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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 13:38

18.03-Melenchon-Bastille-930x620_scalewidth_630.jpgA l'occasion de la parution de Guerre de mouvement et guerre de position , un recueil de texte de Gramsci,  a eu lieu un débat. C'est un appel  à revenir sur l'OPA faite par le Front de Gauche sur certaines idées. Pour nous le Front de Gauche, réformiste ne s'émancipe pas de l'hégémonie culturelle néolibérale. 

 

Voici le texte en quatrième de couverture de l'ouvrage : « Gramsci en France : une série de contresens. Non, Gramsci n’est pas le « classique » qu’ont instrumentalisé les héritiers italiens et français du marxisme de caserne. Il n’est pas non plus, sur le bord opposé, une pure icône du postmodernisme, limité au rôle de père des subalternet autres culturalstudies. On ne peut pas le réduire aux concepts « gramsciens » toujours cités, toujours les mêmes – hégémonie, intellectuel organique, bloc historique, etc. Il faut dire que Gramsci, si prestigieux qu’il soit, reste difficile à classer, et pas si facile à comprendre : les Cahiers de prison ne sont pas un livre, ce sont des notes rédigées dans les pires conditions, et il est remarquable que cet ensemble qui s’étale sur plus de cinq ans ait tant de cohérence dans sa circularité. Dans le choix et la présentation des textes, ce livre a pour but de faire comprendre l’actualité de Gramsci, son importance dans la réflexion stratégique, dans la compréhension des crises du capitalisme, dans l’adaptation du marxisme à la crise du mouvement ouvrier et aux luttes anticoloniales, antiracistes, féministes et écologiques. On y trouvera les raisons qui font aujourd’hui de l’œuvre de Gramsci un outil révolutionnaire essentiel, de l’Argentine à l’Allemagne en passant par l’Inde et l’Angleterre. Pour la France, il était grand temps ». Si, pour la majorité des militant-e-s du Front de Gauche présent-e-s ce soir-là au bar "Aux Chiffons", occasion leur était donnée de prendre en considération le fait que la « révolution citoyenne » qu'ils et elles appellent de leur vœu par le biais des urnes et des élections présidentielles est inséparable d'une nécessaire révolution culturelle à mener dans les têtes, pour le militant d'Alternative Libertaire hyper-minoritaire mais présent parce qu'il avait été invité par l'un des organisateurs de cette soirée, il s'agissait de montrer que l'actualité politique de l'héritage gramscien permettait de montrer, en quatre points, que le Front de Gauche peinait justement à s'émanciper complètement de la tutelle de l'hégémonie culturelle néolibérale qu'il combat pourtant sincèrement.

 

1/ La question de l’hégémonie culturelle :

 

Gramsci a su renouveler la critique marxienne (celle du premier Marx et de L’Idéologie allemande en 1845) de l’idéologie en établissant le concept d’« hégémonie culturelle ». En distinguant la société politique d’un côté (avec ses institutions que l’on qualifierait aujourd’hui de régaliennes, comme la police et la justice) et la société civile de l’autre (avec d’autres institutions comme l’école, l’université, la culture etc.), Gramsci anticipe aussi la critique althussérienne des « appareils idéologiques d’Etat ». Surtout, il montre que la reproduction d’une société repose à la fois par la force (son côté politique) et par le consentement (son côté civile). L’hégémonie culturelle désigne alors comment les classes dominées ont, pour parler comme Pierre Bourdieu cette fois-ci, intériorisé la croyance selon laquelle est légitime le pouvoir qui les assujettit. C’est pourquoi, soit dit en passant, l’idéologie ne peut être qualifiée de « dominante » puisque cette formule est pléonastique : toute idéologie est par principe un ensemble structuré et structurant de discours et de représentations qui autorisent justement à ce que les idées socialement dominantes, y compris et surtout chez les dominés, soient les idées de la classe dominante (du journalisme de révérence : Les Nouveaux chiens de garde de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, à l'américanisme : Des nouvelles du front cinématographique (55) : Malaise dans la société étasunienne (I)). 

 

2/ La question de l’intellectuel :

 

Gramsci établit une autre distinction entre l'« intelligentsia traditionnelle » qui participe à la constitution d’une hégémonie culturelle exigeant la croyance des individus qui en sont les sujets et les « intellectuels organiques » qui, issus des rangs des classes dominées, développent une culture oppositionnelle à celle de la domination. Cette distinction repose sur un postulat profondément égalitaire, digne de Joseph Jacotot (cf. Joseph Jacotot, le maître ignorant), qui rompt avec la vision capitaliste de la division verticale du travail entre manuels infériorisés et intellectuels qui leur seraient supérieurs : toute personne est un intellectuel qui, prolétaires compris, est en puissance l’intellectuel organique susceptible de constituer en opposition à l’idéologie la culture de son groupe (même dominé). Ce qu’il faut favoriser n’est donc pas, comme dans le cadre de la prison de fer capitaliste, la concentration de l’intellectualité collective (le « general intellect » de Marx qu’aime tant citer aujourd'hui Toni Negri) dans la main d’une classe séparée du reste de la société, mais sa diffusion sociale la plus large et la plus partagée parce que la plus démocratique.

 

3/ La critique de l’économisme :

 

La « philosophie de la praxis » que Gramsci a développée dans ses fameux Cahiers de prison jusqu’à sa mort en 1937 (la formule désignait en fait le marxisme en ce lieu interdit de cité et donc de citation) se veut critique d’une tendance lourde du marxisme d’alors considérant comme fondées de pseudo-lois de l’histoire faisant advenir du cœur de l’économie capitaliste la future société communiste. L’approche gramscienne est moins mécaniste que celle d’Engels par exemple et, davantage constructiviste (Razmig Keucheyan a d'ailleurs écrit en 2007 un ouvrage intitulé Le Constructivisme), elle insiste sur la question des réalités sociales construites en fonction de rapports sociaux particuliers : l’économie ne se fait donc pas toute seule de manière systémique (terrible inflation actuelle du terme de système issu de la recherche cybernétique), mais elle est le produit de rapports sociaux noués par des groupes sociaux spécifiques aux intérêts contradictoires et antagoniques. Du coup, la critique gramscienne de l’économisme permet de dire, comme le dit déjà un économiste militant au Front de Gauche comme Jacques Généreux (mais il n’est évidemment pas le seul), que l’horreur contemporaine n’est pas économique (comme le disait Viviane Forrester) mais politique. L’économisme est apolitique quand sa critique permet de réinscrire l’action politique dans un champ « praxique » (Jean-Paul Sartre) dont l’expertise et la technocratie ont voulu nous exproprier.

 

4/ La critique de l’hégémonie culturelle

telle qu’elle colonise les têtes des acteurs du mouvement social en général

(et du Front de Gauche en particulier) :

 

  • Pourquoi le Front de Gauche adopte-t-il la vision keynésienne de gauche lorsque l’on dit de la crise actuelle qu’elle résulte d’un affaiblissement de la demande et de la consommation alors que cette crise résulte de la baisse du taux de profit du capital qui fait de la dette l’un des moyens pour le restaurer au niveau des Etats-Nations ?

  • Pourquoi se bat-il pour plus de salaire entendu comme plus de revenus et plus de pouvoir d’achat alors que le salaire (socialisé) désigne aussi un pouvoir économique autorisant le salariat à faire (partiellement hélas) l’économie de la rente, de l’épargne et du crédit lucratif pour supporter notamment les dépenses de santé ?

  • Pourquoi désire-t-il un audit citoyen de la dette alors que son illégitimité réside dans le fait qu’elle a déjà été payée plusieurs fois et que sa charge repose aujourd’hui sur un cumul d’intérêts socialement intolérable ?

  • Pourquoi le Front de Gauche désire-t-il élargir la fiscalisation du prix de la protection sociale en prônant la taxation des revenus financiers alors qu'il faudrait ponctionner davantage la valeur ajoutée en la convertissant en cotisation sociale dont le caractère profondément anticapitaliste est supérieur à l’impôt qui, aussi radicalement redistributif soit-il, n’autorise aucune rupture avec l’existant capitaliste ?

  • Pourquoi croit-il que l’impôt finance la fonction publique alors que le traitement qu'elle alloue à ses agents témoigne d'une valeur économique réelle qui, incluse dans le calcul du PIB depuis la fin des années 1970, représente un dehors non-marchand face à la convention capitaliste de la valeur d'échange ?

  • Pourquoi croit-il que le retraité est un vieux prévoyant qui jouit d’une épargne en revenu différé alors qu’il est un salarié reconnu dans sa dernière qualification et payé à vie comme travailleur libre dès lors que cette liberté signifie la levée de toute subordination patronale ?

  • Pourquoi enfin le Front de Gauche voudrait d’un plein-emploi significatif d’un trop plein d’employeur et d'un trop peu de qualifications, alors que ce qu’il faut demander c’est un plein-salaire permettant d’attribuer aux travailleurs dès 18 ans la reconnaissance de qualifications les autorisant à produire une valeur économique antagonique à la convention capitaliste de la valeur d'échange entre autres régie par la propriété lucrative, le marché du travail et l'extorsion de survaleur marquant toute marchandise ?

  • Toutes choses discutées par le chercheur Bernard Friot (cf. Retraites, salariat et émancipation : l'analyse de Bernard Friot) dont le dernier ouvrage, L'Enjeu du salaire sorti ce mois-ci aux éditions La Dispute, méritera très prochainement ici une discussion approfondie...

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 13:29

En-prison-300x147.jpgDans une société ou l’existence et la nécessité de la prison est rarement contestée , on trouve pourtant peu de gens qui acceptent volontiers la construction de taules près de chez eux, comme  M.Pierre Botton, le fameux promoteur des « prisons du coeur » (tout un programme) en fait en ce moment l’expérience. En bref, OK pour des prisons, mais pas chez nous. En attendant de se sentir chez nous partout, et en conséquence de ne plus vouloir de prisons nulle-part, nous publions ci-dessous un texte qui rappelle et résume les positions de la critique radicale de l’ordre carcéral. Comme d’hab, si vous avez des questions , désaccords ou messages flambant d’amour, vous pouvez les déposer dans les commentaires…

Alors qu’un nouveau record de personnes incarcérées a été atteint  au 1er mars (66 445), le Parlement vient de voter une loi visant à construire 24 000 places de détention supplémentaire, portant à plus de 80 000 la capacité d’ « accueil » des prisons françaises.

L’argument justifiant cette surenchère carcérale est simple (mais faux) : de plus en plus de personnes sont incarcérées car l’insécurité prospère, donc de nouveaux établissements pénitentiaires sont nécessaires…

Les défenseurs de cette position oublient  que l’incarcération n’est que la conséquence d’une réponse judiciaire et policière : plus le nombre de délits possibles et de circonstances aggravantes augmentent (1), plus les lois sont dures et obligent à l’enfermement (2) et plus le nombre de personnes détenues augmentera automatiquement.

 Ce nouveau renforcement sécuritaire est pour nous une occasion de se pencher sur l’utilité du système pénitentiaire. Replaçons le débat autour de la question fondamentale : « à quoi sert la prison ? » et dépassons  le discours humanitaire qui semble être, à tort, la face la plus « progressiste » de la problématique carcérale et la seule alternative au discours sécuritaire.

A tort , car le discours humanitaire, qui affirme  n’avoir pour seul but que d’améliorer la situation des personnes incarcérées, est une des conditions de perpétuation du courant sécuritaire.

Cette plaidoirie humanitaire pour la prison est largement relayée par les médias dominants : livre de Véronique Levasseur sur la prison de la santé, arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme condamnant la France, classements internationaux, record du nombre de suicides, etc… Reprise médiatique aussi massive et larmoyante qu’éphémère.  De nombreuses associations s’inscrivent dans cette voie ; les lettres de Bové, les visiteurs de prisons, le GENEPI, etc.

            Le GENEPI (Groupement Etudiant National d’Enseignement aux personnes incarcérées), par exemple, a pour vocation d’assurer des enseignements et des activités socio-culturelles à destination des détenus. Ce bénévolat cautionne donc l’idée que la prison, si des activités y sont dispensées en nombre suffisant, œuvre à la réinsertion des détenus et par la même contribue au maintien, à la légitimation du système pénitentiaire. D’ailleurs le GENEPI a été créé par l’Elysée suite aux nombreuses émeutes des années 70. Il n’y a pas de hasard… surtout à ce niveau.

Dans son livre Pour en finir avec la prison, Alain Brossat fait le pari que, autant  nous sommes horrifiés par les normes pénales de l’ancien régime (galères, tortures, supplices publics, etc.), autant le système pénitentiaire actuel passera pour un anachronisme barbare aux yeux des générations futures.

Aux yeux de l’auteur, cet anachronisme provient du décalage entre notre « raffinement technologie », notre  soi-disante pacification des mœurs et le maintien de la prison comme zone fermée à ces évolutions. Et tout changement, toute révolution trouve sa source dans un décalage, une discordance historique.

Ce décalage remplit une fonction sociale effective et efficace dans notre société:  La prison est  un anachronisme mais pas une anomalie . Tout comme le bagne ou les supplices publics à leur époque, la prison contemporaine a sa place dans un système de rationalité punitive ( une justification de la punition comme étant « raisonnable »). Depuis deux siècles, la prison est le débouché presque exclusif de l’ordre pénal.  Comme l’écrit Foucault « les prisons sont anachroniques et sont pourtant profondément liés au système ».

 D’ailleurs, puisque qu’on parle de lui, l’approche de Foucault n’est pas morale, c’est-à-dire s’intéressant aux souffrances des détenus, mais politique, c’est-à-dire appréhendant le détenu comme sujet et acteur d’une histoire, et non comme victime.

 Et le rôle du système pénitentiaire est le suivant : la production d’une frange de  population inintégrable, de classes dangereuses, qui  permet de reconduire sans fin des opérations de division à l’intérieur du prolétariat.

Ce « déchet de l’ordre productiviste » justifie l’ordre policier qui assure la pérennité de la classe au pouvoir. La prison est aussi un laboratoire des pratiques disciplinaires pour les autres sphères de la vie sociale : famille, école, travail, caserne, etc.

Tout est fait pour retirer ce sens politique, notamment grâce au refus de la parole des prisonniers. Leur expression n’est autorisé, juridiquement (3)  et médiatiquement (4) que lorsqu’ils font leur mea culpa public et répandent leurs éternels regrets. Au contraire leur parole est dénié lorsqu’il s’agit de problématiser de leur point de vue,  le sens politique de leur infraction : la révocation de la semi-liberté de Jean-Marc Rouillan à cause d’une banale interview dans l’Express, il y a trois ans,  en est un exemple  criant.

Toutefois, après mai 68 la prison redevient un enjeu politique alors que traditionnellement le mouvement politique n’était pas associé au mouvement des prisons, en vertu de la séparation voulue ( et plus que critiquable) du prolétariat et du « Lumpenprolétariat » ( la partie des prolos qui (sur)vis grâce a des combines).

Cette irruption politique est souvent attribuée à l’incarcération de nombreux militants maoïstes dans les années qui suivirent, surtout ceux du groupe « Gauche Prolétarienne » suite à l’interdiction de leur organisation.

Cet événement a en tout cas  permis à la prison de bénéficier d’un espace d’expression public tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Foucault y a contribué en créant le » Groupement d’information sur les prisons » qui avait pour but la prise de parole des détenus et la mobilisation des intellectuels. C’est à cette même période qu’éclatèrent jusqu’au milieu des années 70 de nombreuses émeutes carcérales. Les deux sont sans aucun doute liés. La politisation de la question « prison » a sûrement permis une prise de conscience à l’intérieur des murs comme à l’extérieur.

            Mais cette prise de conscience n’a été suivie que par le sempiternel discours humanitaire (la création du GENEPI entre autres) qui a contribué à dépolitiser le débat : s’intéresser aux souffrances causées par la prison et non à sa fonction au service de l’Etat capitaliste.

L’abolition de la peine de mort en 81, bien qu’une avancée indéniable, en a été le point d’orgue. Alors que la peine de mort permettait à l’Etat d’asseoir sa violence et son pouvoir souverain grâce à quelques exemples peu nombreux, sa suppression, cheval de bataille de la conscience humanitaire, a eu pour contrepartie l’allongement et la multiplication des longues peines. Les longues périodes de sûreté, jusqu’à 30 ans, auparavant rares, sont maintenant monnaie courante (5). La réforme phare de Badinter a éclipsé le débat sur la place politique de la prison né quelques années en arrière et a fourni un surcroît de légitimité à l’institution pénitentiaire : si on n’élimine plus physiquement les criminels, il s’agit d’avoir un lieu qui permettent de les éliminer socialement. En dérobant les détenus à la pitié, on les a voués à l’oubli et on les condamne à l’indifférence. En bref l’abolition d’une peine rare et extraordinaire a engendré l’aggravation des peines nombreuses et malheureusement ordinaires. « J’aime mieux quelques bourreaux que beaucoup de geôliers » a écrit Benjamin Constant.

Malgré tout, quelques scandales médiatiques réveillent, parfois, l’opinion publique  tout en évitant, toujours, de politiser la question. Mais ces sursauts sporadiques n’ébranlent en rien une institution soutenue par des syndicats de matons à la pointe du sécuritaire, FO en tête, car l’immobilité pénitentiaire ne doit rien a la malchance, c’est un programme, une production historique et politique.

Plus qu’un lieu d’enfermement, la prison reste un des derniers lieux d’application par l’Etat de l’exception souveraine, opposé à la libéralisation de la société.

Alors que la biopolitique, définie par Foucault comme l’emprise positive sur la vie des « sujets » (influence, prise sur les comportements, propagande, etc.), s’étend, l’ancestrale violence d’Etat, barbare et anachronique, s’applique encore aujourd’hui au sein du milieu carcéral.

Noam Chomsky affirme que « la propagande est à la démocratie ce que la violence est à la dictature ». Si cela est vrai, des îlots de dictature constitués par les prisons subsistent au cœur de nos « démocraties », permettant à la propagande « démocratique », à l’extérieur des murs, de fonctionner de plus belle.

La prison va à rebours du mouvement de la société dans son ensemble. Tandis qu’à l’extérieur les normes sanitaires, l’intimité, la sexualité, etc., sont de plus en plus considérés, ces droits sont encore niés à l’intérieur des murs des enceintes pénitentiaires.

Mais cette exception fait l’objet d’un déni, on n’avoue que des « pénuries », des « dysfonctionnements ». Depuis l’apparition et la disparition – partielle – des régimes totalitaires, il est impossible de revendiquer un usage exemplaire de l’inhumain. Or, ces « dysfonctionnements » sont savamment organisés et sont le principe même de l’état carcéral. On ne saurait admettre que les détenus soient mieux disposés que la frange la plus mal famé de la population libre. C’est comme ça que les les partisans les plus délirants du courant sécuritaire se retrouvent a dénoncer  encore et toujours  la mythique « prison à 5 étoiles » qui n’a jamais existé que dans leurs fantasmes.

Apparemment a contrario « les humanitaires » souhaitent l’amélioration des conditions de détention. Ce qu’ils souhaitent, ce n’est pas une société sans prison mais une prison-modèle, une manière de punir autre mais toujours soumis au modèle carcéral.

C’est pour cela qu’il faut dépasser ce discours binaire (sécuritaire/humanitaire) et chercher à en finir avec la prison, vestige séculaire de la violence d’Etat et de son exception souveraine, outil du maintien du capitalisme et des classes dirigeantes.

Quelques chiffres (source : Ministère de la Justice)

 Budget du Ministère de la Justice en 2011 : 2,24 milliards d’€

189 établissements pénitentiaires en France, divisés en trois grandes catégories :

- les maisons d’arrêts (au nombre de 101) pour les prévenus et les condamnés à une peine inférieur à un an (en principe), mais elles ne sont pas soumises à un numérus clausus. En conséquence, ce sont elles qui connaissent de la surpopulation, elles abritent les détenus condamnés à plus d’un an mais en attente de transfert vers un établissement pour peine, eux contraints à une limite maximale de population.

- les établissements pour peines (au nombre de 82) pour les détenus condamnés à plus d’un an de prison, répartis entre centre de détention, avec un régime disciplinaire « light »), et maison centrale, les plus nombreuses, pour les personnes considérés comme « difficilement réinsérable » (notamment les détenus politiques).

 - 6 établissements pour mineurs

- 12 centres de semi-liberté (qu’est-ce que c’est qu’une moitié de liberté ?) : au travail la journée (prison salariale) et enfermé le soir (prison carcérale) : la forme la plus achevée du capitalisme…

Au 1er février 2011, 65 699 détenus pour 57 213 places dont 16 643 prévenus (non-condamnés) et 723 mineurs + 8 924 placés sous surveillance électronique (alors qu’annoncé pour désengorger les prisons, on observe que les placements en détentions et le port de bracelet électronique augmentent en parallèle).

Pour aller plus loin :

  • Alain Brossat, Pour en finir avec la prison, La Fabrique, 127p.
  • Michel Foucault, Surveiller et Punir, Gallimard, 360p.

(1) Réformes successives du code pénal…

(2) Loi sur la récidive et les peines planchers, loi sur la rétention de sûreté, politique du chiffre, etc.

(3) Dans certain cas de liberté conditionnelle.

(4) Le bon repenti sur les plateaux télé : « ne faites surtout pas comme moi ! »

(5) Il n’est pas ici question de remettre en cause l’abolition de la peine capitale mais d’avoir conscience de ses effets pervers.

( Repris sur tantquil.net)

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 11:15

A l'heure des commémorations des accords d'Evian, on reparle de la torture en Algérie.Jean Marie Le Pen a toujours nié y avoir participé, malheureusement les faits le contredisent...

 

1669746_5_8955_le-poignard-de-jean-marie-le-pen_2b353c15ad0.jpg

 

Au matin du 3 mars 1957, Mohamed Cherif Moulay, 12 ans, découvre un poignard dans le couloir d'entrée de la maison familiale, dans la Casbah d'Alger. Accrochée à une ceinture de couleur kaki, l'arme gît dans un recoin obscur. C'est un oubli des parachutistes français qui ont soumis la nuit précédente son père à "la question". Ahmed Moulay, 42 ans, a été torturé à l'eau et l'électricité, en présence de ses six enfants et de son épouse, avant d'être achevé d'une rafale de mitraillette. Le supplicié a les commissures des lèvres tailladées au couteau. Un communiqué de l'armée annoncera qu'il a été abattu alors qu'il tentait de s'enfuir. Quand il trouve ce poignard, Mohamed Cherif Moulay le cache dans le placard du compteur électrique de l'entrée.

Les parachutistes reviennent à deux reprises, les jours suivants, mettent la maison à sac. Pour rien. L'enfant se tait. Rania Moulay, elle, se rend au commissariat pour porter plainte. On lui dit : "Votre mari est mort au cours d'un règlement de comptes entre fellaghas." Apprenant l'épisode, un père blanc, le père Nicolas, s'indigne et intervient. Les gendarmes finissent par ouvrir une enquête. "Pour qu'ils soient obligés d'admettre que ce n'était pas des fellaghas mais des militaires français qui avaient tué mon père, je leur ai donné la ceinture de toile kaki, mais pas le poignard que j'ai détaché de la ceinture et gardé", se souvient Mohamed Cherif Moulay, âgé aujourd'hui de 67 ans. L'enquête n'aboutira jamais.

Le poignard atterrit dans le buffet de la salle à manger des Moulay. Il y restera jusqu'en avril 2003, date à laquelle l'envoyée spéciale du Monde à Alger réussit à le rapporter en France. Cette pièce à conviction sera présentée à la 17e chambre, lors du procès en diffamation intenté par Jean-Marie Le Pen contre Le Monde, le 15 mai suivant.

En acier trempé, long de 25 centimètres et large de 2,5 centimètres, il s'agit d'un couteau du type de ceux qu'utilisaient les Jeunesses hitlériennes, fabriqué par des couteliers allemands de la Ruhr, selon l'enquête menée par le journaliste Sorj Chalandon. La lame porte le nom de J.A. Henckels, fabricant à Solingen. Le manche, en partie recouvert de bakélite noire, est incrusté d'un losange dont l'écusson est tombé dans les années 1970, à force d'avoir été manipulé par les enfants Moulay. Sur le fourreau de ce poignard, on peut lire : J. M. Le Pen, 1er REP.

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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 12:04

hooligan.jpgVoici un excellent article de Rebellyon sur les liens entre les supporters Lyonnais et les divers groupes fascistes présents à Lyon...

 

Le club lyonnais est dans la tourmente depuis quelques semaines, et pas seulement sur le plan sportif. En février, il a en effet été placé sous surveillance par la Direction Nationale de Lutte Contre le Hooliganisme, avec quatre autres clubs (Saint-Etienne, Nice, Montpellier et Bordeaux). L’OL est mis en cause pour la recrudescence d’incidents à caractère racistes, antisémites et homophobes venant de ses supporters. Les dirigeants seront convoqués sous peu à une réunion au Ministère de l’Intérieur. En février 2011, souhaitant jouer la carte de la respectabilité, l’Olympique Lyonnais avait pourtant signé avec la LICRA une charte dans laquelle il s’engageait à lutter contre toutes les formes de discrimination.

Mais l’hypocrisie des instances dirigeantes du club olympien et le strabisme des journalistes sur cette question présentent les incidents comme des faits individuels ou d’une minorité incontrôlée. C’est vite oublier que c’est toute une ambiance, un contexte de tribune et un état d’esprit singulier qui favorisent ces « dérapages ». Et si la proximité entre certains supporters, ou groupes de supporters, et les milieux nationalistes a toujours existé, à Lyon comme dans d’autres villes, s’affichant parfois même sans complexe, elle prend une dimension particulière dans un contexte local de radicalisation d’une partie de l’extrême-droite.

Cet arti­cle (non exhaus­tif !) pro­pose de mon­trer les jeux de vases com­mu­ni­quants exis­tant entre tri­bu­nes de Gerland et grou­pus­cu­les natio­na­lis­tes locaux. Il n’a pas pour but de mettre à l’index ou d’accom­pa­gner la répres­sion que peu­vent connaî­tre les ultras ou les hoo­li­gans. Nous ne sommes pas de ceux qui veu­lent que Gerland res­sem­ble au Parc des Princes, c’est à dire un stade « mort » car sans ambiance. Il a sur­tout pour voca­tion de mettre face à leurs contra­dic­tions les dif­fé­rents acteurs de l’Olympique Lyonnais, des grou­pes de sup­por­ters aux diri­geants du club.

Après une brève pré­sen­ta­tion de la culture du stade, plus pré­ci­sé­ment celle des sup­por­ters des tri­bu­nes popu­lai­res, on fera donc un inven­taire des grou­pes de sup­por­ters lyon­nais les plus impor­tants, du plus ancien groupe au plus récent, en mon­trant leurs rela­tions ou non avec les milieux natio­na­lis­tes et leurs idées, ainsi que leur évolution. Afin qu’au-delà des amal­ga­mes et des pré­ju­gés sou­vent col­por­tés au sujet des sup­por­ters lyon­nais, devant une réa­lité chan­geante et variée, la cri­ti­que, plus pré­cise, se fasse plus inci­sive.

Sommaire :
- Introduction : cultu­res de tri­bune : « ultras » et « hoo­li­gans »
- Kop Virage Nord et Bad Gones 87
- Lugdunum’s 93 (1993-2007, virage sud)
- Nucleo Ultra (2000-2007, virage sud)
- Cosa Nostra Lyon (2007-2010, virage sud)
- Lyon 1950 (2010, virage sud)
- Supporters indé­pen­dants et Hooligans
- Rubrique des méfaits divers


Cultures de tribune : « ultras » et « hooligans »

On ne peut faire un arti­cle sur le monde des tri­bu­nes sans rendre compte, de manière rapide, de quel uni­vers on parle. La cari­ca­ture sim­pliste du sup­por­ter de foot aviné, beauf, en bref bas du front, ne permet pas de com­pren­dre la sous-culture [1] qui existe dans les tri­bu­nes popu­lai­res. C’est un monde fait de codes, de valeurs, avec son propre lan­gage et ses pro­pres normes. Il existe deux « men­ta­li­tés » : l’une ita­lienne (ou latine) et l’autre anglaise.

La men­ta­lité dite « latine » dési­gne ce que l’on appelle les « ultras ». Elle est née en Italie à la fin des années 60. Les ultras sont des sup­por­ters qui choi­sis­sent d’encou­ra­ger leur équipe en se regrou­pant sous forme d’asso­cia­tions. Ils se trou­vent le plus sou­vent dans les vira­ges des stades (les tri­bu­nes situées der­rière les buts) tra­di­tion­nel­le­ment dési­gnés comme les tri­bu­nes popu­lai­res (le prix d’une place y est géné­ra­le­ment infé­rieur aux places des tri­bu­nes laté­ra­les). Leur sou­tien est actif, axé autour de l’ani­ma­tion des tri­bu­nes, et de la défense sym­bo­li­que ou non, de celles-ci face aux sup­por­ters adver­ses. Les ultras ani­ment leurs tri­bu­nes dans le but d’en faire un spec­ta­cle, qu’on appelle un « tifo » [2] : Ils uti­li­sent pour cela des « cali­cos » [3], dra­peaux et tout un tas d’arti­fi­ces dont des fumi­gè­nes (qui sont inter­dits et qui entraî­nent régu­liè­re­ment répres­sion poli­cière et judi­ciaire).

Les ultras met­tent un point d’hon­neur à prou­ver leur fidé­lité, en ne man­quant aucun dépla­ce­ment, en chan­tant et sou­te­nant leur équipe même quand elle perd (et tant qu’ils jugent qu’elle fait preuve des même valeur qu’eux : de cou­rage et de volonté), les sup­por­ters prou­vent qu’ils sont des ultras, des fana­ti­ques, des irré­duc­ti­bles... C’est ce qui les dif­fé­ren­cie des sup­por­ters clas­si­ques, par­tant avant la fin du match pré­fé­rant éviter 30 min de bou­chons que de suivre leur équipe jusqu’au bout.

Tous les « sup­por­té­ris­mes » n’ont d’ailleurs pas le même impact. Le public assis sage­ment à Lyon dans les tri­bu­nes de Jean-Jaurès et de Jean Bouin (venu consom­mer un spec­ta­cle plus que sup­por­ter une équipe, d’une cer­taine manière) n’a pas le même profil que celui que l’on retrouve dans les vira­ges nord et sud. Il n’a pas le même enga­ge­ment vis à vis du club et de l’équipe. Pas la même pas­sion, ni la même fer­veur. Pour les ultras, sup­por­ter une équipe est un enga­ment, comme une forme de mili­tan­tisme.

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Ultras Inferno - Standard de Liège.

La men­ta­lité « anglaise » repose avant tout sur les chants tout du long de la ren­contre, et va de paire avec une volonté de pren­dre le dessus sur les sup­por­ters adver­ses, y com­pris phy­si­que­ment quand le contexte le permet. Ces sup­por­ters sont des « ’fans ». Ils sont par­fois eux aussi regrou­pés en asso­cia­tions de sup­por­ters. Cette men­ta­lité de « fans » dési­gne également les sup­por­ters dits « indé­pen­dants ». Ces sup­por­ters n’appar­tien­nent à aucun groupe offi­ciel, ils ne sont pas « cartés ». On appelle les plus « durs » d’entre eux les hoo­li­gans.

Pour les hoo­li­gans il y a deux cham­pion­nats : celui des équipes de foot­ball et le leur, par affron­te­ments entre grou­pes de sup­por­ters. Dans une société où la vio­lence est bannie, et celle de l’état et de ses forces de l’ordre la seule qui soit consi­dé­rée comme légi­time, les affron­te­ments entre sup­por­ters sont vus comme une dégé­né­res­cence du sport moderne. Pour autant, ces affron­te­ments répon­dent à des règles, et malgré les acci­dents qui peu­vent arri­ver par­fois le but des com­bat­tants n’est pas de « tuer » l’adver­saire, mais tout sim­ple­ment de pren­dre le dessus et de le contrain­dre à la fuite.

La paci­fi­ca­tion à l’inté­rieur des stades et en dehors ainsi que la répres­sion du mou­ve­ment ultra les condui­sent à orga­ni­ser et pré­voir leurs affron­te­ments. Les rendez-vous se pren­nent de leader à leader, pour conve­nir d’un endroit, d’une heure et du nombre de par­ti­ci­pants de chaque côté. Chose mar­quante, une règle pré­vaut pour tous : pas d’armes. Règle semble-t-il peu res­pec­tée par les niçois ou mont­pel­lié­rains par exem­ple, ce qui leur vaut une haine par­ta­gée à peu près par tous les sup­por­ters d’hexa­gone. Les hoo­li­gans, les vrais, s’affron­tent entre eux, et ne s’en pren­nent pas au pre­mier por­teur d’écharpe adverse venu. La plu­part du temps les affron­te­ments se dérou­lent dans les jours qui pré­cè­dent ou sui­vent le match. Mais une nou­velle mode, venue d’Europe de l’Est, pousse cer­tains hoo­li­gans à orga­ni­ser des « tapes » à 40 contre 40 perdus au font d’un bois, en dehors de toute confron­ta­tion foot­bal­lis­ti­que. Chaque groupe se reconnais­sant par des tenues de cou­leurs dif­fé­ren­tes, comme des équipes de foot... Il s’agit d’une dérive de la culture hoo­li­gan s’appa­ren­tant plus à des com­bats de free fight col­lec­tif qu’ à autre chose.

Il peut paraî­tre étonnant de parler de « culture » pour parler du mou­ve­ment hoo­li­gan, mais elle existe. La culture hoo­li­gan, et le mode de vie qui s’y asso­cie, est née en paral­lèle du mou­ve­ment skin­head [4] dans l’Angleterre de la fin des années soixante. Le foot­ball revêt une impor­tance cultu­relle et sociale outre-manche sans com­mune mesure avec la France [5]. Dès lors, dans l’Angleterre de Margaret Thatcher, les frus­tra­tions socia­les et les riva­li­tés de ter­ri­toire entre bandes (skin­heads, rude­boys, rockers ou bikers) vont vite trou­ver un exu­toire dans les stades et leurs alen­tours. La culture hoo­li­gan, notam­ment ves­ti­men­taire, puise dans la culture skin­head à tra­vers les mar­ques Lonsdale et Fred Perry. Elle a également cons­truit ses pro­pres codes ves­ti­men­tai­res et pro­duit un nou­veau surnom pour les hoo­li­gans : « casuals ». Le look « casual » est plus dis­cret que le look skin­head, et il est né de la volonté, pour les plus irré­duc­ti­bles des stades, de passer ina­perçu aux yeux des flics... et de pou­voir se reconnaî­tre entre eux, et avec leurs adver­sai­res, en por­tant des mar­ques comme Stone Island, Burberry, Adidas ou Lacoste. Du côté musi­cal, on retrouve sou­vent l’héri­tage skin­head à tra­vers dif­fé­rents grou­pes de Oi ! ou de punk, de reggae, de rocks­teady et de ska. Changements cultu­rels aidant, cer­tains y ajou­tent du rap ou dif­fé­ren­tes musi­ques électroniques.

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Image du film « Green Street Hooligans »

Depuis quel­ques années, les stades de foot­ball devien­nent le lieu de l’expé­ri­men­ta­tion des sys­tè­mes de contrôle et de puni­tion appli­ca­ble au reste de la société. De l’archi­tec­ture anti-émeute à la vidéo sur­veillance totale (comme au Stade de France, où les sup­por­ters peu­vent être suivis de la sta­tion de métro à la place au stade), en pas­sant par la puce RFID dans le billet du match (mis en place pour la coupe du monde 2006). Le côté « modèle réduit » que pré­sente le stade de foot­ball inté­resse les spé­cia­lis­tes de la sécu­rité. Les inter­dic­tions pré­ven­ti­ves d’aller et venir, d’assis­ter au match ou de sortir du ter­ri­toire (sanc­tion pou­vant être appli­quée par simple volonté du préfet) sont mon­naie cou­rante et fédè­rent les ultras de toute la France.

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1950 : Naissance de l’Olympique Lyonnais.

Bad Gones 87, Kop Virage Nord

Les Bad Gones traî­nent depuis leurs débuts une mau­vaise répu­ta­tion dans le monde des tri­bu­nes, celle d’un groupe de fachos. Les clubs de sup­por­ters ouver­te­ment anti­ra­cis­tes et par­fois clai­re­ment de gauche ne man­quent pas une occa­sion de les poin­ter du doigt comme la peste brune des stades au même titre que les mem­bres du KOB pari­sien, les niçois ou les lil­lois. Mais d’où leur vient cette si fâcheuse répu­ta­tion ?

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Créé à Messimy (petit vil­lage de l’ouest lyon­nais) en 1987 avec comme devise « Combattre et Vaincre » le groupe de sup­por­ters affi­che clai­re­ment la cou­leur dès ses débuts, avec une pre­mière écharpe « faite maison » arbo­rant une croix cel­ti­que.

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On notera la deuxième devise inscrite sur l’écharpe : « notre honneur s’appelle fidélité », devise SS.

Le groupe se cons­ti­tue au départ dans la tri­bune Jean Bouin (sur­nommé alors KGB - Kop Jean Bouin) avant de rejoin­dre le virage nord en 1988. Il est com­posé en partie de skin­heads néo-nazis ori­gi­nai­res de cer­tains quar­tiers popu­lai­res de Lyon ou des com­mu­nes de l’ouest lyon­nais. Ils affi­chent des opi­nions poli­ti­ques natio­na­lis­tes et atti­rent rapi­de­ment les étudiants fas­cis­tes de Lyon III regrou­pés en partie au sein du CLAN (Comité Lyonnais d’Action Nationaliste). Ces der­niers seront chas­sés par la suite par le « noyau dur » du groupe qui leur repro­chera leurs ambi­tions poli­ti­cien­nes (dif­fu­sion de tracts dans les tri­bu­nes très peu du goût des mem­bres des BG). Ils n’avaient pas non plus envie de servir de gros bras à ces jeunes issus de la bour­geoi­sie du 6e arron­dis­se­ment de Lyon et des Monts-d’Or. Jusqu’au milieu des années 90, les Bad Gones feront parler d’eux dans la presse au tra­vers de faits divers racis­tes, anti­sé­mi­tes [6] ou de vio­len­ces les amal­ga­mant au milieu hoo­li­gan.

Depuis la fin des années 90, le groupe tra­vaille à sa dédia­bo­li­sa­tion autant par choix stra­té­gi­que que par obli­ga­tion. En pas­sant la barre des milles adhé­rents au début des années 2000 (le groupe n’était com­posé que de 400 mem­bres envi­ron en 1997) et sous la pres­sion du club, les diri­geants des BG n’ont eu de cesse de tenir leurs trou­pes, sur­tout à Gerland, les « déra­pa­ges » arri­vant plus ou moins régu­liè­re­ment à l’exté­rieur.

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En effet, malgré les efforts pour contrô­ler les fans les plus ouver­te­ment racis­tes, le groupe reste animé par un esprit de « droite », a minima patrio­ti­que et par­fois ouver­te­ment natio­na­liste. Il joue avec l’ambi­guïté d’une grande pro­fu­sion de dra­peaux fran­çais en tri­bune. Dans le monde des sup­por­ters ce n’est pas anodin, c’est un mar­queur poli­ti­que. Les gones s’en défen­dent évidemment, et il est vrai que le bleu et le rouge sont les cou­leurs du club, le blanc c’est esthé­ti­que com­pre­nez-vous... Les Bad Gones sont aussi l’un des rares grou­pes de sup­por­ters à chan­ter La Marseillaise [7]. Principalement en Ligue des Champions, mais cela arrive aussi contre cer­tai­nes équipes fran­çai­ses et pas n’importe les­quel­les en géné­ral, comme contre la Duchère en 32e de finale de Coupe de France en jan­vier der­nier.

Les pro­vo­ca­tions à carac­tère raciste ou natio­na­liste s’étaient estom­pées depuis la saison 1997/1998 jusqu’en 2004-2005. Elles s’étaient faites plus rares, sur­tout à domi­cile. En revan­che lors des dépla­ce­ments, cer­tains gones ont semblé se lâcher plus faci­le­ment : bras tendus à Auxerre lors de la saison 2004-2005, re-belotte à Clermont-Ferrand la même saison, pro­vo­ca­tions lors de la saison 2005-2006 à Grenoble en coupe de France, etc etc…

Un autre exem­ple, moins grave, mais tout aussi révé­la­teur : la manière dont s’étaient démar­qués les BG en 2002 lors de l’entre-deux tours des pré­si­den­tiel­les, notam­ment lors de leur dépla­ce­ment à Bordeaux avec une ban­de­role « halte au gau­chisme » du plus bel effet et une ban­de­role pour le moins ambigü à domi­cile lors de la récep­tion de Lens en cham­pion­nat, la veille d’un cer­tain 5 mai :

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L’inter­pré­ta­tion du slogan pou­vait être celle-ci : Le Pen est seul contre tous, comme l’OL. Le let­trage « gothi­que » ren­for­çant l’« ambi­guïté » du mes­sage.

Les Bad Gones sont aujourd’hui le plus gros groupe de sup­por­ters de Lyon (plus de 2000 encar­tés) et ils entre­tien­nent des rela­tions plus que cor­dia­les avec la direc­tion du club. Toute mau­vaise publi­cité met­trait à mal leur légi­ti­mité si dure­ment acquise auprès de Jean-Michel Aulas ainsi que les avan­ta­ges sur les abon­ne­ments conclus avec le club, ou le sou­tien logis­ti­que pour cer­tains dépla­ce­ments.

Et en terme de mau­vaise publi­cité, le faux com­mu­ni­qué de sou­tien au sup­por­ter pari­sien mort suite à des affron­te­ments entre mem­bres de la tri­bune Auteuil et de la tri­bune Boulogne en mars 2010, fit l’effet d’une petite bombe. Signés par les Bad Gones et Lyon 1950, les deux clubs de sup­por­ters niè­rent tout lien avec les auteurs. Objectivement, les deux grou­pes auraient eu beau­coup trop à perdre en s’asso­ciant à une telle logor­rhée raciste, et ils n’ont cer­tai­ne­ment pas par­ti­cipé à sa rédac­tion. Pour autant il est révé­la­teur de la men­ta­lité que peu­vent prêter cer­tains fans lyon­nais (comme les rédac­teurs de ce com­mu­ni­qué) aux grou­pes de sup­por­ters de Gerland.

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Enfin, il n’est pas anodin de cons­ta­ter que les Bad Gones sont jume­lés avec les Ultra Sur de Madrid, club de sup­por­ters réputé pour son idéo­lo­gie fas­ci­sante.

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Et si jamais c’était pas assez expli­cite ...

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Lugdunum’s 93 (1993-2007, virage sud)

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Le groupe a été monté par des anciens Bad Gones plus tour­nés vers la men­ta­lité « ultras » que la men­ta­lité « fans » domi­nante au virage nord. Certains mem­bres du groupe sem­blent avoir eu quel­ques conni­ven­ces natio­na­lis­tes. L’une des pre­miè­res écharpes sortie par le groupe res­sem­ble à un étrange clin d’œil à celle du cousin du virage d’en face.

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De manière plus concrète, le 14 novem­bre 2004, lors d’une mani­fes­ta­tion contre l’entrée de la Turquie en Europe, orga­ni­sée par les iden­ti­tai­res lyon­nais, ce sont des mem­bres des Bad Gones et des Lugdunum’s, fai­sant office de ser­vice d’ordre pour l’occa­sion, qui char­gè­rent la contre-mani­fes­ta­tion anti­fas­ciste.

Par ailleurs, Jean-Yves un sup­por­ter membre des Lugdu mort dans un acci­dent de voi­ture lors d’un dépla­ce­ment à Nantes en avril 2005 était proche du grou­pus­cule Action Nation aujourd’hui dis­paru. AN étant à l’époque une « sous-bou­ti­que » de Grégory Gennaro, mili­tant et res­pon­sa­ble du Front National sur Lyon et dans le sud de la France. Il lui avait rendu à l’époque hom­mage sur le forum de son grou­pus­cule, tandis que lors du match PSG-OL le 17 avril 2005 les joueurs du club dépo­saient une gerbe de fleurs en son hon­neur aux pieds de la tri­bune.

Il est inté­res­sant de noté également que les Lugdu étaient jume­lés avec les sup­por­ters ita­liens de Côme, connus pour leur état d’esprit très à droite.

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Nucleo Ultra (2000-2007, virage sud)

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Les Nucleo, qui logeaient en virage sud infé­rieur aux côtés des Lugdu, sem­blaient être le groupe le plus réel­le­ment apo­li­ti­que du stade. Le groupe est né en 2000, sous l’impul­sion d’une ancienne sec­tion des Bad Gones se reven­di­quant ultra, une his­toire simi­laire en somme à la créa­tion des Lugdunum’s. A la grande dif­fé­rence des Bad Gones, ils ne cher­chaient pas des rela­tions d’entente avec la direc­tion du club, les mem­bres ne béné­fi­ciaient pas de la réduc­tion sur l’abon­ne­ment par exem­ple. Certains de leurs chants étaient contre Jean-Michel Aulas le grand mani­tou olym­pien... un autre chant se fai­sait sur l’air de Bella Ciao, chant révo­lu­tion­naire ita­lien ! C’est jusqu’à aujourd’hui le seul groupe de sup­por­ters de Lyon à s’être reven­di­qué contre le foot­ball moderne et son busi­ness.

À la fin de la saison 2006-2007 les Nucleo et les Lugdu déci­dè­rent de fusion­ner et de former le groupe Cosa Nostra Lyon.

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Cosa Nostra Lyon (2007-20010, virage sud)

La Cosa Nostra Lyon (CNL) est donc née en juin 2007 du regrou­pe­ment des deux grou­pes de sup­por­ters Lugdunum’s et Nucleo Ultra. Pas for­cé­ment du goût de tous parmi les anciens des grou­pes dis­pa­rus, la volonté était d’uni­fier la tri­bune der­rière une seule « bâche » et d’addi­tion­ner les énergies. Le groupe vivra 3 ans avant d’être dis­sout par décret du minis­tère de l’inté­rieur le 28 avril 2010.

Il sem­ble­rait que l’influence mon­tante de la mou­vance iden­ti­taire au sein du virage sud ces der­niè­res années, auprès de la CNL ou des indé­pen­dants du virage sud, ait contri­bué à déve­lop­per des ten­sions inter­nes comme à favo­ri­ser cer­tains inci­dents ayant servis d’argu­ments aux auto­ri­tés pour dis­sou­dre le groupe : dégra­da­tion de l’aire de repos de Beaune-Mercueil et atta­que d’un car de sup­por­ters niçois, plu­sieurs mem­bres du groupe inter­dits de stade, pro­vo­ca­tions à la haine raciale, par­ti­ci­pa­tion de plu­sieurs mem­bres à un dépla­ce­ment en cars vers Saint-Etienne en novem­bre 2009, orga­nisé par les indeps, et à l’occa­sion duquel la police mis la main sur diver­ses armes et dro­gues...

Le groupe est très rapi­de­ment dans le coli­ma­teur du club, qui en fin de saison 2007/2008, avant même la dis­so­lu­tion, lui inter­dit de mettre la « bâche » offi­cielle en bas de tri­bune, la faute au nom du groupe repre­nant l’un des noms de la mafia sici­lienne. La Cosa se contente alors d’exis­ter offi­ciel­le­ment uni­que­ment en dépla­ce­ment. La fin de la Cosa est allée de paire avec le désin­ves­tis­se­ment de cer­tains anciens du virage (ex-Nucleo ou Lugdu), échaudés par les ten­sions [8] et les pro­blè­mes qu’accu­mu­laient la CNL.

La dis­so­lu­tion effec­tive d’avril 2010 ne concerna en un sens qu’un noyau dur de 40 irré­duc­ti­bles (payant un peu les pots cassés pour d’autres) pour un groupe ayant accueilli jusqu’à plus de 500 mem­bres au meilleur de sa forme. Commençant à pren­dre le relais de la Cosa Nostra, le groupe Lyon 1950 appa­rait dès 2009 tout en ayant une exis­tence chao­ti­que à Gerland avant de deve­nir le 4e groupe offi­ciel de la Curva Sud (le virage Sud) à la reprise du cham­pion­nat cou­rant août 2010.

Lyon 1950 (depuis 2010, virage sud)

Le groupe est créé durant la saison 2009/2010 par des « his­to­ri­ques » de la tri­bune sud jusque-là non impli­qués dans les grou­pes de sup­por­ters ayant existé. Les fon­da­teurs avaient au départ pour objec­tif de monter un groupe de « fans » plus qu’ « ultras », c’est-à-dire moins de tifos et plus de chants. L’arri­vée de jeunes en pro­ve­nance du virage nord avec une men­ta­lité « ultras », chan­gera quel­que peu la donne. Ils auraient pour cer­tains rejoint la tri­bune sud pour y expri­mer plus faci­le­ment cer­tai­nes de leurs convic­tions. La faute à la répu­ta­tion du virage d’être lié aux hoo­li­gans et à cer­tains mou­ve­ments natio­na­lis­tes.

Comme l’ana­ly­sent eux-même les lea­ders de Lyon 1950, la tri­bune sud n’est pas une tri­bune comme les autres, puisqu’elle accueille les sup­por­ters visi­teurs. Elle est aussi la tri­bune de « rési­dence » des indé­pen­dants et des hoo­li­gans. Cette proxi­mité favo­rise une cer­taine poro­sité avec les indé­pen­dants dont nous par­le­rons plus loin.

Lyon 1950, ce der­nier-né des grou­pes de sup­por­ters de l’OL se retrouve pointé du doigt ces der­niè­res semai­nes pour des actions racis­tes ou vio­len­tes de la part de cer­tains de ses mem­bres ou sym­pa­thi­sants. En cause notam­ment les échauffourées lors des matchs aller et retour contre Montpellier.

Sur le forum offi­ciel du club, OLweb, le compte « bureau 1950 » repré­sen­tant offi­ciel­le­ment le groupe de sup­por­ters, n’y va pas par quatre che­mins dans un mes­sage publié le 6 février der­nier : l’avenir du groupe est en jeu. Affichant une volonté de trans­pa­rence et de refus que leur groupe soit uti­lisé par cer­tains comme vitrine poli­ti­que, les diri­geants insis­tent et disent tra­vailler depuis plu­sieurs mois à « dépo­li­ti­ser » la tri­bune. Effectivement, des affi­ches et des flyers deman­dant aux mem­bres du groupe et sym­pa­thi­sants de bannir tout affi­chage idéo­lo­gi­que et toute pro­vo­ca­tion dans la par­cage ont été dif­fu­sés durant l’automne 2011.

Mais tous les lea­ders de la tri­bune ont-ils tou­jours tiré dans le même sens ? Les lea­ders du virage et de Lyon 1950 sem­blent en effet entre­te­nir des rela­tions contra­dic­toi­res avec cer­tains grou­pus­cu­les fas­cis­tes locaux et notam­ment avec les iden­ti­tai­res. Par exem­ple, en décem­bre 2010, l’un des lea­ders du groupe invi­tait les mem­bres de Lyon 1950 à par­ti­ci­per à la mani­fes­ta­tion Lugdunum Suum orga­ni­sée par les iden­ti­tai­res. Il pré­ci­sait également que des dra­peaux lyon­nais étaient dis­po­ni­bles à la vente pour les mem­bres du groupe, auprès d’un sur­nommé « Robloch »... « Robloch » n’étant autre que Pierre Robesson, secré­taire dans les sta­tuts asso­cia­tifs du local « La Traboule » (local des iden­ti­tai­res lyon­nais) et orga­ni­sa­teur du ras­sem­ble­ment iden­ti­taire du 14 mai 2011. Cinq mois plus tard, chan­ge­ment de dis­cours des lea­ders : inter­dic­tion pour les mem­bres du groupe d’affi­cher une quel­conque appar­te­nance à Lyon 1950 pour ceux qui se ren­draient au « ras­sem­ble­ment pour la liberté » des iden­ti­tai­res le 14 mai.

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Mai 2011 : Rassemblement anti-puel organisé par Lyon 1950. On y retrouve plusieurs individus connus des milieux fascistes lyonnais, dont un participant avec un t-shirt du groupe néo-nazi belge « Les Vilains » (tout à droite sur la photo).

Il n’est pas rare également de voir un dra­peau serbe dans le par­cage Lyon 1950, rien de moins qu’un sou­tien dis­cret aux natio­na­lis­tes serbes anti-musul­mans, comme lors du match contre l’APÖEL Nicosie à Gerland en Ligue des Champions le 15 février der­nier.

Le virage sud est devenu depuis 6 ans envi­rons le prin­ci­pal refuge pour les plus natio­na­lis­tes des sup­por­ters de l’OL. Sans cynisme, il semble que la situa­tion dont hérite aujourd’hui les res­pon­sa­bles de Lyon 1950 est le fruit de mau­vai­ses grai­nes qui ont été pen­dant trop long­temps tolé­rées dans cette tri­bune. Comme dit l’adage, on ne récolte que ce que l’on sème.

Le groupe est aujourd’hui à la croi­sée des che­mins : faire un véri­ta­ble « ménage » ou être dis­sous et dis­pa­rai­tre si les « déra­pa­ges » per­sis­tent. Il ne sera pas aisé de couper les ponts avec les appren­tis natio­na­lis­tes les plus exci­tés, mais croire que les inté­grer au groupe en leur don­nant des res­pon­sa­bi­li­tés (comme le méga­phone par­fois...) les fera évoluer peut sem­bler un peu naïf. Pour autant, il n’y a que les « auto­ri­tés » pour croire que la dis­so­lu­tion d’un groupe règle le pro­blème. Pour cela il suffit d’un cons­tat : la Cosa Nostra a été dis­soute pour des rai­sons pro­ches de celles qui mena­cent aujourd’hui Lyon 1950, preuve qu’aucun tra­vail de fond n’a été mené, ni par le club, ni par les sup­por­ters eux-mêmes... La charte signée avec la LICRA n’y chan­gera rien tout comme les éventuelles inter­dic­tions de stade qui pour­raient être pro­non­cées.

Supporters indépendants et hooligans

C’est parmi les sup­por­ters indé­pen­dants que l’on retrouve le plus sou­vent les hoo­li­gans. Mais rien n’est figé, et il existe une cer­taine poro­sité entre grou­pes ultras et milieu indé­pen­dant/hoo­li­gan. Il n’est pas rare de voir des mem­bres de grou­pes de sup­por­ters ultras partir en dépla­ce­ment avec les indeps. Cette poro­sité tien au fait que les indé­pen­dants par­ta­gent la tri­bune à Gerland avec des grou­pes cons­ti­tués et offi­ciels. Ils sont sur­tout pré­sents au virage sud mais quel­ques uns rési­dent également au virage nord.

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Estimés par la police à une cin­quan­taine, le noyau dur est cons­ti­tué d’une qua­ran­taine de mem­bres, cer­tains réunis en firm [9]. Ils n’ont pas tous d’orien­ta­tion poli­ti­que pré­cise, cer­tains sont de gau­ches, d’autres plus à droite et d’autres apo­li­ti­ques. La tolé­rance des uns envers les autres repo­sent sur la légi­ti­mité acquise dans les affron­te­ments avec les indeps, hools ou ultras adver­ses. Autour de ce noyau dur gra­vite dif­fé­rents indi­vi­dus et petits grou­pes ayant une double appar­te­nance : sup­por­ters et mili­tants natio­na­lis­tes.

L’impli­ca­tion de ces der­niers dans la vie du mou­ve­ment indé­pen­dant lyon­nais (et dans les dif­fé­rents grou­pes de sup­por­ters) est rela­ti­ve­ment mar­gi­nale, hormis cer­tai­nes excep­tions. Ils sont sur­tout pré­sents à Gerland ou en dépla­ce­ment quand l’OL ren­contre des équipes dont ils haïs­sent les sup­por­ters, sou­vent parce qu’ils sont ouver­te­ment anti­ra­cis­tes : Saint-Etienne (Green Angels), Bordeaux (Les prin­ci­paux grou­pes ultras se reven­di­quant de gauche et/ou anti­ra­cis­tes), Marseille (Idem) ou Montpellier (parce qu’anti­ra­cis­tes mais avant tout parce que les ultras vien­nent pour une bonne partie du quar­tier popu­laire de La Paillade).

Les appren­tis fas­cis­tes qui gra­vi­tent dans les tri­bu­nes lyon­nai­ses tra­vaillent depuis plu­sieurs années à amener un maxi­mum de fans vers les grou­pus­cu­les poli­ti­ques locaux, en ayant une pré­di­lec­tion pour les hoo­li­gans, qui poten­tiel­le­ment font un bon ser­vice d’ordre, ou une bonne force de frappe pour une action coup de poing. Dans les années 90, le FNJ et l’UDEL [10] s’y sont essayés. Depuis le début des années 2000, ce sont sur­tout les iden­ti­tai­res qui mènent ce tra­vail de drague.

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L’une des rares apparition publique en tribune des indépendants, menée par les identitaires. Mars 2008, match Lyon-Bordeaux.

Cette influence des iden­ti­tai­res, et l’impli­ca­tion de cer­tains dans le milieu indé­pen­dant [11] pro­vo­qua un tour­nant dans l’his­toire du hoo­li­ga­nisme lyon­nais lors de la saison 2008/2009 : une résur­gence mar­quante du milieu hoo­li­gan par la mul­ti­pli­ca­tion des rixes avec les sup­por­ters adver­ses et le déve­lop­pe­ment d’une nou­velle géné­ra­tion squat­tant le quar­tier Saint-Jean (Section Saint-Jean, 4F...). Au début de l’été 2009, c’est pres­que une cen­taine d’indeps qui se retrou­vè­rent au Wallace, pub du quar­tier Saint-Paul, pour fêter le « renou­veau hoo­li­gan lyon­nais ».

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Rassemblement « Anti-Besson » : Les hools devant pour faire le coup de poing, les identitaires derrière pour faire les malins et les flics pour compter les points.

Les iden­ti­tai­res entrai­nè­rent ainsi en jan­vier 2010 quel­ques hools dans l’atta­que du ras­sem­ble­ment contre Éric Besson lors d’un débat orga­nisé à la pré­fec­ture de Lyon sur l’iden­tité natio­nale. Plus récem­ment cette influence s’exprima à nou­veau lors de l’atta­que du concert de Sniper en décem­bre 2011.

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Autocollants produits par des membres de la Section Saint-Jean, jeunes néo-nazis tournant au départ autour des identitaires et se rapprochant par la suite de Lyon Dissident.

Avec l’ouver­ture en avril 2010 du Bunker Korps, c’est la mou­vance néo-nazie qui se mit à faire du pied aux hools et ultras lyon­nais, avec un rela­tif succès. Pour la pre­mière fois, les éléments les plus fas­ci­sants du stade avaient un lieu pour se retrou­ver, regar­der des matchs (spé­cia­le­ment pro­gram­més pour les inter­dits de stade (IDS) et s’entraî­ner au free fight.

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Soirée Foot organisée par Lyon Dissident au Bunker Korps

Attirant donc à eux une partie des indeps et hools, les néo-nazis pri­rent une cer­taine influence au stade, aidés par quel­ques indi­vi­dus, sou­vent jeunes, fai­sant « cour­roie de trans­mis­sion ». Cette influence se concré­tisa par un événement coor­ga­nisé par l’équipe de Lyon Dissident et l’un des lea­ders des indeps du virage sud.

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La soirée fut orga­ni­sée pour les hoo­li­gans lyon­nais par Chicago Bull’s, alias Julian [12], et l’asso­cia­tion Rock’N’Gones, para­vent de Lyon Dissident. Une com­pro­mis­sion étonnante de la part de quelqu’un qui fait le capo [13] occa­sion­nel­le­ment pour Lyon 1950.

Dans un contexte de vio­len­ces por­tées par dif­fé­ren­tes bandes ou grou­pus­cu­les fas­ci­sants, cer­tains hools lyon­nais se sont affi­chés publi­que­ment à plu­sieurs occa­sions aux côtés de mili­tants natio­na­lis­tes. Ce fut le cas notam­ment le 10 avril 2010, lorsqu’ils se regrou­pè­rent au bar le Wallace pour pro­vo­quer la mani­fes­ta­tion anti­fas­ciste ayant lieu ce jour là.

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L’autre sortie publi­que remar­quée eu lieu en octo­bre 2010 durant le mou­ve­ment social contre le projet de réforme des retrai­tes. Initiative au départ plus chau­vine et cocar­dière que réel­le­ment fas­ciste, ce ras­sem­ble­ment de près de 200 per­son­nes venues pour en décou­dre en centre-ville avec les « cas­seurs », fût piloté en sous-main par des mem­bres de Lyon Dissident (dont les anciens mem­bres du bureau de l’asso­cia­tion Rock ’n’ Gones, Renaud Mannheim, Pierre Scarano et José Magalhaes [14] ) bien aidés par cer­tains jeunes appren­tis hoo­li­gans gra­vi­tant à la fois autour du Bunker Korps et des iden­ti­tai­res (par exem­ple le sur­nommé « Willo », sur lequel nous revien­drons plus loin).

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À la dif­fé­rence de ce qu’on pu écrire la plu­part des jour­na­lis­tes au sujet de ce ras­sem­ble­ment, ce ne sont pas les iden­ti­tai­res qui l’ont orga­nisé. Certains étaient certes pré­sent, mais ils n’en étaient pas les meneurs. Pour autant, la mou­vance iden­ti­taire à tra­vers les sites Novopress Lyon et FDesouche l’a lar­ge­ment récu­péré. Récupération qui ne fût pas du goût de tout le monde au stade par ailleurs.

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Le milieu indé­pen­dant lyon­nais oscille entre popu­lisme, apo­li­tisme et ten­dan­ces fas­ci­san­tes, au gré des influen­ces des grou­pus­cu­les locaux natio­na­lis­tes ou fas­cis­tes. Tout un tra­vail de séduc­tion mené et sou­tenu par de jeunes « relais » gen­ti­ment encou­ra­gés par les ainés, et por­tant les deux cas­quet­tes : indep/hools et acti­vis­tes. Plus que mili­tants, leur enga­ge­ment est avant tout porté sur la vio­lence. Ils n’ont pas réel­le­ment d’idéo­lo­gie pré­cise, affec­tion­nant avant tout un folk­lore très radi­cal et la pro­vo­ca­tion. Souvent jeunes entre 20 et 25 ans, ils gra­vi­tent autour de dif­fé­rents cou­rants et grou­pus­cu­les, vont des uns aux autres en fonc­tion des oppor­tu­ni­tés. Ils ne s’inves­tis­sent pas dans le long terme pour la plu­part, ne sont pas for­cé­ment très géra­bles, plu­sieurs sont des têtes brû­lées, qui finis­sent sou­vent par passer par la case « palais de jus­tice », et par­fois la case « prison ».

Une bonne partie de ces jeunes se sont retrou­vés en sep­tem­bre 2011 au pied de la Basilique de Fourvière pour une « mani­fes­ta­tion » : Le Hard Bass Lyon qui tra­versa toute la ville, en pre­nant le métro, pour finir où ils ont l’habi­tude d’aller, au Ninkasi Gerland. Tout ça sans ren­contrer un flic, ni même un contrôle TCL ! Comme quoi la vidéo-sur­veillance... L’idée lancée par des jeunes des vira­ges nord et sud a ras­sem­blé des sup­por­ters issus de tous les grou­pes (envi­ron 80 par­ti­ci­pants) : Bad Gones, Lyon 1950 et indeps. Ce hap­pe­ning est dans la ligne d’une mode lancée par le milieu hoo­li­gan et natio­na­liste de pays d’Europe de l’Est comme la Pologne et la Russie. Le prin­cipe est simple : faire irrup­tion en groupe dans n’importe quel lieu public, masqué (ou non), en gigo­tant sur une musi­que électronique proche du « jump style ».

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C’est les Anonymous qui doivent être contents...

Rubrique des méfaits divers

La Mezza Lyon (virage sud) est une firm d’une quin­zaine de mem­bres qui existe depuis envi­ron quatre ans et s’est tou­jours affir­mée comme fas­ciste.

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Elle a fait parlé d’elle très récem­ment dans la rubri­que des faits divers : 6 de ses mem­bres ont été inter­pel­lés suite à des dégra­da­tions sur des véhi­cu­les de mem­bres des Magic Fans (groupe de sup­por­ters sté­pha­nois ins­tallé au virage nord du stade Geoffroy-Guichard, à St-Etienne) et des tags nazis.

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Août 2010, OL-Servette de Genève à Tignes.

Août 2010, match d’avant-saison de l’OL sans aucun enjeu spor­tif à Tignes contre le Servette de Genève. L’occa­sion rêvée pour quel­ques appren­tis nazis de faire parler d’eux. Derrière la croix cel­ti­que, on retrouve N. André sur­nommé « Willo » (avec la cas­quette à l’envers et la bière à la main sur la photo ci-dessus). Il est également proche des anciens de Lyon Dissident et des iden­ti­tai­res. Il a donné plu­sieurs coups de main à Solidarité Kosovo notam­ment en juillet 2011 pour le char­ge­ment d’un convois de mate­las, entre autres.

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« Willo » en polo bleu ciel. Photo prise sur le site de Solidarité Kosovo.

Il tente également de lancer la mou­vance « natio­na­liste auto­nome » sur Lyon, pour l’ins­tant sans grand succès et avec quel­ques légè­res déconve­nues, dont des auto­col­lants mori­bonds puisqu’affi­chant l’adresse d’un site inter­net mis hors d’état de nuire avant même que le pre­mier sti­cker n’ait été collé.

C’est à ce titre de « leader » d’une mou­vance fan­to­ma­ti­que qu’il est convié aux réu­nions de coor­di­na­tion des grou­pes natio­na­lis­tes les plus radi­caux, l’Unité Gauloise (regrou­pant le GUD Lyon, les Jeunesse Nationalistes et 3e Voie (ex-Lyon Dissident)).

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1987, les Bad Gones sont créés et Jean-Michel Aulas est nommé président du club. 1989 : l’OL retrouve la première division.

Au-delà de ces exem­ples indi­vi­duels, des com­pro­mis­sions de cer­tains lea­ders ou des ambi­guï­tés de cer­tains grou­pes de sup­por­ters avec la droite natio­na­liste la plus radi­cale, le pro­blème réside bien dans les valeurs et les repè­res qu’acquiè­rent les sup­por­ters, par­fois très jeunes, dans les vira­ges de Gerland. Un phé­no­mène ren­forcé par les échanges sur Internet qui favo­ri­sent la dif­fu­sion des idées xéno­pho­bes, voire clai­re­ment nazies, parmi les jeunes sup­por­ters lyon­nais.

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A Genève, août 2011, saluts nazis de très jeunes supporters lyonnais dans les tribunes

Les tri­bu­nes popu­lai­res du stade de Gerland, sont, et ont tou­jours été, un vivier pour les grou­pus­cu­les fas­cis­tes de l’agglo­mé­ra­tion lyon­naise. L’influence qu’ils y exer­cent entre­tient ce vivier. L’un favo­rise l’autre, et vice versa. Certains lea­ders « natio­na­lis­tes » l’ont bien com­pris, et en font un ter­rain de recru­te­ment pri­vi­lé­gié en même temps qu’un lieu de dif­fu­sion de leurs idées. Dans le renou­veau de l’extrême-droite radi­cale voire néo-nazie à Lyon, l’OL porte donc une res­pon­sa­bi­lité cer­taine. La solu­tion se trouve peut-être du côté de sup­por­ters déci­dés à chan­ger la donne, en résis­tant à l’entrisme de l’extrême-droite ou en défen­dant d’autres valeurs. Avant que cette asso­cia­tion, même invo­lon­taire, ne jette défi­ni­ti­ve­ment un voile puant sur l’ensem­ble du club lyon­nais.

**Article 31 - Information et ana­lyse sur les droi­tes radi­ca­les et natio­na­lis­tes lyon­nai­ses.

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 14:50

Comprendre en s’amusant la crise de la dette, en Grèce et en Europe alors que  « L’Isda, l’association qui régit les CDS, ces contrats d’assurance sur la dette d’un pays, a tranché  : les CDS grecs n’ont pas de raison d’être déclenchés à ce stade. » (Les CDS pour  Crédit Défault Swaps, c’est une sorte d’assurance à laquelle souscrivent les créanciers.)

 Jojo , (dit le démago) prête de l’argent à plusieurs personnes dans la galère: eh oui, les prix montent, mais pas les salaires ou les minima sociaux… De fil en aiguille, on s’endette, et puis on finit par ne plus en voir le bout!  Parmi les personnes qui empruntent une somme à Jojo :

- Dominique,  qui a un CDI dans un métier stable: il est ouvrier dans une usine de montres de luxe.

- Yourgos, qui est titulaire du RSA 

A chacun, Jojo a prêté 10 000 euros, et doit se faire rembourser dans 1 an. Tous les mois, ils lui paient des intérêts , et oui, on rigole pas avec Jojo.  Bien sûr, ces intérêts ne sont pas les même: Yourgos en paie plus, vu qu’il est moins solvable…

(Cliquez sur le graphique pour agrandir)

Jojo est prêteur, mais pas téméraire: il s’assure.

Au cas où Dominique, Yourgos ou un autre, ne pourrait pas honorer son crédit,( ferait « défaut »)  il lui serait remboursé de toute façon: Il  souscrit un CDS auprès de gros Didier, un maquereau du coin.

En échange d’une petite prime,  Gros Didier promet à Jojo de l’assurer. Cette prime est calculée par rapport au risque de défaut, de non-remboursement:

- Pour assurer le prêt de Dominique, le taux du CDS du prêt est de 3 %:  Jojo donne donc 300 euros à gros Didier.

- Pour assurer le prêt de Yourgos, plus risqué, le taux du CDS est de 16 %: Jojo donne donc 1 600 euros à gros Didier.

(Cliquez sur le graphique pour agrandir)

Dans les deux cas, Jojo pense dormir tranquille: il est couvert.

De son côté, (et c’est là que réside une bonne partie de l’embrouille), gros Didier est assez content de son deal: il encaisse le fric que lui verse Jojo, le tout sans contrepartie: il ne prend même pas la peine de mettre de côté de quoi rembourser Jojo au cas où.

Dans sa comptabilité (il a un petit carnet pour ça) il écrit ses rentrées  » reçu, 300 euros de Jojo pour assurer Dominique; reçu 1600 euros de Jojo pour assurer Yourgos… etc. » . Mais pas le risque de sortie: on appelle ça des produits « hors bilan », ou « fantômes ».

Maintenant, imaginons que la CAF, à la suite d’une visite domiciliaire , coupe le RSA à Yourgos. Celui-ci est dans la merde. Il risque de ne plus pouvoir rembourser Jojo… Que faire ?

Tout d’abord, fini les petits plaisir de la vie, place à l’austérité: régime pâtes/riz ,  fini les picon-bière , les p’tits cafés, les sorties cinoche.

Et comme ça ne suffit pas, il revend sa Playstation, etc. : bilan, il économise un peu de pognon, mais tombe dans une profonde dépression et ne se rend pas au RDV Pôle emploi.

Il est radié. Nouvelle tuile.

A ce moment là de l’histoire, il réclame un rééchelonnement du prêt: en bref, il mettra plus de temps à  rembourser, et paiera moins d’intérêts. Un peu moins, en tout cas. Et c’est pas plus mal, parce que avec tous ses problèmes ces derniers temps, il est devenu encore moins solvable, avec une conséquence directe: depuis qu’on lui a coupé le RSA, les intérêts qu’il doit verser à Jojo ont triplé, (voir le graphique plus haut) ce qui a bien participé à le mettre dans la mouise.

Stan, pilier de comptoir du coin, toujours au courant des embrouilles, déclare à qui veut l’entendre, que s’il était une agence de notation, et ben il mettrait à Yourgos la plus mauvaise note: un beau D, comme Démerde toi.

Jojo, après avoir bu un verre avec Stan, se dit que c’est plutôt vrai, ce que dit ce bonhomme, et qu’après tout, pourquoi devrait-il passer l’éponge ? Il demande donc à gros Didier de lui verser son assurance: puisque Yourgos ne peut plus payer, ou en tout cas pas tout, et pas tout de suite, l’assurance, le CDS qu’il a souscrit, doit s’activer, non?

Gros Didier est bien embêté: il n’a pas un rond de côté pour rembourser Jojo. Surtout que les temps sont durs: un bon paquet de gens se sont assurés auprès de lui, et aujourd’hui reviennent le voir pour lui demander l’activation de l’assurance. Toujours la même histoire: la CAF n’est pas tendre en ce moment, et prend n’importe quel prétexte pour radier des gens…

Gros Didier prend alors une grande décision:  » les radiations de la CAF ne constituent pas un évènement de crédit ». Donc, pas de remboursement. De toutes façons, il n’a pas les moyens. Alors bon…

Il annonce la nouvelle à Jojo: celui-ci est bien ennuyé. il se retourne donc vers Yourgos: il va falloir payer, hein ? ( Yourgos hésite , doit-il mettre une claque à Jojo, ou se soumettre? Pour l’instant, il obéit encore).

Pendant ce temps-là, l’usine de montres de luxe où bosse Dominique traverse des difficultés. Dominique est en chômage partiel…

Stan, au comptoir, déclare à  qui veut l’entendre « C’est le début d’la fin pour Dominique, c’est moi qui vous l’dis » (ce Stan, quel connard!).

Dans le rôle des créanciers: Jojo

Dans le rôle de la Grèce: Yourgos

Dans le rôle des pays « solvables », comme l’Allemagne: Dominique

Dans le rôle des pourvoyeurs de CDS: gros Didier

Dans le rôle des agences de notations: Stan le pilier de bar.

Un grand merci à la CAF pour son aimable participation.

 Bien sûr,la crise de la dette ne peut être résumée ainsi, sans qu’il n’y ait beaucoup d’approximations: l’objectif d’une métaphore n’est pas de coller exactement à la réalité. Par exemple, nous n’avons pas évoqué le rôle de la Banque centrale européenne, les incertitudes sur la monnaie…  Ceci dit, les discours sur « ces feignants de Grecs » ne sont pas sans rappeler ceux sur « ces assistés de RSAstes » ou autres joyeusetés qu’on entend par ci par là. Et l’austérité imposée, avec mise du pays sous tutelle, a un air de famille avec la tutelle sociale de nos latitudes…

Enfin, si vous voulez en savoir plus, par exemple avoir une explication simple sur la nature d’une crise économique, c’est ici.

 

( Repris de tantquil.net)

 

repris sur Tantquil.ner

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 12:34

Antifa-Sprayer.jpgPour un simple collage d'affiche, des militants antifas ont été arretes ce week end à Paris, voici le communiqué unitaire...
 
Une répression s’abat sur dix militantEs antifascistes, interpelléEs à Paris dans la soirée du 8 mars alors qu’ils et elles collaient des affiches contre la tenue des « Assises de la nationalité, de la citoyenneté et de l’identité », organisées par le Bloc identitaire, groupe aux idées racistes revendiquées. Pour de simples affiches, ces militantEs ont été gardéEs à vue 48h, avant d’être déférréEs samedi soir au parquet de Paris en ayant fait un passage à la section antiterroriste de la brigade criminelle !! Au total ce sont plus de 60h qu'ils et elles ont passées dans les locaux de la police puis de la justice.
Rien dans les actes ni dans l'attitude des militantEs ne justifiait cette garde à vue et ce déferrement.

Grâce à la mobilisation des organisations, réseaux et sympathisantEs antifascistes, ils et elles ont été libéréEs ce dimanche avec des procès verbaux signifiant des inculpations pour participation à un groupe formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou des destructions pour dégradation de biens.
Cela leur vaut d'être convoquéEs pour être jugéEs devant la 29e chambre du Tribunal de grande instance de Paris le 7 mai 2012.
 Aussi nous dénonçons ici une répression purement politique.

Une surenchère répressive sur les militantEs antifascistes
Nous dénonçons une véritable stratégie d’intimidation menée par la Justice.
A chacune des apparitions publiques des organisations antifascistes, que ce soit face aux catholiques intégristes ou aux divers néo-nazis adeptes du « saucisson-pinard », les ordres du pouvoir sont clairs : la police protège systématiquement l’extrême droite.
Les organisations engagées dans le combat contre l'extrême droite tentent ni plus ni moins d’alerter l’opinion contre la banalisation du racisme et des idées d’extrême droite, et de s’opposer à leurs représentants de tous poils.
Nous dénonçons une criminalisation croissante de ce combat.

Une Justice à deux vitesses
Rappelons qu’il y a à peine trois mois, deux membres de la mouvance catholique intégriste ont été arrêtés au théâtre du Rond-Point, alors qu'ils s’apprêtaient à en détruire le système de sécurité. Ces deux-là n’ont écopé que d’une dizaine d’heures de garde à vue et d’un banal rappel à la loi, avant de repartir… tranquilles. Une différence de traitement aussi criante manifeste clairement la propension du pouvoir et de sa police à « couvrir » des groupuscules violents et liberticides. Sans oublier la couverture de la justice dont bénéficient des ministres en poste lors de leurs « dérapages » tout à fait contrôlés à l’encontre des immigré-e-s ou lorsqu'ils affirment qu'il existe une inégalité de valeur entre, ce qu'ils appellent, les « civilisations »...
Nous dénonçons donc un pouvoir qui encourage les expressions d’intolérance, de conservatisme et de racisme, et qui défend ceux qui les répandent.

Une indulgence coupable
Si le gouvernement les protège, c’est que les fascistes lui sont très utiles : d’abord ils diffusent efficacement ses idées, désignant les mêmes boucs-émissaires (étranger-e-s, musulman-e-s, chômeurs-ses, et combien d’autres encore), popularisant les mêmes solutions radicales qui consistent à stigmatiser et exclure. Mais en plus, ils sont un ennemi majeur pour le mouvement social, à qui ils font barrage par leurs attaques, leur propagande et leurs provocations.

Nous ne supporterons pas plus longtemps une situation où les fascistes ont les mains libres tandis que l’on enferme ceux et celles qui les dénoncent et organisent la mobilisation et une riposte militante face à eux.
Nous interpellons la population sur la répression éhontée qui sévit sur le mouvement antifasciste en particulier et sur le mouvement social en général.
Nous exigeons que les poursuites à l'encontre des 10 militant-e-s antifascistes soient abandonnées et appellons à la mobilisation de toutEs en solidarité.


Premiers signataires : Alternative libertaire, Les Alternatifs, Ras l'Front Marne la Vallée, Emancipation tendance intersyndicale, CNT Etpreci 75, CNT Santé social, UD CNT 95, Section carrément anti Le Pen (SCALP), Fédération Total respect / Tjenbé réd (Fédération de lutte contre les racismes, les homophobies et le sida), SUD Culture Solidaires, Action antifasciste Paris banlieue (AFA), Christianisme social, Solidaires Paris, Nouveau parti anticapitaliste, SUD Etudiant.

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 12:22

cameravideosurveillance.jpgLa vidéosurveillance connait des developpements inquiétants: pour pallier au manque de moyens humains pour surveiller les caméras sont developpés des logiciels de reconnaissance de "comportement suspect". Orwell n'aurait pas pu imaginer pire...

 

Un homme déambule entre les allées d'un parking et s'attarde "anormalement" près d'une voiture. A 3 kilomètres de là, devant son mur d'écrans relié à une trentaine de caméras, un opérateur se lasse de voir passer des anonymes et s'assoupit. Mais un signal d'alarme attire son attention sur l'écran 15, où la silhouette du maraudeur est cerclée de rouge. Si l'opérateur en croit l'"intelligence" de la caméra, cet homme s'apprête à voler un véhicule. Il avertit donc la police, qui sera sur les lieux cinq minutes plus tard. Et trouvera un voleur... ou un rêveur.

Après avoir été présentées comme la panacée pour lutter contre la délinquance, les caméras de vidéosurveillance sont jugées assez inefficaces par les professionnels de la sécurité : la capacité d'attention d'un opérateur ne dépasserait pas deux heures pour huit écrans. Les caméras ont sans doute un effet dissuasif, mais n'ont pas fait chuter la délinquance (Le Monde du 29 octobre 2011).

Les logiciels de "détection des comportements anormaux" vont changer la donne, assurent les promoteurs de la vidéosurveillance intelligente (VSI). En 2006, l'Agence nationale de la recherche (ANR) finance un projet du laboratoire d'informatique de Lille (LIFL-CNRS) : CAnADA, acronyme de "comportements anormaux : analyse, détection, alerte"... Objectif : "Classer les comportements d'individus afin de les interpréter en termes de menace", et "établir une typologie des signaux visuels de dangerosité". Dès le départ, des chercheurs en droit et sciences politiques sont associés au projet, coordonné par l'Ecole des mines de Douai, pour en discuter les questions éthiques. Leurs réflexions ont bien été publiées, mais, sur le terrain, elles ne font plus l'objet de débat...

Pour l'instant, les comportements détectés se résument à quelques actions basiques - courir, marcher, lever les bras, tomber - qui font déjà le bonheur de certains services de sécurité. A la réunion intitulée "Mise en oeuvre d'une détection automatique d'anormalité", organisée en décembre 2011 par l'AN2V (Association nationale de la vidéoprotection), plusieurs sociétés présentaient des logiciels qui donnent automatiquement l'alarme si une personne chute dans une foule, si une autre déambule trop longtemps, si un petit groupe se met brusquement à courir, etc. Les villes de Cannes, Nice, et bientôt Lyon, installent des logiciels programmés pour détecter les colis suspects, les voitures en contresens, le maraudage, les attroupements. Différentes sociétés comme Keeneo (issue de l'Inria), Kaolab, Foxstream (issue du Liris) proposent de tels produits.

Certaines caméras ont une fonction "tracking", pour suivre un individu et se passer le relais entre elles sans le perdre de vue. Ce qui fonctionne assez bien dans des lieux fermés (sur un site industriel), beaucoup moins en milieu urbain : en cas de rixe par exemple, les protagonistes ont une fâcheuse tendance à fuir chacun dans une direction. Pas facile pour une caméra, si intelligente soit-elle, de choisir qui suivre... Le système sur lequel travaille la société Thales fonctionne d'ailleurs en mode "assisté". Imaginez un salon grand public, truffé de caméras : sur son écran, l'opérateur sélectionne l'individu suspect, affiche sa "signature visuelle" (image entière de l'individu), ce qui permet aux différentes caméras de le traquer. Les informations de suivi sont transmises sur une tablette numérique dont dispose un second opérateur qui se trouve, lui, dans les allées du salon et peut se rapprocher de l'individu pour l'appréhender.

Pour l'instant, ce sont les utilisateurs du système qui décident que dans telle situation (un parking) le comportement normal pour un individu consiste à aller directement à sa voiture, alors que dans telle autre (un magasin) il est normal de déambuler dans les allées mais anormal de rester planté plus de cinq minutes devant un rayon. Bien sûr, il n'est pas simple de tracer la frontière entre le normal et l'anormal.

Une étude menée par le sociologue Tanguy Le Goff (Institut d'aménagement et d'urbanisme d'Ile-de-France) sur des opérateurs de vidéosurveillance a montré que les jeunes sont moins "ciblés" (suivis sur écran) pour ce qu'ils font (souvent d'ailleurs ils ne font rien, ce qui est jugé suspect) que pour leur apparence vestimentaire et physique. Les caméras donneront-elles l'alerte en cas d'apparition d'une casquette sur une personne au visage basané et, circonstance aggravante, avachie sur un banc ?

Toujours dans l'optique d'assistance aux opérateurs, certaines sociétés (Orélia par exemple) proposent d'ajouter aux caméras des capteurs audio. Un bris de verre, des cris perçants, et la caméra zoome vers la scène supposée violente. Inconvénient : la portée ne dépasse pas les 20 à 50 mètres selon le bruit de fond ambiant. A moins de truffer les réverbères de micros, l'efficacité n'est pas garantie. La société Survision, elle, s'est spécialisée dans la lecture automatisée des plaques d'immatriculation. Intégré à une caméra placée sur un véhicule de police, le bloc optique infrarouge fonctionne aussi la nuit, et compare toute plaque d'immatriculation croisée dans son champ de vision au fichier des voitures volées. Il lit même les plaques d'un véhicule roulant en sens inverse à grande vitesse...

Dans les laboratoires de recherche, la compétition est intense. Christian Wolf, chercheur au Liris (Laboratoire d'informatique en images et systèmes d'information ; CNRS-INSA de Lyon), explique : "Nous avons lancé une compétition internationale, à laquelle sont inscrits 40 laboratoires de recherches. Objectif : reconnaître des comportements complexes impliquant plusieurs individus qui agissent en même temps sur une vidéo, ou une interaction humain-objet. Nous avons réalisé des vidéos types : une personne entre et sort d'une pièce, une autre passe un petit objet à son voisin, une troisième parle au téléphone puis laisse en partant un bagage à ses pieds, etc. Dans quelques mois, nous saurons quelles équipes identifient et nomment automatiquement les scènes-clés avec le plus de précision."

Autre défaut de la vidéosurveillance classique : en recherche de suspect a posteriori, elle mobilise des heures de l'attention d'un opérateur. "Même en défilement rapide, nos hommes regardent parfois des heures d'images pour rien !", souligne Fabrice Sierra, chef de la circonscription de sécurité publique d'Aubenas (Ardèche). Les images des 42 caméras de Vals-les-Bains et Aubenas peuvent désormais être traitées par un nouveau logiciel (Video Synopsis, société Briefcam) qui leur mâche le travail : il élimine les plages où il ne se passe rien et par ailleurs il condense et étiquette un maximum d'événements sur un temps très court (jusqu'à douze heures d'images condensées en quelques minutes).

Sur une même image sont ainsi superposées des actions qui ne se sont pas déroulées en même temps, dans lesquelles des piétons marchent donc les uns sur les autres ou des voitures roulent en même temps sur le même parcours. "Si vous souhaitez retrouver un break bleu par exemple, vous allez regarder la synthèse des images de voitures qui se sont garées sur tel rond-point, commente Fabrice Sierra. Vous sélectionnez votre break et replongez dans la vidéo originale... où vous retrouvez l'heure à laquelle il a stationné, éventuellement vous voyez le suspect en sortir, etc."

Laurent Mucchielli, sociologue au CNRS, spécialiste de la délinquance, doute totalement de l'efficacité de tous ces systèmes. "Ce qui m'inquiète le plus, ce ne sont pas ces techniques mais la façon dont les élus tombent dans le panneau. Il y a une croyance magique dans ces outils. Les centres de surveillance vont se heurter à une augmentation des alarmes (dont les fausses alarmes), et devoir augmenter encore le nombre de personnes derrière les écrans ! Cette offensive marketing va coûter très cher."

Les professionnels de la sécurité, eux, continuent de miser sur la technique. Après la détection du comportement suspect, ils comptent bien identifier le suspect lui-même. Problème : les techniques biométriques actuelles requièrent sa coopération. Il doit poser sa main si on veut reconnaître ses empreintes digitales, ou regarder fixement une caméra pour l'identification de son iris.

L'avenir appartient donc aux biométries que l'on peut collecter à la volée, comme la forme du visage. "Les systèmes basés sur les images 2D ont montré leurs faiblesses face aux variabilités causées par le changement de la pose, des conditions d'éclairages ou encore des expressions faciales, explique Mohsen Ardabilian, maître de conférences à l'Ecole centrale de Lyon-Liris. Les caméras 3D, en revanche, permettent de reconnaître un visage même quand il n'est pas de face et s'il est illuminé différemment. Une de nos techniques consiste à repérer sur le visage des points d'intérêt ayant une information de courbure ou de texture discriminante ainsi que leur position. Ce qui nous donne des taux de reconnaissance proches de 98 %." Mais ces données s'entendent sur une base test de quelques centaines de visages, non représentatifs de la population.

Bernard Didier, directeur général adjoint de Morpho (groupe Safran), leader mondial dans les systèmes d'identification, confirme : "En mode participatif (la personne est volontaire pour être contrôlée), nos systèmes de reconnaissance, utilisés dans les aéroports en Australie et en Nouvelle-Zélande, sont efficaces à 98 %. En non participatif, et en environnement ouvert, nous n'atteignons pas cette performance."

Principales difficultés à résoudre : le positionnement du visage et l'éclairage. "Dans les tests effectués par le NIST (National Institute of Technology), on constate qu'une différence d'angle d'une dizaine de degrés par rapport à une photo témoin suffit à diminuer la performance de reconnaissance. Pour la reconnaissance à la volée, nous devons donc utiliser plusieurs caméras pilotées de manière coordonnée, qui repositionnent de façon dynamique le visage de la personne suivie et la reconnaissent sans qu'il soit besoin d'interrompre sa marche", précise M. Didier

Tout cela n'est donc pas au point, mais de nombreuses sociétés, petites (Facing it) ou plus importantes (Cognitec), mettent déjà sur le marché des produits. L'aéroport de Francfort teste EasyPass, système de contrôle aux frontières faisant appel à un logiciel de reconnaissance des visages à la volée. Et aux Etats-Unis, la société Sarnof commercialise Iris on the Move, capable de "traiter" les iris de 30 personnes par minute, si elles marchent tranquillement devant une borne d'identification.

"Le défi réside dans l'exécution de ces tâches dans le contexte de la vidéosurveillance, plus difficile que lors des contrôles biométriques, et là, les systèmes "classiques" vont avoir de la peine", estime Rudy Guyonneau, docteur de neurosciences à Spikenet Technology. Issue du Laboratoire cerveau et cognition (CNRS-université Toulouse-III), cette start-up mise sur les réseaux de neurones. "Notre originalité, et nous verrons si elle paye, est de nous inspirer des dernières avancées en neurosciences computationnelles, sur le traitement de l'information à base de décharges (spikes) de neurones, pour proposer des systèmes logiciels rapides, simples, et capables de s'adapter, même dans ces contextes-là."

Avec le programme FAST ("technologie de surveillance des attributs futurs"), les Américains souhaitent repérer à leur insu les individus ayant l'intention de commettre un délit, en développant des capteurs mesurant, à distance, le rythme cardiaque des personnes passant aux points de contrôle, les contractions des pupilles, la température du visage, les expressions faciales... Un scénario à la Minority Report, ce film de Steven Spielberg où trois mutants doués d'un don de prescience préviennent le gouvernement qu'un crime va être commis, ce qui mène à l'arrestation des meurtriers potentiels... alors qu'ils n'ont encore rien fait. Sommes-nous si loin d'un tel scénario ?

La prochaine caméra Kinect 2, de la console de jeu XBox 360 de Microsoft, pourrait détecter les expressions du visage, mesurer notre degré de satisfaction ou d'agacement. Une fonction transposable pour des applications de vidéosurveillance ? De nombreux laboratoires y travaillent. "Mais la technologie est neutre, c'est l'usage qu'on en fait qui doit être arbitré par la société", estime Bernard Didier.

Pour l'instant, la réglementation interdit totalement l'identification à la volée, et encore plus la reconnaissance des émotions. Jusqu'à ce qu'un bon argument marketing convainque nos élus qu'un individu à l'air stressé dans un parking constitue une sérieuse menace pour la sécurité...

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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 10:40

agent-de-magasin-vigile.jpgLes vigiles sont la main armées des propriétaires et des patrons. Il entendent souvent exercer leur autorité et font croire qu'il ont le droit de fouiller, d'immobiliser, d'amener les gens dans des locaux, alors que légalement ils n'ont quasiment aucun droit. Face à un vigile il suffit de refuser de faire ce qu'il veut et 9 fois sur 10 il ne pourra rien faire. Voici le point sur leur "droits" ou plutot leur absence de "droits" à fliquer la population...

 

 

Face aux vigiles :

Les informations juridiques livrées ici le sont à titre purement théorique : il n’existe aucune garantie que vous pourrez vous servir de « votre droit » le moment venu, et bien souvent ceux- ci ne seront pas respectés. Les conseils évoqués ici n’ont pas tous été testé en « situation réelle », il nous est impossible d’évaluer vos chances de vous en sortir, ce qui doit bien souvent faire l’objet d’une évaluation au cas-par-cas et doit beaucoup au facteur « chance ». Néanmoins, il ne nous semble pas inutile de nous armer de quelques informations juridiques précises qui, outre le fait qu’elles peuvent éventuellement s’avérer utiles, vous donneront de l’assurance face aux vigiles, qui bien souvent n’en savent pas plus que vous.

Qu’est ce qu’un vigile ?

L’activité est définie et réglementée selon les articles de la Loi n°83-629 du 12 juillet 1983 réglementant les activités privées de sécurité

Article 1 : Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu’elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ; 2° A transporter et à surveiller, jusqu’à leur livraison effective, des bijoux représentant une valeur d’au moins 100 000 euros, des fonds, sauf, pour les employés de La Poste ou des établissements de crédit habilités par leur employeur, lorsque leur montant est inférieur à 5 335 euros, ou des métaux précieux ainsi qu’à assurer le traitement des fonds transportés ; 3° A protéger l’intégrité physique des personnes.

Quel sont les droits des vigiles ?

Droit d’être vigile :


Article 5 de la Loi n°83-629 du 12 juillet 1983 réglementant les activités privées de sécurité Nul ne peut exercer à titre individuel une activité mentionnée à l’article 1er, ni diriger, gérer ou être l’associé d’une personne morale exerçant cette activité, s’il n’est titulaire d’un agrément délivré selon des modalités définies par décret en Conseil d’Etat. L’agrément est délivré aux personnes qui satisfont aux conditions suivantes : 1° Etre de nationalité française ou ressortissant d’un Etat membre de l’Union européenne ou d’un des Etats parties à l’accord sur l’Espace économique européen ; 2° Ne pas avoir fait l’objet d’une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l’exercice des fonctions ; […]

Les patrons embauchent parfois irrégulièrement des individus pour exercer ces fonctions, demandez toujours au vigile qui vous appréhende s’il a son agrément et laissez planer des menaces de plaintes et d’enquête à ce sujet. On ne sait jamais !

Droit sur le terrain :

Article 3 : Les agents exerçant une activité mentionnée au 1° de l’article 1er ne peuvent exercer leurs fonctions qu’à l’intérieur des bâtiments ou dans la limite des lieux dont ils ont la garde. A titre exceptionnel, ils peuvent être autorisés, par le préfet du département ou, à Paris, par le préfet de police, à exercer sur la voie publique des missions, même itinérantes, de surveillance contre les vols, dégradations et effractions visant les biens dont ils ont la garde.

Si l’on en croit cet article, concernant la demande d’inspection visuelle des bagages à main, celle-ci ne peut être formulée et réalisée que dans l’enceinte du bâtiment ou du lieu dont ils ont la garde : en dehors de ce bâtiment leurs (maigres) prérogatives s’arrêtent et ils ne peuvent même pas demander à voir votre sac, ils n’ont pas plus de droit qu’un simple citoyen (voir plus bas). Attention : ils ne peuvent pas vous demander à inspecter vos bagages à mains en dehors de leur enceinte mais ils peuvent vous appréhender s’ils vous suspectent, comme tout citoyen. Voir plus bas à « droit d’intervention ».

Droit d’être armée et port d’une tenue :

Article 10 : I.-Sauf dérogations pour certaines modalités de transport de fonds, de bijoux ou de métaux précieux définies par décret en Conseil d’Etat, les agents exerçant une activité mentionnée aux 1° et 2° de l’article 1er doivent porter, dans l’exercice de leurs fonctions, une tenue particulière. Celle-ci ne doit entraîner aucune confusion avec les tenues des agents des services publics, notamment de la police nationale, de la gendarmerie nationale, des douanes et des polices municipales. II.-Les agents exerçant les activités mentionnées au 1° de l’article 1er peuvent être armés dans des conditions fixées par décret en Conseil d’Etat. Les agents exerçant les activités mentionnées au 3° de l’article 1er ne sont pas armés.

Droit de fouille :

Article 3-1 de la Loi n°83-629 du 12 juillet 1983 réglementant les activités privées de sécurité : Les personnes physiques exerçant l’activité mentionnée au 1° de l’article 1er peuvent procéder à l’inspection visuelle des bagages à main et, avec le consentement de leur propriétaire, à leur fouille.

La fouille d’autre chose que d’un bagage à main est donc exclue. Mais même dans le cas d’un bagage à main, si le vigile désire procéder à une inspection visuelle et que vous refusez, il ne peut pas vous y contraindre non plus, vous pouvez donc la refuser également de fait sans que cela n’entraîne rien pour vous. Cependant, il existe un cas particulier :

Les personnes physiques exerçant l’activité mentionnée au 1° de l’article 1er, spécialement habilitées à cet effet et agréées par le préfet du département ou, à Paris, par le préfet de police dans les conditions prévues par décret en Conseil d’Etat, peuvent, en cas de circonstances particulières liées à l’existence de menaces graves pour la sécurité publique, procéder, avec le consentement exprès des personnes, à des palpations de sécurité. Dans ce cas, la palpation de sécurité doit être faite par une personne de même sexe que la personne qui en fait l’objet. Ces circonstances particulières sont constatées par un arrêté du préfet qui en fixe la durée et détermine les lieux ou catégories de lieux dans lesquels les contrôles peuvent être effectués. Cet arrêté est communiqué au procureur de la République.

Droit d’intervention :

Les droits des vigiles de magasins sont les mêmes que ceux de n’importe quel citoyen :


Article 73 du Code de Procédure Pénale : Dans les cas de crime flagrant ou de délit flagrant puni d’une peine d’emprisonnement, toute personne a qualité pour en appréhender l’auteur et le conduire devant l’officier de police judiciaire le plus proche ;

Les simples infractions (amendes) sont donc exclues de cet article.

Conséquence pour les fraudeurs de transports, si le contrôleur de métro-bus-tram … n’est pas accompagné par un policier il ne peut pas vous retenir car il s’agit d’une contravention et non d’un délit ou d’un crime, l’article 73 ne marche pas, le contrôleur qui vous retient entrave votre liberté d’aller et venir, la légitime défense est autorisée.

Egalement exclu de cet article : le fait d’être amené dans une autre pièce ou ramené dans le magasin/bâtiment si vous en êtes sorti : le vigile ne peut que vous retenir sur place en attendant la Police, ou vous mener directement à l’OPJ (Officier de Police Judiciaire) le plus proche.


Définition du flagrant délit :

Article 53 du Code de Procédure Pénale : Est qualifié crime ou délit flagrant le crime ou le délit qui se commet actuellement, ou qui vient de se commettre. Il y a aussi crime ou délit flagrant lorsque, dans un temps très voisin de l’action, la personne soupçonnée est poursuivie par la clameur publique, ou est trouvée en possession d’objets, ou présente des traces ou indices, laissant penser qu’elle a participé au crime ou au délit.

La notion « d’indice laissant à penser » étant floue, il est possible au vigile de jouer dessus, mais également à la personne appréhendée… pour le meilleur et pour le pire.

Quels sont mes droits ?

Le vigile m’a amené, ou demandé d’aller dans une autre pièce/endroit :

Article 224- 1 du Code Pénal : Le fait, sans ordre des autorités constituées et hors les cas prévus par la loi, d’arrêter, d’enlever, de détenir ou de séquestrer une personne, est puni de vingt ans de réclusion criminelle.

Restez toujours sur place, si possible sous l’œil de passants/témoins oculaires potentiels, parlez fort, faites un scandale et surtout n’acceptez jamais de le suivre dans un endroit sans témoins.

Le vigile m’a accusé de vol et/ou retenu jusqu’à l’arrivée de la Police alors que je n’avais rien fait :

Déjà, refusez la fouille matérielle/visuelle de votre bagage et attendez la Police Ensuite retournez vous contre le vigile en utilisant

Article 432-4 du Code Pénal : Le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, agissant dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions ou de sa mission, d’ordonner ou d’accomplir arbitrairement un acte attentatoire à la liberté individuelle est puni de sept ans d’emprisonnement et de 100000 euros d’amende.

La notion « d’arbitraire » ne jouera sans doute pas face à la présence « d’indice laissant à supposer que » vous aviez commis un délit (portillon sonore, tentative de fuite) mais on peut toujours en rajouter en baratinant, ça fait citoyen averti de ses droits et on inspire plus le respect.

Egalement : la loi sur la dénonciation calomnieuse :

Article 226- 10 du code Pénal : La dénonciation, effectuée par tout moyen et dirigée contre une personne déterminée, d’un fait qui est de nature à entraîner des sanctions judiciaires, administratives ou disciplinaires et que l’on sait totalement ou partiellement inexact, lorsqu’elle est adressée soit à un officier de justice ou de police administrative ou judiciaire, soit à une autorité ayant le pouvoir d’y donner suite ou de saisir l’autorité compétente, soit aux supérieurs hiérarchiques ou à l’employeur de la personne dénoncée, est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende. La fausseté du fait dénoncé résulte nécessairement de la décision, devenue définitive, d’acquittement, de relaxe ou de non-lieu, déclarant que le fait n’a pas été commis ou que celui-ci n’est pas imputable à la personne dénoncée. En tout autre cas, le tribunal saisi des poursuites contre le dénonciateur apprécie la pertinence des accusations portées par celui-ci.

Si le vigile n’a rien vu de ses propres yeux, ou s’il il s’agit juste d’un portillon automatique qui a sonné, vous pourrez jouer sur le « …que l’on sait totalement ou partiellement inexact… » mais, encore une fois, ça aura peu de chances d’aboutir bien loin. Baratinez toujours, les flics et les vigiles sont souvent très ignorants, ayez l’air d’en savoir beaucoup et d’être un relou prêt à pinailler sur tous les détails, on vous laissera peut- être tranquille.

Vous pouvez également essayer de saler la note avec une plainte pour diffamation s’il a sous-entendu que vous aviez volé ou vous a accusé verbalement sans preuve :


Article R621- 1 du Code Pénal : La diffamation non publique envers une personne est punie de l’amende prévue pour les contraventions de la 1re classe.

Mais également :

Article 16- 1 de la Loi n°83-629 du 12 juillet 1983 réglementant les activités privées de sécurité : Est injustifié tout appel des services de la police nationale ou de la gendarmerie nationale par les personnes physiques ou morales exerçant des activités de surveillance à distance des biens meubles ou immeubles qui entraîne l’intervention indue de ces services, faute d’avoir été précédé d’une levée de doute consistant en un ensemble de vérifications, par ces personnes physiques ou morales, de la matérialité et de la concordance des indices laissant présumer la commission d’un crime ou délit flagrant concernant les biens meubles ou immeubles.

Encore une fois, il s’agit d’indices, et non pas de preuves.

S’il vous insulte, vous pourrez alors utiliser :

Article 621-2 du Code Pénal : L’injure non publique envers une personne, lorsqu’elle n’a pas été précédée de provocation, est punie de l’amende prévue pour les contraventions de la 1re classe.

S’il se montre violent, même si vous n’en portez pas les marques :

Article R624- 1 du Code Pénal : Hors les cas prévus par les articles 222-13 et 222-14, les violences volontaires n’ayant entraîné aucune incapacité totale de travail sont punies de l’amende prévue pour les contraventions de la 4e classe.

Si vous voulez essayer de vous défendre ou que vous l’avez violenté :

Article 122- 5 du Code Pénal : N’est pas pénalement responsable la personne qui, devant une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, accomplit, dans le même temps, un acte commandé par la nécessité de la légitime défense d’elle-même ou d’autrui, sauf s’il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l’atteinte.

Il est TRES déconseillé de frapper un vigile, même si vous n’avez commis qu’une simple contravention (c’est à dire une infraction punie de moins d’un an de prison ou d’une simple amende, comme la fraude dans les transports) et où il n’a alors aucun droit de vous retenir, vous ne pouvez pas frapper un vigile.

Mais il peut également lui- même utiliser le second paragraphe de cet article :

N’est pas pénalement responsable la personne qui, pour interrompre l’exécution d’un crime ou d’un délit contre un bien, accomplit un acte de défense, autre qu’un homicide volontaire, lorsque cet acte est strictement nécessaire au but poursuivi dès lors que les moyens employés sont proportionnés à la gravité de l’infraction.

Encore une fois : les simples contraventions sont exclues de cet article.

S’agit- il de discrimination ?

Article 4 de la Loi n°83-629 du 12 juillet 1983 réglementant les activités privées de sécurité : Il est interdit aux personnes exerçant une activité mentionnée à l’article 1er ainsi qu’à leurs agents de s’immiscer, à quelque moment et sous quelque forme que ce soit, dans le déroulement d’un conflit du travail ou d’événements s’y rapportant. Il leur est également interdit de se livrer à une surveillance relative aux opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou aux appartenances syndicales des personnes.

Vous avez volé et le vigile veut « passer un marché avec vous » en vous faisant payer la marchandise ?

Au cas où :


Article 312-1 du Code Pénal : L’extorsion est le fait d’obtenir par violence, menace de violences ou contrainte soit une signature, un engagement ou une renonciation, soit la révélation d’un secret, soit la remise de fonds, de valeurs ou d’un bien quelconque. L’extorsion est punie de sept ans d’emprisonnement et de 100000 euros d’amende.

Pour information :

Article 311-3 du Code Pénal : Le vol est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende.

Le vigile qui vous extorque se rend donc coupable d’un crime plus grave qu’un vol : l’extorsion, sans compter le fait qu’il manque à son devoir professionnel et « citoyen » en n’appelant pas la Police comme il devrait le faire.

Le vigile qui vous extorque est armé ?

Article 312-5 du Code Pénal : L’extorsion est punie de trente ans de réclusion criminelle et de 150000 euros d’amende lorsqu’elle est commise soit avec usage ou menace d’une arme, soit par une personne porteuse d’une arme soumise à autorisation ou dont le port est prohibé.

Ils sont plusieurs ?

Article 312-6 du Code Pénal : L’extorsion en bande organisée est punie de vingt ans de réclusion criminelle et de 150000 euros d’amende.

Article 312-9 du Code Pénal : La tentative des délits prévus par la présente section est punie des mêmes peines. Encore une fois, ça ne sont que des articles de loi, qui serviront au mieux à vous donner un peu de baratin et de tchatche pour bluffer, faire croire que vous êtes rodés en droit, il n’est pas garantit que ça vous servira de solution miracle.

http://www.fichier-pdf.fr/2011/12/08/la-sulfateuse-n-10/la-sulfateuse-n-10.pdf

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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 13:20

1-police-officers-clash-with-protesters-during-demonstratio.jpgUn article sur le développement du sécuritaire en Angleterre. Ou quand la gestion policière devient le principal outil de controle social...

 

Tout se déroule en quelques secondes. Quand le jeune homme franchit le portillon du métro, le chien renifleur, tenu en laisse à proximité par une policière, se précipite, repérant l’odeur de drogue. Deux officiers en civil, méconnaissables au milieu de la foule, avec leurs jeans et pulls, interviennent immédiatement, attrapant l’individu par les bras. Quelques instants plus tard, celui-ci est envoyé vers le fourgon de police, tellement surpris qu’il n’oppose aucune résistance. 

Toute la soirée du vendredi 24 février, à la sortie des métros autour de Shoreditch, dans l’est de Londres, un quartier réputé pour ses bars et boîtes de nuit, de jeunes britanniques sont tombés dans le piège de la même manière. Vers minuit, 110 personnes avaient été interpellées, et 11 arrêtées, essentiellement pour possession de drogue de « classe A » (héroïne, cocaïne, LSD…).

L’opération « Fallon » était en marche, fer de lance des méthodes policières de Bernard Hogan-Howe. Le nouveau patron de Scotland Yard a pris ses fonctions en septembre et multiplie les opérations coup-de-poing. Sa doctrine : « la police totale », une idée proche de la tolérance zéro inventée à New York par le superflic américain Bill Bratton, lui-même conseiller du gouvernement britannique depuis l’été 2011.

Suivant cette logique, une à deux fois par mois, la police de Londres met toutes ses forces dans la lutte contre un crime spécifique, mobilisant jusqu’à 5 000 hommes en même temps. Selon M. Hogan-Howe, au physique aussi sec et dur que sa doctrine, mieux vaut intervenir de façon spectaculaire plutôt que de diluer l’effort : cela marque les esprits et a un effet dissuasif.

C’est ainsi qu’il s’en est pris aux bars et boîtes de nuit qui vendent de l’alcool sans licence, aux voitures sans assurance, et a mené une « purge » contre les cambrioleurs juste avant Noël. Le tout avec un goût prononcé pour les interventions spectaculaires. « Cela doit être très visible : nous faisons autant de publicité que possible », explique le commandant Stephen Watson, chargé de ces grandes opérations.

FOUILLE CORPORELLE COMPLÈTE

L’opération Fallon, vendredi soir, ne dérogeait pas à la règle. Les personnes interpellées n’étaient pas conduites au commissariat mais dans une immense tente de 25 mètres de long, installée pour la nuit dans une rue à proximité des bars. A l’intérieur, elles passaient chacune dans une cellule à l’abri des regards, pour une fouille corporelle complète.

En même temps, dans une rue voisine, une autre patrouille, gyrophare allumé et radar repérant les plaques d’immatriculation, détecte les voitures listées sur des fichiers de suspects. Quand deux voitures de sport flambant neuves, moteurs rugissants, sont arrêtées, cinq jeunes en descendent : non assurés, ils rentrent à pied… Dans ces opérations coup-de-poing, Scotland Yard vise à chaque fois un problème plus général.

« Dans 80 % des cas, les voitures sans assurance sont conduites par des gens qui ont un casier judiciaire », explique M. Watson. De même, la drogue est souvent liée à d’autres délits – pour les dealers – tandis que les consommateurs sont plus souvent victimes de vols et d’agressions. Est-ce efficace ? A très court terme, les chiffres sont éloquents, avec une réduction de moitié des crimes pendant la nuit de l’intervention. Mais à long terme, ce n’est pour l’instant pas prouvé.

M. Hogan-Howe met en avant son succès à Liverpool, où il a dirigé la police de 2005 à 2009, et où les statistiques des crimes et délits ont fortement baissé. Mais Londres est une ville beaucoup plus grande et il est difficile de s’y concentrer quartier par quartier, comme il l’avait fait dans le nord de l’Angleterre. Le superflic de la capitale britannique doit encore faire ses preuves.

Eric Albert, le Monde

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 12:13
howlong-copie-1.jpgVoici un excellent article sur l'implication des libertaires et anarchistes dans les luttes anti impérialistes. Une position qui n'a pas toujours coulé de source comme le montre les positions de la Fédération Anarchiste lors de la Guerre d'Algérie. On pourra regretter que l'article n'aborde ni la Guerre d'Algérie, ni les actions de la FCL(Fédération Communiste Libertaire), detruite par la répression au cours de celle-ci...

La tradition de lutte contre l’impérialisme est ancienne parmi les anarchistes, elle remonte à l’aube du mouvement, dans les années 1860-1870, et se poursuit aujourd’hui encore. De Cuba à l’Égypte, à l’Irlande, de la Macédoine à la Corée, à l’Algérie et au Maroc, le mouvement anarchiste a payé de son sang son opposition à la domination et au contrôle colonial et impérialiste.

Des anar­chis­tes ont par­ti­cipé à des luttes de libé­ra­tion natio­nale, mais ils ont tou­jours affirmé que la des­truc­tion de l’oppres­sion natio­nale et de l’impé­ria­lisme doit inclure la des­truc­tion du capi­ta­lisme et du sys­tème étatique et mener à la créa­tion d’une com­mu­nauté humaine sur des bases com­mu­nis­tes ou col­lec­ti­vis­tes. Solidaires de toutes les luttes anti-impé­ria­lis­tes, les anar­chis­tes s’effor­cent d’en faire des luttes de libé­ra­tion sociale plutôt que natio­nale. Des socié­tés anti­ca­pi­ta­lis­tes et anti-impé­ria­lis­tes qui se fon­dent sur l’inter­na­tio­na­lisme et non sur un chau­vi­nisme étroit, où les luttes au centre des Empires soient liées étroitement aux luttes des régions colo­ni­sées ou oppri­mées, et où elles soient contrô­lées par les ouvriers et les pay­sans et reflè­tent leurs inté­rêts de classe.

En d’autres termes, nous sommes soli­dai­res des mou­ve­ments anti-impé­ria­lis­tes mais nous condam­nons ceux qui veu­lent ins­tru­men­ta­li­ser ces mou­ve­ments pour pro­pa­ger des valeurs réac­tion­nai­res (tout comme ceux qui s’oppo­sent à la lutte des femmes pour leurs droits au nom d’une pré­ten­due culture) et nous nous bat­tons contre toute ten­ta­tive de capi­ta­lis­tes ou de petits bour­geois locaux pour s’appro­prier ces mou­ve­ments. Nous dénon­çons la répres­sion des mou­ve­ments anti-impé­ria­lis­tes par les États, mais nous dénon­çons tout autant le droit des États de déci­der quel­les pro­tes­ta­tions et quel­les luttes sont légi­ti­mes. Il n’y a pas de libé­ra­tion si seuls chan­gent le lan­gage ou la cou­leur de la classe domi­nante.

Contre le natio­na­lisme

Voilà en quoi nous nous dis­tin­guons du cou­rant poli­ti­que qui domine les mou­ve­ments de libé­ra­tion natio­nale depuis la Deuxième Guerre mon­diale, l’idéo­lo­gie du natio­na­lisme.

Selon cette idéo­lo­gie, la tâche essen­tielle de la lutte anti-impé­ria­liste consiste à créer des États-nations indé­pen­dants : c’est par l’État que la nation en tant que telle pourra exer­cer sa volonté géné­rale. Kwame N’krumah, le fer de lance de l’indé­pen­dance du Ghana, disait : « « Recherchez pre­miè­re­ment le royaume poli­ti­que » est devenu le prin­ci­pal slogan du Convention People’s Party, car sans l’indé­pen­dance poli­ti­que, aucun de nos pro­jets de déve­lop­pe­ment social et économique ne pour­rait être appli­qué. » [1]

Pour attein­dre cet objec­tif, les natio­na­lis­tes pré­ten­dent qu’il faut unir toutes les clas­ses au sein de la nation oppri­mée contre l’oppres­seur impé­ria­liste. Ils affir­ment que l’expé­rience com­mune de l’oppres­sion natio­nale rend secondai­res les dif­fé­ren­ces de clas­ses, ou encore que la notion de classe est un concept importé qui ne s’appli­que pas dans leur cas.

Les inté­rêts de classe dis­si­mu­lés der­rière l’idéo­lo­gie natio­na­liste sont évidents. Historiquement, ce sont la bour­geoi­sie et la classe moyenne des nations oppri­mées qui ont inventé et pro­pagé le natio­na­lisme. C’est une forme d’anti-impé­ria­lisme qui sou­haite se défaire de l’impé­ria­lisme mais conser­ver le capi­ta­lisme, un anti-impé­ria­lisme bour­geois qui veut donner à la bour­geoi­sie locale une nou­velle place, la pos­si­bi­lité d’exploi­ter la classe ouvrière locale et de déve­lop­per un capi­ta­lisme local.

Notre rôle d’anar­chis­tes face aux natio­na­lis­tes est donc clair : nous pou­vons lutter à leurs côtés pour des réfor­mes et des vic­toi­res par­tiel­les contre l’impé­ria­lisme, mais nous lut­tons contre leur idéo­lo­gie étatiste et capi­ta­liste. Nous avons pour rôle de gagner le sou­tien des masses à notre cri­ti­que de toute domi­na­tion, d’éloigner les ouvriers et les pay­sans du natio­na­lisme et de les gagner à notre pro­gramme anar­chiste et inter­na­tio­na­liste de classe.

Bakounine et la Première Internationale

Le sou­tien aux mou­ve­ments de libé­ra­tion pro­cède direc­te­ment de l’oppo­si­tion des anar­chis­tes à toute struc­ture poli­ti­que hié­rar­chi­que et aux iné­ga­li­tés économiques, et de leur projet de confé­dé­ra­tion inter­na­tio­nale libre­ment cons­ti­tuée de com­mu­nes auto­no­mes et d’asso­cia­tions libres de pro­duc­teurs libres. Mais l’anar­chisme rejette néces­sai­re­ment les solu­tions étatiques à l’oppres­sion natio­nale.

Si on peut dési­gner un fon­da­teur de l’anar­chisme, c’est bien Michel Bakounine (1818-1876). Sa théo­rie poli­ti­que prend son ori­gine dans les mou­ve­ments de libé­ra­tion natio­nale des peu­ples slaves, et toute sa vie il milita pour ce qu’on appelle aujourd’hui la déco­lo­ni­sa­tion. Lorsqu’il évolua du natio­na­lisme pan­slave à l’anar­chisme, dans les années 1860-1870, suite au désas­tre de l’insur­rec­tion polo­naise de 1863, il conti­nua à mili­ter en faveur des luttes pour l’auto­dé­ter­mi­na­tion des peu­ples.

Bakounine ne pen­sait pas que l’Europe impé­ria­liste « puisse main­te­nir dans l’asser­vis­se­ment » les pays colo­ni­sés : « L’Orient, ces huit cents mil­lions d’hommes endor­mis et asser­vis qui cons­ti­tuent les deux tiers de l’huma­nité, sera bien forcé de se réveiller et de se mettre en mou­ve­ment. » Il pro­clame « hau­te­ment ses sym­pa­thies pour toute insur­rec­tion natio­nale contre toute oppres­sion » : chaque peuple « a le droit d’être lui-même et per­sonne n’a celui de lui impo­ser son cos­tume, ses cou­tu­mes, ses opi­nions et ses lois ». Pour lui, la libé­ra­tion doit s’accom­plir « dans l’inté­rêt tant poli­ti­que qu’économique des masses popu­lai­res » : si la lutte anti­co­lo­nia­liste se mène « avec l’inten­tion ambi­tieuse de fonder un puis­sant État » ou si elle se fait « en dehors du peuple et ne pou­vant, par consé­quent, triom­pher sans s’appuyer sur une classe pri­vi­lé­giée », elle sera for­cé­ment « un mou­ve­ment rétro­grade, funeste, contre-révo­lu­tion­naire ». [2]

« Toute révo­lu­tion exclu­si­ve­ment poli­ti­que, soit natio­nale et diri­gée exclu­si­ve­ment contre la domi­na­tion de l’étranger, soit cons­ti­tu­tion­nelle inté­rieure, lors même qu’elle aurait la répu­bli­que pour but ; n’ayant point pour objet prin­ci­pal l’émancipation immé­diate et réelle, poli­ti­que et économique du peuple, serait une révo­lu­tion illu­soire, men­son­gère, impos­si­ble, funeste, rétro­grade et contre-révo­lu­tion­naire. » [3] Si la libé­ra­tion natio­nale est enten­due comme autre chose que le simple rem­pla­ce­ment des oppres­seurs étrangers par des oppres­seurs locaux, le mou­ve­ment de libé­ra­tion doit donc fusion­ner avec le combat révo­lu­tion­naire de la classe ouvrière et de la pay­san­ne­rie contre le capi­ta­lisme et l’État. Sans objec­tifs révo­lu­tion­nai­res sociaux, la libé­ra­tion natio­nale ne sera qu’une révo­lu­tion bour­geoise.

L’Europe de l’est

La lutte de libé­ra­tion natio­nale des ouvriers et des pay­sans doit être réso­lu­ment antié­ta­ti­que, car l’État est for­cé­ment la chasse gardée d’une classe pri­vi­lé­giée et le sys­tème étatique ne ferait que recréer l’oppres­sion natio­nale : « Tout État qui veut être un État réel, sou­ve­rain, indé­pen­dant, doit être néces­sai­re­ment un État conqué­rant obligé de tenir en sujé­tion par la vio­lence beau­coup de mil­lions d’indi­vi­dus d’une nation étrangère. »

Cette lutte doit aussi revê­tir un carac­tère inter­na­tio­na­liste, rem­pla­çant l’obses­sion de la dif­fé­rence cultu­relle par l’idéal uni­ver­sel de la liberté humaine ; elle par­ti­cipe de la lutte des clas­ses inter­na­tio­nale pour « l’émancipation totale et défi­ni­tive du pro­lé­ta­riat de l’exploi­ta­tion économique et du joug de l’État » et des clas­ses qu’il repré­sente. « La révo­lu­tion sociale par nature est inter­na­tio­nale » et les peu­ples « qui aspi­rent à leur liberté doi­vent, au nom de celle-ci, lier leurs aspi­ra­tions et l’orga­ni­sa­tion de leurs forces natio­na­les aux aspi­ra­tions et à l’orga­ni­sa­tion des forces natio­na­les de tous les autres pays. » La voie « exclu­si­ve­ment étatique » est « fatale pour les masses popu­lai­res », alors que l’Association inter­na­tio­nale des tra­vailleurs « libère chacun de nous de la patrie et de l’État. Le temps vien­dra où sur les ruines des États poli­ti­ques sera fondée en toute liberté l’alliance libre et fra­ter­nelle, orga­ni­sée de bas en haut, des asso­cia­tions libres de pro­duc­tion, des com­mu­nes et des fédé­ra­tions régio­na­les englo­bant sans dis­tinc­tion, parce que libre­ment, les indi­vi­dus de toute langue et de toute natio­na­lité ». [4]

Ces idées ont été mises en pra­ti­que en Europe de l’est depuis les années 1870 : on rap­pel­lera le rôle actif joué par les anar­chis­tes dans les sou­lè­ve­ments de Bosnie-Herzégovine de 1873, contre l’impé­ria­lisme austro-hon­grois, ou dans le Mouvement natio­nal-révo­lu­tion­naire de Macédoine contre l’empire otto­man. Dans cette région-là, des dizai­nes de per­son­nes payè­rent leur mili­tan­tisme de leur vie, en par­ti­cu­lier lors de la grande révolte de 1903.

Quinze ans plus tard, la tra­di­tion anti-impé­ria­liste anar­chiste repre­nait en Ukraine, où le mou­ve­ment makh­no­viste orga­nisa une révolte pay­sanne gigan­tes­que qui chassa l’occu­pant alle­mand, tint en res­pect les armées rouges et blan­ches qui vou­laient enva­hir le pays, tout en redis­tri­buant les terres, en établissant dans cer­tai­nes régions l’auto­ges­tion ouvrière et pay­sanne et en créant une armée révo­lu­tion­naire insur­rec­tion­nelle contrô­lée par les pay­sans et les ouvriers. [5]

Égypte et Algérie

Dans les années 1870, des anar­chis­tes ita­liens com­men­cè­rent à orga­ni­ser des grou­pes en Égypte et y publiè­rent des jour­naux ; un groupe anar­chiste égyptien était repré­senté au congrès de 1877 de l’AIT antiau­to­ri­taire. Errico Malatesta repré­sen­tait une Fédération égyptienne (avec des grou­pes à Constantinople et à Alexandrie) au Congrès socia­liste révo­lu­tion­naire inter­na­tio­nal de 1881 à Londres. Malatesta, qui vécut en exil en Égypte, y prit part à la révolte d’Arabi Pacha de 1882, sus­ci­tée par la main­mise sur les finan­ces égyptienne par une com­mis­sion franco-anglaise repré­sen­tant les créan­ciers inter­na­tio­naux du pays. Il vou­lait y pour­sui­vre un projet révo­lu­tion­naire lié à la révolte des indi­gè­nes et lutta avec les Égyptiens contre les colo­nia­lis­tes bri­tan­ni­ques. [6]

En Algérie, le mou­ve­ment anar­chiste com­mença à pren­dre pied au début du XXe siècle, avec la cons­ti­tu­tion d’un sec­tion de la Confédération géné­rale du tra­vail. Mais c’est sur­tout dans les années 1930 que la CGT-SR (socia­liste révo­lu­tion­naire) s’opposa acti­ve­ment, tant en France qu’en Algérie, au colo­nia­lisme fran­çais. Lors du cen­te­naire de l’occu­pa­tion fran­çais en Algérie, en 1930, une décla­ra­tion com­mune de l’Union anar­chiste, de la CGT-SR et de l’Association des fédé­ra­lis­tes anar­chis­tes dénon­çait « le colo­nia­lisme assas­sin, la mas­ca­rade san­glante » : « La civi­li­sa­tion ? Progrès ? Nous disons, nous : assas­si­nat ! » [7]

Saïl Mohamed (1894-1953), un Algérien mili­tant dans le mou­ve­ment anar­chiste depuis sa jeu­nesse, fut un membre actif de la sec­tion algé­rienne de la CGT-SR ainsi que de l’Union anar­chiste et du Groupe anar­chiste des indi­gè­nes algé­riens, dont il fut un des fon­da­teurs. En 1929, il était secré­taire du Comité de défense des Algériens contre les pro­vo­ca­tions du Centenaire. Il rédi­geait l’édition nord-afri­caine du pério­di­que de l’Alliance libre des anar­chis­tes du Midi, Terre Libre, et écrivit régu­liè­re­ment sur la ques­tion algé­rienne dans la presse anar­chiste. [8]

Maroc, Espagne

Avant la Première Guerre mon­diale, l’oppo­si­tion à l’impé­ria­lisme était au cÏur des cam­pa­gnes anti­mi­li­ta­ris­tes anar­chis­tes en Europe, qui sou­li­gnaient que les guer­res colo­nia­les ne ser­vaient pas les inté­rêts des tra­vailleurs, mais bien les objec­tifs du capi­ta­lisme.

La CGT fran­çaise dénon­çait par exem­ple dans sa presse le rôle des colons capi­ta­lis­tes fran­çais en Afrique du Nord. Le pre­mier numéro de la Bataille Syndicaliste, publié le 27 avril 1911, citait le « Syndicat maro­cain », ces « hommes de l’ombre » qui dic­taient leur loi aux minis­tres et aux diplo­ma­tes et atten­daient qu’une guerre gonfle la demande d’armes, de terres et de che­mins de fer et per­mette d’intro­duire une taxe sur les indi­gè­nes. [9]

En Espagne, la « Semaine tra­gi­que » débuta le lundi 26 juillet 1909 lors­que le syn­di­cat Solidaridad Obrera, dirigé par un comité com­posé d’anar­chis­tes et de socia­lis­tes, appela à la grève géné­rale contre le rappel de réser­vis­tes, ouvriers pour la plu­part, pour la guerre colo­niale au Maroc. Le mardi, les ouvriers contrô­laient Barcelone, la « fière rose de l’anar­chisme », les convois mili­tai­res étaient stop­pés, les trams ren­ver­sés, les com­mu­ni­ca­tions cou­pées, les rues cou­pées par des bar­ri­ca­des. Le jeudi, les com­bats éclataient contre les forces gou­ver­ne­men­ta­les et plus de 150 ouvriers furent tués lors de com­bats de rue.

Les réser­vis­tes étaient rendus amers par les cam­pa­gnes colo­nia­les désas­treu­ses qui s’étaient dérou­lées peu avant aux Philippines et à Porto Rico. Mais la Semaine tra­gi­que doit être com­prise comme une insur­rec­tion anti-impé­ria­liste qui se situe dans la longue tra­di­tion de l’anti-impé­ria­lisme anar­chiste en Espagne. Le « refus des réser­vis­tes cata­lans de servir dans une guerre contre les mon­ta­gnards du Rif maro­cain », « un des événements les plus impor­tants » des temps moder­nes, reflète le sen­ti­ment géné­ral que la guerre était menée dans le seul inté­rêt des pro­prié­tai­res des mines du Rif et que la cons­crip­tion était « un acte déli­béré de guerre de classe et d’exploi­ta­tion par la puis­sance cen­trale ».

En 1911, la nais­sance de la Confederación Nacional del Trabajo (CNT, qui suc­cé­dait à Solidaridad Obrera) fut mar­quée par une grève géné­rale le 16 sep­tem­bre, en sou­tien avec les gré­vis­tes de Bilbao, et l’oppo­si­tion à la guerre au Maroc. En 1922, après une bataille désas­treuse en août contre les trou­pes d’Abd el-Krim, lors de laquelle au moins 10 000 sol­dats espa­gnols tom­bè­rent, « le peuple espa­gnol laissa explo­ser sont indi­gna­tion, exi­geant non seu­le­ment la fin la guerre, mais aussi le juge­ment sévère des res­pon­sa­bles du mas­sa­cre et des poli­ti­ciens favo­ra­bles aux opé­ra­tions en Afrique ». Leur colère prit la forme d’émeutes et de grèves dans les régions indus­triel­les. [10]

Cuba

Au cours de la guerre colo­niale à Cuba (1895-1904), les anar­chis­tes cubains et leurs syn­di­cats entrè­rent dans les forces armées sépa­ra­tis­tes et firent de la pro­pa­gande auprès des trou­pes espa­gno­les. Pour leur part, les anar­chis­tes espa­gnols fai­saient cam­pa­gne contre la guerre à Cuba auprès des pay­sans, des ouvriers et des sol­dats en Espagne. Tous les anar­chis­tes espa­gnols désap­prou­vaient la guerre et appe­lè­rent les ouvriers à déso­béir aux auto­ri­tés mili­tai­res et à refu­ser d’aller se battre à Cuba ; les muti­ne­ries parmi les recrues furent nom­breu­ses. Les anar­chis­tes cher­chè­rent aussi, dans leur oppo­si­tion au natio­na­lisme bour­geois, à donner un carac­tère de révo­lu­tion sociale à la révolte colo­niale. Lors de son congrès de 1892, l’Alliance ouvrière cubaine recom­manda aux ouvriers cubains de rejoin­dre les rangs du socia­lisme révo­lu­tion­naire, et de pren­dre le chemin de l’indé­pen­dance : « il serait absurde que ceux qui aspi­rent à la liberté indi­vi­duelle s’oppo­sent à la liberté col­lec­tive du peuple, même si la liberté à laquelle ce peuple aspire est la liberté rela­tive qui consiste à s’émanciper de la tutelle d’un autre peuple ». [11]

Lorsque l’anar­chiste Michele Angiolillo assas­sina le pré­si­dent espa­gnol Canovas en 1897, il déclara avoir agi tant pour venger la répres­sion contre les anar­chis­tes en Espagne que pour répli­quer aux atro­ci­tés com­mi­ses par l’Espagne dans les guer­res colo­nia­les.

Le mou­ve­ment ouvrier cubain, où les anar­chis­tes tenaient les devants, ne se borna pas à s’oppo­ser à la domi­na­tion colo­niale mais il joua un rôle impor­tant pour sur­mon­ter les divi­sions entre Cubains noirs, blancs, et ouvriers immi­grés. Les anar­chis­tes cubains « réus­si­rent à incor­po­rer au mou­ve­ment ouvrier un grand nombre de gens de cou­leur, et à mêler Cubains et EspagnolsÉ fai­sant ainsi avan­cer la cons­cience de classe et contri­buant à éradiquer les cli­va­ges de races ou d’eth­nies parmi les ouvriers ».

L’Alliance ouvrière par­vint à « éroder les bar­riè­res racia­les comme aucun syn­di­cat ne l’avait fait aupa­ra­vant », à mobi­li­ser « toutes les masses popu­lai­res dans le sou­tien aux grèves et aux mani­fes­ta­tions ». Non seu­le­ment les Noirs furent nom­breux à entrer dans l’orga­ni­sa­tion, mais celle-ci lutta aussi contre les dis­cri­mi­na­tions racia­les au tra­vail. La pre­mière grève, en 1889, récla­mait par exem­ple que « les per­son­nes de cou­leur puis­sent tra­vailler ici ». Cette reven­di­ca­tion réap­pa­rut les années sui­van­tes, de même que celle récla­mant que Noirs et Blancs aient le droit « d’être assis dans les mêmes cafés », expri­mée lors de la mani­fes­ta­tion du Premier Mai 1890 à la Havane.

Le jour­nal anar­chiste El Productor, fondé en 1887, dénon­çait « la dis­cri­mi­na­tion exer­cée contre les Afro-Cubains par les employeurs, les com­mer­çants et toute l’admi­nis­tra­tion ». Par leurs cam­pa­gnes et les grèves, les ouvriers anar­chis­tes cubains par­vin­rent à éliminer « la plu­part des métho­des dis­ci­pli­nai­res héri­tées de l’escla­vage », comme « la dis­cri­mi­na­tion raciale contre les non Blancs et le châ­ti­ment cor­po­rel des appren­tis et des depen­dien­tes ». [12]

Mexique, Nicaragua

Au Mexique, les sou­lè­ve­ments pay­sans indiens comme la révolte de Chavez Lopez en 1869 et celle de Francisco Zalacosta dans la décen­nie sui­vante furent d’ins­pi­ra­tion anar­chiste. Par la suite, les anar­chis­tes s’expri­mè­rent dans diver­ses orga­ni­sa­tions, le Parti libé­ral mexi­cain des frères Magón, la Casa del Obrero Mundial syn­di­ca­liste révo­lu­tion­naire, la sec­tion mexi­caine des Industrial Workers of the World (IWW). L’anar­chisme et le syn­di­ca­lisme révo­lu­tion­naire mexi­cains ne ces­sè­rent de résis­ter à la domi­na­tion poli­ti­que et économique des États-Unis et de s’oppo­ser à toute dis­cri­mi­na­tion raciale à l’égard des ouvriers mexi­cains d’entre­pri­ses étrangères, comme aux États-Unis. [13]

Depuis 1910, les IWW se concen­trè­rent sur des luttes maté­riel­les qu’ils com­bi­naient avec la pers­pec­tive du contrôle ouvrier ; les tra­vailleurs furent nom­breux à les suivre, aban­don­nant l’idée d’une révo­lu­tion natio­nale récla­mant la reprise par la nation du contrôle étranger sur les res­sour­ces natu­rel­les, la pro­duc­tion et les infra­struc­tu­res.

Au Nicaragua, Augustino Cesar Sandino (1895-1934), leader de la gué­rilla nica­ra­guayenne contre l’occu­pa­tion états-unienne de 1927 à 33, reste un mythe natio­nal. Le dra­peau noir et rouge de l’armée de Sandino « avait une ori­gine anar­cho-syn­di­ca­liste, car il avait été intro­duit au Mexique par des immi­grants espa­gnols ».

La poli­ti­que éclectique de Sandino était tein­tée d’anar­cho-com­mu­nisme, « assi­milé au Mexique au cours de la révo­lu­tion mexi­caine » où il fit ses clas­ses en syn­di­ca­lisme révo­lu­tion­naire. [14]

Malgré ses fai­bles­ses, le mou­ve­ment san­di­niste fut de plus en plus marqué à gauche, au fur et à mesure que Sandino réa­li­sait que « seuls les ouvriers et les pay­sans iront jusqu’au bout » du combat. Des coo­pé­ra­ti­ves pay­san­nes furent orga­ni­sées dans les ter­ri­toi­res libé­rés. Les forces amé­ri­cai­nes durent se reti­rer en 1933, et les sol­dats révo­lu­tion­nai­res furent peu à peu démo­bi­li­sés. Sandino fut assas­siné en 1934 et les col­lec­ti­vi­tés détrui­tes sur ordre du géné­ral Somoza, le nou­veau chef de gou­ver­ne­ment pro-amé­ri­cain.

Libye, Erythrée

Dans les années 1880 et 1890, « anar­chis­tes et ex-anar­chis­tesÉ furent parmi les oppo­sants les plus décla­rés contre les aven­tu­res mili­tai­res de l’Italie en Erythrée et en Abyssinie ». Le mou­ve­ment anar­chiste ita­lien pour­sui­vit cette lutte avec de gran­des cam­pa­gnes anti­mi­li­ta­ris­tes au début du XXe siècle, qui culmi­nè­rent lors de l’inva­sion ita­lienne en Libye le 19 sep­tem­bre 1911.

Augusto Masetti, un soldat anar­chiste qui tira sur un colo­nel s’adres­sant à ses trou­pes en par­tance pour la Libye, en criant : « A bas la guerre, vive l’anar­chie ! », devint le sym­bole de ces cam­pa­gnes. Le jour­nal L’Agitatore publia un numéro spé­cial en sa faveur, qui pro­cla­mait : « La révolte anar­chiste éclate dans la vio­lence de la guerre. » Cela pro­vo­qua des arres­ta­tions en masse. Dans leur majo­rité, les dépu­tés socia­lis­tes votè­rent en faveur de l’annexion, tandis que les anar­chis­tes orga­ni­saient des mani­fes­ta­tions contre la guerre et une grève géné­rale par­tielle, et essayaient de blo­quer les trains emme­nant les sol­dats des Marches et de Ligurie vers les ports.

La cam­pa­gne eut un énorme écho auprès des pay­sans et des ouvriers et en 1914 la coa­li­tion anti­mi­li­ta­riste, diri­gée par les anar­chis­tes mais ouverte à tous les révo­lu­tion­nai­res, comp­tait 20 000 mem­bres et tra­vaillait en étroite col­la­bo­ra­tion avec la Jeunesse socia­liste.

Lorsque le Premier minis­tre Antonio Salandra envoya ses trou­pes répri­mer les mani­fes­ta­tions lar­ge­ment anar­chis­tes contre le mili­ta­risme, contre les bataillons puni­tifs et pour la libé­ra­tion de Masetti, le 7 juin 1914, cette mesure marqua le déclen­che­ment de la Semaine Rouge de 1914, un sou­lè­ve­ment de masse qui sui­vait la grève géné­rale lancée par l’Unione sin­da­cale ita­liane (USI) anar­cho-syn­di­ca­liste. Ancona fut tenue pen­dant dix jours par les rebel­les, des bar­ri­ca­des furent érigées dans toutes les gran­des villes, de peti­tes villes des Marches décla­rè­rent leur auto­no­mie, et par­tout où pas­sait la révolte « les dra­peaux rouges étaient levés, les églises atta­quées, les voies de chemin de fer arra­chées, les villas mises à sac, les impôts abolis et les prix abais­sés ». Le mou­ve­ment s’éteignit quand les syn­di­cats socia­lis­tes appe­lè­rent à la fin de la grève, mais il fallut dix mille hommes de troupe pour repren­dre le contrôle d’Ancona. Après l’entrée en guerre de l’Italie, en mai 1915, l’USI et les grou­pes anar­chis­tes conti­nuè­rent de s’oppo­ser à la guerre et à l’impé­ria­lisme ; en 1920, ils lan­cè­rent une vaste cam­pa­gne contre l’inva­sion de l’Albanie par l’Italie et l’inter­ven­tion impé­ria­liste contre la Révolution russe. [15]

L’Irlande et James Connolly

En Irlande, pour pren­dre un autre exem­ple, les syn­di­ca­lis­tes révo­lu­tion­nai­res James Connolly et Jim Larkin s’effor­cè­rent dans les années 1910 de réu­ni­fier les tra­vailleurs par delà les divi­sions reli­gieu­ses sec­tai­res et de trans­for­mer le grand syn­di­cat qu’ils diri­geaient, Irish Transport and General Workers’ Union, en une orga­ni­sa­tion syn­di­ca­liste révo­lu­tion­naire, One Big Union. [16] Selon eux, le socia­lisme serait amené par la grève géné­rale révo­lu­tion­naire : « Ceux qui met­tent en place des orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les pour répon­dre aux besoins actuels pré­pa­rent en même temps la société de l’ave­nirÉ le prin­cipe du contrôle démo­cra­ti­que fonc­tion­nera grâce aux ouvriers orga­ni­sés dans des fédé­ra­tions d’indus­trieÉ et l’État poli­ti­que et ter­ri­to­rial du capi­ta­lisme n’aura plus ni place ni fonc­tion ». [17]

Connolly, en anti-impé­ria­liste cohé­rent, s’oppo­sait à la ligne natio­na­liste selon laquelle « les tra­vailleurs doi­vent atten­dre » et l’Irlande indé­pen­dante être capi­ta­liste. Quelle dif­fé­rence, écrivait-il, si les chô­meurs étaient réunis au son de l’hymne natio­nal irlan­dais, que les huis­siers por­tent un uni­forme vert frappé de la harpe cel­ti­que au lieu de la cou­ronne d’Angleterre, et que les man­dats d’arrêt soient aux armes de la République d’Irlande ? En fait, « la ques­tion irlan­daise est une ques­tion sociale, et toute la longue lutte des Irlandais contre leurs oppres­seurs se résout en der­nière ana­lyse en une lutte pour la maî­trise des moyens de pro­duc­tion et de vie en Irlande ». [18]

Connolly ne se fiait pas aux capa­ci­tés de la bour­geoi­sie natio­nale de lutter vrai­ment contre l’impé­ria­lisme, car il la consi­dé­rait comme un bloc sen­ti­men­tal, lâche et anti-ouvrier, et il s’oppo­sait à toute alliance avec la classe moyenne naguère radi­cale qui « s’est age­nouillée devant Baal et que des mil­liers de liens économiques lient au capi­ta­lisme anglais, tandis que seuls des liens sen­ti­men­taux ou his­to­ri­ques en font des patrio­tes irlan­dais », de sorte que « seule la classe ouvrière irlan­daise est l’héri­tière incor­rup­ti­ble des luttes pour la liberté en Irlande ». Connolly fut exé­cuté en 1916, après avoir tenté un sou­lè­ve­ment qui échoua mais qui fut le véri­ta­ble déclen­cheur de la guerre d’indé­pen­dance de l’Irlande de 1919-1922, une des pre­miè­res séces­sions de l’Empire bri­tan­ni­que à avoir réussi.

Une révo­lu­tion anar­chiste en Corée

Un der­nier exem­ple. En Asie orien­tale, le mou­ve­ment anar­chiste appa­raît au début du XXe siècle et exerce une cer­taine influence en Chine, au Japon et en Corée. Lorsque le Japon annexe la Corée en 1910, des oppo­si­tions se font jour dans les deux pays et jusqu’en Chine. L’exé­cu­tion de Kotoku Shusui et de ses com­pa­gnons au Japon, en juillet 1910, fut notam­ment jus­ti­fiée par la cam­pa­gne qu’ils menaient contre l’expan­sion­nisme japo­nais. [19]

Pour les anar­chis­tes coréens, la lutte contre le colo­nia­lisme a été une acti­vité cen­trale : ils jouè­rent un rôle clef dans le sou­lè­ve­ment de 1919 contre l’occu­pa­tion japo­naise, et for­mè­rent en 1924 la Fédération anar­chiste coréenne dont le Manifeste décla­rait que « la poli­ti­que de bri­gand du Japon met en danger l’exis­tence de notre nation, et c’est notre droit le plus strict de ren­ver­ser le Japon impé­ria­liste par des moyens révo­lu­tion­nai­res ».

Selon le Manifeste, la ques­tion ne se résou­drait pas par la créa­tion d’un État natio­nal sou­ve­rain, mais seu­le­ment par une révo­lu­tion sociale des pay­sans et des pau­vres, tant contre le gou­ver­ne­ment colo­nial que contre la bour­geoi­sie locale.

La Fédération anar­chiste coréenne donna aussi une dimen­sion inter­na­tio­nale à la lutte, en créant en 1928 une Fédération anar­chiste d’Orient s’étendant à la Chine, au Japon, à Taiwan, au Vietnam et à d’autres pays. Elle appe­lait « le pro­lé­ta­riat du monde entier, en par­ti­cu­lier celui des colo­nies d’Asie », à s’unir contre « l’impé­ria­lisme capi­ta­liste inter­na­tio­nal ». En Corée même, les anar­chis­tes s’orga­ni­sè­rent dans la clan­des­ti­nité pour mener une lutte de gué­rilla, des acti­vi­tés de pro­pa­gande et d’orga­ni­sa­tion syn­di­cale.

En 1929, les anar­chis­tes coréens for­mè­rent une zone libé­rée armée en Mandchourie, où deux mil­lions de pay­sans et de gué­rille­ros vivaient en coo­pé­ra­ti­ves pay­san­nes libre­ment asso­ciées. La Korean People’s Association in Manchuria résista pen­dant plu­sieurs années aux atta­ques des forces armées japo­nai­ses et des sta­li­niens coréens sou­te­nus par l’Union sovié­ti­que, avant d’être réduite à la clan­des­ti­nité. Mais la résis­tance se pour­sui­vit malgré l’inten­si­fi­ca­tion de la répres­sion, et plu­sieurs opé­ra­tions armées furent orga­ni­sées après l’inva­sion de la Chine par le Japon en 1937.

L’abo­li­tion de l’impé­ria­lisme

Les anar­chis­tes ne peu­vent par rester « neu­tres » dans les luttes anti-impé­ria­lis­tes. Qu’il s’agisse des luttes contre l’endet­te­ment du tiers monde, contre l’occu­pa­tion israé­lienne en Palestine, de l’oppo­si­tion aux inter­ven­tions mili­tai­res amé­ri­cai­nes au Moyen Orient, nous ne sommes pas neu­tres, nous ne pou­vons pas être neu­tres si nous sommes contre l’impé­ria­lisme.

Mais nous ne sommes pas natio­na­lis­tes. Nous reconnais­sons que l’impé­ria­lisme tire son ori­gine du capi­ta­lisme, et que rem­pla­cer des élites étrangères par des élites loca­les ne ser­vira en rien les inté­rêts de la classe ouvrière et pay­sanne.

La créa­tion de nou­veaux États-nations revient à créer de nou­veaux États capi­ta­lis­tes au ser­vice des élites loca­les, aux dépens de la classe ouvrière et pay­sanne. La plu­part des mou­ve­ments natio­na­lis­tes qui ont « réussi » se sont tour­nés contre les ouvriers ; une fois qu’ils ont accédé au pou­voir, ils ont réprimé vio­lem­ment la gauche et les syn­di­cats. En d’autres termes, l’oppres­sion se pour­suit sous d’autres formes à l’inté­rieur du pays.

Et cela ne détruit pas l’impé­ria­lisme. Les États indé­pen­dants font partie du sys­tème inter­na­tio­nal des États et du sys­tème capi­ta­liste inter­na­tio­nal, où ce sont les États impé­ria­lis­tes qui ont le pou­voir d’impo­ser les règles du jeu. En d’autres termes, l’oppres­sion exté­rieure se pour­suit sous d’autres formes.

Cela signi­fie que tous les États et les capi­ta­lis­tes qui les contrô­lent sont bien inca­pa­bles de remet­tre en ques­tion sérieu­se­ment le contrôle impé­ria­liste, qu’ils cher­chent plutôt à faire pro­gres­ser leurs inté­rêts dans le cadre géné­ral de l’impé­ria­lisme. Les nou­veaux États conser­vent des liens économiques étroits avec les pays occi­den­taux du Centre, tout en uti­li­sant leur pou­voir d’État pour cons­truire une force à eux, dans l’espoir d’accé­der eux-mêmes au statut d’États impé­ria­lis­tes. La manière la plus effi­cace pour la classe domi­nante locale de déve­lop­per le capi­ta­lisme local, c’est de briser les mou­ve­ments des ouvriers et des petits pay­sans pour pou­voir vendre bon marché les matiè­res pre­miè­res et des pro­duits manu­fac­tu­rés sur le marché mon­dial.

Ce n’est évidemment pas une solu­tion. Il faut abolir l’impé­ria­lisme pour créer les condi­tions de l’auto­ges­tion de tous les gens dans le monde entier. Mais cela exige la des­truc­tion du sys­tème capi­ta­liste et du sys­tème étatique. En même temps, notre lutte est une lutte contre les clas­ses diri­gean­tes du tiers monde : l’oppres­sion locale n’est pas non plus une solu­tion. Les élites indi­gè­nes sont nos enne­mis tant au sein des mou­ve­ments de libé­ra­tion natio­nale qu’après la for­ma­tion de nou­veaux États-nations. Seule la classe ouvrière et pay­sanne peut détruite l’impé­ria­lisme et le capi­ta­lisme, et rem­pla­cer la domi­na­tion par les élites loca­les et étrangères par l’auto­ges­tion, l’égalité économique et sociale.

Voilà pour­quoi nous sommes favo­ra­bles à l’auto­no­mie de la classe ouvrière, à l’unité et à la soli­da­rité inter­na­tio­na­les, entre les pays et les conti­nents, et pour la créa­tion d’un sys­tème inter­na­tio­nal anar­cho-com­mu­niste par l’acti­vité auto­nome de tous les ouvriers et pay­sans.

Comme le disait Sandino, « dans cette lutte, seuls les ouvriers et les pay­sans iront jusqu’au bout. »

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