathodiques. Il pointe du doigt ces militants bon teint bon œil venus s’acheter une bonne conscience en traversant le périph’ et prévient ses frères : «  Si des gens viennent vous voir pour vous demander de militer pour telle ou telle cause, exigez d’eux de la cohérence, du suicide social, de la rupture familiale et des partages des difficultés de votre quotidien. Si c’est pour des élections, giflez-les […]. S’ils ont pitié de vous, dépouillez-les et laissez-les à poil. »

Au fond c’est une histoire de pêché originel. À partir du moment où l’individu est gagné par les idées révolutionnaires, à partir du moment où il inscrit sa vie dans un processus de transformation radicale de la société, il ne peut faire l’économie d’un minimum d’examen autocritique. Dans quelle mesure, ma vie, mes actes, mes choix sont en adéquation avec mes idéaux ? Skalpel a une fixette : la cohérence. Les lâchetés quotidiennes, les siennes propres et celles des autres, en ligne de mire. Il exècre « ceux qui sont capables de tenir un discours ultra radical dans leurs livres et d’avoir une attitude totalement opposée à ce discours dans la vie de tous les jours ». On pense à l’icône du néo-polar français proche de l’Internationale Situationniste, Jean-Patrick Manchette qui faisait, un jour d’octobre 1969, ce constat lucide sur sa propre duplicité, entre désir révolutionnaire et conservatisme petit-bourgeois : «  Je cherche donc à me ménager le pur retournement de veste. Avec le système tant qu’il pourra m’appointer abondamment. Avec la révolution dès qu’elle sera le seul moyen, ou le seul espoir, de jouir.  »4 Une posture à des années-lumière de celle défendue par Skalpel et son schéma de l’écriteur.

L’écriteur est un militant, avec tout ce que cette référence implique comme renvoi à la charge étymologique du mot : miles (le soldat). D’où ces références, latentes ou explicites, à la violence. Cette violence, Skalpel n’en fait ni l’impasse, ni un plat. Il fait avec. Par moment, elle le démange. À d’autres, elle le dérange. Les humeurs désabusées et autres manœuvres dilatoires (camarades, la situation n’est pas mûre…) conviennent peut-être au peuple du premier monde, mais dans son monde à lui, sous perfusion du trabendo et taraudé en permanence par l’urgence sociale, il y a belle lurette qu’on est rentré en résistance : «  La violence révolutionnaire c’est bien quand c’est à 5 000 kilomètres et que l’on peut suivre son évolution sur internet en enfilant son tee-shirt de Marcos, mais quand c’est au pays basque, en banlieue ou en plein Paris, c’est trop radical. »

L’endroit est idéal pour le panorama. Au loin : les bretelles d’autoroute, le clocher d’une église, et peut-être même en arrière-plan une colline quelconque que l’on devine à travers la brume. En périphérie, les rectangles érectiles de quelques tours bâties au pas de charge dans les années 1960. Des Trente-Glorieuses aux Trente-Foireuses, reste la cité. Ouvrière, populaire. Guerrière pourquoi pas. Tout est question de point de vue. Et l’on pense encore une fois que le plus important n’est pas toujours ce que l’on regarde. Mais d’où l’on regarde.

 

Repris sur Article 11

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 12:17

greve-madrid.jpgA l'heure de l'austérité, des revolte massives des peuples en Grèce, en Espagne, voici un article sur l'hégémonie de la non-violence...

Si nous ne sommes pas des avocats de la violence, la non violence dogmatique nous semble tout aussi dangereuse. Retour sur les evenements de septembre et la grève générale à Madrid

 

 Le progrès imparable de la logique de la non-violence rend impossible le conflit radical contre l’État et ses sbires.

Des manifestants « pacifistes » encerclent un compagnon en le montrant du doigt et l’accusent d’être infiltré, violent, etc… pour avoir lancé un pétard. La masse inepte essaie d’emmener le compagnon jusqu’à la police pour qu’il soit arrêté.

Ce fait, qui a eu lieu hier lors des mobilisations à Madrid du 26 septembre, est quelque chose qui se répète à chaque mobilisation du citoyennisme dans l’État espagnol. Ce climat s’est installé lors de la prise des places pendant le 15M et a continué au fil des appels de cette année, jusqu’à arriver à celui du 25-26 septembre. La légitimation des oppresseurs qui ont agressé, contraint et séquestré les personnes qui manifestaient dans les rues la veille, met en doute les intérêts de ce « mouvement » parallèle au 15M, réputé pour ses objectifs spectaculaires et médiatiques, qui, loin de proposer une alternative réelle ou une rupture avec le régime d’oppression démocratique, demande une reformulation de la politique de l’État providence et une « rénovation » du capitalisme occidental opulent.

La désobéissance civile généralisée est un triomphe qui doit être reconnu comme tel, mais exercer la désobéissance civile comme un simple acte esthétique et/ou spectaculaire, sans la volonté pour le changement social, devient une légitimation du statut quo actuel. L’hégémonie de la non-violence et la criminalisation de l’action directe sont une aubaine pour la police et les  moyens mis en œuvre pour récupérer pour le système les protestations et les convertir en une manif grotesque qui demande la transparence démocratique que crie sur tous les toits la culture occidentale, au lieu de laisser se manifester l’expression de la rage produite par la misère quotidienne.

Nous trouvons que, bien qu’il n’est pas impossible d’arrêter de sortir dans la rue pour protester contre la misère qui nous entoure et qui nous met dans la merde, nous devons identifier nos compagnon(ne)s de lutte dans chaque coin, et ces personnes qui manifestent en légitimant ceux qui nous agressent, l’État qui nous opprime et une classe politique qui nous montre du doigt et se fout de nous, sont nos ennemis.

Fatigués de la situation dans les mobilisations et de la répression et criminalisation de la part de ce type de personnes “mouvementistes”, nous devons faire front commun et nous déplacer dans nos propres blocs, nous différenciant de cette caste de masochistes politiques avec qui il nous est impossible d’arriver à des objectifs communs.

L’augmentation de la protestation et de la désobéissance devrait, irrémédiablement, arriver à faire dégénérer les mobilisations pacifistes en révoltes radicales puisque la continuité des protestations générerait un effondrement du pacte social qui évoluerait en une répression généralisée, ce qui devrait provoquer une extension de la solidarité et augmenter le conflit social, d’autant plus dans la situation actuelle de néo-capitalisme en décomposition. Mais tenir pour acquis que cela se produirait tout seul est d’une naïveté crasse, vu le contrôle absolu de l’opinion publique par les médias et le monopole de la violence que détient l’État, renforcé par le discours de non-violence des mouvements citoyennistes, comme le 15M et les autres. La pression sociale contre l’action directe, accusant des compagnon(ne)s d’infiltrés, de provocateurs, etc .. a provoqué la diminution du conflit jusqu’à des niveaux acceptables pour l’État comme expression légitime du peuple, sans aucun type de retombée générale, loin de l’esthétique marginale de la protestation dans les médias de contra-information et des vidéos sur internet, et pour la récupération des rares scènes de violence légitime contre les oppresseurs dans les médias comme la cause des agressions policières, que les gens reconnaissent comme les coupables de la situation et de la répression par les “fonctionnaires policiers”.

La non-violence ne lutte pas, elle demande. Demander c’est autoriser une personne ou un groupe à t’accorder tes sollicitations. Demander c’est légitimer cette situation.

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