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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 12:50

Un article d'analyse qui explique les inégalités fondamentales en ce qui concerne les départs en vacances. Se dorer la pilule n'est pas donné à tout le monde ( à moins d'être pauvre et d'habiter dans le Sud).

 

 

Un peu plus de 40 % des ouvriers partent en congés chaque année, contre 70 % des cadres supérieurs. Et encore, entre catégories, on ne part ni aussi souvent, ni aussi longtemps, ni dans les mêmes conditions. 47 % de la population n’est pas partie en vacances en 2010 selon les données du Crédoc Vacances 2010 : Les contraintes financières favorisent de nouveaux arbitrages. Le taux de départ en vacances a légèrement augmenté du milieu des années 1980 jusqu’à la fin des années 1990. Depuis, il s’est sensiblement réduit.

 

 

 

 

Qu’est-ce que partir en vacances ?

Les données présentées ici considèrent que l’on part en vacances quand on part pour au moins quatre nuits consécutives hors de chez soi pour des raisons non-professionnelles. Du coup on englobe dans le même mot des congés très différents : une semaine à la campagne vaut autant que quatre semaines aux Seychelles.

 

Des inégalités qui se creusent

Depuis la fin des années 1990, les écarts se creusent selon les niveaux de vie. Parmi les couches aisées, on a assisté à une baisse de 13 points entre 1998 et 2001, mais sur l’ensemble de la période le taux de départ reste de l’ordre de 80 %. Pour les familles modestes le taux baisse et ne remonte pas ensuite : il a perdu 14 points entre 1998 et 2009, de 46 à 32 %.

 

Pourquoi on ne part pas

la moitié des personnes ne sont pas parties en vacances car elles n’en avaient pas les moyens financiers. Il faut dire qu’une semaine de location équivaut souvent à un demi-Smic. D’autres ne partent pas pour des raisons de santé (13 %), familiales (11 %) ou professionnelles (11 %). Moins d’une personne sur dix n’est pas partie par choix.

 

Taux de départ en vacances selon la catégorie sociale

71 % des cadres supérieurs partent en congés contre 41 % des ouvriers. Plus on monte dans l’échelle sociale, plus on a de chances de partir en vacances.


Taux de départ en vacances selon la catégorie sociale
Unité : %

 
Indépendants 52
Cadres, professions intellectuelles supérieures 71
Professions intermédiaires 70
Employés 51
Ouvriers 41
Restent au foyer 40
Retraités 48
Etudiants 62
 
Ensemble de la population 53
 
Source : Crédoc. Année des données : 2010

 

Taux de départ en vacances selon les revenus

Le niveau des revenus détermine en grande partie le fait de partir en vacances ou non : seuls 35 % des foyers aux revenus inférieurs à 900 euros mensuels sont partis en 2010, contre 78 % de ceux qui disposent de plus de 3 100 euros. De fait, un "budget vacances" pour une famille peut représenter plusieurs milliers d’euros : impossible pour la majorité des bas salaires.


Taux de départ en vacances selon les revenus mensuels du foyer
Unité : %

 
Moins de 900 € 35
De 900 à 1 500 € 35
De 1 500 à 2 300 € 49
De 2 300 à 3 100 € 57
Supérieurs à 3 100 € 78
 
Ensemble de la population 53
 
Source : Crédoc. Année des données : 2010

 

Ceux qui partent plusieurs fois

Partir est une chose, mais les vrais privilégiés sont ceux qui peuvent le faire plusieurs fois par an. C’est le cas pour 22 % de la population. Les cadres sont 43 % à être dans ce cas, mais les ouvriers quatre fois moins nombreux. Pouvoir s’offrir des congés hors de l’été reste un luxe pour la grande majorité.


Ceux qui partent plusieurs fois par an
Part de chaque catégorie sociale qui part plusieurs fois en vacances chaque année
Unité : %

Part de ceux qui partent plusieurs fois
Indépendants 18
Cadres supérieurs 43
Professions intermédiaires 34
Employés 17
Ouvriers 10
 
Source : Crédoc. Année des données : 2009
Prendre l’avion reste un privilège
Prendre l’avion pour ses déplacements personnels ou professionnels est loin d’être une pratique démocratisée. La moitié des voyages sont réalisés par les 2 % des personnes les plus riches. En 2008, les 10 % des habitants les plus riches ont fait en moyenne 1,3 voyage aérien, alors que jusqu’aux 50 % les plus pauvres, le nombre moyen de vols est proche de zéro (moins de 0,2, soit un voyage tous les 5 ans). Pour la grande majorité des personnes, prendre l’avion est impossible financièrement, même avec le développement des compagnies à bas prix.
Source : La mobilité des Français, panorama issu de l’enquête nationale transports et déplacements 2008, ministère des transports, décembre 2010.

 

- En savoir plus : Crédoc, enquête « Conditions de vie et Aspirations des Français »

Vacances 2010 : Les contraintes financières favorisent de nouveaux arbitrages, octobre 2010.

Un désir de renouveau des vacances d’hiver, juillet 2010.

 

article du site de L'Observatoire des inégalités)


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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 12:43

vigile_h192.jpgVoici un article de la presse en ligne bourgeoise qui décrit le traitement différencié entre blancs et maghrébins en France. Ce témoignage est un bon révélateur de l'atmosphère délétère qui règne en France en ces temps de crise....

 

 

 

Ils sont photographes. Elle, Corse. Lui, Arabe. Elle a déposé plainte après l’achat impossible d’un ordinateur. Témoignage d’une conjointe « Française de souche ».

Deux personages dans une bague (JD Hancock/Flickr/CC)

 

Victime une fois de plus de discrimination, voici la copie de la lettre que j’adresse au directeur des relations clients d’une grande enseigne :

« Monsieur,

Cette après-midi, après quelques courses dans un grand magasin d’ameublement suédois de Thiais (Val-de-Marne), nous avons décidé d’aller acheter dans votre établissement l’ordinateur dont nous parlions depuis quelques jours. Mon mari et moi effectuons souvent nos achats sur un coup de tête, ce qui explique notre déconvenue de ce jour.

Making of

Rue89 a contacté l’enseigne mise en cause par ce témoignage qui a fini par nous répondre après publication. Leur version détaillée et documentée de l’incident correspond aux faits décrits par le témoignage mais les interprétations sont contradictoires.

Héloïse nous a d’abord envoyé sa lettre, nous avons choisi de l’interroger ensuite sur le contexte plus général de ce que vit un(e) conjoint(e) d’un membre d’une “minorité visible” – il faut le dire, surtout les conjointes. Ce “complément” de témoignage est donc long, mais nécessaire pour balayer ce qu’Héloïse entend souvent : “Mais non, vous êtes juste susceptible.” B. G.

En effet, nous nous sommes aperçus que nous n’avions sur nous que notre carnet de chèques, et pas la carte bancaire de notre compte commun avec lequel nous comptions faire cet achat.

Après avoir vérifié dans votre magasin que nous pouvions régler notre achat par chèque, nous nous sommes naturellement tournés vers un vendeur. Ce dernier nous a d’abord demandé si nous étions en possession d’un justificatif de domicile et d’une fiche de paie, parce que “ vous comprenez, on a besoin de savoir que vous pouvez rembourser, que vous avez un travail ”.

Nous avons mis quelques secondes à comprendre qu’il envisageait alors pour nous un paiement en plusieurs fois sans frais. Peut-être avait-il la précieuse capacité de juger de la situation financière des clients rien qu’en les regardant dans les yeux. Toujours est-il que nous comptions acheter ledit ordinateur comptant – par chèque donc.

Pour mon mari, deux pièces d’identité

Après avoir établi notre bon de commande, nous nous sommes dirigés vers la caisse où nous avons eu la joie de faire la connaissance de M., hôtesse de caisse de son état.

Au moment de régler les 1 800 euros et des brouettes, celle-ci nous informe, après avoir regardé mon mari, qu’il faudrait payer la moitié en chèque et l’autre moitié en carte. Et que d’ailleurs pour lui, il faudrait justifier de son identité à l’aide de deux pièces d’identité différentes.

Je lui fais alors part de mon étonnement, ayant pris soin de vérifier les conditions générales de vente.

Je lui demande alors ce qui justifie ces conditions particulières à notre cas et aucunement affichées en magasin. Elle nous explique que le responsable de la sécurité (un agent de la sécurité posté à la droite de la caisse qui semblait s’intéresser de près à notre discussion) pouvait décider du mode de paiement selon le client. Et que pour nous, ce serait moitié carte, moitié chèque donc.

Peut-être avait-il lui aussi la précieuse capacité de juger de la situation financière des clients rien qu’en les regardant dans les yeux. J’ai essayé de lui expliquer que j’aurais accepté sans hausser le ton les conditions, si celles-ci étaient applicables à l’ensemble des clients.

Nous sommes repartis sans l’ordinateur

Je lui rappelle par ailleurs que j’ai effectué sans aucun problème de nombreux achats de montants équivalents ou plus importants dans d’autres magasins de la même enseigne (un appareil photo par-ci, un objectif par-là, une console de jeux pour mon fils, une télé…).

Je suis allée chercher les conditions générales de vente pour les lui faire lire. Mais cette jeune femme a insisté, et m’a clairement fait comprendre que c’était à prendre ou à laisser.

Nous avons donc décidé de repartir sans l’ordinateur.

J’avais déjà constaté à plusieurs reprises que le traitement réservé dans vos magasins était différent selon qu’il s’agisse de moi ou de mon mari.

Nous sommes tous les deux photographes et avons donc les mêmes “ besoins ”. A de nombreuses reprises, il a voulu essayer un appareil photo dans plusieurs de vos magasins. Curieusement, lorsqu’il souhaitait l’essayer, l’appareil était dépourvu d’objectif ou de batterie, ou alors le vendeur n’avait pas la clef de la vitrine.

Alors que quelques minutes plus tard, les accessoires précédemment cités et nécessaires au bon fonctionnement de l’appareil, avaient miraculeusement réapparu, me permettant d’essayer à ma guise l’appareil en question.

La seule différence entre lui et moi....

Oui, je fais des séances de testing avec mon mari pour m’amuser, chacun s’occupe comme il peut.

Je ne vois pourtant pas de différence entre nous, nous sommes tous les deux photographes, jeunes, nous avons les moyens de nous offrir sans crédit des objets coûteux.

A bien y réfléchir, la seule différence entre mon mari et moi est que ses origines maghrébines se lisent à la fois sur son visage et sur sa carte d’identité.

Je regrette qu’en 2012, dans une grande enseigne comme la vôtre, des vendeurs, des caissières, des agents de sécurité, puissent encore penser qu’un photographe arabe (appelons un chat un chat) est forcément quelqu’un qui ne peut se payer un iMac qu’à crédit (qu’il ne pourra certainement pas rembourser), qui utilise des chèques sans provisions (probablement avec une fausse pièce d’identité) et qui risque de partir en courant avec un appareil photo à 1 500 euros si on commet la bêtise de lui mettre dans les mains.

Je regrette de devoir saisir encore la Halde, je regrette de devoir expliquer à mon entourage qu’il va falloir dès aujourd’hui boycotter toutes les boutiques de votre enseigne, je regrette que quelques arriérés aient gâché ma journée. »

Je n’ai jamais été traitée comme il l’est

Etant moi même ce qu’on peut appeler une « française de souche », je découvre depuis quelques mois des regards compatissants, des réflexions désagréables dans la rue, des insultes racistes... Je pensais que mes amis d’origine maghrébine ou africaine exagéraient lorsqu’ils me racontaient de telles histoires.

J’ai vécu 28 ans sans vivre avec un Français d’origine maghrébine, je n’ai JAMAIS été traitée comme il l’est au quotidien.

Mon mari me laisse exprimer mon mécontentement lorsque de tels événements se produisent, lui ne peut pas le faire aussi aisément.

Une femme enceinte corse qui s’énerve contre un vigile ou une caissière, c’est acceptable, un arabe barbu d’1m80 et 95 kilos finit malheureusement au poste.

Un barbu qui s’appelle Nouredine

Il y a déjà eu un précédent lors de l’achat de ma bague de fiançailles dans un grand magasin parisien, il y a quelques mois. Enseigne qui s’en est sortie par une lettre d’excuses (« fallait pas le prendre comme ça, monsieur ») et un bon d’achat.

De la même manière lorsque nous nous sommes présentés à la mairie du domicile de mes parents, il y a quelques mois (mairie de la ville où j’ai grandi, où nombre de mes amis se sont mariés sans aucun problème), une charmante employée a refusé de nous donner un dossier expliquant à mon mari qu’il y avait « des lois dans ce pays et qu’on faisait pas ce qu’on voulait ».

La vue de sa barbe l’avait vraisemblablement contrariée. Un photographe barbu qui s’appelle Nicolas est un hipster, un photographe barbu qui s’appelle Nouredine [ceci est un pseudo, ndlr] est forcément un salafiste... Qu’il soit français né en France de parents français (et oui, déjà la troisième génération) n’a rien changé au débat.

Nous nous sommes finalement mariés à la mairie du XIIIe arrondissement où nous habitions. Mais nous avons eu droit d’apporter des tas de documents inutiles et introuvables pour justifier de notre bonne foi (ayant été officier d’état civil en mairie pendant des années, je sais pertinemment qu’aucun de ces documents n’était nécessaire...).

Un prénom français pour éviter « tout ça »

J’attends une petite fille pour novembre, et si je voulais envisager un prénom « mixte », mon mari est de plus en plus déterminé à lui donner un prénom français pour lui éviter tout ça.

Bref, tout ceci est insidieux. Tout le monde vous dira que nous, Français d’origines maghrébines et femmes de Français issus de minorités visibles, sommes « susceptibles ».

Jusqu’à ce que votre fille, votre sœur, ou vous-même n’épousiez un ressortissant de cette communauté.

 

Repris sur Rue 89

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 12:53

flic-france-copie-1.jpgDans la foulée de la victoire de François hollande du 6 mai, le Parti Socialiste a obtenu une majorité absolue à l’assemblée nationale le 17 juin 2012. Trente ans après l’élection de François Mitterrand, cette « alternance » ne suscite ni liesse ni enthousiasme à part peut être du soulagement suite au départ de Nicolas Sarkozy. Il n’y aura pas d’état de grâce pour le nouveau gouvernement…


Le contexte est toujours  marqué par la crise économique, et de manière logique, l’élection s’en  est ressentie. En termes politiques, nous pourrons dégager de ce cycle électoral trois faits marquants.

Le premier est que le PS est devenu le gestionnaire officiel de la crise et de l’austérité, reprenant le témoin à l’UMP. Sa mission est d’appliquer des mesures de guerre contre les salariés. Le PS est une bureaucratie gestionnaire du système alternative à l’UMP, et ne se distingue guère de cette dernière. Ses cadres sont issus de la même classe sociale, sont passés par les mêmes grandes écoles. Ils se caractérisent par la même soumission pour ne pas dire la même vénération béate pour les « lois du marché ». Leur seule différence notable est peut être leur rapport au Front National dont l’UMP drague les électeurs ouvertement.  Pour les classes possédantes, le PS sera probablement un meilleur gestionnaire de la crise : les socialistes ont été éloignés des affaires pendant 10 ans. Cela leur a permis de se faire oublier. De plus ils disposent de bons relais au sein des principales confédérations syndicales (CFDT, CGT, FSU), ce qui leur laisse plus de marge de manœuvre pour appliquer des mesures impopulaires.

Le deuxième phénomène marquant de ce cycle électoral est l’émergence d’un pôle réformiste dans le vrai sens du terme : Le Front de Gauche.

Au cours des 20 dernières années, dans la plupart des pays européens, on a vu l’émergence de formations politiques néo-réformistes. Elles sont issues de la fusion  de partis précédemment staliniens, trotskiste ou maoïstes avec  l’aile gauche des anciens partis sociaux démocrates convertis au libéralisme (PS, SPD, Labour). Ces formations politiques ne sont pas en faveur d’un socialisme étatique mais d’un capitalisme amendé ou l’état jouerait le rôle de régulateur et modifierait le partage des richesses de quelques points de PIB entre capital et travail. En aucun cas l’objectif n’est de supprimer le capitalisme ni de changer les rapports de production. Les néo-réformistes s’appuient souvent sur le mythe du retour à l’Age d’or des Trentes Glorieuses. En Europe, ces partis connaissent des fortunes diverses et arrivent parfois à recueillir de bons scores électoraux que ce soit en Allemagne, au Royaume-Uni,  en Grèce ou aux Pays bas.

En France, après les tentatives infructueuses des CUALs et du NPA d’unifier la « gauche de la gauche »,  c’est le Front de Gauche  qui tient ce rôle.

Avec la candidature Mélenchon, il  est parvenu  à unifier cette mouvance dans les urnes.  Le Front de Gauche est devenu un pôle néo-réformiste d’ampleur dont les scores électoraux sont honorables, même si l’objectif de dépasser  le FN n’est pas atteint.

Pour nous, l’émergence de ce pôle n’est pas une planche de salut. En effet son projet d’amender le capitalisme n’est pour nous ni souhaitable car nous ne voulons pas un meilleur capitalisme mais une autre société,  ni réalisable car il est peu probable que les classes dominantes se laissent faire. Au final, l’émergence du Front de Gauche semble plus propice à entretenir des illusions qu’à être force de changement.

 

Progrès du FN

Enfin, le troisième phénomène marquant de cette élection est la pérennité de l’influence du FN dans la vie politique française. Avec un score plus élevé qu’en 2002 à présidentielle, et l’élection de deux députés, le Front National progresse indéniablement. Son entreprise de dédiabolisation est un succès. Le FN est devenu l’élément  structurant de la droite en France. En 2002, son score élevé permet la victoire de Chirac. En 2007, c’est en siphonnant les voix du FN que Nicolas Sarkozy remporte la présidentielle. En 2012, il a tenté la même opération, qui n’a pas suffi à lui assurer la victoire.

Ce qui est  encore plus inquiétant, c’est que l’électorat de l’UMP n’est pas dérangé par le discours quasi-FN de ses dirigeants. On se retrouve au premier tour avec environ 45% des suffrages exprimés qui se portent vers des candidats ouvertement racistes. La stratégie du FN qui consiste à pousser l’UMP à la scission puis de s’allier avec sa frange droitière ne relève plus de l’hypothèse farfelue.

Le progrès du Front, mais surtout de ses idées sécuritaires  et racistes sont symptomatiques des progrès d’un nouveau mode de contrôle social des pauvres et d’une méthode pour diviser le salariat (entre travailleurs locaux et immigrés).  Il ne faut pas se méprendre sur sa rhétorique de justice sociale pour les « vrais français ». Il représente un danger mortel et doit être combattu comme tel.

 

Quelles perspectives pour les révolutionnaires ?

Comme nous l’avons déjà indiqué, le fait majeur de ces dernières années est la crise économique dont la dernière matérialisation est l’explosion de la dette. Celle-ci couplée avec l’adoption du traité européen de rigueur dit MES, va mener à la mise en place toujours croissante de mesures d’austérité qui toucheront en priorité les classes populaires. Après la Grèce, les prochains dominos sont l’Italie et l’Espagne, respectivement troisième et quatrième économie de la zone euro. De même, la France,  prise entre croissance atone et obligations de réduction de déficit ne sera pas épargnée. Les socialistes trahissent déjà leurs maigres promesses comme le montre le royal coup de pouce au SMIC[1] : +0,4% alors que le pouvoir d’achat baisse de 1,4% en 2012.

Il est d’ores et déjà acquis que l’austérité nous frappera de plein fouet. Nous sommes pris entre le marteau de la rigueur budgétaire et l’enclume des menaces de dégradation de la note souveraine. Il n’y a pas d’alternative dans les termes du système. La solution est donc d’en sortir. Pour cela, une seule possibilité : une révolution qui met place une réelle démocratie directe et la mise en commun des moyens de production.

Pour y arriver, il ne suffit pas de l’affirmer de manière incantatoire. Il faut que cette perspective soit présente dans les luttes. Si les luttes partent toujours d’éléments simples quotidiens, immédiats, il faut aussi qu’elles aient une perspective. Pour nous celle-ci n’est pas le retour à un état social mais bel en et bien un autre système, sans exploitation : le communisme libertaire. C’est à cette condition que nous arriverons à être audibles et que nous pourrons  briser la chape de plomb qui pour l’instant recouvre les perspectives révolutionnaires.

Matthijs (AL Montpellier)



[1] Le monde du 26 juin 2012

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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 16:18

  Greve-etudiante.jpgL’Institut de démobilisation propose une réflexion originale sur le « concept de grève ». La dimension poétique de la lutte doit permettre une ouverture des possibles, une libération de la créativité et des désirs. 

 

Faire une simple recension des Thèses sur le concept de grève en atténue forcément la charge poétique. Il ne s’agit pas d’un simple livre de réflexion, mais plutôt d’un texte qui s’attache à raviver la poésie et la mystique de la grève.

L’Institut de démobilisation développe quelques réflexions sur la grève et les luttes sociales. Mais leur « concept de grève » se distingue de la grève sociale et ouvrière chère au syndicalisme révolutionnaire. Leur pensée se situe à l’écart de la lutte des classes, ou plutôt en complément. Les auteurs, regroupés dans un Institut de démobilisation, se rapprochent du mouvement autonome dont-ils exacerbent les limites mais aussi les apports. Mais, à l’inverse d’une certaine tradition situationniste de l’IS à Tiqqun, l’Institut de démobilisation refuse de masquer ou d’attaquer ses sources théoriques. Au contraire, leur texte est émaillé des longues citations d’écrivains et de philosophes, qui partagent la particularité de refuser la séparation entre la politique et la vie, entre la grève et la poésie. Bataille, Arendt, Kafka, Rancière, Sorel, Bergson, Péguy, Benjamin sont évoqués et cités. Si ce joyeux mélange se cantonne à des références parfois académiques, il permet de restaurer la charge subversive de ses auteurs. Pour autant, l’Institut de démobilisation ne s’inscrit pas dans un très à la mode éloge de la fuite, de la désertion et de l’en dehors. Au contraire, la grève doit permettre d’affronter la société marchande et de passionner la vie.


 

COUV THESES HD

 

Radicalité de la grève

Pour l’Institut de démobilisation, la grève ne se limite pas à un moyen mais apparaît comme une fin en soi. La grève ne doit avoir aucun objectif et ne peut s’inscrire dans aucune stratégie de transformation sociale. « Car seul le désir vit d’être sans but » précisent les auteurs.

La grève permet d’arrêter l’activité productive et la mobilisation au travail. « La grève, en interrompant la production, la consommation des matériaux et le travail des hommes, met - localement si elle est locale - un terme à la mobilisation » souligne l’Institut de démobilisation. Si les syndicats invoquent la « mobilisation » des travailleurs pour les inciter à faire grève, les débrayages renvoient davantage à la démobilisation. La grève permet surtout d’interrompre le fonctionnement de la société et la routine du quotidien.


L’Institut de démobilisation ironise sur la « radicale extériorité » de certains militants autonomes qui se situent en dehors des luttes pour mieux les critiquer. Ses militants adoptent un point de vue aussi moral qu’inoffensif. Ils privilégient les manifestations qui se veulent violentes, mais qui ne sont que le spectacle de leur impuissance. Au contraire, la grève et la transformation sociale ne peuvent provenir que de l’intérieur du système. Ce sont ceux qui font fonctionner le capital qui peuvent le mieux briser son fonctionnement.

Avec la grève, la pratique précède la théorie. « Celui qui sait n’agit pas. Au commencement, il faut donc qu’il y ait l’action. Et que le savoir la suive … » estime l’Institut de démobilisation. Les idées de la grève s’élaborent progressivement en la faisant.

La grève ne doit pas chercher à envoyer un message au pouvoir. Lorsque la grève devient un signe, elle est dépossédée et ne s’ancre plus dans le réel. La mise en spectacle, pour plaire aux journalistes, dépossède la grève de sa réalité. « L’ennui mortel, la disparition de la joie, sont les symptômes à quoi se reconnaît qu’une grève a perdu sa réalité » précise l’Institut de démobilisation. La grève doit refuser de devenir un signe pour exister ici et maintenant.


L’Institut de démobilisation ne propose rien à la place du système actuel. Cette démarche permet d’éviter de trouver une justification légitime et de participer au légalisme citoyen. De plus, seuls les grévistes peuvent ainsi décider de l’avenir de leur grève. Certes l’Institut de démobilisation refuse de réfléchir à un autre projet de société, en rupture avec l’État et le capitalisme. Mais leur texte permet d’insister sur la grève qui perturbe le ronronnement du quotidien. Les Thèses s'opposent à la pensée du calcul rationnel, du planificateur, de l’ingénieur. « Nous sommes, chacun de nous, les petits ingénieurs de nos vies, de nos corps, de nos amours - de nous mêmes » souligne l’Institut de démobilisation. La grève permet de briser la mécanique froide du quotidien et de sortir du carcan de la routine.

 

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La grève contre l’ordre social


L’Institut de démobilisation se réfère, en partie, aux idées de Jacques Rancière. Ce philosophe français contemporain estime que la politique se distingue de la police. Cet ordre social se caractérise par la soumission des individus au rôle et à la place qui leur est assigné. La grève permet de brouiller ce partage du savoir et du pouvoir. Il n’y a plus d’ouvriers, d’étudiants, de travailleurs précaires, mais la construction d’une nouvelle forme de communauté humaine.

La politique n’est pas une forme juridico-administrative mais un processus de séparation. La grève s’oppose à la politique traditionnelle et remplace la gestion par l’action. « En faisant cesser le travail, la grève ne libère pas seulement du temps pour l’action: le renversement des valeurs, du travail à l’action, a lieu aussi dans la pensée » souligne l’Institut de démobilisation. La grève interrompt le cours normal des choses, l’action remplace la routine du travail.

La grève brise la spécialisation politique. Les ignorants se réapproprient la politique qui n’est plus l’apanage d’une poignée d’experts.


La distinction entre l’État et la société civile permet une séparation entre la politique et la vie. La grève permet d’apporter la politique sur le lieu de travail et dans la vie quotidienne. L’individu n’est plus un citoyen abstrait mais un sujet qui agit.

Le pouvoir rejette le travail hors de la politique et le cantonne à la sphère du social. Dès lors, les nécessités de l’économie peuvent dicter l’organisation du travail. La grève est alors appelée « mouvement social ». La séparation entre le public et le privé, entre la politique et la vie quotidienne doit être brisée. Au contraire, la grève permet de politiser tous les aspects de la vie.

La grève arrête le temps. « Le blocage est seul capable, dans une grève, de faire sortir de ses gonds le temps quotidien » souligne l’Institut de démobilisation.


La grève brise la séparation entre les individus, avec son cloisonnement et sa discipline. La grève brise également l’indifférence de la masse pour restaurer la foule. « Il faut faire grève pour que la grève existe - et contre ceux qui voudraient qu’elle n’existe pas » estime l’Institut de démobilisation. Dans cette perspective, la grève devient un objectif en soi et ne s’inscrit plus dans une perspective de transformation radicale de la société.

Pour les diverses raisons exposées dans ce livre, la grève est toujours un scandale. Les dirigeants et les patrons dénient toute légitimité de la grève, et ne cessent d’interroger sa justification. « La grève ne peut s’abaisser à se justifier, pour la bonne raison qu’elle n’est pas un moyen, mais une fin ; et que cette fin est d’abord injustifiable, puisque d’abord irréalisable et impossible » tranche l’Institut de démobilisation. La haine, toujours présente, de Mai 68 illustre la volonté du pouvoir de détruire la grève et son histoire.

La grève ne se contente pas de détruire, mais fonde une société nouvelle. Ainsi la grève doit s’attacher à son commencement, contre toutes récupérations syndicales et politiques.

 

 

images

 

La grève comme fête


La grève générale s’apparente également à une fête. « La grève est bien, comme la fête, le temps du travail suspendu. Elle est le retour à l’âge d’or, au Grand Temps: celui où l’on ne travaille pas » souligne le texte. La fête repose sur l’inversion des valeurs sur lesquelles se fondent la société, comme le travail à notre époque. La grève, comme la fête, s’accompagne d’une diminution du pouvoir central. La grève générale apparaît comme une fête spontanée, intempestive, imprévisible car sans calendrier puisqu’elle n’est plus instituée. La grève, comme la fête, crée un sentiment collectif. De plus, l’ivresse et la joie brisent la monotonie du quotidien. « La grève, pensée comme fête, est un point culminant de la vie » souligne l’Institut de démobilisation. Mais la grève peut aussi dégénérer en fiesta, en carnaval, en petite fête gérée. La grève ponctuelle, malgré son petit chahut, débouche directement sur des négociations.

La joie caractérise également la grève. « Si la grève était un moyen, la joie ne serait que la conséquence des résultats obtenus ; elle se mesurerait à l’aune seule des succès » souligne le texte. Les organisations dénoncent les grévistes qui se font plaisir avec leurs actions imprévues. Ses organisations sacrifient le présent au profit d’un avenir et de l’attente d’une « victoire ». « Une grève qui reproduit le sérieux, la soumission, l’ennui, la répétition (gestes autant que paroles) du travail qu’elle suspend serait un contresens » soulignent les Thèses.


La grève permet la réappropriation de l’espace. La rue et les lieux de lutte sont occupés. « La grève, en tenant un espace, en le dé fonctionnalisant, libère un lieu pour une production indéterminée de désirs » souligne l’Institut de démobilisation. La réappropriation de l’espace doit permettre l’expression et la libération des flux du désir. Loin d’être neutre l’urbanisme produit des comportements, des conduites, des désirs. L’occupation de l’espace n’est pas un moyen de pression mais une fin avec la libération des désirs.

L’importance de l’émotion, dans la grève, doit permettre la création d’idées et de formes nouvelles. La sensibilité et l’intelligence ne s’opposent pas. La sensibilité permet de dépasser l’intelligence banale qui se contente de calculer, de prévoir, de gérer. « L’émotion vient enflammer l’intelligence - la fait sortir de son activité de calcul ; et l’exalte » souligne l’Institut de démobilisation. Dans la grève, la joie et l’invention d’autres possibles priment d’emblée, indépendamment des résultats et des revendications. La joie nourrie la pensée et la réflexion. « Alors, c’est comme un emballement: car la joie nourrit la pensée, qui nourrit la joie, etc » soulignent les Thèses.

L’Institut de démobilisation estime que la grève, avec son coût important pour les salariés, apparaît surtout comme une dépense improductive et rejoint la logique du don. Mais il ne s’agit pas d’une logique d’austérité et de rigueur protestante. Dans la grève comme dans le don, le plaisir prime sur l’utilité.

 

 

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Poétique de la grève


La grève est décrite comme un mythe, au sens de Sorel, et non comme une utopie. La grève ne débouche pas vers la réflexion sur un autre projet de société mais apparaît comme une fin en soi estime l’Institut de démobilisation. « Le mythe, au contraire de l’utopie qui endort le présent en regardant l’avenir, se tourne directement vers l’action » souligne le texte.


Certes ses Thèses se révèlent limitées. La grève est perçu comme une finalité et le texte de l'Institut s'inscrit dans un présentisme très à la mode. L'histoire du mouvement ouvrier et les perspectives de rupture avec le capital ne sont pas évoqués. La grève reste aussi un moyen. La grève doit aussi s’inscrire dans la construction d’un rapport de force pour renverser l’ordre établi, pour exproprier les moyens de production. La grève doit aussi s’articuler avec une réflexion autour d’un autre projet de société, communiste et libertaire.

Mais ce texte propose aussi une lecture originale de la grève qui rompt avec l'ascétisme militant. Le présent n'est pas sacrifié sur l'autel d'un avenir toujours promi à plus tard. La grève se vit surtout dans la joie et réalise un communisme immédiat. La grève perturbe le ronronnement du quotidien. La grève est aussi une arme poétique, contre la froide rationalité marchande. La grève permet une ouverture des possibles, libère l’imagination et les désirs. La grève permet de vivre de manière plus intense, de passionner le quotidien. La grève reste avant tout un plaisir, une joie et une jouissance.


 

Source: Institut de démobilisation, Thèses sur le concept de grève, Nouvelles éditions Lignes, 2012
repris sur Zones subversives
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Published by AL Montpellier
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30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 10:14

alain_soral_ce_soir_ou_jamais.jpgAnalyser la pensée d’Alain Bonnet de Soral, plus connu sous le nom d’Alain Soral, est important dans ce contexte de crise économique propice à la propagation de discours fascistes. Ce genre de discours a d’autant plus de risques de gagner en influence que ladite crise a révélé la lâcheté, la veulerie, la trahison des partis de gauche et d’extrême-gauche. En outre, Soral est suffisamment habile pour saupoudrer ses diatribes de réflexions apparemment progressistes et de critiques relativement pertinentes de divers groupements politiques (le NPA, Bertrand Delanoë et son équipe municipale…) ou phénomènes de société (le communautarisme, le « féminisme » de la bourgeoisie…). Ce faisant, il espère endormir la vigilance de son auditoire et, ainsi, faire passer « en fraude » sa camelote d’extrême-droite.

Nous avons divisé notre analyse visant à démont(r)er l’imposture soralienne en 7 thèmes :

1°) Doubles discours et contradictions ;

2°) Récupération au profit de l’extrême-droite d’auteurs, de pratiques et de combats qui ne sont pas les siens ;

3°) Fascisme et poujadisme ;

4°) Antisémitisme ;

5°) Stalinisme ;

6°) Apologie de régimes répressifs ;

7°) Arrivisme et haine de classe.

Cette division est en partie arbitraire puisque certaines déclarations d’Alain Soral peuvent avoir leur place dans plusieurs des thèmes ci-dessous développés.

1°) Doubles discours et contradictions

Soral a compris que, s’il veut « ratisser large », il doit avoir un discours flou et changeant, et savoir « s’adapter à son public ». Cette faculté d’adaptation lui permet, certes, d’espérer rencontrer du succès au-delà des seuls nostalgiques du IIIè Reich… mais c’est au prix de ridicules pirouettes théoriques et pratiques.

Soral, qui n’hésite pas à se dire « marxiste », considère pourtant qu’il existe un « intérêt général des citoyens du monde »… Une négation en paroles de l’existence de la lutte des classes… Mais aussi et surtout un propos bien dans l’air du temps qui, n’en doutons pas, plaira aussi bien aux citoyennistes d’ATTAC qu’aux fachos partisans de l’association Capital/Travail !

C’est sans doute en qualité de « marxiste » que Soral qualifie le FN de « mouvement qui évolue vers la vraie gauche, la gauche sérieuse, la gauche économique ». Dans la foulée de cette affirmation hasardeuse, Soral conseille de lire « le programme économique » du Front National. Merci du conseil, Alain ! Une petite visite sur le site du FN peut toujours servir, effectivement ! Même si – crise économique oblige – le FN passe désormais sous silence ses propositions les plus ouvertement pro-patronales (sur la Sécurité sociale, notamment), il reste encore largement assez de « matière » sur leur site pour voir que ce parti est à 100% au service de la bourgeoisie. En vrac : « libérer au maximum l’entreprise des contraintes de toute nature qu’elle subit », « libérer le travail et l’entreprise de l’étatisme, du fiscalisme et du réglementarisme », « renégociation de la durée hebdomadaire du temps de travail par branches d’activité. Permettre en particulier de ‘gagner plus à ceux qui travaillent plus’ », « simplification du Code du travail », « créer un cadre favorable à l’entreprise, notamment aux PME », « baisser la pression fiscale » et notamment l’impôt sur la fortune et l’impôt sur les sociétés, développer les « régimes de retraite complémentaire par capitalisation », « assurer un service minimum dans les services publics », « obtenir des économies budgétaires en réorganisant la Fonction publique, par l’introduction du principe de mobilité et le non-remplacement d’une partie des départs en retraite ». Ah ! c’est donc ça la « vraie gauche » ! ‘fallait y penser… Avec une telle conception de la « gauche économique », il n’est pas étonnant que Soral puisse dénoncer la « société d’assistanat » tout en continuant à se prétendre « marxiste »…

Soral affirme, à propos de la police et de l’armée : « il y a très longtemps que ces gens-là n’ont plus aucun pouvoir en France, on peut leur cracher à la gueule tant qu’on veut » et qualifie les flics de « pauvres fonctionnaires qu’ont le plus haut taux de suicide de France ». Mais il affirme par ailleurs « nous sommes dans un régime totalement policier et totalitaire […] on est dans une société intégralement policière et dégueulasse ». La France, « régime totalement policier et totalitaire »… où les flics « n’ont plus aucun pouvoir » depuis « très longtemps » ? La contradiction est évidente, mais Soral espère probablement séduire les jeunes de banlieue et une partie de l’extrême-gauche avec sa rhétorique pseudo-libertaire et anti-keuf, tout en rassurant ses soutiens (et souteneurs) d’extrême-droite avec un discours plus traditionnel sur le thème de l’autorité qui n’est plus respectée. (Au passage, nous ne saurions trop conseiller aux partisans d’Alain Soral de tester la validité des assertions de leur Grand Chef en « crachant à la gueule » de tous les flics qu’ils croisent. Avec un peu de chance, à force de coups de tonfa et de GAV, ils deviendront d’authentiques révolutionnaires.)

Il y a quelques années, Soral évoquait « l’inculte – et désormais pas drôle – Dieudonné » (Alain Soral, Abécédaire de la bêtise ambiante, Jusqu’où va-t-on descendre ?, Pocket, Paris, 2003, p. 112). Il lui reprochait notamment de ne pas oser montrer du doigt cette « ‘communauté invisible’ certes surreprésentée dans le show-biz en termes de quotas, mais à laquelle il doit aussi son doux statut de rigolo » (Ibid., p. 114). « Communauté invisible », comprendre : les Juifs. Soral fait désormais liste commune avec « l’inculte » Dieudonné aux élections européennes de 2009… L’humoriste ( ?) est pourtant au moins aussi con aujourd’hui qu’en 2002, lorsque Soral écrivait ces lignes… en revanche, il est vrai qu’en matière d’antisémitisme, Dieudonné a accompli d’immenses « progrès » ces derniers temps !

Même type de revirement concernant les Arabes et/ou musulmans. Soral affirmait l’année dernière : « Aujourd’hui, on voit très bien que le Système diabolise les maghrébins. […] Vous Français arabo-musulmans et nous Français du Front National sommes diabolisés par le même système […] Toutes les saloperies qu’on raconte aujourd’hui sur les maghrébins de banlieue, sur les ‘kärchérisables’, c’est les mêmes qu’on a racontées sur Le Pen et les gens du Front National… et elles sont aussi fausses ! » … Soral souffre sans doute d’amnésie, il nous faut donc lui rappeler ses positions antérieures sur le sujet : « Leur seul espoir [aux Algériens], c’est qu’on y retourne [en Algérie]. » (Ibid., p. 15) ou « celui qui se comporte en colon, de plus en plus c’est le Beur » (Ibid., p. 99) ou : la France devient « un pays d’Anglo-Saxons névrosés envahis de Maghrébins hostiles » (Ibid., p. 124) ou encore, à propos de la situation en banlieue populaire dans les années 60 : « Les seuls qui posaient problème, déjà, c’étaient les Algériens qui se tenaient à l’écart dans la solitude, la peur, l’islam et la Sonacotra, et dont les jeunes, peu nombreux encore, foutaient déjà la merde » (Ibid., p. 40). Soral est démasqué par ses propres écrits : il fait partie de ce Système qui « diabolise les maghrébins », qui « raconte des saloperies sur eux » ! …Il est vrai qu’il a, depuis, changé radicalement de stratégie à leur égard : il espère même les incorporer à l’ « avant-garde » des bataillons d’extrême-droite : « Les premiers qui devraient se battre pour la préférence nationale, ça devrait être les Français d’origine immigrée, parce que c’est eux que [l’immigration] met le plus en danger. » Soral se plaît à répéter que le Système « divise pour mieux régner » : c’est indéniable… Tout aussi indéniable que le fait que lui-même divise pour mieux régner ! Après avoir fait des maghrébins des boucs-émissaires, il leur conseille de se retourner contre les nouveaux arrivants en France et, au passage, il se dédouane de ses propres responsabilités en accusant un « Système » (impersonnel) d’être à l’origine de leur stigmatisation.

Dans cette même optique, lors d’une conférence à Fréjus en 2008, Soral a affirmé à propos des exactions commises aux Invalides lors d’une manifestation le 23 mars 2006 : « Moi j’étais très content de voir, effectivement, le ‘bolossage’ des petits cons du CPE… Tout ça est quelque part bon signe. » Le plus amusant est que les fafs présents dans la salle ont applaudi ces propos d’Alain Soral ! Les mêmes qui, en d’autres circonstances, mettent en avant l’existence d’un racisme anti-blanc pour convaincre les électeurs d’accorder leurs suffrages à l’extrême-droite… Bonjour l’hypocrisie…

Ultime contradiction, à propos de ses opposants, Soral affirme : « ces gens-là ne vous sortent que des références des années 30 »… Or, lui-même ne se gêne pas pour « sortir des références des années 30 », en se réclamant notamment des pacifistes de cette période qui, se plaint-il, ont eu de gros problèmes après la guerre. De deux choses l’une. Ou bien les connaissances historiques de Soral sont très limitées (ce qui, après tout, n’est pas à exclure)… Ou bien il n’ose pas se réclamer trop explicitement de Jacques Doriot, Marcel Déat, Fernand de Brinon et autres « pacifistes des années 30 » qui ont été inquiétés à la Libération, non pas pour pacifisme mais… pour collaboration avec les nazis ! Soral fait parfois preuve d’un peu plus de discrétion et brouille les cartes en se faisant passer pour un « homme de progrès »…

2°) Récupération au profit de l’extrême-droite d’auteurs, de pratiques et de combats qui ne sont pas les siens

Les diatribes de Soral sont truffées de références, parfois explicites, à des auteurs qui ne sont pas d’extrême-droite. C’est bien connu : la culture, c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale. Soral tient donc à nous faire savoir qu’il a lu Guy Debord (tout en affirmant par ailleurs qu’il est « la partie de l’œuvre de Marx accessible aux publicitaires », Ibid., p. 96 ), Jean-Claude Michéa, Michel Clouscard (référence à « l’idéologie du désir » ou dénonciation de la récupération de Nietzsche par des intellectuels de gauche), Pier Paolo Pasolini (« codes intégralement fascistes de la mode »), Pierre Clastres…

De là où ils sont, Debord, Pasolini et Clastres ne risquent pas de protester… Concernant Michéa : les thèses qu’il développe dans ses essais sont contestables, mais il n’en reste pas moins évident que c’est de manière abusive que Soral se sert d’elles comme caution à sa prose d’extrême-droite. Nous ne pouvons que vous inviter à vous faire votre propre opinion en lisant L’enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes, Impasse Adam Smith, L’empire du moindre mal, etcetera.

Quant à Michel Clouscard (dont les thèses sont, là aussi, contestables – mais, présentement, là n’est pas la question), dans une tribune libre dans L’Humanité (30 mars 2007), il a tenu à préciser qu’ « associer […] d’une manière quelconque nos deux noms [le sien et celui de Soral] s’apparente à un détournement de fonds. Il s’avère qu’Alain Soral croit bon de dériver vers l’extrême droite (campagne pour le FN). Il veut y associer ma personne, y compris en utilisant mes photos à ma totale stupéfaction. Je n’ai en aucun cas autorisé Alain Soral à se prévaloir de mon soutien dans ses menées prolepénistes. Le Pen est aux antipodes de ma pensée. » Clouscard étant décédé le 21 février 2009, gageons que le fossoyeur Soral va pouvoir reprendre tranquillement son « détournement de fonds »…

Soral se plaît également à affirmer que « Marx voterait aujourd’hui Le Pen. » Sans doute conscient que cet « argument » est trop visiblement spécieux, il prétend aussi que votent pour le FN « des branchés, des marginaux, […] des anciens d’Action Directe »… A défaut de correspondre à une quelconque réalité, cette façon de présenter l’électorat FN est bien plus sympatoche que celle qui dépeindrait les partisans de Le Pen sous les traits de bourges de la région PACA, de vieilles rentières, de boneheads alcooliques (ah ouais mais nan… eux, ‘faudrait déjà qu’ils trouvent le bureau de veaute) ou encore de petits patrons/commerçants/artisans (qui ont eu l’occasion de montrer, tout au long du XXe siècle, qu’ils constituaient le terreau de toutes les réactions).

Dans la même veine, Soral reprend à son compte le concept de décroissance, se dit « assez proche de certains écologistes ». Il évoque aussi « un processus de domination par l’intégration du flic ». Ce qui est juste, seulement voilà : ça sonne très « Mai 68 » (cf. les slogans du style « Tue le flic qui est dans ta tête. ») dont Soral est, comme chacun sait, un contempteur ! Plus fort encore, il s’imagine même rejoindre un jour « les anti-système radicaux qui vivent uniquement de récup’ dans les poubelles, et dans des endroits squattés » et il n’hésite pas à prendre la défense de Julien Coupat. Et puis quoi, ensuite ? Une apologie des black-block ? A un tel stade d’opportunisme et de démagogie, tout est possible…

Démagogie toujours, lorsque Soral justifie son soutien aux PME en disant que des « économistes marxistes » prônaient un tel soutien dès les années 90. « Économistes marxistes » que, bien sûr, il ne cite pas… Et pour cause puisque soit ils n’existent pas, soit ils ne sont pas marxistes !

Alain Soral se réclame abusivement de la « dialectique. » En fait, il ne s’agit que d’un artifice rhétorique bien commode dont il use à chaque fois que son arrivisme ou sa médiocrité intellectuelle menacent d’éclater au grand jour. Ainsi, à ceux qui s’étonnent de sa trajectoire politique, Soral répond qu’elle est « dialectique ». Et sa fâcheuse tendance à faire de Karl Marx un apôtre de l’extrême-droite est – devinez quoi ? – « dialectique » !

Notons que cette tendance à la récupération de tout et n’importe quoi va au-delà du seul Alain Soral : c’est une véritable mode à l’extrême-droite depuis quelques temps. Presque tous se disent maintenant « révolutionnaires » (en période de crise économique, ça passe mieux que « contre-révolutionnaires » ou « royalistes »… mais il s’agit de « révolutionnaires » bien particuliers : des « révolutionnaires » qui sont anticommunistes primaires, qui soutiennent les contre-réformes du gouvernement et qui agressent les grévistes). Et pendant que certains fachos se réclament de Che Guevara, d’autres découvrent les situationnistes… Des identitaires se prétendent même « enfants de la Commune et du 6 février 1934 ». Comme s’il était possible d’établir une filiation entre le premier gouvernement prolétarien de l’Histoire et une tentative de coup d’Etat fasciste ! Cela étant dit, le 6 février 34, on leur le laisse et on confirme : ils en sont bien les héritiers !

3°) Fascisme et poujadisme

Dans sa préface à Jusqu’où va-t-on descendre ?, Soral supposait que le « libéral libertaire bourgeois bohème » trouverait ses écrits « poujadistes » ou encore « fascistes » (Ibid., p.12). Eh bien, si tel a vraiment été le cas en 2002 lorsque cet essai est sorti, force est de constater que le « li-li bo-bo » – que pourtant nous n’apprécions pas – aura cette fois-là eu raison. Puisque, quelques années plus tard, Soral se vantera d’avoir écrit certains discours de Jean-Marie Le Pen. Rien d’étonnant quand on voit à quel point les thématiques fascistes et poujadistes sont au cœur de la « pensée » soralienne.

Dans une conférence de mars 2009, entre une référence à la propagandiste du IIIe Reich Leni Riefenstahl et une dénonciation de l’ « idéologie maçonnique », Soral trouve quand même le temps de se montrer choqué par le tribunal de Nuremberg (« On tue tous les nazis, parce que c’était le Mal donc on les raye de la planète terre. ») et par l’épuration à la Libération… Cette conférence se déroulait pourtant à l’initiative du Parti Populiste (extrême-droite), dont le programme mentionne le rétablissement de la peine de mort pour les auteurs de « crimes de guerre, […] assassinats, actes de barbarie, tortures d’innocents », donc on ne voit pas trop pourquoi Soral s’indigne des exécutions de nazis et de collabos (à moins qu’il ne considère pas les Juifs, les Tsiganes et autres communistes qui ont été massacrés comme de « vrais » innocents ?). Soral estime aussi que « de toute façon, le métissage c’est la violence » … Assertion guère compatible avec celle-ci, également de son « cru » : « On [le peuple français ?] est un métissage réussi puisque cohérent, lent, accepté, etcetera. » Alors, le métissage c’est la violence, oui ou non ? Comme nous l’avons vu précédemment, Soral se fiche pas mal de s’empêtrer dans ses contradictions puisqu’elles sont « dialectiques ».

Soral nous offre encore un magnifique exemple de « dialectique » quand il déclare : « quand on est marxiste, on doit fonctionner sur des concepts marxistes, quand on abandonne tout ces concepts pour se fonder sur des concepts petits-bourgeois, on se casse la gueule » avant d’affirmer que « pour faire quoi que ce soit de subversif en politique », il a plus confiance dans les « patrons de bistrot, les chauffeurs de taxi et ce qu’on appelle la petite-bourgeoisie » que dans les profs et les étudiants. Karl Marx voyait-il dans ces catégories de population une force révolutionnaire ? A-t-il prôné la dictature des patrons de bistrot ? Ou bien écrit « petits-bourgeois de tous les pays, unissez-vous » ? Soit Alain Soral a accès à des textes cachés de Marx, soit – c’est plus probable – il se sert, pour appuyer ses théories bancales, de ces mêmes « concepts petits-bourgeois » qu’il reproche à d’autres d’utiliser.

Typiquement poujadiste est la défense soralienne du « petit patron », prétendue victime de la « persécution fiscale » et de la « méchanceté des prudhommes ». Soral se livre à cet exercice en se réclamant notamment de « Michéa »… On le comprend : pour réussir la prouesse de défendre ouvertement une fraction du patronat tout en restant « marxiste-compatible », il fallait au moins la caution d’un intellectuel qui se réclame du Socialisme (et pas de la « gauche » : dans l’esprit de Michéa, ce n’est pas la même chose… c’est même antinomique)… Au passage, Soral se livre à des reproches (malheureusement !!) infondés concernant Arlette Laguiller : selon lui, dans ses discours, elle ne ferait pas de différence entre petit patronat et grand patronat… En réalité, dans ses interventions, cette réformiste patentée de Laguiller flétrit presque uniquement le « grand patronat »… comme si les autres patrons étaient plus respectables !

Soral ressort également une ruse habituelle du fascisme pour servir de « paratonnerre » à la bourgeoisie en temps de crise économique : il dénonce régulièrement et avec insistance le « capitalisme financier spéculatif » et la « finance mondiale spéculative », espérant que les exploités ne s’apercevront pas que le problème est plus global et que c’est toute la société de classe (Alain Soral compris) dont ils doivent se débarrasser. Dans « Qu’est-ce que le national-socialisme ? », texte daté de juin 1933, Trotsky remarquait déjà que « tout en se prosternant devant le capitalisme dans son entier, le petit bourgeois déclare la guerre à l’esprit mauvais de lucre. »

Cette autre sentence soralienne participe de la même logique du « paratonnerre » : « Ce monde [du marché] est porté par les élites blanches occidentales judéo-protestantes » Il s’agit ici, en réduisant le capitalisme à ses seuls partisans juifs ou protestants, d’épargner le catholicisme (dont Soral se réclame – entre mille autres « étiquettes », il est vrai !) ainsi que les Arabes et/ou musulmans dont Soral veut se faire de nouveaux alliés, convaincu qu’il est que « dans l’imaginaire politique africain ou maghrébin, c’est un type de gauche Le Pen, hein… et même d’extrême-gauche parce que c’est pas des régimes très cools là-bas. »

Au cas où vous en auriez douté, Soral manie fort bien la théorie du complot et a des talents certains en matière de réécriture de l’Histoire : « [Les Noirs] étaient issus de l’empire colonial qu’ils ne détestaient pas particulièrement d’ailleurs, en dehors de certaines élites financées souvent on sait pas trop par qui… » Comme dirait un chanteur sarkozyste : « Ah ! Le temps béni des colonies… » Eh oui, Soral, c’est bien connu : les colonisés ne détestaient pas particulièrement la puissance coloniale, cette dernière a décidé d’elle-même, spontanément et sans pression d’aucune sorte, de quitter le continent africain et, d’ailleurs, depuis la décolonisation, la France a totalement cessé de s’immiscer dans les affaires intérieures du Gabon, de la Côte d’Ivoire, du Tchad ou du Togo…

Enfin, dans la rubrique « comment, par la calomnie, l’extrême-droite assassine Jaurès une seconde fois », cette citation : « La position de Le Pen est très respectable et très cohérente, même sur le plan de l’immigration, du racisme, etcetera, elle est très saine, c’est une position de patriote français de gauche du début du siècle, c’est la position… il serait même à la gauche de Jaurès aujourd’hui ! » … Sûrement, oui !! Le Pen est à peu près autant à la gauche de Jaurès que l’était l’homme qui l’a abattu, Raoul Villain, qui fut membre du mouvement catholique du Sillon et du groupe d’étudiants « nationalistes » de la « Ligue des jeunes amis de l’Alsace-Lorraine »…

4°) Antisémitisme

L’antisémitisme, ce socialisme des imbéciles, est très apprécié d’Alain Soral. Il s’agit, là encore, de détourner la colère populaire vers des boucs-émissaires. Mais ce brave Soral, décidemment très prévoyant, n’a pas attendu la crise économique pour distiller son poison. En 2004, déjà, il déclarait : « Quand avec un Français, Juif sioniste, tu commences à dire ‘y a peut être des problèmes qui viennent de chez vous. Vous avez peut-être fait quelques erreurs. Ce n’est pas systématiquement la faute de l’autre, totalement, si personne ne peut vous blairer partout où vous mettez les pieds.’ Parce qu’en gros c’est à peu près ça leur histoire, tu vois. Ça fait quand même 2500 ans, où chaque fois où ils mettent les pieds quelque part, au bout de cinquante ans ils se font dérouiller. Il faut se dire, c’est bizarre ! C’est que tout le monde a toujours tort, sauf eux. Le mec, il se met à aboyer, à hurler, à devenir dingue, tu vois. Tu ne peux pas dialoguer. C’est à dire, je pense, c’est qu’il y a une psychopathologie, tu vois, du judaïsme sionisme (sic !) qui confine à la maladie mentale. » …Puis, cette année : « Il y a quand même un milliard de chrétiens qui s’excusent face à 15 millions de Juifs… C’est quand même bizarre, il a dû se passer quelque chose pour qu’on soit obligés de s’humilier à ce point là, que notre pape soit obligé de demander pardon parce qu’il y a un évêque ultra-marginal qui a dit trois conneries » Les « conneries » de Richard Williamson étant « juste », pour rappel, ses déclarations selon lesquelles « 200 000 à 300 000 Juifs ont péri dans les camps de concentration, mais pas un seul dans les chambres à gaz. »

Intéressante également, cette déclaration de Soral qui reprend le stéréotype, popularisé par le Protocole des Sages de Sion, du Juif fauteur de guerre : « M. Finkielkraut était pro-croate, M. Bernard Kouchner… euh… M. Cohn-Bendit… euh nan pas Cohn-Bendit… C’était Bernard-Henri Lévy, il était pro-bosniaque, ils ont chacun choisi leur camp afin d’attiser la haine et la violence. On ne sait pas trop pourquoi, ils ont dû tirer ça à pile ou face… » Au risque de décevoir Soral et ses groupies, il est important de souligner que l’anéantissement de la République fédérale socialiste de Yougoslavie a des causes multiples et complexes, n’ayant rien à voir ni avec Finkielkraut ni avec BHL. Pire encore : Finkielkraut et BHL n’auraient jamais existé que cela n’aurait strictement rien changé au sort des peuples des Balkans.

Courageux mais pas téméraire, Soral, peut-être lassé des agressions physiques et des décisions de justice défavorables, se replie la plupart du temps sur des propos plus allusifs visant « l’autre d’une telle communauté que je ne nommerai pas », stigmatisant Daniel Cohn-Bendit en tant que « parasite de la société française… qu’il insulte ! » ou affirmant : « La France [que les mecs de banlieue] n’aiment pas, je ne l’aime pas non plus… C’est la France de Bernard-Henri Lévy, je ne l’aime pas non plus. » Que l’on soit bien clairs : les personnalités auxquelles Soral s’en prend sont souvent méprisables. Seulement, bien d’autres le sont tout autant et dont Soral ne pipe pourtant pas un mot. Et il n’est pas compliqué de comprendre quel est sans doute le but – et quel sera assurément le résultat – des envolées soraliennes visant Bernard Kouchner, Alexandre Adler, BHL, Jacques Attali, Laurent Fabius, Alain Finkielkraut, Élisabeth Lévy, etcetera. Ces diatribes permettent à Soral de passer pour un type qui ose s’en prendre aux « puissants » alors qu’elles ont pour fonction objective, en ne visant que des personnalités à l’origine ethnico-religieuse (supposée !) commune, d’épargner la bourgeoisie dans son ensemble en détournant le prolétariat des approches strictement classistes.

5°) Stalinisme

Soral a gardé de graves séquelles de son passage par le Parti dit « Communiste ». Il n’hésite pas à qualifier la CGT de « réseau de résistance ou d’opposition traditionnelle » alors que cela fait au moins sept bonnes décennies que la Confédération Générale de la Trahison est un obstacle aux tentatives d’émancipation des prolétaires. Pour Soral, « tout ce qui est de l’ordre de la violence […] et de la guerre civile, c’est forcément un truc qui affaiblit la France. » Ce Soral qui s’oppose à la violence et à la guerre civile au nom du salut de la France n’a, contrairement à ses prétentions, rien d’un marxiste… mais c’est un parfait stalinien ! C’est avec ce même type d’arguments, avec cette même dévotion envers l’unité nationale que le P « C » F a, à trois reprises, saboté des situations révolutionnaires : en 1936 (Maurice Thorez, secrétaire général du P « C » F : « il faut savoir terminer une grève »), à la Libération (Thorez, toujours : « produire, produire, encore produire, faire du charbon c’est aujourd’hui la forme la plus élevée de votre devoir de classe, de votre devoir de Français » et « La grève, c’est l’arme des trusts. »), en Mai 68 (Georges Séguy, secrétaire général de la CGT : « …ce mouvement lancé à grand renfort de publicité qui, à nos yeux, n’a pas d’autre objectif que d’entraîner la classe ouvrière dans des aventures en s’appuyant sur le mouvement des étudiants. »).

Il arrive aussi à Soral de s’attaquer au « Capital apatride » et au « Capital nomade ». C’est cette même idée qu’il développe lorsqu’il affirme dans une interview que « tous les internationalistes aujourd’hui sont des gens de droite, par essence, tu vois… » Notons en passant que, trois minutes plus tôt, dans cette même interview, il affirmait : « Je ne crois pas à l’essentialisme, les gauchistes essentialistes m’emmerdent, ce sont des crétins et des petits cons ». Pour en venir à ce que révèle, sur le fond, cette citation, Soral – ce « crétin » et ce « petit con » d’essentialiste (ce sont ses termes) – reprend à son compte la vieille antienne stalinienne qui affirme que, par opposition au Capital qui n’a pas de frontières, qui est « cosmopolite », les travailleurs se doivent d’être nationalistes. C’est ballot : Soral le stal’ a oublié que le Manifeste du parti communiste se termine par un appel à l’union des prolétaires de tous les pays…

6°) Apologie de régimes répressifs

Il n’y a pas besoin de creuser bien longtemps pour s’apercevoir que Soral est contre-révolutionnaire : il suffit de regarder quels régimes et quels chefs d’Etat il admire ! Saddam Hussein (entre autres) est rangé par ses soins dans la catégorie des « chefs d’Etat locaux de puissances alternatives ». Alternatives à quoi ? Sûrement pas au capitalisme, en tout cas ! Le premier fait d’armes de Saddam Hussein est la participation à une tentative d’assassinat, en 1959, du général et Premier ministre marxisant Abdul Karim Qasim qui, l’année précédente, avec d’autres militaires, avait renversé la monarchie iraquienne. Une fois arrivé au pouvoir (avec le soutien des Etats-Unis), à la tête du parti Baas, Saddam Hussein a réprimé férocement ses opposants, notamment les membres du Parti Communiste Irakien (ce qui n’a pas empêché Moscou de continuer à soutenir le régime baasiste… ça en dit long sur la teneur en socialisme de la bureaucratie stalinienne).

Soral fait également l’apologie de Poutine, ex-membre du KGB et bourreau du peuple tchétchène qui, en fait d’« alternative », a surtout parachevé le rétablissement du capitalisme privé en Russie (ouverture à la concurrence du fret ferroviaire, baisse du taux d’imposition sur les sociétés…) et restreint les déjà peu nombreuses libertés démocratiques dont bénéficiaient les Russes ( journalistes assassinés, opposants emprisonnés, désignation par le Président et non plus élection des gouverneurs des sujets de la Fédération de Russie, grande impunité accordée aux membres des groupes fascistes/néonazis qui commettent de nombreuses exactions).

Autre objet d’admiration de Soral : la République islamique d’Iran, régime théocratique où les militants des organisations de gauche ont été exécutés par milliers suite à la contre-révolution islamique et où les minorités (kurdes, arabes) sont soumises à de multiples brimades. Ce régime qui tente de fédérer sa population autour de discours hostiles à l’Occident, aux Etats-Unis, à Israël, sait pourtant miser sur plusieurs lièvres à la fois : dans les années 80, il n’a pas hésité à acheter des armes aux Etats-Unis (qui se sont servis de l’argent récolté grâce à ces ventes pour financer une guérilla d’extrême-droite au Nicaragua : c’est la fameuse affaire Iran-Contra) et à Israël. Les dirigeants iraniens sont également ravis de la décision des Etats-Unis et de la dictature européiste de classer comme organisation terroriste l’Organisation des Moudjahiddines du Peuple Iranien (OMPI), et ils ont sûrement vu d’un bon œil les perquisitions visant l’OMPI opérées en France en 2003. La « lutte contre le terrorisme » (c’est-à-dire, en réalité : le terrorisme d’État) est décidemment sans frontières…

7°) Arrivisme et haine de classe

Soral qui reproche à BHL, Finkielkraut, Cohn-Bendit, etcetera (voir 4°)) leur capacité à retourner leur veste n’a peut-être pas tort sur le fond… Mais il est très mal placé pour parler, sa propre trajectoire politique étant marquée par de nombreux retournements de veste. Après avoir adhéré au mouvement punk, il rejoint le P « C » F. Il finit par quitter ce parti dans les années 90, une fois que l’Union Soviétique s’est cassé la gueule et qu’il s’est rendu compte – soixante ans après tout le monde, mais mieux vaut tard que jamais – que le P « C » F n’est pas révolutionnaire. Il qualifie son Abécédaire de la bêtise ambiante, paru en 2002, de « national-républicain » et paraît alors proche de Jean-Pierre Chevènement. Passade de courte durée puisqu’il se rapproche ensuite à grandes enjambées de l’extrême-droite, jusqu’à rejoindre l’équipe de campagne de Jean-Marie Le Pen en vue des présidentielles de 2007. Mais il est vrai que, dans l’interview où il annonçait son rapprochement avec le FN, Soral affirmait que, faisant cela, il rejoignait un parti « qui pèsera demain 25% minimum » (forcément, puisque « Le Pen, c’est le plus grand résistant au Système de France » !!). Quelle déception au soir du premier tour des présidentielles quand Le Pen, doublé sur sa droite (extrême) par un Sarkozy vraiment très décomplexé, n’obtient « que » 10,44% des voix. Pas grave, Soral a l’explication : « Le Pen mérite la France, mais je ne suis pas sûr que la France et les Français tels qu’ils sont aujourd’hui méritent Le Pen. » Dit plus clairement : les Français sont des cons. Venant de quelqu’un qui passe son temps à glorifier démagogiquement le « Peuple » et la « Nation », c’est plutôt cocasse… A l’échec du FN aux présidentielles vient s’ajouter l’échec, plus net encore, des municipales en 2008, ce qui fait que Soral doit commencer à se demander s’il a misé sur le bon cheval (blanc).

Soral annonce finalement son départ du FN le 1er février 2009, le parti n’ayant daigné lui proposer, en vue des élections européennes, qu’une place d’honneur sur la liste en Ile-de-France. Une simple place d’honneur à lui, Alain Soral, lui qui est « rebelle depuis l’âge de seize ans », vous vous rendez compte ?!? Comme l’aurait dit une de ses défuntes icônes staliniennes : c’est un scandÂÂÂÂle ! Mais puisqu’il ne veut surtout pas sombrer dans l’oubli et qu’il tient à faire parler de lui à tout prix, Soral se contente finalement d’une place de numéro 5 sur la liste antisém… pardon… « antisioniste » de Dieudonné. On ne sait jamais, dès fois que… Après tout, « les gens sont tellement cons, ils en redemandent… » et puis « un salarié, c’est comme un enfant ». Alors, qui sait ? Ces ânes-là iront peut-être voter…

Le grandissime Soral qui, lui, n’est ni un con ni un salarié, chie sur la Star Academy, les émissions d’Arthur, celles de Stéphane Bern… Le hic c’est que Soral n’a jamais hésité à aller faire la promo de ses bouquins de merde chez Thierry Ardisson ou Evelyne Thomas ! Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais… Soral semble paniqué à l’idée de retomber dans l’anonymat : « Si vous ne faites pas ce qui faut, vous êtes progressivement marginalisés, c’est-à-dire vous ne passez plus dans les grands médias, vous êtes un peu mal vus […] On voit bien ceux qui peuvent se maintenir et ceux qui sont marginalisés, et pourquoi […] Et cette marginalisation elle est bon… au niveau des médias évidemment, c’est-à-dire on est disqualifiés, on n’est plus invités, etcetera… Moi on voit très bien que j’passais beaucoup dans les émissions mais à un moment donné on n’m’a plus vu […] d’ailleurs les gens ne se posent même pas la question ‘tiens, on ne vous voit plus !’ » C’est qu’il doit également se demander comment il va faire pour écouler ses daubes fascistoïdes si, par malheur, il se voit privé de l’accès aux principaux médias et de la notoriété qui va de pair… Aiguillé par son ambition sans scrupules, Soral saura, s’il le faut, changer une énième fois son fusil d’épaule, trouver de nouveaux compagnons de route et de nouvelles tribunes d’où il pourra dégueuler sa prose pseudo contestataire qui, en fait, nuit exclusivement au prolétariat. A moins que ce dernier ne lui en laisse pas l’occasion…

sour­ces :

- Alain Soral, Abécédaire de la bêtise ambiante, Jusqu’où va-t-on des­cen­dre ?, Pocket, Paris, 2003

- inter­view d’Alain Soral après qu’il ait annoncé qu’il rejoi­gnait l’équipe de cam­pa­gne de Jean-Marie Le Pen, fin 2006 (http://www.dai­ly­mo­tion.com/search/a… )

- inter­view d’Alain Soral suite au pre­mier tour des der­nières pré­sid­enti­elles, 22 avril 2007 (http://www.dai­ly­mo­tion.com/rela­ted/… )

- Alain Soral, confér­ence à Fréjus, 23 mai 2008 (http://www.dai­ly­mo­tion.com/rele­vanc… et http://www.dai­ly­mo­tion.com/rele­vanc… )

- Alain Soral, confér­ence « Vers la gou­ver­nance glo­bale » à l’invi­ta­tion du Parti Populiste, 9 mars 2009 (http://www.dai­ly­mo­tion.com/rele­vanc… )

 

Source : http://forum.anarchiste-revolutionnaire.org/viewtopic.php?f=76&t=4319&start=0

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 16:04

president-chypre.jpgChypre vient de prendre la présidence tournante de l’Union Européen le 1er juillet. Son président, Dimitris Christofias, seul dirigeant « communiste » de l’UE, glapit son refus des mesures d’austérité alors que le pays vient de demander l’aide de la Troika. La réalité est tout autre : le pays a déjà mis en place deux plans d’austérité…

Mesures

Deux packages d’austérité

Bien que dans le cadre une présidence « communiste » qui « refuse » les plans d’austérité, deux plans de rigueur ont déjà été adoptés depuis le début de la crise, le dernier datant de décembre 2011. Voici la liste des mesures de « non-austérité » adoptées par les communistes Chypriotes.

- Mise en place d’une taxe de 9% sur les intérêts de certains prêts.

- Augmenitation de l’impôt sur la défense Nationale

- Augmentation des charges salariales  des fonctionnaires et gel de leurs salaires sur une période de deux ans, qui équivaut à un baisse réelle.

- Augmentation de la fiscalité sur les salaires de 0,5 à 3,5% selon l’échelle des salaires.

- Augmentation de la TVA de 15% à 17%

- Taxe royale sur les banques prélevant 0, 03% de leur chiffre d’affaire. Le grand capital tremble. 

Contexte

Malgré les deux plans d’austérité, ou peut être à cause de ceux-ci, la situation économique continue de se dégrader, et le pays doit recapitaliser sen banques exposées très fortement à la dette grecque. Fitch estime que les besoins totaux des banques chypriotes pourraient atteindre quatre milliards d'euros, soit 23 % du produit intérieur brut du pays (PIB).

Le salaire réel diminue continuellement depuis 2010. La diminution du pouvoir d’achat devrait atteindre environ 10% pour la période 2010-2013.

En dépit des  félicitations de Mario Draghi qui se congratulait des mesures de rigueur  prises à Chypre, - étouffé par un déficit public de 6,3 % du PIB-  le pays  dépose une demande d’aide à la Troika le 25 juin 2012.

 En bon schizophrène, le président Demetris Christofias, unique dirigeant communiste de l'Union européenne, a dénoncé l'échec des politiques d'austérité, dans un discours prononcé devant le Parlement européen  le mercredi 4 juillet.

Le cas chypriote est assez révélateur de la marge de manœuvre  qu’ont les néo- réformistes (de type Front de Gauche) prétendent refuser l’austérité. Malgré leurs déclarations, les communistes ont mis de manière docile en place deux plans. Même s’ils semblent rechigner à en appliquer un troisième, on est très loin de toute remise en cause du capitalisme. Comme le déclare si bien le président Christofias : « Ne vous inquiétez pas, le communiste ne va pas nuire à l'UE. Je ne vais pas faire une révolution! »

Au cas où les marché ne seraient toujours pas rassurés il rajoute : « Je n’essaierai pas d’appliquer ma propre idéologie communiste (à l’UE). J’utilise le système capitaliste, mais de façon juste

Le pas de deux du président chypriote entre la Troïka  et les capitaux russes ne devraient pas trop perturber la pleine acceptation de la rigueur par le « mouton  rouge» de l’Europe. Il nous semble par ailleurs que nous ayons plutôt affaire au « Surimi » de  l’Europe, rouge à l’extérieur et blanc à l’intérieur qu’au « mouton rouge »,  mais nous laisserons nos lecteurs trancher.

Réponses du prolétariat

Le fait que l’AEK (parti communiste) contrôle de manière efficace les syndicats limite les luttes. Il  reste  tout de même quelques éléments de réponse :

- Grève générale de 12 heures de la fonction publique  le 15 décembre  2011 qui paralyse l’ensemble du pays .

- Le2 mars 2012, le trafic sur les aéroports de Larnaca et Paphos est bloqué par la grève des contrôleurs aériens.

- Le 9 mai 2012 grève des chauffeurs de taxis sur l’ensemble de l’île.

 

Oulianov

 

Repris sur Tantquil.net

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 16:12

Contre l'austérité, les pompiers innovent dans leurs formes de lutte. On leur souhaite bonne chance...

 

Des pompiers en colère contre les coupes budgétaires, dans le plus simple appareil/

Non, ce n'est pas un remake de The Full Monty. Mais en matière d'impact médiatique, la nudité a du bon. Des Femen ukrainiennes aux étudiants de Montréal, de nombreux protestaires s'affichent dans le plus simple appareil pour mieux faire entendre leur cause... ou du moins faire parler d'eux.

Jeudi, ce sont huit pompiers de Mieres, cité minière des Asturies (dans le nord de l'Espagne), qui ont fait tomber l'uniforme. A l'heure de la prise de service, ils sont sortis, casque sur la tête et bottes aux pieds, pour s'aligner face à un mur où était suspendue une grande banderole : "Tant de coupes nous ont laissés à poil."
 

(REUTERS/Eloy Alonso)

"Il vaut mieux huit pompiers qui montrent leur cul qu'une manifestation dans les rues contre les coupes, a expliqué Javier Piedra, l'un des 16 pompiers de la brigade, âgé de 41 ans. Un pompier ici touche 1 500 à 1 550 euros en moyenne. Sans compter la prime de Noël [un treizième mois que le dernier plan gouvernemental a supprimé], nous avons déjà perdu presque 200 euros depuis les premières coupes de juin 2010", qui avaient fait baisser les salaires des fonctionnaires d'environ 5 %.

Les pompiers ont été en tête de nombreux cortèges dénonçant le plan gouvernemental d'austérité, annoncé le 11 juillet, qui prévoit 65 milliards d'euros d'économies et vise particulièrement les fonctionnaires (lire notre article sur la mobilisation des fonctionnaires).

Jeudi soir, les deux syndicats majoritaires, l'Union générale des travailleurs et les Commissions ouvrières, ont convoqué des manifestations dans 80 villes d'Espagne. A Mieres, les pompiers qui ne sont pas de service y participeront.

 

Repris sur la presse bourgeoise...

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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 11:59

photo-fuite.jpgUn article de la presse bourgeoise sur les fuites de capitaux d'Europe du Sud. Cela tend à montrer que la crise est probablement, encore plus grave que nous ne les pensons...

 

Pour l’instant, les dirigeants européens gardent un silence absolu sur le sujet, dans l’espoir de pouvoir encore contrôler le mouvement en cours. Tout juste, quelques responsables y font-ils allusion à mots couverts. Comme le premier ministre italien Mario Monti annonçant, la semaine dernière, dans un discours des plus alarmants, que le pays est en guerre sur plusieurs fronts. Ou comme le chef économiste de la Banque centrale européenne, Peter Praet, annonçant, mardi dernier, que la crise de la zone euro est désormais « plus profonde et plus dangereuse » qu’au moment de l’effondrement de Lehman Brothers, sans en dire beaucoup plus.

Les observateurs étrangers, eux, ne prennent plus tant de précautions. « L’une des choses qui me préoccupent le plus actuellement, c’est que cette crise oppose un marché qui bouge rapidement à un processus qui bouge très lentement (…) Une désintégration de la zone euro impulsée par les marchés est en cours », s’alarme un responsable de la réserve fédérale de Saint Louis, James Bullard, dans un entretien au Wall Street journal.

Les taux d'intérêts divergents entre les pays de la zone euro et la fuite des capitaux sont les signes que la monnaie unique est « lentement en train de se défaire », a renchéri Stephen Gallo, un stratégiste du Crédit Agricole, vendredi sur Bloomberg. « Ce à quoi nous assistons maintenant, c’est au démaillage de l’ensemble du projet européen. »

Cette inquiétude qui sourd se retrouve dans les chiffres. Même s’ils sont partiels, tous donnent des signaux de plus en plus alarmants. D’abord, il y a la formidable divergence entre les taux d’intérêts au sein de la  zone euro. Tandis que l’Espagne emprunte à près de 7 % , et l’Italie à plus de 6 %, l’Allemagne lève des fonds à des taux de plus en plus négatifs, c'est-à-dire qu'il faut payer pour pouvoir acheter des titres! La semaine dernière, elle a emprunté plus de 3 milliards d’euros au taux record de – 0,0344 %. Aujourd'hui à nouveau, le Trésor français a lancé une émission à six mois à un taux négatif de 0,015 %. Alors que certains commençaient à se réjouir que la France ait désormais le même statut que l’Allemagne de pays refuge, le gouverneur de la Banque de France Christian Noyer a douché leur enthousiasme, sans s’attarder plus sur le sujet. « Ce n’est pas une bonne nouvelle », a-t-il déclaré.

Il ne pouvait dire moins. Des taux négatifs sont une anomalie, le signe d'importants problèmes économiques. Dans le cas présent, ils sont l’expression d’un grave dérèglement au sein de la zone euro, d’une dérive entre l’Europe du Nord et l’Europe du Sud, les capitaux fuyant ce qu’ils considèrent être des zones à risque pour se réfugier dans les pays considérés comme plus sûrs, acceptant même de perdre de l’argent pour mettre dans l’immédiat leur argent en sûreté.

La fuite hors de l'Europe du Sud

Cette fuite des capitaux hors de l’Europe du Sud est à l’œuvre depuis plusieurs mois. La Grèce a vu partir plus de 160 milliards d’euros en quelque mois. Selon une étude de JP Morgan, les investisseurs étrangers ont vendu près de 100 milliards d’euros d’obligations espagnoles, soit l’équivalent de 10 % du PIB, entre novembre 2011 et mars 2012. Mais le flux semble s’accélérer depuis avril, les déposants espagnols se joignant aux banques et financiers étrangers pour mettre leur argent en sécurité hors du pays. Une étude du Crédit suisse montre l’ampleur des mouvements : plus de 150 milliards d’euros ont quitté l'Espagne!

© Crédit suisse

Les chiffres de la BCE donnent une autre image de ces tensions. Les banques espagnoles ont emprunté en juin auprès de la Banque centrale le montant record de 337 milliards d’euros, contre 287,8 milliards en mai. En un mois, leur besoin de financement a augmenté de 17,2 %.

Les nouvelles mesures de rigueur annoncées par le gouvernement de Mariano Rajoy et les discussions sur le sauvetage du système bancaire espagnol, estimées à 100 milliards d’euros, montant qui risque d’être entièrement à la charge du pays contrairement à ce qui avait été annoncé lors du sommet européen du 26 et 27 juin, pourraient encore accélérer cette fuite. Selon l’étude de JP Morgan, plus de 200 milliards d’euros pourraient encore quitter le pays dans les mois à venir.

L’Italie subit le même régime que l’Espagne. Depuis la crise de la dette à l’automne dernier, les investisseurs se sont massivement  débarrassés de leurs titres italiens. 160 milliards d’euros, soit là encore 10 % du PIB, auraient quitté le pays au cours des derniers mois. Mais là encore, les déposants nationaux commencent à se joindre aux financiers internationaux, tous cherchant des refuges plus sûrs. Là encore, JP Morgan pense que 200 milliards d’euros supplémentaires pourraient sortir du pays dans les prochains mois.

En décidant d’abaisser de deux crans à Baa 2 la note de l’Italie vendredi, l’agence de notation Moody’s a insisté sur ce nouveau risque pour justifier sa mesure. « Le haut niveau de la dette italienne et le montant significatif de financement nécessaire (415 milliards d’euros, soit 25 % du PIB – ndlr) en 2012-2013, aussi bien que la base en diminution des investisseurs étrangers, génèrent un risque de liquidité accrue (…) La faiblesse de l’économie et la vulnérabilité croissante d’un arrêt brutal du financement de la dette souveraine constituent un facteur de risque substantiel pour les autres émetteurs (non gouvernementaux ) en Italie, alors que les revenus, l’accès aux liquidités et aux financements pourraient être drastiquement réduits pour toutes les classes d’emprunteurs ».

"Quelque chose seulement possible dans les pays émergents"

Ces déplacements massifs de capitaux n’avaient jamais existé avec une telle ampleur dans la zone euro. Une partie se réfugie en Allemagne, aux Pays-Bas, en Finlande et maintenant en France. D’où les taux négatifs. Mais de l’avis de nombreux observateurs, ce n’est qu’une étape.

© Business Week

Les responsables des hedge funds, qui ont beaucoup spéculé ces deux dernières années sur les dettes européennes, estiment que les taux allemands sont juste une conséquence de la fuite des capitaux au sein de l’Europe, et qu’ils devraient au moins doubler au cours des douze prochains mois. Certains ont déjà décidé de quitter complètement la zone euro, estimant que l’avenir n’était plus prévisible nulle part en Europe. PIMCO, l'un des plus grands fonds obligataires du monde, qui gère plus de 250 milliards de dollars, est ainsi en train de convertir ses titres européens en bons du Trésor américains. « C’est la moins pire des solutions », a-t-il expliqué.

Car un deuxième mouvement est en train de se mettre en marche. Après avoir cherché refuge en Europe du Nord, les financiers sont en train d’abandonner l’ensemble de la zone euro. Tous s’y mettent. Les financiers et les banquiers vendent de l'euro à tour de bras. Citigroup vient d'annoncer qu'elle avait renoncé à toute activité de banque de détail en Europe, afin de se préparer à l'éventualité de l'éclatement de la zone euro.

En avril, la Banque centrale européenne a enregistré la chute la plus importante de dépôts depuis la création de la monnaie unique : 57 milliards d’euros ont été retirés de ses livres. Les banques centrales des pays émergents ont également diminué, pour la première fois, leurs réserves en euros pour se réfugier sur le dollar. Selon le FMI, leurs avoirs en devise européenne ont diminué de 35 milliards au cours du seul premier trimestre.  Mais les entreprises et les particuliers commencent aussi à suivre.

« L’incertitude grandissante en Europe amène nos établissements, particulièrement dans les zones frontalières, à enregistrer un afflux notable d’argent. La grande majorité de ces nouveaux déposants sont italiens, français et même allemands », a reconnu dernièrement un responsable bancaire suisse.

La manifestation de ces fuites éperdues se lit dans les cours de l’euro. La monnaie unique a perdu 13,4 % de sa valeur face à la monnaie américaine depuis fin octobre, pour tomber à 1,22 dollar. Les analystes tablent sur une nouvelle chute de l’euro, qui pourrait tomber, selon leurs prévisions, jusqu’à 1,15 dollar dans les prochains mois. Mais c’est surtout la Suisse qui fait figure de refuge. La Banque centrale suisse fait face à un afflux de capitaux qui la préoccupe, et elle dépense des milliards pour maintenir le niveau du franc suisse à 1,20 euro, niveau qu’elle juge essentiel pour la compétitivité de son économie.

Réserves en devises étrangères de la banque centrale suisseRéserves en devises étrangères de la banque centrale suisse

La baisse de l’euro, longtemps surévaluée, pourrait être une bonne nouvelle pour les économies européennes : les productions européennes regagnent une meilleure compétitivité en termes de prix face aux économies étrangères. Cela devrait relancer les exportations. L’ennui est que la dépréciation de la monnaie européenne est d’abord liée aux plans d’austérité massifs imposés dans toute l’Europe, aux risques de récession, et aux craintes qu’inspirent désormais la zone euro.

En petit comité, les responsables européens ne cachent pas le danger de la situation. Dernièrement, Frank Moss, directeur général chargé des relations européennes et internationales au sein de la BCE, a fait cette confidence étonnante : « La zone euro fait face à un arrêt brutal des flux de capitaux en provenance du reste du monde. C'est quelque chose que nous pensions seulement possible dans des petits pays en développement dans le reste du monde. »

La zone euro et la monnaie unique sont des créations sans précédent, qui rendent les comparaisons difficiles. Il y a pourtant un exemple qui pourrait être rapproché de ce qui se passe en Europe aujourd’hui : l’Amérique du Sud des années 1970 et 1980. Brésil, Chili, Argentine étaient alors confrontés à une situation d’endettement massif. Le FMI leur imposa des programmes d’austérité drastiques qui alimentèrent des fuites de capitaux gigantesques d'investisseurs effrayés par l’instabilité politique et sociale, ce qui amena dans ces pays la disparition de la démocratie.

Faut-il en déduire que les mêmes causes produisent les mêmes effets ? « Il serait temps d’admettre que les pays de l’Europe du Sud ne rembourseront jamais leurs dettes, et de les renégocier plutôt que d’attendre, comme les responsables l’ont fait en Amérique du Sud, ce qui a amené à sacrifier le continent pendant plus d’une décennie », commente un analyste de Citigroup. D’autant que l’Europe risque d’entraîner avec elle le reste du monde.

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 16:08

Les protestataires de l'opposition lancent des gaz irritants aux policiers anti-émeute en face du Parlement ukrainien à Kiev.
Mercredi le 4 juillet 2012. 

flic-gaz.jpg

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 10:45

jeunesse espagneUn article de la presse bourgeoise sur les effets de la crise sur la population....

 

Maria Benitez a obtenu un sursis. Un mois de plus pour trouver une solution avant qu’elle et sa famille ne soient expulsées de chez eux par Bankia, la quatrième banque espagnole. Cette femme de 42 ans, vit dans une modeste maison de Montoro, dans la province de Cordoue avec son mari, ses trois enfants âgés de 17 à 20 ans, sa mère de 84 ans et sa soeur de 52 ans, handicapée. Sept personnes au total qui risquent de se retrouver à la rue, sans un sous, sans un emploi, et gonfler les statistiques des expulsions immobilières, qui se multiplient au fur et à mesure que se prolonge la crise. Au total, selon l’Institut national de statistiques, 1,7 millions de foyers en Espagne comptent tous leurs membres au chômage. Et depuis le début de la crise, 150 000 personnes ont été expulsées de chez elles, et 300 000 autres attendent avec angoisse la venue de l’huissier, selon les associations de défense des “victimes des hypothèques”. L’histoire de Maria est symptomatique de la situation dans laquelle se trouvent de plus en plus d’Espagnols, alors que le chômage touche 24,4% de la population active, et que bon nombre d’entre eux se sont endettés pour s’acheter une maison lorsque le pays affichait un taux de croissance insolent. Expulsés pour une dette de 200 000 euros... Toute la famille de María vit de la pension de sa mère, d’environ 400 euros, des aides de l’organisation caritative Caritas qui leur fournit régulièrement de la nourriture, et du soutien de la mairie qui paie de temps en temps les factures d’électricité. Maria est au chômage, tout comme son mari, ancien employé de la construction et qui avait hypothéqué la maison pour acheter un champ d’oliviers, mais dont le négoce a pris l’eau avec la baisse du prix de l’huile d’olive. Comment, dans ces conditions, espérer rembourser les 200 000 euros qu’ils doivent à la banque et faire face aux mensualités du prêt? Ce 27 juin, la famille devait être expulsée. Mais, en racontant l’histoire de la famille Benítez dans une courte vidéo postée sur Youtube, baptisée Bankia sin alma (Bankia sans âme), le journaliste Alberto Almansa est parvenu à enflammer les réseaux sociaux. A tel point que l’agence de Bankia à Cordoue a convoqué Maria pour un rendez-vous ce vendredi matin. Devant les portes, la plate-forme Stop Desahucios (Stop expulsions) a mobilisé une centaine de personnes venues la soutenir. La mobilisation a porté ses fruits : la directrice d’agence a accepté de repousser du 27 juin au 27 juillet la date de l’expulsion, le temps d’examiner la requête de María, qui demande de rendre la maison en échange de l’effacement de la dette et de pouvoir continuer à y vivre moyennant le paiement d’un petit loyer. En attendant le verdict de la banque, combien d’autres familles seront expulsées dans l’anonymat? ...et 19 milliards d'euros d'aide publique pour Bankia L’indignation croît en Espagne au même rythme que la pauvreté. Et l’histoire de Maria rassemble tous les ingrédients pour enflammer la société. Bankia, qualifiée de “première banque en matière d’expulsions immobilières” par les “Indignés”, est sur le point de recevoir 19 milliards d’euros de l’Etat. C’est elle qui, en demandant cette aide multimilliardaire, a provoqué le déblocage du plan de sauvetage européen pour les banques espagnoles, doté de jusqu’à 100 milliards d’euros. Un scandale majuscule dans un pays où les plaintes concernant les pratiques peu honnêtes des banquiers sont monnaie courante, et où pour économiser 10 milliards d’euros, le gouvernement s’est attaqué aux piliers de l’Etat providence : l’éducation et la santé. “Un plan de sauvetage pour les personnes, pas pour les banques” ou “Sauvons les gens, expulsons les banquiers” se lisaient sur bon nombre de pancartes ces derniers jours lors des dernières manifestations contre l’austérité et la réforme du travail (mercredi) ou le sauvetage des banques, comme celle qui a eu lieu le week-end dernier devant le siège de Bankia à Madrid et à laquelle ont participé près de 2000 personnes. Alors que le gouvernement demande des sacrifices aux Espagnols, baisse le salaire des fonctionnaires, réduit les prestations de santé ou augmente les impôts, et que de plus en plus de gens sont sur le point de se retrouver à la rue, l’aide publique que l’Espagne s’apprête à débloquer pour les banques ne passe pas.

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