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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 11:36

gaston-pschitt.jpgLa mode s’est un peu calmée, mais dans les milieux proches du Front de Gauche, chez les « antilibéraux » divers et variés, on a beaucoup parlé de l’Islande en tout cas sur internet.

Pour ce petit monde en quête d’états forts qui résistent à la finance, la petite île a prise un temps des allures de nouveau modèle. L’Islande, portée par un immense élan populaire,  aurait refusé de payer ses dettes. Elle serait en train de reconstruire une démocratie plus humaine, basée sur une constitution rédigée par des braves gens sélectionnés via un processus de démocratie directe, etc.


Et puis surtout, la raison profonde censée prouver que l’Islande est en pleine révolution ( lire rêve-olution, bien sûr, on est chez les poètes) c’est que les médias n’en parlent  JA-MAIS. Le souci, avec cette jolie histoire citoyenne, c’est que c’est du pipeau. Détaillons 

 

Afin de comprendre les tenants et les aboutissants, mieux vaut avoir une idée de la situation islandaise en général, et de l’activité économique et financière de ces dernières années en particulier.

 (Si ça vous gonfle, ou que vous connaissez déjà, passez direct à la deuxième partie, qui commence par « en 2008, la crise financière arrive… »)

L’Islande est une île de l’océan Atlantique Nord d’une population d’environ 320 000 habitants. Sa capitale, et plus grande ville, est Reykjavik.

Bien qu’associé économiquement à l’Europe, et faisant partie de l’espace Schengen, le pays n’est pas membre de l’UE, encore moins de la zone euro. Il possède sa propre monnaie, la couronne islandaise.

En plus de la manne touristique, le pays exporte du poisson, et de l’aluminium, dont la transformation constitue la principale industrie du pays.

En plus de cette (petite ) économie locale, on trouve un important secteur bancaire: au cours des années 2000, les banques islandaise déploient une importante activité financière internationale. Une croissance sans précédent avec un volume passant de 100% du PIB à plus de 1000% en 2003. Elles empruntent aux autres banques (à l’international) pour spéculer sur les marchés, de manière extrêmement massive. (Selon un rapport du FMI de l’époque,  » l’Islande fonctionnait intrinsèquement comme un fonds spéculatif, empruntant à l’étranger pour acquérir des avoirs extérieurs ») .

Le crédit intérieur est aussi fortement encouragé, et beaucoup d’islandais empruntent, en particulier pour acheter leurs maisons (ils sont proprio a 80%). En 2007, les ménages islandais sont endettés à près de 250% de leurs revenus (contre par exemple près de 85% en France en 2012).

Cette augmentation importante de la masse monétaire participe à provoquer une forte inflation .

→ [ Un petit paragraphe pour expliquer la création monétaire en quelques mots ci dessous: ]

Les dettes sont comptabilisées comme de la monnaie, car elles correspondent à une création monétaire des banques.  Celles-ci nous prêtent de l’argent qu’elles créent, dans les limites d’un pourcentage de leur réserve obligatoire auprès de la Banque Centrale. Par exemple, disons que le taux de « réserves obligatoires » est de 2% pour la zone euro : cela veut dire que les banques de la zone doivent déposer sur un compte qu’elle possèdent auprès de la Banque Centrale Européenne au moins 2% de la somme totale de leurs prêts. Si elles prêtent 100 milliards, elles doivent en avoir 2 dans leurs réserves. Cela dit, si elles prêtent 100 milliards, elles auront ajouté  ces 100 milliards à la masse monétaire totale de la zone euro.  (Mais on écrira prochainement un article et une petite BD pour mieux comprendre ce truc un peu compliqué)

La banque centrale islandaise répond à cette inflation d’une manière classique : elle augmente fortement ses taux d’intérêts directeurs, pour tenter de restreindre la création monétaire. Le montant des taux d’intérêts islandais est porté à 15,5 %.

Cela veut dire que les banques islandaises empruntent à ce taux auprès de leur banque centrale et doivent répercuter cette hausse sur les taux qu’ils demandent à leurs clients, ce qui a pour effet de peser sur les crédits.

On appelle ça une politique de l’argent cher, car emprunter de l’argent coûte cher. Le souci de cette politique à l’heure de la mondialisation des échanges, c’est qu’elle rend la monnaie d’un pays (surtout à la marge de manœuvre limitée comme l’Islande) attractive pour la spéculation internationale.

En résumé, cela consiste pour les traders à une démarche en deux temps:

  1. Emprunter de l’argent dans une devise à faible taux d’intérêts (comme le yen japonais  dont le taux d’intérêt oscille autour de 0%)
  2. Utiliser cet argent pour acheter les devises d’un pays à fort taux d’intérêts.

Il n’y a plus qu’à engranger… ( Pour ceux que ça intéressent, cette technique s’appelle le carry trade)

Dans les années 2000, la monnaie islandaise est donc énormément utilisée par les traders. Elle monte, monte…  En 2007, selon le magazine the economist, la couronne islandaise serait même la monnaie la plus surévaluée au monde!

En 2008, la crise financière arrive. Panique à bord.

C’est l’effondrement brutal. Les banques islandaises ne trouvent plus à emprunter sur le marché interbancaire (un marché où les banques se prêtent quotidiennement du pognon, à des taux très faibles), et s’effondrent. La banque centrale islandaise n’a pas les moyens de couvrir les banques : elles sont trop endettées, l’activité financière est tout simplement sans commune mesure avec l’économie islandaise! Les banques sont nationalisées, et la question se pose d’indemniser les épargnants.

Cela se pose tout particulièrement pour l’affaire de la banque Icesave. Une part très importante des détenteurs de compte dans cette banque ne sont pas Islandais. Faut-il les indemniser, quitte à s’endetter encore plus?  Non, répondent par référendum les islandais…

Voilà ce qui excite à ce point nos sociaux démocrates radicalisés: « l’État modèle » Islandais a refusé de garantir les dépôts des non-islandais qui possédaient un compte à la banque Icesave.  Les dépôts ont été garantis (et remboursés) par Londres et La Haye à leurs épargnants, qui les avait perdus, du fait de la faillite de cette banque privée. Il s’agissait d’une somme assez importante, de 3,9 milliards d’euros.

Mais cela n’a rien à voir avec le fait de refuser de rembourser la dette publique! Et les islandais qui sont massivement sortis dans la rue, se sont mobilisés pour refuser de payer? Eh bien leurs colère a été détournée contre les seuls épargnants (capitalistes) de Icesave , et le vague espoir de condamner en justice leur ex-premier ministre…

 Pendant ce temps là, l’Islande est encore endettée, et elle continue à payer ses dettes. Chez les journalistes politicards qui montent ça en épingle, il y a en fait confusion entre la dette publique islandaise (qui atteint les 100% du PIB contre 22% en 2007)  et que l’Etat rembourse rubis sur ongles, et cette fameuse affaire Icesave.

Pour rembourser sa dette publique, le gouvernement islandais a fait comme les autres: Reykjavik a demandé et obtenu un prêt de 2,25 milliards d’euros au Fonds monétaire international (FMI). En échange, le gouvernement a imposé une série de mesures d’austérité équivalentes à 10% du PIB du pays.

Résumons: l’Islande paie sa dette publique, pratique l’austérité, mais ( courage suprême)  a refusé le paiement du à une faillite bancaire.

Par ailleurs, la monnaie islandaise s’est effondrée, le pays connaissant une importante inflation (jusqu’à 18%), ce qui constitue une baisse nette des salaires réels.

Cela a contribué à étrangler encore plus les prolétaires islandais d’autant que nombres d’entre eux avaient contractés des prêts immobiliers avant 2008, prêts indexés sur l’inflation… Qui ont donc vu leurs taux d’intérêts exploser entre 2008 et 2012!

Aujourd’hui, le taux d’endettement des ménages est de 225%. Pour pouvoir le rembourser, les Islandais ont été autorisés (merci l’État-sympa) à puiser dans leurs retraites complémentaires : tant pis pour les économies…

Terminons sur cette histoire de « constitution citoyenne« , censée être l’aboutissement de la mobilisation populaire:

Elle n’a tout simplement pas attiré les foules : la participation aux élections qui devait élire l’assemblée constitutionnelle n’a  finalement été que de… 36%.

De plus, le 25 janvier 2011, la Cour suprême a invalidé ces résultats de l’élection de l’Assemblée constitutionnelle. Finalement, ils ont dû être “désignées” par le Parlement. Voilà pour leur fameuse « démocratie nouvelle »…

La composition de cette assemblée , censée être « à l’image du peuple » parle d’elle-même:

- 5 profs d’Université,
- 4 journalistes et présentateurs télé,
- 3 médecins,
- 2 mathématiciens,
- 2 directeurs de musée,
- 1 manager,
- 1 pasteur,
- 1 directeur de théâtre,

- 1 chef d’entreprise,
- 1 président de syndicat,
- 1 juriste,
- 1 porte-parole d’association de consommateurs
- 1 fermier
- 1 étudiant.

Et que dire de la « e-participation » tant vantée par les démocrates : même en comptant tous les réseaux sociaux, le débat n’a suscité que 3 600 commentaires et 370 propositions, soit respectivement 1,1 % et 0,12 % de la population de l’île (si on part du principe de 1 commentaire et une propositions par personne)! Tout ce flan pour ça…

Bref, pas de pays modèles, ni de solutions nationales.

Bien sûr, à y regarder de près, on a l’impression que les islandais se sont particulièrement fait avoir. Mais c’est hélas le cas des prolos du monde entier. Et les politiciens locaux peuvent toujours agiter le chiffon rouge, parler de la souveraineté nationale, et cetera et cetera: c’est la même blague, et le même résultat.

La crise de la dette, porte en elle le risque de l’effondrement possible des capitaux mis en banque, et donc du système bancaire. On ne parle pas de 3 ou 4 milliards, mais de millier. Le capital peut laisser passer un défaut de quelques milliards, ( s’il n’ a pas le choix, et il en grattera le plus possible) comme le montre aussi le défaut partiel uruguayen dont nous reparlerons dans un autre article de cette rubrique.

Mais pas l’effondrement des banques. Pas la déstabilisation massive des principales devises (Euro, Dollars). Là, on touche au cœur même du système. Et c’est pas un gouvernement de socs-dems qui y fera quelque chose!

 

Repris sur www.tantquil.net

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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 06:23

flashball.jpgUne fois de plus la police se permet de tuer ou de blesser sans devoir rendre de comptes à personnes. Samedi, un jeune supporter a perdu un oeil suite à une intervention de la BAC, qui a très peu de chances d'être inquiétée... Une fois de plus. La police evidemment présente une version des faits contredite par les témoins oculaires. Voici leur communiqué.

 

COMMUNIQUE OFFICIEL DES TEMOINS DE L'INCIDENT SURVENU EN MARGE DU MATCH MHSC/ASSE, à envoyer dans toutes les boites mails des médias, faites des copier coller et faites circuler dans les rédactions :
"Un jeune a fait tomber par terre par inadvertance un fumigène non allumé, alors qu'il marchait près des forces de l'ordre non loin des buvettes. Contrairement à ce qui a été dit dans certains médias

il n'est en aucun cas interdit de stade. Les policiers de la BAC ont voulu l'interpeller, alors que la possession d'un fumigène, qui plus est non allumé, est autorisée en dehors d'un stade. Pris de panique il a alors couru vers des dizaines de personnes qui étaient calmement attablées aux buvettes.

Les forces de l'ordre ont alors usé de leurs tonfas pour procéder à l'interpellation, une interpellation très musclée qui a choqué les personnes présentes, certains se sont levés pour pour faire cesser le matraquage abusif dont il était victime. C'est alors que sans aucune raison et de manière totalement disproportionnée, sans qu'il soit menacé et sans que l'on comprenne pourquoi, un représentant des forces de l'ordre a tiré à bout portant au flashball en direction des personnes attablées aux buvettes. Contrairement à la version des forces de l'ordre, aucun policier n'avait été blessé à ce moment là, la situation était très largement maitrisable (seules 2/3 personnes s'étaient levées pour tenter de calmer les policiers), la légitime défense ne peut en aucun cas être retenue, le tir était tout simplement inexpliquable.

Florent, un jeune supporter surnommé "CASTI" a été atteint en plein dans l'oeil.Florent n'avait rien a voir avec l'interpellation initiale, il n'a pas protester contre l'interpellation musclée des policiers et n'avait rien à se reprocher. Gravement touché à l'oeil, il a été transporté à l'hopital. Encore une fois, contrairement aux récits trouvés dans les médias, son oeil n'a pas été sauvé. Son oeil a été pulverisé. Selon le chirurgien, il a littéralement explosé, l'explosion de l'oeil à même entrainé une fracture de la paumette tellement elle fut violente. Le policier auteur du tir, s'est alors caché et ses collègues ont ramassé le projectile tiré pour faire croire qu'il n'y avait pas eu de tir et que le bruit auvait été provoqué par une bombe agricole. La version policière serait presque risible si l'incident n'était pas si grave, hélas c'est celle là qui a été relayée par les médias.
Des pressions policières ont ensuite ét exercées auprès de certains témoins, leur demandant de déclarer que la BAC était intervenu suite à des incidents entre supporters montpelliérains et stéphanois, ce qui évidemment est faux, les supporters stéphanois étant déjà "parqués" dans le secteur visiteur. Ces derniers retireront meme leurs banderolles à l'intérieur du stade lorsqu'ils apprendront le drame, par solidarité avec les supporters Montpelliérains.
L'oeil de Florent est hors de fonction. Il ne verra plus jamais de cet oeil et devra vivre le restant de sa vie avec ce lourd handicap. Tous les témoins de ce qui revet clairement le caractère de "bavure" ont ét choqué par le comportement des fonctionnaires de la BAC avant, pendant et après l'incident. Ils éspèrent évidemment que justice sera faite, et jugent unanimement insuportables les versions calomnieuses qui ont été publiées dans les médias. Nous, ses amis, réclamons que la vérité soit rétablie. Nous ne pouvons pas laisser une telle erreur policière être transformée en cas de légitime défense. Certaines version publiées sont carrément écoeurantes, et reflètent un manque cruel d'investigation journalistique.
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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 10:11

foxconn-iphone5.jpgQuand on voit que les "merveilleux" gadget d'Apple sont basés sur l'exploitation des salariés que ce soit en Chine ou en France...

 

La sortie de l'iPhone 5, vendredi 21 septembre, en France pourrait être sérieusement perturbée par une grève des employées des magasins Apple Store à Paris. D'après le Huffington Post, la réunion de mercredi entre les représentants syndicaux et la direction d'Apple n'a pas débouché sur un accord. Information confirmée par un délégué syndical contacté par "le Nouvel Observateur". Il précise qu'une réunion de la dernière chance doit avoir lieu jeudi 20 septembre à 13h, avec l'espoir de trouver un compromis. Les syndicats revendiquent un 13e mois, un rythme de travail moins contraignant ainsi que l'attribution de tickets repas.

Si les négociations échouent, un mouvement s'organisera vendredi à l'Apple Store d'Opéra (Paris) dès 8h30. Le nombre de salariés qui participeraient à cette grève reste inconnu. "Ils ont peur", rapporte une source syndicale. "Ils ont peur de se faire licencier ou de voir leur contrat rompu. C'est pour cela que nous n'avons aucun moyen de savoir si le mouvement aura de l'importance", fait-il valoir.

Les syndicats ont peu d'espoir de voir la situation se débloquer. "L'enveloppe mise sur la table est vraiment trop petite. C'est possible aussi que la direction France ne puisse pas en mettre plus. Ils affirment d'ailleurs ne pas être décisionnaires sur les questions salariales", explique à "l'Obs" un délégué syndical sous couvert d'anonymat. 

"Une catastrophe médiatique"

Avec la menace de grève, les syndicats espèrent que "la pression fera réfléchir la direction. Ce serait embarrassant pour Apple d'avoir tous les médias à Opéra pour couvrir un mouvement de grève le jour de la sortie de l'iPhone 5. Ce serait une catastrophe médiatique", conclut le syndicaliste. La direction d'Apple France n'a pas encore réagi.

Depuis lundi, les salariés arborent un bracelet vert avec le mot "believe" ("croire" en anglais). Manière d'afficher leur volonté de croire aux promesses de la direction. Plus de 2.000 bracelets auraient été commandés, selon MacGeneration.

"Nous n'avons pas d'eau à disposition, pas de tickets restaurant et nous ne sommes pas payés de la même façon à poste équivalent", explique un employé à "Métro". "N'importe quelle petite entreprise propose des tickets restaurant à ses employés, c'est fou qu'Apple qui gagne des milliards les finance pas", insiste-t-il.

Dès juin dernier, les 1.000 vendeurs des 12 Apple Store français ont fait parler d'eux. Le site Mac4ever racontait une "grogne montante" chez les employés dont l'amplitude horaire est parfois "démente" (de 9h à 23h sans discontinuer) et aux salaires faibles (1.300 euros mensuels).

 

 

Repris sur Le monde.Fr

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 11:45

non-violent.jpgVoici un article de l'excellent zones subversives. Il critique la "non-violence" dogmatique que le réseau des désobéissants peut arborer. Leur leader, la triste figure qu'est Xavier Renou, s'est illustré aux rencontres anarchistes de Saint Imier en présentant le KKE grec stalinier comme exemple d'action non violente, alors que ce parti a très violemment attaqué les anarchistes grecs au printemps dernier....

 

La désobéissance devient une forme de contestation qui se renouvelle avec l’émergence d’une nouvelle vague de luttes sociales. Des faucheurs d’OGM jusqu’aux instituteurs désobéissants qui refusent d’appliquer le fichage des élèves, les luttes sociales se nourrissent de ce type d’action. Du mouvement altermondialiste aux Indignés, l’action directe non-violente se présente comme un renouvellement des formes de lutte traditionnelles. 

Xavier Renou apparaît comme la figure emblématique du mouvement des désobéissants. Il incarne une nouvelle forme d’activisme. En dehors des vieilles organisations politiques et syndicales, il s’attache à l’action directe mais dans une démarche résolument non-violente. Le groupe des désobéissants est issu de Greenpeace, l’association écologiste connue pour ses coups d’éclat médiatiques. Les désobéissants organisent des stages de formation à l’action directe non-violente. Surtout, ils organisent des actions ponctuelles pour soutenir des luttes. Les éditions Le passager clandestin, qui publient Désobéir. Le petit manuel, ont déjà diffusé des petits livres dans la collection « désobéir ». Ses textes courts évoquent une série de luttes, avec leur histoire et les différentes actions possibles pour construire un rapport de force. Le livre de Xavier Renou permet de présenter cette démarche commune des désobéissants qui traverse ses différentes luttes. Le catalogue de revendications semble inamovible.

 

 images-copie-1

 

Désobéissance et action directe

 

Xavier Renou attaque le vieux militantisme traditionnel. Il critique, à juste titre, sa dimension routinière et idéologique quasi incantatoire. Il développe également une critique du capitalisme destructeur sur le plan économique, social et environnemental. Il exprime même une révolte contre le mal-être quotidien dans la civilisation marchande. « Et nous devons gagner. Sous peine de continuer de vivre des vies que l’on a pas choisies, d’accepter pour survivre des emplois dépourvus de sens, effectués dans des conditions dont on ne voudrais pas pour son chien. Sous peine de ne plus sortir d’une accumulation de biens (pour les plus chanceux) qui nous laisse toujours un arrière-goût de frustration » souligne Xavier Renou. La critique d’un travail privé de sens et du mode de vie marchand qui ne génère que de la frustration sort des discours militants balisés. Mais, pour le reste, le discours reste très gauchiste et ne se distingue pas vraiment des logorrhées poussiéreuses de la gauche de gauche, du Front de gauche et autres NPA. 

 

Mais Xavier Renou insiste davantage sur la lutte et l’action directe que sur l’interpellation des autorités dans une démarche plus institutionnelle et citoyenne. « Nous avons toujours obtenu ce que nos rêves avaient imaginés, mais jamais sans nous battre. Le monde n’a jamais changé autrement qu’en luttant contre ceux qui n’ont pas intérêt au changement, ceux qui s’accrochent à leurs privilèges, et ont encore besoin de l’injustice pour dominer… Celui qui n’essaie pas, et celui là seul, a déjà perdu » souligne Xavier Renou. Il insiste également sur l’effacement de l’histoire des luttes qui contribue à la résignation et à l’acceptation de l’ordre marchand. Il évoque également les luttes actuelles qui expriment une force collective. Il insiste sur la dimension non-violente de ses luttes, qui semble réductrice. Mais il évoque surtout la nécessité d’un affrontement politique et social. « Nous avons toujours gagné, y compris et surtout par des moyens non-violents, mais jamais sans combat » souligne Xavier Renou. Il évoque également les causes de la résignation comme la peur de la répression, mais surtout la peur de perdre le petit bonheur conforme difficilement atteint. Son texte aspire à rompre avec le sentiment d’impuissance, une autre cause de la résignation. « Les gouvernants ont plus besoin de nous déprimer que de nous opprimer » résume le philosophe Gilles Deleuze. 

 

Ce discours, tourné vers l’action directe, permet de briser la morosité d’un mouvement social qui sort d’une nouvelle défaite avec le mouvement contre la réforme des retraites en 2010. La résignation débouche alors vers les illusions électoralistes qui nourrissent l’imposture du Front de gauche. 

Le livre de Xavier Renou s’adresse clairement aux militants et aux nouveaux activistes. Il tente de partager des expériences et des pratiques de lutte. « Plus qu’une recette, il propose un ensemble de questionnement et quelques techniques destinées à accroître l’autonomie et la puissance des militants face à leurs adversaires » présente Xavier Renou. Ce livre peut également permettre de décrire l’action directe non-violente pour mieux comprendre la démarche qui alimente les nouveaux mouvements contestataires. 

 

 757176_policemen-detain-an-activist-from-the-women-rights-o.jpg

 

Un nouveau militantisme

 

Xavier Renou  critique le militantisme routinier, avec ses vieux réflexes et ses actions balisées. Il évoque la pensée magique pour décrire l'activité souvent incantatoire et inoffensive des militants. « La pensée magique n’est d’ailleurs pas une véritable pensée, puisqu’elle ferme le champ de la réflexion aux innovations, aux remises en question, aux doutes » souligne Xavier Renou. En revanche, les désobéissants s’attachent à une culture de l’efficacité. Les moyens d’action doivent être déterminés par des objectifs définis au préalable. 

 

Les décisions doivent être prises collectivement, à travers la formation d’un consensus, et doivent permettre à chacun d’exprimer ses idées et sa créativité. Les réunions doivent être organisées pour ne pas durer trop longtemps et pour éviter les batailles d’egos entre fortes personnalités. Les rapports de domination qui traversent la société doivent être combattus dans le cadre des réunions. Les professionnels de la prise de parole doivent être canalisés et ceux qui parlent peu doivent être encouragés à s’exprimer et se sentir à l’aise. Le sectarisme doit être évité pour insister sur les intérêts communs. La prise de décision au consensus permet de prendre en compte l’avis des minoritaires qui, ainsi, ne risquent pas d’abandonner l’action. 

Xavier Renou évoque la nécessité d’une pensée stratégique. Les objectifs doivent être clairs, précis et atteignables. Ensuite un adversaire doit être clairement désigné. Les adversaires directs se distinguent des adversaires indirects qui soutiennent une politique sans en être à l’initiative. Il semble important de s’appuyer sur des alliés potentiels. Les points faibles de l’adversaire, souvent préserver son image dans l’opinion, doivent être identifiés et attaqués. Le soutien du plus grand nombre de personne apparaît comme un élément décisif dans la construction d’un rapport de force. 

 

Les désobéissants incarnent les nouveaux militants, mais aussi leurs limites. Ce nouveau militantisme s’attache à la contestation markettée. Il tente d’interpeller les autorités à travers les médias sans construire un véritable rapport de force. Il semble se conformer aux évolutions du capitalisme. Le bureaucrate est remplacé par le manager. Plus libertaire, il insiste sur l’autonomie et la responsabilité individuelle. Mais il impose les normes du capital avec l’efficacité, la rentabilité, la performance. A l’image des managers, les désobéissants s’attachent à des objectifs chiffrés avec des étapes définies et à l’efficacité immédiate. Ils s’attachent à une rationalité marchande et comparent l’énergie requise par rapport au résultat obtenu. 

Le tout dans le cadre de l’urgence et de l’immédiateté sans la moindre réflexion stratégique à long terme.

 

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L’impasse du dogmatisme de la non-violence 

 

La défense de la non-violence apparaît comme un aspect également contestable. Xavier Renou reconnaît que les États sont violents. « Des possédants qui comptent bien le rester et savent se défendre ! », résume l’auteur. Mais les moyens des adversaires ne doivent pas forcément être repris. La violence peut apparaître comme un attribut de radicalité, et doit être critiquée lorsqu’elle se limite à une forme militariste et viriliste d’affirmation révolutionnaire. Xavier Renou souligne que l’affrontement militaire ne peut que déboucher vers une défaite des opprimés. Les moyens de la lutte déterminent sa finalité. Cependant, l’affrontement avec les forces de l’ordre demeure souvent une nécessité pour occuper des lieux et se réapproprier l’espace. Aucune véritable révolution sociale ne s’est faite sans violence, contrairement à ce que prétendent les désobéissants. 

Dans les récents soulèvements dans les pays arabes, les manifestants ne se sont pas contenter d’apporter des fleurs à la police. Les flics ne rejoignent pas le camp de la révolte par l’attendrissement mais par la peur. En Grèce, en Espagne, ou au Québec les luttes sociales débouchent vers des affrontements de rue avec les forces de l’ordre. Certes, la violence séparée d’un soutien populaire peut déboucher vers l’isolement. Mais Xavier Renou prend les gens pour des semi-débiles quand il affirme qu’ils ne peuvent pas comprendre les actions violentes, la rage et la colère qui s’expriment. Au contraire, dans le cadre des émeutes, les habitants comprennent mieux la violence que les militants politiques et autres activistes. 

 

Xavier Renou considère la moindre petite action gentillette comme violente. Par exemple il cite les blacks blocs, pourtant bien inoffensifs, comme des violents qui discréditent les contre-sommets altermondialistes Même si l’altermondialisme n’a pas besoin des blacks blocs pour être ridicule. Surtout, ses manifestants cagoulés se contentent de briser quelques vitrines et d’égratigner joyeusement quelques symboles soigneusement choisis de la société marchande. Il semble difficile de parler de violence pour décrire des actions qui ne font presque aucun blessé, même pas au sein des rangs des policiers suréquipés et protégés derrière leurs boucliers. La non-violence apparaît surtout comme un prétexte pour dénoncer des actions ou des pratiques qui ne semblent ne pas se contenter d’un petit aménagement du capital. La non-violence devient le cache-sexe d’une social-démocratie relookée mais toujours aussi autoritaire. Ce sont ceux qui luttent, et non pas les activistes extérieurs, qui doivent définir leur modalité d’action et le niveau de violence à exprimer. Tout autre mode de fonctionnement s’apparente à un contrôle bureaucratique. En revanche, la violence extérieure à un mouvement peut également s’apparenter à de l’avant-gardisme. 

 

La non-violence apparaît comme une idéologie sectaire qui stigmatise et criminalise ceux qui ne se conforment pas à ce dogme. Les désobéissants doivent alors obéir à des non-violents et à leur idéologie frelatée. Au contraire, toutes les formes de lutte doivent pouvoir s’exprimer. Chacun doit définir ses modalités d’action selon ses désirs, et non pour contenter des bureaucrates en mal de reconnaissance institutionnelle ou médiatique. C’est la pluralité des formes de lutte, et non pas la non-violence, qui permet de construire un rapport de force. La non-violence combat ce pluralisme pour imposer un dogme et une surveillance de chacun. Xavier Renou conserve une conception très militaire de la stratégie politique avec une unité d’action et une discipline intransigeante. Au contraire, le pluralisme stratégique permet d’exprimer la créativité et les désirs de chacun, et pas uniquement d’une clique de bureaucrates non-violents. L’opposition entre gentils manifestants et méchants casseurs demeure l’arme la plus infaillible de l’État pour diviser un mouvement et l’affaiblir. En revanche, Xavier Renou évoque pertinemment le plaisir et la joie de la contestation qui peuvent apparaître comme un des moteurs de la lutte. 

 

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Des perspectives limitées

 

Xavier Renou décrit ensuite le répertoire d’action de l’action directe non-violente. En dehors d’un soulèvement insurrectionnel, ses pratiques de lutte se révèlent intéressantes et permettent de sensibiliser la population. Les désobéissants ne se posent pas la question de la légalité. Les actions sont organisées par rapport à leur légitimité et non par rapport au respect du cadre de la loi. La légalité d’une action dépend bien souvent de l’appréciation du juge et non pas de la démarche politique décidée. 

Xavier Renou décrit des actions de sensibilisation qui permettent d’exprimer une créativité pour interpeller la population. Le théâtre et l’action clownesque permettent de sensibiliser par l’humour. Des actions visent à ternir la réputation et à travers le harcèlement démocratique et des présences symboliques et continues. D’autres actions attaquent directement le capital pour faire perdre de l’argent ou du temps aux adversaires. Grèves, occupations, blocages, perturbations ou réappropriation permettent d’interrompre la norme marchande et de briser les flux de capitaux. Mais ce type d’action, pour avoir réellement de l’ampleur, doit se généraliser et se diffuser à une large partie de la population. La suite du livre correspond à un guide pratique qui décrit les étapes de l’action, de la préparation avec le repérage jusqu’à la dispersion. 

 

Le texte de Xavier Renou permet également d’entrevoir les limites de ce "nouveau militantisme". La réflexion sur le contenu politique de l’action semble peu élaborée. Pour les nouveaux militants, toute analyse politique devient « ringarde » et « prise de tête ». L’action devient une fin en soi. L’activisme occulte toute forme de réflexion ou de stratégie sur le long terme. Les désobéissants naviguent aux grès des luttes à la mode. Sans s’implanter durablement, sans construire un véritable rapport de force. Le règne du zapping, de l’urgence et de l’immédiateté colonise également la sphère militante. Il devient possible de passer d’une action à l’autre, d’une lutte à une autre, sans le moindre lien entre les différentes initiatives. Les militants se conforment à la logique du capital. La rentabilité immédiate, avec la logique quantitative, prime sur la création d’espaces de rencontres et de réflexions. 

Cette démarche permet de maintenir une séparation des luttes. Les différents sujets de contestation se retrouvent isolés. Lutter contre la précarité, contre le sécuritaire, contre la chasse aux immigrés, contre la destruction de la planète deviennent des activités séparées. La dimension commune de ses problèmes est alors occultée. Le capitalisme et l’État peuvent alors ne jamais être remis en cause. 

La revue Temps critiques souligne les limites de la désobéissance. Lorsque son contenu se précise, la désobéissance se limite souvent à une interpellation de l’État au nom des valeurs de la République ou de la démocratie. Les désobéissants ne remettent pas en cause l’État mais uniquement sa manière de gouverner et de gérer les problèmes. Pourtant, dans une société qui admet des gouvernés et des gouvernants, aucun aménagement ne semble possible. 

 

Ses nouveaux militants se cantonnent à des luttes séparées, mais aussi minoritaires. Ils interviennent peu dans les contestation sociales interprofessionnelles. Ils semblent peu actifs dans le cadre de mouvements sociaux qui peuvent déboucher vers une perspective de grève générale ou de blocage de l’économie. Les désobéissants semblent peu en contact avec la population et avec les réalités quotidiennes. Ils se contentent de préparer des petites actions markettées. Ils apparaissent comme des militants « hors sols » qui agissent par procuration. Les désobéissants semblent reproduirent les défauts de l’avant-garde. Ils pensent qu’une petite minorité bien préparée devient plus efficace qu’un soulèvement insurrectionnel de l’ensemble de la population. 

Les nouveaux militants, non-violents ou radicaux, apparaissent comme des produits de la civilisation marchande. Ils appartiennent à cette civilisation du spectacle, de l’urgence, de la rentabilité immédiate, de l’efficacité et de la performance. Face à ce désert existentiel et militant, il semble indispensable de s’attacher au sens de l’action et de l’activité révolutionnaire. Il semble nécessaire de s’attacher à une transformation qualitative de la société et de l’ensemble des relations humaines. La créativité ne doit pas servir l'efficacité, mais le plaisir.

 

Source: Xavier Renou, Désobéir: le petit manuel, Le passager clandestin, 2012

 

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Occuper le monde: un désir de radicalité

Contre l'ennui militant

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 10:57

Avant l’accident de la centrale nippone en mars 2011, la piscine rempli d’eau du réacteur numéro 4, d’une profondeur de 11 mètres servait à refroidir quelques 1.500 barres de combustibles hautement radioactif, soit 264 tonnes. Aujourd’hui, elle est tout juste recouverte d’une bâche sur le toit du réacteur à une hauteur de 30 mètres du sol.

Et tout le problème est là. L’opérateur de la centrale nucléaire, TEPCO, prévoit d’extraire les barres d’uranium usagé à partir de 2013, alors même que la saison des typhons va commencer.

"Si le bassin du réacteur numéro 4 devait s’effondrer, les émissions de matière radioactive seraient énormes : une estimation prudente donne une radioactivité équivalente à 5.000 fois la bombe nucléaire de Hiroshima" a estimé un de ces experts japonais - Hiraoki Koide : professeur à l’Institut de Recherche nucléaire universitaire de Kyoto - et relayé par le Nouvel Observateur.

La piscine qui contient environ 1 million de litres d’eau ne résisterait probablement pas à une "violente tornade". La conséquence serait bien évidemment dramatique, car non immergées, les barres commenceraient à chauffer, puis à fondre, produisant un magma radioactif de 2800°c et dégageant dans l’atmosphère selon le scientifique jusqu’à "10 fois la quantité de césium 137 qui s’est propagée à la suite de la catastrophe de Tchernobyl", en Ukraine.

[ Fukushima : Intérieur du réacteur 4 dont la voute soutient la piscine de combustibles ]

Une chose semble toutefois faire l’unanimité, les radiations rendraient impossible toute approche du site.

 

source: http://www.enerzine.com

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 11:42

univ.jpg  La critique des réformes libérales de l'Université provient des chercheurs. Ses universitaires refusent de prendre en compte l'ampleur du désastre et tentent vainement de trouver quelque chose à sauver.

 

Avec les réformes néolibérales, l’Université et la recherche s’apparentent à un vaste marché de la connaissance. Rentabilité, compétivité et performance deviennent les nouvelles normes. Pourtant, les universitaires défendent leur institution sans en souligner les limites. L’éducation s’apparente à une mise aux normes et l’apprentissage repose sur la soumission. Dans le contexte de mouvements étudiants au Québec et au Chili, ses débats semblent majeurs.

 

 

L’éducation selon Chomsky

 

Des écrits de Noam Chomsky sur l’Université révèlent l’ambigüité des intellectuels de la gauche radicale face à l’université. Ce célèbre linguiste américain est surtout connu comme un universitaire engagé. Perçu comme proche de la pensée libertaire, il exprime plutôt un réformisme radical. Il ne s’inscrit pas dans une rupture avec l’ordre capitaliste mais aspire davantage à améliorer la société actuelle. Pourtant, parmi les penseurs contemporains, il demeure l’un des moins inintéressants.

Ses écrits sur l’université sont publiés en France par Raisons d’agir, une maison d’édition indépendante, un des héritages intellectuels du sociologue Pierre Bourdieu proche des idées de Noam Chomsky. Surtout, cette maison d’édition s’attache à la défense de l’université considérée comme l’un des derniers remparts face au néolibéralisme défendu par les intellectuels médiatiques. Mieux, les disciples de Pierre Bourdieu défendent le cloisonnement de la recherche scientifique par rapport à d’éventuelles influences sociales qui peuvent provenir effectivement des entreprises et des médias, mais aussi des mouvements de contestation sociale. L’abolition de l’université et de la monopolisation du savoir n’est donc pas à l’ordre du jour dans ce petit livre qui, malgré ses limites, délivre des réflexions parfois stimulantes.

 

La réflexion de Noam Chomsky sur l’éducation évoque les idées de Bertrand Russel. L’éducation doit favoriser la créativité des enfants dans la liberté afin de ne pas orienter les élèves dans une voie prédéterminée. Cette idée repose sur le postulat d’une pulsion créatrice qui anime la nature humaine. Pour Bertrand Russel, les institutions d’une communauté doivent permettre de rendre le travail agréable.

Si Chomsky n’aspire pas à détruire le système éducatif, il reconnaît l’aspect largement idéaliste de sa conception de l’école. Dans le monde réel, l’éducation, loin de stimuler la créativité des enfants, permet un conditionnement des enfants vers l’obéissance et le conformisme. Le contenu des programmes et de l’enseignement apparaît parfois comme une vaste propagande idéologique.

 

IMAGchomsky.jpg

 

Une défense naïve de l’Université

 

Dans un texte écrit en 1969, dans le contexte bouillonnant de la contestation étudiante, Noam Chomsky s’attache à penser la réforme de l’université. Il observe le primat de la concurrence. L’entraide entre les étudiants est considérée comme de la tricherie. La limite de temps dans les recherches favorise la banalité et le conformisme de la médiocrité plutôt que l’approfondissement intellectuel. La sélection à l’université, officielle ou pas, permet de perpétuer les privilèges sociaux.

Noam Chomsky se réfère à Humbolt qui considère que l’université devrait être accessible à tous et tout au long de la vie. L’université doit permettre, à chacun et à tout moment, de développer sa « vie spirituelle ». Mais les universités, devenues le centre de la vie intellectuelle, favorisent le conformisme plutôt que l’innovation dans la recherche.

Noam Chomsky perçoit également l’université comme un foyer de contestation sociale en raison des révoltes étudiantes. Mais la jeunesse réagit par rapport à la situation qu’elle subit, et non pas car elle y serait encouragée par l’enseignement délivré à l’université. Noam Chomsky se réfère au projet de réforme du SDS, principal syndicat étudiant de gauche. Le SDS considère que l’action doit être portée par la raison et justifie ainsi une nécessaire réforme de l’université. Mais la réflexion critique ne se situe pas à l’université mais dans les livres et journaux subversifs ainsi que dans différents espaces de débats et de confrontations intellectuelles.

 

Dans un autre texte daté de 1969, Noam Chomsky s’oppose à l’idée de détruire les universités. Dans la société capitaliste, les universités sont, selon lui, les institutions les plus libres et ouvertes. La destruction des universités peut déboucher vers la création d’institutions plus autoritaires. Noam Chomsky reste enfermé dans une idéologie scientiste et ne conçoit pas que la recherche, entre autre militaire et techno-scientifique, participe à consolider cette société capitaliste et autoritaire.

Il considère même que l’université peut devenir un instrument de changement social. Mais Noam Chomsky rejette le rapport de force social pour transformer la société. Il privilégie un changement progressif, à partir de l’éducation, pour changer les mentalités avant de changer la société. Cette démarche d’un anarchisme éducateur est particulièrement présente aux États-Unis. En France, les disciples de Bourdieu estiment qu’il est urgent de changer les représentations sociales avant de changer la société. Mais cette démarche a tendance à exclure l’idée selon laquelle l’éducation se construit davantage dans les luttes sociales que dans les amphithéâtres. Surtout, les professeurs d’université, dans le cadre de cette stratégie, sont amenés à jouer le rôle d’une avant-garde qui émancipe le peuple en lui délivrant ses précieux enseignements. Toutefois, Noam Chomsky insiste sur l’auto-éducation pour éviter cette dérive.

Dans un élan de naïveté assez surprenant de la part de quelqu’un qui passe pour un des plus grands intellectuels contemporains, il évoque un programme de réformes de l’université et de la recherche. Il souhaite une diminution de la recherche militaire et contre-insurrectionnelle. Pourquoi ne pas demander des subventions pour aider ceux qui veulent détruire l’État ? Le réformisme radical de Noam Chomsky est impossible à mettre en œuvre. A moins d’une révolution mais qui aurait alors des possibilités bien plus ambitieuses. Mais Noam Chomsky s’illusionne sur une « communauté de scientifiques responsables » qui pourraient influencer l’État à coup de moratoires.

 

Pour Noam Chomsky, le rôle de l’université oscille entre émancipation et conditionnement. La propagande impérialiste et libérale, vulgarisée et diffusée dans les médias, provient surtout de la recherche universitaire. Mais Noam Chomsky rejette la critique radicale de l’université.

 

 

                 

 

Les universitaires contre les réformes néolibérales

Un film de Thomas Lacoste sur les réformes universitaires permet un regard plus large que l’optique syndicaliste qui s’intéresse uniquement à la dernière mesure gouvernementale. Cependant, ce film défend le point de vue des universitaires.

Ce film propose une analyse de l’université par des universitaires. Ses chercheurs critiquent l’évolution néolibérale de l’enseignement supérieur qui doit se tourner vers les entreprises et devenir compétitif. Christian de Montlibert défend au contraire le fonctionnement actuel des universités avec ses directions collégiales. Le classement de Shanghai développe une évaluation des différentes universités selon une logique marchande. La « démocratie interne » et le « contrôle par les pairs » sont au contraire valorisés par les antilibéraux. Avec les réformes, le président de l’université renforce ses pouvoirs et peut recruter les enseignants-chercheurs.

Les réformes de l’université renforcent la précarité. Le recrutement s’effectue avec des contrats instables. La privatisation des universités supposent de chercher des ressources en dehors de l'État. Mais les présidents doivent alors augmenter les frais d’inscription ou favoriser des recherches financées par les entreprises.

Les stages et formations professionnalisantes renforcent la soumission des étudiants à la logique d’entreprise et fournissent une main d’œuvre gratuite. Une université à deux vitesses s’instaure avec des formations sélectives et des formations sans débouchés.

Malgré des analyses pertinentes sur les évolutions récentes, ce film défend une université inféodé à l'État et à un capitalisme régulé. Les universitaires militent pour un retour des mandarins et, logiquement, pour un renforcement de leur pouvoir. Ils défendent l’Université car ils défendent leurs intérêts. Les universités ne sont pas uniquement des appareils idéologiques d'État au service du capitalisme. Les universités répondent à une logique propre. Mais qui est également une logique de soumission. Le contrôle par les pairs favorise l’académisme, la servitude des jeunes chercheurs à l’égard de ceux qui sont déjà en poste et une absence de créativité dans le domaine de la recherche.

Ce film occulte la parole des étudiants, qui ont pourtant impulsé la lutte contre les réformes universitaires. Les enseignants-chercheurs ne faisant que suivre le mouvement. La précarisation des personnels non enseignants n’est pas davantage évoquée. Les différentes formes de savoirs critiques, l’expérimentation dans les luttes, les diverses pensées critiques n’émergent pas dans les universités. Quand un semblant de réflexion critique se développe dans les amphis, c’est qu’une assemblée de lutte s’y déroule et que les cours sont bloqués. L’école émancipatrice et la démocratisation scolaire relèvent davantage du mythe républicain que de la réalité sociale.

Si une preuve était nécessaire, ce film montre bien la vacuité intellectuelle des universitaires qui se bornent à défendre leurs intérêts corporatistes sans la moindre réflexion sur la place de l’université dans la société capitaliste et le maintien de l’ordre marchand. La recherche actuelle, dite fondamentale, serait « désintéressée » et « pour l’intérêt de tous ».

Finalement ses chercheurs rejoignent le gouvernement car ils insistent sur le rôle de l’enseignement et de la recherche qui sont au service du capitalisme. Ses chercheurs veulent obtenir des débouchés professionnels. Le bureaucrate de la CGT estime que l’université a pour seul but de former des salariés et de renforcer leur « employabilité ». Donc, l’Université doit être détruite avec l’aliénation du salariat. L'école loin de favoriser l'émancipation permet aux individus de s'adapter et de se conformer à l'ordre marchand.

L’université n’est pas à sauver mais à détruire.

 

Sources:

Noam Chomsky, Réflexions sur l’université, Raisons d’agir, 2010

Thomas Lacoste, film « Universités, le grand soir » :

Partie 1, Partie 2, Partie 3, Partie 4

 

Repris sur zones Subversives

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 11:47

 

shadokEn Mai 2011 le Portugal devient le troisième pays ( après le Grèce et l’Irlande) à bénéficier (si l’on veut…) d’une aide du FMI, de l’UE et de le BCE  ( dit la « troïka »), d’un montant 78 milliards d’euros. Plus précisément, il s’agit d’un plan d’aide sur 3 ans, versé par enveloppe SI les mesures prises par le gouvernement  (actuellement du droitiste Pedro Passos Coelho) sont jugées satisfaisantes…


Ce dernier ayant été un dépositaire convenable jusqu’à présent, une nouvelle tranche d’aide s’élevant à 1,48 milliard d’euros sera bientôt versée portant à 21,13 milliards d’euros le montant total versé au pays par le FMI. Mais qui dit près dit gage….  

Objectif finance: le déficit budgétaire doit atteindre 4,5% du PIB en 2012, et 3% en 2013, c’est pas gagné déplorent les observateurs prêteurs, ce déficit atteignant encore 7,9% (insee) du PIB au premier trimestre 2012. La première étape du plan de rigueur annoncé par le gouvernement Portugais « redressement de l’économie et des finances » et donc loin d’être terminée, elle précède pourtant les autres étapes qui prévoit d’aider quelque peu la population, les portugais comme tous les autres doivent-ils attendre quoi que ce soit de leurs Etats?

Nous faisons ici un panorama des mesures adoptées par le gouvernement Portugais dans le cadre du plan de rigueur adopté pour satisfaire les troïkistes, nous mentionnerons aussi leurs conséquences lorsque celles-ci nous sont connues :

Coût de la vie

Une baisse du pouvoir d’achat des Portugais est estimée à 6 % en 2012 en effet, le budget de 2012 prévoit plus de 10 milliards d’euros d’économies, ce qui équivaut à 2 625 euros par ménage .Le Portugal affronte une crise économique sans précédent depuis 1974, année de la révolution « démocratique »dans le pays (econostrum.fr) pourtant, jusqu’à 12 milliards d’euros de l’enveloppe destinée à venir en aide au Portugal servira à renforcer le niveau de solidité des banques du pays.

Hausse de la TVA jusqu’à 23 % :

En particulier, hausse de la TVA (de 6% à 13%) sur le gaz et l’électricité en 2012, produit de conso primaire et restauration, affectation de 54000 établissement et 120 000 emplois.(econostrum.fr)

Les autres produits taxés à 13% le seront à 23% (econostrum.fr)

 

Transport : l’endettement des entreprises publiques de transport s’élevant à 17 milliards d’euros, soit 10% du PIB, elles sont les premières à faires les frais des politiques de rigueur visant à satisfaire la troïka : hausse de 26% depuis 2011, suppression de certaines lignes de bus, fermeture du métro à 23h au lieu de 1H à Lisbonne, le maire y envisage même une taxation routière. Le pays envisage de fusionner et de privatiser le métro, les trams, bus et ferries de Lisbonne et Porto. Le bras de fer avec les syndicats provoque des grèves à répétition. (Moblicité.fr et AFP)

Santé :

Coupe de 800 millions d’euros dans le budget de la santé : réduction heure supplémentaire et remboursement médicaments, fermeture de certains services et de certains centre, doublement des forfaits modérateurs (rtbf). La santé auparavant gratuite depuis la révolution des œillets, redevient payante, 5euros pour une consultation en centre de santé et 20 € (plafond) contre 9,60 auparavant pour les urgences (lorsqu’il ne facture pas de chambre…) (éconostrum.fr)

Résultat : les consultations en centre de santé ont baissé de 4,4% et de 9,8% dans les urgences hospitalières.

Conséquences :

Selon la direction générale de la santé 11 600 personnes sont mortes en Février dernier, ce qui correspond à une augmentation de 10% par rapport à la même période l’an passé. Les personnes les plus touchées : les personnes âgées. Explication du gouvernement : les conditions météorologiques particulièrement froides et la grippe (ou autre maladie saisonnière virale…). Nous ajouterons : les difficultés d’accès aux soins dû à l’augmentation de leur coût, le manque de thunes pour se nourrir et se chauffer correctement, surtout chez les retraités…. L’austérité tue !

Salaires, fonction publique et marché du travail :

Fonction publique :

-  Baisse de 27% du traitement des fonctionnaires, du fait de la baisse des traitements de base et de la suppression des bonus de Noël .

- Non-Remplacement d’un départ en retraite sur deux ; objectif réduction de 2% environ par an du nombre de fonctionnaires (le pays en compte actuellement 800 000 pour 10,6 millions d’habitants)

- Gel du salaire des fonctionnaires sur 4 ans

- Gel des retraites : les montants alloués sont souvent borné à 420 euro (rts) par mois ce qui est en dessous du seuil de pauvreté

- Suppression des 13e et 14e mois pour les fonctionnaires et les retraités aux revenus supérieurs à 1.000  euros. Cette mesure a été jugée anticonstitutionnelle le jeudi 5 juillet pour « violation du principe d’égalité ». Le tribunal saisie en Janvier par l’opposition de gauche  a quand même décide de maintenir cette mesure pour l’année en cours afin de ne pas remettre «  en cause le respect de l’objectif de déficit public » (le monde). Qu’à cela ne tienne, le premier ministre Pedro Passos Coelho a donc perlé d’étendre la mesure « aux autres », pour que l’égalité soit rétablie… (lacroix)

- En 2005, l’âge de la retraite dans le secteur public était de 60 ans. Il a augmenté continuellement depuis et est maintenant fixé à 65 ans, avec une période de travail de 40 ans.

- Baisse de salaires d’une moyenne de 5 % des 500 000 fonctionnaires percevant un salaire supérieur à 1 550 euros par mois et des administrateurs d’entreprises publiques.

 

Dans le secteur privé :

  – Augmentation de l’horaire de travail d’une demi-heure par jour.

  – Mesures assouplissant le droit du travail : facilitation des conditions de licenciement, limitation de l’allocation chômage, réduction du coût des heures supplémentaires, diminution des congés et des jours fériés, accroissement

Des marges de négociation collective au niveau de l’entreprise

  – Risque supression 13e  et 14e   mois

  – baisse de 15 % des ressources de l’Institut de

L’emploi et de la formation professionnelle.

Plan de privatisation :

Le plan de privatisation prévu est censé rapporté dans les environ de 5,5 milliard d’euros au gouvernement portugais. Les deux compagnies d’électricité, et de gaz EDP (Energia del Portugal) et REN (Redes Energéticas Nacionais) ont déjà été vendue respectivement aux groupes chinois Three Groges et State Grid, assurant une entrée de 3 milliards d’euros. La suite du plan prévoit de vendre la compagnie aérienne TAP Portugal et le gestionnaire d’aéroport ANA. (AFP)

C’est de rendement futur dont se prive le Portugal en vendant de telles entreprises indispensables au fonctionnement d’un pays, quand bien même ces quelques milliards obtenus permettrait au Portugal de survivre quelque temps de plus en se montrant bon élève auprès des marchés et des investisseurs, la population voit avec ses entreprises toute possibilité d’un retour à un niveau de vie convenable s’envoler.

Allocations et aides :

  – 97 000 personnes ont déjà perdues le droit au RSI (Revenu social d’insertion) dans les trois premiers mois de l’année. Le nombre de bénéficiaires du RSI est passé de 428 000 à 331  000

 -  Plafonnement des indemnités chômage et

Renforcement des sanctions.

  – Réduction de 20 % des allocations du revenu social d’insertion (RSI)

  – 20% des étudiants (plus de 12 000) ont perdu leur droit à la bourse

  – Plus de 13 000 enfants ont perdu la revalorisation des allocations familiales due à leur handicap

  – Fin des déductions fiscales sur l’Impôt sur le Revenu pour les dépenses de santé, d’éducation et de logement. Ainsi, pour un ménage du premier échelon (qui commence à 600 euros par mois), ce sont 100 euros de moins par an

Éléments de contexte : du coté du pouvoir

mars 2010: le gouvernement annonce un programme de stabilité et de croissance (PEC) pour ramener le déficit sous la barre des 3% d’ici 2013 et d’amorcer une réduction de la dette (76,6% du PIB): gel des salaires des fonctionnaires, diminution des aides sociales, report d’investissements publics et vaste plan de privatisations.

mars 2011: le Premier ministre José Socrates démissionne après le rejet de son quatrième programme d’austérité.

octobre 2011: le gouvernement de Pedro Passos Coelho présente un budget 2012 d’austérité renforcée, prévoyant notamment la suppression des 13e et 14e mois pour les fonctionnaires et les retraités aux revenus supérieurs à 1.000 euros, ainsi que l’augmentation de l’horaire de travail dans le secteur privé.

Vendredi 13 avril 2012 : Le parlement portugais  vote le Pacte budgétaire européen, avec l’accord des socialistes à l’assemblée. Le pays est le premier à ratifier cet accord visant à établir une stricte discipline budgétaire au sein de l’Union européenne sous prétexte de lutter contre la crise qui la traverse depuis près de trois ans. Son déficit public ne devra pas dépasser 3% de produit intérieur brut, son déficit structurel 0,5% de PIB et sa dette globale 60% de sa production.

Juillet 2012 : les médecins sont dans la rue pour protester contre la casse du service de santé prévus par le plan de rigueur.

Information générale et chiffres :

PIB (2010) :175 milliards d’euros

Population : 10 561 614 habitants (est. juillet 2011)

Taux de croissance (2012) : -2,2%

Taux de chômage : mai 2012 15,2% ( dont 36 % chez les jeunes ) source Eurostat.

Taux d’inflation (juin 2012) : 2,715 %

Taux d’intérêt : 12,8% ( ?)

Dette publique (2012) : 107 % du PIB

Déficit Public (premier trimestre 2012) : 7,9 % du PIB ; objectif 2012 : 4,5% ; 2013 : 3%

Déficit commercial du Portugal en 2011 : – 8,7 Mds € (en baisse de 15% par rapport à 2010)

 

Repris sur Tantquil.net

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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 15:44

chtroumpf-de-lordre-1.jpgUn nouvel article de Tantquil.net sur le maintien de l'ordre

 

Une nouvelle rubrique sur tantquil! Un panorama international du maintien de l’ordre.

Cette rubrique  a pour objectif de faire une présentation rapide de ce qu’est le   « maintien de l’ordre », a l’échelle internationale.

En quoi consiste-il ? Quelles sont ses fonctions ? Comment évolue-t-il ? Le budget qui lui est consacré est il soumit au même impératif économique d’austérité que le reste des dépenses des états ?  

Comprendre les mécanismes du « maintien de l’ordre » est, dans cette période de crise et de (probables) affrontements qui s’ouvre, une nécessité.  

Il s’agit ainsi de démonter les discours qui le sous-tendent ( dissociation casseurs/bon manifestants, discours délirant sur les « agents provocateurs anarchistes infiltrés », les « faux étudiants », « faux lycéens », «  faux chômeurs », etc.).

Pour commencer une notion, sur ce qu’est le maintien de l’ordre.

 

 

En quoi consiste le « maintien de l’ordre » ?

Cette expression peut sonner comme un élément de novlangue néolibérale. En anglais, on traduit « maintien de l’ordre » par crowd control, c’est-à-dire contrôle des foules. Eh oui, ce terme signifie tout simplement le contrôle des foules par la violence des forces étatiques.

En effet, au cours de l’histoire, les foules ont pu menacer l’ordre social et le pouvoir étatique. Rien qu’en France, on pourra prendre l’exemple de la Révolution Française, de la Commune de 1871 ou encore de l’ensemble des grèves syndicalistes révolutionnaires dans les années 1900…

Jusqu’au début du vingtième siècle, l’Etat français n’avait pas de troupes dédiées spécifiquement à cette fonction. C’était donc l’armée qui était chargée de cette tâche. Les membres de foules étaient traités comme des armées ennemies, les militaires n’hésitant pas à tirer dans le tas comme Clémenceau a ordonné de le faire contre les grévistes de Courrières en 1906.

Au bout d’un moment, la sensibilité à la violence baissant, ce type d’intervention a été de plus en plus mal vu. Tout d’abord par la population, qui comprenait de plus en plus mal que l’on puisse tuer des gens parce qu’ils manifestent ou parce qu’ils sont grévistes. Il suffit de voir l’indignation mondiale suscitée par l’assassinat aux mains de la police de 34 mineurs le 16 aout à Marikana en Afrique du Sud.

Il est aussi mal vu par les militaires qui souvent sont des conscrits ouvriers ou paysans.

Et parfois ce type de massacre est tellement mal vu par la troupe, qu’elle refuse de tirer sur le peuple comme lors de la révolte des vignerons à Fourmies en 1907.

Face à cela, l’Etat, pour museler les foules qui menaçaient sa souveraineté, son pouvoir, a dû inventer une nouvelle méthode. C’est la naissance du « maintien de l’ordre ». Comme la répression aveugle et indiscriminée en tirant sur la foule est devenue dangereuse pour le pouvoir, la nouvelle doctrine sera plus subtile. Plus question de tuer. Les troupes de maintien de l’ordre vont recevoir un entrainement spécial, pour être à même d’exercer une violence limitée capable de disperser la foule mais sans pour autant causer un massacre. De même les armes s’adaptent. On passe du sabre et du fusil, rapidement mortels à diverses formes de matraques (« bidule », tonfa…) ou aux gaz lacrymogènes.

Le « maintien de l’ordre » n’est pas pour autant une avancée démocratique, qui permettrait de pacifier les conflits.

Il est seulement un moyen plus efficace de répression des foules qui menacent le pouvoir de l’Etat, car le pouvoir n’a pas à assumer le coût politique de tuer des manifestants.

 

Repris sur Tantquil.net

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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 19:59

 

crea

Il y a quelques heures....

 

Par mail : L’ Expulsion du CREA, squatt toulousain, est en cours depuis quelques minutes. Les forces de l’ordre s’en prennent en ce moment même à des manifestants perchés sur le toit. La tension est vive. Les risques sont grands pour la sécurité des personnes qui refusent leur délogement. Un des squatteurs était encore encore accroché à une poutre mais il a été délogé tandis qu’un autre occupant a été "tasé"... en ligne avec Toulouse... El Gaubi


C’est quoi ce raffut ?

C’est le bruit des bottes qui viennent écraser les espaces de liberté qui suffoquaient déjà. C’est l’expulsion maintenant et manu militari par la justice et son bras armé, la police, du CREA-CSA au 70 allée des demoiselles. Pour 40 personnes, dont 15 gamins, c’est : « plus de maison, plus de toit, ce soir démerde toi ! ».

Depuis avril 2011, on avait fait d’un bâtiment vide, un bâtiment vivant. Le 70 allée des demoiselles c’était un vrai lieu de vie, un centre social autogéré avec des activités, des ateliers, une piscine, un lieu de rencontres, de concerts, un lieu d’organisation, de solidarité et d’entraide. Dans cet espace libéré, on s’amusait, on se cultivait, bref on vivait bien sans que ça coûte walou à personne. Sauf que lorsque l’autogestion fonctionne et coûte que dalle, pour le grand capital, c’est mal ! Et ses ardents défenseurs, les pouvoirs publics, sortent l’artillerie lourde pour nous dégager.

Pour nous, pas question de se laisser faire, notre maison on la défend ! En barricadant notre bâtiment et en se rassemblant certes, mais aussi en interpellant la mairie, la préfecture, le ministère des affaires sociales, notre cher propriétaire, et le ministère du logement. Leurs réponses : l’expulsion. Ou l’expression du mépris le plus profond pour toute une partie de la population. Réprimer la pensée et punir l’acte, c’est la symphonie du moment. Pour les pouvoirs publics, mieux vaut virer tout le monde ! C’est qu’ils sont pressés d’ouvrir un hypothétique centre d’hébergement pour SDF. Coût de l’opération : 500 000 euros de fonctionnement à l’année et quelques millions d’euros de travaux. Centre d’hébergement mystère dont personne n’a entendu parlé et surtout pas les principaux intéressés… Alors, un projet top secret ? Ou une pigeonnade de plus de la part d’un État qui ferme les centres d’hébergement d’urgence à tour de bras faute de budget ? On vous laisse seul⋅e juge de cette pantalonnade, en attendant, nous on en rit… jaune. Parce que se faire expulser de sa maison sous des prétextes fallacieux, ce n’est pas une blague.

La violence de l’État qui remet les gens à la rue et s’en lave les mains après, ce n’est pas une blague non plus.

Le cynisme d’un projet d’un centre d’hébergement ici, où l’État se vante de panser la misère qu’il engendre ne nous fait pas rire du tout.

On défend notre maison, notre lieu de vie, nos choix de vie aussi face à des forces armées qui veulent nous écraser et nous faire taire. Ce bâtiment qu’on a libéré de la spéculation, dont on a rendu l’usage à toutes et tous, l’État, sa justice et ses keufs veulent nous en virer et ça te concerne aussi !

ILS NE NOUS FERONT PAS TAIRE, ON CONTINUE !

LA FORCE EST AVEC NOUS !

TOUT POUR TOU⋅TE⋅S, POUVOIR AU PEUPLE !

Assemblée générale ce soir à 19h à la Chapelle, 36 rue Daniel Casanova, métro Compans ou Canal du Midi.

Le CREA et des membres de la campagne Zéro personne à la rue

creatoulouse.squat.net // creatoulouse@squat.net

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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 11:56

reformisme.jpgC’est quoi le Keynésianisme ? Un truc des années 30 ? La théorie d’un économiste ? Le programme économique du Front de Gauche ? Une tentative de sauver le capitalisme ? Oui tout ça…  Et ça mérite d’en comprendre les bases, à une heure ou cette théorie revient en force.

 

Mais avant tout, un rappel du contexte : La crise de 1929 mit le capitalisme à genoux. Une épidémie de suicides par défenestration chez les traders obligea les badauds new-yorkais à craindre le passage sous les grands buildings bancaires…. Pour des millions de prolétaires, ce fut la faillite totale, le chômage et les expulsions.

Puis, boostée par les commandes de l’Etat, l’industrie de l’armement « relança » le reste de l’économie.

Après une guerre mondiale durant laquelle les gens eurent tout le loisir de s’entretuer suffisamment pour écouler un bon paquet des armes fabriquées, un semblant de « paix » fut restaurée (en réalité, le système capitaliste ne connut désormais qu’un état de guerre de basse intensité permanente…).

Qui c’était, ce Keynes ?  

Keynes était un bourgeois anglais super flippé de la crise du capitalisme. Il voyait derrière la crise le spectre de la révolution communiste. Ça ne lui plaisait pas des masses. Les gens risquaient de s’énerver, de piller les boutiques où il faisait ses courses, de s’inviter chez lui pour s’y loger vu que c’était vachement grand et qu’il y avait une meilleure vue sur Londres etc.

Keynes, le MacGyver du capitalisme?

Il fallait donc sortir le capitalisme des crises qui l’agitaient régulièrement, si on voulait qu’il ne soit pas renversé par les prolétaires.

Problème : tout seul, le marché, n’en déplaise aux collègues économistes bourgeois de Keynes, n’arrivait visiblement pas à se réguler.

Les investissements se concentrent sur certains secteurs, et pas ceux qui permettent des profits à long terme (toujours le même discours, encore aujourd’hui)  les crises de surproduction sont régulières…

(On vous renvoie là-dessus à la notion crise.)

 

Commençons par rendre à césar ce qui est à césar : Ce brave Keynes fait partie des premiers économistes bourgeois à ne pas croire en une espèce de fonctionnement magique de l’économie.

Il remet en cause la théorie de la loi des débouchés de J. Say (qui explique que toute marchandise produite trouve forcément un débouché).

Pour Johnny Keynes, la monnaie possède une valeur en soi, elle n’est pas neutre. Ce qui veut dire qu’elle peut servir de réserve de valeur. Qu’on peut stocker du pognon afin de l’utiliser plus tard, comme une épargne, et que dans cette mesure on ne peut pas dire que la monnaie est juste un outil d’échange, car c’est aussi quelque chose qui a une valeur par elle même.

Il dit aussi que les agents économiques ( comprendre: les patrons) anticipent sur les investissements qu’ils vont faire. Ce qui influe directement sur la production ( investir par exemple dans l’appareil productif va développer la production).  Et il ajoute que dans certains cas l’ensemble des investissements et donc de la production sont trop bas et ne permet pas le plein emploi, car les patrons préfèrent attendre, garder leur argent, plutôt qu’investir tout de suite.

Cette situation de sous-emploi peut durer voire s’aggraver en cas de crise : le sous-emploi affaibli la consommation qui affaibli à son tour encore plus l’investissement et la production (toujours cette histoire d’anticipation par les patrons, ce qui explique aussi tous ces sondages sur « le moral des patrons », dans les journaux économiques).

Et là on arrive au cœur de la théorie keynésienne. En effet Johnny boy a bien compris une chose : le marché ne peut se sortir seul de cette situation. Il préconise alors l’intervention de l’Etat. Pour sortir du cercle sous emploi/baisse de la consommation décrit plus haut, il pense à deux solutions.

1)  D’ abord il s’agit de relancer la consommation en multipliant les dépenses de l’Etat, ce que l’on a appelé la politique des grands travaux. Elle permet de créer des emplois mais aussi de créer des débouchés pour les entreprises. Tout cela a bien entendu pour effet de relancer la consommation.

2)  Mais Johnny boy ne s’arrête pas là.  Il préconise aussi des mesures pour relancer l’investissement : il s’agit principalement de simplifier l’accès aux thunes pour les entreprises qui veulent investir, voire de mener une politique pour inciter les entreprises à préférer investir maintenant.

Et oui, le problème avec l ’argent, c’est qu’il faut qu’il tourne pour que l’économie capitaliste fonctionne. Si les gros capitalistes préfèrent le stocker en attendant les jours meilleurs, ça craint pour relancer la machine. Pour ce faire, Keynes propose de faciliter l’accès au crédit, notamment en baissant les taux d’intérêts. Il faut selon lui augmenter massivement la masse de monnaie en circulation, sans craindre l’inflation. C’est tout bénef : si l’inflation augmente, les riches auront moins intérêt à stocker le fric, et à plus investir, quitte même à s’endetter. L’inflation est aussi une manière de baisser les salaires des prolos qui est moins visible sur la fiche de paye, mais qui revient au même : baisser le coût du travail.

Tout celà c’est bien beau et ça a pas mal fonctionné dans les années trente : on parle ici de l’économie de guerre, qui finalement est assez proche du modèle idéal keynésien : forte commande de l’Etat (en armes et infrastructures) endettement important pour conjurer la crise…

Pendant la guerre et juste après, on découvrit qu’un prof de fac, haut fonctionnaire du trésor et capitaliste à ses heures perdues (ou les notre, plutôt) J.M. Keynes, avait écrit plusieurs bouquins, articles de presses, etc. dans lesquels il préconisait en période de crise, une intervention énergique de l’Etat, à base de commandes publiques, d’une politique de grands travaux, etc.

Comme le système capitaliste adore les savants, et autres « individus hors normes », il propulsa Keynes au rang d’idole. On finit même par parler d’économie keynésienne, de période « keynésienne ».

 

En fait, c’est surtout administrer le système capitaliste sur le modèle de l’économie de guerre permanente, en temps de paix. Et la relance dite keynésienne s’appuie sur une chose : la pratique d’un déficit budgétaire renfloué à terme par l’augmentation des recettes fiscales. En clair, l’Etat s’endette pendant la crise, en espérant qu’en sortant de la crise, il pourra avoir plus de rentrée d’impôts, et donc pourra rembourser : il utilise dès aujourd’hui la richesse  créée demain.

Le problème, c’est que l’endettement contracté durant les crises, ne baisse pas durant la reprise. Tout juste arrête-il de se creuser. Bein oui, le système capitaliste peut repousser la baisse du taux de profit, pas l’annuler…

Et il arrive un moment où il faut passer à une méthode plus énervée, pour relancer le taux de profit : Ce sera la restructuration qui commence dans les années 70 (et qui sera le sujet d’une prochaine notion).

 

Face à la nouvelle crise, qui paraît encore plus grosse qu’en 29, les capitalistes, du moins l’aile gauche se remet à lorgner du côté de keynes. Le problème, c’est qu’ils ont déjà grappillé tout ce qu’ils pouvaient de ce côté là : le taux d’endettement public des pays capitalistes avancés frôle ou dépasse partout les 100% du PIB, c’est-à-dire plus que toute la richesse créée en un an dans le pays !

Bref, ils ont déjà hypothéqué les richesses futures, et ils commencent à s’inquiéter du remboursement.

En ce moment la pratique du déficit budgétaire est un sport à haut risque …

 

Repris sur Tantquil.net

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