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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 16:43

PO-LEMPLOI-copie-1.jpgVoici un article de la presse bourgeoise qui détaille la réforme du Pole Emploi qui va s'appliquer aux chomeurs, avec un renforcement du controle et de plus en plus de privé...

 

Le conseil d'administration de Pôle emploi a entériné jeudi 21 juin plusieurs importants changements pour l'organisme. Le plan stratégique 2015, rédigé par Jean Bassères, son directeur, prévoit en effet des profondes modifications des méthodes de fonctionnement, notamment dans le suivi des chômeurs.

Le but est de corriger les défauts qui sont apparus à la suite de la fusion de l'ANPE et des Assedic, et surtout de profiter d'Internet  pour faire des économies. Si les changements doivent encore être précisés dans les prochains mois, le document détaille déjà quelques pistes.

Lire : Pôle emploi entame sa mue, dans l'attente de moyens supplémentaires

  • La fin de l'accompagnement mensuel pour tous

D'ici 2013, le plan prévoit que les demandeurs d'emplois seront classés en trois catégories en fonction de leur profil. Le but est que les chômeurs considérés comme les plus éloignés de l'emploi puissent bénéficier dès leur inscription d'un suivi renforcé, avec un conseiller qui n'aura pas plus de 70 demandeurs d'emploi dans son "portefeuille".

Les chômeurs les plus proches de l'emploi pourront de leur côté, s'ils le veulent, être suivis uniquement sur Internet.

  • La création d'un corps de contrôleurs

Jusqu'à présent, ce sont surtout les conseillers de Pôle emploi qui sont chargés de vérifier que les demandeurs d'emploi recherchent bien un travail. Bien souvent, et faute de moyens, le contrôle se résumait à sanctionner le chômeur qui ne venait pas à un rendez-vous de Pôle emploi.

Le plan stratégique promet une "expérimentation" sur "la mise en place d'équipes dédiées au contrôle de la recherche d'emploi". Demain, des contrôleurs de Pôle emploi iront-ils au domicile des chômeurs vérifier qu'ils recherchent bien un emploi ? "Rien n'est exclu", affirme-t-on à la direction. Pour contrôler les demandeurs d'emploi qui sont suivis uniquement sur Internet, des outils de traçage des connexions sur le site de Pôle emploi pourraient être mis en place.

  • L'abandon de la course aux annonces

Les agents de Pôle emploi ne chercheront pas comme par le passé à multiplier les offres d'emploi en sollicitant les entreprises. La direction de l'organisme souhaite inciter les entreprises à passer avant tout par le site de Pôle emploi pour déposer leurs annonces. De même, elle veut que les contacts directs entre chômeurs et entreprise, sans intervention de conseiller, soient développées.

"Toutefois, les entreprises qui n'utilisent pas Internet (et plus particulièrement les TPE) pourront contacter un conseiller afin qu'il leur propose le service adapté à leur besoin", prévient le document. Certaines entreprises, par exemple celles qui ont du mal à recruter, pourront bénéficier d'une offre de services renforcés.

  • L'ouverture aux sites d'annonces privés

La direction compte réaliser des "nouveaux partenariats avec les sites Internet emploi. Les offres publiées par ces sites pourraient être référencées dans le cadre des recherches effectuées sur pole-emploi.fr", et inversement. Le but est de faire circuler plus largement toutes les offres d'emploi.

  • Un pilotage par les résultats

Trop longtemps, "les agents ont été uniquement évalués sur leur capacité à réaliser des actes, sans que l'efficacité de ceux-ci ne soit évaluée", estime un très bon connaisseur de Pôle emploi.

Désormais, le taux de retour à l'emploi devrait devenir l'indicteur phare de l'organisme. "Les managers bénéficieront d'analyses des résultats déclinées par bassin d'emploi", promet le plan stratégique. Ce taux de retour à l'emploi permettrait de comparer entre elles les performances des différentes agences. 

  • La simplification administrative

Pour libérer du temps pour l'accompagnement, le plan stratégique permet de simplifier les courriers et les démarches administratives. Il en appelle aussi aux partenaires sociaux pour rendre moins compliqué les règles d'indemnisation des chômeurs.

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 14:35

expulsion.jpgAlors que tous les dirigeants socialistes poussent des cris d’orfraie contre Nadine Morano qui déclare publiquement qu’elle partage les mêmes valeurs que les électeurs du Front National, à Lyon, Grenoble et Toulouse, Manuel Valls, lui, applique scrupuleusement la même politique que Claude Guéant à l’égard des roms.

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Grenoble, mer­credi 22 mai A 6 heures du matin une cen­taine de poli­ciers entoure le camp de La Tronche occupé par des roms. Les enfants sont réveillés dans leur som­meil. Ils hur­lent, c’est la pani­que. [1] 140 per­son­nes sont « recen­sées » selon les termes de la police. Une ving­taine d’Obligations de Quitter le Territoire Français (OQTF) est déli­vrée à la chaîne, toutes sont rédi­gées sur le même modèle. Deux per­son­nes sont condui­tes en réten­tion. Depuis l’élection de François Hollande, les expul­sions se mul­ti­plient à Grenoble. « C’est le grand net­toyage de prin­temps avant les vacan­ces, comme en 2010 et 2011. Rien ne change » s’indi­gne un mili­tant.

Toulouse, mer­credi 6 juin Un cam­pe­ment de roms situé le long de la Garonne qui abri­tait une tren­taine de per­son­nes est déman­telé. La police est arri­vée avec un bull­do­zer et a détruit toutes les caba­nes. [2] Avec les 2 évacuations opé­rées par la police la semaine pré­cé­dente, ce sont plus de 100 per­son­nes qui sont jetées à la rue en quel­ques jours. Cette fois-ci, c’est la sup­po­sée dan­ge­ro­sité du site qui est mise en avant. Avec une pos­si­ble montée des eaux, les per­son­nes seraient en danger. La pré­fec­ture doit esti­mer que pour des enfants et des nour­ris­sons, dormir à la rue, sous la pluie, sans abri, expo­sés aux dan­gers de la rue, c’est un sort beau­coup plus envia­ble.

Lyon, jeudi 14 juin Environ 50 roms se retrou­vent à Perrache pour atten­dre le car qui les conduira à l’aéro­port où ils seront rejoints par d’autres en pro­ve­nance de Saint-Etienne. Un char­ter a été spé­cia­le­ment affrété pour eux par l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration), direc­tion Bucarest. L’OFII est tou­jours dirigé par Arno Klarsfeld, l’ex-boy­friend de Carla Bruni Sarkozy, qui décla­rait qu’on pou­vait bien ren­voyer les rou­mains chez eux, car ce n’était quand même pas Auschwitz [3] C’est la seconde expul­sion col­lec­tive à Lyon qui se fait sous le cou­vert de l’aide au retour huma­ni­taire depuis l’élection de François Hollande. La pré­cé­dente a eu lieu le 10 mai et à l’époque, on nous avait expli­qué qu’on ne pou­vait pas l’attri­buer au nou­veau gou­ver­ne­ment. Pour ceux qui auraient des doutes sur la poli­ti­que de mes­sieurs Hollande et Valls à l’égard des roms, le pro­chain voyage tous frais payés orga­nisé par le gou­ver­ne­ment socia­liste au départ de Lyon et à des­ti­na­tion de la Roumanie est prévu début juillet.

En ce moment à Lyon, d’après les asso­cia­tions, les des­cen­tes se mul­ti­plient dans les camps. Un mili­tant témoi­gne : « La police enchaîne les des­cen­tes pour recen­ser et pré­pa­rer les expul­sions. La situa­tion a été calme après les pré­si­den­tiel­les et là, depuis 3 semai­nes, on dirait qu’ils pré­pa­rent un remake de l’été 2010. »

En novem­bre 2011, le Comité Européen des Droits Sociaux (CEDS) a pour­tant qua­li­fié les expul­sions col­lec­ti­ves de roms comme étant « dis­cri­mi­na­toi­res » et « contrai­res à la dignité humaine » car fon­dées sur l’ori­gine eth­ni­que des per­son­nes concer­nées. Il s’agit d’ « une vio­la­tion aggra­vée des droits de l’homme" selon le Conseil de l’Europe. Même le pré­texte des retours volon­tai­res est balayé par le CEDS : « Ces retours dits volon­tai­res ont en pra­ti­que déguisé des retours forcés sous forme d’expul­sions col­lec­ti­ves ».

Le 27 mars 2012, François Hollande, can­di­dat à la Présidence de la République, écrivait à Romeurope : « J’ai tou­jours dénoncé, et je conti­nue­rais à le faire, la stig­ma­ti­sa­tion dan­ge­reuse lancée par le can­di­dat sor­tant en août 2010 à l’égard des popu­la­tions de Roms : expul­sions bru­ta­les à répé­ti­tion, stig­ma­ti­sa­tion tou­jours plus forte d’une popu­la­tion, inter­dic­tion de tra­vailler et de se former, recondui­tes aux fron­tiè­res sans résul­tat… » [4]. Même Manuel Valls, lors de sa pas­sa­tion de pou­voir le 17 mai avait déclaré devant Claude Guéant et les camé­ras : « Il n’y aura ni angé­lisme, ni course effré­née aux chif­fres, ni stig­ma­ti­sa­tion de com­mu­nau­tés, d’une caté­go­rie par rap­port à une autre… » [5].

Il paraît que les pro­mes­ses n’enga­gent que ceux qui les écoutent…

Le 12 juin, à propos de la réforme de l’espace Schengen, Daniel Cohn-Bendit a accusé Manuel Valls de s’être glissé « dans les pan­tou­fles de Claude Guéant » [6] Valls ne se contente mal­heu­reu­se­ment pas de se glis­ser dans les pan­tou­fles de Claude Guéant. Il enfile le cos­tume tout entier et trouve que cela lui va comme un gant. Et si jamais cer­tains pen­sent encore que l’habit ne fait pas le moine, le nou­veau minis­tre de l’inté­rieur met un point d’hon­neur à appli­quer scru­pu­leu­se­ment la même poli­ti­que raciste et xéno­phobe que son pré­dé­ces­seur à l’égard des roms : expul­sions de camps, recen­se­ments, déli­vrance d’obli­ga­tion de quit­ter le ter­ri­toire, recondui­tes à la fron­tière et char­ters…

Décidément, pour les roms, le chan­ge­ment, c’est pas pour main­te­nant.

Philippe Alain

 

Repris sur Rebellyon.info

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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 11:12

sexy.jpgUn texte philosophique de Serge Margel permet de réfléchir sur le glamour et la séduction, mais aussi sur la misère sexuelle dans nos sociétés modernes.


Serge Margel propose une réflexion philosophique sur le glamour et la séduction. Mais le « corps machine » ne concerne pas uniquement les stars. Les normes de la séduction, dominantes dans la modernité marchande, imposent une répression des désirs avec une misère affective et sexuelle. Ses thématiques sont souvent occultées dans les débats politiques, y compris au sein des mouvements révolutionnaires. Il semble pourtant indispensable de réfléchir sur les nouvelles formes d'aliénations et de lutter contre la misère sexuelle.


 

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Glamour et contrôle des corps 


Le philosophe Serge Margel cite en exergue une citation de l’écrivain Antonin Artaud, proche des surréalistes. Serge Margel réfléchit sur le corps à partir des analyses de Michel Foucault. Le corps réprimé et contrôlé se distingue du corps utopique qui impose un idéal de corps. Le corps de star, et sa mise en scène, semble hybride: entre censure et liberté. Le corps de star devient une industrie, une marchandise, une machine. Le glamour apparaît comme la mise en scène spectaculaire du corps de star. 

Serge Margel se penche ensuite sur la notion de corps-machine. L’étymologie du terme machine renvoie à la fois au moyen et à la mise en scène. L’idée de corps-machine renvoie à un corps réifié, réduit à l’état de chose voire de cadavre. Cette notion de « corps-machine » peut renvoyer à celle de « pouvoir de mort ». La mort permet également une mise en scène du corps. 


L’auteur se penche ensuite sur la notion de glamour à partir de la définition du réalisateur qui a machiné, ou fabriqué, Marlene Dietrich. « La séduction, la fascination, le ravissement, l’ensorcellement, autant de termes ici pour indiquer une rhétorique de soumission, de chasse et de capture » explique Serge Margel. Le glamour renvoie à la séduction féminine et à la beauté inaccessible. 

Mais, pour révéler le glamour chez une femme, le maître artisan semble indispensable. Le glamour apparaît comme une fabrication artificielle qui permet à la femme de déployer tous ses charmes. Ses attraits sexuels, ses propriétés essentielles, ses attributs féminins, avec le charme et l’élégance, doivent être mis en scène pour éclater aux yeux de tous. Il s’agit alors de promettre une version « parfaite » de la femme, de promettre une illusion de la réalité. « Cette image transcendantale du glamour n’est rien de plus qu’une promesse, ni vraie ni fausse - une promesse qui ne promet rien d’autre, ni ne fait rien de plus, que de ne pas donner ce qu’elle promet » explique Serge Margel. 


L’auteur revient sur la tension entre censure et liberté qui traverse le corps-machine. « Cette métamorphose de la réalité en illusion, ou se promet ce qui ne peut s’offrir, relève à vrai dire d’une économie de la censure, d’un nouvel espace de répression interne à la fabrique des images gluantes, ensorcelantes » souligne Serge Margel. La mise en scène du sex appeal, de l’attrait sexuel, du corps de star flirte avec l’érotisme mais sans tomber dans la censure. Il s’agit de transgresser les règles tout en les respectant. 

Selon Michel Foucault, le corps demeure à la fois productif et assujetti. Le corps de star produit de la séduction et de la fascination. Mais il semble aussi assujetti puisqu'il demeure le fruit d’une mise en scène. 


 

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Triomphe de la misère sexuelle


Ses réflexions philosophiques soulignent la fabrication d’un idéal féminin par le patriarcat. La femme doit être soumise. Réduite à un objet sexuel, elle ne doit pas pour autant assumer ses désirs. Le texte de Serge Margel permet de compléter les analyses freudo-marxistes de Wilhelm Reich. Certes le philosophe ne s’intéresse pas à la psychanalyse et à la construction des mentalités. Il n’évoque jamais la répression sexuelle imposée par des institutions sociales comme l’école ou la famille. En revanche, sa réflexion souligne l’importance des normes et des contraintes qui régissent la sexualité dans notre modernité marchande. La répression sexuelle est alors remplacée par une misère sexuelle. Tout un ensemble de normes, de manières de penser et d’agir, se répandent à l’ensemble de la société. Cette idéologie du glamour ne concerne pas uniquement les stars, car les photos des magazines imposent des normes à l’ensemble de la société. Tiqqun, dans les Premiers matériaux pour une théorie de la Jeune-Fille, souligne la diffusion large d’un conformisme de magazine féminin. Leur texte décrit la destruction des relations humaines à travers des injonctions omniprésentes et souvent contradictoires.


Mais les analyses de Serge Margel ne semblent pas critiquer la misère affective et sexuelle qui traverse la société. Au contraire, le point de vue de se centrer sur l’étude du glamour et du sex appeal peut renforcer le mensonge d’une hypersexualisation de la société. Un texte d’Anne Archet souligne au contraire l’importance de la marchandisation et de la réification des relations humaines qui alimente la misère sexuelle. Le glamour participe pleinement à la destruction des rapports humains et donc aussi à la misère sexuelle. De plus, la diffusion du glamour ne fait qu'attiser des désirs qui ne sont jamais satisfaits. « Ces désirs artificiels et manufacturés sont, vous vous en doutez bien, au service du capital, puisqu'ils garantissent une insatisfaction chronique qui stimule le consommateur à acheter dans un effort désespérer et sans fin d’atteindre une chimérique satisfaction », souligne Anne Archet.


La libération sexuelle apparaît surtout comme une libéralisation sexuelle qui impose la mise en conformité avec les lois du marché. Ceux qui ne sont pas conformes aux normes sociales sont alors exclus du marché de la chair.

La mécanique, voire la gymnastique, de la sexualité remplace la recherche de la sensualité, du plaisir, de la jouissance. La course à l’orgasme détruit la spontanéité et la passion. Le sexe devient une mécanique routinière et non pas un abandon au plaisir. « Nous ne vivons pas dans un monde hypersexualisé. Nous vivons dans le tiers-monde sexuel — un monde à renverser par notre jouissance radieuse et rebelle » conclue Anne Archet.


Sources :

Serge Margel, La société du spectral, Nouvelles Éditions Lignes, 2012

Anne Archet, « Hypersexualisation mon cul », Le blog flegmatique d’Anne Archet

 

Repris sur Zones subversives

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 11:08

  giappone-fukushima_centrale_nucleare-600x425.jpgCet article est la traduction d’un témoignage paru en décembre 2010 sur le site d’informations japonais en ligne JANJAN. Il a été écrit par Takeshi Kawakami, blogueur qui a travaillé pendant dix ans comme nomade du nucléaire, puis de 2003 à 2008 dans la centrale d’Hamaoka, au sud de Tôkyô. Il réside toujours à Omaezaki, à un kilomètre de cette centrale.

 

 

 

 

J’ai travaillé plus de cinq ans dans la centrale d’Hamaoka, mais avant ça, j’ai aussi travaillé 10 ans dans différentes centrales. A cette époque, je n’avais pas de lieu de travail fixe et je changeais constamment de centrales nucléaires. Ces gens-là, on les appelle les « gitans du nucléaire » (genpatsu jipushi) et c’était comme ça que je vivais à l’époque.

 

Durant la deuxième année de cette vie flottante de « gitan », je travaillais à la centrale Genkai, dans la préfecture de Saga (sur l’île de Kyûshû), et j’en vint à entrer au cœur du réacteur. Le cœur du réacteur, c’est l’endroit où les combustibles d’uranium sont brûlés. Le déclenchement de la réaction nucléaire provoque l’émission d’une gigantesque énergie qui fait tourner la turbine et créé de l’électricité. Mais parce qu’on consomme du combustible d’uranium, cette zone devient aussi extrêmement radioactive. Entrer à l’intérieur du cœur du réacteur, installer des robots de mesures, c’était ça mon travail.

 

Un jour, alors que ce n’était pas moi qui était en charge de l’installation, un accident se produisit. Le robot qu’on venait d’installer ne réagissait pas alors qu’on essayait de le faire fonctionner de l’extérieur. On avait fait sur les parois du réacteur d’innombrables petits trous où venaient s’insérer les « pattes » du robot, ce qui permet de le faire fonctionner à distance. Cependant, les pattes n’ayant pas été positionnées au bon endroit, un contrôle des installations était nécessaire. Si l’on ne faisait rien, ce sont des instruments de haute précision de plusieurs dizaines de millions de yens qu’on laissait se détériorer. Avant que cela n’arrive, je suis retourné à l’intérieur pour remettre le robot à sa place.

 

Un immense édifice

 

Alors que je m’approche de la zone du réacteur, je dois mettre combinaison et équipement. Pour mettre la combinaison, je reçois l’aide de deux autres ouvriers. Les vêtements d’un opérateur se composent de deux couches sur lesquels on rajoute une combinaison Tyvek en plastique et en papier. On se couvre d’un masque et par crainte de laisser des interstices, on entoure les poignets, les chevilles et le cou de bande adhésive.

 

Après avoir enfilé cette sorte de combinaison spatiale, je me dirige vers le cœur du réacteur. Quand j’arrive aux abords du cœur, deux ouvriers de la compagnie japonaise des contrôles non-destructifs (Nihon Hihakai Kensa, JNDI) se tenaient là. Ce qui me surpris, c’est que malgré que nous nous trouvions dans une zone hautement radioactive, ils étaient habillés normalement et ne portaient même pas de masques. Le responsable me fit signe de la main. Me regardant dans les yeux, à travers le masque, il me fit alors à nouveau un grand signe de la tête. Il jaugeait ma capacité d4endurer le travail au cœur du réacteur.

 

Ensemble nous nous approchâmes du réacteur. C’était la première fois que j’en voyais un d’aussi près. Si ma mémoire est bonne, le diamètre de la cuve était d’environ 3 mètres et de forme sphérique ou ovale. Et nous nous tenions là, en face de cet immense édifice. La base du réacteur m’arrive à peu près aux épaules. A cet endroit, il y a une étroite bouche d’entrée. Il ouvre cette sorte de bouche d’égout et je compris alors que c’est par là que j’allais devoir plonger.

 

Une envie irrésistible de fuir

 

J’approche ma tête de cette bouche pour jeter un œil. A l’intérieur, tout est sombre, l’atmosphère est dense et donne l’impression que quelque chose de mauvais s’y trouve. Je commence à éprouver de la peur, mes traits se tendent. Mes oreilles bourdonnent, et d’un coup, je n’ai plus du tout envie de rentrer à l’intérieur. Alors que j’essaye de me reprendre, le chef me montre la paroi sur lequel est fixé le robot. C’est parce qu’il est mal installé que je dois rentrer. Mais quelque chose de sinistre flotte dans l’air et je résiste à l’envie violente de fuir qui s’empare de moi. Mais je n’avais plus le choix, je ne pouvais plus revenir en arrière.

 

Le robot de recherche de fissure (kizu robotto) fait 40 cm de long et 20 cm de large. On appelle ça un « robot araignée ». Le chef prend de longues minutes pour me donner des explications, la tête enfoncée dans le hublot. A l’époque, je n’avais pas conscience de la folie qu’il y avait à s’exposer ainsi aux radiations. J’éprouve un certain malaise aujourd’hui quand je pense au comportement « audacieux » des ouvriers.

 

Cet homme qui continue à regarder imperturbablement l’intérieur du cœur n’éprouve-t-il pas de la crainte ? me disais-je. Alors que j’étais protégé de la tête aux pieds, lui ne mettait pas même son masque. J’ai appris récemment qu’un gars qui travaillait à Hamaoka (centrale nucléaire située au sud de Tôkyô) et qui faisait beaucoup d’inspections non-destructives, a eu un cancer de la mâchoire. Ses collègues s’en sont inquiétés mais l’exploitant Chûbu Electric Power Company a refusé de reconnaître qu’il s’agit d’une maladie professionnelle. De nombreux collègues n’ont pas osé prendre la parole pour exprimer leurs craintes concernant les conséquences du travail en zone sur la santé. Mais ils portent un regard plein de haine sur la Chûbu maintenant.

 

Ce travailleur atteint d’un cancer lui s’est battu, a porté l’affaire devant les tribunaux mais a perdu. J’ai appris qu’il est mort d’une hémorragie provoquée par sa maladie. S’exprimant sur ce cas, le professeur Akio Ôhashi de l’université de Shizuoka a expliqué qu’il avait l’intime conviction que l’origine de son cancer venait de son travail à la centrale d’Hamaoka. Il y a 30 ans, lorsque j’écoutais les explications de l’employé de la JNDI, j’ai du être moi-aussi touché par ces radiations extrêmes.

 

Les crabes du réacteur

 

Une fois les explications terminées, je me préparais à entrer. On plaça un escabeau devant la bouche d’entrée, puis accroupis, j’attendais le signal du chef. D’un signe de tête de sa part, j’entre de moitié. Aussitôt, une sensation violente m’atteint et ma tête est comme comprimée. N’écoutant que mon courage, je plonge entièrement à l’intérieur du cœur du réacteur. Le bourdonnement dans mes oreilles s’intensifie. Beaucoup d’ouvriers disent que lorsqu’on plonge dans un réacteur, on entend comme des crabes ramper au sol. Une fois le travail terminé, lorsqu’on rentre chez soi ce bruit vous poursuit. Un écrivain en a même fait un roman en 1981, qui s’appelle « les crabes du réacteur » (genshiro no kani)

 

Dans mon cas, je n’ai pas entendu ce son mais plutôt un bruit continu, comme des soutras récités sur un tempo rapide. Et cette sensation affreuse d’avoir la tête comprimée. Je me relève rapidement et fixe le casque sur ma tête. Forcé de rester courbé, j’attrape le robot et crie « ok » aux techniciens restés dehors. Une fois désactivé, je le défais de la paroi et constate surpris qu’il est très léger. Je replace les pieds dans les trous convenablement et crie à nouveau « ok ». Une fois vérifié un à un que les pieds sont correctement mis en place, je hurle « ok » et ressort en courant de la cuve, pris de panique. Cela n’avait duré que 15 secondes.

 

Une fois ressortit, l’employé de la JDNI continue de pencher sa tête à l’intérieur de la cuve pour vérifier que le robot est bien mis. Je me dis que ce gars a toutes les qualifications requises pour un cancer du globe oculaire. Je m’éloigne rapidement de cette zone pour aller enlever ma tenue de protection. Ma combinaison étant désormais extrêmement contaminée, je la retire avec prudence. Une fois la combinaison Tyvek retirée et mise à l’envers, les ouvriers la prennent et la jettent dans un sac en plastique. Je pouvais enfin respirer à l’air libre.

 

180 millisieverts en 15 secondes

 

Distraitement, je sors mon compteur geiger et je constate qu’il indique plus de 180 millisieverts. J’avais peine à croire qu’en seulement 15 secondes, j’avais absorbé une dose aussi importante. Après cela, j’ai continué à travailler dans le nucléaire. J’ai eu l’occasion de replonger une seconde fois dans le cœur d’un réacteur. Je n’ai jamais réussi à surmonter l’angoisse qui s’emparait alors de moi, et ce bourdonnement dans les oreilles.

 

Takeshi Kawakami

 

(traduit par Mathieu Gaulène)

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 11:04

leader-aube-doree-copie-1.jpegVoici un article de Feux de prairie sur la montée du fascisme en Europe et plus particulièrement en Grèce...

 

La percée du parti néonazi grec Aube Dorée (Χρυσή Αυγή – 6,97% des voix) aux élections parlementaires grecques du 6 mai dernier a entrainé une série de polémiques et d’articles variés en France et ailleurs dans le monde. Les nazis sont de retour, et en version bien folklorique, avec bras tendus, croix celtiques, ratonnades.

Cette soudaine prise de conscience de la presse sur le mode du “buzz” est à vomir; d’un côté, cela témoigne au mieux d’une incompétence crasse, au pire d’une complicité objective, puisque Aube Dorée existe depuis longtemps et n’est pas apparu sur la scène politique grecque cette année. Les journalistes n’ont donc pas fait leur travail d’information et se sont contentés de mimer la surprise. D’un autre côté, on peut déjà parier que le sujet sera vite abandonné par les médias de masse, tout comme ceux ci se sont détournés des conséquences des révoltes dans les pays arabes dès qu’un autre sujet les a remplacé à la une.

Beaucoup plus inquiétant: les fascistes grecs étant de bons petits supplétifs du pouvoir en place s’étant développé grâce à la crise, ils trouvent un écho dans certains médias. La correspondante du Figaro et de France 24, Alexia Kefalas, a carrément fait l’éloge de leurs ratonnades en disant qu’ils avaient “nettoyé Athènes”. Dans une période quasi-pogromiste ici comme là bas ces propos sont criminels. Alexia Kefalas collabore ouvertement à la propagande de l’extrême droite en expliquant aux téléspectateurs que l’insécurité causée par “les immigrés” terrorisait les “vieux” grecs et que Aube Dorée est la solution (selon elle leur bras levé serait un innocent symbole “grec antique”, on croit rêver).
Il faut savoir que Aube Dorée est connue pour s’en prendre physiquement non seulement aux migrants (vivant pourtant dans une misère noire) en tabassant indistinctement hommes, femmes et enfants. Mais également qu’ils agressent les militants progressistes, les squats, les centres sociaux. Ils ont été vu à de nombreuses reprises servir d’auxiliaires à la police grecque… Un flic sur deux aurait d’ailleurs voté pour eux – normal quand on connait la violence de cette police, encore récemment filmée en train de s’en prendre gratuitement à des migrants!

Pensons également au député Ilias Kasidiaris du même parti qui a agressé sur un plateau télé les députées de gauche (Syriza et KKE) Rena Dourou et Liana Kanelli la semaine passée.

Bref, tout ceci est malheureusement très cohérent. Alors que l’état grec se délite et qu’il fait face à une opposition populaire chaque jour plus puissante, il cherche des solutions de rechange autoritaires. Par le passé ce fut l’intervention étrangère après la seconde guerre mondiale puis le putsch des généraux réactionnaires ayant instauré une dictature militaire… Demain, ce sera surement la poussée de l’extrême droite, financée et laissée libre d’agir par les franges les plus apeurées de la bourgeoisie, qui cherchent à préserver à tout prix leur système. On verra de plus en plus les médias de masse diffuser la propagande de groupe comme Aube Dorée. Et dans les autres pays touchés par la crise systémique du capitalisme également: le mot d’ordre pour les classes dirigeantes c’est “tout sauf l’insurrection”! Il n’y a qu’à voir la collaboration des journalistes français dans la “dédiabolisation” du FN… Les immigrés, les minorités nationales, les personnes faibles, les femmes, les homosexuel(le)s, les “pas bien français”, tous seront visés. En commençant par l’opposition organisée, nous, les militants. Face à cette alternative “révolution ou barbarie”, nous avons choisi notre camp et nous invitons tous les progressistes à faire de même en analysant la situation, en s’organisant et en faisant tourner les informations démasquant ces menaces. Sans riposte populaire et radicale ce sera l’installation durable du fascisme, sans classes populaires armées ce sera le retour à la sauvagerie quotidienne à brève échéance.

 

 

Ici, des militants communistes et anarchistes assurant le service d’ordre d’une manifestation antifasciste sont agressés par des policiers et des nazis (les fascistes ont reçu des armes données par les flics selon les observateurs, et les deux groupes agissaient en cohésion). Bilan: de nombreux blessés, deux antifascistes poignardés, un fasciste a reçu un coup de hache. Bons baisers de Grèce:

 

 


 
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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 10:46

hate-school-calvin-and-hobbes1-copie-1.jpgUn article de tantquil.net qui critique le role de l'institution scolaire au sein du capitalisme...

 

En regardant tous les programmes de la campagne présidentielle, on observe un consensus sur l’école. Les partis de gauche (PS, Modem, Europe écologie) et le FN veulent plus de moyens, plus de postes, pour une école en mesure d’assumer pleinement ses missions. Nous ne nous étonnons pas de voir les partis bourgeois défendre cette institution. Mais dans les partis dits d’extrême gauche, cette idée est aussi présente, voire fondamentale. Même dans des organisations prétendues communiste révolutionnaire, communiste libertaire ou anarchiste, la défense de l’école (en tant qu’institution) est présentée comme une lutte à mener dans l’intérêt du prolétariat. Nous allons donc présenter notre position sur ce «faux ami» qu’est l’école.  

 

Bref Historique

 

On ne peut pas remettre en question l’éducation aujourd’hui en France, sans parler de ses débuts, du moins du début de l’école républicaine pour tous ou presque. Avant, nous étions des sauvages qui ne savaient ni lire ni écrire et que l’Etat s’est mis, par charité (suite au siècle des lumières), à vouloir nous instruire pour notre plus grand bonheur. Et un grand merci à ce gentil Jules Ferry. Bon ça c’est la version qu’on apprend à l’école. La réalité est bien différente :

 

Création de l’école et lutte des classes 

 La généralisation de l’école commence au début du 19ième  siècle, avec les lois Guizot de 1833 et Falloux de 1850. Durant cette période, les intérêts de la bourgeoisie étaient de former la main d’œuvre qui bossera plus tard dans leurs usines.

La fin du 18ième  et le début du 19ième  fut une période de lutte intense entre la  bourgeoisie et le prolétariat nouvellement formés, avec notamment la tentative révolutionnaire de la Commune de Paris. Même si le processus était déjà engagé, les révoltes populaires rendirent plus pressante la nécessité pour la bourgeoisie de renforcer son contrôle sur le prolétariat par l’école. La preuve par les mots de Jules Ferry, idole de l’école républicaine :

« Dans les écoles confessionnelles, les jeunes reçoivent un enseignement dirigé tout entier contre les institutions modernes. [...] Si cet état de choses se perpétue, il est à craindre que d’autres écoles ne se constituent, ouvertes aux fils d’ouvriers et de paysans, où l’on enseignera des principes totalement opposés, inspirés peut-être d’un idéal socialiste ou communiste emprunté à des temps plus récents, par exemple à cette époque violente et sinistre comprise entre le 18 mars et le 24 mai 1871. »

 (Discours de Jules Ferry au Conseil général des Vosges en 1879.)

 

Nationalisme 

Par ailleurs, suite à la déculottée militaire de 1870 la bourgeoisie française, prépare la guerre de 1914-1918. Pour se faire, les bourgeois développent  le sentiment national et républicain du peuple qui sera amené à se battre (notamment par l’utilisation du français au détriment des langues régionales). De même, l’idée de revanche, pour récupérer l’Alsace et la Lorraine, devait être insufflée dans l’esprit des prolétaires et des paysans. Et à qui a-t-on confié la tâche ? A l’école bien sûr.

Rôles de l’école

Reproduction des classes sociales 

Ça peut paraître évident pour certains, mais c’est toujours bon de le rappeler : l’école reproduit les classes sociales. En effet, quand on y entre enfant d’ouvrier,  y a peu de chance d’intégrer les grandes écoles qui fabriquent nos dirigeants. Sûr que y’en a toujours qui passent au travers, mais si on regarde des statistiques, on se rend vite compte que les chances sont très minces (les inégalités face au langage par exemple, sont un exemple de handicap en milieu scolaire).

Pour masquer la reproduction de classe, les profs (et malheureusement les parents souvent) ressortent toujours la même rengaine : si tu te casses le cul à l’école tu t’en sortiras ! Ce qui suppose que nous sommes tous égaux à l’entrée de l’école et que c’est pour des raisons individuelles (personnalité, aptitude, ténacité…)   qu’on s’en sort bien ou pas.

 

Confusion de classe

L’école se veut l’institution citoyenne par excellence, celle qui crée les bons citoyens républicains de demain. L’école nous fait oublier qu’il y a le prolétariat et la bourgeoisie, en nous faisant croire que nous sommes tous des citoyens. Cette confusion ne sert que la bourgeoisie.

Les partis politique de gauche, voire d’extrême gauche, prétendent que l’éducation nationale est au service du peuple et que ce sont les gouvernements de droite qui la pervertissent. En défendant cette institution, ces partis soutiennent directement les intérêts de la bourgeoisie.

Formation de main d’œuvre

En effet, voir l’école juste comme le lieu de transmission du savoir et de l’acquisition/développement de l’esprit critique est une erreur. C’est nier le rôle économique de formation de la main d’œuvre.  Les savoirs dispensés seront différents  d’une filière à l’autre selon la nécessité économique de leur futur emploi.  Avec l’essor du travail ouvrier (industriel) au cours du 19ième siècle, la bourgeoisie a eu besoin d’apprendre aux prolétaires à lire, à écrire et à compter. Depuis la situation économique de la France a évolué. Le développement du secteur tertiaire et du travail avec des machines de plus en plus complexes, les a obligés à élever le niveau minimum de l’enseignement. Ce qui explique la forte progression des filières générales dans les pays « développés ». C’est une des raisons qui explique au Pakistan ou en Indonésie par exemple, le taux élevé d’analphabétisme, vu que le travail est essentiellement concentré sur des métiers peu qualifié (textile, agriculture…). Il n’y a donc pas nécessité pour la bourgeoisie d’augmenter le niveau de qualification de ses futurs ouvriers que sont les écoliers issus du prolétariat.

Quelle que soit la filière suivie, la première leçon de l’école est la discipline.

Dés la maternelle l’obéissance et le respect de la hiérarchie sont au cœur de l’enseignement : on lève la main avant de parler,  on ne coupe pas la parole au prof (qui lui ne se gêne pas), on se met en rang… Pourquoi cet apprentissage ? L’argument souvent avancé est que la discipline est essentielle pour bien apprendre. Elle est surtout nécessaire pour le fonctionnement d’une société capitaliste : la soumission au patron est la suite logique de cette soumission au prof.

 

Reproduction des genres

L’école c’est aussi le lieu où les genres sont reproduits. Les inégalités de genre se cumulent avec les inégalités de classe.

L’école est un des lieux de socialisation pour les enfants. De nombreuses recherches ont montré que la socialisation scolaire contribue à la transmission des stéréotypes de sexe : en groupe masculin dominant et groupe féminin dominé.

D’une part, les jeux proposés aux jeunes enfants à l’école maternelle reproduisent cette division sexuelle. Cette division répond à la division sexuée du travail et à la division de classes. D’autre part, les enseignants n’ont pas les mêmes conduites ni les mêmes attentes envers les filles et les garçons.

Un des rôles de l’école est de reproduire les inégalités et de transmettre les savoirs dominants. Ainsi de nombreux auteurs et savoirs ne sont pas transmis, et particulièrement lorsqu’il s’agit de l’histoire des femmes, de leurs luttes… 

 

Risque contrôlé de formation du prolétariat

L’école peut aussi apprendre aux gens à réfléchir par eux même ou avoir du sens critique etc…, mais si nous nous en servons aujourd’hui pour justement critiquer cette éducation et ses inégalités intrinsèques, ce n’est pas « grâce » à cette école républicaine, égalitaire etc… Le risque que prend la bourgeoisie de former le prolétariat est un risque calculé. Certains finiront en effet par utiliser une partie de ce que l’école leur a appris pour la critiquer (un peu comme le service militaire qui peu se retourner contre l’état et la bourgeoisie). Mais ce risque reste minime, comparé au bénéfice pour la bourgeoisie de former idéologiquement, politiquement et économiquement la population.

Quand des écoles brûlaient en 2005 pendant les révoltes de certains quartiers populaires, de l’extrême gauche à l’extrême droite, presque tous pleuraient de voir ces « temples du savoir » disparaître dans les flammes. Pas nous. Outre le fait qu’on n’est pas persuadé que le savoir pousse dans les temples, si on commence à gémir à chaque fois que la lutte des classes prend une forme un peu énervée, on n’a pas fini. Nous ne pensons pas que maintenir ou réformer l’école soit dans notre intérêt: l’école fait partie problème, pas de la solution. Sinon, ça fait longtemps qu’on l’aurait interdite…

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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 12:33

xrisi-avgi-530x353.jpgUn article du monde (presse bourgeoise) sur l'agression de deux députés de gauche (stals et réformistes) par un néo nazi sur un plateau de télé. Si c'est ce qu'ils se permettent à la télé on se demande ce que ça doit etre dans la rue...

On a l'impression que l'histoire se repète comme un vieux disque rayé...

 

Pendant l'émission, le verbe est haut, le ton vindicatif, l'atmosphère hostile. Quand soudain, l'un des débatteurs se lève pour agresser ses contradicteurs. La scène se déroule sur un plateau de télévision, sur la chaîne grecque Ant1, à quelques jours des législatives du 17 juin. L'agresseur est un député néonazi du parti Aube dorée, Ilias Kasidiaris.

C'est lorsque la députée de la gauche radicale Rena Dourou évoque les poursuites lancées contre lui par la justice pour un vol à main armée en 2007 que le porte-parole d'Aube dorée explose. Son procès s'était ouvert mercredi, mais a été ajourné au 11 juin.

L'activiste néonazi jette alors un verre d'eau à la figure de Mme Dourou en l'insultant, avant de se tourner vers une autre élue, communiste, Liana Kanelli, qui s'est levée pour protester. Il la bouscule avant de la frapper au visage de deux gifles et d'un coup de poing, sans que le présentateur parvienne à s'interposer,  avant de s'enfuir des locaux.

Le parquet d'Athènes a ordonné son arrestation, selon la procédure de flagrant délit, a indiqué une source judiciaire.

 


 

 

Condamnations

La violence de l'incident a soulevé une vive émotion en Grèce, alors que selon les sondages, Chryssi Avghi – qui avait fait irruption au Parlement avec 6,9 % des voix lors des élections du 6 mai – pourrait se maintenir au Parlement lors du scrutin du 17 juin, avec environ 4 % des voix.

Le gouvernement a condamné l'agression rapporte To Vima :  "Le minimum que tout citoyen démocrate puisse attendre est la condamnation catégorique de cet acte par Chryssi Avghi". Le Pasok (centre gauche) et Syriza (gauche radicale) et les Grecs indépendants ont annoncé qu’ils ne participeront plus à des débats avec le parti néonazi selon Okea News.

Le Pasok a ainsi appelé les électeurs du groupe à "reconsidérer sérieusement" leur vote, tandis que le syndicat des journalistes jugeait qu'il était "temps que la police s'occupe" des néonazis. La droite conservatrice a elle jugé que l'incident était "une honte pour la société et le système politique" grecs, tandis que la Syriza jugeait qu'il avait "dévoilé le vrai visage de cette organisation criminelle".

"Quand il devra s'exprimer au Parlement ou lors d'émissions télévisées, on découvrira sa faiblesse"

Dans un appel téléphonique ultérieur à la chaîne, Kasidiaris s'est défendu en accusant Mme Kanelli de l'avoir agressé en premier. Il a menacé de porter plainte contre Ant1, qui a rediffusé en boucle l'incident toute la matinée, soutenant que les images avaient fait l'objet d'un montage.

Cet ex-groupuscule semi-clandestin a réussi à prospérer sur la colère d'une partie de la population née des mesures d'austérité, en menant notamment des actions sociales et policières dans les quartiers pauvres d'Athènes, en l'absence de réactions des autorités face à leurs méthodes notoirement violentes.

A la veille des élections qui devaient porter le parti au pouvoir, interrogé par LeMonde.fr George Prevelakis, spécialiste de la Grèce prédisait : "Le parti peut gagner des voix en s'en prenant aux étrangers, mais quand il devra s'exprimer au Parlement ou lors d'émissions télévisées, on découvrira sa faiblesse."

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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 12:07

prison.jpgEntretien avec Céline Reimeringer, permanente de la section Rhône-Alpes de l’Observatoire Internationale des Prisons, autour de la situation de Samir Tafer, condamné initialement à 8 mois de prison, et qui devrait au final en effectuer au minimum 48. Un rassemblement de soutien à Samir aura lieu mercredi 6 juin à 14 h à Lyon.

 

Samir Tafer a déjà effec­tué 40 mois de prison alors qu’il n’était entré que pour 8 mois et qu’il ne devrait pas sortir avant jan­vier pro­chain. Sa déten­tion a été pro­lon­gée de plus de 3 ans, pour des faits (sup­po­sé­ment) commis en déten­tion, suite à 3 plain­tes dif­fé­ren­tes de sur­veillants. Connait-on le nombre de peines de prison pro­non­cées pour des faits commis en déten­tion ? Quelles sont les prin­ci­pa­les accu­sa­tions ?
Céline Reimeringer : Nous n’avons pas connais­sance de sta­tis­ti­ques pré­ci­ses, qui seraient d’ailleurs sans doute très par­lan­tes. Les pra­ti­ques diver­gent selon les par­quets (dans chaque tri­bu­nal) qui déci­dent de pour­sui­vre ou pas tels types de faits. C’est donc très varia­ble selon les établissements. En géné­ral, l’intro­duc­tion ou la déten­tion et le trafic de stups sont sys­té­ma­ti­que­ment pour­sui­vis, il en va de même en cas de vio­len­ces des déte­nus sur les per­son­nels ou d’outra­ges de déte­nus sur les per­son­nels.

Pour le reste, les vio­len­ces entre déte­nus sont assez rare­ment pour­sui­vies (par rap­port au nombre de pro­cé­du­res dis­ci­pli­nai­res inter­nes). Enfin, cer­tains par­quets pour­sui­vent sys­té­ma­ti­que­ment en cas de décou­verte de télé­phone por­ta­ble, d’autres pas. Nombre de faits pour­sui­vis concer­nent donc des actes résul­tant des vio­len­ces et des ten­sions indui­tes par le fonc­tion­ne­ment de l’ins­ti­tu­tion, ce qu’ont montré plu­sieurs études socio­lo­gi­ques. L’une d’elles cons­tate que la prison rend ner­veux, irri­ta­ble, angoissé, agres­sif et stressé » et que « tout peut deve­nir un motif de colère, d’alter­ca­tion, d’insulte ou de vio­lence ».

Malgré cette situa­tion main­te­nant connue et reconnue (l’étude pré­ci­tée date de 2005), les juges au pénal per­sis­tent à condam­ner aveu­glé­ment, sans tenir compte de cette situa­tion par­ti­cu­lière. Le pire de cette logi­que consiste dans les peines plan­cher, à cause des­quel­les un détenu réci­di­viste peut être condamné à 4 ans de prison pour avoir intro­duit 5 gram­mes de shit. Enfin, les déte­nus subis­sent en géné­ral une triple peine pour toute infrac­tion com­mise en déten­tion : ils vont bien sou­vent au mitard dans le cadre de la pro­cé­dure de dis­ci­pline interne, ils se font condam­ner au pénal, mais aussi, ils se voient reti­rer de façon quasi sys­té­ma­ti­que leurs « cré­dits de remise de peine » sur simple déci­sion du juge de l’appli­ca­tion des peines (JAP) et se voient inter­dire des remi­ses de peine sup­plé­men­tai­res pour bonne conduite. Les peines peu­vent donc s’allon­ger très rapi­de­ment, et le cas de Samir est l’illus­tra­tion d’une pro­blé­ma­ti­que récur­rente, qui signe d’ailleurs l’échec de la prison à faire entrer des « petits délin­quants » dans le « droit chemin ».

Les plain­tes peu­vent donc être posées par les sur­veillants pour « outrage et rebel­lion à l’égard de per­son­nes dépo­si­tai­res de l’ordre public », comme les poli­ciers notam­ment. Quelle inci­dence le ren­for­ce­ment de ce délit dans la loi, en 1996, a-t-elle eu en prison ?
C. R. : Une telle infor­ma­tion serait là encore très ins­truc­tive, mais nous n’avons aucune donnée en notre pos­ses­sion.

En juillet 2010, un com­mu­ni­qué de l’OIP poin­tait une série d’allé­ga­tions de vio­len­ces de sur­veillants à l’égard de déte­nus à la prison de Saint Quentin Fallavier. En jan­vier 2012, c’est la prison où a eu lieu la der­nière alter­ca­tion de Samir Tafer, lui valant une année sup­plé­men­taire de déten­tion. Qu’en pensez-vous ?
C. R. : Malheureusement, les auto­ri­tés com­pé­ten­tes (tant judi­ciaire que péni­ten­tiaire) culti­vent le silence à ce sujet et lais­sent donc place à la sus­pi­cion. L’inter­pel­la­tion de l’OIP a été suivie d’une enquête de grande ampleur des ser­vi­ces d’ins­pec­tion interne à la péni­ten­tiaire mais ses conclu­sions ne nous sont pas connues ; le per­son­nel de direc­tion et une partie du per­son­nel d’enca­dre­ment a été muté mais l’admi­nis­tra­tion ne s’est pas expli­quée. Par ailleurs, pour l’ins­tant, seul un dos­sier a donné lieu à la tra­duc­tion devant la jus­tice d’un per­son­nel de sur­veillance qui avait asséné un coup de tête à un détenu au sein de l’établissement. A notre connais­sance, aucune autre condam­na­tion pénale n’a été pro­non­cée. Ce silence des­sert tout le monde, y com­pris les ins­ti­tu­tions concer­nées...

Les gar­diens connais­sent le « cur­ri­cu­lum vitae » des détenu-e-s dès leur arri­vée. Il sem­ble­rait qu’ils se pas­sent le mot, et Samir Tafer les accuse de pous­ser les détenu-e-s à la faute juste avant leur date de libé­ra­tion. Qu’est-ce que les déte­nus connais­sent des sur­veillant-e-s ?
C. R. : En effet, les per­son­nels dis­po­sent de nombre d’infor­ma­tions, notam­ment sur le com­por­te­ment des déte­nus en prison. Le pro­blème prin­ci­pal, c’est la tra­ça­bi­lité de ces infor­ma­tions, c’est-à-dire le fait que les déte­nus traî­nent pen­dant toute leur déten­tion (y com­pris après trans­ferts) le moin­dre inci­dent ou la moin­dre remar­que sur leur com­por­te­ment comme autant de bou­lets. Et l’admi­nis­tra­tion, comme les juges, a ten­dance à deve­nir de plus en plus dure avec les déte­nus qui lui posent pro­blème, ce qui crée un cercle vicieux qui a lui aussi été lar­ge­ment décrit par des socio­lo­gues.
Les déte­nus ont évidemment beau­coup moins d’infor­ma­tions sur les per­son­nels, dont ils ne connais­sent en géné­ral pas le nom (sauf pour les gradés), ni le matri­cule qui n’est pas men­tionné sur l’uni­forme.

Un-e détenu-e peut-il porter plainte contre un sur­veillant ?
C. R. : En théo­rie, oui bien sûr. Le pro­blème, c’est d’abord et avant tout l’iner­tie de l’auto­rité judi­ciaire (les par­quets) à mener des enquê­tes sérieu­ses, c’est à dire à même de per­met­tre la pour­suite des auteurs d’infrac­tions. Le prin­cipe de l’« oppor­tu­nité des pour­sui­tes », qui permet au pro­cu­reur de déci­der de pour­sui­vre ou pas sans avoir à s’en expli­quer a été cri­ti­qué par le Comité contre la tor­ture de l’ONU en 2010, qui s’est dit « par­ti­cu­liè­re­ment préoc­cupé face à la per­sis­tance d’allé­ga­tions qu’il a reçues au sujet de cas de mau­vais trai­te­ments qui auraient été infli­gés par des agents de l’ordre public à des déte­nus et à d’autres per­son­nes entre leurs mains ». L’autre pro­blème, c’est que la plu­part du temps, l’admi­nis­tra­tion refuse d’admet­tre que des vio­len­ces puis­sent être com­mi­ses par des per­son­nels et donc, fasse tout pour étouffer de tels faits. La meilleure preuve, c’est qu’elle ne comp­ta­blise pas dans ses sta­tis­ti­ques sur les vio­len­ces en prison, celles com­mi­ses par des per­son­nels. Plus encore que le com­por­te­ment indi­vi­duel des per­son­nels, c’est la réac­tion des ins­ti­tu­tions qui pose pro­blème.

Quelles sont les condi­tions de juge­ment d’un-e détenu-e ? Peut-il citer des témoins ? Le tri­bu­nal ou la défense ont-ils accès au dos­sier pro­fes­sion­nel d’un sur­veillant pour voir s’il porte plainte régu­liè­re­ment, ou s’il a été impli­qué dans des faits de vio­lence ou d’injure ?
C. R. : Un ami récem­ment incar­céré nous a dit que la parole du détenu est bafouée, et ce dès le pas­sage devant le juge. Pour la seule raison qu’une infrac­tion lui est repro­chée. C’est encore plus vrai en cas de juge­ments de faits commis en déten­tion. C’est un élément qu’il faut avoir à l’esprit pour orga­ni­ser sa défense, car c’est là le prin­ci­pal obs­ta­cle qu’il devra affron­ter. En géné­ral, le dos­sier pénal est très mince et par­fois cons­ti­tué des seules pièces pro­dui­tes par l’admi­nis­tra­tion péni­ten­tiaire. Le détenu aura donc beau­coup de mal à se défen­dre. D’autant plus que la plu­part du temps il sera pré­sent devant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel après une simple enquête du par­quet lors de laquelle il ne peut inter­ve­nir pour deman­der les actes d’inves­ti­ga­tions. Et devant les juges, il est bien sou­vent trop tard ...

Que conseiller à des pro­ches de pri­son­niers pas­sant au tri­bu­nal pour des faits simi­lai­res à ceux de Samir Tafer ?
C. R. : Outre ce qui pré­cède, tou­jours refu­ser la com­pa­ru­tion immé­diate. Et trou­ver un avocat qui accepte de tra­vailler le dos­sier aussi sérieu­se­ment que pos­si­ble.

Que pensez-vous plus géné­ra­le­ment de la situa­tion de Samir ?
C. R. : Dès qu’il est amé­na­gea­ble, il fau­drait qu’il puisse béné­fi­cier d’un amé­na­ge­ment de peine. Malheureusement, les JAP accor­dent sou­vent une grande impor­tance aux pro­fils des condam­nés alors que le com­por­te­ment en déten­tion et les pers­pec­ti­ves de réin­ser­tion sont deux choses bien dif­fé­ren­tes. Le sou­tien des pro­ches pour pré­pa­rer un projet et créer le lien avec l’exté­rieur reste essen­tiel, et ceux qui ne l’ont pas se trou­vent bien sou­vent dans l’impasse.

 

repris sur rebellyion.info

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 11:28

Voici un article de la presse bourgeoise (le Monde) qui détaille les différentes mesures d'austérité qui seront problement prises par le gouvernement "socialiste". L'austérité arrive... Saurons nous être à la hauteur et la refuser?

austerite-france.jpg

Les recommandations se suivent et se ressemblent. Après la Commission européenne et la Cour des comptes, c'est l'inspection générale des finances (IGF) qui met les points sur les "i" en chiffrant les économies que l'Etat devra faire sur ses dépenses (376 milliards d'euros en 2012) : entre 3,9 et 5,3 milliards par an, selon que le retour des comptes publics à l'équilibre est fixé à 2017 ou 2016.

Dans un rapport, dont Les Echos du 4 juin révèlent l'existence, l'IGF souligne, après ces deux institutions, que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault ne pourra pas tenir ses engagements européens sans infléchir très substantiellement le rythme de progression naturelle des dépenses de l'Etat (il faudrait grosso modo le diviser par deux).

DURCISSEMENT

Compte tenu de l'existence de nombreuses dépenses incompressibles comme la charge de la dette, les économies à trouver par rapport à l'évolution spontanée représentent une baisse de 8 % sur les autres dépenses.

Surtout, alors que l'exécutif  a renvoyé à la fin du mois – après les législatives et une fois connus les résultats de l'audit demandé à la Cour des comptes – toutes les décisions qui fâchent sur les finances publiques, Bercy identifie un certain nombre de pistes d'économies et les chiffre.

S'agissant des dépenses de personnel (81 milliards en 2012), l'IGF mentionne la poursuite du non-remplacement d'un fonctionnaire de l'Etat sur deux partant à la retraire, voire le durcissement de la règle du "un sur deux" en "deux sur trois", mais propose surtout une norme qui "pourrait être exprimée en pourcentage de réduction annuelle du plafond d'emplois" (– 1,5 %, soit 28 000 suppressions, ce qui permettrait d'économiser 900 millions par an).

BAISSE DES PRIMES

Pour limiter la progression de la masse salariale de l'Etat, l'inspection générale des finances cite diverses pistes, toutes de nature à heurter les organisations syndicales de fonctionnaires : la poursuite du gel du point d'indice de la fonction publique (510 millions d'économies), la limitation voire le gel des dispositifs catégoriels (550 millions) mais aussi une baisse de 5 % des primes des agents de catégorie A (la plus élevée) et B (640 millions). La source d'économies la plus importante serait toutefois le gel des avancements individuels de carrière (1,2 milliard sur une année), nettement plus "rentable" que celui des pensions, chiffré par l'IGF à 700 millions par an).

Côté dépenses de fonctionnement (19,3 milliards dont la moitié pour la défense), une diminution de 2,5 % par an représenterait une économie de 800 millions mais, prévient l'IGF, elle nécessiterait "la mise en œuvre de réformes structurelles de grande ampleur" qui toucheraient notamment les armées, déjà beaucoup mises à contribution ces dernières années.

MUSÉES ET UNIVERSITÉS

Comme la Cour des comptes, l'IGF pointe la nécessité de s'attaquer à la question très sensible des dépenses d'intervention. Elle propose de faire baisser de 2 % par an les dépenses de guichet (comme l'allocation adulte handicapé, les aides au logement, etc.) et évoque, à titre d'exemple, une possible désindexation des prestations qui permettrait d'économiser 600 millions d'euros par an tout en limitant l'impact de ce tour de vis sur les bénéficiaires d'aides sociales.

Deux autres pistes sont proposées : une certaine rigueur pour les 560 opérateurs de l'Etat (les universités, les musées, Pôle emploi, le CNRS etc.), sous la forme d'une diminution annuelle de 1,5 % des autorisations d'emplois et de 2,5 % de leurs dépenses de fonctionnement, et une stabilisation en valeur absolue des investissements militaires

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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 10:04

usine-serieuse-chine.jpgA mille lieues du capitalisme qui soi disant n'emploierait que des ingénieurs et des communiquants, les produits Apple sous traités à Foxconn, pour être fabriqués nécessitent l'exploitation de nombre hallucinant d'ouvriers chinois. Foxconn emploie 2 million d'ouvriers, et la plus grande usine de produits Apple emploie 250 000 personnes, dans des conditions déplorables, avec l'aide de milices privées pour faire régner la discipline chez ses salariés. Voici un article du monde diplo qui en parle plus en avant...

 

« C'est la première fois que je parle à un étranger. Tu connais Michael Jackson ? J'ai toutes ses chansons sur mon téléphone ! » Minuit trente, devant l'entrée de Hongfujin, une branche de Foxconn qui fabrique l'iPod. Dans la moiteur nocturne de Longhua, la banlieue de Shenzhen, une cohorte de cuisiniers ambulants, le réchaud à gaz soudé à l'arrière du triporteur, sont venus faire concurrence à la cantine de l'usine. Ils haranguent ces milliers de jeunes en veston rose ou noir quittant leur poste de travail le ventre vide. Certains sont curieux et nous abordent de manière candide et enjouée. Pour les clients attablés autour de l'installation de M. Bo Zhang, la portion de nouilles sautées est à 3 yuans (1). A lui seul, M. Bo en prépare au moins mille par jour. « Les chefs de Foxconn préfèrent garder leurs salariés près des ateliers pendant la pause-repas. Alors, dès qu'on arrive, ces salauds font baisser le prix des plats de cantine à 1,50 yuan, contre 4 yuans le reste du temps ! »

M. Bo est lui-même un ancien ouvrier de Foxconn. Il était affecté à l'atelier de laminage des coques métalliques des MacBook. Il se souvient d'une salle mal ventilée et bruyante, de la chaleur suffocante, de cette poussière d'aluminium qui lui recouvrait la peau et les cheveux. A l'époque, non seulement les ouvriers n'avaient aucun contact avec la hiérarchie taïwanaise, mais même les cadres chinois évitaient toute relation avec leurs homologues taïwanais, pourtant décisionnaires. Sans surprise, ses demandes de mutation étaient toutes refusées. Il a quitté l'usine au bout d'un an, en mai 2010. Pour mieux revenir. « Maintenant, ce sont les ouvriers qui me font vivre », s'amuse-t-il. Et tant pis si les rats déambulent sous ses tabourets en plastique et si la fumée des usines se mêle au parfum subtil de la sauce de soja.Autour de son restaurant de fortune, pas de gardien : seulement une foule de jeunes gens fatigués, qui préfèrent la convivialité de M. Bo à la stricte discipline qui règne chez Foxconn, de l'autre côté des portiques de sécurité. D'après eux, les humiliations et les punitions des chefs d'atelier ont cessé depuis le scandale des suicides en série, au cours du premier semestre 2010 (2). « Les managers sont beaucoup plus discrets. En fait, on ne les entend plus. Si on est solide dans sa tête, c'est gérable. Je travaille debout, mais j'ai une pause de dix minutes toutes les deux heures », nous raconte Yang (3), 21 ans et sec comme un sarment de vigne. Son camarade Cao Di se souvient des vexations passées : « On devait réfléchir à nos erreurs en restant debout, face à un mur, pendant six heures, quand l'objectif de production n'était pas atteint. » Toutefois, le règlement reste sévère : « Evidemment, on laisse toujours les téléphones portables à l'entrée, et on ne peut ni aller aux toilettes, ni parler, ni boire une gorgée d'eau pendant le travail. » Il faut attendre les pauses. A eux deux, les jeunes hommes emballent huit mille iPad par jour, de 8 heures à 19 heures. « Depuis ceux de la première génération, en 2010 », précise l'un, fièrement.Parfois, des bagarres éclatent entre gardiens et travailleursC'est ici, à Longhua, que le fondateur taïwanais de Foxconn, M. Terry Tai-ming Gou, a construit sa première usine chinoise, en 1988. Engoncés dans un bunker de trois kilomètres carrés cerné par les dortoirs, trois cent cinquante mille ouvriers y fabriquent jour et nuit les imprimantes et les cartouches Hewlett-Packard (HP), les ordinateurs Dell ou Acer, les liseuses Kindle d'Amazon, la PlayStation de Sony et tous les produits de la gamme Apple. Face à l'insatiable demande mondiale suscitée par ces derniers, Foxconn a construit deux usines supplémentaires : l'une, dans le Sichuan, pour les iPad; l'autre, dans le Henan, pour les iPhone. La production a démarré le 30 septembre 2010 pour la première, en août 2011 pour la seconde. Chacune emploie environ deux cent mille ouvriers.A Shenzhen, depuis le matin, des hommes en costume sombre, imperturbables, s'affrontent aux cartes dans une salle enfumée. De temps à autre, ils jettent un regard distrait en direction de l'écran qui retransmet les images de télésurveillance. Ils gèrent une dizaine de dortoirs aux façades carrelées, comme il en existe partout dans la ville. Les leurs sont séparés de l'atelier B4 de l'usine Foxconn par deux routes à quatre voies que les camions empruntent à toute heure. Du dernier étage, à travers les barreaux des fenêtres, on aperçoit des jeunes hommes en train d'empiler des cartons noir et vert - les couleurs de la marque Acer.Ces gérants récupèrent les loyers de douze mille ouvriers entassés dans mille cinq cents chambres, filles et garçons séparés, pour le compte d'un riche propriétaire. Les machines à laver et les distributeurs d'eau potable sont installés dehors, au milieu des sacs de déchets ménagers jetés depuis les fenêtres et aussitôt éventrés par les chiens errants. Les rideaux de fer du rez-de-chaussée cachent une pléthore de cybercafés illégaux et de salles de jeu en réseau à 1 yuan de l'heure, ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre, où les jeunes ouvriers peuvent s'évader.Car, faute d'espace suffisant, Foxconn n'héberge qu'un quart de sa main-d'oeuvre, sur un « campus avec piscine olympique, salles de gym et hôpitaux », clament les communiqués de presse. L'immense majorité du personnel occupe des dortoirs privés construits à la va-vite, collés les uns aux autres, sur des terrains sans nom de rue. Les ouvriers se retrouvent ainsi à la merci de commerçants de tout poil et d'hôteliers cupides sur lesquels l'entreprise taïwanaise n'a guère de prise.Grâce à la télésurveillance, nos gérants ont surpris quelqu'un en train de jeter un mégot dans l'escalier. Ils envoient un gardien le cueillir fissa. D'après le règlement affiché dans tous les couloirs, le pauvre est bon pour une amende non négociable de 20 yuans. A Longhua, le maintien de l'ordre est l'affaire de sociétés de sécurité privées : des freluquets en uniforme de police, mais sans arme ni insigne. Comme ceux qu'ils surveillent, ce sont des migrants, recrutés devant l'usine. La paie est la même; seul un képi les sépare.A l'entrée des ateliers, des magasins et des dortoirs, ils infligent des amendes tous azimuts, vérifient les badges et fouillent les sacs à dos. Un appel de détresse à la police, et ce sont eux qui rappliquent les premiers. La plupart se pavanent sur des vélos tout-terrain (VTT), un gyrophare bleu et rouge vissé sur le porte-bagages. Le soir, ils se postent aux extrémités de chaque rue, toutes lumières allumées, faisant croire à des barrages policiers pour mieux contrôler les flux. Parfois, des bagarres éclatent entre gardiens et ouvriers, et c'est alors à la police d'intervenir. « Les forces de l'ordre, les vraies, ne se déplacent que lorsqu'on leur signale un rassemblement inhabituel. Elles se mettent à filmer les meneurs un par un, et les gamins finissent par se disperser », raconte un commerçant. Depuis leur pick-up sophistiqué, les policiers de Longhua actionnent une caméra rotative. Leur hantise, ce sont les tentatives de manifestation, récurrentes dans la province; en revanche, ils semblent beaucoup plus tolérants à l'égard des innombrables bordels camouflés en karaokés ou en salons de massage. Plusieurs publicités proposent également de faux diplômes, de faux permis de conduire, voire de fausses cartes d'identité. Un fléau, au dire de Foxconn : « Jamais nous ne chercherions à recourir au travail de mineurs. Si des cas étaient avérés, ce serait parce que des travailleurs auraient utilisé de faux documents et feraient plus vieux que leur âge », a déjà déclaré l'entreprise. Des audits menés par Apple en 2011 ont mis en évidence des cas de ce genre chez cinq de ses fournisseurs (4).Dans cette ville-usine, des écoles de formation continue farfelues séduisent également les ouvriers aspirant à une reconversion. C'est le cas de M. Guo Tan, 25 ans, affecté depuis deux ans à la peinture des coques de téléphone Nokia. Son frère travaille dans une usine de briquets du Zhejiang; sa soeur, dans une usine de pantoufles à Dongguan (Guangdong). Après le Nouvel An chinois, il a suivi une formation de « marketing en ligne » dans un institut ayant pignon sur rue à Longhua qui lui promettait une nouvelle carrière, un nouveau départ : « J'ai voulu me réorienter car je passe des horaires de nuit aux horaires de jour chaque mois, parfois toutes les deux semaines sans préavis, ce qui m'empêche de dormir correctement. » M. Guo travaille douze heures par jour, six jours sur sept. Contre la somme exorbitante de 4 000 yuans, soit plus du double de son salaire de base, mais « payable en plusieurs fois », il s'est offert trois heures de cours par jour, quatre jours par semaine, pendant deux mois, avec un joli certificat à la clé. Mais ce document n'est pas un diplôme, et la formation n'est reconnue par aucune des entreprises chinoises où il voudrait être embauché. Originaire du Guizhou, l'une des provinces les plus pauvres du pays, il a un objectif : « Je voudrais rentrer chez moi avec une compagne et assez d'argent pour monter ma petite affaire, être mon propre patron. Cela rassurerait mes parents. » Contraint de renflouer son compte, il restera encore quelque temps chez Foxconn.Boissons énergisantes, peluches géantes et bijoux de pacotilleA Longhua, la naïveté de la main-d'oeuvre n'a d'égal que son appétit consumériste. Dès la sortie de l'atelier, les ouvriers nagent dans un univers de tentations abordables. Les dortoirs les plus proches de chacune des sorties de l'usine (Nord, Sud, Est, Ouest) sont tapissés de publicités lumineuses et sonores pour des téléphones portables ou des boissons énergisantes. Dans la rue, les jeunes gens sont appâtés par mégaphone : pour des peluches géantes, des bijoux de pacotille... ou même des vestes Foxconn contrefaites, à 35 yuans pièce, « quand ils finissent par perdre celle donnée par la direction le jour de l'embauche et qu'ils doivent porter obligatoirement six jours sur sept », dit la vendeuse. Plus loin, sur Minqing Lu, un tatoueur a installé son kit électrique près d'un lampadaire. Le passage continu de camions soulevant des nuages de poussière ne saurait le distraire. Pour 300 yuans, il grave de redoutables dragons sur le torse ou le dos des ouvriers. Quand vient leur jour de repos hebdomadaire, ou mensuel si les heures supplémentaires s'accumulent, ces travailleurs font aussi la queue chez le coiffeur ou louent des patins à roulettes pour mieux se défouler sur la place principale. Cachés sous des banderoles vantant le « développement harmonieux » de Longhua, des haut-parleurs diffusent leurs musiques préférées.A l'écart du vacarme, au-dessus d'un magasin de couvertures, résonnent les chants d'une église évangélique ayant sans doute échappé au bureau des affaires religieuses de Shenzhen. « Dieu vous appelle », peut-on même lire en caractères vert et rouge sur la fenêtre du premier étage. Depuis son ouverture, il y a cinq ans, des ouvriers de Foxconn viennent y prier, pleurer et chanter, de jour comme de nuit. Leurs dons ont déjà permis d'acheter un petit piano et de financer les déplacements d'un pasteur basé à Dongguan. Pour l'instant, pas de quoi perturber les autorités.Et puis, en avril 2011, miracle : le métro est finalement arrivé à Longhua. Toutes les huit minutes, une rame climatisée s'arrête au terminus de Qinghu, avenue Heping Lu, et emmène la jeunesse ouvrière jusqu'à Lohuo, le quartier animé de Shenzhen, frontalier de Hongkong. « Toujours plus de trafics, de tentations et d'insécurité », résume M. Sunny Yang, un ingénieur, de retour d'une soirée badminton entre amis. Il vit à Longhua avec son épouse et sa fille de 2 ans et supporte de moins en moins la cacophonie de la ville-usine. « Même si cela reste une ville qui donne leur chance aux diplômés », croit-il devoir ajouter.Rassurante aux yeux de M. Yang, une population beaucoup plus paisible a fait son apparition dans les dortoirs : les seniors. Ils passent leurs journées assis autour des rares terrains de jeu, et se servent des grillages comme étendoirs de vêtements... pour bébés.Ces sexagénaires n'ont pas déménagé au milieu des usines pour le plaisir, mais parce que leurs travailleurs d'enfants, salariés chez Foxconn, ont fait appel à eux pour s'occuper de leur progéniture. C'est le projet de Lei, 23 ans, originaire du Hunan et mère d'un petit garçon de 2 ans et demi : « Mes parents aussi étaient ouvriers migrants dans la région, et leur hukou rural [passeport interne] ne me permettait pas d'être inscrite à l'école [les migrants n'ont pas les mêmes droits que les urbains, notamment pour l'accès aux services publics]. Alors ils m'ont laissée au village. Durant toute mon enfance, je ne les voyais qu'une fois par an, pour le Nouvel An. Je ne veux pas que mon fils connaisse la même solitude. Je veux lui offrir une scolarité sur place, quitte à en payer le prix », revendique la jeune femme, qui nous fait visiter sa modeste demeure.Pour l'instant, la famille vit à trois dans une chambre de neuf mètres carrés, pour 350 yuans par mois. Juste assez grand pour le matelas, le téléviseur et la poussette du petit. Le mari de Lei assemble les téléphones fixes Cisco, douze heures par jour, six jours sur sept. Il gagne bien sa vie : jusqu'à 4 000 yuans par mois. Lei a arrêté de travailler à la naissance de son bébé. Elle est enceinte de cinq mois. A la naissance du deuxième, elle fera venir ses parents retraités et reprendra le travail, pour doubler le revenu du foyer.Education sexuelle et décoration rose bonbon au centre de santéQu'en pensent les aînés qui ont déjà quitté leurs campagnes ? « C'est vrai qu'on s'ennuie un peu ici, l'air est pollué, les rues sont sales, il n'y a pas de place pour cultiver son potager et on se sent un peu surveillé avec tous ces gardiens », soupire Mme Jiang, 63 ans. Avec d'autres, elle attend aujourd'hui un livreur hongkongais de lait maternisé importé, « garanti sans mélamine ».A Longhua, de nombreuses mères et futures mères connaissent bien leur corps et leurs droits, ce qui a le don d'agacer leurs supérieurs hiérarchiques à l'usine. « Quand j'ai appris que j'étais enceinte, mon chef d'atelier m'a fait attendre dix jours avant de m'exempter de passage au détecteur de métaux. Et quand j'ai demandé à changer d'atelier, il a refusé. J'ai dû convaincre son supérieur », s'amuse cette jeune femme. Enceinte de huit mois, Mme Jun Hao est désormais préposée à l'étiquetage des cartons d'ordinateur : « J'appose des autocollants pour 3 000 yuans par mois. C'est correct, non ? » Après l'accouchement, elle devrait bénéficier d'un congé maternité de trois mois : « Ma mère n'y croit pas une seconde, mais cela figure bien dans le contrat. » La Chine continentale propose quatre-vingt-dix-huit jours de congé maternité payés 100 % du salaire mensuel moyen de l'année précédente, soit vingt-huit jours de plus qu'à Hongkong. Une mesure facile à faire respecter dans la fonction publique et les grosses entreprises d'Etat chinoises, mais beaucoup moins dans le secteur privé, reconnaît le quotidien officiel China Daily (5).D'où peut venir la prise de conscience de Mme Jun ? Des heures passées sur les forums de discussion féminins, depuis les ordinateurs des cybercafés pléthoriques ? On en doute, tant ces espaces sont le territoire des garçons, obsédés par les jeux en réseau. Peut-être plutôt des campagnes d'information menées par quelques hôpitaux, comme le centre gynécologique Huaai de Longhua. Dans l'anonymat, jusque tard le soir, les ouvrières viennent avec leur compagnon y glaner toutes sortes de renseignements liés à la maternité ou à la contraception. « Plus ils connaîtront leurs droits, plus ils obtiendront aisément des avancées, et pas seulement sur les salaires (6). C'est une garantie de stabilité pour Shenzhen », dit-on chez eux. Précision étonnante : malgré une décoration rose bonbon, cet établissement de santé bénéficie d'un partenariat avec l'Armée populaire de libération (APL). La majorité de ses médecins sont des officiers militaires. On reste pantois devant les panneaux d'éducation sexuelle illustrée fixés le long des trottoirs, qu'un gardien nous interdira toutefois de photographier. « L'homosexualité est un phénomène culturel comme le sadomasochisme. Il n'a pas encore atteint sa maturité en Chine », peut-on y lire - manière de dire que la société chinoise ne serait pas tout à fait prête à accepter l'homosexualité.Lorsqu'ils arrivent avec leur baluchon devant l'imposant centre de recrutement, près de la porte Nord, les jeunes migrants découvrent les slogans d'accueil : « Réaliser ses rêves », « Faire fortune ». Ils peuvent contempler des photographies géantes où des ouvriers euphoriques sont déguisés en étudiants de campus américain, un chapeau mortier sur la tête. Plus pragmatique, un panneau rouge rappelle qu'« il ne faut ni diplôme ni argent pour rejoindre l'entreprise », n'en déplaise aux rabatteurs. En mal de commissions, ceux-ci promettent un poste aux candidats déboussolés dès leur descente du métro, en mentant sur le salaire et les horaires.A Pixian, des bus relient les ateliers A, B et C aux dortoirs 1, 2 et 3Pour conserver sa main-d'oeuvre, Foxconn doit désormais ferrailler avec ces patrons de petites usines qui n'hésitent plus à coller leurs offres d'emploi jusqu'aux portes des dortoirs, ni à s'aligner sur les salaires en vigueur à Longhua. Ils profitent de l'environnement high-tech de la zone industrielle pour venir fabriquer leurs propres téléphones, destinés aux marchés modestes des petites villes ou des campagnes chinoises. « Ce qu'on perd en coût de main-d'oeuvre, on le récupère dans notre marge, puisqu'on vend directement notre produit aux utilisateurs », explique un homme d'affaires rencontré dans le magasin d'usine Samzong - à ne pas confondre avec Samsung, évidemment. De fait, les téléphones KPT, inspirés des BlackBerry, ou les Ying Haifu, semblables aux Nokia, sont également fabriqués à Longhua. Peut-être même dans ces usines « à louer » que proposent des annonces taguées sur les murs.On quitte Shenzhen Longhua et son univers impitoyable avec le sentiment que, en dehors de leurs stricts horaires de travail, Foxconn n'a plus guère de prise sur ses petits soldats de l'électronique. Loisirs, sommeil, formation, spiritualité, alimentation, pouvoir d'achat et déplacements : autant de domaines exploités par des acteurs externes, souvent prédateurs, parfois bienveillants.Contacté par téléphone, M. Louis Woo, le porte-parole de l'entreprise, confirme ce phénomène, mais ne le condamne pas : « Nous ne pouvons guère contrôler une nouvelle génération d'ouvriers qui a choisi de vivre et de s'épanouir au milieu d'autres jeunes. Nous avons compris que leur obsession n'est plus de retourner à la maison. Même s'ils ne rechigneraient pas à rentrer plus souvent auprès de leur famille, ils veulent vivre, consommer et s'épanouir avec leurs pairs, entre jeunes. »Forte de cet enseignement, la société taïwanaise a choisi de poursuivre son développement ailleurs, vers l'intérieur du pays, dans des provinces certes éloignées des grands ports marchands mais riches de terrains vierges, où il est possible de repenser un complexe industriel de A à Z, et où les édiles locaux lui déroulent le tapis rouge.Comme à Pixian - situé à plus de mille kilomètres de Shenzhen -, dans la banlieue de Chengdu (province du Sichuan), où Danone met en bouteille son eau Robust et où Intel fabrique ses processeurs. Le 16 octobre 2009, soit avant même la vague de suicides du premier semestre 2010, une promesse d'investissement conjoint est signée avec les autorités du Sichuan. Le chantier démarre le 25 juillet 2010; la production commence le 30 septembre. Mais une explosion mortelle survient sept mois plus tard. Elle est due à un défaut structurel de ventilation, comme le confirme une enquête du New York Times détaillant les conditions de travail des ouvriers de Chengdu (7).Foxconn y fabrique désormais douze millions d'iPad par trimestre, soit les deux tiers de sa production totale, répartis entre huit ateliers et cinquante lignes de production superposées sur un périmètre de quatre kilomètres carrés.Ici, finis les bordels tapageurs et les karaokés clinquants, les réclames lumineuses, les ateliers de téléphones contrefaits et les églises évangéliques : les ouvriers évoluent docilement dans une ville-usine toute neuve, aseptisée, d'architecture néostalinienne. Des routes à deux fois trois voies relient les ateliers massifs A, B et C aux portes des dortoirs 1, 2 ou 3. Ce sont les bus articulés de la ville de Chengdu qui assurent la navette, de jour comme de nuit - à faible allure, pour échapper aux radars automatiques. Avec les bétonneuses, les camions de marchandises et les voitures de police, ce sont les seuls véhicules que l'on voit circuler dans Pixian.Ce nouvel ensemble industriel, édifié en un temps record - soixante-quinze jours - par Jiangong, une société contrôlée par la ville de Chengdu, se situe dans une nouvelle zone franche; il est donc exempté d'impôt. L'installation de Foxconn est décrite dans la presse locale comme « le projet numéro 1 du gouvernement du Sichuan ». Pour les beaux yeux de M. Gou, les autorités ont construit six nouvelles routes, deux ponts, 1,12 million de mètres carrés de surface habitable pour les ouvriers. Elles ont dépensé 2,2 milliards de yuans en indemnités d'expropriation pour dix mille familles, dont les quatorze villages ont été rasés dès août 2010 (8).Les nouveaux ateliers Foxconn ne sont guère que d'austères bâtisses blanches percées de milliers de petites fenêtres teintées. Ils s'étalent le long de deux avenues rectilignes aux noms évocateurs : Tian Sheng lu (« ciel victoire ») et Tian Run lu (« ciel profit »). Aucun filet antisuicides n'a été tendu autour des ateliers, comme c'est le cas à Longhua. La main-d'oeuvre, moins âgée, est certes moins payée - le salaire de base est de 1 550 yuans, contre 1 800 à Shenzhen -, mais elle est du cru et peut rendre visite à la famille plus aisément. « Culturellement, Chengdu n'a rien à voir avec Shenzhen, qui est une ville composée exclusivement de migrants. Notre usine de Longhua compte par exemple 20 % de jeunes du Henan, 10 % du Sichuan. Mais ici, les travailleurs sichuanais sont entre eux; ils sont donc plus détendus. Et puis, les gens du Sichuan sont connus pour leur chaleur humaine. On y trouve tellement de salons de thé ! », s'emballe M. Woo, le porte-parole de Foxconn. Pas sûr que ses ouvriers aient le temps de s'y égarer.D'après les témoignages recueillis sur place, les autorités locales se chargeraient elles-mêmes du recrutement - preuve que Chengdu prend ce projet très au sérieux. Chaque village de la province du Sichuan se voit ainsi imposer des quotas de travailleurs à fournir à Foxconn. « J'ai accepté l'offre du chef de parti du village en échange d'une aide administrative : il a fait accélérer mes démarches de mariage avec ma compagne, originaire d'une province voisine. Mais ce n'est pas du travail forcé. Je peux démissionner quand je le souhaite, et notre village peut continuer de recevoir ses subventions du gouvernement provincial », dit Yang, affecté aux stocks. Même les étudiants en informatique ont été mobilisés pour y effectuer leurs stages. « Ces méthodes sont provisoires et correspondent à une phase initiale de développement. Les ouvriers ne nous connaissent pas, ils ne viennent pas d'eux-mêmes faire la queue au centre de recrutement. Il faut donc aller les chercher », commente-t-on chez Foxconn. Chez eux, le taux de rotation du personnel est élevé. Vingt-quatre mille ouvriers (soit près de 7 % de la main-d'oeuvre, tous les mois) à Shenzhen Longhua, avance le Daily Telegraph (9). Peut-être beaucoup plus à Chengdu : « Quand des amis ont voulu s'en aller, un directeur des ressources humaines leur a demandé d'attendre. Il avait déjà quarante mille lettres de démission à traiter », nous confie un salarié.Baptisés « Jeunesse joyeuse », mais truffés de gardiens, les dortoirs de Pixian font jusqu'à dix-huit étages, filles et garçons séparés. Ils sont répartis entre les quartiers de Deyuan, Shunjiang et Qingjiang. Chaque ensemble de trois dortoirs propose cantine, supermarché sans alcool, cybercafé, distributeurs de billets, tables de ping-pong et terrains de badminton. Chaque chambrée compte six à huit personnes - pour un loyer mensuel par lit de 110 yuans - et dispose d'une salle d'eau avec toilettes et cabine de douche. Pour économiser du temps et de l'énergie aux travailleurs, leur linge est récupéré par une entreprise de nettoyage.Le cybercafé, plébiscité par la jeunesse ouvrière de Pixian, offre une décoration soignée, l'air conditionné et de larges fauteuils. Les ordinateurs affichent le logo Foxconn en fond d'écran. Le prix de la connexion double au-delà d'une heure, incitant les ouvriers à ne pas trop s'attarder. Seuls les magasins franchisés semblables à ceux des grandes villes, comme Family Mart, ont droit de cité. « Quand on sort de la chambre ou de l'usine, la vie est plutôt chère », regrette Cheng, dont la journée est réglée comme du papier à musique. « Je me lève à 6 heures, je prends le bus à 6 h 40 et je commence ma journée à l'atelier à 7 h 30. Comme je travaille jusqu'à 20 h 30, je suis chez moi à 21 h 10. Ça me laisse une heure pour en profiter avant l'extinction des feux. » Dehors, les vendeurs illégaux de nouilles et de brochettes joueront toute la nuit au chat et à la souris avec les policiers au volant de voiturettes de golf.C'est ce même paysage que l'on achève de façonner dans la banlieue de Chongqing, à trois cents kilomètres de Chengdu. Foxconn déménage ici une partie de son atelier d'imprimantes HP de Shenzhen. La production démarre à peine, tandis que les bus universitaires de Chongqing ramènent leurs flots d'étudiants réquisitionnés pour un stage obligatoire en usine. Ils rejoindront sans doute ces dix mille ouvriers de l'atelier HP de Shenzhen qui ont déjà accepté de revenir vers leur province natale, comme Pan Fang, 22 ans, et ses amis. Leur nouvelle chambre compte huit lits numérotés et huit tabourets. Leur première impression est positive : « Ici, l'air est moins pollué, et Foxconn nous a installé l'eau chaude, la clim' et même un téléviseur. » Ils savent déjà que leur travail sera identique : ils assembleront chacun six cents imprimantes par jour. Et espèrent que leur salaire suivra...Note(s) : (1) 1 yuan = environ 0,12 euro.
(2) Entre janvier et mai 2010, treize jeunes ouvriers avaient tenté de mettre fin à leurs jours ; dix avaient réussi. Lire Isabelle Thireau, « Les cahiers de doléances du peuple chinois », Le Monde diplomatique, septembre 2010.
(3) Certaines des personnes rencontrées n'ont pas donné leur nom, souvent par crainte de représailles.
(4) « Apple supplier responsibility. 2012 progress report », Apple.
(5) « "Soft welfare" needs supervision », China Daily, Pékin, 26 avril 2012.
(6) Depuis 2009, le salaire de base des trois cent cinquante mille ouvriers de Longhua - hors primes et heures supplémentaires - a doublé, passant de 900 à 1 800 yuans mensuels.
(7) « In China, human costs are built into an Ipad », The New York Times, 26 janvier 2012. Cette enquête a conduit Apple à adhérer à l'organisation non gouvernementale Fair Labor Association.
(8) Nanfang Zhoumo, Canton, 10 décembre 2010.
(9) « "Mass suicide" protest at Apple manufacturer Foxconn company », The Daily Telegraph, Londres, 11 janvier 2012.© 2012 SA Le Monde diplomatique.

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