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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 12:32

Une petite contribution sur la dette de l'état français. Un sujet éminement opaque mais qui nous coute cher en terme de droits perdus...

 

huissier.jpgQui détient la dette de la France ? Cette question, chaque contribuable français est en droit de se la poser. Ses impôts ne servent-ils pas à payer en partie les intérêts de la dette ? Or, si l’on dispose des quelques informations générales, savoir en détail qui détient les créances françaises et pour quel montant relève du secret extrêmement bien gardé. L’opacité est totale et couverte par la loi. Enquête

1 317 milliards d’euros. Tel est le montant, fin 2011, de la dette de l’État français. Qui sont ses créanciers ? La dette est-elle concentrée entre quelques richissimes mains ? Ou répartie entre une multitude de petits épargnants, du détenteur d’une assurance vie en Picardie au retraité du Minnesota qui vit des dividendes versés par son fonds de pension ? Les prêteurs sont-ils des spéculateurs, prêts à tout pour faire monter les taux d’intérêt, ou des investisseurs tranquilles ?

« Le savoir permettrait de mesurer les conséquences potentielles d’un défaut de paiement, même partiel. Et de ne pas se retrouver dans une situation de spoliation de petits épargnants », explique Thomas Coutrot, économiste et coprésident d’Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne). Les banques européennes, et françaises, qui ont bénéficié avant Noël d’un beau cadeau de la Banque centrale européenne – un prêt à 1 % sur plus de 450 milliards d’euros – pour les inciter à acheter de la dette européenne, jouent-elles le jeu ? Pour tenter de répondre à toutes ces questions, il faut suivre le parcours d’un bon ou d’une obligation du Trésor.

42,5 milliards d’euros d’intérêts versés à des inconnus ?

Pour se financer, l’État émet des titres financiers que des investisseurs achètent. Plusieurs types de titres, avec chacun leur échéance et leur taux d’intérêt, sont régulièrement proposés à la vente [1]. C’est l’Agence France Trésor (AFT) qui gère leur mise aux enchères (adjudication). Vingt grandes banques agréées, les « spécialistes en valeur du Trésor » (« SVT », de BNP Paribas à Goldman Sachs, en passant par Natixis, la Deutsche Bank ou la Société générale), sont chargées de les écouler sur les marchés financiers. Elles savent donc à qui elles revendent éventuellement ces titres. Ensuite, obligations et bons du Trésor circulent sur les marchés, mais son détenteur final perçoit chaque année ses intérêts. Ceux-ci totalisaient 42,5 milliards d’euros – la charge de la dette – en 2010. En théorie, on devrait donc savoir à qui ils sont versés.

Sur le site de l’AFT, le citoyen curieux apprend juste que 66 % des détenteurs de la dette sont des « non-résidents ». « En gros, un tiers de la dette est détenu par des investisseurs français, un tiers au sein de la zone euro, et un tiers à l’étranger, en dehors de la zone euro », précise Tân Le Quang, responsable de la communication au sein de l’agence. Problème : « Les non-résidents peuvent être de faux non-résidents, des Français détenteurs d’un portefeuille d’obligations via un paradis fiscal », objecte Michel Husson, de l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires). « Un investisseur saoudien, qui détient de la dette française car il a investi dans un fonds d’investissement à Londres, est comptabilisé comme un investisseur britannique », complète Patrick Artus, économiste à la banque Natixis [2] « Les trois plus gros détenteurs de la dette française sont le Luxembourg, les îles Caïmans et le Royaume-Uni », lance-t-il. Les Îles Caïmans, un paradis fiscal des Caraïbes autant peuplé que Châteauroux (44 000 âmes), pourrait donc ainsi faire basculer le destin des Français ?

La dette, un secret d’État ?

Les enquêtes réalisées par l’Agence France Trésor auprès de ses vingt banques partenaires permettent d’en savoir un peu plus sur les gros acheteurs : principalement des banques centrales, des fonds souverains, des assureurs, des banques commerciales et des fonds de pension. Ce que confirme la base de données financières eMAXX, mise en place par Thomson et l’agence de presse Reuters, qui publient régulièrement la liste « des 50 plus gros détenteurs de dette souveraine française » (hors banques centrales). Nous y retrouvons des assureurs (Axa, Allianz…), des mutuelles (MMA, MAAF, Groupama…), des banques (BNP-Paribas, La Banque postale, ING…) et une multitude de fonds d’investissement, principalement européens. Nous n’en saurons pas davantage : « Ce sont les banques qui voient les flux, pas nous. Les investisseurs en dette souveraine n’ont pas l’obligation de dévoiler leur position », confie Tân Le Quang. Mais pourquoi est-il impossible de savoir qui détient quoi et combien ?

C’est pourtant simple : cette absence de transparence est inscrite dans la loi. « Les textes actuellement en vigueur [3] n’autorisent les conservateurs d’instruments financiers (…) à communiquer aux émetteurs la liste de leurs détenteurs finaux qu’aux seuls émetteurs d’actions, de bons de souscription d’actions ou d’instruments de taux donnant immédiatement ou à terme accès au capital. Par conséquent, l’Agence France Trésor (AFT) ne peut pas identifier précisément les détenteurs [des obligations et bons du Trésor] », répond, en 2010, le ministère de l’Économie et des Finances à un sénateur trop curieux. Traduction : si les entreprises ont le droit de savoir qui sont leurs actionnaires, il est interdit à l’État français de connaître ses créanciers. La dette, un secret bancaire ?

Opacité généralisée

Face à cette opacité, « nous soupçonnons une extrême concentration, confie Thomas Coutrot. On pourrait très bien disposer d’informations statistiques sur la concentration des portefeuilles et la nature de ceux qui les détiennent ». Des chercheurs suisses ont récemment révélé que 147 multinationales, tout en se contrôlant elles-mêmes, possèdent 40 % de la valeur économique et financière des dizaines de milliers de multinationales du monde entier (lire notre article). Il serait étonnant qu’il n’en soit pas ainsi pour les dettes souveraines. Selon les données présentées par la Banque des règlements internationaux (BRI), un organisme géré par 58 banques centrales nationales, les banques étrangères possédaient en juin dernier 13 % de la dette de l’État français. Soit 176 milliards d’euros, dont plus des deux tiers sont entre les mains de banques britanniques, japonaises, allemandes, états-uniennes et suisses. Mais il ne s’agit que d’un euro sur dix empruntés.

Il est pourtant tout à fait possible, en théorie, d’en savoir plus. C’est la société Euroclear France [4], un organisme boursier privé, qui est « le dépositaire central des titres français ». Elle sert d’intermédiaire entre la Banque de France et les détenteurs de titres du Trésor pour leur verser leurs intérêts ou leur pécule quand l’emprunt arrive à échéance. Un peu comme la chambre de compensation Clearstream sert, au Luxembourg, de « péage » entre les transactions financières. Euroclear France sait donc parfaitement qui détient combien à quel moment. Mais la loi l’autorise à ne pas rendre publiques ces données. Pourtant, ce sont bien les citoyens qui paient la charge de la dette.

Ivan du Roy

Photo : Dan Simpson

Notes

[1] Leur échéance de remboursement s’étale d’un à cinquante ans. Leur taux varie entre 1 % et 4 %. Plus l’échéance de remboursement est lointaine, plus le taux est élevé.

[2] Le Monde du 23 juin 2011.

[3] Notamment l’article L. 228-2 du code de commerce, décret d’application n° 2002-803 du 3 mai 2002 publié au Journal officiel du 5 mai 2002, et l’article L. 212-4 du code monétaire et financier relatif à la nominativité obligatoire

[4] Ancienne Société interprofessionnelle pour la compensation des valeurs mobilières (Sicovam).

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 12:28

Voici un article qui revient sur la fermeture de megaupload et ce que ça implique en termes de libertés sur internet...

 

 

kopimi-250x250.jpgTout Internet attendait avec une grande impatience la réaction de la député Marland Militello.. non je déconne, on était deux… Kitetoa et moi même.  Et bien voilà, c’est fait. Dans un élan incontrôlé et surtout incontrôlable dont elle seule a le secret, la député nous gratifie de son avis d’expert sur l’impact de Megaupload sur les usages du Net et son architecture. Pour elle, à n’en pas douter, il s’agit là d’une « étape importante dans l’histoire de l’internet responsable » la mise en gras n’est pas de moi, vous l’aurez bien compris. L’internet responsable (avec un petit i), ce n’est pas Internet. En fait l’internet responsable, c’est l’internet civilisé qu’elle défendait ici. Mais en temps de campagne présidentielle, on ne civilise plus Internet, on rend ces irresponsables d’internautes, responsables. À l’époque de la fermeture de Napster, la député Marland Militello pensait qu’Internet était une recette de dessert à la crème. Elle n’a donc pas vu, en ces temps anciens, jubiler les ayants-droit qui étaient persuadés d’en avoir terminé, une bonne fois pour toute, avec le piratage. Puis les ayants-droit ont découvert la General Public Licence… et ouais, pas de chance, c’était il y a plus de 10ans, séquence émotion : le code de Napster était libre, il donna ainsi naissance à un des dizaines de logiciels peer to peer. Chère Muriel, devinez quoi … en cherchant bien, je suis persuadé qu’il existe des Megaupload like tout bien packagés, avec le code source, prêts à pulluler sur Internet (comme c’est déjà d’ailleurs le cas).

Première leçon à tirer donc, ce n’est pas un scoop, la député Marland Militello n’a pas la culture du réseau lui permettant de comprendre que la fermeture de Megaupload est une étape, logique, comme celle qu’Internet a déjà vécu, et dont il s’est toujours relevé, poussé par une base d’utilisateurs toujours plus importante, induisant une intelligence collective plus importante pour pallier ces petits désagréments.

Puis, la député menace : « Car, au final, ce sont les internautes eux-même qui feront les frais du piratage en n’ayant plus qu’une offre artistique appauvrie à cause du piratage. » C’est bien connu, la création va mourir, Internet est plat, et on va tous mourir à cause de l’échange et de l’accès non marchand à la culture… pitoyable comme argument, mais tellement à l’image d’une politique de mauvaise foi pas fichue de faire la différence entre un échange non marchand et un échange marchand.

À chaque article à propos d’Internet, la député Marland Militello nous rappelle qu’« Internet est un formidable outil », c’est systématique, c’est en fait son second tic d’écriture… le premier vous le connaissez tous, nous allons y revenir plus loin. Cette formule « Internet est un formidable outil », c’est la formule magique qui précède à chaque fois une énorme connerie de sa part. Dans cet article, ça nous donne : « (NDLR : Internet) n’est pas un espace où toutes nos valeurs sont abolies, où l’on peut tout se permettre, ce qui serait d’ailleurs la négation de la liberté, la négation de l’Internet et le début de l’oppression ». Et hop le couplet d’Internet, peuplé de gens sans foi ni loi… qu’il faut C I V I L I S E R !

Nous arrivons au tic d’écriture de la député Marland Militello : « Et c’est grâce aux initiatives de notre Président de la République Nicolas Sarkozy que la communauté internationale est décidée à ne plus céder à un certain fatalisme qui pouvait exister en la matière. » Vous vous souvenez ? « Notre président de la république Nicolas Sarkozy ».

Puis ça continue : « L’Histoire de la culture se souviendra de Nicolas Sarkozy comme de « l’homme qui a dit non ». Wow ! L’histoire de la culture ! Rien que ça ! Internet se souviendra surtout de l’homme qui a permis à une mafia comme Megauload de s’enrichir sur le dos des artistes en criminalisant le P2P avec 2 HADOPI et une offre légale inexistante.

Je vous passe le pavé du milieu, la député n’ayant rien mis en gras dans ces quelques lignes et fatigué que je suis de la lire, je passe aux trucs importants de son billet.. les trucs en gras.

« En France, grâce à la majorité présidentielle et à Nicolas Sarkozy, nous sommes en avance sur le monde entier : nous avons depuis 2010 l’Hadopi dont la mission première est justement celle-ci. »

Et oui il est important ce message, car au cas où vous ne l’avez pas encore compris, c’est « grâce à notre président Nicolas Sarkozy » que le soleil se lève et que la terre tourne. La France est une Nation pionnière sur Internet qu’un seul mandat de Nicolas Sarkozy aura suffit à torpiller. Bilan de la politique numérique de notre président, le poids du numérique dans l’économie en France est inférieur au poids du numérique dans l’économie de tous nos voisins européens, et la tendance est à la nette baisse. Et oui madame la député, vous pouvez vous féliciter de vos conneries, mais les internautes ne sont pas dupes. Et ils n’oublieront pas que la politique numérique de Nicolas Sarkozy s’est bornée à la vente de systèmes de surveillance à des dictatures. Donnez nous plutôt des explications à ce sujet au lieu de nous raconter votre soupe électoraliste ridicule ! Ne venez pas nous donner des leçons de morale alors que vous défendez implicitement la vente d’armes à des dictateurs, ce contre les principes fédérateurs de notre République.

« Continuons à lutter contre la gangrène idéologique qui tente de justifier le piratage. Continuons à lutter contre cette menace pesant sur notre création et notre patrimoine culturel« .

Je passe sur la suite, vous voir parler de sécurité des échanges et de chiffrement me fait mourir de rire, il faudrait peut être commencer par assimiler les bases avant de vous lancer dans des concepts que vous ne maîtrisez pas.

 Madame la député, si je devais me faire une image de ce qu’est une gangrène pesante, vous figureriez en très bonne place.

Passons maintenant au résultat de la politique que vous défendez, je vais vous la faire simple, avec des petits dessins.

La mise à mort de Megaupload (que nous ne pleurons toujours pas) intervient dans un contexte un peu particulier, celui d’une levée de boucliers anti SOPA/PIPA, faisant suite à une minitellisation du Net. Cette minitellisation a été engagée en France par les lois iPred et HADOPI. Les ayants-droit ont pour rêve ultime de devenir les producteurs exclusifs des contenus disponibles sur Internet, monnayables selon un business model dont ils maîtrisent la chaine de A à Z. S’ils le pouvaient, les ayants-droit vous interdiraient d’uploader tout contenu, y compris les contenus que vous produisez vous même. Philippe Capron, directeur financier de Vivendi Universal, par ailleurs principal actionnaire du fournisseur d’accès Internet SFR, expliquait, il n’y a pas si longtemps que ça, que la fibre optique ne servait qu’à pirater… ça vous donne une idée du niveau de compréhension qu’on ces gens d’Internet.

Dans l’optique d’un ayant-droit, il faut comprendre que chaque contenu qu’il ne vend pas et qui est visualisé des millions de fois sur Internet, c’est autant d’argent perdu pour lui, autant de temps de cerveau disponible qu’il ne vous vendra pas… on parle bien ici d’industrie culturelle, les créateurs on s’en fout : tout comme HADOPI se fout des créateurs, tout comme iPred se fout des créateurs, tout comme PIPA et SOPA se foutent des créateurs. Le but n’a jamais été de rémunérer la création, les créateurs ne vivent pas mieux depuis HADOPI, ce malgré les 35% de « Magic » Nicolas.

Le législateur a criminalisé les échanges non marchands (le P2P), il a donc par ce biais, et ce n’est pas faute de lui avoir expliqué à maintes reprises, participé très directement à l’émergence puis au succès du direct download, dont Megaupload.

Le service de Megaupload, société fiscalement optimisée à Hong Kong et dont l’infrastructure physique se trouvait aux USA, dans l’AS de Carpathia Host et aux Pays-Bas, dans l’AS de Leaseweb, posait déjà de sérieux problèmes aux fournisseurs d’accès européens.

Les premiers à se réjouir de la fermeture de Megaupload, en France, ce ne sont donc pas les ayants-droit, mais les fournisseurs d’accès. En deux schémas, vous allez vite comprendre pourquoi

Avant HADOPI, les internautes échangeaient comme ça :

Dans ce premier schéma, les internautes échange d’AS français à AS français (de l’AS de Free à l’AS d’Orange, de l’AS d’Orange à l’AS d’SFR … etc). Le coût de la bande passante est quasi nul, car pour peu que le trafic s’équilibre, la bande passante fait l’objet d’accords de peering. Tout le monde est content, ça coûte pas un rond, il faut juste entretenir les infrastructures nationales, grassement amorties sur vos abonnements.

Comme HADOPI a criminalisé le P2P, les internautes ont commencé à utiliser des services de téléchargement, centralisés aux USA. Ce qui nous donne un truc comme ça :

Sur ce second schéma, tous les internautes qui autrefois échangeaient entre eux, en P2P, et consommaient une bande passante qui n’empruntait que les infrastructures de nos FAI nationaux, passe par des points de centralisation, l’arrivée des fibres transatlantiques, <message subliminal>un endroit rêvé pour exercer une surveillance de masse </message subliminal> , du shaping pour brider vos téléchargements, j’en passe et des meilleures.

Vous commencez donc à comprendre le problème. Personne, dans le petit monde d’Internet, n’a intérêt en France à ce qu’un service de type Megaupload, dont le trafic accusait ces derniers temps une croissance bien superieure à celle de Youtube, prospère, surtout s’il est situé de l’autre côté de l’Atlantique.

En France l’épisode Cogent avec le magnifique Stéphane Richard, qui place des douaniers dans ses routeurs pour affirmer que tout ce qui provient de Cogent est illégal, est une illustration assez connue de la problématique que nous expliquons ici.

On peut facilement en déduire qu’il en était de même pour les FAI Néo Zélandais. La collaboration avec les services américains a donc été naturelle. Il y a même fort à parier que les autorités du monde entier ont collaboré au takedown de Megaupload, poussées, non seulement par les ayants-droit, mais aussi par les fournisseurs d’accès, un peu agacés d’avoir à faire croitre leur facture de transit à sens unique.

Contrairement aux débilités éructées par la député Marland Militello sur son blog, Nicolas Sarkozy n’est pour rien au takedown de Megaupload, il n’arrêtera pas le piratage et la France n’est en avance que sur sa dette publique.

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 16:02

Voici un article de zones subversives sur le mouvement de l'autonomie italienne. Si nous

ne partageons pas tous les points de vue de l'auteur, notamment sur la qualification des Brigades Rouges de "Réformisme armé", c'est l'occasion de revenir sur un mouvement qui, avec une réelle base ouvrière, à la différence du mouvement autonome dans d'autre pays, a sur renouveler les questions posées par la lutte révolutionnaire

 

 

 

potereoperaio.jpgMarcello Tari retrace l’atmosphère de l’autonomie dans l’Italie des années 1970. Loin de la grisaille léniniste des Brigades rouges, ce « réformisme armé » mâtiné de gauchisme mortifère, l’insurrection autonome apparaît comme une fête, nourrie par le désir, le plaisir, la passion. 

 


 

Les « années de plombs » pour l’État apparaissent comme des années de jouissance pour le prolétariat. L’aventure du mouvement autonome, qui enfièvre l’Italie des années 1970, demeure méconnue. Les médias traitent cette histoire de révoltes et de luttes sur le registre judiciaire à travers les « affaires » Cesare Batisti ou Marina Petrella. Les milieux intellectuels s’intéressent davantage au gauchisme mondain de Toni Negri , ancien militant autonome qui chante les vertus du capitalisme new look. En revanche, peu d’études sérieuses se penchent sur l’effervescence de l’Autonomie italienne, sinon pour la réduire à un déchaînement de violence.

L’ouvrage de Marcello Tari replonge dans l’ambiance du « Mouvement », à travers ses tracts et ses multiples journaux. L’Autonomie, loin de se réduire à patauger dans des flaques de sang, renvoie à un mouvement qui s’attache à passionner la vie pour transformer radicalement le monde. Les attaques contre le capital s’accompagnent d’une critique radicale de la vie quotidienne.


 

 

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Radicalisation et élargissement des luttes ouvrières

 

Depuis la fin des années 1960, la tension sociale s’avive dans l’usine Fiat de Turin. Mais la collaboration des syndicats permet au patronat de contenir les désirs insurrectionnels. Dans ce contexte une révolte ouvrière devient une lutte sociale et politique contre la production et l’État. En 1969, une lutte majeure éclate à la Fiat avec une victoire qui démontre que les ouvriers peuvent former une puissance collective capable de déstabiliser le puissant patronat italien. En 1973, lorsque les ouvriers se rencontrent sans les bureaucrates syndicalistes, ils échangent leurs idées et leurs pratiques. Grève sauvage, sabotage, blocage de l’usine: de nouvelles formes de lutte émergent. 

Mais les ouvriers décident de bloquer non seulement leur usine, mais aussi toute la ville, pour s’approprier le territoire. Ce blocage total dure trois jours mais marque durablement les pratiques du mouvement ouvrier qui sort de l’usine pour occuper l’ensemble de l’espace urbain. Mais le blocage de la production renvoie également au refus du travail, pour vivre enfin pleinement. « Bloquer la production signifiait laisser libre cours aux flux du désir », résume Marcello Tari. Cantines illégales, squats, « marchés rouges »: de nouvelles pratiques, par la construction d’espaces autonomes et autogérés, se répandent depuis l’usine de Mirafiori de Turin pour embrasser l’ensemble du territoire métropolitain. 

En 1973, le présidant chilien Allende est assassiné. La peur d’un coup d’État fasciste devient plus concrète. Les dirigeants du Parti communiste italien (PCI) décident de se rapprocher de la Démocratie chrétienne (DC). Les autres communistes commencent à s’armer.


 

Idées et pratiques nouvelles

 

Le Mouvement se distingue des multiples groupuscules gauchistes à la prose illisible qui grouillent sur les vagues de contestation sociale. L’Autonomie comprend de multiples courants politiques avec toutes les variétés du marxisme et de l’anarchisme, mais aussi le luxembourgisme, le dadaïsme, et un marxisme libertaire influencé par les idées situationnistes ou conseillistes. Potere Operaïo concocte un étrange mélange de léninisme et de spontanéisme. Mais la volonté léniniste de construire un parti se dissout dans l’ampleur du Mouvement. 

L’Autonomie semble diverse et non réductible à une idéologie. Le refus de la délégation politique et du réformisme demeurent ses traits les plus saillants. Le désir de subversion et la réinvention quotidienne du communisme unissent les multiples subjectivités radicales qui composent ce mouvement. 

Entre 1973 et 1975, des collectifs autonomes déclenchent des luttes dans les quartiers populaires romains à partir des problèmes liés au logement. Ses conflits semblent massifs avec 3000 logements occupés et 25 000 auto réductions qui concernent l’électricité, le gaz, l’eau, le téléphone. A Turin, des auto réductions s’organisent dans les transports en commun. A Milan des expropriations se déroulent dans les supermarchés. En 1974, des groupes tentent d’entrer gratuitement dans des concerts de rock. Ses diverses piques se répandent et traduisent le mot d’ordre issu des luttes ouvrières: de la revendication à l’appropriation. 

En mars 1973, à Bologne, l’Autonomie ouvrière organisée réunit les assemblés et comités ouvriers de différentes villes. 


 

 

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Nouveaux sujets révolutionnaires

 

De 1974 à 1976, Milan devient le lieu de convergences de multiples luttes et expériences autonomes. La contestation sociale s’étend au-delà du mouvement ouvrier et des usines de Turin. « Prenons la ville ! » devient le slogan de l’organisation Lotta Continua et de tout un mouvement. L’Autonomie forme alors « une constellation de collectifs, de revues, de comités, de singularités qui se reconnaissent dans ce paradigme de la subversion » selon Marcello Tari.

Des actions directes sont organisées. Mais le mouvement autonome se distingue des groupes clandestins, comme les Brigades rouges, qui fétichisent la violence pour prendre le pouvoir et non pour le détruire. L’action violente doit exprimer le désir du mouvement et non être planifier par une avant-garde qui se vit comme une « délégation prolétarienne ». Les exploités, ouvriers mais aussi employés, critiquent l’assujettissement au travail, à l’image de la caissière obligée de sourire. Les chômeurs, les étudiants, les femmes et les minorités sexuelles, composent la « plèbe » selon l’expression de Foucault, et deviennent des nouveaux sujets révolutionnaires. 

Des journaux, comme Rosso, et autres revues permettent d’exprimer une subjectivité radicale, avec une critique de la culture, de l’intellectuel et toute forme de médiation. « La théorie de la révolution veut dire une pratique directe de la lutte de classes » affirme Mario Tronti. Les rues et les places deviennent des « territoires libérés » pour permettre une convergence des désirs. Le Mouvement transforme le quotidien en ouvrant des espaces de rencontres. « C’était un autre monde, oui, tout autre que les places désertifiées, plastifiées et hypersurveillées des métropoles européennes aujourd’hui » souligne Marcello Tari.

Les lycéens s’opposent à « l’organisation capitaliste des études ». La « société de répression », contre les drogues et l’homosexualité, est critiquée y compris au sein des organisations politiques imprégnées par la morale sexuelle du gauchisme. 

 

 

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Jouir plutôt que travailler

 

Le Mouvement porte la guerre sociale dans la vie quotidienne et refuse la séparation entre le politique et le personnel. Les rapports humains, qui reposent sur des bases sexistes et classistes, sont attaqués. L’amour, l’amitié, la sexualité doivent devenir révolutionnaire. Cette perspective débouche vers des luttes de libération. 

Le refus du travail doit permettre « l’habitation d’un temps libéré, antiproductif et fortement érotisé » selon Marcello Tari et s’inscrit dans une critique, non seulement du capitalisme, mais aussi de la vie quotidienne. Le travail demeure perçu comme un rapport d’exploitation mais aussi comme une aliénation des individus. Face au capital, l’Autonomie riposte par la jouissance et le communisme comme « totalité de la libération ». « La pratique du bonheur est subversive lorsqu’elle se collectivise » affirme le journal A/traverso

Dans un article intitulé « De la lutte salariale à la nouvelle subjectivité ouvrière » analyse le passage de la « revendication des besoins » à « l’explosion des désirs ». L’affrontement investit la vie quotidienne. « On veut parler ici de la lutte contre le commandement, contre les chefs, contre la hiérarchie et en même temps, du refus ouvrier de la machine bureaucratique léniniste, quel que soit le groupe qui la propose » continue l’article. La libération des désirs s’attaque à toutes les formes d’autorité, de contrainte, de soumission. 

Le Mouvement se caractérise par sa diversité et se révèle sauvage et indomptable. L’Autonomie refuse toute forme d’unification ou de centralisation.

 

 

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Libération des désirs

 

L’autonomie féministe se distingue du féminisme légaliste. Les féministes autonomes s’attaquent au travail domestique et remettent en cause l’ordre patriarcal et la famille. Des groupes d’« autoconscience » permettent aux femmes d’échanger leurs expériences, d’exprimer leurs désirs et de critiquer leurs conditionnements sociaux. Ce féminisme, à l’image de l’Autonomie, s’attaque à tous les dispositifs de pouvoir et aspire à balayer toutes les normes. « Les thèmes du corps, de la sexualité, de la psychanalyse, envahissent les collectifs d’usines, de quartiers, les dispensaires, de même que la théorie marxiste des besoins, rapportée à la matérialité de l’oppression sexuelle des femmes, et à la « critique de la survie affective » imprègne les deux groupes issus de collectif milanais de via Cherubini » observe Lea Melandri. L’autorité des petits chefs mâles du Mouvement se voit contestée et ridiculisée. 

Bifo et A/traverso distinguent un clivage entre une autonomie qui s’attache à une direction centralisée et « l’autonomie comme capacité de vivre ses propres besoins, ses propres désirs, en dehors de toute logique de négociation avec le gouvernement ». 

Dans le sillage de l’autonomie féminisme émerge des mouvements homosexuels. Ils pratiquent également des groupes d’autoconscience. La lutte contre la répression sexuelle s’intensifie. Après le slogan « Prenons la ville », le nouveau mot d’ordre devient « Reprenons la vie » pour élaborer une pratique collective du bonheur. « Où que l’on aille à l’époque, il y avait des endroits, des rues, des maisons, des lieux où on pouvait faire de nouvelles rencontres, construire des langages, étreindre des corps, fabriquer des machines de guerre au-delà et à l’encontre de tout conventionnalisme » souligne Marcello Tari. 

 

 

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Passionner la vie

 

Les jeunes prolétaires politisent la contre-culture. La revue Re Nudo organise des rassemblements musicaux et politiques. Des jeunes refusent de payer l’entrée des concerts et perturbent les représentations des pseudo-stars. Des lycées sont occupés pour contester l’autorité des professeurs. Des auto-réductions se pratiquent dans les cinémas et les restaurants. A l’occasion d’occupations de places du centre des fêtes sont improvisées. « Nous ne préparons pas des festivals, nous créons des situations » affirme le journal Puzz dans une veine situationniste. 

 

Le journal A/traverso et Radio Alice expriment l’esprit du Mouvement et insistent sur la réalisation des désirs. A/traverso estime que le groupe devient une alternative à la famille, au parti, et à toutes les organisations hiérarchisées. Mais le groupe ne doit pas se replier sur lui-même mais être lié à l’ensemble du Mouvement. Radio Alice s’attache à la destruction de l’ordre symbolique et linguistique pour permettre une multiplication des désirs. Dans le sillage du mouvement dada, la séparation entre l’art et la vie est abolie pour passionner le quotidien.

 

 

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Luttes insurrectionnelles

 

Le Mouvement de 77 apparaît comme l’apogée de l’Autonomie. Le contexte est différent de celui des grandes grèves ouvrières. Le capitalisme s’est restructuré et le secteur industriel décline. Mais les salariés du secteur des services, les travailleurs précaires, les chômeurs, les étudiants forment un prolétariat diffus. « Du travail pour tous, mais très peu et sans aucun effort » devient le slogan scandé par les manifestants, loin des revendications salariales traditionnelles. 

 

Le gouvernement démocrate chrétien impose des mesures de rigueur. Une université est occupée par les étudiants après une agression fasciste. La contestation s‘amplifie, contaminée par l‘esprit de l‘Autonomie. « On respirait dans les cortèges un climat de fête et de guerre, d’érotisme et de créativité, qui avaient caractérisé l’irruption des différents mouvements autonomes de libération » décrit Marcello Tari. Le 5 février, toutes les facultés romaines sont occupées. Dans les universités, les étudiants sont rejoints par le jeune prolétariat: les Indiens métropolitains. Ils expriment une créativité joyeuses inspirée par les mouvements dada et surréaliste. Ils participent aux manifestations autonomes en criant des slogans comme « Orgasme libre ». Une inscription gigantesque barre la façade de l’université romaine: « L’imagination détruira le pouvoir et un éclat de rire vous enterrera ». Les interventions des petits bureaucrates qui respirent l’ennui militant sont perturbées, tout comme les cours. 

Mais le PCI, qui dirige la mairie, tente de déloger les occupants. Pourtant, le terrible service d’ordre du PCI fuit à l’assaut des autonomes. La police attaque l’université, mais les occupants parviennent à s’échapper. Selon Marcello Tari cet épisode révèle l’antagonisme, entre le PCI institutionnalisé et le mouvement des autonomies, « entre le socialisme des sacrifices et le communisme des désirs ».

 

 

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Apogée et chute du mouvement

 

Bologne devient l’épicentre du mouvement de 1977. Cette ville, administrée par le PCI concilie communisme et consumérisme. Dans cette ville étudiante, le mouvement privilégie la contre-culture, l’extranéité  et les pratiques de réappropriation comme les autoréductions. Mais, avec le durcissement de la répression, le Mouvement bolognais ne peut plus échapper à la confrontation directe avec l’État. Malgré la violence des affrontements, les autonomes sont soutenus par des personnes qui ne participent pas au Mouvement. « Ne pas séparer la subversion contre l’État de celle contre le quotidien, la déstabilisation du capital-État de la déstructuration de la société » explique le succès du Mouvement à Bologne selon Marcello Tari. « L’arme qu’utilise le mouvement est la plus terrible, celle de la transformation du quotidien » résume un collectif de Bologne. 

Le 12 mars, les barricades sont dégagées et le PCI pense que le mouvement est terminé. Mais de nouveaux cortèges sillonnent la ville. Une émeute éclate dans une prison qui enferme des manifestants. Mais, le lendemain, les chars occupent la ville.

 

« Nous n’appartenons plus à votre civilisation ! » scandent les manifestants à Rome. A partir du 12 mars, le mouvement de contestation prend une ampleur nationale. Un défilé de plus de 100 000 personnes sillonne la capitale. Malgré des scènes de guérilla urbaine, avec des fusillades et des bâtiments incendiés, l’insurrection ne fait aucun mort. Milan apparaît également comme un autre foyer de contestation. Mais les petites villes semblent les plus actives. Dans le sud de l’Italie, le mouvement autonome pallie l’absence d’État. Cependant, la répression s’accentue. Des attaques et des explosions visent surtout des cibles symboliques. Mais aucune action ne permet de bloquer durablement l’économie. Les premiers morts, dans un contexte de répression féroce, génèrent un délitement progressif du mouvement. Acculés à l’illégalisme par l’État policier, les autonomes peuvent difficilement rester liés aux luttes légales importantes, comme celle pour les transports gratuits. 

 

 

 

Pour vivre la révolte

 

Le livre de Marcello Tari ne se distingue pas par sa réflexion stratégique, notamment pour expliquer l’échec du Mouvement, mais permet de décrire les débats et les luttes qui animent le courant le plus radical et libertaire du mouvement révolutionnaire dans l’Italie des années 1970.

La référence à l’Italie des années 1970 est utilisée par les autonomes français noyés dans l’activisme et l’insurrectionalisme à grand spectacle, de type black block. Plutôt que la violence symbolique et minoritaire ou les alternatives de pacotille, les grands mouvements de lutte se révèlent plus efficaces. L’appropriation des entreprises et le blocage des flux de production permettent d’attaquer plus concrètement le capital. Sébastien Schifres souligne les limites d'un mouvement qui n'aspire pas à la réappropriation des moyens de production et à une perspective de révolution sociale. Surtout, le mouvement autonome ne touche que les franges précaires de la jeunesse et semble loin de contaminer l’ensemble de la société.

Mais, dans cette période de crise du capitalisme, l’Autonomie italienne dessine des perspectives émancipatrices malgré son échec. Une politique de la liberté et du désir alimente des luttes qui s’embrasent sur tous les fronts. Si les autonomes français réduisent le Mouvement à son insurrectionalisme mythifié, son originalité et sa puissance provient surtout de sa critique en actes du quotidien. Ce mouvement propage des pratiques de lutte et d’émancipation dans tous les aspects de la vie. Les sujets révolutionnaires se multiplient et l’expression libre des désirs se heurte à la logique du capital et du travail. L’Autonomie parvient à passionner la vie pour proclamer la fête et la jouissance.

 

Source: Marcello Tari, Autonomie ! Italie, les années 1970, La Fabrique, 2011

 

Repris sur zones subversives

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 06:28

Un article du Jura Libertaire sur les suites de l'expulsion du squat le TTGC à Figuerolles

 

Salut,

Une belle surprise pour les habitants de Figuerolles, quartier dans lequel se trouve(ait) le Squat Très Très Grand Cœur, expulsé jeudi matin, qui ont pu voir quelques banderoles sur les bâtiments vides de la SERM.

L’info a rapidement circulé, et quelques photos ont été prises.

On peut y lire « Ci-gît le TTCG, squat ayant accueilli des centaines de gens pendant 4 mois. Expulsé le 25/01 par le GIPN sur ordre de la SERM » ou « Bâtiment laissé vide par la SERM. 1 toit pour 10 personnes »

Face à la répression, la solidarité est notre arme !

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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 13:23

A Grenoble, a lieu depuis un certain temps une lutte contre le fait d'imposer Monéo aux étudiants. Le CROUS pour casser cette mobilisation, a envoyé la police pour empecher une diff de tract...

 

moneo.gifGrenoble, ce mercredi 25 janvier 2012, une diffusion de tracts contre monéo et la carte d’étudiant électronique a lieu sur le campus au restaurant universitaire Diderot. Des affiches sont collées à l’intérieur et à l’extérieur des locaux. Rappelons que depuis la rentrée, la carte Monéo est devenue obligatoirepour bénéficier du tarif étudiant dans les restos U. En contraignant les étudiants à s’équiper, on prépare l’arrivée de la carte d’étudiant électronique. Signalons que suite à des actions de ce type, la carte Monéo n’est plus obligatoire dans le restaurant voisin « l’Entracte ».

Mais voilà, la direction du CROUS n’entend pas lâcher du lest dans les autres restos U du campus. Vers midi et demi, deux étudiants qui distribuaient des tracts à l’intérieur du restaurant sont sommés de sortir par Nadji Cherrah, directeur des restaurants Diderot et Barnave, ce qu’ils font après quelques discussions. Peu de temps après deux autres étudiants entrent à leur tour dans le restaurant (un restaurant universitaire, donc a priori un lieu public). Ils demandent à voir le responsable. Une employée le contacte par téléphone.

Cinq minutes plus tard, apparaît Nadji Cherrah, visiblement excédé, le téléphone à la main. Il signale d’emblée qu’il est en ligne avec la police et colle le téléphone sur l’oreille d’un des étudiants. Celui-ci, croyant à une banale tentative d’intimidation, raccroche le téléphone. M. Cherrah est sans doute de ces petits chefs zélés, toujours prêt à collaborer avec la maréchaussée, mais de là à penser qu’il ait appelé la police avant même de leur avoir adressé la parole, cela semble difficile à croire. Une discussion s’engage alors avec lui et les salariés du CROUS qui l’ont accompagné.

Mais Nadji Cherrah ne bluffe pas. Il a réellement appelé la police. Voilà comment dix minutes plus tard, des policiers nationaux débarquent dans un restaurant universitaire en plein milieu du repas pour mettre fin... à une simple discussion entre deux étudiants et trois salariés du CROUS. Après avoir été expulsés du bâtiment par la police, les deux étudiants sont soumis à un contrôle d’identité. La police repart alors, non sans que M. Cherrah n’ait annoncé sa volonté de porter plainte.

La direction du CROUS sait que Monéo est une arnaque, et que les étudiants ne s’équipent que parce qu’ils y sont contraints. Plutôt que de l’admettre et de retirer ses bornes Monéo, elle envoie la police et menace de porter plainte pour une distribution de tracts. Avec une telle manière de régler les problèmes, comment s’étonner que la colère gronde parmi les salariés du CROUS ? Rappelons que le 8 décembre 2011, de nombreux salariés du CROUS se mettaient en grève pour protester notamment contre la dégradation de leurs conditions de travail. Ils attendent toujours une réponse satisfaisante de la direction...

Des étudiants opposés à Monéo et à la carte d’étudiant électronique.

PS : Et rappelez vous, Catherine Miaux, directrice du CROUS de Grenoble est toujours très heureuse de répondre au téléphone et de recevoir des mails de la part d’étudiants opposés à Monéo : 04-76-57-44-83 / catherine-miaux[a]crous-grenoble.fr



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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 13:07

Copwatch IDF vient de rouvrir malgré la censure, voici leur nouvel article...

copwatch.jpg

 

ABOU BAKARI TANDIA, 38 ans

COURBEVOIE

5 décembre 2004 - Abou Bakari Tandia est interpellé dans la rue et emmené vers 20h au commissariat de Courbevoie pour un contrôle d'identité. Tombé dans le coma dans sa cellule au cours de la garde à vue qui s'ensuit, il est transporté à minuit vers l'hôpital de la Salpêtrière à Paris. Ce n'est que le 9 décembre que sa famille est informée de l'arrestation et de l'hospitalisation d'Abou. Durant trois jours les policiers en faction à l'hôpital empêchent la famille de voir Abou, sous prétexte que la garde à vue se prolonge. Lorsqu'ils peuvent enfin accéder à Abou, les membres de sa famille trouvent son corps gonflé avec une large blessure ronde à la poitrine : il est en état de mort cérébrale et décédera le 25 janvier 2005. L'autopsie conclura à une décompensation viscérale sans en donner les causes.

Que s'est-il passé dans le commissariat de police ? Les policiers affirment qu'Abou s'est volontairement cogné la tête contre la paroi de sa cellule alors qu'aucune plaie n'est visible au crâne. Le procureur classe l'affaire sans suite en mars 2005, faute d'éléments dans l'enquête de l'IGS qui pourraient justifier sa poursuite.

En avril 2005 la famille porte plainte pour « torture et mauvais traitements ayant entraîné la mort ». S'ensuit une procédure qui dure depuis juin 2005 et rencontre des obstacles à répétition ; un policier qui affirme que la caméra de la cellule était vandalisée (ce qui sera invalidé par une nouvelle enquête de l'IGS en 2008 et aboutira à une plainte du père d'Abou), les vêtements et le dossier médical qui disparaissent et réapparaissent lorsque le père d'Abou porte plainte pour « destruction de preuves » en 2009.

Les légistes qui relisent le dossier médical « égaré » devraient livrer leurs conclusions en mai 2012.

A ce jour, les policiers ne sont pas inquiétés.

 

LAMINE DIENG, 25 ans

PARIS

17 juin 2007 - La police est appelée à intervenir dans une dispute qui oppose Lamine Dieng à sa compagne dans une chambre d'hôtel de la rue de la Bidassoa, 20ème arrondissement de Paris. A leur arrivée, ils interpellent Lamine dans la rue en usant de la force et le font monter dans le fourgon. Ils le ressortent peu après, inanimé. Lorsque les pompiers arrivent, il est déjà mort.

Que s'est-il passé dans le fourgon de police ? L’autopsie et les analyses toxicologiques concluent que le décès de M. Dieng est « très vraisemblablement » dû à une overdose (cocaïne et cannabis). Le procureur affirme qu'« une fois entravé et placé dans le car de police (...) il est devenu inerte et est décédé, malgré les gestes de survie pratiqués par les policiers et des pompiers immédiatement alertés ». Pourtant, il semblerait que le corps de Lamine a été ressorti du fourgon et laissé sur la chaussée durant près de trois heures.

A ce jour, les policiers ne sont pas inquiétés.

 

ABDELHAKIM AJIMI, 22 ans

GRASSE

9 mai 2008 - Suite à une altercation avec le personnel de sa banque, Abdelhakim Ajimi est interpellé alors qu'il rentre chez lui, le directeur de la banque ayant appelé la police. Plusieurs policiers participent à l'interpellation, au cours de laquelle Abdelhakim est maintenu à plat ventre au sol par trois policiers. Il est menotté aux pieds et aux mains. Tandis que l'un d'eux lui assène des coups de poings, un second appuie sur son dos avec son genou, alors qu'un troisième lui applique une clé d'étranglement. Des témoins attestent qu'il a du mal à respirer et que son visage devient violacé. L'un des policiers, blessé dans l'altercation (fracture de clavicule), est transporté à l'hôpital. Les policiers estiment qu'Abdelhakim n'a pas besoin d'être emmené à l'hôpital et il est transporté au commissariat dans une voiture de police. A 16h30, il est déclaré mort.

Que s'est-il passé dans la voiture de police ? Des policiers affirment qu'il était vivant mais très faible à son arrivée au poste de police, tandis que des témoins pensent qu'il était déjà mort au moment où il a été placé dans la voiture.

Alors que le préfet estime que rien ne peut mettre en cause les policiers, le rapport d'autopsie initial fait mention de « possibles signes d'asphyxie » et de « possible pathologie cardiaque », tandis que l'expertise médicale établit finalement que la mort est due à une « asphyxie mécanique » due à l’association de la pression prolongée exercée sur le thorax de la victime plaquée au sol et de son étranglement par une clé de bras.

Durant l'instruction, il a été reproché à Abdelhakim Ajimi d'avoir été agressif...

Les policiers ne sont pas suspendus. Jugés du 16 au 20 janvier 2012, le verdict sera prononcé le 24 février 2012. Le procureur requiert des peines avec sursis.

A ce jour, les policiers ne sont pas inquiétés.

 

ALI ZIRI, 69 ans

ARGENTEUIL

9 juin 2009 - Deux vieux amis, Arezki Kerfali, 61 ans, et Ali Ziri, 69 ans, reviennent en voiture d'une soirée. Ils ont bu. Contrôle de police, l'interpellation tourne mal. Les flics prétextent la rébellion et les embarquent. Ali Ziri n'en reviendra pas vivant. Transporté à 22h09 depuis le commissariat à l'hôpital, il fait un arrêt cardiaque puis sombre dans le coma, avant de décéder le 11 juin au matin.

Que s'est-il passé dans le fourgon de police ? Les deux hommes auraient été passés à tabac et Ali Ziri aurait subi la technique du pliage, consistant à plaquer le torse du prévenu sur ses genoux en exerçant une pression. La dernière expertise medico-légale conclut à « un épisode hypoxique [une diminution de la quantité d’oxygène apportée aux tissus] en rapport avec les manœuvres d’immobilisation et les vomissements réitératifs ». Le procureur requiert un non lieu.

Durant l'instruction, il a été reproché à Ali Ziri d'avoir trop bu et d'avoir eu un comportement inconséquent...

A ce jour, les policiers ne sont pas inquiétés.

 

HAKIM DJELASSI, 31 ans

LILLE

24 septembre 2009 – Hakim Djelassi est à l'hôtel avec sa copine. Vers huit heures du matin, le couple se dispute et les voisins avertissent le réceptionniste qui se presse d'appeler la police. Énervé, les flics l'embarquent. Un quart d'heure plus tard, il est déposé par eux à l'hôpital, le corps couvert d'hématomes. Il fait un arrêt cardiaque et sombre dans le coma, avant de décéder deux jours plus tard.

Que s'est-il passé dans le fourgon de police ? Malgré les hématomes sur le corps de Hakim, le parquet indique que l'autopsie ne permet pas de démontrer que la mort a été causée par des violences. Une nouvelle autopsie affirme que la cause du décès serait une consommation excessive de drogues.

A ce jour, les policiers ne sont pas inquiétés.

 

MOHAMED BOUKROUROU, 41 ans

VALENTIGNEY

13 novembre 2009 – Mohamed se rend dans une pharmacie pour acheter des médicaments. S'ensuit une altercation avec le pharmacien, qui appelle la police. Embarqué de force dans le fourgon de police, l'interpellation tourne mal. Victime d'un arrêt respiratoire dans le véhicule, Mohamed est reconduit à la pharmacie où son décès est constaté à 18h05.

Que s'est-il passé dans le fourgon de police ? Lors de la toilette mortuaire, la famille constate que le visage du défunt porte des hématomes et que sa lèvre est éclatée. Des témoins affirment que les policiers s'étaient assis sur le corps de Mohamed, mais le procureur estime que les marques sont dues à l’autopsie et au frottement sur le sol du visage de la victime lors de l’interpellation, éliminant « toute hypothèse de coups ».

A ce jour, les policiers ne sont pas inquiétés.

 

MAMADOU MAREGA, 38 ans

COLOMBES

29 novembre 2010 – Un conflit éclate entre Mamadou et son propriétaire. Mamadou s'emporte et menace physiquement ce dernier. Dix flics de la BAC interviennent et s'en prennent violemment à Mamadou : deux coups de matraque, gaz lacrymogènes et six décharges de Taser. A 1h30, il décède, entravé par les pieds et les mains dans l'ascenseur de l'immeuble et gisant dans son vomi.

Que s'est-il passé dans l'ascenseur ? La première expertise indique que le décès est lié à « une insuffisance respiratoire massive par inhalation de gaz dans un contexte de plusieurs contacts par tir de Taser », puis une seconde, constatant la présence de sang dans les poumons, conclue à un décès du à « la drépanocytose » dont Mamadou était atteint.

A ce jour, les policiers ne sont pas inquiétés.

 

WISSAM EL-YAMNI, 30 ans

CLERMONT FERRAND

31 décembre 2011 – C'est le réveillon, Wissam fait la fête avec ses copains sur le parking d'un centre commercial. Appelés, des policiers arrivent sur place. Le ton monte et il semblerait que Wissam s'en prend aux policiers en leur lançant une pierre. Des renforts de police arrivent, donc un véhicule de la brigade canine, et Wissam prend la fuite. Rattrapé par un chien puis par des policiers, il est plaqué au sol. Il reçoit des coups de pieds au dos et au thorax, ainsi que des coups de poings au visage. Lorsque ses amis arrivent sur place, il est dans la voiture. A 3h40, il gît inanimé et menotté dans le couloir du commissariat. Transporté à l'hôpital, il est dans le coma. Il meurt neuf jours plus tard sans avoir quitté le coma.

Que s'est-il passé dans le véhicule de police ? Le procureur annonce que "l'autopsie n'apporte aucun argument en faveur d'un décès directement traumatique", que "les lésions traumatiques sont superficielles" et que "la superficialité des lésions cervicales n'est pas en faveur des stigmates de strangulation". Les policiers nient évidemment toute violence.

En tout cas pour l'instant, les policiers ne sont pas suspendus.

 

ABDELILAH EL JABRI, 25 ans

AULNAY SOUS BOIS

10 janvier 2012 – Abdel se trouve dans le hall d'un immeuble avec un groupe d'amis. La BAC tourne et s'arrête, contrôle Abdel et ses amis, qui ont du shit sur eux. Le contrôle tourne à l'interpellation et trois jeunes sont menottés par les flics. Abdel perd connaissance.

L'autopsie conclue à une mort "due à une rupture de l'aorte, consécutive à une malformation cardiaque", a indiqué le parquet de Bobigny, assurant qu'"aucun traumatisme et aucune trace de coups n'ont été relevés par le médecin qui a effectué l'autopsie".

Les versions officielles écartent l'hypothèse de violences policières. Il semblerait que pour une fois, la victime était vraiment cardiaque. Pour autant, le témoignage d'un copain d'Abdel dit tout autre chose sur la réalité des faits : « À la télé, ils disent qu’il a eu un malaise cardiaque parce qu’il a pris du viagra et qu’il avait une mauvaise santé, on salit sa mémoire. La vérité, ce n’est pas celle là. Les flics sont arrivés comme des ninjas, comme si c’était Bagdad ici. Au lieu de faire un contrôle tranquille, ils l’ont plaqué contre le sol, comme un malpropre. Il en est mort. »

Encore et toujours, les policiers ne sont pas inquiétés...

 

POURTANT LA POLICE, ELLE, NOUS INQUIETE

Les policiers tuent sans ne jamais être inquiétés. A vrai dire la police ne s'inquiète jamais, elle est droite dans ses bottes. Ses régiments de cogneurs et d'étouffeurs agissent en toute impunité, déboulant dans les quartiers comme des boules dans un jeu de quilles. Et bien plus encore, depuis le 17 octobre 1961 la police est rentrée maître dans l'art de jeter dans l'autre monde les minorités un peu trop « visibles ». Pour eux, il y a toujours une bonne raison d'éliminer un pauvre s'il est étranger. Comme disait un jeune d'Aulnay-sous-Bois, si les victimes s'étaient appelées Marcel ou Philippe, ça ne se serait pas passé comme ça.

Et c'est au tour de la presse de reprendre en cœur les affirmations calomnieuses des procureurs et des préfets sur les mauvais penchants des victimes, pour légitimer la stupidité ou la barbarie des flics, pour les excuser d'avoir tordu leurs victimes dans tous les sens à grand renfort de poings et de matraques. Facile de rendre les morts coupables : untel aurait trop bu, l'autre aurait trop fumé, et quand bien même ils seraient sans défauts, ils estiment qu'ils auraient mieux fait de se tenir tranquilles. Ils voudraient nous faire avaler que leurs victimes sont mortes toutes seules.

 

Mais Messieurs les procus et les vendus : sachez que rien ne justifie JAMAIS la mise à mort d'un homme désarmé ! Et vous nous excuserez bien volontiers de penser qu'il y a plus de cardiaques parmi vous que parmi les jeunes en pleine santé que votre police assassine.

 

NOUS EXPRIMONS NOTRE SYMPATHIE ET NOTRE SOLIDARITE SANS FAILLE

POUR LES FAMILLES DES VICTIMES !

VERITE ET JUSTICE !

 

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 16:52

Les flics sont venus nous expulser ce matin vers 6h, avec renforts du GIGN, de la bac et autres bouseux.

16 personnes se retrouvent à la rue en plein hiver. Les activités du squat sont suspendues jusqu’à ce qu’on ait un nouveau lieu.

Une personne a été interpellée lors d’un rassemblement sur la place du quartier, toujours en garde à vue.

Plus d’infos à venir…

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 15:14

Organisée par le collectif Luttons contre la précarité et le CREER MNCP, une formation gratuite au droit du travail ce samedi à coté de la gare.

affiche-droit-du-travail.jpg

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 14:51

A l'heure de l'acceleration de la crise, un petit rappel sur la baisse tendancielle du taux de profit...Et ce que ce terme barbare a comme conséquences concrètes...

 

 

 

balle-dans-le-pied1.jpgRichard a joué a Euromilllions, et il en a gagné 100. Ce qui permet d’évacuer la question de l’origine du capital, encore appelée accumulation primitive…

L’objectif de Richard : le profit.

Le capital investi par Richard la première année : 100 million d’euros

Ces 100M se décompose comme ça : 15 pour les salaires, 15 pour le loyer du local de l’usine, 10 pour les matières premières, 60 pour acheter et entretenir ses machines. ( les machines coûtaient 500 millions, il a emprunté sur 10 ans ce qui si on ajoute les intérêts payés a la banque, et les frais chaque années d’entretien, de réparations, fait une moyenne de 60M par an.)

Les ouvriers produisent un beau paquet de montres de luxe.

La première année, Richard gagne 110M : il a fait 10% de profit… 

L’année suivante : Il réinvesti tout ses 110M dans sa boite. ( Ne vous inquiétez par pour lui, il vit au frais de la boite, avec d’énormes notes de frais. C’est déductible des impôts!)

Il dispose désormais d’un capital de 110M. Pour maintenir son taux de profit à 10%, il doit gagner 11M , soit 1 de plus que l’année d’avant : les ennuis commencent. Et chaque année ce sera pire ! La troisième,s’il a maintenu son tauxde profit son capital sera de 121M ! il devra donc trouver 12,1M, s’il veut maintenir un taux de profit de 10% ! La quatrième… bref.

Mais alors pourquoi absolument maintenir son taux de profit ? Après tout, c’est déjà pas mal, ce qu’il a engrangé !

Oui, c’est vrai. Mais ce qu’il a engrangé, il l’a investi : c’est son capital constant, ses machines. Et s’il l’a acheté un tel prix, s’il investi son pognon pour entretenir et améliorer son parc de machines, c’est car il espère en tirer du profit, bein tiens !

Seulement voilà : s’il investi pour 100 M et qu’il en gagne 10, ( donc les fameux 10%) c’est un capital qui rapporte. Mais supposons que malgré tout le capital qu’il investi dedans, le taux de profit chute.

Supposons que la boite ne rapporte plus que 1% de profit, alors que de fil en aiguille , toute la masse de capital investi représente 1 Milliard: donc il gagne 1% de 1 milliard, soit… 10 M!

Richard est alors bien dégouté:  son milliard investi en machines et équipement divers ne lui permet pas de gagner plus que les 100 millions de ses débuts!

On finira par conclure que ses machines ne valent pas du tout 1 milliard mais bien 100 millions : c’est tout son capital qui se dévalorise !

Conclusion : pour maintenir son capital, il doit en permanence maintenir son taux de profit ; c’est la loi N°1 du capitalisme : la fuite en avant.

Voyons maintenant les possibilités qui s’offrent a lui pour augmenter ses profits.

En sachant que s’il a une certaine marge de manœuvre, il est quand même limité.

  1. Il peut  compter sur l’augmentation de la productivité:lorsqu’il va renouveler ses machines, les nouvelles machines produiront une bien plus grande quantité de marchandises alors qu’elles couteront a l’achat a peu près pareil que les vieilles moins efficaces: moins de capital investi par rapport a la rentabilité. Ce qui l’amène à…

     

  2. Produire plus : jusqu’à un certain point, c’est possible. C’est ce qu’on appelle les capacités de production, de sa boite : la capacité maximale, en terme de machines et de main d’œuvre, de produire.

    La limite, c’est l’étendue du marché : au bout d’un moment, les riches n’ayant que deux poignets ils n’ont l’usage que d’un nombre limité de montres. Cette limite peut être repoussée : en stimulant la consommation irrationnelle des riches, en les encourageants a collectionner les montres, grâce a la pub, etc.

    Mais ça aussi, au bout d’un moment, c’est limité : ils vont finir par étouffer sous les montres !

    C’est pas fini pour autant : on peut stimuler la consommation des pauvres, en leur proposant un crédit : après tout, il paraît que si on a pas une rolex a 50 ans, on a raté sa vie !

    Ce n’est qu’un moyen de repousser l’échéance : les pauvres aussi n’ont que deux poignets, et qui plus est des capacités de remboursements de crédits réduites…

     

  3. Richard dispose d’autres leviers : il peut innover : faire des montres qui vont vachement loin sous l’eau , pour que tout le monde achète ses montres a lui, et pas celle des concurrents. Le problème, c’est que ses concurrents vont eux aussi finir par faire pareil, et le voilà revenu au même point.

  4. Enfin, il peut rogner sur les salaires: fini la rigolade !

    Là aussi, il peut le faire de plusieurs manière différentes :

    - Augmenter les cadences,

    - Augmenter le nombres d’heures de boulot sans que les salaires suivent,

    - Virer une partie des prolos sans diminuer la charge de travail,

    - Virer les vieux qui bénéficient de primes a l’ancienneté, pour les remplacer par des p’tits jeunes, voire par des intérimaires.

    Ça vous rappelle quelque chose ? C’est normal, les capitalistes d’aujourd’hui utilisent déjà tout cet arsenal. Est-ce suffisant ? Pendant un bon moment, oui, ça l’est.

C’est pour ça que Marx appelait ça la baisse tendancielle du taux de profit : en effet, le capital peut freiner, jusqu’à faire disparaître cette tendance, durant son développement. Pour un temps. Car il existe des limites : rogner sur les salaires, par exemple, fini par peser sur la consommation. Le crédit peut pallier a ça, mais pas indéfiniment… Et c’est sans compter sur les résistances ouvrières,la lutte des classes  !

Finalement, le taux de profit baisse, baisse… Et les capitalistes ne savent plus ou investir leur masses de fric de manière rentable…  C’est la crise !

 

Repris sur tantquil.net

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 08:35


 

 

  tunisia-egypt.jpg

Il y a déjà plus d'un an, le peuple tunisien se révolte. La situation politique et la colère sociale en Tunisie doivent être analysées.

 

Après les révoltes dans les pays arabes, une multitude de livres souvent médiocres tente d’analyser ses évènements. En dehors du cortège d’arabologues incompétentes ou des divers experts de pacotille, d’autres livres posent un regard plus factuel pour livrer diverses informations. Olivier Piot, grand reporter et journaliste au Monde diplomatique, décrit la « révolution tunisienne » avec des témoignages vivants.

 

  Les débuts de la révolte


La Tunisie de Ben Ali respire le jasmin sur les dépliants touristiques mais, en dehors des sentiers balisés, empeste surtout la dictature. Complicité économique et duplicité politique caractérisent les rapports entre la France et la Tunisie.

Olivier Piot est alerté le 2 janvier 2011 par un article publié sur le blog du Jura Libertaire sous le titre « Répression en Tunisie: grève nationale des lycéens ». L’enthousiasme constant du Jura libertaire semble ici pertinent. « La situation s’enlise en Tunisie: les affrontements gagnent d’autres villes » titre le blog. Olivier Piot explique l’absence d’informations par les journaux français sur la Tunisie par la censure du régimes. Pourtant, il semble évident que des journalistes qui s’intéressent peu aux luttes sociales sur leur propre territoire ne vont pas se passionner pour des révoltes qui éclatent dans des pays étrangers. Les journalistes préfèrent généralement les couloirs feutrés des palais ministériels aux saveurs de la rue. 

Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi s’immole à Sidi Bouzid. Mais deux semaines plus tard, les Tunisiens refusent toujours de s’exprimer sur le sujet. 

 

 

 

La montée de la colère


Ce n’est que dans le sud du pays qu’un Tunisien témoigne des violents affrontements avec la police qui débouchent vers les premiers morts liés à la répression des révoltes. « Il n’y a aucune « instrumentalisation politique » comme l’a déclaré le Président le 28 décembre. Sidi Bouzid, Thala, Saïda, c’est simplement un ras-le-bol des jeunes face au chômage qui gangrène ce pays » explique un syndicaliste de l’UGTT. Malgré un niveau scolaire élevé, la jeunesse ne trouve aucun débouché professionnel. Les travailleurs subissent la précarité, y compris dans le florissant secteur touristique. Ils abordent librement les difficultés liées à leur situation sociale mais refusent de critiquer Ben Ali dans un lieu public. 

L’immolation de jeunes chômeurs n’est pas un phénomène récent et inédit, mais c’est l’ampleur du phénomène qui constitue la nouveauté. 

Mais l’UGTT, principal syndicat, ne tente pas de relayer la colère sociale. Au contraire sa direction largement corrompue ne conteste pas le régime. Mais, à la base, les travailleurs s’organisent. A Gafsa, les mineurs tentent de répandre la grève générale pour lutter contre le chômage mais aussi contre l’État et son régime dictatorial. 


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Armée et religion

 

Olivier Piot revient sur l’armée, dotée d’un prestige particulier en Tunisie. Contrairement aux forces de police, l’armée apparaît comme une institution « républicaine » et bénéficie d’une bonne image auprès de la population. L’armée semble neutre. Les militaires refusent de tirer sur la foule mais ils ne peuvent pas non plus participer à un groupe politique, notamment d‘opposition au régime. Pourtant, les militaires s’attachent à défendre les intérêts des États occidentaux, la France et surtout les États-Unis. Les cades militaires de la Tunisie sont formées par la section locale du département de la Défense des États-Unis. Olivier Piot analyse de manière lucide l’attitude des États-Unis qui ont défendu leurs intérêts économiques et stratégiques. Ils s’attachent à la stabilité du régime et n’ont pas tenté de renversé Ben Ali. Seule la rue a balayé la dictature. Les États-Unis n’ont fait qu’accompagner le soulèvement populaire pour préserver l’avenir.

 

L’islam apparaît également comme une question préoccupante. Mais, si les symboles religieux irriguent la culture tunisienne, l’aliénation islamique se révèle limitée. Les jeunes portent les foulards comme des attributs de mode. « Vous savez, je suis musulmane, c’est ma culture, c’est tout. Ce foulard ne dit rien sur mes convictions religieuses. D’ailleurs, si vous tenez à le savoir, sous mon pantalon, je porte aussi un string… » témoigne une jeune femme. Pourtant l’islamisme devient un spectre constamment agité par Ben Ali et les médias occidentaux pour justifier la répression et le maintien de l’ordre politique. 

 

 

  Les causes sociales de la révolte

 

La révolte sociale s’amplifie. Avec le chômage, la population dénonce également la montée des prix des denrées alimentaires. Dans une économie administrée, avec des prix fixée par l’État, la contestation sociale devient rapidement politique. Les fractions de la bourgeoisie les plus méprisées, notamment les avocats et professeurs, s’attachent à la défense des libertés et soutiennent progressivement la colère contre le régime. La dénonciation de la répression policière fédère différents milieux sociaux. « C’est une révolte purement spontanée. Personne ne la dirige », analyse un vieux trotskyste tunisien. « Mais c’est dangereux cette pure spontanéité ! Car si personne ne donne une orientation précise à ce mouvement, il peut finir dans le chaos, l’anarchie totale et donc échouer » redoute ce marxiste-leniniste, en bon gauchiste défenseur de l’ordre. Mais il concède que c’est cette dimension spontanée et incontrôlable qui inquiète le plus le régime et l’opposition légale. 

 

Olivier Piot se penche sur l’économie tunisienne qui semble prospère. Taux de croissance élevés et propagande touristique garantissent à la Tunisie d’être bien appréciée des agences de notations. Mais, l’économie tunisienne se caractérise surtout par d’importantes inégalités sociales. Les villes les plus frappées par le chômage (non indemnisé) déclenchent le mouvement de révolte. Le 10 janvier, une grande partie des quartiers populaires des villes du sud, du centre et de l’ouest du pays s’embrasent à leur tour. 

« C’est partie à Gafsa. Dans les quartiers populaires d’El Ksar. Deux morts, des banques saccagées, des arrestations » annonce un restaurateur. La révolte s’élargie et se répand dans de nombreuses villes jusqu’ici restées à l’écart.


   

L’élargissement de la lutte


Les diplômés chômeurs et les jeunes des quartiers populaires des grandes villes rejoignent immédiatement la révolte. En revanche, la jeunesse plus privilégiée s’active virtuellement sur facebook mais descend tardivement dans la rue. Issue des quartiers pauvres, la révolte s’étend progressivement aux autres catégories de la société tunisienne. Les classes moyennes s’endettent pour s’intégrer dans la société de consommation. La bourgeoisie libérale semble également mécontente puisqu’elle se retrouve écartée du pouvoir par l’oligarchie autour de Ben Ali. Mais la bourgeoisie ne soutien pas la contestation sociale qui n’est pas propice au commerce. 

La contestation organisée semble faible. Les partis d’opposition légale collaborent avec le régime en participant aux élections, ou se révèlent inoffensifs. Les membres de l’opposition illégale (sociaux démocrates, gauchistes et islamistes) sont très souvent en exil. Les dirigeants du syndicat de l’UGTT, inamovibles et corrompus, collaborent allègrement avec le régime. Mais la contestation se développe à la base, dans les sections locales et régionales. 

Les bureaucrates de l’UGTT autorisent trois sections régionales (Sfax, Kairouan et Tozeur) à organiser la grève générale localement. 

 

« Ben Ali dégage ! » devient le slogan de la foule qui inonde la place Bourguiba à Tunis dès le 14 janvier. Ce mot d’ordre impensable quelques semaines plus tôt devient le symbole de la puissance populaire. Le dictateur doit ainsi quitter rapidement le pays après avoir tenté toutes les promesses et les réformes possibles. 

Les dirigeants du RCD tentent de récupérer la révolution pour mieux maintenir l’ordre établi. Mais la population n’est pas dupe. Les affrontements avec la police continuent pour accélérer la diffusion des libertés. Le 26 janvier, l’UGTT appelle à une grève générale particulièrement suivie pour lutter contre le nouveau régime. 

La direction de l’UGTT demande des négociations salariales. Mais ses bureaucrates déplorent des « grèves spontanées » qui bloquent plusieurs secteurs économiques du pays. La question sociale devient ainsi un enjeu central dans les luttes à venir.

 

 

   

Réflexions sur la révolte en Tunisie

 

Olivier Piot insiste sur la libération de la parole comme réalisation des « révolutions arabes ». Mais, en Tunisie, le journaliste souligne la méfiance à l’égard de la « démocratie ». Le régime de Ben Ali se présente comme démocratique et se révèle soutenu par les « démocraties » occidentales comme la France ou les États-Unis. 

Le livre d’Olivier Piot permet de restituer les faits dans leur contexte social et politique. Il insiste sur les causes sociales de la révolte tunisienne, très souvent éludées. Surtout, il rétablit un  semblant de vérité face aux diverses théories du complots qui fleurissent dans différents textes. Le complot occidental, islamiste, voire islamo-gauchiste sont souvent invoqués dans un seul but: nier l’importance des soulèvements populaires.

 

 

En revanche, l’auteur se met en scène pour raconter des anecdotes personnelles qui n’apportent pas grand-chose à la compréhension des évènements. Surtout, ce narcissisme des journalistes français se révèle indécent lorsque les reporters demeurent surtout des spectateurs passifs et relativement protégés. Les Tunisiens, au contraire, affrontent constamment la police au risque de leur vie.

 

Mais les analyses politiques qu’il présente se contentent d’une réflexion banalement sociale démocrate. « Le nouvel exécutif tunisien a fixé un cap important: la transition vers la démocratie » affirme Olivier Piot en ouverture de son livre. Pour lui, une révolution s’apparente à une chute de régime. Pourtant, même si des révoltes sociales sont à l’origine du soulèvement tunisien, cette « révolution » ne modifie en rien les rapports sociaux capitalistes, avec l’exploitation et la misère qui perdurent. L’État, avec sa répression policière, et le capitalisme perdurentmalgré la chute du régime de Ben Ali.

En revanche, la révolution tunisienne redonne sa fierté et sa dignité à tout un peuple, pourtant réputé docile et soumis. Le goût de la lutte reste dans toutes les bouches. Les libertés conquises peuvent permettre d’intensifier les révoltes à venir pour réfléchir à une autre société. Surtout, la volonté populaire apparaît comme le seul acteur de l’histoire. La rue, avec sa spontanéité indomptable, peut balayer tous les pouvoirs. 

 

Source: Olivier Piot, La révolution tunisienne. Dix jours qui ébranlèrent le monde arabe, Les petits matins, 2011

 

Repris sur zones subversives

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