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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 10:52

20_01_lyceens4.jpgVoici un article qui revient sur les mutations de l'école mais aussi sur les limites de la défense de l'école républicaine...

  A côté de l’école caserne, hiérarchique et autoritaire, l’école néolibérale impose une autre discipline. L’Etat éducateur diffuse les normes marchandes pour conformer les individus au capitalisme néolibéral.

 


 

Les critiques de l’école sont nombreuses. Wilhelm Reich dénonce l’éducation comme une institution qui impose la castration des désirs et la répression sexuelle. Dès l’enfance, l’individu doit refouler ses désirs pour se conformer à l’ordre social. De manière plus classique, les marxistes estiment que l’école permet la formation et la reproduction de la force de travail . Les anarchistes dénoncent l’école caserne qui enferme et discipline les élèves pour les soumettre à l’autorité. Si ses aspects n’ont pas disparus, il semble intéressant de se pencher sur les évolutions récentes de l’institution scolaire. Le mouvement étudiant au Québec soulève également une critique de l’école. Dans les sociétés modernes, l’école permet de diffuser des normes de comportements pour fabriquer des individus productifs et performants.  

C’est cet aspect qui est étudié par le livre intitulé La nouvelle école capitaliste. Ses auteurs, enseignants-chercheurs, sont membres de l’Institut de recherche de la FSUCe syndicat corporatiste de l’enseignement se limite à une critique du libéralisme et apparaît comme l’aile modérée de la gauche de gauche. Dans l’enseignement supérieur la FSU, à travers le Snesup, dirige de nombreuses universités. Ce syndicat impose au pas de charge les réformes libérales pour adapter l’université au capitalisme néolibéral.  

 

 

Pourtant, malgré l’origine douteuse de ses auteurs, ce livre soulève de nombreux problèmes. Il insiste sur les mutations récentes et sur les nouvelles formes d’aliénations qui traversent la société. La sociologie critique des années 1970 étudie l’école comme une institution qui reproduit les inégalités sociales. Pourtant, l’école affirme alors son autonomie. Aujourd’hui, l’école s’adapte ouvertement à la logique économique. Une nouvelle rationalité générale diffuse de nouvelles normes.

« Le néolibéralisme est précisément aujourd’hui cette logique générale qui impose partout, même dans les sphères a priori les plus éloignées du cœur de l’accumulation du capital, un même système normatif de conduite et de pensée » expliquent les auteurs. L’État manager diffuse une logique de productivité et de performance dans tous les domaines de la vie quotidienne. Le salarié, ou le chômeur, doit être compétitif pour s’adapter aux exigences du marché du travail. Il doit devenir un entrepreneur de soi-même et s’adapter aux nouvelles normes et perfectionner son « employabilité ».  


 

L’école doit désormais diffuser un savoir rentable et accumulable. L’économie de la connaissance réduit le savoir à sa valeur marchande source de profit. La diffusion de la connaissance se soumet à la logique de la valorisation économique à travers l’évaluation selon des critères de rentabilité. La logique de la compétence s’impose dans le domaine de l’enseignement. La logique de l’innovation régie le secteur de la recherche.  

Le développement de l’État managérial et de l’école capitaliste découle des luttes entre groupes sociaux. Les auteurs n’adoptent pas la position antilibérale qui se contente de défendre l’Etat, l’école et les services publics contre le grand méchant marché. « Les responsables politiques, la haute administration, les groupes professionnels, les parents d’élèves, les étudiants sont autant d’ « acteurs » qui interviennent à divers titres par leurs conduites dans ces transformations, les approuvent ou les combattent, les accélèrent ou les freinent » soulignent les auteurs.  

La logique néolibérale semble directement impulsée par l’État, qui n’est évidemment pas à défendre mais à détruire.

 

 

 

 

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L’emprise de l’Etat managérial sur nos vies 


L’analyse des mutations de l’État permet de comprendre les évolutions de l’école. L’État impose une nouvelle manière de gouverner. Il adopte la logique managériale à travers des objectifs quantifiés individualisés et un système d’évaluation. L’État se modernise pour offrir un environnement plus compétitif aux entreprises. Ce New Public Management concernent tous les secteurs des services publics. L’État diffuse les nouvelles normes sociales de performance et de compétitivité. Loin d’un retrait ou d’un démantèlement, l’État étend son emprise sur tous les domaines de l’existence.  

La compétitivité devient une nouvelle norme sociale. La concurrence ne se limite pas à l’espace de l’entreprise. « La concurrence est ainsi devenue principe général de gestion sociale et, même, principe politique tout court » expliquent les auteurs. La gestion de la population doit permettre une adaptation à la compétition mondiale. L’ensemble de la société doit se conformer aux contraintes de la concurrence mondiale. La population devient une ressource productive. En 2000, la stratégie de Lisbonne donne pour objectif à l’Union européenne de « devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010 ». La concurrence devient également un moyen pour augmenter la performance dans tous les secteurs. L’évaluation permanente, et dans tous les domaines, impose une « culture du résultat ».  


L’État, loin d’être victime de la mondialisation, impose des actions de dénationalisation. Les politiques publiques imposent les normes des institutions internationales à l’échelle des États.  

Le New Public Management impose une nouvelle manière de diriger activement les agents des États. L’intérêt général n’est plus mis en avant. La peur, à travers les sanctions et les récompenses, doit guider l’action d’individus égoïstes. Les méthodes du management appliquées aux administrations débouchent vers une culture du résultat à travers des objectifs quantitatifs. La « responsabilisation », l’ « évaluation » et la « performance » deviennent les nouveaux mots d’ordre.  

« Le New Public Management place les agents dans un nouveau champ de forces qui permet d’avoir sur eux un contrôle à la fois plus précis, idéalement quantifiable, et constant » soulignent les auteurs. Ce phénomène détruit les métiers traditionnels et attaque les anciennes pratiques professionnelles taxées d’archaïsme. L’ « auto-discipline » et l’ « auto-évaluation » permettent l’intériorisation de nouvelles normes. Le management repose sur un « enregistrement comptable de l’activité afin d’intensifier et de canaliser les énergies subjectives au travail » précisent les auteurs. Il impose une discipline automatique et intériorisée.  


La méthode de l’incrémentation vise à ne pas bouleverser le fonctionnement de l’enseignement. De nouveaux dispositifs sont ajoutés, pour faire disparaître les anciens de manière progressive et non brutale. Les réformes visent à imposer la « culture d’entreprise » au sein de l’administration. La baisse des moyens et des effectifs ne découlent pas uniquement d’une raison budgétaire. Ses mesures doivent surtout permettre d’imposer une nouvelle discipline fondée sur la compétitivité. L’évaluation individualisée des performances permet d’imposer la peur dans le monde du travail. L’évaluation, avec un système de punitions et de récompenses, doit permettre de responsabiliser les enseignants. Les universités sont gérées comme des entreprises pour former des « pôles de compétitivité ». Les thèses doivent obtenir des financements et la recherche s’inscrit dans une logiquement strictement utilitariste. Selon les auteurs, « la mise en concurrence des établissements pour l’accès des ressources financières accélère le changement entrepreneurial des universités ».

 

 

 

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La fabrique de subjectivités dociles par la discipline néolibérale 


L’école doit produire des nouvelles subjectivités au travail. L’institution scolaire ne se contente plus de former une main d’œuvre mais permet l’acquisition de compétences pour façonner un mode de vie. La formation tout au long de la vie doit favoriser l’employabilité des travailleurs. Le salarié doit devenir adaptable, flexible, autonome, acquérir un esprit d’entreprise et rechercher la performance.  

Dans le secteur des services, le travail et le contact avec les clients repose sur des qualités relationnelles incorporées. « Le management moderne a besoin de travailleurs qui s’impliquent subjectivement et mobilisent leurs ressources personnelles, cognitives et affectives » résument les auteurs. Les directions des entreprises fixent toujours de manière autoritaire les objectifs à atteindre. Mais ce sont les salariés qui doivent trouver en eux-mêmes les ressources et les compétences pour atteindre ses objectifs. Le salarié doit alors intérioriser les normes et les objectifs de l’accumulation du capital. La discipline autoritaire perdure mais s’accompagne désormais de dispositifs de contrôle. « Les prescriptions ne sont plus définis en termes de tâches à accomplir, mais en termes de bonne façon de se comporter » précisent les auteurs. Les « savoir faire » et « savoir être » orientent la conduite des salariés qui doivent adopter le bon comportement pour se conformer aux exigence de l’entreprise.   

Jean-Marie Vincent observe une « subordination active » des salariés. Le travail transforme les subjectivités des salariés. « Les relations aux autres et à soi s’en trouvent métamorphosées, de même que les échanges, la communication et l’activité humaine en général » soulignent les auteurs. Le travailleur doit désormais vendre son corps, mais aussi son âme. Les désirs du salarié se confondent avec les désirs de l’entreprise. Le salarié devient « entrepreneur de lui-même » et doit gérer sa vie professionnelle et sa carrière. La logique du capital s’étend sur l’ensemble des temps sociaux et personnels pour coloniser tous les aspects de la vie.  

 

La formation « professionnalisante » vise à développer des compétences et des attitudes qui correspondent au modèle de l’entreprise « flexible ». Cette formation construit des subjectivités nouvelles. Des normes communes à tous les métiers permettent de définir le « bon salarié » souhaité par l’entreprise. « Ces normes d’employabilité, qui relèvent du « comportement », de la « mentalité », des bonnes dispositions et intentions, permettent de faire explicitement de l’école le lieu de la fabrication des subjectivités dociles, souples, adaptables et réactives, requises par les entreprises » résument les auteurs. Les étudiants doivent savoir se vendre sur le marché du travail et s’inscrire dans une recherche de performance.  

La formation tout au long de la vie, la formation en alternance et les stages permettent aux salariés d’incorporer les normes de l’entreprise qui devient le modèle de l’apprentissage.  


 

L’orientation devient une priorité de l’école. Les élèves doivent se conformer aux besoins de l’économie et « construire un projet personnel et professionnel ». Le capitalisme de la connaissance doit fabrique une subjectivité marchande. Les individus doivent se consacrer à la vente de soi à travers l’employabilité et l’accumulation de « compétences ».  

« L’accent est mis désormais sur la formation d’individus compétents et performants, dotés de capacités à agir, à réagir et à s’adapter rapidement dans les situations professionnelles » résument les auteurs. L’ « orientation active » entraîne l’individu à se considérer comme une marchandise à la recherche d’un acheteur. L’ « autocontrôle » et l’ « auto-évaluation » fabriquent un individu « entrepreneur de lui-même » qui se conforme et s’adapte au modèle du marché de l’emploi existant.  

Un « livret de compétences » est même créé pour contrôler si l’élève est bien conforme au modèle de la vente de soi pour se considérer comme une marchandise. L’orientation réprime les désirs des individus pour les conformer au monde marchand. L’évaluation ne porte plus sur la simple acquisition de savoirs mais sur le comportement qui doit devenir docile et soumis. Les lettres de motivations, les CV, les stages deviennent des critères importants de sélection dans les formations supérieures. Ceux qui se conforment le mieux aux règles inspirées du marché du travail sont alors sélectionnés. L’élève doit savoir « se vendre ».  

Mais cet ordre néolibéral peut également alimenter des frustrations et des révoltes. « Les contradictions multiples du nouvel ordre néolibéral concernent désormais le sens même de l’existence, les modes de vie, le rapport à soi et aux autres » soulignent les auteurs.

 

 


 

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Le marché de la connaissance et l’école entreprise 


Dans le cadre de la compétition mondiale, l’économie de la connaissance doit devenir concurrentielle et productive. « La norme de la concurrence entre les États, les économies, les entreprises pousse à la mise en marché d’une connaissance perçue comme un avantage comparatif dans la guerre économique mondiale » résument les auteurs. Le domaine intellectuel et éducatif se trouve soumis à la logique de la valeur. La science doit être mise au service du capital. Ensuite, le secteur scientifique est régie par des normes managériales fondées sur des « projets ».Des dispositifs de contrôle et de sanction composent un système de normes pour imposer un régime néolibéral de la connaissance. Le néolibéralisme fabrique le modèle du chercheur entrepreneur qui conditionne ses recherches au financement et se soumet à la nécessité d’une innovation permanente.  

Le modèle fordiste de la connaissance s’attache au long terme et à l’autonomie de la recherche. Aujourd’hui, la connaissance s’apparente à un stock d’information qui compose un capital immatériel. L’appropriation de la connaissance par des brevets permet aux entreprises, comme Microsoft, de bénéficier de rentes.  


La technoscience utilise la connaissance pour fabriquer un monde de compétition, de performance et de profits. Ses nouvelles normes peuvent s’imposer dans des conditions imposées par l’État. La recherche doit se rapprocher de l’économie de la connaissance et doit construire des réseaux avec les entreprises pour décrocher des contrats et professionnaliser les cursus. Les chercheurs et les professeurs doivent trouver eux-mêmes les fonds nécessaires à leur activité.  

Un marché scolaire se développe. Les familles sont incitées à choisir entre différentes écoles, qui s’apparentent des entreprises en concurrence. L’État oblige « les directeurs d’établissement à gérer leur école comme des entreprises soumises aux demandes de clients désireux de disposer d’un service de qualité » observent les auteurs.  

La carte scolaire oblige les familles à scolariser leurs enfants dans le collège de proximité. Pourtant, cette carte scolaire semble souvent contournée. Les parents peuvent alors choisir une « bonne école ». Cette concurrence entre établissements favorise la reproduction sociale. « Le libre choix contribue à la polarisation sociale et ethnique des établissements » constatent les auteurs.


Avec la concurrence sur le marché du travail, le diplôme devient indispensable. Dès lors la concurrence peut également jouer sur le marché de l’éducation. L’école devient une marchandise destinée à des « consommateurs à la fois rivaux et calculateurs sur un marché de biens rares ». Les universités font appel à des financements privés et augmentent les frais d’inscription. Les départements et enseignements non rentables sont progressivement supprimés. Les universités peaufinent leur image de marque et leurs réseaux pour devenir concurrentielles sur le marché de l’enseignement.  

Un marché des prépas et des coachs se développent avec la sélection toujours plus importante dans les grandes écoles. L’État encourage le développement du marché du soutien scolaire.  

L’éducation doit former un « capital humain » pour contribuer à la croissance. L’école doit également permettre de maximiser la rentabilité de chaque individu.  

Les étudiants doivent s’endetter pour leurs études, ce qui détermine leur choix d’orientation. La « culture d’entreprise » irrigue les universités à travers l’intervention de patrons et avec les stages. Les individus doivent devenir « entrepreneur d’eux même » et gérer leur vie en petits capitalistes. L’existence se transforme en une accumulation de capital humain.

 

 

 

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Lutter contre l’école néolibérale 


Il semble important d’analyser la logique globale pour mieux la combattre. La nouvelle norme de compétence s’attache à l’évaluation et à la performance.

A partir de 1945, en France, le Plan favorise une adéquation entre la population formée et les besoins de l’économie. Mais le contenu de l’enseignement demeure inchangé. A partir des années 1990 l’OCDE, institution internationale, estime que l’école doit se conformer à l’impératif de rentabilité. L’école doit désormais promouvoir des compétences à évaluer. La notion de compétence comprend, avec les connaissances scolaires, les « émotions et attitudes appropriées».  

Entre l’OCDE et la France, l’Union européenne définit un socle commun de connaissances et de compétences. Présenté comme un instrument pédagogique démocratique, le socle commun soumet l’école à l’évaluation permanente et à l’obligation de résultat. Loin d’une pédagogie nouvelle, le socle introduit la culture utilitariste et managériale dans l’éducation.  

Le système éducatif est désormais évalué à travers des grands indicateurs. Les élèves subissent des évaluations standardisées tout au long de leur scolarité. « C’est donc avec des disciplines privées de sens et des dispositifs de contrôle permanents (des élèves comme des enseignants) que la mutation de l’école s’opère » résument les auteurs.  

Face à ses réformes de l’école et de l’université, des luttes se construisent. Les mouvements des lycéens et des étudiants, mais aussi les instituteurs désobéissants, expriment une révolte contre la servitude et les dispositifs de contrôle social. Mais ses mouvements demeurent englués dans une perspective d’aménagement de la misère existentielle.  

 

Les auteurs de La nouvelle école capitaliste défendent une école de gauche, à la Jaurès. Pire, ils s’attachent à une école postcapitaliste. Pour eux, l’école doit permettre de dépasser le capitalisme. En réalité, l’école, même avant la terreur managériale, ne permet que soumission aux normes et aux contraintes de l’ordre social. L’école impose à l’individu de renoncer au plaisir et à ses désirs pour se conformer au cadre marchand.  

Les auteurs proposent la création d’un « espace public d’opposition ». L’école doit s’associer aux journaux critiques, aux blogs, aux maisons d’édition, aux organisations du mouvement social pour permettre une « insurrection des savoirs assujettis », selon l’expression de Michel Foucault. Ses liaisons doivent créer une nouvelle institution commune de la connaissance. Cette proposition s’apparente à une nouvelle mouture d’une gauche de gauche en décomposition. Au contraire, il semble plus passionnant de créer des espaces de rencontres, de réflexions, de luttes pour détruire l’école et la mascarade de la modernité marchande.  

L’école s’apparente désormais à un champ de ruines qu’il est temps de balayer.  

Contre la modernité marchande, avec ses normes et ses contraintes, il semble urgent de réactiver une sensibilité critique issue des avant-gardes artistiques. La libération de l’imagination, de la créativité, des désirs doit multiplier les possibilités d’existence. Contre le règne du quantitatif et de la performance, il semble indispensable d’opposer la force de frappe du qualitatif, la libération des désirs et le déchaînement des passions.  


 

Source: Christian Laval, Francis Vergne, Pierre Clément, Guy Dreux, La nouvelle école capitaliste , La Découverte, 2011


Introduction  sur le site de l’Institut de recherche de la FSU 

Bonnes feuilles  sur le site de la revue Contretemps 

 

Repris sur zones subversives

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 10:41

 

image.jpgVoici la liste des nouvelle mesures d'austérité en Grèce détaillé sur Tantquil.net. Ca ne s'arretera donc jamais?

 

Après moult mémorandums, le parlement grec a voté le 8 Juillet dernier pour la « magistrature exceptionnelle » d’Antonis Samaras et son gouvernement de sauvetage national. Vainqueur des législatives du 17 juin dernier, Antonis Samaras, chef de file du principal parti de droite Nouvelle démocratie a formé son gouvernement de coalition. Il rassemble la Nouvelle démocratie (ND, droite), le Pasok (les socialos) et la Gauche Démocratique (DIMAR, une scission de l’équivalent grec du front de gauche, SYRIZA). Ensemble ils totalisent une majorité de 179 sièges, soit la possibilité de faire adopter toutes les mesures d’austérité possibles. Pourtant, à l’heure où le nouveau plan d’austérité doit être voté, l’aridité du climat social s’embrase. 

Ici la réactualisation du détails des mesures d’austérité en Grèce, le précédent article à ce sujet se trouve là.

La grève générale du 26 septembre dénonçait les nouvelles mesures d’austérité, détaillons les:

 

 Salaires :

  • Baisse du salaire minimum (déjà réduit début 2012 de 22% et de 32% pour les moins de 25 ans).

  • Baisse du coût salarial pour une heure de production (déjà baissé de 11.5% au premier trimestre 2012).

  • Réduction progressive de la masse salariale de 12%.

  • Nouveau schéma de réserve d’emploi. 35 000 à 45 000 fonctionnaires seront placés pendant trois ans sous ce régime et toucheront 65% (ou 75%) de leur salaire de base. Ils seront licenciés au bout de ces trois ans. Objectif : licenciement de 150 000 agents d’ici 2015.

  • Gel ou réduction des salaires. La grille unique de salaires sera étendue aux entreprises d’utilité publique (DEKO), ce qui implique des réductions de salaires allant jusqu’à 35%.

  • Suppression des primes, congés et bonus de vacances.

Retraites :

  • Augmentation de l’âge minimum de départ à la retraite à 67 ans.

  • Réduction des retraites. Réduction de 1% à 2% des retraites de plus de 600€, 5% pour les retraites proches de 1000€, 20% ou plus pour celles au-dessus de 2000€. Un plafond à 2500€ pourrait être établit.

  • Réduction de 10 à 30% du pécule (somme cotisée comme et versée au moment de la retraite) de 23 caisses de retraites. Et cotisation de 1% du montant de leur retraite pour ceux ayant déjà perçu ce pécule.

Avantages sociaux et chômage :

  • Réduction des allocations familiales, des aides sociales liées aux revenus et des pensions pour les femmes célibataires.

  • Abolition du chômage saisonnier spécial.

  • Baisse et durcissement de l’éligibilité aux allocations de chômage.

  • Baisse des aides aux chômeurs.

Restructuration du secteur public :

  • Réduction de 25% des salaires.

  • Réduction de 25% des coûts d’exploitation.

  • Réduction de 50% de la rémunération des administrateurs et secrétaires.

Santé :

  • Augmentation de la participation du patient.

  • Réduction du budget alloué aux hôpitaux.

Éducation :

  • Fusions ou destruction de certains services.

  • Réduction du nombre d’écoles.

  • Coupes dans le budget des universités et des aides aux études.

Fusion ou privatisation d’environ 50 organismes publics (23 projets de privatisation d’ici 2013) :

  • Loterie nationale.

  • Les ports encore publics (exemple port du Pirée).

  • Compagnies de gaz, d’eau potable et d’électricité.

  • Compagnies de chemins de fer et gestion des autoroutes.

  • La poste et certains hôpitaux.

  • Les banques dans lesquelles l’Etat a encore des parts.

  • Les immeubles et terrains appartenant à l’Etat.

Tandis que la galère ne cesse de sombrer, c’est toujours les prolos qui rament.

Le pays accuse déjà le coup, et le coût, de 5 années de récessions avec un PIB qui chute encore 6.9% l en 2011 (il avait déjà chuté de près de 20% ces 3 dernières années).

Le chômage tape les 22.5% soit une augmentation de 38.4% en seulement un an, il s’envole à 52.8% chez les jeunes. La crise précipite toujours plus de gens à la rue (plus de 20 000 à Athènes), le taux de suicide a augmenté de 20% en deux ans…

Bref, la perspective qui se dessine toujours plus clairement pour le prolétariat c’est qu’il n’a plus rien à perdre !

Données économiques

PIB : 215,1 Mds€ (2011)

PIB/hab : 19 000 euros (2011)

Taux de croissance : -6,9% (2011)

Taux de chômage : 22,5 % (avril 2012)

Taux d’inflation : 3,1% (2011)

Dette publique : 165,3 % du PIB (2011)

Déficit public : -9,1% du PIB (2011)

Principaux clients (2011) : Italie (9,5%) Allemagne (7,8%), , Turquie (7,8%), Chypre (6,1 %), Bulgarie (5,5 %), Etats-Unis (5,3%)

Principaux fournisseurs(2010) : Allemagne (10,6%), Russie (9,4%), Italie (9,3%), Chine (5,8%), Pays-Bas (5,5%), France (5%)

Sources :

http://blogs.mediapart.fr/blog/mehdi-zaaf/290812/grece-les-nouvelles-mesures-dausterite

http://www.okeanews.fr/grece-la-liste-complete-et-chiffree-des-nouvelles-mesures-dausterite/

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo_833/grece_187/presentation-grece_1362/presentation_831.html

 


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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 10:34

nouvel-autodafe-L-1.jpegLa question du nouveau traité européen agite l’actualité. Il contient des mesures qui vont nous concerner très directement, causant probablement une catastrophe sociale… Mais quel est le contenu exact de ce traité ?


Tout d’abord, il faut savoir qu’il n’y a pas un mais deux traités, souvent confondus : le MES et le TSCG. Que cachent ces sigles barbares ? Le premier, le MES, ratifié le 21 février 2012, concerne le mécanisme européen de stabilité. Celui-ci est censé remédier aux faillites des États comme par exemple les demandes d’aide à l’Union européenne de la Grèce, l’Irlande ou encore l’Espagne. Il consiste en une gigantesque réserve de 700 milliards d’euros qui peuvent être prêtés à des taux assez bas aux États. Évidemment, la carotte ne va pas sans le bâton : dès qu’une demande d’aide est enclenchée, il faut appliquer des réformes structurelles décidées par la Banque centrale européenne et la Commission européenne.

Celles-ci peuvent être des privatisations, des réductions de salaires ou encore la casse de la sécurité sociale… En gros, ce mécanisme est la création d’un FMI interne à l’Europe qui permettra d’imposer toujours plus d’austérité et de réformes structurelles.

On notera au passage qu’il coute 142 milliards à la France soit l’équivalent de trois fois le budget annuel de l’Éducation nationale… Ce traité ne concerne que les États déjà en faillite qui doivent faire appel à l’Union européenne. Heureusement, pour faire appliquer l’austérité aux États qui ne sont pas encore en faillite, il y a le frère jumeau du MES, le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSGC). Sous prétexte de complexes règles dont nous épargnerons les détails aux lecteurs et lectrices, ce traité impose un taux maximum de déficit public (variable). Celui-ci est connu sous le nom de « règle d’or ».

Concrètement, cela veut dire qu’un État qui dépasse un certain taux de déficit a l’obligation de le réduire, et comme l’argent ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval, appliquer une cure d’austérité dont nous ne connaissons que trop bien le contenu. A cela s’ajoutent des sanctions automatiques dès que le déficit atteint plus de 3 % du PIB.

En France, le déficit s’élève en 2012, à environ 4,5 % du PIB. Si le traité TSCG rentre en application, en 2014, celui-ci ne devra pas s’élever à plus de 1,22 % du PIB. Cela signifie qu’en un an, afin de se plier aux obligations du traité, les socialistes devront trouver de 70 à 80 milliards d’euros, ce qui implique une cure d’austérité massive.

L’austérité : une guerre aux classes populaires !

Depuis le début de la crise, les plans d’austérité se succèdent. Les deux nouveaux traités ne sont que des étapes de ce mécanisme d’austérité qui est à l’œuvre à l’échelle européenne. Faire une liste exhaustive de toutes les mesures prendrait bien trop de place.

Contentons-nous de dire que la plupart des mesures d’austérité touchent prioritairement, les salarié-e-s, le prolétariat, que ce soit à travers des baisses du salaire indirect (des baisses de prestation de la sécurité sociale comme l’assurance maladie les retraites ou chômage), une diminution des services publics ou encore des attaques directe contre les salaires (ex : en Grèce moins 20% sur les salaires des fonctionnaires).

Si ces mesures augmentent temporairement le taux de profit de la bourgeoisie, il est très probable qu’elles auront des conséquences quasi apocalyptiques pour l’économie de la zone euro. En effet, une baisse globale de la masse salariale ajoutée à une baisse des dépenses étatiques dans un contexte économique de crise mène à une récession. Celle-ci, qui est une contraction de l’activité économique, va mener à une diminution des recettes fiscales, et donc a un fort déficit des finances publiques. En retour, le fort déficit va mener à de nouvelles mesures d’austérité et ainsi de suite. La boucle est bouclée.

Ce mécanisme est à l’œuvre en Grèce où un nouveau plan d’austérité de 14 milliards d’euros va prendre effet en septembre alors que le pays connait une récession de 7 %. Il l’est aussi en Espagne, pays en récession depuis 2010, mais aussi dans une moindre mesure dans l’ensemble de la zone euro qui devrait connaître une récession de 0,4% en 2012.

Plus globalement, ces politiques d’austérité risquent d’approfondir la crise à l’échelle planétaire. En effet, l’Union européenne est le plus gros marché mondial : son affaiblissement risque d’entraîner à sa suite l’ensemble de l’économie globale.

Les politiques d’austérité qui vont être gravées dans la roche par les traités européens ne bénéficient qu’à une seule classe sociale : la bourgeoisie européenne. L’austérité consiste à baisser les salaires et les cotisations sociales. Il y a aussi un transfert du poids de la fiscalité sur les plus pauvres par le biais d’impôts indirects comme la TVA qui a augmenté dans la plupart des pays européens. Pour la bourgeoisie, pour les plus riches, cela signifie une augmentation des revenus, de leur taux de profit. Elle est obtenue au prix d’attaques massives contre la classe salariée européenne. Ces attaques, suite aux mécanismes décrits ci-dessus, présentent une réelle possibilité de mener l’économie mondiale au fond du gouffre.

Perspectives

Face à ces perspectives d’effondrement, une réponse qui gagne du terrain consiste à proposer une autre gestion de la crise comme peuvent le faire une myriade d’intellectuels, des colonnes de Marianne à la fondation Copernic en passant par Attac.

Le discours antilibéral propose en filigrane une autre gestion de l’économie capitaliste à base d’investissements publics, de relance monétaire et de protectionnisme. Les mesures qu’il prône comme la monétisation de la dette ou la relance keynésienne (à l’exception du protectionnisme) sont en application dans d’autres pays industrialisés comme les USA ou le Royaume-Uni (qui a refusé les traités) sans pour autant obtenir des résultats très probants.

Pour nous, cette perspective n’est ni réaliste ni souhaitable. Le capitalisme est un système mortifère qui détruit l’environnement, pour produire des biens en grande partie inutiles aux prix de l’exploitation toujours croissante de la majeure partie de l’humanité.

La crise majeure qu’il traverse est un moment où il faut se demander comment sortir du capitalisme et non comment l’amender.

Le deuxième traité (TSCG) n’est pas encore ratifié en France. La question du référendum sur la question nous semble insuffisante. S’il y a résistance à ces traités, c’est dans la rue qu’elle se fera.

Les multiples plans d’austérité ont déjà suscité de nombreuses et fortes résistances que ce soit en Espagne, en Italie, en Grèce mais aussi au Royaume-Uni et en Roumanie.

Avant d’être à la rue, soyons dans la rue ! La cure d’austérité en France est d’ores et déjà annoncée et entérinée par les nouveaux traités européens. Elle consistera en une attaque directe et massive sur nos salaires et nos droits à la sécurité sociale. Il importe de construire dès aujourd’hui les résistances à cette attaque et de se poser dès maintenant la question d’aller plus loin que la simple résistance à l’austérité…

 

Matthijs (AL Montpellier)

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 10:25

aube-doree-parlement.jpgUn article de la presse bourgeoise sur les liens entre les nazillons d'Aube dorée et les flics...

 

Le parti d’extrême droite grec, Aube Dorée, assure de plus en plus le rôle de la police, rapporte le quotidien britannique The Guardian, qui précise même que la police grecque demande ouvertement aux citoyens de s’adresser à ses membres pour obtenir de l’aide.

Une fonctionnaire âgée de 38 ans, victime d’un délit et qui a souhaité rester anonyme, a expliqué qu’elle avait été choqué lorsqu’on lui avait recommandé de s’adresser au parti néo-nazi après qu’elle avait appelé la police à la suite d’un incident impliquant des émigrés albanais qui s’était déroulé dans son immeuble. « Ils m’ont immédiatement dit +si c’est un problème avec des immigrés, allez voir Aube Dorée+ »,a-t-elle expliqué au journal.

D’autres Grecs affirment que les membres du parti assument de plus en plus les fonctions de l’Etat grec défaillant. « La nature déteste le vide et Aube Dorée remplit seulement un vide qu’aucun autre parti ne résout », déplore une Grecque. « Il donne aux petites gens le sentiment qu’ils peuvent survivre, qu’ils sont en sécurité chez eux ». « Pour beaucoup de gens dans les quartiers pauvres, nous sommes des libérateurs », clame Yiannis Lagos, l’un des 18 députés du parlement grec pour le parti néo nazi. « L’Etat ne fait rien », a-t-il déclaré lors d’une émission de télévision, précisant qu’Aube Dorée était le seul parti qui aidait les Grecs sur le terrain.

Outre assurer un service de protection des personnes âgées dans les quartiers les plus violents, le parti extrémiste assure aussi des distributions de nourriture et de vêtements pour les Grecs les plus démunis. Mais ces coups de main ne sont pas totalement gratuits : un professeur grec rapporte que l’une de ses amies qui avait subi des violences de la part de son mari et qui s’était faite aidée par le parti après que la police lui avait demandé de le contacter avait été contrainte de lui remettre des vêtements et de la nourriture en retour.

La stratégie d’Aube Dorée semble donner de bons résultats, puisque lors d’un sondage réalisé la semaine dernière, ce parti a recueilli 22% d’opinions favorables, alors qu’il n’en recueillait que 12% en mai 2012.

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 10:23

canon-a-eau21.jpgCette rubrique  a pour objectif de faire une présentation rapide de ce qu’est le « maintien de l’ordre », a l’échelle internationale.

En quoi consiste-il ? Quelles sont ses fonctions ? Comment évolue-t-il ? Le budget qui lui est consacré est il soumis au même impératif économique d’austérité que le reste des dépenses des Etats ?  

Comprendre les mécanismes du « maintien de l’ordre » est, dans cette période de crise et de (probables) affrontements qui s’ouvre, une nécessité.  


Il s’agit ainsi de démonter les discours qui le sous-tendent ( dissociation casseurs/bon manifestants, discours délirant sur les « agents provocateurs anarchistes infiltrés », les « faux étudiants », « faux lycéens », «  faux chômeurs », etc.).

Chaque force de police a ses particularités et ses méthodes. Par exemple les policiers anti-émeute hollandais utiliseront des petits boucliers ronds en osier alors que les français auront des boucliers carrés en plexiglas et les policiers allemands se passeront carrément de boucliers. Néanmoins, on peut dégager plusieurs grands modèles de maintien de l’ordre. Ici, le modèle allemand.

 

L’Allemagne, du fait de l’histoire, a une conception différente de la répression et a fait un choix de maintien de l’ordre complètement différent des méthodes françaises.

Créée en grande partie pour répondre à la tactique du Black Bloc, sa doctrine repose sur le concept d’overkill, c’est-à-dire un déploiement massif de forces, allant jusqu’à plusieurs fois le nombre nécessaire de troupes pour encadrer une foule.

La théorie allemande repose tout d’abord sur une identification claire des portions de foules perçues comme menaçantes (ce qui n’est pas trop difficile dans le cas d’un Black bloc). Leur identification va permettre un très fort encadrement de celles-ci. Une première tactique va être d’éviter la réunion physique de manifestants ou du moins de les ficher et de les contrôler extensivement. Cela peut passer par la mise en place de dispositifs de contrôle de type check-point pour accéder au lieu de la manifestation. Ils peuvent se trouver dans des gares ferroviaires, routières ou même des portions d’autoroute. Par exemple, le 3 avril 2009, les forces de police allemande vont jusqu’à fermer complètement l’autoroute permettant d’accéder à Baden-Baden où une manifestation a lieu. De même, elles peuvent tenter d’empêcher différents cortèges d’accéder au lieu de rassemblement d’une manifestation.

Flics allemands encadrant une manif

Une fois sur les lieux, la forte présence policière tend à intimider les manifestants. Pour y accéder, ils peuvent être soumis à des contrôles d’identité en amont de la manifestation. Ensuite, le dispositif policier encadre les manifestants. Cela peut aller jusqu’à un cordon de police entourant intégralement les manifestant (voir photo) comme par exemple lors des manifestations anti G-8 à Rostock en juin 2007. Le parcours est balisé et physiquement bloqué (par des barrières anti-émeutes), et les intersections systématiquement occupées par des unités des police voire des canons à eau blindés. De plus les cortèges de manifestants perçus comme dangereux sont systématiquement filmés tout au long du parcours.

Lorsqu’il y a affrontement, la police utilise des méthodes assez différentes de ce que l’on peut voir en France. Les grands axes sont contrôlés par des canons à eau blindés. Ils empêchent physiquement les manifestants de passer et de plus, grâce à leurs lances à incendie, ils peuvent projeter de l’eau mêlée à des produits chimiques (lacrymogènes ou irritants) avec une très forte pression. Le reste du combat est assuré par des charges massives de policiers anti-émeutes. Ceux-ci n’ont pas de boucliers et sont assez vulnérables aux projectiles. Les gaz lacrymogènes ainsi que les charges de chevaux peuvent être utilisés de manière occasionnelle.

canon à eau

On peut voir que la doctrine allemande est basée principalement sur des mesures préventives d’intimidation des manifestants par un contrôle des flux de population et un déploiement policier massif. Cette tactique est assez efficace contre un nombre limité de manifestants mais peut rapidement montrer ses limites dans le cas de manifestations massives et dispersées sur le territoire. Par ailleurs, une fois que les affrontements éclatent, la tactique de la police allemande fait que celle-ci peut rapidement être débordée par les manifestants. Pour conclure, on pourra dire que la méthode allemande est plus oppressive que répressive, basée sur l’intimidation numérique et le fichage extensif.

 

Repris sur Tantquil.net

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 10:16

Islamophobie1.jpgVoici l'appel de libertaires de toutes tendances contre l'islamophobie paru sur BBoykonsian. A faire tourner!

 

Anarchistes, communistes libertaires, anarcho-syndicalistes, autonomes, artistes, organisés ou non-organisés, nous faisons part de notre condamnation totale de l’islamophobie sous toutes ses formes. Nous affirmons que l’islamophobie est une forme de racisme.

Nous avons le désagréable pressentiment, au regard de l’actualité, que l’islamophobie, comme un racisme respectable et vertueux, devient l’un des ressorts privilégiés de la gauche au pouvoir et de la gauche bien-pensante. Nous faisons le constat exaspérant que les thématiques progressistes comme le féminisme, la laïcité ou la liberté d'expression sont régulièrement invoqués pour le justifier. Le fait qu’en février, à peine passé à gauche, le Sénat ait voté une loi d’interdiction de certains emplois aux femmes voilées ne fait que confirmer nos craintes. Il en est de même quant aux comportements et discours néo-coloniaux et racistes du Parti de Gauche et des organisateurs du fameux débat sur « comment faire face au Front national » (sic) à la Fête de l'Humanité(1).

Les conséquences de l’islamophobie sont grandes pour celles et ceux qui la subissent : des lois liberticides votées ces dernières années jusqu’aux discriminations insidieuses, parfois flagrantes (par ex : les 4 animateurs de Gennevilliers suspendus car faisant le ramadan), sans parler des insultes et agressions diverses. Ces attaques racistes risquent fort de croître, et nous devons nous préparer à les combattre sans aucune ambiguïté.

En tant que libertaires nous réfutons et combattons tout raisonnement islamophobe porté au nom de l’idéologie libertaire et avons décidé de l’affirmer clairement par cet appel.

Parce que nous pensons qu’au sein du discours médiatique dominant, journalistique et politique, certains « philosophes », « dessinateurs » et « écrivains » surmédiatisés, comme Michel Onfray, Caroline Fourest ou l’équipe de Charlie Hebdo, participent de cette islamophobie ambiante et de sa propagation en se positionnant parfois comme libertaires, ou en agissant au nom de la tradition et de l’idéologie libertaire.

Parce que nous constatons que certains secteurs de « notre famille politique » sont imprégnés par l’idéologie islamophobe, et cela est insupportable. Cela se traduit au mieux par un désintérêt pour cette question (parfois par une condamnation certes claire de l’islamophobie mais couplée de moult rappels du combat primordial contre l’aliénation religieuse), au pire par le refus de reconnaitre l’islamophobie comme un racisme voire par le fait de s’affirmer islamophobe au nom d’un anticléricalisme primaire importé de contextes historiques différents, voire par des connivences et compromissions inacceptables, heureusement marginales mais pas assez vigoureusement condamnées.

Certaines choses doivent donc être rappelées à nos « camarades ».

NON, le terme islamophobie n’a pas été inventé par le régime iranien pour empêcher la critique de l’islam comme le proclame Caroline Fourest, le terme existait d’ailleurs déjà au début du XXème siècle.

NON, combattre l’islamophobie ne nous fait pas reculer devant les formes d’oppression que peuvent prendre les phénomènes religieux. Nous apportons ainsi notre soutien total à nos camarades en lutte au Maghreb, au Machrek et au Moyen-Orient qui s’opposent à un salafisme qui prend là-bas les formes réactionnaires et fascistes, et cela au plus grand bénéfice de l’impérialisme occidental.

NON, tous les musulmans qui luttent contre les lois islamophobes ne sont pas des crypto-islamistes ni des communautaristes venus faire du prosélytisme ou souhaitant interdire le blasphème. Beaucoup d’entre eux et elles sont des acteurs et actrices du mouvement social à part entière. Ils et elles luttent, s’auto-organisent, se battent pour leurs droits, contre le patriarcat, le racisme et pour la justice sociale au quotidien en revendiquant la spécificité de leurs oppressions et en pointant les contradictions qu’il peut y avoir au sein d’un certain discours « militant ». Critiquer leur façon de s'organiser ou de militer est une chose, les disqualifier par un discours marginalisant et raciste en est une autre.

La critique récurrente qui est faite à ceux qui parlent d'islamophobie(2), est qu'ils sont les porteurs d'un concept qui produirait du communautarisme. Nous disons que l'islamophobie est la politique de l'Etat envers de nombreux fils d'immigrés. Cette politique, il l’avait déjà expérimentée avec certains colonisés. L'islamophobie est bien un instrument de la domination, ce que le Palestinien Edward Saïd décrivait comme « la longue histoire d'intervention impérialiste de l'Occident dans le monde islamique, de l'assaut continu contre sa culture et ses traditions qui constitue un élément normal du discours universitaire et populaire, et (peut-être le plus important) du dédain ouvert avec lequel les aspirations et souhaits des musulmans, et particulièrement des Arabes, sont traités(3). » Dans la parfaite lignée de la structure de « l'orientalisme », l'Occident disqualifie l'Orient par le prisme de l'islamophobie et régénère par là sa pseudo-supériorité morale. Assumée ou dissimulée, cette structure de pensée gangrène une vaste partie du champ politique progressiste.

L'islamophobie n'est donc pas un concept flottant manié par des militants mal intentionnés, comme certains réactionnaires se plaisent sournoisement à l'inventer, mais une politique de la domination, de l'Etat post-colonial, qui imprime les corps des dominés. Dénoncer l'islamophobie n'est pas non plus l'apanage d'une communauté qui chercherait à se défendre. C'est au contraire un langage raciste de peur permanente qui désigne le paria sous les traits imprécis du musulman. A Salman Rushdie qui affirme lui aussi que l'islamophobie n'existe pas, car les musulmans ne sont pas une race, il faut rappeler, à lui et à tous ceux qui connaissent si mal l'histoire du racisme en Europe, que l'antisémitisme concerne les juifs, qui ne sont pas non plus une race.

Ce langage voudrait aussi imposer une assignation : tout arabe, tout africain, ou parfois tout être, ayant l'islam comme part de sa culture et comme part de son histoire serait un être essentiellement réactionnaire, fondamentalement religieux, et donc incompatible avec les principes fondamentaux républicains - principes par ailleurs complètement désincarnés, qui ne servent que pour justifier cette exclusion. Comme l'a montré Frantz Fanon, le colonisé, « par l'intermédiaire de la religion, ne tient pas compte du colon ». « Par le fatalisme, toute initiative est enlevée à l'oppresseur, la cause des maux, de la misère, du destin revenant à Dieu. L’individu accepte ainsi la dissolution décidée par Dieu, s'aplatit devant le colon et devant le sort et, par une sorte de rééquilibration intérieure, accède à une sérénité de pierre(4). »

Assigner les colonisés, et aujourd'hui les fils d'immigrés, à une religion, relève d'une dynamique de domination expérimentée dans les anciennes colonies. Les islamophobes n'ont peur que d'une chose : que les dominés s'emparent des armes de la critique sociale et de la philosophie, car c'est sur ce terrain que se prépare leur défaite, sur ce terrain que la lutte sociale se déploie et nous réunit.  

Au-delà de l’islamophobie, ce problème soulève le peu d’intérêt et d’engagement contre le racisme visant les enfants d’immigrés issus de la colonisation. Ce sont aussi toutes les questions liées aux quartiers populaires qui font les frais d’un déficit d’engagement de la part du mouvement social. Pour preuve le peu de personnes militant contre les violences policières et les crimes racistes et sécuritaires.

Les populations issues de la colonisation, qu’elles soient noires, arabes, musulmanes, habitantes des quartiers populaires, ont décidé de ne plus rester à la place où l’on veut les assigner et s’affirment comme forces politiques en s’auto-organisant. Nous devons avancer côte à côte et lutter contre le racisme sous toutes ses formes, de toutes nos forces.

L’islamophobie dominante, encouragée par tous les pouvoirs occidentaux, est aussi l’occasion de diviser ceux qui devraient s’unir, et unir ceux qui devraient être divisés. Dans une société régie par le spectacle, elle a en outre pour fonction de jeter de vastes écrans de fumée sur les réalités sociales. Ne tombons donc pas dans le piège !

Enfin ce problème pose aussi la question d’une sorte d’injonction à l’athéisme, condition sine qua non pour prendre part à la guerre sociale et militer dans une organisation libertaire. Il serait donc impossible ou infondé d’exprimer sa foi si l’on est croyant, tout en partageant certaines convictions progressistes. Nous nous opposons à l’essentialisation des croyants et du phénomène religieux, qui se fait sans donner la parole aux premiers concernés, et qui nous conduit aujourd’hui aux pires amalgames.

Notre opposition sans concession à l’islamophobie, en tant que libertaires, doit se faire entendre sur cette question. Nous sommes aussi le reflet d’un certain nombre de contradictions: de même que nous sommes traversés par les rapports de domination sexistes ou homophobes, ce qui est aujourd’hui (plus ou moins!) reconnu par le mouvement libertaire, nous devons reconnaitre l’être aussi par les rapports de domination racistes, postcoloniaux et faire le travail qui s’impose, dans le contexte social où l'on se trouve.

Contre cette arme coloniale de division massive et de « régénération du racisme » qu’est l’islamophobie, contre la construction d’un nouvel ennemi intérieur, nous affirmons en tant que libertaires notre solidarité avec celles et ceux qui luttent et s’auto-organisent contre cette oppression, et appelons au sursaut antiraciste partout pour les mois et les années à venir.



1. Article de Pierre Tevanian et Saïd Bouamama : Caroline Fourest, l'incendiaire qui crie « au feu! »
http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/180912/caroline-fourest-lincendiaire-qui-crie-au-feu
2. Voir les propos du très libéral Nasser Suleyman Gabryel qui récuse carrément l’usage du mot : http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/07/04/critique-du-concept-d-islamophobie_1728053_3232.html
3. Edward W. Saïd, L’Islam dans les médias.
4. Frantz Fanon, Les damnés de la terre.



Premiers signataires :

Nicolas Pasadena (Alternative Libertaire), Skalpel, E.one et Akye (BBoyKonsian-Première Ligne), Fred Alpi, Samuel Idir (Journal L'Autrement), Docteur Louarn (CNT-BZH), K-listo (Soledad), Aodren Le Duff (CNT), Subversive ways, Yly, Sophie B (CNT), George Franco, Marouane Taharouri (Alternative Libertaire), JM Smoothie (CNT-BBoyKonsian), Samia (BBoyKonsian), Elie Octave (Sud-Etudiant), Haythem Msabhi - Mouvement Désobéissance (Tunisie), Rabaa Skik (Artiste plasticienne), Zack O'Malek (Journal L'Autrement), Rola Ezzedine (Professeur d'histoire), Isabelle Vallade (Collectif Bordonor), Christophe Ceresero (NPA - CLA), Simo Shmaa, Michaël Courrouyan (Quidam bordelais), Mariam Seri-Sidibe (Travailleuse sociale - NPA), Adeline Dehel (Alternative Libertaire), Devi Neserelic, Guilhem Theron (Alternative Libertaire - Sud-Etudiant ), Chris (OVBT), Edouard Gloanec, Thibaut Hoerner, Marc Boué (Alternative Libertaire), Serge Quadruppani (Ecrivain, traducteur), Olivier René Faye, Hugues Pineau (Alternative Libertaire), Mathias Caldato (CNT-BZH), Faiçal Marzaq (Communiste libertaire marocain), Michaël Jacques (FA), Ronny Guinguette (Alternative Libertaire), Soraya El Kahlaoui, François Brun (NPA), Fahima Laidoudi (Militante Anticapitaliste des Quartiers Populaires), Nino (CNT-Lille), Charles Lemoine, Samia Ammour (Féministe internationaliste), Timothée Chopin, Monsieur Saï, Duval Mc, Dany (Alternative Libertaire), Absone Samsa (Chômeur), Samuel Morville (Alternative Libertaire), Bilal/Robin Meerbergen (Educateur - Bruxelles), Jean-Marc Capellero (Alternative Libertaire), Donà Denis, Gwenola Ricordeau, Lola Gonzalez-Quijano, Mathieu Rougier (Comités Syndicalistes Révolutionnaires - Redskins Limoges), Pierre (Sud-Etudiant), Geosmin Petrichor, Valérie de Saint-Do, Charlette Ternaux, Bruno Bourgarel, Samuel Hayat (Enseignant-Chercheur en science politique), Zoé, Sébastien Marchal (Alternative Libertaire), Gisèle Felhendler (Militante internationaliste, antiraciste et anticolonialiste), Antoine Lacoste, Geko, Bastos (OVBT), Aubry (OVBT), Alexandru Stefan (Communiste libertaire et immigré roumain), Rotabé (Union antifasciste toulousaine), Hervé Fuyet, Céline-Mèméd (Rêves...olutionnaire), Sreyo (La Casa DIY, Antifa Grenoble), Jam Cavarec (Travailleur indépendant), Martine Masquerel, Jean-Guy Greilsamer (UJFP), Michèle Sibony, François de Reilhan (Altermondialiste), Zaidi Nasséra (Enseignante, citoyenne et fille d'immigrés), Dominique Bourdel, Thibaut Michoux (NPA), Sélim Nadi, Pierre Stambul (Communiste libertaire et militant antisioniste pour la Palestine), Amale Samie (Anarchiste - Casablanca), Stéphane Lavignotte (Militant écolo-libertaire, pasteur, membre de la coordination du Christianisme social), Noëlle Guilbon (Militante féministe), Reda Kellil, Daniel Lévyne (UJFP), Irène Steinert (UJFP), Dominique Ventre (UJFP), Georges Gumpel (Retraité, juif, UJFP), Suzanne D'Hermies (Enseignante, Collectif des Féministes Pour l'Egalité et Mamans toutes Egales), Christine Delphy, Jean-Jacques Rue (Cinémas Utopia / Siné Mensuel), Abdelaziz Chaambi (Président de la Coordination contre le Racisme et l'islamophobie), Rodrigo Avellaneda, Stéphanie Fernàndez Recatalà, Indicible, Munia Ewanjé Epée Boggio (NPA), Sébastien Prieur (Comédien), Tarik Bouriachi, Messaouda Benraad (Mille babords-Marseille)...

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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 10:12

hobsbawm.pngAlors qu'Eric Hobsbawm vient de mourir, voici un article qui retrace l'oeuvre de cet excellent historien...

 

Au XXe siècle, sous la bannière des luttes sociales et de la révolution, des millions de personnes se mobilisèrent en Europe. Né à la fin de la première guerre mondiale, l’historien Eric Hobsbawm a traversé le siècle, ses engagements, ses espérances, ses déceptions. Il revient sur son itinéraire, toujours convaincu qu’« il faut continuer à dénoncer et à combattre l’injustice ».

par Jean-Louis Robert, février 2006

Les historiens sont bien placés pour savoir combien les Mémoires sont un genre difficile. Ils sont eux-mêmes accoutumés à les lire d’un regard critique, doutant, par principe méthodologique, des écrits de l’auteur, tant à propos des informations factuelles que des réflexions analytiques ou psychologisantes. A des Mémoires, ils appliquent donc leurs grilles de lecture coutumières : quelles étaient les visées de l’auteur ? En quoi est-on fondé à penser que, pour tel ou tel propos, il dit la vérité, et quelle vérité il occulte ou déforme, délibérément ou involontairement, etc. ? Les modes d’approche se sont complexifiés, et l’on peut chercher aussi, au travers des mots employés, des procédures d’écriture, les systèmes mentaux et symboliques présents chez le mémorialiste.

En historien averti, Eric Hobsbawm devait donc bien connaître cette façon de faire lorsqu’il a décidé d’écrire Franc-Tireur (1), son autobiographie. Aussi, pour resituer son itinéraire et ses souvenirs, les mêle-t-il à une analyse du siècle écoulé, contextualisée, critique et remarquablement érudite. Jeu double donc, interne et externe, que ce livre qui apprend ainsi beaucoup aux lecteurs sur la façon dont un historien lit l’histoire d’une vie, fût-elle la sienne.

Toutefois, il n’a pas voulu dans cet ouvrage faire une autobiographie intellectuelle, et ceux qui s’inquiéteraient à la perspective d’une lecture aride auront l’heureuse surprise de voir que l’auteur livre beaucoup de lui et de ses sentiments dans ce texte. D’une flamboyante érudition, Franc-Tireur. Autobiographie est aussi un livre sensible. La dernière phrase est alors sans doute la clé du propos : « Il faut continuer à dénoncer et à combattre l’injustice sociale. Le monde ne guérira pas tout seul. » Hobsbawm fait partie de ces hommes qui ne supportent pas l’injustice, qui ne s’en accommodent jamais et qui pensent que l’on ne peut se contenter de l’atténuer par la charité ou la solidarité. Cette conviction est une boussole morale qui fait la fidélité et la constance d’une vie.

On peut toujours tenter de lire une biographie en faisant de son sujet un type social ou socioculturel. De ce point de vue, à très grands traits, Eric Hobsbawm fait partie du groupe des populations d’origine juive venues d’Europe centrale en Europe occidentale et contribuant au renouvellement de l’élite militante autant qu’intellectuelle, ici communiste, ce qui n’était pas rare. Mais le vrai intérêt de la biographie est la nuance, car les histoires de vie, et c’est de cela qu’il s’agit d’abord, ne se répètent jamais.

Le plus petit niveau social, la plus petite commune est la famille ou, au moins, le groupe qui s’organise autour de relations sexuelles durables et cohabitantes. Eric Hobsbawm a connu là d’évidentes blessures. Le père, dont les activités restent encore aux yeux de l’auteur mal définies, est souvent absent pour ses « affaires » très peu productives. Il reste une énigme pour l’auteur, qui tente dans le livre encore de déchiffrer une vie qui n’a pas laissé de traces. Il meurt en 1929, alors qu’Eric Hobsbawm n’a que 12 ans. Les souvenirs de la mère sont plus présents, mère plus affectueuse, plus proche, qui a une passion pour la littérature. Mais le destin du jeune Hobsbawm reste tragique puisque celle-ci meurt, d’une forme de tuberculose, en 1931. Il a 14 ans. Recueilli par son oncle et sa tante, il voit cette dernière, aimée, mourir en 1936. Elle n’a pas 40 ans. Souvent, dans son texte, il reconnaît qu’il ne fait pas partie de ceux qui se laissent aller à leurs émotions. Les vies ne sont pas déterminées, heureusement, mais la dureté de l’existence de l’enfant mûr et du jeune adolescent est évidente.

La famille se situe dans un milieu social. Doit-on encore hiérarchiser les paramètres identitaires ? Le travail est-il le premier facteur qui organise l’identité sociale ? Vastes questions auxquelles l’homme a été confronté durant toute sa vie d’historien ! Et une (auto)biographie ne peut ignorer ces questions. Toujours est-il que la famille de l’auteur fait partie de ces petites classes moyennes urbaines du premier tiers du XXe siècle dont le sort est extrêmement contrasté. Aux uns la réussite, aux autres la misère. Les Hobsbaum (car telle est la véritable orthographe du nom de famille) sont plus proches du deuxième cas. Le père, avons-nous dit, connaît une situation professionnelle instable, pour le moins. Mais dans ce modèle petit-bourgeois, on se veut bourgeois. La mère ne doit pas travailler (au moins jusqu’à la mort du père) et, dût-on se priver de nourriture, les Hobsbaum emploieront toujours une bonne, le recours à la domesticité étant le signe premier de la bourgeoisie. La rigueur des modes et des principes de vie caractérise le milieu social du jeune Eric.

Bien sûr, il s’agit d’une petite-bourgeoisie d’origine juive, et Hobsbawm ne passe pas le trait sous silence. On ne peut avoir vécu à Berlin en janvier 1933 et faire comme si de rien n’était. Mais la famille du jeune garçon a perdu ou abandonné la plus grande partie des traits de la culture juive. Aucune pratique religieuse ou presque, aucune référence intellectuelle, aucun habitat particulier. Le père, Percy, est de nationalité britannique, et ce que nous en montre l’historien relève des traits de caractère souvent attribués aux Britanniques : humour et dérision, costumes cossus, passion extrême du sport... La mère est de Vienne – c’est là que le jeune Eric vivra de 1918 à 1932 – et participe pleinement de la culture riche et diversifiée, laïque en un sens, héritée de l’Empire austro-hongrois et de la ville rouge et d’avant-garde. D’où plusieurs constantes chez l’auteur : adhésion profonde à l’universalisme qui ignore tout sentiment racial, hostilité vive, de ce fait, au sionisme, insensibilité ou indifférence à la culture, à la religion et à l’identité juives, mais jamais négation d’une origine dès lors qu’elle est stigmatisée.

Et si c’était alors la ville qui avait formé d’abord l’homme et ses idées ? Vienne, bien sûr, comme creuset européen de la première moitié du XXe siècle, a compté beaucoup dans l’itinéraire culturel de l’auteur, mais plus encore Berlin. Après la mort de ses deux parents, le jeune garçon rejoint son oncle et sa tante dans la capitale de la république de Weimar en 1932, où l’oncle Sidney – toujours très british, la famille ! – a trouvé à travailler dans le cinéma (dont Berlin est alors une capitale mondiale). Il va y passer une année fondatrice, alors que la république se meurt. C’est à Berlin qu’il découvre à la fois la misère sociale d’une ville qui s’enfonce dans la grande crise et les formes de lutte politique les plus brutales. Son adhésion profonde, durable au communisme, à la révolution d’Octobre intervient là. Jeune lycéen dans le Prinz-Heinrich Gymnasium (que de pages passionnantes sur la vie scolaire et intellectuelle des collèges et lycées viennois, berlinois et londoniens de l’entre-deux-guerres !), il adhère à la SDS (sorte d’organisation de masse communiste chez les lycéens). Il participe à la lutte contre la montée du nazisme (et contre la « trahison sociale-démocrate »...) avec un courage extraordinaire. Après l’arrivée au pouvoir de Hitler, pendant deux mois, il distribue des tracts, cache la Ronéo du groupe chez lui. Il n’a pas 16 ans.

Sa chance est d’avoir un passeport britannique. En mars 1933, l’oncle et la tante s’installent à Londres. Eric les suit. Une page semble tournée. Les journalistes s’étonnaient que le grand historien soit encore dans les années 1980 membre du tout petit Parti communiste anglais. La réponse est là, dans ce livre.

Ce qui précède ne couvre que 20 % de l’ouvrage ! Et l’on aurait assez envie de laisser aux futurs lecteurs de cette autobiographie le plaisir de découvrir la suite de ce livre passionnant, d’autant qu’ils connaissent bien une partie de l’œuvre de l’historien que Le Monde diplomatique a grandement contribué à faire connaître, en particulier son Age des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (2), en un temps où l’hégémonie postmoderne s’est établie dans les médias parisiens. Les lecteurs trouveront ainsi des pages remarquables – et exotiques pour le lecteur français, même universitaire – sur le Cambridge des années 1930, où le jeune boursier Hobsbawm accomplit des études brillantes, tout en faisant partie du triangle de direction des étudiants communistes. Son adhésion au Parti communiste ne fait pas là figure rare : ils sont une centaine (sur cinq mille étudiants), dominent le Club socialiste, l’Union des étudiants et le principal journal, Granta.

Des pages prenantes évoquent aussi le groupe des historiens communistes britanniques (animé par l’auteur) dans les années 1950, qui rassemblait des figures aussi réputées que Christopher Hill, John Saville, Maurice Dobb, E. P. Thompson, tous parmi les plus grands noms de l’historiographie britannique dans leur spécialité. Les relations intimes qu’Eric Hobsbawm a tissées avec la France méritent également d’être évoquées (depuis 1933, sauf pendant la guerre, il n’est pas une année où il ne se soit rendu en France). Cet homme qui était à Berlin en janvier 1933 se trouvait aussi à Paris le 14 juillet 1936, assistant à l’immense défilé du Front populaire : « Ce fut un des rares jours de ma vie où mon esprit fut totalement jugulé. J’étais ce que je ressentais et vivais. » Une histoire sensible, et sensible et intellectuelle à la fois quand il évoque les relations intenses qu’il a entretenues avec les historiens de l’école des Annales.

L’histoire intellectuelle est primordiale pour comprendre le propos du livre. Car Eric Hobsbawm est aussi, fondamentalement, un historien. Et son autobiographie est alors l’histoire des tensions entre une adhésion profonde à une cause, à une idéologie et une activité scientifique conduite toujours avec la plus grande rigueur, la plus grande honnêteté, la plus grande créativité. Très vite, Eric Hobsbawm tente de les résoudre par un abandon du militantisme communiste (mais non de l’adhésion) dès les années 1950 et par un repli sur son activité d’historien, qui occupe pleinement sa vie publique. Cette impossibilité à vivre vraiment ensemble un engagement militant communiste et le métier d’historien est aussi une des leçons de ce livre sur l’histoire du communisme des années 1945-1990. Pourtant, cet ouvrage est un vibrant appel à toujours recommencer le combat.

Jean-Louis Robert

Professeur d’histoire contemporaine, université Paris-I.
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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 15:22

acab

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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 11:00

IlluminatisManipulations.jpgA l'heure ou le conspirationnisme comme explication de la crise fait des ravages y compris chez certains anarchistes, voici un article qui démonte le film phare des conspis zeitgeist...

 

Sur les références de ZeitGeist The Movie (film qui a été mis à l’écart par le “mouvement” ZG pour préférer la diffusion de films plus léchés), voir également cet article :
http://coirault-neuburger.blog.lemonde.fr/2009/03/25/le-film-sur-internet-zeitgeist-il-roule-pour-lextreme-droite-et-sans-doute-aussi-pour-une-secte-en-constitution/

L’article ci-dessous a été publié en anglais britannique pour la première fois sur le site de l’organisation britannique The Third Estate (le Tiers-État), le 20 mars 2010. Son auteur a préféré garder l’anonymat. Il y montre les ressorts du discours du film Zeitgeist: The Movie, très populaire sur l’internet et aujourd’hui bien connu parmi les militants qui ont participé au mouvement des indignés en France. Ainsi, il établit les rapports tout à fait remarquables entre la logique du discours de Zeitgeist et les Protocoles des Sages de Sion, un faux document censé démontrer que les Juifs conspirent pour dominer le monde.

En effet, suite à la diffusion (et à la réception) massive de ce film – qui a connu depuis de nouvelles moutures – des réseaux militants de Zeitgeist se sont montés et constituent actuellement une organisation de plus en plus influente dans les mouvements sociaux. A l’insu de la plupart de ceux qui en ont entendu parler, et même de personnes qui y participent, le film et le mouvement Zeitgeist (TZM) participent de la fachosphère actuellement en plein développement, recrutant massivement dans les milieux paranoïdes de l’association ReOpen 11/9.

Le contexte politique strasbourgeois a été déterminant pour nous pousser à traduire cette analyse en français. En effet, la polémique autour du site fascistoïde Activeast (lire à ce sujet la brochure écrite par “Des anarchistes” relayée sur L’Alsace Libertaire et sur la Feuille de Chou ; Activeast a depuis continué ses publications antisémites[1] tout en zonant, de plus ou moins loin, chez les indignés), relai et soutien inconditionnel du mouvement ZeitGeist, nous a conduit à nous intéresser de plus près à ce “mouvement”.

Si l’analyse de The Third Estate date un peu, les traits essentiels de son analyse demeurent donc tout à fait d’actualité. Nous avons souhaité en offrir la traduction en français aux militants progressistes. Car au-delà d’une simple critique du mouvement Zeitgeist, il montre la nébuleuse idéologique dans laquelle ce mouvement se déploie, et notamment un passage très intéressant sur le mouvement américain larouchiste (qui a sa branche française sous le nom de Solidarité et Progrès, l’organisation politique de Jacques Cheminade). L’auteur cherche à aborder les enjeux philosophiques des lectures conspirationnistes pour le mouvement socialiste.

Zeitgeist exposed – Traduit du site the Third Estate.

Dans le roman policier classique d’Agatha Christie Les Meurtres ABC, le détective Hercule Poirot en vient à la formulation suivante: “Quand remarque-t-on au moins une épingle? Quand elle est dans une pelote d’épingles. Quand remarque-t-on au moins un meurtre? Quand c’est un meurtre parmi une série de meurtres reliés les uns aux autres.” Je souhaiterais donner une extension à la pensée de Poirot: “Quand remarque-t-on au moins une théorie du complot extrêmement pernicieuse et dangereuse? Quand elle se situe dans un film de deux heures parmi d’autres théories du complot.”

Ces dernières années, de nombreuses personnes m’ont dit que je devrais regarder le film Zeitgeist: The Movie. Toutes ces personnes étaient de gauche ou des progressistes, et chacun d’entre eux m’a dit que le film offrait un bon exposé du pouvoir dans le monde moderne. Ces gens venaient de milieux et d’âges très divers, certains étaient syndicalistes, d’autres socialistes, certains étaient Britanniques, d’autres Américains. Le film est parvenu à des chiffres d’audience massifs, à une échelle mondiale, avec plus de 3.000.000, de vues sur Youtube, et encore plus sur DVD ou Google Video. Et parmi tous ces gens qui m’ont recommandé ce film, aucun n’a remarqué ses rapports étroits avec le vieux mythe de la “conspiration juive mondiale”.

Dans cet article, je tente d’exposer la relation de ce film avec des textes et des mythes antisémites plus anciens, et démontre plus précisément comment ces théories sont fabriquées pour avoir l’air de gauche ou progressiste (liberal). Je souhaite expliquer pourquoi ce film est devenu si attirant pour des personnes qui sont par ailleurs engagées dans des luttes authentiques contre le capitalisme, contre la guerre, ou pour préserver l’environnement. Je m’intéresse particulièrement à la relation entre le film et le livre intitulé Les Protocoles des Sages de Sion, ainsi que l’utilisation qu’il fait d’autres tropes antisémites qui ont existé à travers la modernité.

Zeitgeist: The Movie est divisé en trois parties: la première se concentre sur la relation entre la symbologie astrologique et l’histoire de Jésus; la deuxième sur “la vérité à propos du 11 septembre”; et la troisième est à propos de la finance internationale. L’argument est que le christianisme n’est pas original dans sa forme particulière de mythologie, mais qu’au lieu de cela, il n’est qu’une rapiéçage de mythes plus anciens, en se focalisant sur les divinités solaires. Que l’on tienne cet argument pour vrai ou pour faux, cela n’a que très peu de conséquences sur la manière de comprendre la société moderne. La deuxième section du film expose la théorie selon laquelle le 11 septembre [2001] fut un complot gouvernemental (inside job) commis par l’État Américain. Beaucoup de gens pensent cela, et la plupart des informations sont inaccessibles; mais l’argument que je souhaite exprimer, c’est que ces deux théories complotistes sont, à bien des égards, sans conséquences sur la signification générale du film. Elles sont un écran de fumée pour justifier la dissémination de matériel antisémite dans la section finale du film.

Que sont les Protocoles des Sages de Sion?

Les Protocoles sont un livre publié pour la première fois en Russie, aux alentours du tournant du dernier siècle. C’est un document frauduleux, un faux et une fiction, conçu pour être lu comme s’il s’agissait d’un texte écrit par les Juifs ayant l’intention de diriger le monde. Il suggère que le peuple Juif vise à exercer une domination mondiale par un processus de prise de contrôle des gouvernements, de contrôle des médias, de contrôle des banques, en escroquant la populace au sens large. L’assertion est que les Juifs souhaitent réduire le monde en esclavage en créant un gouvernement mondiale. Bien sûr, le texte est profondément antisémite, et il a été montré à de nombreuses reprises qu’il s’agit bien d’une contrefaçon, mais a été fréquemment employé au cours du XXe et du XXIe siècles pour justifier les atrocités commises à l’encontre des Juifs. De plus, il demeure populaire dans certaines contrées du monde, et au sein de certaines organisations de droite ou fascistes.

La relation entre les deux textes

Il est assez aisé de dire que les contenus de Zeitgeist et des Protocoles des Sages de Sion se recouvrent largement, en prenant quelques extraits choisis. Par exemple, Zeitgeist dit: “Les banquiers internationaux disposent d’une machine bien huilée pour étendre leurs ambitions personnelles”, là où les Protocoles disent: “les rouages de la machine de tous les États sont mus par le force de l’appareil, qui est entre nos mains, et l’appareil de la machinerie de nos États, c’est l’or.” Mais je suggérerais que ce genre de critique ne va pas assez loin. Je montrerais plus volontiers que l’intégralité de l’argument de la troisième section du film a été directement tirée des Protocoles. C’est la même argumentation, dans une langue subtilement modifiée, qui est, en tant que telle, simplement antisémite. Je m’attache à cinq aspects particuliers: le gouvernement mondial; l’usage de la guerre; la manipulation de la populace; l’attrait pour l’or et l’argent (money); et l’idée d’une cabale secrète toute-puissante.

Le gouvernement mondial

L’une des grandes craintes des théoriciens complotistes est celle d’un gouvernement mondial. Ce point est tout à fait explicite à la fin de Zeitgeist dans une discussion sur l’Union Nord-Américaine, l’Union Asiatique, l’Union européenne et l’Union africaine. Ils disent finalement: “quand le temps sera venu, ils fusionneront ensemble pour former la dernière étape du plan sur lequel ces hommes ont planché pendant plus de 60 ans: un gouvernement mondial… Une seule banque, une seule armée, un seul centre du pouvoir.” Cet argument est à mettre en rapport avec l’introduction du Protocol 3 dans lequel nous lisons: “Aujourd’hui, je puis vous assurer que nous ne sommes plus qu’à quelques pas de notre but. Encore une courte distance à franchir, et le cercle du Serpent symbolique – le signe de notre peuple – sera complet. Quand ce cercle sera fermé, il entourera tous les États de l’Europe comme de chaînes indestructibles.” Les Protocoles poursuivent dans le Protocole 5: “Par tous ces moyens nous opprimerons tant les Chrétiens qu’ils seront contraints de nous demander de les gouverner internationalement. Dès que nous aurons atteint une telle position, nous pourrons aussitôt absorber toutes les puissances gouvernementales du monde entier et former un supergouvernement universel.”

L’usage de la guerre

Il y a une section du film qui affirme que les justifications de l’Amérique pour entrer dans un grand nombre de guerres mondiales seraient orchestré par “les hommes derrière le gouvernement.” Nous apprenons que le naufrage du Lusitania était planifié, que l’incident du Golfe du Tonkin ne s’est jamais produit, qu’on avait connaissance de Pearl Harbor bien avant que cela ne se produise, et bien sûr que le 11 septembre était un complot interne (inside job). Et nous apprenons que les deux parties aux conflits ont été financées par les mêmes “banquiers internationaux”. Cette section du film est directement tirée du Protocol 7, qui dit: “Dans toute l’Europe, et avec l’aide de l’Europe, sur les autres continents, nous devons exciter la sédition, les dissensions et l’hostilité mutuelle. Il y a à cela double avantage : d’abord nous commandons par ces moyens le respect de tous les pays qui savent bien que nous avons le pouvoir de créer les soulèvements à volonté ou de restaurer l’ordre. [...] Nous devons être à même de répondre à toute opposition par une déclaration de guerre du pays voisin de l’État qui ose se mettre en travers de notre route ; mais si ces voisins, à leur tour, devaient se décider à s’unir contre nous, il faudrait leur répondre en déchaînant une guerre mondiale.”

Je ne vais pas dire que les guerre n’ont pas été déclenchées par cynisme, parce que bien sûr elles l’ont été, et je ne dis pas non plus qu’il ne fallait pas s’opposer à la plupart des guerre, parce que – là encore – il le fallait. Mais force est de constater que la structure de cet argument particulier de la guerre est fondé sur l’idée que les Juifs dominent le monde, et doit donc être rejetée.

Manipuler la populace

Il y a deux branches de la théorie classique de la conspiration juive expliquant comment les gens sont abêtis et dupés. La première, et en fait celle-ci est plus significative dans l’histoire des théories sur la conspiration juive, est cette idée selon laquelle les Juifs sont en charge des médias. La seconde, qui a été moins largement employée mais apparaît bien dans Zeitgeist: the Movie, est l’idée que les Juifs contrôlent le système éducatif pour le rendre inefficace. La question du contrôle juif sur les médias est traitée par le Protocole 12 dans lequel il est écrit: “Aucune information n’atteindra la société sans passer par notre contrôle. Ceci est déjà pour nous un point acquis par le fait que toutes les nouvelles sont reçues de toutes les parties du monde par un petit nombre d’agences qui les centralisent. Lorsque nous serons arrivés au pouvoir, ces agences nous appartiendront entièrement et ne publieront que les nouvelles qu’il nous plaira de laisser paraître.” Et dans le Protocole 13: “Pour les empêcher de se découvrir une nouvelle ligne de conduite en politique, nous les distrairons également par toutes sortes de divertissements : jeux, passe-temps, passions, maisons publiques. / Nous allons bientôt lancer des annonces dans les journaux, invitant le peuple à prendre part à des concours de tout genre : artistiques, sportifs, etc. Ces nouveaux divertissements distrairont définitivement l’esprit public des questions qui pourraient nous mettre en conflit avec la populace.” Dans Zeitgeist, des questions semblables sont traitées, mais on y discute en particulier d’une “culture entièrement saturée par des loisirs des médias de masse.” Nous apprenons que les mêmes personnes derrière la prise de contrôle programmée de la société sont “derrière les médias dominants.”

A la fois dans Zeitgeist et dans les Protocoles, nous voyons certaines discussions sur le système éducatif. Dans Zeitgeist, on nous parle de la “pente déclinante du système éducatif des États-Unis d’Amérique” et il est dit que “[le gouvernement] ne souhaite pas que nos enfants soient éduqués.” Sans surprise, le même argument est utilisé dans le Protocole 16: “Lorsque nous serons au pouvoir, nous supprimerons des programmes d’éducation tous les sujets qui pourraient troubler le cerveau de la jeunesse ; nous en ferons des enfants désobéissants, aimant leur maître et reconnaissant dans sa personne le pilier principal de la paix et du bien public.” Le narrateur de Zeitgeist dit: “La dernière chose que veulent les hommes derrière le voile, c’est un public conscient et informé”, faisant écho au sentiment du Protocole 5 qu’”il n’est rien de plus dangereux que l’initiative personnelle”.

La focalisation sur l’or et l’argent: la réserve fédérale et l’usurier Juif

Les Protocoles (en particulier les Protocoles 21 et 22) et Zeitgeist se concentrent largement sur les questions concernant l’or et l’argent (money). Les deux offrent une théorie selon laquelle les problèmes de la société sont causés par l’argent et les systèmes monétaires contrôlés par un petit groupe de personnes aux principes moraux discutables. Ce qui est important ici, c’est la focalisation sur l’argent plutôt que sur le capital et la production. Au lieu d’offrir des perspectives critiques sur les structures à l’intérieur de la société qui conduisent à l’oppression et à la pauvreté, la vision générale est que la société est conçue comme essentiellement bénévole et que ce bénévolat est subverti par des problèmes dans la sphère des échanges (circulation).

Pendant des siècles, remontant aussi loin que l’expulsion des Juifs de Bretagne en 1290, l’accusation d’usure a été portée à l’encontre des Juifs pour des motifs antisémites. Zeitgeist déclare à propos de l’impôt fédéral sur le revenu: “approximativement 25% du revenu moyen du travailleur est prélevé par cet impôt et devinez où cet argent va? Il sert à payer l’intérêt sur les devises produites par la réserve fédérale. L’argent que vous vous faites en travaillant trois mois dans l’année va littéralement dans les poches des banquiers internationaux.” Là encore, pour ne pas apparaître aussi racistes qu’ils le sont vraiment, le terme “Juifs” est remplacé par “banquiers internationaux”. C’est une fois encore une reprise d’un mythe antisémite. Comment dans tous ces exemples, les arguments sont tirés d’anciennes théories antisémites. Ils n’offrent pas une explication de systèmes économiques et politiques nationaux ou mondiaux, ils ne sont là que pour favoriser une attitude de haine à l’encontre d’une fraction prédéfinie de la société.

Une cabale secrète?

En fin de compte, l’argumentaire qui est déployé tout le long de Zeitgeist est que le monde est contrôlé par une petite société secrète d’individus, et dans le contexte de l’histoire des théories conspirationnistes, ils parlent des Juifs. Quand le film évoque les réunions de ces “banquiers internationaux” qui sont “maintenues secrètes et cachées du public”, les discussions sur “un ordre du jour mis en oeuvre par une élite sans foi ni loi” (ruthless elite), ou “les personnes qui se cachent derrière le gouvernement”, ses auteurs ne font que redonner vie à un vieux mythe raciste que nous devons faire disparaître.

Il y a une insistance dans les théories conspirationnistes sur le fait que quelqu’un ou un groupe quelconque de gens est personnellement responsable de tous les maux de la terre, ce qui a toujours été clairement en lien avec l’antisémitisme tout au long de la modernité. Pendant des centaines d’années, les Juifs ont été sanctionnés comme boucs émissaires officiels du capitalisme. Quand les systèmes de production appauvrissent les gens, les Juifs sont toujours accusés; là où les gens avaient l’impression que les impôts étaient injustes, les Juifs ont toujours été accusés; quand les gens se sentaient aliénés par les structures de la société, on leur a dit qu’ils étaient en fait aliénés parce qu’ils n’étaient pas invités aux réunions secrètes des Juifs. En fin de compte, ces théories nous écartent d’une critique du capitalisme. Le philosophe Slovène Slavoj Zizek souligne ce point en référence à l’antisémitisme de Wagner quand il écrit: “Il a besoin d’un Juif: ainsi, d’abord, la modernité – ce processus impersonnel abstrait – trouve un visage humaine, est identifié à un caractère concret, palpable; puis, dans un second mouvement, en rejetant le Juif qui donne pleinement corps à ce qui est désintégré dans la modernité, on peut conserver ses avantages. Pour être concis, l’antisémitisme n’apparaît pas comme un antimodernisme à proprement parler, mais une tentative de combiner la modernité avec le corporatisme social, ce qui est caractéristique des révolutions conservatrices.”

Qui était le Sénateur Louis McFadden?

Louis McFadden, qui est abondement cité dans Zeitgeist, fut un sénateur des États-Unis d’Amérique dans la première moitié du XXe siècle. Il fut aussi un antisémite notoire, et a prononcé les propos suivant: “aux États-Unis aujourd’hui, les Gentils ont des bouts de papier alors que les Juifs ont l’argent ayant cours légal.” Il est cité par deux fois dans le film: “Un système bancaire mondial a été installé ici… un super-État contrôlé par des banquiers internationaux agissant ensemble pour asservir le monde pour leur propre plaisir…” et “cet événement a été soigneusement préparé. Les banquiers internationaux ont cherché à créer les conditions du désespoir pour apparaître comme nos maîtres à tous.” Dans le contexte de la vision du monde de McFadden, il utilise le terme “banquiers internationaux” comme un épithète pour les Juifs. Ce qui est notable, c’est que les réalisateurs de Zeitgeist semblent omettre ce contexte, pour suggérer que McFadden est simplement en train d’offrir une critique du capitalisme. Le fait est qu’à l’intérieur des théories conspirationnistes, l’étiquetage des Juifs comme “banquiers internationaux” et le “capital financier international” est un trope commun. Ces citations auraient été entendues à cette époque, et sont encore comprises dans ce sens par beaucoup de gens aujourd’hui, comme étant des postures antisémites.

L’Affaire Jeremiah Duggan et la vérité à propos de Lyndon LaRouche

Un autre personnage plus louche encore qui apparaît dans Zeitgeist est l’activiste politique américain Lyndon LaRouche [la branche française de son mouvement "larouchiste" n'est autre que Solidarité et Progrès, dirigée par J. Cheminade, candidat "martien" aux élections françaises de 2012]. Je sentais que je devais inclure l’histoire suivante comme une preuve anecdotique pour montrer à quel point ces gens peuvent être dangereux:

Jeremiah Duggan était un étudiant britannique à la Sorbonne qui mourut en 2003 dans des circonstances suspectes. Dans les mois qui précédèrent sa mort, Duggan s’est impliqué dans ce qu’il croyait être une organisation pacifiste (anti-war organisation). En fait, il s’était engagé dans l’une des organisations politiques dirigées par le militant politique Américain Lyndon Larouche. En mars de cette année, Duggan a assisté à une conférence d’une de ces organisations à l’Institut Schiller (appartenant au mouvement larouchiste) à Wiesbaden, en Allemagne. Au cours des réunions, Duggan s’est révélé être Juif, et pourtant, au cours de ces réunions, les Juifs étaient accusés d’avoir déclenché la guerre, réanimant les vieux mythes conspirationnistes à propos des juifs encourageant les guerres parce qu’elles facilitent leur contrôle social. Il dit dans ses discours à la conférence: “ce complot pour lancer une nouvelle guerre a été intellectuellement préparée par des gens qui, comme Hitler, admirent Nietzsche, mais “étant Juifs, ils ne pouvaient pas intégrer le Parti Nazi, en dépit du fait que leur fascisme était absolument pure”! Aussi extrémistes que Hitler! Ils les ont envoyés aux États-Unis. [...] Qui est derrière cela? [...] L’équipe du système-de-banque-centrale indépendant, les cloportes*. Les intérêts financiers.”

A environ 5heures du matin, après que Duggan a révélé son identité juive à la conférence, il appela sa mère. Il dit: “Maman… Je suis dans… j’ai de gros problèmes… Tu sais cette “Nouvelle Solidarité?..” Ils disent, “Je peux pas faire ça” … Je veux m’en aller.” Et à ce moment-là, le téléphone a coupé. Et il sonna une nouvelle fois presque immédiatement…. et la première chose qu’il dit à ce moment était: “Maman, je suis menacé.” Elle réalisa qu’il était dans une telle situation de danger qu’elle lui dit: “Je t’aime”. Et il lui dit alors: “Je veux te voir maintenant!”. Elle lui dit: “Oui, où es-tu Jerry?” Et il lui répondit: “Wiesbaden” _ “Comment tu l’épelles?” _ “W I E S” et le téléphone coupa.

Le jour suivant, Jeremiah était retrouvé mort, et des membres du mouvement Larouchiste déclarèrent qu’il s’était suicidé. Les enquêtes sont encore en cours pour déterminer ce qui s’est passé cette nuit. Dans les dernières semaines, une deuxième enquête sur sa mort a été annoncée.

LaRouche est connu comme un théoricien de la conspiration juive depuis plus de 30 ans maintenant. Cette organisation est sectaire et dangereuse (l’une des raisons pour lesquelles je choisis d’écrire anonymement), et le contenu de bien des choses qu’il dit peuvent être retrouvées dans les sortes d’allégations sur les Protocoles des Sages de Sion. Que fait donc un homme comme cela dans un film dont la portée est d’être une critique progressiste et de gauche de la société?

Zeitgeist et la Gauche

Ce qui, à bien des égards, est troublant dans ce film est qu’il semble porté vers la gauche ou le progressisme. A la fin du film, on voit des images du Mahatma Gandhi, de Martin Luther King et John Lennon. Tout le long du film, nous avons des citations du comédien de gauche Bill Hicks et une section est consacrée à Michael Meacher, politicien au New Labour. Il est affirmé une fois encore que l’objectif du film est d’affirmer l’unité de l’humanité, de dépasser les différences, que ce soit de classes, de races ou de sexes. On est tenté de penser que le film offre une critique de gauche radicale. A la place de cela, il se livre à des théories qui seraient plus en accord avec les libertariens de droite. Je ne sais pas pourquoi le groupe Zeitgeist cible particulièrement la gauche. C’est peut-être une mesure de division, mais aussi une arène dans laquelle ils peuvent convertir des gens à leur manière de penser. Ce qui est clair toutefois, c’est que l’insinuation selon laquelle les idées qui y sont exprimées sont de gauche ou progressistes, et le déploiement de citations de progressistes notoires, est totalement cynique.

Le problème positiviste

Il y a une raison en particulier pour laquelle ces conspirations peuvent sembler compatibles avec des modes de pensées de gauche, et cela a à voir avec le problème philosophique du positivisme. Exprimée dans sa forme la plus élémentaire, c’est que les idées concernant la transformation sociale ne peuvent pas être directement exprimées dans le langage ou des modes de pensées acceptées par la société qu’elles visent à transformer. Et ce problème est commun à toutes les théories de transformation sociale. La branche la plus influente de ce type de pensée remonte probablement de Hegel à Marx, et puis aux Marxistes du XXe et XXIe siècles. La solution pour eux a été de parler dans les termes d’une dialectique, c’est-à-dire, en comparant la conscience sociale avec la réalité matérielle. La conclusion significative sur ce type de pensée est que la conscience de la société, jusqu’à un certain point, est toujours fausse.

Les théories conspirationnistes considèrent la question d’une autre manière. Ils disent que si notre conscience de la société est toujours fausse, elle est rendue fausse par un petit nombre de puissants qui les rendent fausses. Ils pensent que nous sommes toujours dupés par une cabale omnisciente qui contrôle chaque aspect de nos vies. Et la solution diffère également. Pour les Marxistes et les Socialistes, le problème est que la société produit un certain niveau de conscience (consciousness) qui ne nous permet pas de comprendre pleinement notre paupérisation dans le travail, dans le chômage, ou dans l’impuissance, et la solution est la transformation radicale de la société vers un monde plus juste et moins fondé sur l’exploitation. Pour les théoriciens du complot, la réponse est l’élimination de cette soi-disant petite élite toute-puissante. Ils ne pensent pas que la société a besoin de la moindre transformation supplémentaire que celle-là.

C’est une terrain philosophique difficile à fouler. Nous prenons un risque immense à critiquer les théoriciens du complot de ne pas être positivistes, de ne pas travailler dans des modes de pensée acceptés. Au lieu de cela, ce que nous devons dire est que leur mode de pensée critique particulier ne propose pas une solution correcte pour résoudre les problèmes de la société, et plus encore repose davantage sur la division que sur l’unité. Nous devons montrer que l’inégalité dans la société est structurelles plus que basées sur les souhaits d’un petit groupe de Juifs.

Que faire ?

Zeitgeist: The Movie croît sans cesse en popularité, et plus encore ils sont en train de se constituer un mouvement. De plus en plus de gens sont influencés par ce que le film a à dire, sans pour autant réaliser d’où il vient. Il est important qu’aussi largement que possible, nous puissions présenter le sous-titrage antisémite du film. Nous devons montrer que ce film est cyniquement positionné pour influencer les progressistes et les gens de gauche. En ciblant les idées présentées par Zeitgeist, il est important de ne pas chicaner sur des détails, mais plutôt d’essayer de comprendre la politique que ce film dans son ensemble essayer de décrire? Nous devons lire à travers les nombreuses couches de théories conspirationnistes qui y sont présentes, et de comprendre qu’il y en a une à laquelle ils souhaitent que nous croyions et celle-là est, bien sûr, la plus dangereuse et la plus pernicieuse.

Il est important de comprendre que le type de critique sociale qu’offre le mouvement Zeitgeist ne peut pas être séparé de la théorie de la conspiration juive. On ne peut pas prendre des textes antisémites classiques, remplacer le mot “Juif” par “banquier international” ou “capital financier international” et ensuite croire que sa théorie n’est plus antisémite. Bien sûr, il y a de très bons arguments selon lesquels le capitalisme et l’impérialisme sont en effet très dangereux. Il y a de très bons arguments dans une perspective de gauche ou progressiste pour dire que les guerres en Afghanistan ou en Irak n’auraient jamais dues être engagées. C’est à ce moment-là qu’il faut reconnaître que la fin ne justifie pas les moyens. Nous n’avons pas les moyens de soutenir toute cause simplement parce qu’elle est anticapitaliste, ou toute cause parce qu’elle est anti-guerre, ou alors nous prenons le risque de coucher avec des fascistes. Plutôt, nos positions sur le capitalisme et sur la guerre doivent émerger d’une critique en profondeur plutôt qu’à ressasser ou à rebaptiser de vieux récits antisémites.

Pour répandre ce message aussi largement que possible, je vous encourage à republier ce texte sur votre propre site internet, de l’envoyer à des amis ou à des camarades, à le montrer à toute personne qui vous parle de “ce nouveau film fabuleux qu’il faut absolument que tu voies.” L’une des meilleure manière de le faire, si vous êtes sur Twitter, c’est [de le parteger sur twitter]. Si possible, faites le lien vers The Third Estate pour qu’ils puissent surveiller l’ampleur de la dissémination de ce matériau. Dans les semaines qui vienne, je vais recréer cet article comme une vidéo avec une voix-off, un peu dans le style de Zeitgeist: The Movie pour répandre ces vues à toujours plus de monde qui pourraient être influencé par ce film odieux.

* Dans le texte, slime-mold, qui signifie amibes collectives. Le terme en français étant difficile à comprendre en soi, j’ai préféré le traduire par “cloporte”.

[1] Dernièrement on trouvera sur le site d’Activeast, entre autres, une défense de Faurrisson (https : //activeast.wordpress.com/2012/09/15/spectaculaire-reponse-de-faurisson-au-journal-le-monde-qui-lui-a-consacre-deux-pages-dinsultes/), une explication selon laquelle les “1%” sont juifs (https : //activeast.wordpress.com/2012/01/07/1-pour-les-gouverner-tous-qui-sont-les-99-dindignes/)…

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 10:58

OGM_LOGO.jpgLes résultats d'une étude montrent que le mais de Monsanto serait dangereux. Les médias bourgeoise se reveillent enfin... Le mais Monsanto donnerait des cancers de la taille d'une balle de golf au rats. Rassurant...

 

Des travaux montrent que des rats nourris aux maïs OGM meurent plus jeunes et développent davantage de cancers. Le groupe Monsanto n'a pas souhaité réagir dans l'immédiat.

Des tumeurs grosses comme des balles de ping-pong sur des rats nourris avec un maïs OGM du géant américain Monsanto : une étude choc de chercheurs français relance le débat sur les organismes génétiquement modifiés, au moment où la France se bat contre leur culture en Europe.

«Pour la première fois au monde, un OGM et un pesticide ont été évalués pour leur impact sur la santé plus longuement et plus complètement que par les gouvernements et les industriels. Or les résultats sont alarmants», résume Gilles-Eric Séralini, professeur à l’université de Caen, pilote de l'étude.

Dans le plus grand secret, les universitaires de Caen ont suivi pendant deux ans un groupe de rats témoins ainsi que 200 rats qu’ils ont répartis en trois grands groupes: le premier a été nourri avec un maïs OGM NK603 seul, le second avec ce maïs OGM traité au Roundup, herbicide le plus utilisé au monde, et le troisième avec du maïs non OGM traité avec cet herbicide. Le maïs était introduit au sein d’un régime équilibré dans des proportions représentatives du régime alimentaire américain.

«Le premier rat mâle nourri aux OGM meurt un an avant le premier témoin. Le première femelle huit mois avant. Au 17e mois, on observe cinq fois plus de mâles nourris avec 11% de maïs (OGM) morts», détaille le professeur, qui a déjà signé plusieurs études sur le sujet, mais sur la base de données sur quatre-vingt dix  jours fournies par les industriels.

L'étude devait être mise en ligne mercredi à 15 heures par la revue Food and Chemical Toxicology, qui a déjà publié des études de Monsanto affirmant la non toxicité des OGM.

Si les chercheurs ont travaillé en même temps sur le maïs OGM NK603 et le Roundup, deux produits commercialisés par Monsanto, c’est que les OGM agricoles sont modifiés pour tolérer ou produire des pesticides: 100% des OGM cultivés à grande échelle en 2011 sont des plantes à pesticides, dit Gilles-Eric Séralini.

Mortalité deux à trois fois plus élevée

«Les résultats révèlent des mortalités bien plus rapides et plus fortes au cours de la consommation de chacun des deux produits», résume le chercheur, qui fait ou a fait partie de commissions officielles sur les OGM dans 30 pays. Les universitaires ont observé par exemple une mortalité deux à trois fois plus élevée chez les femelles traitées et deux à trois fois plus de tumeurs chez les rats traités des deux sexes. «A la dose la plus faible de Roundup (...) on observe 2,5 fois plus de tumeurs mammaires», souligne le professeur.

«Le crime, c’est que ça n’ait pas été testé avant, que les autorités sanitaires n’aient pas exigé des tests plus longs alors qu’on est à quinze ans de commercialisation des OGM dans le monde», a commenté Gilles-Eric Séralini. Selon lui, le NK603 n’avait jusqu’alors été testé que sur une période de trois mois et c’est la première fois que le Roundup est testé sur le long terme avec ses adjuvants.

Le ministre français de l'Agriculture Stéphane Le Foll le 30 mai 2012 à ParisL'étude, qui faisait initialement l’objet d’un embargo jusqu'à mercredi 15 heures, n’a pas tardé à susciter de nombreuses réactions. Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a plaidé pour des procédures d’homologation des OGM au sein de l’UE «beaucoup plus strictes». Cela «conforte la position qui était la nôtre», a poursuivi le ministre, ajoutant qu’il allait toutefois demander une «vérification» sur le protocole de cette étude à l’ANSES, l’Agence nationale de sécurité sanitaire.

Les huit "faucheurs volontaires", dont l'eurodéputé EELV José Bové, relaxés en première instance mais condamnés jeudi en appel à Poitiers pour le fauchage de deux parcelles de maïs OGM Monsanto en 2008, vont se pourvoir en cassation

Figure emblématique de la lutte contre les OGM en France, l’eurodéputé vert José Bové a demandé à Bruxelles de «suspendre immédiatement les autorisations de mise en culture» accordées à deux OGM en Europe. «Par conséquent, je demande solennellement au Commissaire européen John Dalli, chargé de la protection des consommateurs européens, de suspendre immédiatement les autorisations de mise en culture accordées à la variété de maïs MON 810 de Monsanto et à la pomme de terre Amflora de BASF, ainsi que les autorisations d’importer du maïs et soja transgénique», a-t-il annoncé.

José Bové considère que «les données fournies par Monsanto et les autres multinationales sont tout simplement biaisées et ne reposent pas sur des travaux scientifiques sérieux et fiables». «Les agences nationales et européennes de sécurité alimentaire doivent réaliser de nouvelles études financées par des fonds publics pour garantir aux consommateurs européens une alimentation saine», a-t-il conclu.

L’Association française des biotechnologies végétales (AFBV), a affirmé en revanche que les «nombreuses études qui ont évalué les effets à long terme des OGM (...) n’ont jamais révélé d’effets toxiques». Son président Marc Fellous avait été condamné en 2011 à Paris pour avoir diffamé Gilles-Eric Séralini qui a depuis porté plainte pour faux et usage de faux contre lui.

Le géant américain de l’agroalimentaire Monsanto n’a pas souhaité réagir formellement dans l’immédiat à cette étude. «Il est trop tôt pour faire un commentaire sérieux, car il faut évaluer la publication. Dès qu’elle sera disponible, nos experts se pencheront dessus pour l'évaluer scientifiquement», a déclaré à l’AFP un porte-parole du groupe en France.

Soulignant que Monsanto n’a pas encore pris connaissance de l'étude, le porte-parole relève que «plus de 300 études sur l’alimentation animale, parues dans des revues à comité de lecture, ont confirmé que l’alimentation OGM est aussi sûre que l’alimentation non-OGM».

«On aurait trouvé beaucoup plus crédible de la part des auteurs qu’avant de se répandre dans la presse avec des propos anxiogènes, ils se confrontent avec d’autres comités d’experts pour mesurer la robustesse de leur étude», déclare-t-il par ailleurs.

Bruxelles prêt à «tirer les conséquences»

La Commission européenne a annoncé mercredi avoir demandé à l’agence chargée de la sécurité des aliments en Europe d’examiner les résultats d’une étude démontrant la toxicité des OGM pour la santé et a promis d’en «tirer les conséquences». «Nous n’avons pas lu l'étude, mais nous allons le faire et nous avons demandé à l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) de se saisir du dossier», a déclaré Frédéric Vincent, porte-parole du commissaire européen à la Santé, John Dalli, chargé du dossier des autorisations de mise en culture et de commercialisation des OGM.


L'étude a coûté plus de 3 millions d’euros, financés notamment par les fondations Ceres et la Fondation Charles Leopold Meyer pour le progrès pour l’homme. Les fonds ont été gérés par le Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN), «indépendant des compagnies de biotechnologies» et dont Gilles-Eric Séralini préside le conseil scientifique. L'étude doit s’accompagner le 26 septembre d’un film, Tous cobayes, qui rend compte de cette expérience, ainsi que d’un livre chez Flammarion.

Deux OGM sont actuellement cultivés dans l’UE: la pomme de terre Amflora créée par le groupe allemand BASF et le maïs MON 810 de la multinationale Monsanto. Monsanto a demandé le renouvellement de l’autorisation de culture pour le MON 810, mais le dossier est actuellement bloqué. «Pour les deux OGM dont la culture est aujourd’hui autorisée dans l’UE, nous avons des clauses de sauvegarde dans dix des vingt-sept pays», a rappelé le commissaire Dalli.

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