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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 14:24

sem11see-Z22-rassemblement-Anti-Nucleaire-Japon.jpgSamedi 11 février, pour commémorer les 11 mois du début de la catastrophe de Fukushima, ce sont plus de 10 000 personnes qui se sont rassemblées près du parc Yoyogi à Tôkyô. Après un concert du groupe punk the JUMPS, quelques personnalités opposées au nucléaire civil comme Ôe Kenzaburô se sont exprimés. L'écrivain qui lutte depuis longtemps contre les armes nucléaires et pour la mémoire d'Hiroshima - on lira ou relira avec profit ses Notes de Hiroshima publiées chez Gallimard - et aujourd'hui devenu l'une des figures de ce mouvement antinucléaire renaissant.

 

Les antinucléaires se sont ensuite séparés en deux manifestations distinctes, car "il y a trop de monde" d'après un manifestant. Etaient présents plusieurs dizaines d'ONG et associations antinucléaires mais aussi différents syndicats, certains venant des préfectures touchées par le tsunami et l'accident nucléaire - Fukushima, Ibaraki. Parmi les différents groupes antinucléaires, certains proposent des modes d'actions innovants.

 

Ne plus payer l'électricité

 

C'est le cas de "Ne payons plus Tepco !" (Tôden Fubarai, 東電不払い) qui propose ni plus ni moins d'arrêter de payer les factures d'électricité à la compagnie d'électricité de Tôkyô (Tepco). Si cette idée ressemble aux différentes actions d'autoréductions en Europe - refus de payer les transports, réquisitions dans les supermarchés, etc - elle vise ici à refuser de payer pour une électricité produite à partir de centrales nucléaires. Ces militants dénoncent aussi les tarifs pratiqués par Tepco. "Les ménages sont la poule aux oeufs d'or de Tepco" écrivent-ils dans un tract distribué samedi. "Alors que le kilowatt est facturé 20,8 yen aux particuliers, il est de 13,7 yen pour les entreprises. Résultat : alors que les particuliers ne représentent que 40% des ventes, ils représentent 90% des bénéfices de Tepco !". Conscient du risque de voir son électricité coupée par de telles pratiques, ce groupe encourage à accumuler les retards de paiements comme autre stratégie d'action.

 

Absence de débouchés politiques ?


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On le voit, les antinucléaires essayent de s'organiser par eux-mêmes. Car force est de constater que les débouchés politiques à cette lutte contre le nucléaire n'existent pratiquement pas au Japon. Samedi, seuls le Parti social-démocrate (Shamintô, 社民党) et le Nouveau parti socialiste (Shinshakaitô, 新社会党) étaient présents dans le cortège. Ce sont aujourd'hui les deux seuls (petits) partis à afficher sans ambiguïté  leur volonté de sortir du nucléaire, mais ils ne sont pratiquement pas présents au parlement. Ainsi en dépit d'une opinion publique opposée en très grand nombre à l'énergie nucléaire, il n'y a aucun débouchés politiques possible pour cette idée. A moins qu'un référendum ne soit organisé.

 

C'est l'un des espoirs récents chez les militants antinucléaires. Une pétition demandant l'organisation d'un référendum dans la préfecture de Tôkyô  aurait rassemblé plus de 250 000 signatures en à peine deux mois d'après l'association "Décidons ensemble, pour un référendum national pour l'énergie nucléaire". Si ce chiffre s'avère vrai, il dépasse donc le seuil légal des 214 000 signatures à partir duquel le gouverneur de Tôkyô est dans l'obligation d'organiser un référendum. L'ensemble des personnes de plus de 16 ans résidants à Tôkyô - étrangers y compris - pourrait donc avoir le droit de s'exprimer dans les prochains mois sur la poursuite de l'exploitation des centrales nucléaires par Tepco.

 

Mathieu Gaulène

 

*Mise au point : Dans une dépêche AFP intitulée "Japon: des milliers de manifestants contre l'énergie nucléaire" - reprise en choeur par Libération, L'Express ou Le Parisien - il est dit que la plupart des réacteurs nucléaires sont en arrêt "du fait d'un mouvement d'opposition populaire provoqué par la de Fukushima". Ceci est complètement faux: les réacteurs sont en arrêt temporaire car ils doivent subir une série de tests. Les arrêts de tranche sont tout à fait normals et fréquents dans le cadre de l'exploitation d'une centrale nucléaire. Mais la catastrophe de Fukushima a conduit le gouvernement à renforcer les tests ce qui explique cette sortie involontaire et temporaire du nucléaire au Japon. L"opposition populaire n'a pas grand chose à voir avec tout ça.

 

Ceci étant posé, le mois prochain plus aucun réacteur nucléaire ne sera en fonctionnement dans l'Archipel. L'enjeu sera alors pour les antinucléaires de profiter de cette situation historique pour s'opposer localement à la remise en fonctionnement des réacteurs.

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 13:19

Casse de la convention des électriciens britanniques


electricien_1-5.jpgDepuis quelques mois, les travailleurs de la Construction électrique britannique organisent la riposte face aux 8 plus gros employeurs de cette industrie.

Ces 8 entreprises ont annoncé l’été dernier leur volonté de quitter la convention (JIB) qui régit la profession.

Les travailleurs s’attendent à des baisses de salaires jusqu’à 35 % et à la détérioration de leurs conditions de travail. Ces travailleurs sont déjà obligés, avec les faibles salaires actuels, d’effectuer des heures supplémentaires pour faire vivre leur famille.

Ce n’est pas une attaque isolée dans une profession particulière et un seul pays. Nous savons tous que ces boites de génie électriques sont soutenues par toutes les entreprises de la Construction. Et certains d’entre elles appartiennent à des multinationales.

Il est difficile pour le moment de lancer une grève généralisée et reconductible mais des rassemblements réguliers devant des chantiers s’organisent. Ces piquets de grève avec 200 ou 300 ouvriers permettent de construire la lutte et de rassembler les travailleurs de différentes entreprises. De plus, comme partout dans le monde, sur les chantiers l’activité en baisse et la division des travailleurs (de statuts différents) sont de vrais freins.

Mais la lutte prend et une victoire est possible si les électriciens ne restent pas isolés localement et nationalement. Cet automne une entreprise à déjà renoncé au projet sous la pression ouvrière et médiatique.

Les électriciens anglais ont besoin de leurs camarades du BTP anglais et du monde entier face à cette attaque. Nous nous rappelons tous que les attaques contre le mouvement syndical anglais dans les années 1980 ont servis de test pour la bourgeoisie internationale.

La remise en cause de la convention des électriciens anglais pourrait être exportée dans les autres industries à travers le monde. Les capitalistes face à la crise de leurs profits n’attendent qu’un signal pour agir.

Pour les travailleurs de la Construction c’est l’occasion de montrer leur unité, au-delà des métiers et des frontières nationales.

Pour construire cette solidarité de classe nous proposons :

  • d’informer et de mobiliser les travailleurs des filiales de ces 8 entreprises, sur les chantiers de nos pays respectifs.
  • de faire adopter et faire circuler des motions de soutien dans nos syndicats et sur les chantiers afin de diffuser l’information parmi les travailleurs de la Construction.
  • de demander à nos fédérations syndicales d’organiser une solidarité financière avec nos camarades anglais.

Vous pouvez envoyer vos motions de protestation auprès des directions d’entreprises ou rechercher les filiales dans vos pays.

Envoyez vos motion de soutient au syndicat géneral UNITE branche construction à : exray at talktalk dot net

Télécharger le dépliant multilingue (qui comprend les adresses)

 

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 15:10

A l'heure d'un énième package d'austérité en Grèce et de la résistance populaire qui s'en suit,un article sur l'intox répandue dans les médias comme quoi les libertaires français se forment à la violence en Grèce...

 

 

 

manifestant_grec.jpgUn réseau “préterroriste” et “international” menace l’Europe. C’est ce que décrit un rapport classé confidentiel défense, rédigé par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) en juin 2008. D’après ce document, titré “Du conflit anti-CPE à la constitution d’un réseau préterroriste international : regards sur l’ultragauche française et européenne”, des gauchistes et des anarchistes français, nés à la politique avec les manifestations anti-CPE de 2006, se seraient depuis convertis à l’action violente en fréquentant les réunions et les manifs de Barcelone, de Milan ou d’Athènes. Surtout d’Athènes où, depuis qu’un policier a abattu le jeune Alexis Grigoropoulos (15 ans) le 6 décembre 2008, le puissant mais dispersé mouvement anarchiste affronte régulièrement la police à coups de pierres et de cocktails Molotov.

C’est au cours des émeutes qui suivent la mort de l’adolescent qu’un incident particulier alerte les policiers de la DCRI. Le 19 décembre 2008, un groupe de vingt cagoulés force l’entrée de l’Institut français d’Athènes, casse des vitres et lance un cocktail Molotov qui explose dans le hall. Avant de repartir, ils taguent sur la façade des slogans qui s’adressent à la France : “Étincelle à Athènes, incendie à Paris, c’est l’insurrection” (en français). “Liberté pour les combattants emprisonnés par l’Etat français” (en grec). Il est question des neuf Français de Tarnac, arrêtés un mois plus tôt lors d’une procédure antiterroriste à grand spectacle, accusés de sabotage sur une voie SNCF.

L’ultragauche, une menace terroriste pour la France?

Ce n’est pas le premier geste de solidarité des anarchistes grecs avec les mis en examen français. Le 3 décembre, avant le début des émeutes grecques, un engin incendiaire artisanal abîmait la façade de l’Agence France Presse à Athènes. Un groupe considéré comme terroriste en Grèce, la Conspiration des cellules de feu, revendiquait l’attentat au nom de “la solidarité avec les camarades français”. Depuis, en juillet 2011, sept membres de cette Conspiration ont été condamnés à des peines allant jusqu’à trente-sept ans de prison. Ils n’ont tué personne mais ont revendiqué plusieurs actions violentes, comme l’envoi en novembre 2010 de colis piégés à Angela Merkel, Silvio Berlusconi, Nicolas Sarkozy et des ambassades européennes.

Cependant, depuis les attentats des Cellules de feu en Grèce, aucune bombe n’a explosé en France. Mais le patron de la DCRI, Bernard Squarcini, laisse entendre que c’est seulement une question de temps. En juillet 2010, dans Le Figaro, il affirme que les “mouvements contestataires” français “vivaces et se regroup(a)nt au gré des circonstances (…) ont suivi de très près les émeutes en Grèce, accompagnées d’assassinats politiques”. Cela signifie-t-il que des Français ont pris part aux émeutes grecques ? Qu’ils ont contribué aux assassinats politiques ? Squarcini ne le précise pas. Mais des ultragauchistes français anonymes lui répondent dans une lettre ouverte ironiquement signée du “comité central de l’ultragauche ultra-organisée”.

“En Grèce, écrivent-ils, ce ne sont pas des anarchistes qui ont tenté de prendre d’assaut le Parlement mais des grévistes conséquents.”

Dans le journal alternatif Article 11, on lit ceci : “Sur l’affirmation que lesdits mouvements ‘ont suivi de très près les émeutes en Grèce, accompagnées d’assassinats politiques’ – si toi aussi tu t’intéresses à la révolte grecque, envoie-moi un mail à cette adresse : j’aitrouvéunP38parterre.qu’est-cequejenfais@gmail.com”

Quatre mois après l’avertissement de Squarcini, le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux à l’époque, fait monter l’ultragauche sur le podium des trois menaces terroristes qui pèseraient sur la France. Sur France 2, il déclare : “Il y a tout d’abord l’ETA”, l’organisation séparatiste basque, puis ensuite “ceux qui viennent de l’ultragauche”, en précisant : “Regardez ce qui s’est passé à Athènes avec le colis (piégé) destiné au président de la République français”. Puis il conclut en citant “l’islamisme radical”, “une menace forte”.

Le gouvernement s’en est persuadé : la Grèce agit comme foyer de contagion. Comme l’Algérie des années 1990, comme l’Irak ou l’Afghanistan des années 2000, elle mijoterait un chaudron d’activistes violents et prêts au combat au-delà de leurs frontières. Il est vrai qu’en Grèce, même si elle est loin de se généraliser, la lutte armée n’est plus un tabou. En 2010, elle fait six morts, dont deux assassinats délibérés : le chef de la sécurité du ministère de l’Intérieur tué en ouvrant un colis piégé ; un journaliste abattu par balles. Les quatre autres décès sont accidentels : trois employés de banque dans un incendie provoqué par des cocktails Molotov et un adolescent de 15 ans qui a trouvé dans une poubelle un sac contenant une bombe. Cette violence révolutionnaire grecque pourrait-elle s’exporter en France ? Aujourd’hui, comme Squarcini et Hortefeux, les polices européennes s’en inquiètent.

Chaque année, l’Office européen de police, Europol, rend un rapport sur l’état de la menace terroriste. En 2011, sans surprise, il désigne la Grèce. Derrière la vague de colis piégés attribués à la Conspiration des cellules de feu, Europol observe une “coordination internationale accrue” et prédit une extension de la violence grecque à toute l’Europe : “L’augmentation des arrestations en Grèce va déboucher sur des procès importants qui pourraient déclencher des attaques de soutien à travers l’Europe. C’est pourquoi l’on peut s’attendre à ce que la violence anarchiste continue à se développer en Europe.”

Selon son rapport de 2009, un réseau transeuropéen s’est déjà organisé pour étendre l’anarchie.

“Des liens établis existent entre anarchistes français, grecs et italiens, comme le démontre une affaire dans laquelle un citoyen grec, conduisant une voiture immatriculée en France, avec des personnes de nationalités belge, grecque et italienne à bord, a été arrêté alors qu’il taggait les murs du palais de Justice de Bruxelles.”

Certes, rien à voir avec la Conspiration des cellules de feu. Mais une conspiration des cellules du tag fait déjà fantasmer. En avril 2010, France Info diffuse un reportage intitulé “L’ultragauche à l’école grecque”. Le reporter revient d’Athènes où les manifestants accueillent de jeunes Français qui les soutiennent. L’animateur le lance ainsi : “Vous rentrez d’Athènes où des militants de la mouvance anarchiste proposent de former leurs homologues français aux méthodes, aux techniques de la guérilla urbaine.”

Dans le sujet, le reporter ne fait parler aucun “élève” ni aucun “formateur” mais introduit les notions de “filières grecques” et de “camps d’entraînement” qui rappellent l’univers djihadiste. Il termine en nous interpellant : “Vous vous souvenez, au moment de l’affaire de Tarnac, on se demandait ce que pouvait bien faire Julien Coupat à Thessalonique. Eh bien, on se pose moins la question aujourd’hui.”

Reposons-nous la question quand même. Les anarchistes français vont-ils vraiment se former à la guérilla en Grèce ? Fin novembre, nous débarquons à Athènes dans le quartier mi-popu mi-bobo d’Exarchia aux murs couverts d’affiches politiques. C’est le fief historique du mouvement anarchiste. Dans un lieu occupé, dans un café ou dans un potager urbain autogéré, des adeptes de la bataille de rue discutent sans fin avec des universitaires postsituationnistes. A Exarchia, les insurgés européens viennent parler, organiser des manifs, imprimer des journaux, préparer des banderoles, parfois des cocktails Molotov. Sur la place, des jeunes habillés en noir, leur couleur politique, vont et viennent, boivent des bières et discutent. Ce soir, cinquante personnes écoutent un concert de solidarité avec les “prisonniers politiques”. Du gros son avec Assassin de la police, reprise de NTM par un groupe grec.

Ici pas de police

Sur un scooter à l’arrêt, Jeanne (1), une Franco-Grecque anarchiste de 35 ans, les cheveux noirs et un piercing à la lèvre. Elle aime se définir comme un “pilier de la place” et nous explique le métabolisme d’Exarchia. La place représente un village fortifié, un refuge politique où l’anarchiste boit sa bière en paix. Ici, pas de distributeur de billets, pas d’agences immobilières et, surtout, pas de police.

“La police reste à l’extérieur. S’ils passent par la place et s’arrêtent un peu trop longtemps au feu rouge, ils peuvent vite recevoir des pierres.”

Comment faut-il s’y prendre pour rejoindre un camp d’entraînement ? Jeanne fait un geste de la main comme si elle éloignait une mouche : “Ici on apprend à faire des cocktails Molotov à 12 ou 13 ans mais on n’est pas organisés. Il n’existe pas de formations. C’est un fantasme des flics : ils ont tenu les mêmes propos sur les Italiens qui venaient ici que sur les Français : comme si on avait quelque chose à leur apprendre.”

Deux jours plus tard, au même endroit, une autre militante nous a fixé un rendez-vous. Réfléchie, posée, sans signe vestimentaire marqué, cette étudiante grecque passe inaperçue au milieu des groupes de jeunes en noir et de punks à chiens. Elle participe à des revues, des groupes de réflexion et des manifs. Elle s’étonne de l’importance que les juges étrangers accordent au “voyage en Grèce” . “Pendant une manif, un Italien a été blessé. Il ne voulait surtout pas que cela se sache : il craignait que les services de renseignement italiens apprennent sa présence à Athènes.”

En Italie, mais aussi en France, les services secrets accordent une attention particulière aux jeunes anars passés par la Grèce ou en lien avec des activistes grecs. Devant les tribunaux, ces liens sont présentés comme des éléments à charge. A Paris, Jérôme(1), militant anticapitaliste de 30 ans interrogé par la police dans une affaire de dégradation, s’étonne lui aussi de cette chasse aux amis des Grecs. Derrière l’épouvantail des filières grecques et des camps d’entraînement à la guérilla urbaine, il diagnostique surtout “la construction policière d’un ennemi intérieur”. “Ces dernières années, je suis allé aux Etats-Unis, en Allemagne, en Belgique, en Suisse, dans plein de pays. Mais dès qu’on met le pied en Grèce, la police isole ce voyage des autres pour le considérer comme une particularité dangereuse. La Grèce n’est pourtant pas le seul pays qui connaisse des émeutes et des bombes... En Corse, au Pays basque, il y a aussi des actions violentes et des assassinats.”

dans une Grèce en crise… Démontage d’une intox.

A Paris, Léo (1), un autonome de 26 ans, raconte ses trois voyages en Grèce. Ce jeune homme calme à l’allure ordinaire, jean, pull-over, milite dans l’aide aux migrants. Depuis 2009, il est parti trois fois en Grèce en “vacances militantes” pour rencontrer d’autres autonomes en lutte contre les centres de rétention pour étrangers. Mais dans les squats d’Athènes, on ne l’a pas accueilli à bras ouverts.

“Ils avaient l’habitude de voir des Français et estimaient que certains venaient un peu en touristes : ils faisaient la teuf sans respecter ceux qui dormaient, ne lavaient pas leur vaisselle. Comme j’étais tout seul, ils ont quand même accepté de m’héberger mais ils étaient assez froids.”

Léo participe à des amphis anarchistes où 300 à 400 personnes débattent de solidarité avec les prisonniers politiques. Il assiste aussi à des manifestations au cours desquelles les militants démolissent “le mobilier urbain qui organise le contrôle de la ville, les banques, les agences immobilières”, explique le jeune homme. Ces comportements d’émeutier, il n’a guère eu besoin de se rendre en Grèce pour les apprendre et les pratiquer. “Ce serait naïf de considérer qu’on va sur les bancs de l’école grecque parce qu’en France on ne sait pas jeter une pierre, se défendre face à des flics ou casser une banque avec un piolet, qu’il nous faudrait donc des cours avec un peuple élu, les Grecs, des professionnels de la lutte et des formateurs... Je n’ai rien vu de tel.”

Que pense-t-il des affirmations de la DCRI sur une filière grecque “préterroriste” ? “D’après Squarcini, les anarchistes français, méchants et violents par essence, ont envie de buter des gens et vont en Grèce pour apprendre à le faire. Tu ne vas pas me dire qu’il est assez stupide pour croire à ces balivernes. Le mythe de l’anar terroriste sert à nous discréditer pour mieux nous détruire.”

"Ce qui se passe en Grèce est spectaculaire"

Mathilde (1), jeune anarchiste française de 25 ans, fait partie de ces jeunes que France Info soupçonnait de venir apprendre en Grèce la guérilla urbaine. Depuis 2007, elle passe plusieurs semaines par an dans le pays, attirée par l’ambiance politique qui y règne. Elle participe à des manifs quand il y en a, s’insère dans des groupes, traîne dans les bars, lit des livres et vit ainsi en Grèce une partie de l’année. Au départ de Paris, elle multiplie les précautions pour ne pas attirer l’attention de la police : elle paie en liquide ses billets d’avion et décolle si elle peut d’un pays voisin. Dans un café d’Exarchia, elle nous présente ses amis révolutionnaires grecs.

“Les policiers jouent sur le passé des gens ou leur avenir supposé parce qu’ils n’ont rien sur le présent. Ce qui se passe en Grèce est spectaculaire, ils l’agitent donc comme une menace. Alors que la révolte ici est tout à fait populaire et le rapport à la violence politique différent de celui que nous connaissons en France.”

Mathilde assume sa participation à des manifestations considérées comme violentes. Elle y oppose “la violence de l’Etat”, bien supérieure selon elle et contraire à la volonté du peuple grec. Les formations à la guérilla urbaine ? Les camps d’entraînement ? Mathilde et ses amis grecs, lanceurs occasionnels de cocktails Molotov, en rigolent. “Pour savoir s’il faut bloquer la rue en renversant une poubelle au milieu ou ériger une barricade, il suffit de parler entre nous.”

Selon Jérôme, le jeune anar français, les policiers fantasment les anarchistes sur un mode parano pervers : “On peut mettre au défi n’importe quel agent de la DCRI : qu’ils nous montrent ces camps d’entraînement, ces sessions de formation. Evidemment qu’ils en seraient absolument incapables. Mais les flics ne peuvent envisager les rapports humains autrement que sous l’angle du réseau, de la filière, de la conspiration. Ils sont incapables d’y penser en termes d’amitié, de sympathie. Ils n’ont d’ailleurs aucun intérêt à le faire, sinon ils ne pourraient pas justifier d’être payés à faire des rapports.”

Nous contactons la police grecque pour savoir si elle partageait les inquiétudes des services français. Apparemment non. Athanassios Kokallakis, son porte-parole, répond de manière laconique : “La police grecque n’a aucune information sur l’arrivée d’anarchistes français en Grèce pour la ‘formation’ à des actes terroristes.” Plus largement, le porte-parole ne dispose “d’aucun élément relatif à la façon dont les anarchistes européens cherchent à se structurer au niveau international.”

Banlieue d’Athènes, dans le petit bâtiment de sept étages de l’université du Pirée. La chercheuse grecque Mary Bossis donne des cours sur la sécurité internationale. Elle est affirmative : malgré “deux ou trois explosions par jour dans le pays”, la police n’a jamais arrêté un anarchiste étranger dans une affaire grecque. “Les anarchistes grecs, poursuit-elle, n’entraînent personne, pour la simple et bonne raison qu’ils ne s’entraînent pas eux-mêmes.” La chercheuse a bien constaté “des voyages à travers l’Europe”, la “participation d’étrangers à des manifestations”, des “signes de solidarité” au-delà des frontières, mais aucune trace d’entraînement méthodique à la guérilla urbaine. “Sans doute des étrangers ont jeté ici des cocktails Molotov, mais ce n’est pas du terrorisme.”

La seule “piste sérieuse de conspiration terroriste”, selon Mary Bossis, pourrait se trouver plutôt du côté de l’Italie, où depuis déjà dix ans les Italiens de la Fédération anarchiste informelle envoient par la poste des lettres piégées à des banques, des ambassades et des chefs d’Etat. Dans leurs courriers de revendication, ces terroristes italiens et la Conspiration de cellules de feu affichent un soutien mutuel.

“Il est possible qu’ils aient appris ensemble à fabriquer ces lettres piégées, explique Mary Bossis. C’est le seul exemple qu’on ait d’un possible réseau anarchiste organisé pour des actions terroristes.”

Nous demandons à la DCRI de nous expliquer ce décalage entre les alertes policières sur un “réseau préterroriste international” et ce que nous observons sur place. Le service français refuse de nous répondre : il ne “communique pas sur le sujet”. Mais, à Paris, un policier retraité du renseignement français accepte de nous parler anonymement. On le comprend : depuis la création de la DCRI en 2008, fusion des Renseignements généraux (RG) et de la Direction de la surveillance du territoire (DST), toutes les activités du renseignement sont classées secret défense et les fonctionnaires encourent de lourdes sanctions disciplinaires et pénales s’ils parlent à des journalistes.

Les "fiches S"

Dans son travail d’officier de renseignement, il a toujours vu passer cette idée de filière grecque. “On appelait ça ‘l’arc anarchiste méditerranéen’ : Espagne, Italie et Grèce.” Il nous explique qu’avant 2008 la seule manière de repérer des Français partis dans ces pays, c’était les “fiches S” établies par les RG. La lettre S signifie “individu susceptible de porter atteinte à la sûreté de l’Etat”. Si les RG repèrent un militant “anarcho-autonome” qu’ils jugent dangereux, ils demandent son inscription au fichier des personnes recherchées (FPR).

Difficile de savoir combien il existe de fiches S concernant des anarchistes en France, mais le chiffre est vraisemblablement proche de 500. Dans tout l’espace Schengen, si un policier contrôle un Français titulaire d’une telle fiche, il a pour instruction de ne pas attirer son attention, de lui demander discrètement d’où il vient et où il va, de relever l’identité de ceux qui l’accompagnent. “On savait qu’un Français se trouvait en Grèce seulement grâce aux contrôles de routine de la police locale, ou bien si des individus sur écoute avaient évoqué ce voyage dans une conversation, explique l’ancien policier. Ça représentait en tout cinq ou six personnes par an.”

Jamais des policiers français ne suivaient les anars voyageurs jusqu’en Grèce. Ignorant tout de leurs activités sur place et de leurs éventuelles “formations”, ils ne pouvaient que les supposer. Le policier antiterroriste n’a “aucun souvenir de Français contrôlés en Grèce parce qu’ils venaient de participer à une action violente ou à toute autre activité politique”. Il se souvient qu’avant la création de la DCRI, les officiers du renseignement prêtaient attention à ces voyages mais n’en faisaient pas toute une histoire.

“L’anar français va peut-être voir deux ou trois potes, termine l’ancien agent, il va solidifier des liens, discuter, éventuellement participer à des actions avec les autres. Pas se former. Ça ne présentait pas un danger. La DCRI d’aujourd’hui a complètement dérapé. Ils voient des terroristes partout. Pour eux, si le mec part en Grèce, il va dans un camp d’entraînement, comme les djihadistes au Pakistan.”

D’où vient cette angoisse policière ? Cette théorie qui suppose qu’un lanceur de pavés français peut revenir de Grèce conditionné pour tuer ? “La DCRI craint qu’au contact d’étrangers plus extrêmes, nos Français se radicalisent, explique-t-il. Cette hantise vient d’une théorie : celle de la détection précoce.”

C’est Alain Bauer, expert en sécurité et proche conseiller du président de la République, qui en a développé le concept. Le policier doit identifier à l’avance tout ce qui pourrait faire basculer un individu dans le terrorisme et du coup intervenir préventivement. Problème : avant l’action, s’il y en a une, on ne trouve souvent que des amitiés, des rencontres en manifs, des dialogues en amphi. Cela peut noircir beaucoup de pages dans un dossier de renseignement. Mais, comme le signale notre policier, “ce n’est pas ça qui permet aux juges de monter un bon dossier judiciaire”.

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 12:10

Un article de N'autre ecole, la revue de la CNT éducation sur le droit ou non de filmer un policier sur la voie publique...


peut-on-filmer-un-policier-image-format-web-extraite-du-sit.jpg

La prise et la diffusion d'images de policiers – en tenue ou en civil, sur la voie publique et dans l'exercice de leur fonction – sont autorisées dès lors qu'elles illustrent un événement d'actualité (cf. arrêts de la Cour de cassation du 25 janvier 2000 et du 20 février 2001). Exceptions : policiers chargés de la lutte antiterroriste, du RAID, de la brigade de recherche et d'intervention criminelle, de la brigade de recherches et d'investigations financières (cf. arrêté du 27 juin 2008).

Si l'image est prise dans le contexte d'un évènement dont l'importance justifie qu'il soit communiqué au public, il n'est pas nécessaire de flouter les visages des personnes (policiers et non policiers) impliquées comme acteurs, témoins ou figurants. Le droit à l'image, prolongement du droit à la protection de la vie privée (cf. article 9 du Code civil), ne s’applique pas dans ce cas ; c’est le droit d'information (cf. article 11 de la Déclaration des droits de l'Homme) qui est prioritaire.

Ces images doivent respecter la dignité de la personne humaine et ne doivent pas faire de désinformation en étant dénaturées.

En cas de litige (car, en matière juridique, il existe toujours des divergences sur la façon d’interpréter les textes), c’est au juge de déterminer si l’équilibre entre droit d'information / liberté d'expression d'un côté et droit à l'image de l’autre a été respecté.

Bien sûr, un policier peut toujours vous demander d'arrêter de prendre des images ou d’effacer celles que vous avez déjà prises. Mais, si vous ne le souhaitez pas, il ne peut pas vous obliger à le faire. De même, il n’a pas le droit de confisquer votre matériel (sauf si vous avez commis un délit et que vous êtes interpelé) ni d’effacer lui-même les images que vous avez prises.

Commission confédérale « Secteur Vidéo » de la CNT

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 13:00

roumanie-heurts-lors-une-nouvelle-manifestation-bucarest-13.jpgEn Roumanie, ou l'austérité a été plus dure qu'ailleurs, un mouvement social, mené par des "Indignés" autrement plus combatifs qu'en France, a fait démissioner le gouvernement. Le FMI félicite le premier ministre. Un article de la presse bourgeoise...

 

Bucarest, correspondant - La rumeur grandissait depuis la mi-janvier lorsque les "indignés" roumains ont pris d’assaut la place de l’Université de Bucarest pour demander la démission du gouvernement de centre-droit dirigé par le premier ministre et président du Parti démocrate-libéral, Emil Boc.

Lundi 6 février, ce proche du président centriste, Traian Basescu, a annoncé la démission de son gouvernement après trois ans et demi de mandat. "Je dépose ma démission parce que je ne veux pas m’accrocher au pouvoir", a-t-il déclaré lundi matin après avoir passé la nuit au palais présidentiel en tête à tête avec le président. "Je remercie les Roumains pour avoir sauvé la Roumanie d’une faillite économique. Nous avons mis de l’ordre dans les finances du pays."

Depuis le début de la crise économique en 2008 le gouvernement d’Emil Boc a imposé la politique d’austérité la plus dure de l’Union européenne : baisse des salaires de la fonction publique de 25 % et augmentation de la TVA de 19 % à 24 % dans un pays où le salaire moyen est de 350 euros. Plus de 200 000 fonctionnaires ont été mis à la porte en l’espace de deux ans.
Le mouvement de colère spontané, très médiatisé, s’est rapidement répandu dans tout le pays. Les réseaux sociaux ont fait le reste et une trentaine de villes roumaines ont pris part à la mobilisation.

La réaction du gouvernement s’est révélée très insuffisante, M. Boc préférant d’abord ignorer les manifestants avant de donner d’infimes gages, plus symboliques que réels. Ainsi du limogeage du ministre des affaires étrangères, Teodor Baconschi, coupable d’avoir assimilé les "indignés" à des "supporteurs de macadam de la démocratie".

 

Cet "autisme politique", selon le mot du politologue Cristian Pirvulescu, a augmenté l’exaspération de la rue, défiante vis-à-vis de l’ensemble du personnel politique.

Au sein de son propre parti, la position de M. Boc semblait intenable, plusieurs voix importantes des démocrates-libéraux (PDL) osant depuis quelques jours évoquer sa démission. "Nous devons assumer nos difficultés publiquement et nous mettre à table avec l’opposition pour établir un calendrier électoral", affirmait fin janvier l’eurodéputé Cristian Preda, membre du PDL.

Lundi, le chef de l’Etat a convié tous les partis à une réunion pour décider du sort du futur gouvernement. L’hypothèse qui tient le haut du pavé est la mise en place d’un gouvernement de technocrates jusqu’à des élections législatives qui auraient lieu en novembre.

L’opposition, composée de socialistes et de libéraux, a prévenu qu’elle serait intransigeante. "Nous n’allons pas accepter un premier ministre proposé par le président Basescu, a déclaré Crin Antonescu, président du Parti libéral. Nous n’accepterons qu’une seule solution : les élections anticipées. La démission du gouvernement est la victoire de tous ceux qui ont protesté pour demander un changement."

Quant aux socialistes dirigés par Victor Ponta, ils espèrent, eux aussi, obtenir du président Traian Basescu l’organisation d’élections anticipées.

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 14:48

affiche-de-l-uni_10-copie-1.jpgAprès le GUD, nous continuons notre plongée dans les profondeurs nauséabondes de l'extreme droite estudiantine avec un article sur l'UNI. Rappelons que Claude Guéant s'est illustré recemment à un evenement organisé par l'UNI avec ses déclarations sur la prétendue "inégalité des civilisation". Cet article fait le point sur l'histoire de l'UNI qui a été crée pour contrer le "gauchisme" au lendemain de Mai 68.

 


L'UNI ou Union nationale interuniversitaire est présentée laconiquement sur les ondes comme une organisation étudiante "proche de la droite". Drôle de formule euphémisante. Et qui ne signifie pas grand chose puisqu'il existe des étudiants de droite qui ne se reconnaissent pas dans l'UNI.

L'UNI est créée en 1969, en réaction aux évènements de mai 1968, et ce n'est pas vraiment un surgissement spontané. Son fondateur n'est pas étudiant. Il s'agit de Jacques Rougeot, professeur à l'université Paris-IV. On trouve aussi Jean-François Chauvel, alors grand reporter au Figaro, cité par Bob Denard dans ses mémoires sur une opération de recrutement de mercenaires au Yémen. Ou encore le PDG de Locatel, le loueur de téléviseurs. Et Suzanne Marton, ex de l'UJP (mouvement de jeunesse gaulliste), ce qui n'implique d'aucune manière ce dernier mouvement.

Doubles affiliations

Dans son Histoire du SAC (Service d'Action civique), parue chez Stock en 2003, l'universitaire François Audigier affirme que l'UNI fut créée à la suite d'un entretien dans le bureau de Jacques Foccart à l'Elysée. Et qu'elle bénéficia du soutien logistique de Charles Pasqua au SAC. Un objectif réunissait la petite équipe de fondateurs,  proches du SAC, écrit-il : "Lutter contre la loi Faure en préparation. Celle-ci multipliait, à leurs yeux, les compromis à l'adversaire (la gauche étudiante) et créait du désordre au lieu de rétablir l'autorité dans les universités" (p. 149). L'UNI revendique vouloir "regrouper tous ceux qui entendent soustraire l'éducation nationale à l'emprise communiste et gauchiste et défendre la liberté en luttant contre toutes les formes de subversion". Les doubles affiliations existent, comme celle de Gérard Daury, à la fois membre des instances nationales et de l'UNI et du SAC.

Par la suite, l'UNI entretiendra des relations extrêmement étroites avec le MIL – Mouvement Intiative et Liberté – (même responsable national, Jacques Rougeot, et même adresse) créé en 1981, mais surtout actif à partir de 1986, qui, à la différence du SAC, a pignon sur rue et se veut un mouvement de réflexion, non un service d'ordre... Le MIL, qui existe toujours aujourd'hui, fait figure de lobby très conservateur et ultradroitier au sein de la mouvance gaulliste. Dès sa création, il constitue "un curieux laboratoire idéologique où se croisent les influences hétérogènes de la droite libérale (façon reaganisme années 1980), d'un catholicisme réactionnaire et d'un gaullisme rigide. On y sert un discours musclé sur la préférence nationale, le combat contre l'avortement, la défense de l'école libre, le rejet des valeurs 'gauchistes', un ensemble qui n'a rien à envier au programme frontiste". (François Audigier)

Passerelles

Des militants qui ont fait leurs classes à l'UNI tel Eric Raoult se retrouvent aujourd'hui encore au MIL.

Des passerelles vont exister avec les militants d'extrême droite dans les facs et notamment le GUD (extrême droite radicale), lequel affiche, pourtant, en privé son mépris pour les "droitards". Il y aura ponctuellement des flirts plus ou moins poussés, et parfois des listes communes dans certaines universités. L'UNI participera dans les années 1980 à des actions musclées dans les facs, avec le renfort du GUD  sans lequel elle n'aurait pas eu le rapport de forces sur le terrain.

En janvier 2010, une partie de l'UNI (la branche étudiante) s'autodissout avec plusieurs autres associations étudiantes dans le MET, Mouvement des étudiants, avec l'aval de l'UMP, qui espère ainsi bénéficier d'une nouvelle structure qui ne soit pas  un repoussoir pour les étudiants de droite modérée. L'UNI maintenue, devant laquelle est intervenu Claude Guéant, conserve le discours musclé d'origine et se concentre sur "le combat pour les valeurs".

Pour l'UMP, l'UNI est aujourd'hui très utile : elle peut concurrencer l'extrême droite sur ses thèmes, comme on l'a vu fin 2011 autour du droit de vote des étrangers. C'est une sorte de pendant universitaire à la Droite populaire, collectif de députés qui compose l'aile la plus radicale de l'UMP. Par ailleurs, quand le MET s'est créé, certaines sections universitaires de l'UNI ont fait de la résistance, comme à l'université de droit d'Assas, avant de rentrer dans le rang. D'autres, comme à Lyon notamment, ont vu certains de leur leader locaux rejoindre les rangs du FNJ.

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 15:44

sdf-attention-ralentir.jpgL’Europe est pétrifiée par le froid, pour reprendre un titre du parisien, et déjà un bon paquet de gens sont morts, plus de 160 toujours selon ce journal.

A cette occasion , nous publions un article de Rosa Luxembourg, Dans l’asile de nuit rédigé il y a exactement 100 ans le 1er Janvier 1912 . Au lendemain de  Noël, une grave intoxication alimentaire provoque la mort d’ une centaine de prolos,  dans l’asile de nuit municipal de Berlin. Un empoisonnement mortel ( harengs périmés, alcools frelatés…) sur lequel les flics se hâtèrent d’enquêter, histoire de rassurer « l’opinion publique ».

 

Au delà de ces causes immédiates, il y a une société, qui ne se préoccupe de la morts des prolétaires que lorsqu’ils crèvent en masse… 

 


 

Dans l’asile de nuit

L’atmosphère de fête dans laquelle baignait la capitale du Reich vient d’être cruellement troublée. A peine des âmes pieuses avaient-elles entonné le vieux et beau cantique  » O gai Noël, jours pleins de grâce et de félicité  » qu’une nouvelle se répandait : les pensionnaires de l’asile de nuit municipal avaient été victimes d’une intoxication massive. Les vieux tout autant que les jeunes : l’employé de commerce Joseph Geihe, vingt et un ans ; l’ouvrier Karl Melchior, quarante-sept ans ; Lucian Szczyptierowski, soixante-cinq ans. Chaque jour s’allongeait la liste des sans-abri victimes de cet empoisonnement. La mort les a frappés partout : à l’asile de nuit, dans la prison, dans le chauffoir public, tout simplement dans la rue ou recroquevillés dans quelque grange. Juste avant que le carillon des cloches n’annonçât le commencement de l’an nouveau, cent cinquante sans-abri se tordaient dans les affres de la mort, soixante-dix avaient quitté ce monde.

Pendant plusieurs jours l’austère bâtiment de la Fröbel-strasse, qu’on préfère d’ordinaire éviter, se trouva au centre de l’intérêt général. Ces intoxications massives, quelle en était donc l’origine ? S’agissait-il d’une épidémie, d’un empoisonnement provoqué par l’ingestion de mets avariés ? La police se hâta de rassurer les bons citoyens : ce n’était pas une maladie contagieuse ; c’est-à-dire que les gens comme il faut, les gens  » bien « , ne couraient aucun danger. Cette hécatombe ne déborda pas le cercle des  » habitués de l’asile de nuit « , ne frappant que les gens qui, pour la Noël, s’étaient payé quelques harengs-saurs infects  » très bon marché  » ou quelque tord-boyaux frelaté. Mais ces harengs infects, où ces gens les avaient-ils pris ? Les avaient-ils achetés à quelque marchand  » à la sauvette  » ou ramassés aux halles, parmi les détritus ? Cette hypothèse fut écartée pour une raison péremptoire : les déchets, aux Halles municipales, ne constituent nullement, comme se l’imaginent des esprits superficiels et dénués de culture économique, un bien tombé en déshérence, que le premier sans-abri venu puisse s’approprier. Ces déchets sont ramassés et vendus à de grosses entreprises d’engraissage de porcs : désinfectés avec soin et broyés, ils servent à nourrir les cochons. Les vigilants services de la police des Halles s’emploient à éviter que quelque vagabond ne vienne illégalement subtiliser aux cochons leur nourriture, pour l’avaler, telle quelle, non désinfectée et non broyée. Impossible par conséquent que les sans-abri, contrairement à ce que d’aucuns s’imaginaient un peu légèrement, soient allés pêcher leur réveillon dans les poubelles des Halles. Du coup, la police recherche le  » vendeur de poisson à la sauvette  » ou le mastroquet qui aurait vendu aux sans-abri le tord-boyaux empoisonné.

De leur vie, ni Joseph Geihe, Karl Melchior ou Lucian Szczyptierowski, ni leurs modestes existences n’avaient été l’objet d’une telle attention. Quel honneur tout d’un coup! Des sommités médicales – des Conseillers secrets en titre – fouillaient leurs entrailles de leur propre main. Le contenu de leur estomac – dont le monde s’était jusqu’alors éperdument moqué -, voilà qu’on l’examine minutieusement et qu’on en discute dans la presse. Dix messieurs – les journaux l’ont dit – sont occupés à isoler des cultures du bacille responsable de la mort des pensionnaires de l’asile. Et le monde veut savoir avec précision où chacun des sans-abri a contracté son mal dans la grange où la police l’a trouvé mort ou bien à l’asile où il avait passé la nuit d’avant ? Lucian Szczyptierowski est brusquement devenu une importante personnalité : sûr qu’il enflerait de vanité s’il ne gisait, cadavre nauséabond, sur la table de dissection.

Jusqu’à l’Empereur – qui, grâce aux trois millions de marks ajoutés, pour cause de vie chère, à la liste civile qu’il perçoit en sa qualité de roi de Prusse, est Dieu merci à l’abri du pire – jusqu’à l’Empereur qui au passage s’est informé de l’état des intoxiqués de l’asile municipal. Et par un mouvement bien féminin, sa noble épouse a fait exprimer ses condoléances au premier bourgmestre, M. Kirschner, par le truchement de M. le Chambellan von Winterfeldt. Le premier bourgmestre, M. Kirschner n’a pas, il est vrai, mangé de hareng pourri, malgré son prix très avantageux, et lui-même, ainsi que toute sa famille, se trouve en excellente santé. Il n’est pas parent non plus, que nous sachions, fût-ce par alliance, de Joseph Geihe ni de Lucian Szczyptierowski. Mais enfin à qui vouliez-vous donc que le Chambellan von Winterfeldt exprimât les condoléances de l’Impératrice ? Il ne pouvait guère présenter les salutations de Sa Majesté aux fragments de corps épars sur la table de dissection. Et  » la famille éplorée  » ?… Qui la connaît ? Comment la retrouver dans les gargotes, les hospices pour enfants trouvés, les quartiers de prostituées ou dans les usines et au fond des mines ? Or donc le premier bourgmestre accepta, au nom de la famille, les condoléances de l’Impératrice et cela lui donna la force de supporter stoïquement la douleur des Szczyptierowski. A l’Hôtel de ville également, devant la catastrophe qui frappait l’asile, on fit preuve d’un sang-froid tout à fait viril. On identifia, vérifia, établit des procès-verbaux ; on noircit feuille sur feuille tout en gardant la tête haute. En assistant à l’agonie de ces étrangers, on fit preuve d’un courage et d’une force d’âme qu’on ne voit qu’aux héros antiques quand ils risquent leur propre vie.

Et pourtant toute l’affaire a produit dans la vie publique une dissonance criarde. D’habitude, notre société, en gros, à l’air de respecter les convenances : elle prône l’honorabilité, l’ordre et les bonnes moeurs. Certes il y a des lacunes dans l’édifice de l’Etat, et tout n’est pas parfait dans son fonctionnement. Mais quoi, le soleil lui aussi a ses taches ! Et la perfection n’est pas de ce monde. Les ouvriers eux-mêmes – ceux surtout qui perçoivent les plus hauts salaires, qui font partie d’une organisation – croient volontiers que, tout compte fait, l’existence et la lutte du prolétariat se déroulent dans le respect des règles d’honnêteté et de correction. La paupérisation n’est-elle pas une grise théorie [1] depuis longtemps réfutée ? Personne n’ignore qu’il existe des asiles de nuit, des mendiants, des prostituées, une police secrète, des criminels et des personnes préférant l’ombre à la lumière. Mais d’ordinaire on a le sentiment qu’il s’agit là d’un monde lointain et étranger, situé quelque part en dehors de la société proprement dite. Entre les ouvriers honnêtes et ces exclus, un mur se dresse et l’on ne pense que rarement à la misère qui se traîne dans la fange de l’autre côté de ce mur. Et brusquement survient un événement qui remet tout en cause : c’est comme si dans un cercle de gens bien élevés, cultivés et gentils, au milieu d’un mobilier précieux, quelqu’un découvrait, par hasard, les indices révélateurs de crimes effroyables, de débordements honteux. Brusquement le spectre horrible de la misère arrache à notre société son masque de correction et révèle que cette pseudo-honorabilité n’est que le fard d’une putain. Brusquement sous les apparences frivoles et enivrantes de notre civilisation on découvre l’abîme béant de la barbarie et de la bestialité. On en voit surgir des tableaux dignes de l’enfer : des créatures humaines fouillent les poubelles à la recherche de détritus, d’autres se tordent dans les affres de l’agonie ou exhalent en mourant un souffle pestilentiel.

Et le mur qui nous sépare de ce lugubre royaume d’ombres s’avère brusquement n’être qu’un décor de papier peint.

Ces pensionnaires de l’asile, victimes des harengs infects ou du tord-boyaux frelaté, qui sont-ils ? Un employé de commerce, un ouvrier du bâtiment, un tourneur, un mécanicien : des ouvriers, des ouvriers, rien que des ouvriers. Et qui sont ces êtres sans nom que la police n’a pu identifier ? Des ouvriers, rien que des ouvriers ou des hommes qui l’étaient, hier encore.

Et pas un ouvrier qui soit assuré contre l’asile, le hareng et l’alcool frelatés. Aujourd’hui il est solide encore, considéré, travailleur ; qu’adviendra-t-il de lui, si demain il est renvoyé parce qu’il aura atteint le seuil fatal des quarante ans, au-delà duquel le patron le déclare  » inutilisable  » ? Ou s’il est victime demain d’un accident qui fasse de lui un infirme, un mendiant pensionné ?

On dit : échouent à la Maison des pauvres ou en prison uniquement des éléments faibles ou dépravés : vieillards débiles, jeunes délinquants, anormaux à responsabilité diminuée. Cela se peut. Seulement les natures faibles ou dépravées issues des classes supérieures ne finissent pas à l’asile, mais sont envoyées dans des maisons de repos ou prennent du service aux colonies : là elles peuvent assouvir leurs instincts sur des nègres et des négresses. D’ex-reines ou d’ex-duchesses, devenues idiotes, passent le reste de leur vie dans des palais enclos de murs, entourées de luxe et d’une domesticité à leur dévotion. Au sultan Abd-ul-Hamid [2], ce vieux monstre devenu fou, qui a sur la conscience des milliers de vies humaines et dont les crimes et les débordements sexuels ont émoussé la sensibilité, la société a donné pour retraite, au milieu de jardins d’agrément, une villa luxueuse qui abrite des cuisiniers excellents et un harem de filles dans la fleur de l’âge dont la plus jeune a douze ans. Pour le jeune criminel Prosper Arenberg [3] : une prison avec huîtres et champagne et de gais compagnons. Pour des princes anormaux : l’indulgence des tribunaux, les soins prodigués par des épouses héroïques et la consolation muette d’une bonne cave remplie de vieilles bouteilles. Pour la femme de l’officier d’Allenstein, cette folle, coupable d’un crime et d’un suicide une existence confortable, des toilettes de soie et la sympathie discrète de la société. Tandis que les prolétaires vieux, faibles, irresponsables, crèvent dans la rue comme les chiens dans les venelles de Constantinople, le long d’une palissade, dans des asiles de nuit ou des caniveaux, et le seul bien qu’ils laissent, c’est la queue d’un hareng pourri que l’on trouve près d’eux. La cruelle et brutale barrière qui sépare les classes ne s’arrête pas devant la folie, le crime et même la mort. Pour la racaille fortunée : indulgence et plaisir de vivre jusqu’à leur dernier souffle, pour les Lazare du prolétariat : les tenaillements de la faim et les bacilles de mort qui grouillent dans les tas d’immondices.

Ainsi est bouclée la boucle de l’existence du prolétaire dans la société capitaliste. Le prolétaire est d’abord l’ouvrier capable et consciencieux qui, dès son enfance, trime patiemment pour verser son tribut quotidien au capital. La moisson dorée des millions s’ajoutant aux millions s’entasse dans les granges des capitalistes ; un flot de richesses de plus en plus imposant roule dans les banques et les bourses tandis que les ouvriers – masse grise, silencieuse, obscure – sortent chaque soir des usines et des ateliers tels qu’ils y sont entrés le matin, éternels pauvres hères, éternels vendeurs apportant au marché le seul bien qu’ils possèdent : leur peau.

De loin en loin un accident, un coup de grisou les fauche par douzaines ou par centaines dans les profondeurs de la mine – un entrefilet dans les journaux, un chiffre signale la catastrophe ; au bout de quelques jours, on les a oubliés, leur dernier soupir est étouffé par le piétinement et le halètement des affairés avides de profit ; au bout de quelques jours, des douzaines ou des centaines d’ouvriers les remplacent sous le joug du capital.

De temps en temps survient une crise : semaines et mois de chômage, de lutte désespérée contre la faim. Et chaque fois l’ouvrier réussit à pénétrer de nouveau dans l’engrenage, heureux de pouvoir de nouveau bander ses muscles et ses nerfs pour le capital.

Mais peu à peu ses forces le trahissent. Une période de chômage plus longue, un accident, la vieillesse qui vient – et l’un d’eux, puis un second est contraint de se précipiter sur le premier emploi qui se présente : il abandonne sa profession et glisse irrésistiblement vers le bas. Les périodes de chômage s’allongent, les emplois se font plus irréguliers. L’existence du prolétaire est bientôt dominée par le hasard ; le malheur s’acharne sur lui, la vie chère le touche plus durement que d’autres. La tension perpétuelle des énergies, dans cette lutte pour un morceau de pain, finit par se relâcher, son respect de soi s’amenuise – et le voici debout devant la porte de l’asile de nuit à moins que ce ne soit celle de la prison.

Ainsi chaque année, chez les prolétaires, des milliers d’existences s’écartent des conditions de vie normales de la classe ouvrière pour tomber dans la nuit de la misère. Ils tombent silencieusement, comme un sédiment qui se dépose, sur le fond de la société : éléments usés, inutiles, dont le capital ne peut plus tirer une goutte de plus, détritus humains, qu’un balai de fer éjecte. Contre eux se relaient le bras de la loi, la faim et le froid. Et pour finir la société bourgeoise tend à ses proscrits la coupe du poison.

 » Le système public d’assistance aux pauvres « , dit Karl Marx, dans Le Capital,  » est l’Hôtel des Invalides des ouvriers qui travaillent, à quoi s’ajoute le poids mort des chômeurs. La naissance du paupérisme public est liée indissolublement à la naissance d’un volant de travailleurs sans emploi ; travailleurs actifs et chômeurs sont également nécessaires, ces deux catégories conditionnent l’existence de la production capitaliste et le développement de la richesse. La masse des chômeurs est d’autant plus nombreuse que la richesse sociale, le capital en fonction, l’étendue et l’énergie de son accumulation, partant aussi le nombre absolu de la classe ouvrière et la puissance productive de son travail, sont plus considérables. Mais plus cette réserve de chômeurs grossit comparativement à l’armée active du travail, plus grossit la surpopulation des pauvres. Voilà la loi générale absolue de l’accumulation capitaliste. « 

Lucian Szczyptierowski, qui finit sa vie dans la rue, empoisonné par un hareng pourri, fait partie du prolétariat au même titre que n’importe quel ouvrier qualifié et bien rémunéré qui se paie des cartes de nouvel an imprimées et une chaîne de montre plaqué or. L’asile de nuit pour sans-abri et les contrôles de police sont les piliers de la société actuelle au même titre que le Palais du Chancelier du Reich et la Deutsche Bank.[4] Et le banquet aux harengs et au tord-boyaux empoisonné de l’asile de nuit municipal constitue le soubassement invisible du caviar et du champagne qu’on voit sur la table des millionnaires. Messieurs les Conseillers médicaux peuvent toujours rechercher au microscope le germe mortel dans les intestins des intoxiqués et isoler leurs  » cultures pures  » : le véritable bacille, celui qui a causé la mort des pensionnaires de l’asile berlinois, c’est l’ordre social capitaliste à l’état pur.

Chaque jour des sans-abri s’écroulent, terrassés par la faim et le froid. Personne ne s’en émeut, seul les mentionne le rapport de police. Ce qui a fait sensation cette fois à Berlin, c’est le caractère massif du phénomène. Le prolétaire ne peut attirer sur lui l’attention de la société qu’en tant que masse qui porte à bout de bras le poids de sa misère. Même le dernier d’entre eux, le vagabond, devient une force publique quand il forme masse, et ne formerait-il qu’un monceau de cadavres.

D’ordinaire un cadavre est quelque chose de muet et de peu remarquable. Mais il en est qui crient plus fort que des trompettes et éclairent plus que des flambeaux. Au lendemain des barricades du 18 mars 1848, les ouvriers berlinois relevèrent les corps des insurgés tués et les portèrent devant le Château royal, forçant le despotisme à découvrir son front devant ces victimes. A présent il s’agit de hisser les corps empoisonnés des sans-abri de Berlin, qui sont la chair de notre chair et le sang de notre sang, sur des milliers de mains de prolétaires et de les porter dans cette nouvelle année de lutte en criant : A bas l’infâme régime social qui engendre de pareilles horreurs !

 

repris sur tantqquil.net

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 13:33

C’est un GUD-Leaks pour le mouvement étudiant d’extrême droite. Anonymous publie les comptes-rendus de réunions internes du GUD, entre cours de combats et stratégie d’infiltration des facs. Bienvenue chez les «gentlemen fascistes».

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Le Gud pose ... avant de se faire déshabiller par Anonymous

Extrait d’un compte-rendu de réunion du GUD Lyon : « Être présent à toutes les soirées ou réunions étudiantes, mettre le côté gentleman fasciste en avant. (…) Inscription des adhérents à des clubs de combat (…) pour instaurer un climat de peur pour les gauchistes. »

Le GUD (Groupe Union Défense) est le principal mouvement étudiant d’extrême droite de ces 40 dernières années, présent aux élections universitaires sous différents prête-noms. Du lourd. Crânes rasés et blousons en cuir, croix celtiques et battes de baseball, et pourquoi pas un casque de moto vissé sur la tête quand ils font le coup de poing. De quoi égayer la vie universitaire, notamment à la fac de droit d’Assas (Paris 2), leur bastion historique.

Gud-leaks Revigoré après quelques années de calme, le GUD avait fait une rentrée en trombe et préparait d’arrache moustache les élections universitaires à venir ce printemps à Paris et à Lyon. Mais pas de bol, vendredi 27 janvier, des Anonymous lyonnais hackent le compte mail de Steven Bissuel, le boss du GUD à Lyon. Ce qui leur permet de s’emparer du compte Twitter du GUD Lyon, de hacker le site du Gud (qui renvoie désormais vers le site du mouvement antifasciste Reflexes) et de publier échanges de mails, contacts personnels et… des compte rendus de réunion internes aux différentes section du GUD à Lyon et à Paris.

Les 10 commandements du « gentleman fasciste »


(Cliquez pour agrandir)

Les réunions du GUD comme si vous y étiez:

La 1ère réunion de l’année
La réunion du 18 décembre


Des documents internes au GUD qui en révèlent beaucoup sur la stratégie et l’organisation de ce mouvement étudiant:

1  « L’UDJ, branche légale » du GUD

Cela fait bien longtemps que le GUD, trop sulfureux, ne se présentait plus sous son nom aux élections universitaires. Jusqu’à présent les anciens responsables des « Renouveau Etudiant Parisien » ou autre « Union des Etudiants d’Assas – UDEA » expliquaient qu’ils n’avaient rien à voir avec le GUD. Désormais, le compte-rendu de la réunion du GUD Paris du 29 août 2011 le revendique clairement:  « l’UDJ (Union Défense de la Jeunesse) [est] notre branche étudiante légale déposée en préfecture ».

 

2 Une stratégie d’alliance avec l’extrême droite dure

Le compte-rendu de la “1ère réunion GUD Lyon” annonce un « gros soutien des groupuscules nationalistes lyonnais » et évoque des « échanges de services (collage, bombage, etc.) ». La ligne du GUD reste bien celle de l’extrême droite nationaliste: le mouvement invite ses militants à lire 3 ouvrages : « Doctrines du nationalisme de [l’auteur anti-franc maçons] Poncard d’Assac, Histoire de France de [l’écrivain maurassien] Bainville, et…» le choix du 3e ouvrage n’était pas tranché en fin de réunion !
Des « formations doctrinales » internes avec Bruno Gollnisch , l’historien Bernard Lugan, des cadres du Renouveau Français sont également prévues. Le projet de « partage d’un local » avec les néo-païens de Terre et Peuple en dit aussi long sur les alliances possibles pour le Gud lyonnais.


Le blog de Steven Bissuel hacké par Anonymous




Le Gud vraiment déshabillé par les Anonymous feat. Alexandre Gabriac, en Une de leur blog

 


3 Une organisation militante efficace

« Le combat nationaliste » des étudiants du GUD prévoit un rythme d’actions intense, avec pour but de se faire connaître (les reprises médias sont notées dans les compte-rendus). Il s’agit aussi de recruter « quelques personnes » et  « surtout de mettre la pression sur les cocos » . Au menu des actions : manifestations, tractages (« 10 tracts différents par semaine », « 3 tractages par semaine »), militantisme en ligne et soirées.
L’organisation passe aussi par  « l’inscription des adhérents à des clubs de combat ».

4 Un folklore militant intact

Le folklore militant du GUD reste aussi intact chez ses membres qui doivent « mettre le côté gentleman fasciste en avant ». Les 10 commandements du GUD sont désormais portés à la connaissance du grand public, parmi lesquels « Les femmes, tu séduiras » et « de Ray-bans, tu te muniras ».


#FAIL: le Twitter du @GUDLyon ne répond plus


5 Mais un marketing politique soft

C’est la plus grosse surprise de ce GUD-Leaks: Les documents internes du GUD parisien révèlent un marketing politique qui n’a rien à envier au FN tendance mariniste. La réunion d’avant Noël préparait ainsi la campagne universitaire qui devait commencer en janvier, avec 3 piliers: la sécurité, l’excellence et le social. Rien de très skinhead dans ce programme qui hormis une vanne sur « la mise en place d’une formation accélérée pour les étudiants étrangers » propose la création d’un « parking privé pour les enseignants et les étudiants d’Assas », « l’amélioration de l’apprentissage des langues ». Rien de bien méchant pour la très propre campagne de l’UDJ. Certes un axe de campagne sur « le problème des chargés de TD ne parlant pas français », mais c’est tout.


Les parfaits « gentlemen fascistes » en vacances. Une autre photo qui a visiblement plu aux Anonymous


Pas de iriposte Le boss du GUD lyonnais, Steven Bissuel, inscrit en première année de droit à Lyon 2 garde la tête haute : « Notre champ d’action à nous c’est la rue, pas Internet », confie-il à StreetPress quand on lui fait remarquer que sur son blog figure désormais… une photo du jeune leader nationaliste lyonnais Alexandre Gabriac torse nu dans une chambre avec derrière lui une jeune militante en haut d’un lit superposé !

Steven Bissuel a reçu des menaces téléphoniques depuis que ses coordonnées personnelles ont été publiées par Anonymous: « On m’a dit qu’on allait me fumer, mais c’est que des appels qui restent en inconnu, c’est des lâches ». Bissuel nous envoie un texto victorieux vendredi en début de soirée : « Site, courriel récupéré et bientôt le twitter ».

Yvan Benedetti, bras-droit de Bruno Gollnisch (mais exclu récemment du FN) et membre historique de l’Oeuvre Française, s’est lui aussi fait hacker quelques jours plus tôt son site web. Comme Bissuel, il n’a pas envie de rentrer dans une cyber-guéguerre avec les militants antifascistes : « Quand je vois qu’ils s’attaquent à des institutions, aux services américains, je crois qu’on ne peut pas faire grand-chose. »

#OPLyonPropre | Ze story


L’opération « Lyon Propre » a été lancée le 14 janvier dernier. Le jour où 200 militants du groupuscule néo-fasciste Jeunesse Nationaliste manifestaient dans les rues la ville, des Anonymous antifa hackaient les sites de leur leader Yvan Benedetti pour balancer des documents confidentiels. #OPLyonPropre est le pendant français de l’Op Blitzkrieg en Allemagne qui s’était attaquée à des sites néo-nazis. Le 4 janvier les antifa allemands avaient mis en ligne le site Nazi Leaks avec les coordonnées de sympathisants néo-nazis.

FN vs. GUD ? L’épic fail du GUD tombe mal pour le groupuscule à quelques mois des élections universitaires: la publication de ces documents coïncide au jour près avec la diffusion d’un communiqué interne au Front National signé de Steeve Briois et de la patronne du Front National de la Jeunesse interdisant aux membres du mouvement de jeunesse du parti de « constituer des listes communes avec des groupuscules ennemis lors des prochaines élections étudiantes ». Les « groupuscules ennemis » cités dans le communiqué n’étant pas des organisations gauchistes, mais… « le Renouveau Français et les Jeunesses Nationalistes ».

Sollicitée par StreetPress, la directrice nationale du FNJ n’était pas joignable pour commenter le sujet, trop occupée à chercher des signatures pour Marine le Pen . De son côté, le porte-parole du FNJ Julien Rochedy nous a littéralement raccroché au nez lorsqu’on a prononcé le mot “GUD”.


Steeve Briois sort les crocs


Les « gentlemen fascistes » du GUD devront donc continuer à militer seuls et ont désormais beaucoup moins de chances de « récupérer les électeurs étudiants du FN » aux prochaines élections aux CROUS.

Reste une inconnue, la stratégie du FN, qui ne pourra plus compter sur le GUD pour s’implanter dans les facs. En 2006, les jeunes du Front National avaient déposé leur propre liste, alternative à celle des Gudards : « Agir pour un CROUS qui Mousse », avec pour mot d’ordre « Bière et Saucisson pour tous ».

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 10:12

Parmi les derniers coups bas de la présidence Sarkozy destinés aux classes populaires, la « TVA sociale » et les accords de compétitivité, annoncés dans la foulée du sommet (anti)sociale du 18 janvier et à l’occasion de l’information télévisuelle du 29 janvier, dernier figurent parmi les pires régressions économiques et sociales mises en œuvre par le pouvoir. Un pouvoir qui n’aura en définitive jamais fait autre chose que servir les intérêts très particuliers d’un tout petit groupe social (la grande bourgeoisie et le patronat) en les faisant passer pour l’intérêt général.

 

Premier coup : la "TVA sociale"

 

En quoi consiste cette « TVA sociale » longtemps défendu par Jean-Louis Borloo, et qui est dans les cartons du sarkozysme depuis 2007 ? Il s’agit, dans la langue du pouvoir, de « réduire les charges sociales qui grèvent la compétitivité nationale » en faisant « supporter une partie du coût des dépenses sociales par la consommation ». Certains, comme Copé, y verrait même une disposition anti-délocalisation favorable aux salariés français, prétextant la hausse de 3 % de la TVA en Allemagne qui aurait permis d’assurer à ce pays d’être le moteur économique de la zone euro. Dans le rétroviseur, l’alignement des taux de TVA dans l’Union européenne (le plafond a été fixé à 25 %).

 

Le problème de ladite « TVA sociale » (qui serait normalement augmentée d’1.6 en octobre prochain) est au moins triple. Sur le plan strictement économique, cette mesure est forcément inflationniste puisqu’elle elle va encourager la hausse des prix des produits fabriqués et vendues par des entreprises industrielles et commerciales qui n’ont pas vraiment l’habitude de réduire leur marge financière à l’époque actuelle de la domination du régime actionnarial. Retraduite sur le plan social, cette mesure va faire peser sur les ménages le coût d’un dispositif présenté comme un jeu à somme nulle (un transfert de financement de l’emploi à la consommation). Ce qui va davantage déprimer la consommation (surtout pour les ménages les moins susceptibles d’épargner), et encourager mécaniquement la spirale de la récession.

 

D’autre part, la « TVA sociale » parachève une politique initiée en 1993 d’exonération continuelle de cotisations sociales que les patrons doivent aux travailleurs dont ils exploitent la force de travail. Que cette décision est scandaleuse, celle qui demande à tous les consommateurs, sans distinction de position sociale, de payer aux salariés (qu’ils sont dans la majeure partie des cas) la part collective et socialisée de leur salaire que tous les idéologues patentés continuent de nommer insidieusement « charges ». La somme annuelle de ces « allègements » ou « subventions » monte aujourd’hui à 30 milliards d’euros. Autant de ressources qui manquent pour abonder les caisses de la sécurité sociale (santé et vieillesse), comme celles de l’ancienne ASSEDIC (Pôle Emploi). Quand on sait que la préconisation du MEDEF est de transférer sur le dos de ces moutons de consommateurs et de contribuables 80 % du total des cotisations sociales, le chemin (qui serait un retour, une régression) est moins long du salariat au servage, voire à l’esclavage.

 

Enfin, le dernier élément de compréhension du caractère infâme d’une telle initiative consiste à fiscaliser toujours davantage (après la CSG de Rocard et la CRDS de Juppé) la protection sociale qui ne peut dés lors pas être considérée comme une richesse pour des dominants. Eux qui ne l’envisagent que comme une dépense dont le coût censément exorbitant est de moins en moins supporter par ses principaux protagonistes en économie capitaliste, autrement dit le pouvoir patronal et actionnarial. Bien évidemment, cette fiscalisation ne relève pas de l’impôt progressif (come l’impôt sur les revenus ou les sociétés, jamais aussi bas que depuis la présidence Sarkozy), mais d’une forme d’imposition dite « proportionnelle ». Aveugle aux inégalités de revenus, elle est assise sur le prix à la consommation (ce qui signifie que les ménages les plus aisés, ceux qui peuvent épargner, y échappent en pourcentage plus que les ménages les moins riches : cf. les inégalités sociales sont aussi des inégalités fiscales).

 

Quand on rappelle enfin que la TVA permet aujourd’hui d’engranger la moitié des recettes fiscales de ce pays afin de ménager les hauts revenus consécutivement poussés vers l’épargne spéculative, on se dit que Sarkozy, jusqu’au bout, n’aura jamais dérogé ni cédé sur le mandat que sa classe d’appartenance lui a donné pour satisfaire ses intérêts et sa manière à elle de faire jouer à son bénéfice la lutte des classes. Et les « accords de compétitivité » enfoncent violemment le clou de cette servile application idéologique.

 

Second coup : les "accords de compétitivité" 

 

Un cabinet intimement lié au MEDEF, COE-REXECODE, avait déjà annoncé la couleur en pondant un rapport comparatif entre la France et l’Allemagne afin de proposer des orientations, pour ne pas dire des prescriptions concernant la compétitivité nationale. Le rapport justifie évidemment les attaques contre la retraite par répartition, les 35 heures, ou encore la fiscalité du patrimoine. Et il préconise tout aussi logiquement une baisse drastique des cotisations sociales dites « patronales ». Les pertes de recettes pour la Sécurité sociale seraient en ce cas compensées par les salariés sous la forme de la « TVA sociale » dont nous venons de parler. On le voit, l’offensive est concertée et stratégique : « business as usual ». Tourner la page des 35 heures pour Sarkozy consistera dès lors à « décider d’un délai de travail, décider de privilégier l’emploi sur le salaire ou le salaire sur l’emploi (…) si une majorité de salariés se met d’accord dans une entreprise ». Aujourd’hui, il faut l’accord individuel des salariés lorsqu’il s’agit de changer le temps de travail d’une usine menacée de fermeture. On l’a vu avec l’usine Continental de Clairoix en 2007 où les salariés avaient accepté de passer aux 40 heures pour empêcher la fermeture de l’entreprise, malgré tout actée en 2009.

 

Le dispositif sarkozyste veut donc autoriser les accords entre le patronat et les syndicats à partir du moment où ceux-ci décident ensemble que la sauvegarde de l’emploi se retraduira par le fait de baisser les salaires ou bien de travailler plus ou moins en fonction de la situation économique de l’entreprise. Le calendrier décrété par Sarkozy est extrêmement court : deux mois. Deux mois pour engager des négociations entre les « partenaires sociaux » qui dialoguent moins en égaux qu’ils sont engagés dans un rapport de force qui n’est pas vraiment favorable aujourd’hui aux salariés et à leurs représentants syndicaux. Surtout, deux mois pour décider que les accords d’entreprise seront plus importants que les accords conventionnels par branche, et pourquoi pas plus importants que le code du travail. Soit tout le contraire des conquis sociaux arrachés de haute lutte par le mouvement ouvrier depuis quasiment deux siècles ! Tout le contraire de l’histoire du droit social dans ce pays ! Faire sauter le verrou de la loi qui peut garantir une relative neutralisation des rapports de force dans l’espace de l’entreprise, c’est renforcer son caractère privé et revenir à la situation sociale antérieure où le patron est le maître sans discussion des travailleurs qu’il soumet pour en exploiter la force de travail.

 

TVA (anti)sociale et accords de compétitivité anti-Code du travail : Sarkozy, élu par une partie hélas non-négligeable des classes populaires, aura surtout bien bossé pour la grande bourgeoisie et le patronat. Il n’y a rien à redire : le bonhomme n'aura pas démérité. Et si le tour de passe-passe est opéré par le truchement de l’Etat (censément garant de l’intérêt général), et ce au nom de la valorisation de son recul hors de l’entreprise, la réponse des syndicats, du salariat et du mouvement social doit être la hauteur d’enjeux qui manifestent que la lutte des classes menée par nous signifie définitivement la civilisation quand, gagnée par ceux que nous combattons, elle signifie la régression. Littéralement, la « décivilisation ».

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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 12:08

Il y a parfois des décisions de justice qui font particulièrement plaisir. Ainsi, le tribunal de grande instance (TGI) de Paris a condamné l'Etat à verser des dommages et intérêts allant de 1.500 euros à 8.500 euros, incluse une indemnité de 2.000 euros pour les frais de procédure engagés. Qui sont les bénéficiaires de ces indemnités, dommages et intérêts ? Tout-e-s les salarié-e-s qui ont été, et sont encore, les victimes de "délais déraisonnables" quand elles et ils sont engagé-e-s dans des procédures prud'homales. Ce sont seize plaintes qui ont déjà permis d'aboutir à plus de 100.000 euros de condamnations de l'Etat. Il ne s'agit là que d'une première vague, puisque ce sont 71 assignations qui ont été placées devant le TGI depuis le 15 février de l'année dernière.

 

 

 

 

La prochaine audience est prévue le 15 février à 13h30 pour envisager le traitement des dossiers suivants. A cette occasion, seront présent-e-s le SAF (syndicat des avocats de France), les syndicats Solidaires, CGT, FO, CFDT et Unsa, le syndicat de la magistrature, les ordres des avocats des départements de la Seine-Saint-Denis, des Hauts-de-Seine et de Paris Barreaux, ainsi bien sûr que les salarié-e-s lésé-e-s par une lenteur administrative découlant d'une volonté politique de casser les conquis sociaux et les protections ouvrières inscrites dans la loi.

 

Cette action permet en outre de continuer la mobilisation contre la scandaleuse imposition du timbre fiscal à 35 euros depuis le 1er octobre dernier à chaque saisine ou recours à la justice, prud'homale ou autre (ici).

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