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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 11:49

Concernant la manifestation anticapitaliste qui a rassemblé 6.000 personnes à Francfort (Main) le samedi 31 mars à l’appel de nombreuses organisations anarchistes, antifascistes et communistes, la presse de ce dimanche ne retient que les affrontements entre manifestant(e)s et forces de répression.Le but de la manifestation était de dénoncer le système capitaliste, ses politiques d’austérité en Europe et de marquer sa solidarité avec les luttes sociales comme les récentes grèves générales en Espagne et au Portugal.

 

 

 

Manifestation du 31 mars à Francfort :

 

 

Le blog Ubeudgen’s Blog explique à ce propos : “A propos de la manif du 31 mars à Francfort : l’encerclement et la dissolution de la manif avait été planifiés. Ce n’est que 100 minutes après la première vitrine brisée que la police a attaqué ! Un barrage policier d’environ 100 personnes n’était toujours pas levé après quatre heures. Et après on “s’étonne” que les gens s’énervent. Non pas que je sois pour des affrontements, mais des heures pressés comme des sardines dans un cordon policier c’est à la limite de la torture ! Mais ce n’est pas écrit dans la presse. J’en ai été le témoin oculaire”.

 

Dans son communiqué de presse, les organisateurs de la manifestation expliquent :

“Au cours de la manifestation, il y a eu des jets de pierres et de sacs de peinture contre le siège de la Banque Centrale Européenne, le Centre de la Police de la Ville et des agences d’intérim. Sous prétexte d’attraper “certains suspects”, la police a séparé (…) tout le dernier tiers de la manifestation à coup de matraques et de gaz lacrymogènes et l’a bloqué. Plusieurs personnes ont alors été blessées et certaines gravement. En raison de cette intervention disproportionnée, toute la manifestation a été bloquée pendant une heure et demi et continuer était devenu quasiment impossible. C’est pourquoi la manifestation qui devait d’abord aller jusqu’au chantier de construction de la nouvelle BCE s’est dissoute à Francfort Est. Plus de 200 manifestants ont été retenus dans la rue. On a refusé aux avocats de prendre contact avec ceux qui été retenus. Selon un porte-parole de la fédération (Ndt : des organisateurs) ce comportement de la police est “manifestement illégal”.

Après la dissolution de la manifestation, plusieurs centaines de manifestant(e)s sont allés vers le centre-ville. Des actions on à nouveau été menées contre des bâtiments de bureaux et d’affaires, contre l’hôtel de ville et l’agence pour l’emploi.

Leo Schneider, porte-parole du regroupement pour le 31 mars, a déclaré à propos de la manifestation : “A Francfort, on a vu un signe clair contre la politique allemande et européennes actuelles de la crise. Cette politique de la crise est de restaurer la compétitivité du capital sur le dos des salariés. Sous prétexte de quelques vitrines brisées, la police a violemment attaqué notre manifestation, blessé des dizaines de manifestants et retenu plus de deux cent personnes pendant des heures. C’est une absurdité compte-tenu de la brutalité des politiques d’austérité pour les gens en Europe et dans le monde. Les protestations militantes se sont dirigées directement contre des institutions responsables de la régulation néo-libérale de la crise et du renforcement de l’exploitation. L’attaque contre notre manifestation ne brisera pas notre résistance comme l’a montré la réaction de nombreux manifestant(e)s”.

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 14:24

Voici le communiqué  de l'Union Antifasciste Toulousaine du 01/04/2012 sur les attaques fascistes.


Ce samedi 31 mars s'est produit un nouveau coup d'éclat des fachos toulousains.
Exclu sans ménagement de la manifestation occitane rassemblant des milliers de
personnes et prônant la tolérance et le respect de l'autre, nos petits nazillons sont
restés parqués dans leur local au 36 allées de Barcelone. Effectuant quelques petites
excursions dans la manifestation et en dehors pour voler des banderoles des
organisations occitanes signataires ou commettre diverses provocations, le Bloc
identitaire nous a rappelé sa vision de la défense de l’Occitanie qui, à leur façon,
signifie voler au sens littéral l'identité occitane.
Mais nos petits fachos, fièrement échauffés par ce revers politique, ont décidé
d'appeler leurs petits compères hooligans pour venir « s'imposer à Arnaud Bernard ».
Sûrement histoire de prouver qu'à défaut de pouvoir manifester - à cause de leur
exclusion de la manifestation par toutes les organisations qui rejettent leurs discours
puants et leur vision raciste et étriquée de l'Occitanie - ils savent au moins « cogner
du gauche ». Refusant l'apparition de ces petits nervis dans le quartier populaire
d'Arnaud Bernard, une centaine de personnes présentes se sont ruées sur eux. Ils les
ont fait promptement déguerpir et les ont poursuivis jusqu'à leur trou des allées de
Barcelone. En effet, la violence qui émane des occupants du local est de plus en plus
intense au fil des semaines. Cependant la police a été plus efficace pour protéger les
fachos et leur local que pour assurer la sécurité de la population d'Arnaud Bernard.
Elle a ainsi interpellé trois de nos camarades bien que ceux-ci n'aient porté aucun
coup devant le local. Un camarade est encore en garde de vue accusé par les fascistes
d'avoir blessé grièvement l'un d'entre eux, qui actuellement serait à l'hôpital.
Face à la répression policière sans fondement qui s'abat une fois de plus sur l'un de
nos camarades, et les fausses accusations des fascistes, nous nous devons d'être
solidaires et de continuer à prouver qu'à Arnaud Bernard, aux allées de Barcelone et
dans nos rues, les fachos doivent dégager !
Pas de fachos dans nos quartiers, pas de quartiers pour les fachos !
Union Antifasciste Toulousaine
Contact : antifa.toulouse@gmail.com

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 12:28

antifa-fuck-of.jpgCe samedi, lors de la manifestation de défense de la langue occitane, des militants fascistes du Bloc Identitaire ont tenté de s'intégrer dans la manifestation. La réaction des manifestants a été de les virer.Le soir, les fascistes sont revenus attaquer des militants r à proximité d'un bar. Suite à cette rixe un militant a été blessé par les fachos. Voici un article de la presse bourgeoise....

 

Un homme de 37 ans a été blessé à Toulouse lors d'une rixe entre membres du Bloc identitaire, petit mouvement d'extrême droite et des militants de la gauche radicale, a-t-on appris dimanche de source policière. La bagarre est survenue dans la nuit de samedi à dimanche, opposant des partisans des deux bords armés de battes de base-ball.

La victime a subi une fracture du crâne en chutant lourdement après avoir reçu un coup de pied. Ses jours ne sont pas en danger, a-t-on ajouté de source policière, sans préciser à quel camp elle appartenait. Quelques temps plus tard, deux personnes ont été interpellées alors que des militants de l'ultra gauche s'étaient rassemblés devant le local ouvert récemment à Toulouse par le Bloc identitaire. Placées en garde à vue, elles ont été relâchées dimanche dans l'après-midi, a-t-on ajouté de source policière, précisant que l'enquête se poursuivait.

Le Bloc identitaire s'était signalé en 2010 en annonçant vouloir organiser un apéro géant "saucisson et pinard" à la Goutte d'Or, un quartier de Paris à forte population musulmane.

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 12:35

privatisation_sp1.jpgUne des conséquences de l'austérité annoncée après ces éléctions sera la baisse de la qualité et du nombre des prestations des collectivités territoriales. Voici un article d'AL93 qui explique pourquoi....

 

1/ Une première chose importante : le gel des dotations globales de fonctionnement depuis 2011 (austérité oblige) pèse lourdement sur le budget des collectivités et en conséquence sur leur fonctionnement. Autrement dit, la suspension de l'indexation sur l'inflation des recettes fiscales que l'Etat doit aux collectivités territoriales depuis la première loi de décentralisation (foncier bâti et non bâti, ancienne taxe professionnelle ou TP devenue contribution économique territoriale ou CET, etc.) s'accompagne à la fois du retard dans la perception des subventions et de la surestimation par l'Etat des recettes fiscales attendues (s'agissant notamment de l'ancienne TP dont le ravalement dénommé CET coûte aux administrés la somme de 9 milliards d'euros par an : cf.  Feu libéral sur les collectivités territoriales (I)Feu libéral sur les collectivités territoriales (II)Feu libéral sur les collectivités territoriales (III)Feu libéral sur les collectivités territoriales (IV) ; Casser les collectivités territoriales ? C'est le projet UMP pour 2012 !). 

2/ Première conclusion : l'Etat pousse les collectivités territoriales à s'endetter. Si certaines sont contraintes d'augmenter les taux d'imposition locale pour compenser le manque à gagner constaté, les autres qui en ont promis le refus doivent expliquer à leurs administrés que par exemple la taxe d'habitation va augmenter quand même indépendamment du taux (puisque l'Etat a décidé unilatéralement le relèvement de la base fiscale des collectivités). Quant à celles qui financent les associations, et dont on sait par ailleurs qu'elles sont d'une importance stratégique inégalée s'agissant d'entrenir favorablement le tissu social local, le choix sera le plus souvent celui du gel des subventions (comme on l'a dit, la désindexation de ces sommes par rapport à l'inflation) puisque le désengagement (par exemple) municipal induira structurellement le désengagement des autres financeurs. Attaquer les collectivités en les poussant à l'endettement, c'est aussi attaquer les associations locales qui ont déjà largement commencé à subir la fermeture du robinet à subventions.
 
3/ Une autre chose d'importance : à la différence de l'Etat (dont le déficit se monte aujourd'hui à 140 milliards d'euros quand la dette des collectivités territoriales qui peuvent décomplexer s'élève à hauteur de 23 milliards d'euros seulement), les collectivités territoriales ont obligation, eu égard au contrôle de légalité exercé par les préfectures, de faire voter un budget en équilibre. C'est-à-dire un budget dans lequel l'épargne dégagé en 2011 sert surtout en réalité à éponger les emprunts de l'année passée. Le problème, c'est que les banques ne prêtent plus aux collectivités territoriales, ou alors à des taux d'intérêt usuraires (2,5 % en moyenne pour l'ensemble des collectivités). Ou bien alors elles proposent des prêts dits structurés (de type WASP par exemple) quand il ne s'agit pas de crédits toxiques de type de ceux refourgués par Dexia (90 milliards d'euros de dettes : cf. Les collectivités territoriales intoxiquées par Dexia !).

4/ Seconde conclusion : Le gel, voire la baisse relative des dotations globales de fonctionnement d'un côté et de l'autre le blocage des grandes banques alors même qu'elles viennent de bénéficier d'un plan de sauvetage à hauteur de 1000 milliards d'euros autorisent l'Etat à presser les collectivités territoriales à s'inscrire totalement dans la logique de révision (de réduction devrions-nous dire) des politiques publiques (RGPP) initiée depuis 2007. Ce qui signifie un appel à taper dans la masse salariale en réduisant le nombre d'agents travaillant dans les collectivités (plus de 60 % du budget pour certaines communes de Seine-Saint-Denis) sur le mode du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux dans la fonction publique d'Etat (sur la moitié des 160.000 postes supprimés, rappelons que 50 %, soit 80.000 étaient enseignants). Moins d'agents, c'est à la fois moins de travailleurs soustraits de la violence du marché du travail, moins de services publics locaux et plus de délégation de service public ou de partenariats public-privé (PPP) qui, comme on le voit avec le cas de Claude Bartolone et du Conseil Général du 93 qui appellent du pied le privé pour financer une dizaine de collèges, ne signifient rien d'autre que la privatisation lucrative des propriétés sociales locales.

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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 12:22

militaires.jpgVoici un article sur l'exploitation sécuritaire des tueries de Toulouse...

 

C’est tous les jours que ce monde produit de l’horreur. Dans les guerres que se mènent les États entre eux, ou contre des groupes qui, s’ils ne sont pas à proprement parler des États, ne rêvent que de pouvoir et de domination sociale et politique. A coups de bombes et autres armes frappant plus largement que les seuls adversaires soi-disant visés, c’est-à-dire frappant des centaines et des milliers d’individus qui ne demandaient pas à prendre part à ces guerres, en tout cas qui ne souhaitaient pas en crever. Cette tuerie et cette mutilation permanentes s’étendent jusque dans les conséquences sociales dues au capitalisme : par son travail, son industrie, ses nuisances, les maladies qu’il provoque en pagaille. Jour, après jour, après jour.

Cette horreur diffuse devient banale, on ne l’évoque qu’en citant des chiffres : dix morts par-ci, trente morts par-là, des centaines et des milliers de blessés. Banale comme une hécatombe suite à un tsunami, un tremblement de terre, fatale comme le sont les fureurs et le déchaînement périodique de la nature. On l’évoque donc (il est parfois plus profitable pour certains d’évoquer le drame que de le taire, les larmes mêmes pouvant être productives de façon intéressante dans ce monde pourri), on la glisse dans un bulletin d’information, rapidement, car on n’a au fond rien de bien substantiel à en dire. N’oubliez-pas, citoyens, le drame est là, la mort frappe toujours à nos portes, et face à elle, combien est douce la sécurité et la stabilité que l’État et l’afflux de marchandises vous apportent ! Que le petit quotidien de la survie continue et tout ira fort bien.

Mais tout à coup, voilà qu’un fait parmi d’autres arrête le temps qui passe, qu’une horreur parmi d’autres crève l’écran, que la normalité fait une pause, voilà qu’on devrait se mettre à réfléchir, alors que le reste du temps il faut juste courir vers nulle part. Voilà qu’il ne s’agit plus de quelques « brèves de l’horreur », lointaines et insignifiantes, mais de l’Horreur, avec sa figure terrifiante, la mort terroriste juchée sur un puissant scooter et revêtue de noir, qui a la fourberie de se masquer sous un casque intégral, pour échapper aux preux chevaliers de la police judiciaire. Elle laisse sept morts derrière elle.

Revenons rapidement en arrière. Oui la mort frappe continuellement, pas la mort qui vous enlève tranquillement la vie, pas juste celle qui fait que vous vous endormez dans votre lit un soir sans vous réveiller le lendemain matin. Pas juste celle qui vient vous rappeler que, bon gré, mal gré, la vie des êtres humains ne dure que quelques décennies et qu’il y a une fin à toute chose. Non, celle qui tape brutalement, qui laisse son paquet d’estropiés et d’amputés dans son sillon, en plus des cadavres ; celle qui laisse aussi la terreur, qui cherche à l’inscrire dans le crâne de ceux qui survivent. Qui veut frapper les esprits pour mieux paralyser le corps, déposséder les individus de toute prise en main autonome et concrète de leur existence. Comme nous le disions, cette mort-là a des médiateurs, des responsables particuliers. Ils agissent toujours au nom d’une idéologie, qu’elle soit politique ; démocratique ou non, ou bien religieuse, peu importe quelle religion particulière historiquement, ou bien tout ça à la fois. La faux qui s’abat pour occire et terroriser ne tombe pas du ciel, ou si cela arrive, c’est par un avion bombardier, ou par un lance-missile à longue portée, et pas par les foudres divines. Elle ne vient pas d’une « main invisible », mais d’un bras souvent vêtu de kaki, et peu importe quel écusson y est épinglé.

Dans le cas qui amène ces réflexions, il aurait été en effet fort plausible que sous l’habit noir du « motard déséquilibré », se cache aussi le kaki, puisqu’une des premières éventualités énumérées était qu’il s’agisse d’un ancien para à tendance néo-nazie voulant épancher ses pulsions racistes sur d’anciens collègues trop basanés à son goût, et sur des personnes identifiées comme « juives ».
Ce qui, accordons-nous sur ce point, était de l’ordre du possible. Mohamed Merah, l’homme identifié et finalement exécuté par le RAID, avait par le passé tenté de s’engager dans l’armée, au sein de la Légion étrangère. Il aurait donc tout aussi bien pu tuer autrement, et ailleurs. On l’a vu il y a quelques semaines, lorsqu’un G.I. américain en poste en Afghanistan est sorti de son camp pour aller tirer dans le tas dans un village voisin, massacrant indistinctement plusieurs personnes. Et oui, l’armée française est bien active en Afghanistan -et ailleurs- sous l’égide de l’OTAN ; occupation que les États appellent « mission de sécurisation, d’assistance et de transferts des compétences en ce domaine à l’État Afghan », et que nous appelons simplement guerre et occupation militaire. Cela signifie, à moins de vouloir changer la signification des mots, bombarder, tuer, massacrer, pacifier par la force et la contrainte, contrôler, humilier, perquisitionner et au besoin exécuter. Si le « tueur de Toulouse » avait été engagé à l’époque dans l’armée, force aurait été de conclure qu’il aurait été formé à l’école même de l’État. On ne l’aurait alors pas désigné comme « tueur sanguinaire », mais comme « simple soldat ». Dans le cas de Toulouse et de Montauban, l’acte d’appuyer sur la gâchette n’a pas été donné par le commandement militaire, et les cibles n’ont pas été désignées par lui. Pas cette fois-ci, précisément. Mais dans bien d’autres situations, dans bien plus de situations, ça l’est.

Aussi quand l’État décide de rayer de la carte des villages et des villes entières, donc des milliers de vies humaines, par le napalm, la bombe thermonucléaire, les fameuses frappes chirurgicales ou toute autre joyeuseté en sa possession, c’est la raison qui parle, la civilisation, la démocratie, et même, allons-y dans le cynisme, le Progrès et la « liberté ». Il y a donc l’horreur et les massacres justifiés, les guerres justes et les guerres saintes, et puis il y a le « tueur à scooter de Toulouse ». Celui-ci est, selon une foule d’experts qui accoure la bave aux lèvres dés que le sang coule sur le trottoir, un « fou isolé », un « déséquilibré aux motivations idéologiques », un « terroriste individualiste » (sic). Soyons clairs et nets : un type comme celui-là, on ne va pas pleurer sa mort. Mais ceci dit soyons clairs et nets jusqu’au bout : qu’est-ce qui, ces derniers jours, a fait la teneur de ce que politiciens, médias et représentants communautaires ont qualifié de « drame national » ? Voilà qu’une réponse fuse, évidente : « on ne s’en prend pas aux enfants » et « s’attaquer à des personnes en fonction de leur religion, couleur de peau, ou origines supposées, c’est de la barbarie ».

De la barbarie, bien. Je ne connais pas, personnellement, de barbares, j’en suis désolé. Je ne connais que des individus devant survivre au sein de la civilisation, entre les mailles de la grande broyeuse économique (qui mange aussi des enfants), que la politique vient souvent racoler sous des fanions verts, bleus, roses, rouges, tous tricolores au final. Certains s’y accommodent assez bien, d’autres n’en peuvent plus ; les uns crient « vive la patrie ! », d’autres en ont marre et se tirent une balle dans la tête ou se pendent, en laissant un mot disant à peu près « Travail m’a tuer ». Les uns se débrouillent comme ils peuvent pour grappiller quelques miettes, quitte à faire une crasse à un autre forcé lui aussi de se débrouiller. Les uns vantent sourire aux lèvres les vertus de cette société, du labeur et de la famille, les autres (parfois ce sont les mêmes en fait) se shootent au Prozac, juste pour… continuer. Il y en a aussi qui en ont plus qu’assez de cette foutue vie de merde, mais qui avant de casser leur pipe se rebellent, mordent la main du maître, pourrissent la vie du donneur d’ordres. Certains parmi eux s’en tirent pas trop mal, d’autres (combien de millions sur cette planète murée ?) finissent derrière des barreaux. D’autres sont assassinés par les flics. D’autres tirent dans le tas, souvent en revendiquant une cause, parfois par ce qu’on appelle par défaut nihilisme.

Je vois très bien tout ça, mais je n’ai jamais vu de barbare. Barbare, barbare… ah oui, le barbare, celui qu’on définit par opposition à la civilisation. Il y a la civilisation, et il y a la barbarie. Les barbares et les civilisés. Les citoyens et les sauvages. Les uns sont courtois et polis, mangent à table et sont propres, sont sages à l’école, utiles à la société, et celle-ci leur rend hommage par une petite dalle de marbre à l’heure dernière. Les autres… Quelle horreur ! Mais là, il s’agissait d’un nouveau type de barbare, un barbare roulant en T-MAX Yamaha et équipé d’armes automatiques. Un barbare à la pointe de la technologie, et animé par une idéologie. Mettons un peu d’ordre dans tout ce merdier. Armes de guerre, puissant engin à moteur, racisme, idéologie, agissement froid et maîtrisé, art de la gâchette et même camera embarquée. Notre barbare n’était pas habillé de peaux de bêtes, il ne tenait pas de gourdin grossièrement taillé, il avait sûrement en tête tout un argumentaire bien raisonné pour expliquer pourquoi il faut méthodiquement et froidement éliminer tout ce qui est « juif » (les militaires, c’est encore autre chose) de la surface du globe. Isolé disait-on ? « Fou » ? « Terroriste » ?

Isolé. Certainement pas. Pour notre grand malheur, des personnes qui, sans peut-être appuyer sur la gâchette à tout va, sont animés par l’idéologie raciste et/ou religieuse, il y en a eu un paquet dans le passé, il y en a encore plein aujourd’hui, et ce à tous les échelons et postes de la société, « serviteurs de Dieu » aussi bien que militaires, simple quidam anonyme ou personnage d’État. Le « tueur à scooter » agissait peut-être seul, mais ce qui le mettait en branle, son idéologie rance, occupe aussi l’esprit d’un grand nombre de gens. En d’autres termes, on parle d’arbre qui cache la forêt ou de pointe visible de l’iceberg.

Fou. Comment dire… Ce terme, en fin de compte, est aussi bancal que celui désignant les fameux « barbares ». Qui est fou, qui est « sain d’esprit » et incarnation de la Raison Pure, vaste question, qui agite peut-être frénétiquement les pensées et calculs des spécialistes, sociologues, médecins, généticiens, psychologues, psychanalystes, psychiatres et autres psychothérapeutes, mais qui à vrai dire nous laisse un peu indifférents. La folie est tantôt décrite comme l’incapacité à se conformer aux normes sociales, tantôt comme résultant au contraire d’une overdose de normalité, on parle des fous d’amour, des fous à lier. L’argent, le pouvoir, l’environnement déprimant, le travail, la jalousie, la voiture comme le métro, la possession et la dépossession, l’enfermement, les médicaments mêmes, rendent les gens « fous ». La société rend « fou ». Parler de folie dans ce cas précis, c’est empêcher de mettre le doigt sur l’idéologie et la logique morbide qui est derrière l’acte.

Terroriste. Pour l’instant, on sait que le tueur a tué, et qu’il a crée une certaine terreur. Peut-être son but était simplement de tuer, peut-être voulait-il à la fois tuer et répandre la terreur. Mais on ne le sait pas. Nous pensons en avoir assez dit au début de ce texte concernant cette question du terrorisme : qu’on invoque le Führer, je ne sais quel Dieu ou prophète, ou la République démocratique, un massacre (plus ou moins discriminé, ça ne change pas grand’ chose à l’affaire) reste un massacre, et le pouvoir reste le pouvoir, la domination veut dominer, et pour cela, tuer en masse et terroriser vont de pair ; terroriser et contrôler (de façon plus ou moins violente), terroriser pour exploiter. L’État est nécessairement terroriste, c’est lui qui a crée le concept de Terreur et la réalité qui va avec.

Et c’est l’État qui prétend, pas seulement depuis ce lundi ou quatre personnes ont été abattues devant et dans une école à Toulouse, mais depuis des décennies, mener la lutte « anti-terroriste ». « La République est bien plus forte que le terrorisme », clame le chef de l’État. On lui répondrait facilement (si on avait cette idée bizarre de vouloir dialoguer avec le pouvoir) : « La République est forte comme le terrorisme, par le terrorisme ». Certes, il serait simpliste de ne voir dans la domination que la résultante de la terreur, imposée avec force. Il y a bien aussi, une forme de consensus, d’intérêt parfois partagé entre l’État et des pans de la société, d’acceptation plus ou moins teintée de dégoût. De la servitude volontaire et de la résignation, de la servilité par lâcheté ou par conviction, par peur ou par résignation. Une résignation monnayée, peu ou prou. Une soumission obtenue par la menace de crever de faim, de se retrouver à la rue. Par la carotte et par le bâton, par le salaire et par la prison.
Toujours est-il que le gouvernement en a profité pour décréter le passage au niveau « écarlate » du plan Vigipirate, soit le niveau maximum, dans la région Midi-Pyrénées et les départements limitrophes. Pas un seul des salauds politiques, adorateurs du pouvoir, ne l’a critiqué sur ce point, et ça n’étonnera que les niais. Voici, dans le verbiage chatoyant propre au langage de l’État, ce que vise le plan Vigipirate élevé à ce niveau : « prévenir le risque d’attentats majeurs (simultanés ou non), mettre en place les moyens de secours et de riposte appropriés, des mesures particulièrement contraignantes pouvant être mises en œuvre, protéger les institutions et assurer la continuité de l’action gouvernementale ». En deux mots comme en mille : occupation policière et militaire à chaque coin de rue, surveillance omniprésente, possibilité de contrôles à tout instant, en tout lieu et sans « justification formelle », peur diffuse. Il s’agit du dernier stade avant l’état d’urgence. La même chose qu’en temps normal, est-on tenté de dire. Oui, seulement avec l’effet d’annonce en plus, et avec un peu plus d’intensité et surtout plus de moyens. Le plan Vigipirate est activé depuis le début des années 90, au niveau « rouge » depuis les attentats de Londres en 2005. Mais la démocratie se réserve tout le temps la possibilité de resserrer et de desserrer l’étau de son contrôle social sur les populations en fonction de la situation : émeutes généralisées, situation pré-insurrectionnelle, état de guerre, catastrophe nucléaire…Les situations dites d’urgence, décrétables et multipliables à l’envie, permettent de mieux ancrer dans l’esprit et la peau de tout un chacun l’habitude d’être parqué, surveillé, déplacé, fiché, fliqué. De réaffirmer le monopole de la violence entre les seules mains de l’État, et de façon visible, démonstrative même. Il est donc vain de s’indigner face à de supposées « lois d’exception » qui seraient l’envers de la normalité démocratique. Les deux sont inséparables.

Que dire aussi de ce monde polarisé en identités imaginaires ? Lorsque le tueur assassine des personnes d’origine musulmane, on convoque les dits « représentants » de la « communauté » musulmane pour exprimer son chagrin. Puis lorsqu’il tue des personnes d’origine juive, on convoque les équivalents juifs. Comme si le chagrin causé par la mort d’un individu ne concernait que ses co-religionnaires, comme si le chagrin devait forcement appartenir à un groupe social bien défini. C’est dans cette confusion identitaire bien typique de l’époque, additionnée à ce que Dagerman appelait la « dictature du chagrin », que le voile nauséeux de l’autorité assoie la domination de ses sujets. Pourquoi le président se sent-il obliger d’aller s’expliquer avec le premier ministre israélien à chaque fois qu’un crime raciste est perpétré contre une personne désignée par ses agresseurs comme juive ? Ces personnes appartiennent elles à l’Etat israélien ? Ces personnes appartiennent elles à une quelconque communauté avant de s’appartenir à elles-mêmes ? Quand cela arrange le pouvoir, les victimes sont d’abord françaises, des « enfants de la République », et quand il faut brosser dans le sens du poil les lobbys religieux, on use du discours contraire. Quoiqu’il en soit on reste dans le culte de la charogne et les logiques politiques et électoralistes de récupération ou non, selon les opportunités.

Dans une unanimité touchante, nos écolo-socialo-souveraino-centro-frontdegaucho-facho-réacto mêlent donc leurs voix pour entonner : « Vive la République ! Vive l’Union Nationale ! ». Les quelques voix critiquant partiellement ce chantage se sont empressées de préciser qu’elles encourageaient par ailleurs le travail des enquêteurs et des forces de l’ordre, à savoir la Section Anti-Terroriste, et qu’en cas de changement de majorité au parlement, les moyens des services de renseignements seraient augmentés.
L’Union Nationale, parlons-en. Celle qui s’enthousiasmait dés le XIXe siècle pour aller porter les lumières républicaines dans les contrées lointaines à coup de canons, de sabre et de goupillon, celle qui permit la boucherie de 14-18, celle qui porta Pétain sur un trône, celle qui releva le capitalisme en 45 en larguant quelques bombes à Sétif et en laissant bien tranquilles les collabos, qui massacra, tortura et jeta allègrement dans la Seine pendant la guerre d’Algérie. Celle qui permet au pouvoir de mieux isoler, mater et éliminer les rétifs, les rebelles, les sans-patrie, les révolutionnaires, ceux qui crachent sur tous les drapeaux et tous les régimes. Qui refusent d’aller se faire trouer la peau et de trouer la peau des autres pour des intérêts qui ne sont pas les leurs, qui ne le seront jamais.

Nous sommes de ces derniers, et nous comptons bien ne pas rester impuissants dans la posture du refus. Nous refusons et nous combattons à la fois le chantage de l’unité nationale, le ralliement sous la bannière républicaine, qui est toujours l’horreur étatique et capitaliste. Nous refusons tout autant de crier avec les loups avides de racket communautaire et religieux, cette autre forme de muselage universel qui, loin de s’opposer à la domestication politique et au règne de l’argent, en est leur compagnon de route historique, très efficace pour diffuser hiérarchie, fatalisme, obéissance et division entre pauvres.

Si nous autres opprimés, indésirables et révoltés dans ce monde, devons critiquer et combattre jour après jour tout ce qui fait de nous des esclaves, ça ne sera jamais en tirant dans le tas, ni pour répandre la terreur et l’horreur, mais précisément pour en finir avec tout ce qui en est la cause : l’État, le racisme et le nationalisme, l’argent, Dieu.

Pour la liberté.
La liberté pour tous et toutes.

Ni citoyens, ni flics
Ni fascisme, ni démocratie
Ni religion, ni terreur
Ni fric, ni État
Ni patrie, ni nation, ni frontières
Ni maîtres, ni esclaves.

20 mars 2012.

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 12:00

melenchon_portrait_604.jpgCet article de zones subversives critique la pensée d'une gauche qui se dit radicale. Rappelons nous qu'il existe une différence entre réformisme et révolution et que le front de gauche s'inscrit clairement dans le réformisme le plus moutonnier. Au passage, c'est l'occasion d'égratigner Bourdieu, ce sociologue spécialisé dans l'enfoncement de portes ouvertes...

 

 

Bourdieu et Mélenchon : deux baudruches à dégommer. Le Front de gauche et la sociologie critique révèlent l’impasse du réformisme politique et intellectuel de la « gauche de gauche ». Pendant cette période d’élections présidentielles, un livre de Didier Eribon publié en 2007 permet de s’interroger sur la gauche et ses évolutions. Mais il défend surtout la collaboration de la « gauche critique » avec la gauche de gouvernement.

L’essai de Didier Eribon s’ouvre sur un hommage à Pierre Bourdieu. Ce sociologue s’attache à modifier les représentations sociales et à opposer, à la vision du monde libérale, des représentations anti-libérales. Il soutien les grévistes de 1995 qui s’opposent au plan Juppé de démantèlement de la Sécurité sociale. Mais, les grévistes n’ont pas besoin d’être soutenus par des sociologues et autres intellectuels. Ils s’attaquent directement à la réalité sociale en bloquant la production, ce qui est bien plus efficace que de dénoncer de simples représentations. Le militantisme de Bourdieu est inutile car il ne s’attaque pas à la réalité sociale. De plus, les grévistes n’ont pas besoin des universitaires et peuvent penser par eux-mêmes. Les tracts des grévistes ou de certains groupes libertaires expriment d’ailleurs une analyse beaucoup plus fine que les libelles simplistes publiés par Bourdieu sous le titre de Contrefeux 1 et 2. L’attachement de Didier Eribon, et de toute la « gauche de gauche », à la figure de Pierre Bourdieu pour refonder un projet politique mène à l’impasse. L’urgence n’est plus de reconstruire « une gauche enfin de gauche » mais plutôt de détruire la gauche et l’extrême gauche qui s’inscrivent dans le cadre de la démocratie représentative. Au contraire, l’urgence politique est plutôt à la destruction de la gauche sous l’impulsion des luttes sociales autonomes. 

 

 

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L’impasse de la gauche de gauche 

 

Cet essai de Didier Eribon ne se contente pas d’analyser les conséquences politiques sociales et intellectuelles de la « révolution conservatrice » qui impose l’ordre néolibéral. Il tente de construire un projet pour la gauche afin de rapprocher la gauche de gouvernement de la « gauche critique ». Ce projet n’est pas isolé puisqu’il s’exprime dans la plupart des milieux universitaires critiques et dans les revues alternatives (la Revue des livresMultitudesVacarmesLignesMouvementsContretemps), les maisons d’édition (Amsterdam, La Fabrique, Les Prairies ordinaires, Zones-La Découverte, Agone, et évidemment Raisons d'agir et Le Croquant) mais aussi dans les partis (Europe Écologie, Front de Gauche, Nouveau Parti Anticapitaliste), voire dans certains secteurs syndicalistes (CGT et Solidaires). 

Cette nébuleuse de la « gauche critique » ou « gauche radicale » considère que les luttes sociales ne se suffisent pas elles-mêmes et doivent trouver un débouché politique en votant pour une gauche enfin de gauche. Mais, ce point de vue occulte la réalité de la gauche au pouvoir. En 1981, la gauche n’a pas « trahi » ses électeurs mais s’est montré fidèle à la continuité de l’État. Cette « gauche critique » n’analyse pas les structures sociales de l’État, liées aux intérêts capitalistes, mais avec un appareil administratif qui s’inscrit dans une logique propre conservatrice. Aucune « gauche critique » n’a transformé la société depuis le pouvoir. En revanche, les luttes sociales ne se limitent pas à une simple fonction de « résistance » ou d’« indignation ». Les mouvements de lutte participent à la construction de rapports de force qui permettent de changer directement la société. 

 

 

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Le réformisme exalté de Bourdieu 

 

Mais Didier Eribon a le mérite de rappeller certains faits. La défaite de la gauche en 2002 est liée au mépris du gouvernement Jospin pour les différents mouvements sociaux. L’illusion d’un François Hollande plus à l’écoute de la contestation sociale que l’actuel président s’effondre rapidement au regard de cette expérience relativement récente. Didier Eribon se réfère à une tribune cosignée par Bourdieu dans Le Monde en 1998 et intitulée « Pour une gauche de gauche ». Ce texte naïf estime que le gouvernement devrait être davantage à l’écoute des mouvements sociaux plutôt que de les déconsidérer. Mais l’impact des luttes sociales ne dépend pas de la capacité d’écoute des pouvoirs mais de la construction d’un rapport de force par une mobilisation radicale d’ampleur. Les signataires de la tribune concluent en affirmant que les mouvements sociaux « suggèrent des perspectives politiques et avancent même parfois des projets et des programmes constitués ». Cette phrase ambiguë permet de souligner que les luttes sociales sont aussi politiques. 

Mais les mouvements contemporains ne dessinent aucun projet de société cohérent. L’idée même de leur autonomie par rapport aux partis politiques crée de la division. Les seuls programmes sont, malheureusement, les quelques mesures médiocres proposées par la Fondation Copernic ou ATTAC pour réguler le capitalisme et réformer un système d’exploitation et d’oppression qu’il faudrait pourtant abattre.


Pourtant, la réflexion sur un autre projet de société ne peut émerger que des mouvements de lutte et doit être discutée par tous au sein des assemblées générales. Didier Eribon souligne le réformisme de Bourdieu. « Il suffit de le lire pour voir qu’il insistait toujours, contre les radicalismes intransigeants, contre les logiques du tout ou rien, pour des réformes réalistes, qu’il savait ne pouvoir être que modestes » insiste Eribon. Les intellectuels de pacotille et autres universitaires apointés par l’État ignorent l’histoire du mouvement ouvrier anti-bureaucratique. Le syndicalisme révolutionnaire, ou encore l’expérience de l’Autonomie italienne, qui loin de « se complaire dans une subversion -verbale - incantatoire et dans une exaltation spontanéiste d’explosions populaires sans autres débouchés qu’elles mêmes » selon Eribon, propose des solutions immédiates articulées à un projet de société cohérent. Bourdieu défend avant tout son statut de sociologue et tente vainement de montrer son rôle indispensable. Mais tous les volumes de « sociologie critique » révèlent leur vacuité face aux expériences des mouvements de lutte.


 

 

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L’illusion de 1981 

 

Didier Eribon rappelle également le contexte de l’élection de François Mitterrand en 1981. Le candidat de « l’union de la gauche » est porté par les mouvements sociaux des années 1970. De nombreux acteurs des luttes soutiennent le candidat socialiste avec espoir. Le Parti socialiste apparaît alors comme « une sorte de relais politique de la critique sociale, culturelle, sexuelle des années 1970 » selon Eribon. Michel Foucault apporte un soutien critique aux premières mesures du gouvernement socialo-communiste. Il observe même « une modification du rapport entre gouvernants et gouvernés ». Mais l’illusion ne dure pas. Le gouvernement soutien, en décembre 1981, la répression du général Jaruzelski contre le syndicat Solidarité et ceux qui luttent contre l’URSS en Pologne. Foucault et Bourdieu lancent un appel intitulé « Les rendez-vous manqués » pour dénoncer les déclarations du gouvernement français. Le pouvoir de gauche, avec sa morgue et son mépris, révèle sa vraie nature. « Loin de transformer l’art de gouverner, ils furent transformés par l’exercice du pouvoir, et les modalités de leur exercice du pouvoir furent façonnées par les formes instituées et traditionnelles de la gouvernementalité », analyse finement Eribon. Félix Guattari, dans Les années d’hiver, offre un témoignage similaire. Il soutien le nouveau gouvernement contre la droite conservatrice avant de déchanter rapidement.

 

Michel Foucault regrette la conception instrumentale du PS à l’égard des intellectuels. Les universitaires doivent soutenir les PS mais les partis ne prennent pas en compte leurs réflexions. Mais Foucault ne remet pas en cause les notions d’intellectuels et de partis qui ne défendent que leurs intérêts, étroitement liés à l’État. Les universitaires pensent dans le cadre d’institutions bureaucratiques contrôlées par l’État tandis que les partis conservent des appareils hiérarchiques qui ne permettent pas une émulation intellectuelle collective. Les avant-gardes intellectuelles et politiques ont toujours combattu l’auto-émancipation des exploités pour mieux défendre leurs intérêts de classe dominante en devenir. Bourdieu signe un article, intitulé « Retrouver la tradition libertaire de la gauche », qui invite à se rapprocher de la CFDT. Ce syndicat capte alors « l’humeur anti-institutionnelle » et les aspirations autogestionnaires. Mais ce syndicat demeure un appareil qui s’attache à contrôler tout ce qui semble lui échapper. La CFDT accompagne progressivement toutes les mesures libérales des gouvernements successifs. 

 

 

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Le néo-conservatisme du PS 

 

Didier Eribon reprend les études de Lefebvre et Sawicki sur le PS. Ce parti s’ouvre aux mouvements sociaux, aux luttes des minorités et à l’effervescence contestataire des années 1970. En 1973, son programme s’intitule même « Changer la vie ». La transformation du PS ne s’explique pas uniquement par son passage au pouvoir. Selon Lefebvre et Sawicki la professionnalisation du PS, qui devient un parti d’élus et non de militants, explique ses évolutions. L’expertise, « l’ethno-centrisme social », le faible ancrage social du parti le rendent moins sensible aux aspirations des classes populaires. Le PS apparaît comme une machine électorale destinée à fournir des postes à des énarques. Mais Didier Eribon s’attache également à analyser les transformations dans les représentations sociales de la gauche. Sciences Po alimente les médias et les universités avec sa pensée conservatrice. La société est perçue comme une simple agrégation d’individus déconnectés de leur origine de classe. La nécessité du « vivre ensemble » prime sur l’analyse des antagonismes sociaux. 

 

Didier Eribon décrit l’offensive néo conservatrice dans l’université, les médias et la politique à partir des années 1980. Selon lui, la vieille pensée de droite n’élabore aucune idée nouvelle. La nouveauté réside dans son influence sur la gauche qui adopte progressivement ses représentations. Raymond Aron, François Furet et la Fondation Saint-Simon s’attachent à discréditer toute forme de pensée critique au sein de la gauche. L’intellectuel doit se mettre au service du pouvoir et de l’ordre établi pour s’opposer à la pensée critique et aux mouvements sociaux. 

 

 

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La liquidation de la pensée critique

 

La philosophie politique et l’apologie des « Droits de l’Homme » remplacent le marxisme considéré comme un courant de pensée homogène associé au totalitarisme. Didier Eribon évoque la réflexion du sociologue Henri Lefebvre et des théoriciens de l’école de Francfort (Adorno, Horkheimer et Marcuse) qui élaborent un marxisme critique très éloigné de toute forme de totalitarisme. La pensée de Maximilien Rubel et sa lecture de Marx peut également être évoquée. Luc ferry et Alain Renaut, dans La pensée 68, dénoncent l’anti-humanisme de la réflexion de Bourdieu, Deleuze, Derrida ou Foucault.

 

La philosophie politique doit remplacer les sciences sociales qui expliquent les causes sociales qui déterminent les comportements des acteurs. La recherche du « Bien commun » s’oppose aux mouvements sociaux qui défendent des intérêts de classe. Mais au retour à Kant succède l’opposition aux « droits de l’Homme » pourtant valorisés lorsqu’il s’agissait de liquider le marxisme. Les essais médiocres de Marcel Gauchet synthétisent cette pensée conservatrice hostile à toute forme de lutte sociale. Pour lui, l’État doit garantir l’intérêt général contre les différents égoïsmes et intérêts particuliers qui s’exprimeraient dans les mouvements sociaux. Les conservateurs veulent « faire triompher toujours la « sérialité » (qui dépolitise en individualisant) contre les mouvements sociaux (qui politisent en mobilisant) » selon Didier Eribon.

L'auteur se réfère à l’effervescence intellectuelle des années 1968, avec une politisation de la vie quotidienne et une expression radicale des subjectivités. 

 

 

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La gauche contre la rue

 

Malgré des analyses pertinentes sur l’évolution idéologique de la gauche en France, Didier Eribon se raccroche à vouloir mener une autre politique de gauche. Il se réfère au texte de Bourdieu sur « La démission de l’État » et préconise de nouvelles politiques publiques. Il reprend même le bon vieux discours de la gauche responsable au service du pouvoir et des réformes, qu’il fustige pourtant quelques lignes plus haut, en renvoyant dos à dos la « radicalité » et le néo-conservatisme. Didier Eribon considère que les mouvements sociaux doivent aiguiller les politiques publiques mais ne doivent surtout pas tenter de changer directement la société, sans intermédiaires. Didier Eribon demeure attaché à la vieille figure de la médiation, avec le politicien ou l’intellectuel. Mais il n’est pas possible d’en savoir davantage car aucun nom n’est cité derrière le terme de « radicalité » et aucune pensée n’est clairement mise en débat. L’intellectuel doit aussi penser contre les mouvements selon Eribon. Il prend l’exemple, très révélateur, de Foucault qui impose la théorie queer contre les mouvements de libération sexuelle. Mais ceux qui luttent peuvent directement exprimer leur pensée, leurs désirs et leur subjectivité sans la médiation d’intellectuels qui tentent d’imposer de nouvelles normes pour agir et penser. De nombreux tracts et textes d’intervention politiques expriment des analyses bien plus lucides que nombre de savants livres de sciences sociales. 


Didier Eribon propose de construire un mouvement, la « gauche de gauche », indépendant du PS en attendant de « travailler avec » la gauche politique. Mais l’urgence politique est plutôt d’attaquer le PS pour détruire la gauche. Si les intellectuels critiques pouvaient nourrir des illusions à l’égard de la gauche au pouvoir en 1981, cette analyse n’est plus possible aujourd’hui. Après deux septennats de Mitterrand et cinq ans de gouvernement Jospin, la « gauche plurielle », décomposée ou recomposée, apparaît comme l’ennemi des luttes sociales et de la rue. Les mouvements contestataires doivent combattre la gauche et le PS pour devenir autonomes afin de transformer la société sans intermédiaires. L’état de la gauche décrit par Eribon semble irréversible. Pour changer la gauche, il faudrait construire un mouvement social tellement puissant qu’il pourrait tout obtenir. Construire une société communiste et libertaire semble bien plus nécessaire et désirable que d’aspirer à « travailler avec » la gauche.

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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 11:46

pict39.jpgOn est arrivé au bout de la route du sécuritaire. L'Angleterre privatise sa police, le tout dans l'indifférence généralisée... Nous ne défendons pas les fonctionnaires de police face au néolibéralisme, et ne sommes pas pour une police autogérée mais cette évolution nous semble tout de même atterrante...

 

La police de Lincolnshire a signé un contrat de 240 millions d'euros avec la société 4GS pour la gestion de certaines de ses opérations, d'une grande partie des personnels civils et d'un commissariat.
Mais les choses ne vont pas en rester là. L'information a été révélée par le quotidien The Guardian. La Grande-Bretagne qui a réalisé des enquêtes sur les victimes 20 ans avant la France, qui a introduit un système managérial par objectif plus de 10 ans avant nous, qui a entamé sa réduction des effectifs encore une fois bien avant l'hexagone vient de franchir un important pas supplémentaire.
Dans deux régions (les comtés), les activités de police seront privatisées.

La méthode est celle que l'on connait dans de nombreux domaines maintenant, que ce soit pour la fournir de biens ou de services. Un site internet permet de déposer sa candidature www.lbuelight.gov.uk (E-tendering solutions). Toutes les catégories d'offres sont listées (colonne de gauche): "Product Service Category". Les pouvoirs publics lancent un appel d'offre et attendent les réponses des entreprises pour réaliser une liste de tâches importantes en matière de police : « Enquête criminelle, détention de suspects, réponse et enquête sur des incidents, soutien aux victimes et aux témoins, gestion des individus à haut risque, patrouille en voiture, gestion des informations et des preuves, etc. ».
Le service sera confié pour sept années à une entreprise. On peut imaginer que l'expérience sera suivie avec intérêt. En effet, la police privée risque de faire la même chose pour moins cher. Si c'est le cas, le "value for money" va nécessairement primer en GB. Faut-il rappeler l'influence qu'a eue Margaret Thatcher en GB et dans toute l'Europe avec l'introduction de ces notions dans la vie politique et les politiques publiques. Très contestées à l'époque, aujourd'hui, elles nous semblent aussi naturelles que l'air que nous respirons.
Comment faire la police moins chère sera la question essentielle des années à venir. A moins que le prix de la main d'œuvre en Europe ne devienne compétitive avec celle du Maroc ou de la Chine, les ajustements vont porter sur les systèmes d'organisation et les statuts des personnels. Lorsque la France aura fini d'explorer les rapprochements entre forces nationales, que pourrait être l'étape suivante sinon la privatisation ? Là encore, il faut faire un effort de mémoire et se souvenir de la manière dont le secteur privé était déconsidéré il y a 20 années à peine par le ministère de l'Intérieur.

Aujourd'hui, le fait de lui confier des tâches secondaires est perçu comme une évidence. Demain, pourquoi ne pas lui confier des tâches moins secondaires ? Les quelques lois nécessaires à voter ne prendront guère de temps si les finances publiques se dégradent et que les 2 à 2,5 points de croissance prévus par les grands partis candidats à l'élection présidentielle pour la fin du prochain quinquennat ne sont pas au rendez-vous.

La contestation est présente en GB face à ce projet fort avancé. Moins 34 000 postes d'ici 2015, ce n'est pas une petite coupe dans les effectifs. Mais pressuré par des baisses de crédit de l'ordre de 20% et la prévision de suppression de milliers de postes (dans un pays où le nombre de policiers publics par habitants est moindre qu'en France), la puissance ACPO (associations of chief police officiers, les patrons des forces britanniques) acquiesce et en limite la portée: « fournir du personnel qui pourra mener des tâches de routine et répétitives à un coût réduit, et fournira l'accès temporaire à du personnel qualifié - comme des équipes d'enquête sur les meurtres. Celles-ci pourront être employées pour des incidents qui sont rares, mais pour lesquels toutes les forces doivent garder en permanence un groupe de personnel très coûteux. »
Les syndicats de police français seront contre. Très contre. Et alors ? Le coût des polices nationales va être passé au crible par nos corps d'audit, comparé aux autres fonctionnaires, aux pays voisins. Et la conclusion s'imposera d'elle-même: il faut faire moins cher. Cela ne sera pas possible dans le cadre actuel de la fonction publique d'Etat ou de la militarité (pour les gendarmes). Cela ne pourra se produire qu'avec une nouvelle relation entre le fournisseur du service de police et l'Etat. C'est le moment où les Français découvriront la différence entre la police et l'Etat. La police ce n'est pas l'Etat. L'Etat a plusieurs options devant lui pour faire faire la police

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 07:50

votepoliceimage.jpgUn article de nos camarades canadiens de l'UCL sur le vote et les diverses raisons culpabilisantes pour lesquelles nous devrions voter....

 

À chaque élection, et peut-être plus particulièrement depuis le déclenchement de celle-ci, de nombreuses voix progressistes s'élèvent contre les abstentionnistes : « Si vous n'allez pas voter, ce sont les Conservateurs qui vont rentrer! » Selon nous, la stratégie du moins pire n'est pas une solution : c'est poser la question à l'envers.

L'idée du vote stratégique est relativement simple : un certain parti est pire que les autres, et notre vote devrait donc aller au parti un peu moins pire qui a le plus de chance d'empêcher l'élection du premier. De manière générale, les partisans du vote stratégique ont au moins le mérite d'avoir compris que le vote n'est pas ce « droit démocratique fondamental »1 tant vanté par Élections Canada et l'ensemble de la classe politique. Cette perspective conçoit plutôt le système parlementaire comme une fin en soi, et le vote comme un simple moyen de minimiser les dégâts.

« Entre deux maux, il faut choisir le moindre », dit le proverbe. Sauf qu'à force de voter pour le moins pire, on a droit au moins pire. Et il se trouve que le « moins pire » est de moins en moins raisonnable. Selon cette logique, un mort vaut mieux que dix, et 10 000, c'est « moins pire » qu'un million. Nous voilà enfermé-e-s dans le réel tel qu'il est, sans possibilité d'en sortir. On change la casquette du capitaine alors que le bateau continue de couler...

Sans compter qu'en votant, on légitime en quelque sorte le système électoral parlementaire. Élections Canada résume avec justesse cette nécessité pour la classe politique d'asseoir son pouvoir sur notre consentement : « La légitimité d'un gouvernement réside dans le fait qu'il est élu. De faibles taux de participation peuvent mettre en question cette légitimité démocratique. »1 Et en regardant du côté des taux de participation, on constate rapidement que les abstentionnistes « gagnent » à peu près toutes les élections, quoiqu'en disent les médias qui s'alarment chaque fois contre le cynisme, la paresse et le désintérêt, comme si ce n'étaient pas des symptômes clairs que ce système ne nous convient pas.

Nous refusons de voir la démocratie2 comme le droit de donner carte blanche à qui que ce soit quant aux décisions qui nous concernent. Bloquer les Conservateurs au parlement, ce n'est pas assez, ce n'est même pas un début de victoire ni même une posture défensive efficace. Ce sont leurs idées qu'il faut combattre, et sur tous les fronts, dans toutes les formes qu'elles prennent dans l'espace public et privé. Comment espère-t-on avoir quelque chance de contester le pouvoir, si les moyens utilisés sont précisément ceux qui le renforcent?

Nous réaffirmons donc toute l'importance d'agir au lieu d'élire.

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 11:55
cite-copie-1.jpgLa réalité médiatique est construite et les sujets de polémique lors des campagnes présidentielles, souvent nauséabonds sont souvent artificiels et servent aux médias qui ainsi peuvent manipuler l'opinion publique.

Alors qu’elle peine aujourd’hui à s’imposer dans la campagne présidentielle, la « banlieue » était un enjeu central de celle de 2007. Une analyse des articles de quatre grands quotidiens nationaux montre combien les médias ont contribué à en construire une image particulière qui fait écho au thème sécuritaire.

 

 


Alors que les élections françaises sont aujourd’hui au centre de l’agenda journalistique, cet article se penche sur la manière dont l’image des « banlieues » a été forgée médiatiquement lors de la campagne du scrutin présidentiel de 2007. Pour cela, un corpus d’articles issus de quatre titres de la presse nationale a été construit [1]. La lecture de ces articles révèle que, dans 62 % des cas, les espaces résidentiels évoqués sont les « banlieues », les « quartiers sensibles » et autres « cités HLM », ce taux variant de moins de 50 % dans Le Monde et Libération à 80 % dans L’Humanité. Apparus il y a une vingtaine d’années dans les débats publics, les « quartiers sensibles » sont donc toujours les territoires de prédilection de ceux et celles qui se donnent pour objectif de décrire, comprendre – et traiter – les problèmes sociaux (Tissot 2007 ; Sedel 2009).

La longévité d’une telle catégorie d’analyse du monde social invite à s’y pencher, d’autant plus que la liste des pathologies qui sont associées aux « banlieues » n’a cessé de s’allonger. Au manque de « citoyenneté » et au déficit de « lien social » diagnostiqués dans les années 1980, s’ajoutent depuis les années 1990 les alertes répétées sur la délinquance, la « violence urbaine » et le « communautarisme », tandis qu’antisémitisme et fondamentalisme musulman, sexisme et homophobie semblent désormais sévir uniquement dans les « banlieues » (Fassin 2010).

Plus largement, ces « banlieues » constituent toujours le cadre autour duquel s’organisent les controverses intellectuelles : sont-elles devenues des « ghettos » ? Doit-on pointer, s’il le faut en « brisant les tabous », la délinquance qui y sévit, ou, au contraire, souligner le dynamisme de leur jeunesse ? Si d’autres questions sont apparues dans les débats publics, comme celle des discriminations, par exemple, les problèmes sociaux semblent être encore très largement étudiés par le prisme de territoires très étroitement circonscrits.

Cette focalisation sur les banlieues n’a rien de neutre, comme l’a encore montré la campagne électorale de 2007, au cours de laquelle ont été proposées aux lecteurs de la presse écrite des représentations bien particulières de ceux et celles qui y habitent. Parce que les campagnes électorales sont des moments de cristallisation des rapports sociaux, les grilles de lecture du monde social qui y sont mobilisées marquent d’autant plus durablement ces représentations collectives.

Les territoires de l’émeute ?

L’examen des lieux évoqués dans les articles permet d’abord de dresser une géographie assez précise des espaces périphériques dont il est question. Pour ce qui est des départements, c’est de la « Seine-Saint-Denis » qu’il s’agit dans près de 40 % des cas, de sorte que le « 93 » (voire le « 9-3 ») constitue l’incarnation de la figure des « cités ». Il est donc intéressant d’y regarder de plus près. La carte ci-dessous, à l’échelle de la petite couronne parisienne, confirme la place prépondérante des communes de ce département, Clichy-sous-Bois en tête, suivie d’Argenteuil (Val-d’Oise), Saint-Denis, La Courneuve ou encore Bondy et Montfermeil. Le souvenir des « émeutes » fortement médiatisées de 2005 explique l’intérêt largement partagé des journalistes pour la ville de Clichy-sous-Bois, où elles ont démarré au mois d’octobre : « Clichy-sous-Bois, symbole des banlieues à risques », titre d’ailleurs Le Figaro du 7 mai 2007. Quant à Argenteuil, elle est associée aux propos du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy sur les « racailles » et le « Kärcher », tenus précisément pour déclencheurs des événements. C’est d’ailleurs un début « d’émeute » à la gare du Nord qui permet de comprendre pourquoi le 10e arrondissement parisien apparaît dans plusieurs articles, ce qui peut surprendre au regard du profil sociologique de ce secteur central où la gentrification est amorcée depuis les années 1990.

Certes, l’on retrouve dans les articles – mais beaucoup moins souvent – la ville de Lyon et ses périphéries (Vaulx-en-Velin, Villeurbanne et Vénissieux), des communes populaires du nord du pays (Lille, Roubaix, Dunkerque), les grandes villes du bassin méditerranéen où les populations précarisées sont parfois concentrées dans les quartiers centraux (Perpignan, par exemple), et bon nombre de communes-centres d’aires urbaines moyennes qui accueillent leur lot de quartiers d’habitat paupérisés. Mais la focalisation médiatique sur quelques quartiers d’Île-de-France reflète clairement une des questions sur laquelle s’ouvre de façon unanime la campagne : Sarkozy, « attendu à Argenteuil » (Libération, 26 février 2007), pourra-t-il faire campagne en « banlieue » sans provoquer une nouvelle « émeute » ?

Classiquement, les images de ces grands ensembles s’accompagnent de descriptions paysagères qui intriquent fortement comportements sociaux et formes urbaines : bâtiments vétustes où les couleurs dominantes sont ternes (le « grisâtre », le « jauni »), espaces saturés de béton, tours et barres « aux tailles inhumaines », dont l’effet pathogène est souligné par l’usage du registre médical comme avec le terme de « cicatrice ». Le diagnostic qui s’est imposé avec la rénovation urbaine depuis le début des années 2000 se retrouve ici : les « problèmes » de ces quartiers ne seront vraiment résolus qu’une fois certaines parties d’entre eux démolies.

Les photographies des paysages de banlieue sont construites sur le même mode et utilisent fréquemment la figure des tours au pied desquelles des jeunes stéréotypés « tiennent les murs » : grosses lèvres renvoyant à leurs origines africaines, code vestimentaire du sweat à capuche et mains dans les poches pour renvoyer à leur supposée inactivité permanente. Des espaces anomiques décrits dans la littérature sur la sarcellite pendant les années 1970, nous sommes bien passés aux « nouvelles classes dangereuses » (Beaud et Pialoux 2005), en grande partie immigrées, et considérées comme élément structurant du « problème des banlieues » depuis les années 1980.

Ces descriptions stigmatisantes sont-elles omniprésentes dans l’ensemble des articles de presse ? Bien que le terme de « banlieue » soit celui qui revient le plus souvent (tableau 1), ce sont les expressions dérivées du mot « quartier » qui occupent la part la plus élevée du corpus (38 % des 306 expressions relevées), qu’il s’agisse de quartiers « populaires », « sensibles », « difficiles » ou d’expressions plus rares – mais plus péjoratives – comme celles qui décrivent le « quartier multicolore », le « quartier où Darty n’ose plus aller », le « quartier quadrillé par la BAC » ou le « quartier qui cumule les handicaps ».

Tableau 1 : Les 20 expressions les plus fréquentes pour désigner les espaces résidentiels

Problèmes et désordres de la « banlieue à risques », « banlieue poudrière », « banlieue qui flambe » et autres « territoires perdus de la République » sont ainsi longuement commentés. Toutefois, et à coté de termes globalement neutres (comme « ZUS », « ZEP », « ZUP »), les caractéristiques sociales ou politiques des banlieues sont aussi soulignées à travers les expressions de « quartier populaire », « cités populaires », « quartiers les plus défavorisés » ou « ville rouge ». S’il faut rester prudent dans l’interprétation du corpus dépouillé, on observe que ce registre qui encastre la description des grands ensembles avec leurs profils sociaux ou politiques est davantage présent dans les quotidiens ancrés à gauche : 50 % des articles de L’Humanité, 32 % dans Libération, 41 % dans Le Monde et 14 % dans Le Figaro. À l’inverse, les expressions axées sur les désordres et l’insécurité sont plus fréquentes lorsque le quotidien porte un projet de société marqué à droite : 8 % dans L’Humanité, 9 % dans Libération, 11 % dans Le Monde et 35 % dans Le Figaro, qui titre, par exemple, le 29 mars 2007 sur « la banlieue, poudrière sous haute surveillance ».

La tonalité des articles varie non seulement en fonction des organes de presse mais aussi selon les différentes périodes de la campagne [2]. Ainsi, même si les termes « neutres » sont majoritaires, quelle que soit la période considérée, les expressions axées sur l’insécurité et l’ambiance des « cités » augmentent de manière notable juste avant le premier tour et dans l’entre-deux-tours (pour atteindre un peu moins de 20 % au moment décisif), puis retombent à moins de 10 % lorsque le scrutin est joué. Qui sont donc les responsables de cette insécurité aux yeux des journalistes de la presse écrite ?

Les habitants des « cités » : entre violence et intégration politique par le vote

Cette « banlieue » omniprésente dans la presse semble être, avant tout, peuplée de « jeunes », car ces derniers arrivent très largement en tête quand sont évoqués les habitants de ces espaces urbains, sans compter ceux qui n’existent qu’à travers leur lieu de résidence en tant que « jeunes des quartiers », « jeunes des banlieues », « jeunes des cités » (tableau 2). Typiquement, un article de Luc Bronner, « spécialiste banlieue » du Monde, s’ouvre sur une déclaration de « Tarek, 17 ans, habitant des Mureaux, [qui] résume brutalement l’opinion générale dans les quartiers sensibles de la banlieue parisienne » (3 mai 2007). De la même manière, les résidents sont décrits comme de simples « habitants » – voire comme « habitants des quartiers » – un mot qui n’est jamais utilisé seul pour qualifier ceux qui vivent dans d’autres types d’espaces résidentiels.

Tableau 2 : Les 20 expressions les plus fréquentes pour désigner les appartenances sociales des habitants

Le critère de l’âge mais aussi de la nationalité et de l’origine dominent, comme le montre le tableau 2. « Immigrés » et « étrangers » sont déclinés selon différentes origines ethniques : « noirs », « blacks » et « Africains » ; « Arabes » et « Maghrébins » ; quand la description n’est pas plus précise encore : « Marocains », « Turcs », « Algériens ». Pour les habitants originaires de ce dernier pays, le raffinement des catégories est d’ailleurs particulièrement poussé et distingue par exemple les « kabyles » des « pieds-noirs ». Il conviendrait, d’ailleurs, de féminiser bon nombre de ces adjectifs, tant les « femmes » semblent avoir une place particulière en « banlieue », celles-ci étant présentées le plus souvent comme « mères de famille » mais aussi comme des « femmes voilées ».

Les expressions relatives à la religion occupent, en effet, une place non négligeable, et c’est bien sûr de « musulmans » qu’il est question… quand la stigmatisation n’est pas explicite : « barbu », « fondamentaliste », « intégriste ». À noter qu’aucun catholique ne semble résider dans les « cités », l’emploi des termes les désignant étant réservées aux mondes ruraux dans les textes analysés. Article après article, la collusion entre le registre du désordre et celui de l’identité nationale – érigée en enjeu politique central par la droite – ne laisse guère de doute sur l’identité des fauteurs de trouble et autres « délinquants ».

Et là encore, on retrouve un clivage entre les différents journaux. « Racaille », « bande », « casseur » et « délinquant » font partie des mots plus souvent utilisés dans Le Figaro. Si la présence des « ouvriers », des « salariés » ou des « chômeurs » peut surprendre dans le tableau 2, tant elles sont généralement invisibles dans la presse ou l’actualité sociale (Beaud, Confavreux et Lindgaard 2008), il faut préciser qu’elles sont très largement concentrées dans les articles de L’Humanité (18 des 26 occurrences pour « ouvriers », 11 sur 15 pour « chômeurs » et 19 sur 23 pour « salariés ») et dans Le Monde, où les catégories sociales évoquées donnent une image plus diversifiée des « quartiers ».

Si l’on observe l’ensemble des articles dépouillés et non pas uniquement ceux qui portent sur les « cités », un glissement apparaît au moment du premier tour de l’élection dans la manière de décrire les habitants. C’est ainsi que les termes liés à l’origine ou à la couleur de peau, les mots relatifs à la religion et les descriptions faisant état des comportements des habitants (souvent évoqués sur le mode de la déviance avec la figure de la « racaille ») sont présents dans 28 % des articles juste avant le premier tour, et seulement dans 13 % après le 22 avril. Or on a montré que c’est justement pour décrire les « banlieues » que ce registre de lecture du monde social basé sur des critères subjectifs (religion, pratiques et comportements sociaux supposés communs aux groupes) était utilisé. Une fois le premier tour passé, la lecture des articles révèle, par contre, un recours plus fréquent à des propriétés sociales objectivement mesurables (catégorie socioprofessionnelle, par exemple). Bien que la plupart des journalistes – influencés en cela par les tenants de la sociologie électorale cathodique – soient habituellement peu enclins à évoquer le poids des déterminants sociaux sur les pratiques électorales, on peut penser que ce recours plus fréquent aux positions sociales des habitants dans les articles postérieurs au premier tour s’explique en partie par le fait que le vote a effectivement eu lieu… et est donc susceptible d’être analysé. Cela dit, rien n’empêchait les auteurs des articles dépouillés de s’interroger sur les effets politiques des conditions d’existence matérielle des habitants des « cités » avant le scrutin, or cela n’a été que (trop) rarement le cas.

Justement, les comportements politiques attribués aux habitants des cités semblent appréhendés à travers une grille de lecture particulièrement consensuelle. Dès l’ouverture de la campagne, les articles du corpus construisent l’élection présidentielle à venir comme une chance d’intégration politique pour les « cités » et leurs électeurs, et ce deux ans après les « émeutes » de 2005. Il en ressort une vision dichotomique et légitimiste des comportements politiques en banlieue : entre peur de l’émeute et des violences, rejetées du côté de l’irrationnel, et espoir de comportements « citoyens » que plusieurs organes de presse, soucieux de contrer les visions stigmatisantes qu’on leur reproche parfois, s’attachent à souligner. Parmi les attitudes considérées comme positives, figure ainsi en premier lieu l’engagement associatif, comme en témoigne le nombre d’articles consacrés à l’association AC Le Feu (née à Clichy-sous-Bois après 2005), qui s’était lancée dans un Tour de France visant à recueillir les doléances des habitants des cités. Mais dans bien des articles, le vote – et notamment le vote à gauche – apparaît comme la voie par excellence de l’intégration politique.

Le nom des candidats à l’élection présidentielle est ainsi très souvent présent dans les articles (tableau 3). La catégorisation « Ségolène Royal » est de loin la plus fréquente, suivie de « Marie-George Buffet » (32 occurrences exclusivement présentes dans les articles de L’Humanité…) puis de « communiste » (28, dont 21 dans L’Humanité) [3]. « Nicolas Sarkozy » arrive ensuite, mais les articles relatant sa présence sont construits en opposant les habitants de ces « quartiers » au candidat de l’UMP à partir d’une interrogation sur la réaction épidermique des premiers au second en raison de ses propos sur la « racaille ». En contrepoint aux articles de début de campagne, se multiplient ainsi ceux qui, à la veille du premier tour, s’interrogent sur les risques possibles d’« explosion » en cas de victoire de Nicolas Sarkozy. À tel point que, même aux lendemains de l’élection, c’est toujours sous cet angle que l’article du Monde du 8 mai oriente son reportage à Aulnay où « le face-à-face tendu entre forces de l’ordre et habitants du quartier des "3 000" n’a pas dégénéré en affrontements ».

Tableau 3 : Les 20 expressions les plus fréquentes pour désigner les attitudes électorales des habitants

Face aux risques de violence, l’élection est médiatiquement construite comme le débouché naturel de la protestation des habitants des « cités ». Parmi les comportements politiques cités dans les articles, « l’inscription sur les listes électorales » est fréquemment évoquée, la campagne menée par l’association AC Le Feu pour pousser les « jeunes » à s’inscrire sur les listes et à voter pour canaliser leur colère étant particulièrement bien couverte dans la presse. Cette couverture spécifique suscite plusieurs remarques. On peut d’abord noter que les 16 occurrences de « l’inscription sur les listes électorales » sont exclusivement concentrées dans les articles sur les « cités », comme si aucun autre citadin ou aucun habitant d’une zone rurale n’avait fait cette démarche avant 2007, ce qui est assez caricatural.

Mais il est intéressant de noter que, alors que le mouvement d’inscription est très largement couvert par la presse, l’hypothèse de l’abstention – certes présente en filigrane quand il est question d’inscription – n’est presque pas évoquée de manière explicite, un peu comme si cette hypothèse n’était pas envisageable. Des travaux récents ont pourtant souligné son importance dans les quartiers populaires de grands ensembles (Braconnier et Dormagen 2007), en montrant, d’ailleurs, que la participation électorale se joue largement dans la qualité de l’inscription. De la même manière, et alors que l’abstention croissante des classes populaires entretient une étroite relation avec le fonctionnement du champ politique, aucun journaliste n’évoque, sauf en ce qui concerne la personne de Nicolas Sarkozy, l’hypothèse selon laquelle la classe politique elle-même (le brouillage des frontières idéologiques entre gauche et droite, le fossé, notamment socio-économique, qui sépare les élus des électeurs, etc.) pourrait expliquer le choix de ne pas voter. À l’inverse, la tendance au repli sur soi, à l’indifférence, au nihilisme, voire à la réaction « violente » semble inhérente aux « jeunes de cités ».

Dans l’ensemble, la focalisation sur l’inscription et le fait que l’abstention soit évoquée sur un mode implicite tendent à présenter les comportements politiques des habitants de manière particulière. D’une part, cela conduit à ne pas s’interroger sur la possible existence d’une abstention politisée dans ces « quartiers » (et ailleurs) où, scrutin après scrutin, les conditions de vie objectives des habitants n’évoluent que très peu, et où l’éloignement par rapport aux partis de gauche ne cesse de croître. De l’autre se trouve évacuée toute interrogation sur la dimension éventuellement politique (ou « protopolitique ») des comportements émeutiers (Mauger 2006).

 

Des projecteurs braqués sur les « cités » au moment crucial

 

Une telle focalisation médiatique sur les « banlieues » lors des élections présidentielles de 2007 n’est évidemment pas neutre. C’est, d’ailleurs, au moment de la campagne où l’on parle le plus de ces espaces que l’on en parle sur le mode le plus stigmatisant. Le pourcentage de termes liés aux quartiers périphériques chute en effet au fil des semaines : 64 % avant le premier tour, 62 % pendant l’entre-deux-tours, puis seulement 37 % après le second tour de scrutin. Dans le même temps, les espaces urbains centraux – généralement présentés comme plus « tranquilles » – sont soudainement évoqués quatre fois plus souvent.

Dans une perspective plus critique et dans un contexte de forte intrication entre champ politique et champ médiatique, on peut s’interroger sur les usages électoraux d’une telle focalisation sur la banlieue et ses désordres supposés. On peut aussi se demander si le retour dans l’invisibilité de populations qui n’en sortent qu’à l’occasion de faits divers violents relatés sur un mode sensationnaliste n’est pas le corollaire d’un recentrage sur les centres au moment des « analyses » postélectorales, et ce en raison du poids important de leurs habitants dans le lectorat de la presse quotidienne nationale. Il s’agirait alors, en somme, d’un déplacement de la focale journalistique sur l’espace légitime du point de vue de sa clientèle.

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Published by AL Montpellier
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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 12:49

Voici un billet d'humeur sur l'abstention, qui remet en perspective la participation au système electoral...

 

Le plus grand parti de France : l’Abstention. Le dégout de la politique, l’impuissance des politiciens conduisent à chaque échéance électorale au grossissement de ses rangs.

Le pouvoir se donne rarement. Il se prend et, bien plus souvent, il se conquiert. Que ce soit par le sang, la force, la ruse, la propagande, la corruption, les luttes d’influence ou les urnes.....

abstention_active {JPEG} A chaque élection qui s’annonce le mar­ron­nier revient comme les feuilles mortes en automne : le vote blanc et le taux d’abs­ten­tion gran­dis­sant. Et sur­tout com­ment récu­pé­rer cette manne de non-voix mais ins­cri­tes pour cer­tains. Et ça se bous­cule.

Entre le parti du vote blanc qui demande une meilleure comp­ta­bi­li­sa­tion du vote blanc ou nul, à quelle fin on ne sait pas, et qui cette année sou­haite même pré­sen­ter un can­di­dat au parti du vote blanc, ou encore le mou­ve­ment des coli­bris ou pour le coup tous sont can­di­dats à la pré­si­dence. Bref, du far­felu et du pas grand chose d’inté­res­sant.

L’inté­rêt n’est certes pas de récu­pé­rer ce vote blanc ou cette abs­ten­tion crasse , décriée par les chan­tres de la démo­cra­tie. La pren­dre en compte est une néces­sité sans doute. Mais sur­tout lui reconnaî­tre son impor­tance et son nombre à chaque échéance électorale , pour l’envoyer à la gueule de tous ces can­di­dats auto-pro­cla­més.
L’abs­ten­tion comme moyen de blo­cage de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive, et de ce calen­drier électoral qui nous est imposé. Mais à l’aune des élections, le cou­pe­ret va tomber, et le peuple se rap­pelle dou­lou­reu­se­ment à eux.

Sans abor­der le cancer qui gan­grène le sérail poli­ti­que actuel, la cor­rup­tion. On ne compte plus les élus passés par la case jus­tice sans que cela nuise à leur car­rière, une liste non exhaus­tive à voir ici.
Ce cancer qui ronge la classe poli­ti­que actuelle et passée, et le remède pres­crit par leur soin n’est guère mieux que si un méde­cin pres­cri­vait un soin à base de car­ti­lage de requin à un can­cé­reux en phase ter­mi­nal alors qu’une chi­mio­thé­ra­pie aurait été néces­saire, nada, bien au contraire, ils se pro­tè­gent.
Le régime de Sarkozy, qui van­tait une répu­bli­que irré­pro­cha­ble en 2007, se révèle être cham­pion toute caté­go­rie en la matière.

Sans doute cette cor­rup­tion fait-elle le lit de l’abs­ten­tion mais pas que. La res­pon­sa­bi­lité de ces coup de canif à la morale ne revient pas à l’abs­ten­tion­nisme, ceux-ci n’ayant donné leur voix à per­sonne, mais est bien celle des votards qui ins­tal­lent ces cra­pu­les aux pos­tent qu’ils occu­pent.

Les poli­ti­cards de tout bord ne se pri­vent pas d’impo­ser leurs objec­tifs de ren­ta­bi­lité, d’effi­ca­cité, pro­pa­gande libé­rale susur­rée à leur oreilles atten­ti­ves par les lob­bies capi­ta­lis­tes, Merdef en tête, à l’ensem­ble de la popu­la­tion sans jamais se l’impo­ser à eux-même.

Car ces élus se ser­vent sur­tout de l’état et de leur fonc­tion pour se réser­ver et pré­ser­ver de confor­ta­bles émoluments au pas­sage, pour nous servir et nous pro­té­ger selon leurs dires. La pre­mière chose qui a d’ailleurs préoc­cupé le can­di­dat Sarkozy au len­de­main de son succès en 2007 c’est sa rému­né­ra­tion, 170% d’aug­men­ta­tion d’un coup, quand toi tu pleu­res pour obte­nir 1 % d’aug­men­ta­tion de ton SMIC, pour ceux qui bos­sent encore.

Lors de la dou­lou­reuse remise à plat des retrai­tes pour l’ensem­ble de la

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popu­la­tion fran­çaise, alors que le peuple gron­dait dans les rues, mani­fes­tant son désac­cord face à cette injus­tice qui lui était impo­sée sous un pré­texte fal­la­cieux d’allon­ge­ment de la vie, de fin de l’état pro­vi­dence, encore un mirage. Il n’y a vrai­ment que les élus pour faire d’une régres­sion sociale, une bonne nou­velle.

Et lorsqu’il s’ est agit de remet­tre en ques­tion la leur de retraite à nos chers dépu­tés, on a pu s’aper­ce­voir du consen­sus admi­ra­ble de nos par­le­men­tai­res de droite comme de gauche, point de cli­vage poli­ti­que ni d’oppo­si­tion pour défen­dre leurs pro­pres inté­rêts. Ou encore : les frais de repré­sen­ta­tions et avan­ta­ges divers alloués à nos chers repré­sen­tants ne cho­quent per­sonne en France, mais scan­da­li­sent hors de nos fron­tiè­res (mais loin, en Suède. Mais quelle joie pour nous, il est vrai, de les voir sur les bancs de l’assem­blée si bien vêtus, nos cou­ra­geux et inflexi­bles élus.

Ce qui est légal est déjà suf­fi­sam­ment indé­cent, au regard de ce qu’ils font subir comme vio­len­ces et la casse sociale pour la popu­la­tion, et la des­truc­tion des ser­vi­ces publi­ques.

Au niveau euro­péen, même cons­tat quant à la teneur de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive, dévoi­lée par la télé­vi­sion alle­mande, le manège est gros­sier. Ceux-là même qui fus­ti­gent le chô­meur fai­néant, se dépla­cent uni­que­ment à l’assem­blée euro­péenne pour badger, (poin­ter en gros), afin de tou­cher leur émolument et se barrer tran­quille­ment vaquer à d’autres occu­pa­tions sans doute plus lucra­ti­ves, sans avoir poser leur cul sur le siège pour lequel ils ont été élus Et au plus fort de la crise, ils se dou­blent car­ré­ment leur salaire en 2010 dans l’indif­fé­rence géné­rale.

Et leurs reve­nus à ces élus ne sont pas indexées sur le coût de la vie ou tout autre barème qu’ils impo­sent aux autres, c’est comme ça la démo­cra­tie, ce sont eux-même qui les fixent. C’est plus simple et toi t’es juste bon à payer la dou­lou­reuse sans qu’ils aient eu besoin de te deman­der ton avis, ils s’en gar­dent bien.

Au peuple, ces élus là garan­tis­sent aus­té­rité, misère, pré­ca­rité et pri­va­tion. Mais on doit voter pour eux hein, n’oublions pas démo­cra­tie oblige, c’est dans notre inté­rêt nous serine-t-on jusqu’à la nausée !

Pendant ce temps-là, le labo­ra­toire de la bar­ba­rie capi­ta­liste se pour­suit tran­quille­ment avec l’aval de l’Europe, en Grèce. Avec ses vagues de sui­cide, les gens déses­pé­rés par les mesu­res d’aus­té­rité pré­fè­rent en finir, 40% de sui­ci­des en plus en Grèce depuis la crise. Des famil­les, rédui­tes à la misère grâce aux efforts de la troïka, aban­don­nent leurs enfants n’ayant plus les moyens de les nour­rir :

La crise finan­cière grec­que a tel­le­ment plongé dans le déses­poir cer­tai­nes famil­les qu’elles renon­cent à la chose la plus pré­cieuse entre toute : leurs enfants. Un matin, quel­ques semai­nes avant Noël, un ensei­gnant de mater­nelle à Athènes a trouvé une note à propos d’une de ses élèves âgé de quatre ans.

« Je ne vien­drait pas cher­cher Anna aujourd’hui parce que je n’ai plus les moyens de m’occu­per d’elle, »a t- il lu. Veuillez pren­dre bien soin d’elle. Désolé. Sa mère".

Au cours des deux der­niers mois le père Antonios, un jeune prêtre ortho­doxe, qui dirige un centre de jeu­nesse pour les pau­vres de la ville, a trouvé quatre enfants sur le pas de sa porte - y com­pris un nou­veau-né.

Un autre orga­nisme de bien­fai­sance a été appro­ché par un couple dont les jumeaux étaient à l’hôpi­tal trai­tés pour mal­nu­tri­tion, parce que la mère elle-même souf­frait de mal­nu­tri­tion et inca­pa­ble d’allai­ter.

The Greek parents too poor to care for their chil­dren

Ou encore on voit des cas d’ino­cu­la­tion volon­taire du sida pour béné­fi­cier de l’aide finan­cière qui en découle de 650 €, entre autres joyeu­se­tés.

Et lors­que le pre­mier sinis­tre grec Georges Papandréou déclare le 31 octo­bre 2011 tout de go qu’il sou­haite orga­ni­ser un refe­ren­dum sur le plan de sau­ve­tage (hein !) pro­posé par l’Europe au peuple grec et la dette qui étrangle le pays, BRONCA immé­diate des démo­cra­tes euro­péens. Ils pani­quent et tirent sur l’ambu­lance, l’Europe s’agite et tacle Papandréou poussé à la démis­sion. Et sans rougir, ils osent encore se défi­nir comme des démo­cra­tes. Papandréou est rapi­de­ment rem­placé par un homme de confiance du capi­ta­lisme, Papademos, ex de la BCE (banque cen­trale euro­péenne), nommé sans passer par la case urne. De 1994 à 2002, il était gou­ver­neur de la Banque de Grèce, poste qu’il occupe quand celle-ci s’est « qua­li­fiée » pour l’euro, grâce à des comp­tes fal­si­fiés par Goldman Sachs.

La boucle est bou­clée.
Ce fos­soyeur de l’état grec n’a pas hésité à nommer des minis­tres issus des rangs de l’extrême droite. Le capi­ta­lisme n’a pas besoin du vernis démo­cra­ti­que et si besoin s’en fait res­sen­tir, comme en Grèce en ce moment. La démo­cra­tie est infil­trée par l’oli­gar­chie capi­ta­liste, celle-ci place ses pions selon ses pro­pres inté­rêts. Et les mesu­res prises par cet arri­viste à la solde du capi­ta­lisme n’ont pas tardé à venir, la popu­la­tion grec­que n’avait rien de bon à atten­dre de ce per­son­nage et le savait per­ti­nem­ment. Elle avait déjà payé fort cher les mesu­res d’aus­té­rité pré­cé­den­tes, voir ci-dessus mais la suite est bien pire. Le tra­vail ne vaut plus tri­pette pour qui courbe l’échine en Grèce. Le SMIC est passé à 470 € net par mois et 400 € pour les moins de 25 ans, entre autres. Le sys­tème capi­ta­lisme a réussi un tour de force incroya­ble, dans la liste de mesu­res toutes plus mor­ti­fè­res les une que les autres. Il a réussi à s’empa­rer du jack­pot : la col­lecte des impôts de l’état grec. Cette manne finan­cière qui leur échappait des­ti­née au bon fonc­tion­ne­ment des ser­vi­ces publics, du paie­ment des fonc­tion­nai­res , des retrai­tes... passe direc­te­ment dans les poches des ban­quiers qui ont causé la ruine du pays et cette mesure a été ini­tiée par le FMI. L’esto­cade finale, la mise à mort de l’état.

Pour muse­ler encore la popu­la­tion le minis­tre de l’inté­rieur grec, un socia­liste vient de dépo­ser un projet de loi ren­dant impos­si­ble toute pour­suite contre les forces de l’ordre, ins­tau­rant l’impu­nité de facto des forces de police. La police grec­que qui s’est déjà illus­trée par sa vio­lence dans les mani­fes­ta­tions anti aus­té­rité, pourra si ce projet passe conti­nuer à tra­vailler tran­quille­ment, tabas­ser le mani­fes­tant retors sans ris­quer la moin­dre embrouille judi­ciaire [1] .

Les consé­quen­ces humai­nes de ces nou­vel­les mesu­res ne tar­de­ronst pas à se faire sentir, les dom­ma­ges col­la­té­raux, coûts à payer pour la survie du sys­tème capi­ta­lisme.

Après avoir mis à genou la Grèce la troïka s’affaire main­te­nant au Portugal, afin de jauger les mesu­res d’aus­té­rité prises à l’encontre du peuple par le gou­ver­ne­ment, ouvrant ainsi un nou­veau char­nier en Europe. Il y a fort à parier que d’autres pays seront visés par ces repré­sen­tants sinis­tres des rapa­ces de la finance.

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lardon
http://lardon.wordpress.com/2012/02/02/planche-a-repasser

Au nord de l’Europe, la Belgique, après 540 jours sans gou­ver­ne­ment, prend la rue, une grève géné­rale à peine ce der­nier ins­tallé. Un gou­ver­ne­ment socia­liste aux manet­tes dont les mesu­res d’aus­té­rité prises à la hâte et cal­quées à la vir­gule près sur un pro­gramme dont une droite ultra libé­rale n’aurait pas à rougir, s’en prend donc sans sur­prise à la tran­che la plus fra­gile de la popu­la­tion, sans que cela ne change quoi que ce soit aux mesu­res d’aus­té­rité enga­gées par ce gou­ver­ne­ment à peine élu. La démo­cra­tie, on te dit.

Rien de bien réjouis­sant sous le soleil noir de leur démo­cra­tie. Le sys­tème capi­ta­liste crève à petit feu, ren­floué grâce à l’argent public dis­tri­bué aux ban­ques, Il a été sauvé par ces démo­cra­tes ver­tueux qui se gar­ga­ri­sent sans rire leur abné­ga­tion, et leur amour du ser­vice rendu à la nation. Et ce sau­ve­tage c’est au peuple qu’ils veu­lent le faire payer encore, par des mesu­res d’aus­té­rité. La démo­cra­tie, euro­péenne se résume à la ges­tion du pire pour nous et de meilleurs ren­de­ments pour les autres. Rien de bien neuf, le cours des choses, dans un sys­tème dominé par l’idéo­lo­gie néo-libé­ra­lisme la plus dure.

Pour en reve­nir à la France et à la veille de ces échéances électorales, pré­si­den­tielle et légis­la­tive qui appro­chent à grand pas. On appelle sous peu la sou­ve­rai­neté du peuple à se mani­fes­ter, au suf­frage uni­ver­selle, rien que ça. La volonté des électeurs TOUTE PUISSSANTE va tomber. Le futur grand vizir attend son heure, le bal des ambi­tieux com­mence. Le cirque électoral s’étale dans toute son igno­mi­nie en une des jour­naux, à grand ren­fort de son­da­ges, de peti­tes phra­ses, toute plus basses et viles les une que les autres. La chasse à l’électeur est ouverte. Tremblez citoyens, ça va se bous­cu­ler dans les tra­vées des mar­chés, ils vont lâcher les mili­tants, les rabat­teurs. Il vont t’affir­mer sans rire qu’ils sont élus du peuple, pour le peuple et à son ser­vice, les bras m’en tom­bent. Jusqu’à pré­sent per­sonne ne l’avait remar­qué.

L’impuis­sance des poli­ti­ciens est pour­tant bien visi­ble, il ne gèrent plus que ce qu’il peu­vent mai­tri­ser. Leur action se résume désor­mais à l’a mise en place d’une poli­ti­que de la ter­reur au ser­vice des capi­ta­lis­tes afin de ne pas enrayer l’ordre établit par ces der­niers, main­te­nir la popu­la­tion dans une crainte per­pé­tuelle, lui ôter toute envie de se sou­le­ver, mater le rebelle quoi, crever l’insur­rec­tion qui tarde à venir dans l’œuf .

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lardon
liberté, j’écris ton nom ...

Et c’est à coup de lois dites sécu­ri­tai­res qui tom­bent à chaque fait divers, la créa­tion de fichiers tou­jours plus nom­breux, tou­jours plus sys­té­ma­ti­ques, par la créa­tion d’enne­mis ima­gi­nai­res : ter­ro­ris­tes sup­po­sés, immi­grés, sans papiers, rroms, pédo­phi­les, inter­nau­tes, le jeune et ouais toi aussi sur­tout toi, la liste est longue et tout le monde y passe, per­sonne n’est oublié. En réa­lité c’est le pauvre qu’on traque, qu’on chasse, der­rière ces enne­mis sup­po­sés, ces rroms, ces immi­grés,ces sans-papiers, qu’ils ont eux même par­ti­cipé à créer soit par leur légis­la­tion sécu­ri­taire ou par la casse sociale. Le sys­tème capi­ta­liste broie, détruit le corps social aidé, appuyé par le gou­ver­ne­ment, col­la­bo­ra­teur zélé de l’oli­gar­chie finan­cière. Sous régime sar­ko­ziste pas moins de 42 textes et lois, fichiers sur la sécu­rité depuis 2002, plus qu’une obses­sion, c’est le seul champ légis­la­tif sur lequel il peut encore mener une action, la répri­mande, la peur de l’état qu’on ins­pire à toute force aux popu­los, poussé en cela par le désor­dre économique capi­ta­liste afin de défen­dre ses pro­pres inté­rêts. Hadopi en est sans doute la loi répres­sive la plus repré­sen­ta­tive de ce régime, ins­piré par les lob­bies des majors et autres indus­tries dites cultu­rel­les, elle ins­taure une pro­tec­tion du droit de pro­priété en quel­que sorte poussé à l’extrême quitte à cri­mi­na­li­ser, et bafouer les liber­tés fon­da­men­ta­les de l’ensem­ble de la popu­la­tion, sic. La liberté du peuple s’arrête là ou com­mence celle du profit. Le Ps n’est pas en reste et l’ump peut le remer­cier pour sa clair­voyance avec la créa­tion en 2001 sous régime jos­pin­niste de la loi LSQ (loi sur la sécu­rité quo­ti­dienne), loi sécu­ri­taire fourre tout , pré­mice de loppsi 1 et 2 et ses consé­quen­ces tou­jours plus de fichiers comme le STIC ( Système de Traitement des Infractions Constatés), espèce de méga base de don­nées inter­connec­tant les dif­fé­rends fichiers poli­ciers déjà exis­tants, fichant tout indi vidu sous pro­cé­dure judi­ciaire , qu’il soit mis en cause ou bien vic­time, sic. Jospin a ouvert la brèche et Sarkozy fini le boulot. Et sans nul doute, s’il rem­porte le ticket des élections à venir, le PS n’aura aucune dif­fi­culté à jus­ti­fier la légi­ti­mité de tout cet arse­nal juri­di­que, inique et liber­ti­cide mis en place par ses pré­dé­ces­seurs.

Et cette sur­veillance et ce contrôle accru du citoyen s’appli­que dans le monde civi­lisé et démo­cra­ti­que comme on dit, et ne concerne plus seu­le­ment les dic­ta­tu­res [2].

Finalement le rôle de l’état et des gou­ver­ne­ments actuels se résu­ment à l’ins­tau­ra­tion de lois répres­si­ves pré­ser­vant la sécu­rité du capi­ta­lisme contre la gronde gran­dis­sante de la popu­la­tion, tout mili­tant ou simple citoyen un peu reven­di­ca­tif étant illico fiché et consi­déré comme un ter­ro­riste et mis sous sur­veillance [3]. Un outil légis­la­tif répres­sif au ser­vice des riches. Un gou­ver­ne­ment qui admi­nis­tre les affai­res inter­nes et exter­nes sans l’avis de ses citoyens et contre leurs pro­pres inté­rêts. Un gou­ver­ne­ment qui gou­verne contre son peuple. Et ce cons­tat pitoya­ble de l’état de la démo­cra­tie est visi­ble à l’échelle de la pla­nète, les démo­cra­ties n’ont plus rien à envier aux pires dic­ta­tu­res et leur four­nis­sent les armes et la tech­no­lo­gie pour contrô­ler la popu­la­tion. Si ça c’est pas la défi­ni­tion d’un état fas­ciste, ça a en a l’odeur et la cou­leur.

Et main­te­nant fau­drait aller voter pour ça, merde alors, pince-moi je rêve !

On s’en aper­çoit d’ailleurs à la teneur des thèmes lancés pour la cam­pa­gne pré­si­den­tielle qui s’annonce, l’insé­cu­rité, l’immi­gra­tion, ânonnées par tous ces can­di­dats tel un mantra. ils ne pro­po­sent tous que des valeurs à vomir. Pas un mot ou une bafouille sur la mort lente et qui n’en fini pas du sys­tème capi­ta­liste, des chif­fres du chô­mage , la pré­ca­rité gran­dis­sante et géné­ra­li­sée, silence de plomb. Ils n’ y peu­vent rien c’est comme ça la démo­cra­tie, ils ne gèrent rien, n’assu­ment rien, n’ont aucun cou­rage, ne défen­dent pas leur peuple mais le bra­dent au plus offrant.

Aucun des can­di­dats auto-pro­clamé sus­cep­ti­ble d’être élu ne s’avise d’ailleurs de remet­tre en cause le sys­tème capi­ta­liste et prône bien sou­vent une ges­tion de bon père de famille, une mora­li­sa­tion du capi­ta­lisme, sans rire. Même le front de gauche, ne pro­pose qu’une natio­na­li­sa­tion d’ une partie du capi­ta­lisme en gros par la créa­tion d’une banque d’état afin de pour­voir aux prêts des entre­pri­ses, amé­na­ge­ment , réfor­misme, solu­tions appli­quées depuis des décen­nies sans que cela n’amé­liore le quo­ti­dien du pékin. Et ce SMIG à 1700 €, promis dans son pro­gramme, est un vœux pieux, la bonne blague, sans remise en cause du capi­ta­lisme et de la notion de tra­vail, de pro­duc­tion, de l’état même et son rôle, dif­fi­ci­le­ment appli­ca­ble sans ce débar­ras­ser des pro­fi­teurs de tout poil. Et encore faut-il avoir un boulot. Wait and see, quand il va s’agir d’assu­rer le SAV du pro­gramme, les décep­tions fleu­ri­ront et les cohor­tes de mélen­chon­nis­tes ne tar­de­rons pas à gran­dir les rangs des abs­ten­tion­nis­tes.

Il es temps de mettre fin à ce cirque et l’abs­ten­tion, malgré ce que beau­coup pense n’est ni plus ni moins qu’un boy­cott de cette démo­cra­tie fan­to­che, s’ima­gi­ner que ces pan­tins ont encore le pou­voir de chan­ger les choses, c’est croire en la puis­sance de la pensée magi­que, ou au père noël, c’est se bercer d’illu­sions. Ils ne chan­ge­ront rien à la course folle du profit, la rapa­cité du capi­ta­lisme n’a pas de limite, quoiqu’ils disent et leurs pro­mes­ses n’enga­gent que les mal­heu­reux naïfs qui les écoutent encore. Ces pro­mes­ses sont vaines et sans len­de­main.

Si le parti majo­ri­taire est l’abs­ten­tion qu’il mène à l’annu­la­tion pure et simple de ces élections et de cette démo­cra­tie vir­tuelle. Quelques chif­fres lors des élections can­to­na­les à Lyon en 2011, 66 % d’abs­ten­tion, les élus sortis des urnes, n’ont donc aucune légi­ti­mité au regard de leurs résul­tat.

Le résul­tat est absurde, et malgré la forte abs­ten­tion aucun élu du fhaine, heu­reu­se­ment, c’est un conte raconté aux citoyens qui trai­nent la patte, pour les pous­ser dans l’iso­loir. Le fhaine n’’étant qu’un ’épouvantail à abs­ten­tion­nis­tes dans ce jeu poli­ti­que biaisé. Et pour­quoi l’abs­ten­tion­niste ferait grim­per le score du fhaine et pas celui des autres, sont tous un tas à pré­ten­dre nous repré­sen­ter, c’est une bien drôle d’idée. On entend d’ailleurs sou­vent durant les cam­pa­gnes électorales cet oxy­more dans la bouche des mili­tants poli­ti­ques : “quand tu t’abs­tiens, tu votes pour le fhaine.” Sont-ils donc si peu sûrs de leur affaire et de leurs cham­pions qu’ils doi­vent recou­rir à un tel stra­ta­gème pour pous­ser l’électeur dans l’iso­loir, la menace, la peur, la vio­lence ver­bale, ils en sont tou­jours là. En réa­lité l’abs­ten­tion­niste ne fait que dimi­nuer la repré­sen­ta­ti­vité et la légi­ti­mité de leurs élus, et du sys­tème électoral, point, et ça les dérange, et temps mieux.

La menace brune est malgré tout bien réel, leur démo­cra­tie n’est pas à l’abri du fas­cisme, mais c’est eux mêmes, ces élus, qui lui don­nent la pos­si­bi­lité d’exis­ter, en lui per­met­tant de se pré­sen­ter aux élections, en lui don­nant la parole, aider en cela par les médias aux ordres. Tout en affo­lant la popu­la­tion sur la pos­si­bi­lité que le fas­cisme sorte des urnes, un cercle vicieux. Mais en garan­tis­sant la pré­sence du fas­cisme aux élections, c’est une preuve selon eux, que nous vivons en démo­cra­tie, gloup !, au regard de la manière dont ils usent et uti­li­sent le concept de démo­cra­tie, c’est bien la seule preuve de son exis­tence . La démo­cra­tie telle qu’on la nous vend, pitoya­ble.

Et l’UMP ratis­sant sys­té­ma­ti­que­ment sur les terres du FN, diluant ses idées rances dans cette démo­cra­tie, les bana­li­sant, à grand ren­fort de minis­tres, conseillers, pro­ches pour cer­tains issus des rangs de l’extrême droite (Buisson, Madelin et d’autres du même acabit ou comme Guéant qui ne ferait pas tâche dans un cos­tume nazi). Les socia­lis­tes use­ront des mêmes pro­cé­dés fas­cis­tes pour pro­té­ger la marche du capi­ta­lisme et du profit comme on a vu en Grèce plus haut avec le minis­tre de l’inté­rieur grec ou en France sous Jospin.

Mais si besoin s’en fait sentir le capi­ta­lisme peut très bien se passer des urnes, et s’arran­gera bien avec l’extrême droite comme on en vu en Grèce, en se pas­sant de l’accord des citoyens, le ser­vi­teur le plus affa­ble de l’oli­gar­chie domi­nante est et sera tou­jours le parti de la haine, le plus amène à rame­ner l’ auto­rité auprès du peuple, par son idéo­lo­gie vio­lente et répres­sive, pour per­met­tre la bonne marche du sys­tème, le profit pour les uns et la des­truc­tion des droits et acquis sociaux pour les autres.

Donc plutôt que de remet­tre en cause le sys­tème électoral, la cons­ti­tu­tion son effi­ca­cité, le cours des choses, ça ne fonc­tionne pas essayons donc autre chose. Alors que chaque jour, le monde s’effon­dre davan­tage dans la misère, part en couille sévère. La ruine et la misère nous mena­cent, la troïka frap­pent à nos portes. On fus­tige l’électeur fai­néant, comme on montre du doigt le misé­reux se conten­tant selon leur dire du RSA, ce cancer de de la société, le pauvre, le gueux, jeté au ban de la société par ceux là-même qui sou­hai­tent la repré­sen­ter. La tech­ni­que du bouc émissaire si la démo­cra­tie va mal c’est à cause de l’abs­ten­tion­niste mais cer­tai­ne­ment pas de ses acteurs, de son fonc­tion­ne­ment, on déplace le pro­blème. Maintenant qu’ils ont quel­que chose à nous deman­der, notre voix, ils s’inté­res­sent à nous un peu tard. Si l’élection est le bench­mark de la démo­cra­tie, il est à amé­lioré d’urgence, le quorum [4] qui devrait être un impé­ra­tif pour obte­nir une véri­ta­ble repré­sen­ta­ti­vité n’est même pas consi­déré. Une trom­pe­rie sur le résul­tat de ces scru­tins. La démo­cra­tie aurait une gueule bien dif­fé­rente s’ils étaient comp­ta­bi­li­sés fina­le­ment et il ne pour­rait plus assoir leur légi­timé tron­quée sur ces mai­gres résul­tats.

Ce ne sont que les électeurs eux-même qui cau­tion­nent et font per­du­rer cette pseudo démo­cra­tie en se dépla­çant le diman­che des élections. Ils font tour­ner la machine à perdre.

Donc cette démo­cra­tie médio­cre et vidée de sa sub­stance néglige tota­le­ment ce méconten­te­ment, ce désin­té­rêt pour la chose poli­ti­que évidente. Alors que plus per­sonne ne se sent guère concerné par leur mic-mac électoraliste et leur tam­bouille insi­pide. Et pour une grande majo­rité de ceux qui par­ti­ci­pent encore, leur vote n’est plus qu’une voix par défaut ou par oppo­si­tion, la poli­ti­que du moin­dre mal ou du bar­rage, le mythe du vote utile...

 illustration de tanxx {JPEG}

Le spec­ta­cle est nul, les acteur mau­vais, leur tron­che ne nous revient pas , leurs dis­cours idiots, inu­ti­les et abs­cons, nous ennuient. Les spec­ta­teurs bou­dent, pas la peine de nous rejouer la même daube deux fois.

En réa­lité en votant dans ce sys­tème démo­cra­ti­que, tu signes un chèque en blanc et four­nit en prime la corde pour te pendre. Le gou­ver­ne­ment porté par ce suf­frage se gar­dera bien de consul­ter le peuple et s’il le fait, on l’a vu lors du refe­ren­dum sur l’Europe, s’assoira sur l’avis du peuple au nom d’un inté­rêt supé­rieur : le capi­ta­lisme, le profit, etc.. La démo­cra­tie repré­sen­ta­tive [5] est en bout de course, elle se vide ,et il ne faut pas la légi­ti­mer avec nos voix, bien au contraire. Celle-ci censée porter l’ensem­ble des voix d’un peuple ne repré­sente en réa­lité que les adhé­rents, les pro­ches du parti poli­ti­que qui a rem­porté le ticket des élections. Sarkozy a été élu en 2007 avec seu­le­ment 26 %, le quart du total des ins­crits (11.448.663 voix sur 44728834 ins­crits), quel raz de marée ! Excusez du peu, et il n’a cessé d’assoir sa légi­ti­mité sur cette piètre repré­sen­ta­ti­vité.

ton bulletin de vote {JPEG} Le citoyen lambda n’a aucun inté­rêt à col­la­bo­rer à cette mas­ca­rade qu’on lui impose une fois tous les cinq ans, ça le fera pas bouf­fer, ça n’arran­gera pas ses pro­blè­mes quo­ti­diens et lui cause plus d’embar­ras qu’autre chose. La meilleure stra­té­gie est donc de nous tenir bien à l’écart des iso­loirs, rester chez soi, s’occu­per à tout autre chose que cette affaire là, afin de dégon­fler les scores de ces bau­dru­ches, bouffi d’orgueil et leur accor­der le moins de légi­ti­mité pos­si­ble. Et si malgré tout l’envie te taraude d’aller t’en mêler, glisse-s’y donc une feuille de papier cul, un geste simple et hygié­ni­que. En se fai­sant, regarde la tête de leur sbires et rap­pelle t’en bien car lorsqu’ils ouvri­ront ces enve­lop­pes, pour comp­ta­bi­li­ser toutes ces voix don­nées, ne man­que­ront pas d’aper­ce­voir tout ce papier cul aux cou­leurs cha­toyan­tes. Ils seront bien embê­tés de voir le peu de cas qu’on fait de leurs cham­pions et de leur démo­cra­tie, leur figure s’allon­gera jusqu’à par terre, et toi, moi , nous on va bien rire, rien qu’en y pen­sant. C’est tout ce que mérite ces urnes et ce qui en sort ne vaut pas mieux que le colom­bin que lâche ton anus chaque matin.

Ces poli­ti­cars se tor­chent quo­ti­dien­ne­ment avec les droits des citoyens au nom du profit, donc mes devoirs à leur égard, comme ils disent je m’’en tam­ponne.

Que vive le Parti du Papier Cul !

P.-S.

une abstentionniste convaincue

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