Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 08:51
Lutte contre les licenciements à la Redoute: des travailleurs continuent à se battre après la trahison de la CFDT

Voici un article de Courant alternatif sur la lutte contre les licenciements à la Redoute ou les travailleurs continuent de se battre malgré la trahison de la CFDT....

Ça y est ! La CFDT vient de signer le "plan social" proposé par les repreneurs de La Redoute qui entraîne la suppression de 1200 postes. Une nouvelle fois, ce syndicat à la solde du patronat joue son rôle de liquidateur des luttes en opposition totale avec la base. Aujourd’hui, c’est le coup de massue après des semaines de lutte où une certaine autonomie a pu poindre grâce à l’action des “Redoutables”. Retour sur les dernières semaines.

Le spectacle de la division

Vendredi 21 mars, au siège social de la Redoute à Roubaix, deux camps de salarié-es se sont fait face. D’un côté, une majorité d’ouvrier-es venant de la Martinoire, le site de préparation des commandes et de logistique à Wattrelos venus réclamer la non-signature du plan social proposé par la direction ; de l’autre des salarié-es du siège social de Roubaix pour la plupart membres de l’encadrement brandissant des pancartes « Signez pour l’avenir de La Redoute ». Le spectacle de la division peut avoir lieu devant les médias, il a été savamment orchestré par le camp de la direction(1).
Clou du spectacle, Nathalie Balla et Eric Courteille (les repreneurs) ont tenté une sortie et un discours mais le tumulte et quelques jets de boulettes de papier les ont vite dissuadé. Finalement, après quelques bousculades, les pro-signatures sont repartis au turbin sous les « les moutons sont dans l’enclos, on a fait notre boulot ! » des grévistes.

L’enjeu des négociations : entre mobilisation et division

Depuis janvier et l’annonce de la suppression de 1 178 postes(2), la mobilisation n’a pas cessé. Des manifestations ont eu lieu à Roubaix, à Wattrelos, à Tourcoing et à Lille. Le site de la Martinoire a été bloqué plusieurs jours, enfin chaque semaine, au moins deux assemblées générales sont organisées. Forts de ces actions qui ont su créer un collectif de lutte, ce sont des ouvrier-es déterminé-es qui, au son d’une chanson made in Roubaix(3), ne veulent rien lâcher de leurs revendications. Pour ceux qui partent, ils réclament : 40 000 euros net de prime de licenciement + 1500 euros net par année d’ancienneté + 36 mois de congé de reclassement. Pour ceux qui restent, il faut la création d’une fiducie (caisse sociale) où Kering devra verser les mêmes sommes que les départs pour offrir une garantie et enfin pour les préretraites à 55 ans, payées à 100% pour tout le monde.

En face, la direction et l’encadrement ont réagi à la mi-mars en créant un collectif de salarié-es qui demande de signer le plan social pour l’avenir de la Redoute. Une pétition circule sur internet tandis que des tracts ont été diffusés grâce au matériel de la CFE-CGC, le syndicat des cadres. Ils sont d’accord avec les propositions de la direction qui propose 20 000 euros de primes de licenciements + 750 à 1.200 euros par année d’ancienneté en fonction des cas + 12 mois de reclassement.

Drame à la CFDT

Entre les deux camps, les représentants syndicaux cherchent leur place et sont tiraillés par les choix à faire. Cela est surtout valable pour la CFDT et à moindre mesure Sud (syndicat peu représentatif) car la CGT et la CFE-CGC ont choisi respectivement le camp des ouvrier-es et celui des cadres. L’enjeu est important car pour que le plan social de la direction soit adopté, il faut une majorité qui est atteinte si la CFE-CGC et la CFDT signent. Mais la base de la CFDT ne l’entend pas de cette manière et a réussi à créer un rapport de force et de persuasion à l’encontre de ses représentants pour qu’ils ne signent pas le plan social en l’état.

Ainsi le comportement du délégué central Jean Claude Blanquart est révélateur de cette tension. Depuis un bon mois, il a totalement disparu du paysage médiatico-militant et il ne vient plus qu’en catimini aux réunions de négociation. Vendredi 21 mars, avant l’ultimatum de la direction, sa base syndicale lui a lancé un message clair : « si tu signes, on brûle notre carte ». Or la veille, une représentante nationale du syndicat est venue rappeler à l’ordre les délégués syndicaux sur la ligne politique de leur organisation. Une déléguée CFDT résume la teneur des débats : « notre direction veut qu’on signe l’accord jugé suffisant par Paris, entre la direction et les salarié-es la pression est insoutenable ». Vendredi 21 mars, la base a été la plus forte mais il faut s’attendre à des règlements de compte à la CFDT qui n’hésite pas à virer les sections rebelles comme ça s’est déjà vu à Sea-France ou chez Mory-Ducros.

Les Redoutables à l’initiative

Qui est cette base capable de bousculer le dialogue social ? Ils se font appeler les “Redoutables” : ce sont des syndiqué-es ou non syndiqué-es qui travaillent quasiment tous à la Martinoire. C’est la cheville ouvrière de la Redoute et ce sont eux les premiers touchés par les licenciements et les restructurations à venir(4).
Ce groupe est composé de 150-200 personnes qui se connaissent bien car la plupart ont déjà lutté en 2008 lors d’un premier plan social qui a supprimé 672 emplois. Ce mouvement social a laissé des traces et permet d’expliquer la mobilisation actuelle et la méfiance par rapport aux directions syndicales. En effet, à l’époque, ce sont les syndicats Sud et CFDT qui ont trahi la mobilisation. « En AG tout le monde levait la main pour continuer le mouvement mais dans notre dos, Sud puis la CFDT ont signé l’accord contre une contrepartie minime : une hausse de quelques centaines d’euros pour les plus petits salaires » résume amèrement David, un ouvrier militant.

De l’aveu même des délégués CGT, les Redoutables ont réussi à s’imposer dans l’intersyndicale et à bousculer le cours des négociations. Fin février, ils ont su mettre d’accord les syndicats sur les revendications à porter. Car au départ, c’était le grand flou entre les 100 000 euros de primes de licenciement avancés par la CGT et les 20 000 euros portés par la CFDT. « Ils [en parlant des Redoutables] sont venus autour de la table, ils ont présenté la revendication des 40 000 euros et les syndicats se sont alignés. Pour reprendre une image : ils ont mis de l’eau dans le vin de la CGT et du vin dans l’eau de la CFDT et de Sud » confie David.

L’action des Redoutables ne s’arrête pas là. Ils ont rédigé et diffusé leur propre tract grâce au matériel prêté par les syndicats. Ils se réunissent et discutent. Enfin dans les AG, ils ont su maintenir une pression constante sur les chefs syndicaux pour qu’ils ne signent pas dans leur dos.

Seuls contre tous ?

La détermination sans faille des Redoutables ne doit pas occulter les obstacles qui se présentent à ce mouvement encore en devenir. La première des difficultés, c’est qu’il n’y a pas réellement de grèves à la Redoute et les blocages restent occasionnels. « On essaye de proposer plusieurs modalités de lutte aux salarié-es pour mobiliser le plus large possible » confie J-C Leroy, délégué CGT et membre de Lutte Ouvrière qui estime que les blocages ne sont pas nécessairement « l’arme la plus efficace , le plus important c’est l’ampleur du mouvement, son impact dans la boîte mais aussi à l’extérieur et dans les médias ». Le débat est là car toutes les pratiques de lutte des classes sont à re-construire dans une entreprise qui a forgé Roubaix-Tourcoing et qui maintenant apporte la misère sociale. Aux Redoutables de s’emparer de ce débat et de choisir les modalités d’action les plus efficaces pour obtenir leur dû.

Ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes car la bourgeoisie dans toutes ses déclinaisons met en place sa propagande pour anéantir cet esprit frondeur. Bien entendu, il y a le discours patronal relayé par les cadres qui appelle à la « raison » en organisant de fausse manif devant le siège social et en menaçant de déposer le bilan. Puis, il y a le discours unanime des politiques et notamment de Martine Aubry qui déclare dans la presse(5) sur France Bleu Nord, que le plan social de Pinault est « exceptionnel » et qui fait la leçon aux syndicats : « Vous avez obtenu beaucoup... L’essentiel aujourd’hui est de redresser la Redoute. ». Discours repris par l’avocat de l’intersyndicale M. Califano.
Reste les médias qui mènent leur guerre idéologique contre la lutte des classes. La Voix du Nord titre le 22 mars : « La Redoute : impasse et confusion » tandis que Le Monde(6) se fait l’écho d’une campagne de calomnie contre un délégué CGT inscrit sur les listes électorales de Lutte Ouvrière et qui est jugé de « jusqu’au boutiste ». Pourtant dans les mêmes colonnes de ce journal, on a appris en début d’année qu’à Goodyear Amiens : « Aucun salarié ne part avec moins de 60.000 euros, même avec un an d’ancienneté et au maximum les salariés partent avec 130.000 euros. »

Lutte des classes et autonomie, le levier de tous les autres changements

À la Redoute, ces slogans souvent pompeux et vides de pratiques commencent à reprendre du sens. Les Redoutables se positionnent clairement comme des prolétaires exploités et volés par un patron multimilliardaire : Pinault(7) et des repreneurs également riches à millions si l’on se réfère à la prime de départ que Nathalie Balla a reçu de son ancien employeur allemand KardstadttQuelle(8). Les ouvrier-es qui pour la plupart ont toujours travaillé à la Redoute et dont la moyenne d’âge est de 47 ans réclament leur dû pour ne pas sombrer dans la misère. À Roubaix, le taux de chômage est de 22%.

Aussi, les Redoutables prouvent par leur initiative que seule la lutte la plus autonome possible paie. Ils ont su se positionner face aux directions syndicales qui ne font plus qu’accompagner les “plans sociaux”.

Enfin, cette lutte permet de soulever les autres rapports de domination. « Nous on a pas de diplômes comme eux (en montrant les cadres) pour se reclasser. L’école ne nous a pas donné cette opportunité » déclare au micro une femme déterminée à aller jusqu’au bout de la lutte

Repost 0
Published by AL Montpellier
commenter cet article
7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 11:16

Le 26 janvier, plus de 20 000 personnes défilaient à Paris lors du Jour de Colère, une manifestation fasciste. Aux cris de « On entend plus chanter Clément Méric » et « Juifs dehors », elle s’est conclue par une émeute d’un bloc « brun » qui entendait singer les tactiques du Black Bloc.

 

L’extrême droite française a tenté de réitérer cette manifestation le 5 et 6 avril, mais cette fois ci de manière décentralisée dans 7 villes de France. Alors que les fascistes mobilisaient depuis plus de deux mois,ces manifestations ont été un cuisant échec pour l’extrême droite .

Cela a été particulièrement flagrant à Montpellier. Au lieu de la marée annoncée, cela n’a pas été une rivière, ni même un ruisselet, mais quelques gouttes… Le Jour de Colère n’a réuni qu’une soixantaine de participants, alors que le Réseau Identités, plus ou moins dirigé par Richard Roudier, avait mobilisé nationalement ses troupes.

 

Face à ce défilé un peu ridicule, la manifestation antifasciste a été un succès. Appelée par le collectif antifasciste dont fait partie Alternative Libertaire, après deux semaines de collages et de mobilisation intensive, elle a réuni plus de 500 personnes. Son cortège, dont le dynamisme offrait un contraste flagrant avec les rangs désertés du Jour de Colère a fait le tour de la ville, montrant aux fascistes que la rue ne leur appartenait pas.

En ces temps de progression de l’extrême droite et des réactionnaires de tous poils, il est toujours rassurant de voir que l’extrême droite ne parvient pas à occuper la rue.

Alternative Libertaire Montpellier.

Le 6 avril 2014

De son coté la manifestation antifasciste faisait le plein...

De son coté la manifestation antifasciste faisait le plein...

Repost 0
6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 09:56
Histoire: lutte des classes en Angleterre au XVIIIeme siècle

Voici un article de zones subversives qui montre comment la lutte des classes s'est déployée en Angleterre au XVIIIeme siècle, juste avant la Révolution industrielle, et comment le capitalisme s'est developpé sur la défaite des travailleurs...

Edward P. Thompson évoque la lutte des classes pour l'appropriation des forêts dans l'Angleterre du XVIIIème siècle. Sa reflexion historique soulève des enjeux qui demeurent actuels. Cet historien anglais se réfère à un marxisme hétérodoxe. Il a notamment écrit La formation de la classe ouvrière en Angleterre. Il ne se contente pas d’une histoire conformiste qui décrit uniquement les institutions et les évènements politiques. Il développe une histoire par en bas qui se penche sur les classes populaires et leurs conditions de vie. Dans La Guerre des forêts, il analyse la répression du braconnage et la résistance populaire.

Edward P. Thompson grandit dans un milieu lettré de l’Angleterre rurale. Il consacre son premier livre à William Morris. Ce socialiste anti-industriel demeure une figure du romantisme révolutionnaire. Edward P. Thompson préfère le socialisme utopique au dogmatisme scientifique du marxisme académique. En 1956, la révolte de Hongrie est réprimée. L’historien quitte le Parti communiste pour rejoindre le mouvement de la « Nouvelle gauche » (New Left). Il participe à la création de la New Left Review, mais s’oppose à Perry Anderson qui se réfère au stalinien Althusser. Edward P. Thompson dénonce cette version dogmatique d’une « forme religieuse du marxisme ».

En 1723, le Black Act est adopté en Angleterre. Cette législation défend la propriété privée et réprime la chasse et diverses activités.

Une bureaucratie forestière fait appliquer la loi, tout en défendant ses intérêts propres. Mais les paysans organisent une résistance collective pour garder le contrôle des terres contre les riches seigneurs qui se les accaparent. Les paysans n’hésitent pas à s’approprier le bois qui se trouve sur les terres qui ne leur appartiennent pas. Une bande de braconniers s’organise pour pouvoir prendre des animaux et riposter face aux gardes chasse. Les Blacks, amenés par le « roi Jean », incarnent la résistance populaire face au pouvoir féodal. « En 1720-1722, le parc de l’évêque fut attaqué à plusieurs reprises, sa horde de cerfs fut décimée, ses maisons brûlées, son bois détruit, et l’on fit feu sur son bétail », décrit Edward P. Thompson.

Les Blacks s’apparentent à des justiciers qui tranchent les litiges qui concernent les droits sur le bois, le pâturage et la pêche. Ils détruisent les forêts lorsque les seigneurs interdisent les paysans de prendre du bois. Mais une simple menace suffit à faire plier le pouvoir des propriétaires. Le « roi Jean » est même comparé au légendaire Robin des bois. « Le ressentiment accumulé pendant des décennies le protégea, lui et sa bande, ce qui lui permit de se déplacer au grand jour et de faire régner une justice du peuple », souligne Edward P. Thompson. Ces rebelles sociaux diffusent des pratiques de résistances individuelles. Des braconniers, des voleurs, des contrebandiers, des pêcheurs et des forestiers n’hésitent plus à enfreindre l’autorité féodale.

Mais le gouvernement royal s’attache à réprimer les Blacks. Non seulement pour leur action, mais aussi car ils peuvent devenir une force politique. « Les Blacks, pendant une année oui deux, avaient joui du soutien des communautés forestières, comme les Luddites, plus tard, jouiraient du soutien de celles du textile », observe Edward P. Thompson. Le Black Act permet alors d’imposer une répression judiciaire particulièrement dure. Il s’agit de faire des exemples pour dissuader les paysans de commettre des actions illégales. « Ce dont témoignait le Black Act, c’était le long déclin de l’efficacité des méthodes anciennes de contrôle et de discipline de classe, et leur remplacement par un moyen standard d’autorité : l’usage exemplaire de la terreur », analyse Edward P. Thompson.

Malgré sa neutralité affichée, la législation défend surtout une politique de classe pour protéger les possédants. Les droits et la satisfaction des besoins des pauvres deviennent des crimes : braconnage, vol de bois, violation de propriété privée. La loi permet de légitimer la société de classes. « Mais l’inégalité décisive résidait dans l’existence d’une société de classes, où les droits d’usage non monétaires étaient réifiés, par l’intermédiaire des tribunaux, en droits de propriété capitalistes », analyse Edward P. Thompson. Le conflit forestier oppose les utilisateurs aux exploiteurs.

Cette étude historique d’Edward P. Thompson permet une réflexion marxiste sur le droit. Selon le marxisme vulgaire, la législation se réduit à une simple "superstructure" qui reflète les nécessités d’une infrastructure des rapports de production. Les révolutionnaires ne doivent donc pas s’intéresser au droit selon cette vulgate, car il ne reflète que l’hypocrisie de la classe dominante. Pour Edward P. Thompson, le droit ne se réduit pas à une fonction mystificatrice et idéologique et mérite une étude sérieuse. Le droit dispose aussi d’une logique, avec des règles et des procédures propres. La législation permet d’organiser une société complexe. « Le « droit » était donc profondément imbriqué dans la base même des rapports de production qui, sans lui, auraient été inopérants », analyse Edward P. Thompson. Des normes concurrentes s’opposent et la loi n’incarne pas un consensus mais demeure un espace de conflit. Le droit ne se réduit pas l’idéologie d’un appareil d’État et d’une classe dirigeante. Les formes de droits expriment un conflit et un rapport de classe.

Le droit peut devenir « un instrument de choix grâce auquel ces dirigeants purent imposer de nouvelles définitions de la propriété, toujours plus à leur avantage », observe Edward P. Thompson. Le droit d’usage agraire disparaît ainsi au profit des enclosures. Mais la législation évolue également avec les luttes sociales et permet alors d’imposer des freins à l’action des dominants. La lutte autour du droit et dans les formes du droit n’est donc pas à négliger entièrement.

L’historien Philippe Minard présente ses analyses sur le texte de Thompson. Cette étude ouvre une réflexion sur la législation mais aussi sur l’opposition entre les propriétaires et les usagers. « Thompson discerne la question centrale de la propriété : l’enjeu est celui de la défense des droits collectifs contre une définition plus absolue et plus exclusive de la propriété, ouvrant la voie à l’individualisme possessif que le capitalisme fera bientôt triompher », observe Philippe Minard.

L’étude de Thompson s’inscrit dans le contexte des années 1960-1970 qui voient émerger une nouvelle histoire sociale. Cette histoire « par en bas » évoque le petit peuple, les sans grade, les délaissés et la foule des anonymes plutôt que les personnalités et les intrigues de la cour royale. L’étude sur la criminalité est privilégiée, pour lui donner un sens au regard de l’ensemble de la société. Ce courant historique permet également de se pencher sur les rouages de la justice et de l’État.

La légalité populaire conteste la légalité officielle. Cette forme de résistance s’oppose à l’exploitation économique et à la domination sociale. La « criminalité sociale » s’apparente à une forme de contestation populaire qui s’appuie la tradition des solidarités communautaires. Les droits coutumiers permettent aux paysans d’utiliser une terre qui ne leur appartient pas, notamment pour le glanage. Mais, à partir du XVIIIe, les riches propriétaires fonciers imposent des enclosures. La rentabilisation de l’investissement agricole prime sur les droits d’usage. Les clôtures interdisent l’accès et « privatisent » complètement la terre. Progressivement, « l’individualisme possessif gagne alors du terrain, ancrant dans les esprits une définition de plus en plus absolue de la propriété », décrit Philippe Minard. Le « crime social » exprime alors une protestation des dépossédés. Même si les paysans dénoncent surtout l’individualisme possessif, davantage que les structures de l’économie de marché et le principe même de propriété.

La réflexion de Thompson sur le droit semble contestable. L’historien critique bien la conception marxiste étriquée avec la législation comme simple reflet idéologique de la domination de classe. La loi permet aussi de matérialiser un rapport de force social et peut évoluer avec les luttes. Mais Thompson semble tordre le bâton dans l’autre sens. Il fait même l’apologie des mouvements strictement légalistes comme celui de Gandhi. Il semble alors s’illusionner par rapport à l’État de droit, comme supposé protecteur des libertés. C’est le rapport de force social qui fait changer la loi, et non le droit qui change le rapport de force social. Les luttes peuvent évidemment s’appuyer sur le droit, mais ne doivent pas se limiter à cet outil, au risque de devenir uniquement défensives et d’échouer.

Mais la destruction de l’Etat doit demeurer la perspective des mouvements de lutte. L’Etat n’est pas un simple instrument de la bourgeoisie comme le prétendent les marxistes-léninistes. Thompson devient alors plus intéressant que la plupart des idéologues marxistes, comme un Poulantzas redécouvert par des universitaires du Front de gauche qui aspire à gérer l'Etat plutôt qu'à le détruire. Pour eux, si l'Etat change de main, une politique différente peut être menée. Thompson montre bien que l’Etat demeure une bureaucratie autonome avec ses propres règles. Prendre le pouvoir d’Etat ne change rien. Il ne faut pas renforcer l’Etat, mais le briser pour construire une société nouvelle.

Mais Thompson permet une véritable réflexion historique. Il s’oppose au marxisme structuraliste, incarné par Althusser et Perry Anderson. Ses idéologues privilégient un marxisme mécanique et théorique qui semble coupé de la vie quotidienne. Au contraire, E. P. Thompson apprécie de reconstituer un contexte historique, de décrire des personnages, de se plonger dans les archives. Il propose une histoire empirique, en prise avec la réalité, et une description minutieuse de la vie quotidienne.

Repris sur Zones subversives

Repost 0
Published by AL Montpellier
commenter cet article
1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 07:59

DERRIERE L'ÉTIQUETTE « JOUR DE COLÈRE »,

L'EXTREME DROITE TENTERA D'OCCUPER LA RUE À MONTPELLIER

LE 6 AVRIL

Jour de colère au niveau national...

L’extrême droite progresse dans tous les domaines : la crise économique et sociale et les plans d’austérité gouvernementaux favorisent son essor. Depuis janvier est apparu un événement appelé jour de colère : il s'est présenté sous forme d'une manifestation à Paris le 26 janvier dernier rassemblant plus de 20.000 personnes. Ce rassemblement veut se faire passer pour une vague de contestations et de ras le bol de la population en essayant de s'approprier les mouvements tels que les bonnets rouges, les centres équestres, les taxis...

Jour de colère est en réalité organisé et mené par des groupes fascistes et néo nazis qui se sont réveillés à l'occasion des « manif pour tous ». Quelle aubaine pour eux de pouvoir défiler cachés derrière cette étiquette de jour de colère et de pouvoir ainsi déverser leur discours raciste, antisémite, sexiste, ultra nationaliste. C'est dans ces rangs que l'on peut entendre des slogans comme « juifs, hors de France, la France aux Français » ou encore des appels à un coup d’État militaire. Parmi les participants les plus actifs, on peut citer :

Œuvre française et jeunesses nationalistes, dissoutes en juin dernier, qui rendent hommage à Mussolini tous les ans et veulent une révolution nationale en suivant l'exemple de Pétain pendant l'occupation.

Civitas et Chrétiens en colère sont des catholiques intégristes qui demandent notamment l'interdiction de l'avortement

Les pro-dieudonné et Soral, qui par antisémitisme sont près à s'allier avec toutes les pourritures nostalgiques du nazisme.

Tous les groupes identitaires qui prônent la peur de « l'invasion étrangère » et sont responsables dans de nombreuses villes d'agressions à caractères racistes et politiques.

Jour de colère est donc bien une vitrine de l'extrême droite qui peut ainsi devenir visible en toute impunité.

...Et jour de colère à Montpellier

Fort de son « succès », Jour de colère va renouveler sa mobilisation dans plusieurs grandes villes lors du week end du 5 et 6 avril prochain : à Montpellier, l'appel est lancé pour le 6 avril. Localement, jour de colère est organisé et entretenu essentiellement par la ligue du midi, groupe identitaire islamophobe et raciste, qui s'associe régulièrement dans des débat et événements avec M. Ayoub, ex dirigeant de 3eme voie, organisation ouvertement néo nazie dissoute en juin dernier. Ainsi, pour la première fois, l’extrême droite locale va essayer de faire une apparition publique de rue et par là-même de s'ancrer sur la ville.

POUR CETTE RAISON NE LAISSONS PAS LA RUE A L'EXTREME DROITE

MANIFESTATION INTER-REGIONALE ANTIFASCISTE MONTPELLIER DIMANCHE 6 AVRIL

RENDEZ VOUS A 13H A PLAN CABANES (TRAM 3, ARRET PLAN CABANES)

Collectif antifasciste 34

Mail : antifa34@riseup.net Blog : collectifantifa34.wordpress.com

Repost 0
Published by AL Montpellier - dans Antifascisme
31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 08:51
Vive la France et vive la République?

Voici un texte sur la France, "Patrie des droits de l'homme" et pourquoi nous ne défendons, pas notre nation, dans la tradition de l'internationalisme communiste libertaire...

Il est question de « deux France ».

D’une lutte politique et symbolique entre deux courants de l’histoire qui revendiquent chacun ce mot écrasant.

La France humaniste, révolutionnaire, progressiste, « terre de combats et de révoltes », contre la France réactionnaire, fascisante et raciste.

Bonne France vs Mauvaise France. Peuple de France vs État français. République vs Monarchie. Commune vs Versailles. Front Populaire vs Vichy. Résistance vs Collaboration. Anticolonialisme vs Colonialisme.

Il est question de « paradoxes de l’histoire », révélateurs des contradictions entre ces deux grands courants essentialisés.

Nous n’y croyons pas.

Il n’y a pas une France.

Il n’y a pas deux France.

Il n’y a pas de France.

Il y a juste du vent.

Et du vent qui veut prendre des airs de grandeur.

Grandeur. Le concept qui réunit les « deux France ». Grandeur de la Révolution française, grandeur de l’Empire français. Qui assureraient toutes deux à « la France » un ascendant sur le reste du monde. Car les « deux France » sont pareillement orgueilleuses et donneuses de leçon. Elles prétendent apprendre au monde la révolte et le maintien de l’ordre, les droits de l’homme et la contre-insurrection, l’instruction publique et l’extraction des matières premières, la démocratie parlementaire et la république bananière.

Grandeur de la Libération. 8 mai 1945. France : capitulation, victoire, liesse. Algérie : bombardiers, milices, massacres. Quel paradoxe ? Quelle lutte entre deux courants de « la France » ? Ce sont les mêmes qui fêtent et qui tirent. Les « résistants » impliqués dans l’OAS seront parfaitement cohérents : c’est toujours au nom de « la France » qu’ils s’engageront. Au nom de « la France », condamnée comme par vice à remâcher le vomi de Hitler.

Grandeur de la République. La troisième, qui fournit à Vichy son administration, ses camps, son langage racial : cadres semblables, volonté en plus. Les quatrième et cinquième, qui puisent dans Vichy recensement, fichages, rafles, expulsions : techniques semblables, technologies en plus. Nous ne faisons aucun amalgame : leurs pratiques sont un amalgame. Ce sont les mêmes qui trient, les mêmes qu’on vire.

Grandeur de l’Universel. La patrie et sa capitale « portées vers l’universel », qui « offrent au monde » leurs lumières et leurs grilles de lecture civilisationnelles crucifiant les éternels attardés. Grandeur de cet universalisme français, dont la spécificité est le racisme. Grandeur du racisme français, dont la forme spécifique est l’universel. Grandeur de leur rencontre, pour propager main dans la main l’État-nation, toujours tendanciellement génocidaire.

De part et d’autre de la fausse ligne de front qui sépare les prétendues « deux France » existent quelques « idées de la France » différentes et quelques désaccords sur le chemin parcouru. Mais s’affirme la même croyance en une nécessité : « la France » devait se faire, et « la France » doit persévérer. Ces « deux France » s’agitent sur le même terrain, palabrent dans les même débats, rendent hommage à la même structure. Elles acceptent le même espace et les mêmes chronologies. Elles mettent pareillement en scène les conflits de leurs pseudo-paradoxes. Dans ce cadre, la « bonne France » sera toujours là pour rattraper la « mauvaise France ».

Il n’y a donc pas de paradoxes ni de luttes entre courants contraires dans « l’histoire de France ». Il n’y a que des volontés de sauver le concept de France.

Il n’y a pas de France. Il n’y a qu’une multiplicité de lignes brisées, dispersées, qui s’accumulent, font émerger des événements, imposent des conflits, chuchotent des amours et des haines, disposent des nous et des eux irréconciliables. Et dans les creux, des failles à habiter, des chronologies à s’approprier, des espaces à occuper. Des tensions où se glisser pour rejouer les lieux et les temps et les faire se percuter, bien au-delà des barèmes et des mesures du centre :

Les Vietnamiens crament les cartes coloniales et clament que la chronologie pseudo-libératrice française n’est pas la leur. L’ARB fait péter le château de Versailles. Des tirailleurs sénégalais passent au Vietminh. Des juifs fabriquent faux-papiers et bombes du FLN. Les rues des manifestations pour Gaza deviennent des lieux de prière. Des Basques visitent des camps de réfugiés palestiniens transformés en camps militaires. Les quartiers populaires célèbrent les fêtes nationales à coups de voitures brûlées.

« La France » est ce fourre-tout opportuniste qui cherche à réduire par tous les moyens ces lignes de failles, ces cartographies et ces chronologies télescopées, au nom de la fiction d’ensemble et d’unité.

« La France » est cette construction policière qui tente de contrôler, d’organiser et de neutraliser toutes les formes d’identification qui menacent de la saper.

« La France »,nous ne lui reconnaissons pas d’existence autre que celle d’un État, une police, des frontières. Nous ne voyons pas l’intérêt qu’il y aurait à s’en réclamer.

Anticolonialistes, résistants, communistes, étaient taxés d’antifrançais.

Ils s’en défendaient.

Ils auraient dû s’en honorer.

Nous sommes des traîtres.

Repris sur état d'exception.

Repost 1
28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 09:50
Police: la "bavure" au coeur du système

Alors que les violences policières sont toujours censées être des bavures, des choses qui ne devraient pas arriver, voici un point de vue qui explique qu'au contraire c'est cette violence qui est la raison d'être de la police. Il n'y a donc pas de bonne police des citoyens mais seulement une machine à exercer de la violence afin de préserver un ordre social...

« La violence policière est rationnellement produite et régulée par l’Etat », telle est la thèse du nouveau livre de Mathieu Rigouste, La domination policière, une violence industrielle. Trois ans après L’ennemi intérieur, ce militant et chercheur en sciences sociales analyse la transformation des violences policières dans les quartiers populaires et leurs effets sociaux sur la vie quotidienne.

De lEnnemi intérieur à ce livre, on a l’impression que l’ordre policier a été un sujet fort de votre travail. Comment en êtes-vous arrivé à ce livre ?

Je fabrique des outils pour démonter les mécanismes de la domination. Dans L’ennemi intérieur, j’avais étudié l’armée et son influence sur la société de contrôle, ce travail montrait comment les guerres coloniales ont fortement orienté la restructuration sécuritaire du capitalisme tout au long de la Ve République. La manière dont la police s’approprie des personnels, des savoirs et des pratiques, des techniques, des méthodes et des matériels formés par, pour et dans l’expérience coloniale et militaire – ce que Michel Foucault appelle les « effets de retour » – restait à approfondir. Il semblait nécessaire de faire le point sur les transformations de la police et de sa violence ces vingt dernières années. Pas pour l’amour des livres mais pour renforcer les luttes.

Comment avez-vous circonscrit votre travail d’investigation et d’action ?

Je ne fais pas semblant d’écrire sur une société dont je ne ferais pas partie et que j’observerais depuis un extérieur introuvable. Je ne veux pas masquer le fait que toutes les méthodes et toutes les problématiques sont orientées par l’enquêteur, sa position dans la société et ses points de vue. Sous couvert de distance avec le terrain, de nombreuses études masquent nécessairement les privilèges et les connivences que le chercheur entretient avec la société. Alors j’assume le fait que j’enquête depuis un endroit précis – les territoires et les classes qui subissent quotidiennement et frontalement la domination policière, puis je fournis ces éléments pour permettre de critiquer mes résultats, pour les corriger et faire avancer notre compréhension du phénomène. J’ai passé une trentaine d’années en banlieue parisienne et une quinzaine d’années dans les mouvements sociaux et militants. Je n’y ai pas fait ce que la sociologie appelle de « l’observation participante », j’appartiens à ce monde et j’y ai vécu de près les transformations de la police. J’ai formulé des hypothèses en mettant en commun les mémoires et les récits de nombreuses personnes subissant directement la domination policière et de collectifs qui luttent sur ce terrain. J’ai confronté ces hypothèses aux recherches universitaires sur la question, à un corpus d’autobiographies de policiers, à des entretiens et des récits de vie menés par d’autres chercheurs avec des policiers de différents corps et différents statuts, à l’observation des blogs de policiers et l’analyse des revues policières, de défense et de sécurité ainsi qu’aux archives de mouvements de luttes contre la violence policière. Du point de vue de l’action, je prends part aux luttes populaires contre les systèmes de domination et d’oppression. Je ne cherche pas à faire de la recherche engagée, il me semble qu’on ne peut séparer l’action, l’enquête et la vie quotidienne. Que l’investigation n’est pertinente que si elle est menée, au service des luttes et à travers elles. Ce travail est d’ailleurs le fruit de réflexions collectives et doit tout à celles et ceux qui combattent au quotidien.

Vous parlez presque d’une réactivation d’une guerre contre insurrectionnelle dans votre livre. Quels sont les contours de ce champ de bataille ?

J’observe moins une réactivation qu’un processus long où la guerre et le contrôle, l’armée et la police, s’influencent réciproquement au point de quasiment fusionner dans certaines situations. J’affirme que la contre insurrection est la grammaire, la matrice, le programme idéologique et technique qui propulse le système sécuritaire. Mais il s’agit justement ici de bien voir comment s’opère la reformulation, la traduction, l’hybridation de la contre insurrection à l’intérieur de la société française. Il ne me viendrait pas à l’esprit d’expliquer que nous vivons la même chose que la guerre d’Algérie ou que les déploiements militaires en Irak. Mais j’observe que nous faisons face, dans les enclaves ségréguées de la société post-coloniale, à une forme de contre insurrection de basse intensité, médiatique et policière. Le quadrillage militaire devient occupation policière des quartiers (polices « de proximité »), les commandos deviennent des unités d’intervention féroces (BAC…), l’action et la guerre psychologique sont prises en charge par les médias dominants, la propagande d’Etat récupère la figure de l’ennemi intérieur « fellaga manipulé par Moscou » sous la forme de « l’islamo-gauchiste » ; les camps, la torture et le système de disparition sont relayés par la prison et la garde-à-vue, les brutalités et les meurtres policiers… Je montre comment des armes, des techniques, des doctrines, des pratiques issues de la contre insurrection coloniale et militaire, passent dans le champ médiatique et policier, comment elles sont réappropriées, ré-agencées redéployées pour maintenir l’ordre social, économique et politique à l’intérieur de la métropole.

Est-ce que vous pouvez nous définir la « tactique de la tension » dont vous parlez abondamment dans votre livre ?

C’est justement cette forme de domination, régulée techniquement et rationnellement, qui puise dans les répertoires contre insurrectionnels, coloniaux et militaires, pour écraser les damnés intérieurs. C’est une référence aux mécaniques politiques qui permettent de contrôler la population en instrumentalisant la peur ou en fabriquant des ennemis de convenance. On parle souvent de « stratégie de la tension » pour désigner les « années de plomb » en Italie, dans les années 1970. L’Etat italien manipulait l’extrême droite, grâce aux services secrets, et lui faisait réaliser des attentats qu’il attribuait ensuite aux anarchistes, ce qui lui permettait de justifier la répression du mouvement ouvrier et l’écrasement des mouvements révolutionnaires. Les gestionnaires de cette stratégie étaient d’ailleurs fascinés par la méthode française de contre-insurrection. Par « tactique de la tension », j’explique que cette technique qui consiste à fabriquer des ennemis de convenance pour faciliter le renforcement sécuritaire, est passée dans le domaine policier. Techniquement, cette traduction s’opère depuis le prototype colonial et militaire de la bataille d’Alger, en 1957. La Casbah avait alors été enfermée et étranglée par des forces de quadrillage et d’occupation militaro-policières, puis pénétrée, harcelée et terrorisée par l’envoi d’unités spéciales à l’intérieur pour capturer, interroger et faire disparaître les « meneurs ». Harceler et agresser une population enfermée et étranglée, engendre forcément beaucoup de tension. J’explique que ce schéma a été redéployé sur les quartiers populaires, par l’alternance, aux manettes de l’Etat, des fractions de gauche et de droite de la classe dirigeante, qui ont multiplié les unités d’occupation et d’enfermement ainsi que les unités d’intervention et de harcèlement dans les quartiers populaires. Progressivement a ainsi été reformulée une technique d’enfermement et d’agression combinée, supportée par des ressorts idéologiques très proches de la contre-insurrection et qui tente de détruire la vie sociale et les formes d’autonomie et d’insoumissions des « populations » ciblées.

L’impérialisme c’est un concept assez fort. Dans votre travail, ça semble une évidence car vous êtes dans cette rhétorique mais si on vous demandait de le définir, vous en parleriez comment ?

Ce n’est pas de la rhétorique, l’impérialisme est un stade de développement du capitalisme et de l’Etat, qui arrive à un moment déterminé dans l’histoire de la lutte des classes. Il s’agit d’un rapport de domination à différentes vitesses et qui s’inscrit dans l’espace : c’est le processus d’expansion d’un Etat-nation partant à la conquête de territoires, de ressources et de populations en dehors de ses frontières et mettant en place des formes de dominations et de ségrégations basées sur la classe, le sexe et la race. Les géographes radicaux anglo-saxons expliquent que nous sommes entrés dans une nouvelle phase de développement de l’impérialisme qui ressemble très étrangement à la phase d’accumulation primitive qui avait donné naissance au capitalisme et qui fonctionne par la dépossession des ressources, des territoires, des cultures et des formes de vie autonomes. Je tente de montrer que les campagnes de conquête menées par les grands Etats impérialistes dans le « monde Arabe » (Irak, Afghanistan, Egypte, Syrie…) se combinent avec une dimension intérieure sur leurs propres territoires : l’expansion des mégalopoles urbaines (Grand Paris, Grand Toulouse, Nantes Métropole…). Cette expansion est supportée directement par la tension policière et vise la conquête puis la restructuration petite-bourgeoise des quartiers populaires, le renforcement du socio-apartheid, l’industrialisation de l’enfermement et la massification du néo-esclavage en prison. La police est le fer de lance de cette croisade intérieure.

Qu’est-ce que vous pensez des BAC que vous définissez comme un symbole de l’ordre sécuritaire ? Le sociologue Didier Fassin évoque la possibilité d’une cohabitation tandis que Fabien Jobard se montre plus nuancé que vous également.

Ce n’est pas une question de nuances. La BAC est emblématique de l’oppression policière contemporaine, comme les CRS représentaient bien la répression en 1968. Mais je n’ai rien en particulier contre ces unités. Toute la police est chargée de maintenir l’ordre social, économique et politique. Et la police n’est pas la seule institution à assurer cette fonction. On peut soutenir les collectifs de victimes qui demandent la dissolution de la BAC comme à Millau, car c’est une manière offensive de se rassembler, mais la dissoudre sans attaquer le monde qui la produit ne changerait pas grand chose. Les agents seraient reclassés et de nouvelles unités créées ou recomposées pour assurer l’encadrement des misérables. Les BAC sont issues des polices coloniales en métropole et restructurées autour d’un modèle « néolibéral » d’abattage intensif. Elles traduisent bien les restructurations contemporaines.

Vous dénoncez la militarisation du métier de policier mais vous passez sous silence le fait qu’elle s’est également accompagnée d’une professionnalisation et d’une meilleure formation des effectifs. Dans linvention de la violence, Laurent Mucchielli dit qu’il y a un recul des violences policières depuis 30 ans.

Je ne dénonce pas, j’essaie d’expliquer les transformations en cours. Et je ne me situe pas dans ce débat. La violence n’est pas une quantité, il n’y en a pas plus ou moins. Les formes de coercition évoluent en fonction des situations à gouverner. Si la police se perfectionne effectivement dans le nivellement de la coercition et qu’elle ne tire plus – pour l’instant, en France – à balles réelles sur les mouvements ouvriers, le nombre de personnes tuées dans les quartiers populaires ne cesse d’augmenter. Quand je finissais ce livre, en septembre 2012, 12 personnes avaient été tuées en six mois, un taux record en augmentation constante. Les armes « sub-létales » mutilent presque quotidiennement dans les cités. Dans certains quartiers, perdre un œil devient une menace quotidienne. Oui, les policiers sont mieux formés à contrôler les pauvres pour éviter de provoquer des révoltes ingérables. Mais dans les centres d’entraînement au maintien de l’ordre, c’est bien à la guerre urbaine qu’on les prépare. On ne peut pas le comprendre si l’on regarde du côté des policiers, qui essaient effectivement de tuer le moins possible, qui ont peur aussi et pour qui la coercition est minoritaire dans la journée ou dans une carrière. En regardant depuis la police, on ne perçoit pas les effets réels du renforcement sécuritaire. En l’occurrence, si l’on se place du côté de ceux qui le subissent, le constat est différent. Dans les quartiers populaires, les prisons, et les luttes sociales, la police gère un système de violence transversale qui broie la vie des gens, hier comme aujourd’hui, et qui, loin de rechercher à diminuer la violence, s’alimente et se ressource dans l’expérience coloniale et militaire.

Comment vous percevez Manuel Valls ?

Il incarne bien la gauche de gouvernement : quasiment les mêmes logiques et les mêmes pratiques que sous Sarkozy – car il s’agit toujours de soumettre et bannir les pauvres pour permettre au capitalisme de se restructurer – mais avec une propagande un peu plus subtile, un enrobage un peu plus soft et d’autant plus trompeur. Alors que sous Sarkozy, la figure de l’ennemi intérieur était récurrente, Valls se sent obligé de dire qu’il n’y a pas d’ennemi intérieur, tout en continuant à faire la même chose que ces prédécesseurs. Il ne fait aucun doute qu’il est conseillé par les mêmes personnes que Sarkozy ou Guéant, Alain Bauer parmi d’autres. Et la situation est toujours la même, les processus en cours continuent. Alors que la droite a tendance à réduire le nombre de policiers, à développer des unités féroces et à multiplier les technologies et les armements, la gauche conserve tout ça puis embauche et développe en particulier les unités d’occupation (« de proximité »). La succession de la gauche et de la droite aux manettes du gouvernement n’alterne pas les modèles mais les empile, elle assure la continuité de l’Etat et de son renforcement sécuritaire.

A la fin du livre, vous dites « organisons-nous », comment vous situez-vous politiquement ?

Du côté des opprimés, dans le camp qui veut en finir avec toutes les formes de domination. Je crois que seuls les premiers et premières concernés peuvent s’organiser pour abolir les systèmes d’oppression. Et qu’il faut tisser des alliances. J’essaye de mettre au centre de mon appareillage d’enquête les critiques et les constats des personnes qui subissent et qui luttent. Sous l’étiquette de « l’émeute », le pouvoir définit les révoltes populaires comme des sortes d’accès hystériques, des convulsions de violence sans raisons, mon travail consiste à les réinscrire dans la grande histoire des résistances à l’impérialisme. Je fais de l’enquête pour renforcer les luttes, pour décrire les mécaniques de l’oppression et cerner les rouages faibles.Ce système ne peut tenir sans la police et la prison. Je pense qu’il faut en changer, en finir avec une économie basée sur le pillage du monde au profit d’une minorité, et je crois qu’il faut pour cela rompre aussi avec les sociétés pyramidales, même celles où l’on choisit ses maîtres… Je crois que nous pouvons réussir à construire une société basée sur l’autogestion, l’entraide et le partage, sans chefs ni argent, où tout sera pour tous et où le peuple s’organisera par lui-même. La police passera alors pour une machine de domination archaïque.

Repost 1
27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 10:33
L'économie espagnole peut-elle redemarrer?

Alors qu'une manifestation monstre vient de se passer à Madrid, les médias parlent de relance économique pour ce pays pourtant exsangue... Qu'en est il vraiment?

Les médias mettent désormais en avant le nouveau « dragon » espagnol. Ça va cracher du feu ! Ce que ça veut dire, c’est qu’après 30 ans de bulle immobilière et de tourisme, l’Espagne se recentre sur ce qu’elle faisait avant sous le franquisme : produire pour les principaux pays consommateurs d’Europe en profitant d’une main d’œuvre à bas coût. Or, d’une part, au vu du nombre de pays dans le monde qui sont sur le créneau rien ne dit qu’elle va y arriver et d’autre part, tout ça ne risque pas d’améliorer les conditions de vie de la population. Voici donc une série d’articles pour comprendre les enjeux de cette « relance ». Quand on touche le fond, on ne peut que remonter…

Il faut dire que dans le pays c’est pas la fête :

- Chute de l’activité interne : 47 000 PME ont fermé, avec un record historique dans le premier trimestre 2013. Ce qui va forcément de pair avec un endettement privé qui saute au plafond.

- Puisqu’on parle de dette, celle publique est à 93,4 % [1] à la fin de cette année, une des plus fortes augmentations en UE [2]. Et la dette privée, après une légère baisse, reste quand même de 185 % du PIB annuel [3]

- Baisse de l’activité économique de 6,7 % depuis la crise [4]

- Baisse cumulée de la consommation de 10 % en 6 ans [5]. La consommation a baissé dans tous les secteurs. Pour donner un exemple assez étalon comme les voitures : la conso de voitures est passée en 5 ans de 1,5 million à 700 000 par an [6].

- Baisse de la consommation énergétique de 20 %. La misère, ça c’est écologique !

- Plusieurs grands projets, les JO de Madrid 2020 et EuroVegas, sont aujourd’hui perdus ou à la poubelle. EuroVegas, c’était 261 000 emplois fixes et 4,7 millions de visiteurs annuels dans la Communauté de Madrid [7].

- L’immobilier continue de couler [8]. La “correction” de la bulle immobilière pourrait même nécessiter la destruction d’une bonne part des 800 000 constructions vides (estimation basse) qui ont à peine été construites ou ne sont pas terminées. Voilà l’immense gâchis de la surproduction au moment même où c’est la pénurie qui touche la population.

Pour gérer le problème se pose l’idée de créer une « bad bank » qui reprenne les droits sur ces constructions et en détruise une bonne partie. Elle passerait par un gel des propriétés et un dédommagement subventionné… par l’Etat lui-même avec la thune des gens! Joli tour de passe-passe. Finalement l’idée reste de détruire le stock pour relancer l’activité. Forcément, si l’on démolit ce qui a été construit en trop, il faut construire pour la demande à venir… De vrais génies qu’on vous dit [9].

Quant aux maisons appartenant aux banques, la SAREB un organisme financé largement par l’État et qui se fait d’ailleurs appeler « banco malo » (bad bank), les a racheté avec pour but de les revendre d’ici 15 ans pour « limiter la casse »[10].

Pendant ce temps, 500 000 personnes ont été jetées à la rue, des gens vivent dehors toujours en plus grand nombre.

Des dizaines de milliers de petits proprios se sont endettés pour construire des baraques dont ils sont expulsés et qui vont être détruites. Pour les plus démunis, les dettes sont gelées… pour un an. À voir ce qu’on va faire de ces bougres au terme du sursis.

Abracadabra… t’es pauvre!

Pour se réorienter vers son objectif de devenir l’atelier de l’Europe, l’Espagne a dû faire un sacré relooking social :

- Baisse du salaire [11] : la Fondation d’études d’économie appliquée (Fedea) calcule que les salaires ont baissé en Espagne de 12 % entre 2010 et 2012. Un recul salué par le chef du gouvernement espagnol. Dans un entretien au quotidien El País, Mariano Rajoy a estimé, le 10 décembre, que pour sortir de la crise, « une des clés est la modération salariale », ajoutant : « Dans les situations de difficulté, il vaut mieux gagner un peu moins et maintenir le plus grand nombre possible de postes de travail. »

- Mise en place de la réforme du travail, qui défonce le salaire minimum, les salaires et transforme les CDI en contrats jetables[12], mais ce n’est pas une raison pour s’arrêter en si bon chemin ! L’OCDE voit grand et en demande même plus : on remet le bois de chauffe les gars [13]. Le FMI a d’ailleurs fixé son objectif : mettre le CDI au même niveau de flexibilité que les temps partiels [14]. Ben voilà, vous l’avez votre CDI pour tous !

- Ces nouvelles mesures d’austérités se rajoutent à la déjà longue liste des réformes déjà réalisées [15].

- Le taux de chômage est stable cette année à 26 % [16] ! Les arguments du pouvoir ne sont pas très différents de ceux utilisés en France. Ils consistent principalement à communiqué en affirmant systématiquement que c’est le meilleur mois… depuis la crise !

- On note que depuis novembre, on a une légère amélioration, le chômage étant passé à un peu moins de 5,9 millions de personnes. En même temps, c’est dur de faire pire [17]. De plus, un tiers des chômeurs le sont depuis plus de deux ans. Alors forcément, bon nombre d’entre eux ont des dettes, et sont insolvables. Et ça met grave dans la merde les banques espagnoles.

Les banques espagnoles entre deux sauvetages…

Les banques ont déjà été sauvées plusieurs fois en Espagne. C’est un puits sans fond. En 2008, quand tout a pété dans le monde, l’État a dû confirmer une aide de 100 milliards[18].
En juin 2012, ce sont 41,3 des 100 milliards d’euros d’aides de l’UE qui sont passées à perte et profits dans les dettes des banques.

Évidemment, toute cette maille a été donnée aux structures les plus faibles, lorsqu’elles n’ont pas été carrément nationalisées. Eh oui, comme toujours, on nationalise les pertes. Depuis 2008, six organismes sont passés sous tutelle de l’État, il en reste encore trois aujourd’hui.

Assez marrant de voir les hérauts de la nationalisation, qu’ils nous parlent donc du succès du Crédit Lyonnais, de Dexia et de Bankia. Mais on traitera un de ces quatre ce sujet de la « nationalisation » si chère aux réformards de tous poils, si utile à nous faire payer la crise plein pot. D’autres banques encore ont fusionné. Et les plus fortes ont utilisé des fonds propres et des aides d’État.

En tout, c’est l’équivalent de 25 % du PIB espagnol qui y est passé, 250 milliards d’€ !

Face à ces chiffres la crédibilité des hérauts de la nationalisation en prend un coup. Qu’ils essayent encore de nous parler du succès du Crédit Lyonnais, de Dexia et de Bankia. Mais on traitera un de ces quatre dans un autre article ce sujet de la « nationalisation » si chère aux réformards de tous poils et si utile à nous faire payer la crise plein pot.

A force de lire El pais, on aurait presque l’impression que les banques espagnoles ont été remises à flot…Que nenni ! Les chômeurs insolvables et les PME qui coulent, ça c’est pas du fictif ! On a donc désormais 13 % de créances douteuses dans les banques (15 % en 2014 selon les prévisions). Et les entreprises vulnérables seules ont en cumulé 400 milliards de dette [19].

Ce que ça veut dire, c’est qu’on peut s’attendre à un autre, et puis encore un autre « sauvetage » : on fera payer les pauvres, et au bout, rien ne nous laisse penser que ça va s’améliorer.

Pour sortir de ça, la seule solution, c’est que d’autres secteurs rattrapent tout ça, que la croissance reparte, que le chômage baisse… Du structurel quoi ! Et pour ça, le patronat offre une solution improbable, voire loufoque : la « réorientation de l’économie »

Repris sur Tantquil.net

Repost 1
Published by AL Montpellier - dans espagne crise austérité relance
commenter cet article
19 mars 2014 3 19 /03 /mars /2014 12:35
Manuels Valls, le "sauveur" de la "gauche"?

Un article de fond sur Manuel Valls, le "sauveur" de la "gauche" et le fossoyeur des droits sociaux et des libertés...

Faute de changement après la défaite de l’UMP aux élections présidentielles de 2012, on assiste à une réussite du clonage : Nicolas Sarkozy reprend vie au Ministère de l’Intérieur sous les traits de Manuel Valls. Les ritournelles et les cibles des forces répressives de l’Etat restent les mêmes. Les opérations de communication demeurent une constante.

Manuel Valls n’a pas de solution à apporter aux problèmes sociaux et n’a pas vocation à le faire. Il se retrouve au poste de premier flic de France parce qu’il sait menacer et faire du chiffre. Son boulot, c’est de faire rentrer les gens dans le rang ou de les mettre au ban de la société.
Il gère le territoire et les populations. Il ne règle pas les problèmes, il soumet et sanctionne. Manuel Valls reste le garde barrière agressif d’une république dont les contours sont flous et la définition abstraite. Il dessine lui-même les frontières de ce qui est convenable ou non, légitime ou pas. A défaut de combattre les injustices, il désigne les ennemis qu’il prétend combattre au nom des valeurs républicaines.

Pour gagner un combat, il est avantageux de désigner un adversaire à sa portée. C’est ce que fait Manuel Valls. Il nomme ses adversaires :
Les sans-papiers, plus simples à combattre que les patrons qui les exploitent, dans la droite ligne du renoncement du Parti Socialiste des années 80.
Les Rroms, parce qu’il est toujours plus facile de s’en prendre aux plus démunis et de créer un consensus autour de la haine d’autrui que de combattre le racisme.
L’islam, en tant qu’ennemi intérieur et danger pour la fameuse laïcité républicaine…
Aujourd’hui, il désigne Dieudonné comme le nouvel ennemi public N°1.

Notre garde barrière ne fait pas cela au hasard. Il remet les clés de la protestation médiatique à une personne dont il ne craint rien. Le PS ne craint pas plus le FN diabolisé que Manuel Valls ne tremble devant Soral, Dieudonné & Cie. On peut même dire le FN et le PS ont un point commun : la volonté de s’adresser au peuple dans sa globalité en excluant les classes populaires de leur programme économique. Il y a aussi les liens d’affaires qui rapprochent parfois les deux partis : un trait d’union financier apparait entre Jérôme Cahuzac et les cadres ou conseillers du FN ; le PS et le FN ont trempé aussi dans la françafrique après le déclin des réseaux Foccart.

Manuel Valls utilise la même technique que François Mitterand lorsqu’il a cherché à détruire toute contestation à gauche afin de cacher ses renoncements : transformer la colère sociale en racisme.
Ce jeu est dangereux. Parce qu’il ne fait pas disparaître la colère, ni les raisons de la colère. Bien au contraire. En faisant des discours fondés sur les tensions raciales et culturelles, Manuel Valls divise et permet le passage à l’acte à l’encontre des plus faibles. Il faut rappeler qu’avant d’être ministre, il était maire d’Evry. C’est lors d’un de ses mandats qu’il regrettait de ne pas voir assez de « blancs » dans un quartier de sa ville.

Pas assez de blancs pour dire trop de noirs. On peut aussi remarquer que lorsque Christiane Taubira a été attaquée par des racistes, Manuel Valls n’a pas mis trop de zèle à retrouver et sanctionner les fautifs. On constate également que les paroles islamophobes ou racistes des policiers se libèrent sur le net et se concrétisent sur le terrain, sans réaction franche de leur ministre.
En revanche, lorsqu’il s’agit de jouer avec l’Histoire et l’antisémitisme des années 40, sans qu’il y ait aujourd’hui de menace mortelle évidente pesant sur les juifs français, Manuel Valls assure le show. A cet endroit, il convient de rappeler que l’antisémitisme des années 40 était une doctrine promue par l’Etat Français. S’il n’est pas une doctrine officielle de l’Etat français actuel, le racisme à l’encontre des populations immigrées, musulmanes ou Rroms est aujourd’hui toléré, voire légitimé par les pouvoirs publics. Il reste aussi l’expression politique et publique de larges fractions de votants acquises au FN et à l’UMP.

Manuel Valls se positionne comme le défenseur de la communauté juive en danger. La défense d’une égalité à géométrie variable devient alors le privilège accordé par l’Etat à une communauté spécifique. Cette posture du ministre vise de toute évidence à provoquer un retour de flamme en sa faveur, et des associations comme la LICRA ou le CRIF, dupes ou complices, jouent le jeu. Peut-être pensent-elles ne pas être, in fine, les grandes perdantes des tensions sociales transformées par les renoncements de la gauche en tensions raciales et religieuses ?

En pratique, la méthode de Manuel Valls entérine le fait qu’il y a bel et bien une hiérarchie dans les discriminations. Cette vision n’est pas seulement celle de l’UMP et du FN, mais devient potentiellement recevable pour tout le champ politique, y compris à « gauche ».
Certaines discriminations sont tolérables parce que folkloriques, ancrées dans les mentalités ou résultant de lointains carnages coloniaux ; d’autres sont intolérables pour la « République » parce que plus récentes et perpétrées devant témoins. Il est plus difficile d’occulter à la population hexagonale la déportation par voie ferroviaire sur le territoire français que la déportation à fond de cale de l’Afrique vers le nouveau monde. En jouant avec le racisme et en exacerbant les distinctions, Manuel Valls rend crédible l’idée selon laquelle certains sont plus égaux que d’autres, non pas sur des bases économiques mais sur des bases raciales ou religieuses.

Toute la classe politique, du PS à l’UMP, s’est appuyée sur le FN pour détourner la colère sociale sur les immigrés et l’ennemi intérieur « musulman ».
Manuel Valls a passé un cap supplémentaire en faisant de l’antisémitisme, racisme reconnu et combattu par l’État, un miroir déformant pour la révolte des quartiers populaires.

Si on conteste, on devient antisémite. Ainsi, la lutte pour l’égalité devient un combat pour des intérêts particuliers, dans une hiérarchie bien établie. En haut, il y a les classes dominantes qui vivent tranquilles ; en bas et au milieu, la guerre fait rage, sur des critères raciaux et culturels qui évacuent les questions économiques et sociales.

L’action de Valls a pour objectif de préserver le déséquilibre économique qui existe en France en tapant sur les classes populaires et en les criminalisant au besoin. En faisant de Dieudonné (qui sert objectivement les mêmes intérêts économiques que le PS) l’incarnation de la révolte, il tente de tuer dans l’œuf toute perspective de révolte. La contestation sociale et la lutte ne peuvent dès lors être menées qu’avec une marque déposée à l’INPI.

Manuel Valls est dangereux. Il a décidé sciemment de mettre en scène un combat fictif avec un ennemi qu’il a désigné pour des raisons stratégiques. Lorsque l’Etat veut détruire un ennemi, il a les moyens de le faire discrètement. Mais Manuel Valls a préféré opter pour la médiatisation d’un combat truqué. Ce faisant, il nous étrangle en nous proposant deux alternatives lui laissant chacune toutes les cartes en main : se rallier sans conditions à sa vision de la société ou être désignés comme des racistes en puissance.
Le PS d’avant nous proposait la résignation du vote par défaut ; Manuel Valls nous propose la capitulation totale ou l’assimilation à l’une des rares formes de racisme combattue par l’Etat. Valls se sert du repoussoir Dieudonné pour tendre le nouveau piège de la « République ».

Repris sur la presse bourgeoise.

Repost 0
17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 09:24
Les fascistes français essayent de satelliser un certain Islam

Une certaine extrême droite qui surfe sur la vague de la manif pour tous essaye de satelliser les franges les plus réactionnaires de l'Islam français pour en faire un sous-marin de l'extrême droite auprès des populations immigrées...

La photo est tirée du site officiel de l’Institut Civitas. Au mois de juillet dernier, Alain Escada leader de Civitas explique que les périls qui menacent la France chrétienne et l’ordre naturel des choses, sont la "théorie du genre" et l’islamisation. Autrement dit, les musulmans, leur présence dans le monde et particulièrement en France sont perçues comme "non naturel" et à traiter de la même manière que les "LGBT".

La présence de musulmans en France est un problème "gravissime", un danger pour Civitas. Pourtant, depuis 4 ans cette organisation catholique intégriste a des contacts avec l’UOIF afin de mettre en place une campagne "unitaire" et se servir des musulmans comme force de frappe. C’est donc en toute logique que Civitas a pris contact avec Alain Soral, qui lui aussi a décidé de recruter des supplétifs dans les quartiers et l’immigration. Leur campagne commune a décollé sous l’impulsion des réseaux d’Alain Soral. D’abord Abdellali Baghezza (alias Albert Ali), puis Farida Belghoul ont établi le contact et fait la promotion auprès d’un public musulman, et des quartiers, des thèses défendues par Civitas.

Avec une bonne dose de mensonges et d’exagération les sbires de Soral ont fait basculer beaucoup des nôtres dans la panique. Leur objectif est de les enrôler comme tirailleurs dans un combat qui n’a aucun intérêt pour eux. Parce qu’au terme de ce combat, ils seront les suivant de la liste. Lutter contre l’islamophobie sera difficile car nos forces auront été divisées. C’est d’ailleurs dans cette logique que le FN sponsorise les réseaux soraliens.

Soit les Farida Belghoul, Albert Ali et autres Cardet se font manipuler et ils sont la parfaite illustration de ce qu’est un "idiot utile" en Politique. Soit ils sont conscients de ce qu’ils font et tentent de croquer un petit bénéfice et une reconnaissance offerte par leurs supérieurs, et cela fait d’eux des traitres.

Dans les deux cas, ils sont néfastes et acceptent de se placer dans le rôle du supplétif colonial parce qu’ils sont fascinés par le pouvoir économique et culturel de leurs maîtres. En somme ceux qui se prétendent musulmans et qui collaborent avec Civitas et les droites radicales pour enrôler les quartiers dans leurs croisades, sont soit des idiots utiles ou des traitres à leur "communauté": vielle recette coloniale. Rien de neuf sous le drapeau tricolore.

Repost 0
Published by AL Montpellier - dans islam fasciste manif pour tous
commenter cet article
14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 14:50
Les milices poussent comme des champignons en Bulgarie

Les milices se multiplient en Bulgarie, comme dans un certain nombre de pays en crise en Europe. Voici un article sur les milices xénophobes eu Bulgarie...

Des « patrouilles citoyennes » se sont constituées pour effectuer des rondes dans les quartiers de Sofia fréquentés par les migrants. Un phénomène inquiétant qui va de pair avec la banalisation du discours néonazi et xénophobe, alors que la Bulgarie connaît une hausse spectaculaire du nombre de migrants, en provenance notamment de Syrie.
C’est un quartier au coeur de Sofia, que l’on a baptisé la « Petite Jérusalem ». On y trouve une église orthodoxe, la cathédrale catholique de la capitale, la grande mosquée de Sofia et la synagogue à deux cent mètres l’une de l’autre. Longtemps symbole de l’harmonieuse coexistence des différents cultes d’un peuple réputé pour sa tolérance, cet endroit est depuis deux mois une zone sensible.

Des centaines de musulmans, dont de nombreux migrants, se donnent habituellement rendez-vous à côté de la mosquée. Mais le spectacle de cette foule dérange désormais certains Bulgares. Plus alarmant encore : cette série d’agressions d’étrangers dans les rues adjacentes au cours des dernières semaines. L’une des victimes, un Bulgare d’origine turque, est toujours dans un état grave à l’hôpital.

Depuis deux semaines, des « patrouilles citoyennes » se sont invitées et prétendent assurer la sécurité aux alentours de la rue commerçante Pyrotska. Une vingtaine d’hommes en civil, la plupart âgés d’une vingtaine d’années, encadrés par trois ou quatre « chefs ». Seul signe distinctif : une bande tricolore aux couleurs du drapeau bulgare (blanc-vert-rouge) à la main droite. L’opération est supervisée par M. Boyan Rasate, la petite quarantaine, vieux ténor du choeur nationaliste qui, depuis quelques mois, abonde de nouvelles recrues qui vocifèrent contre les réfugiés. Le statut de ces « patrouilles citoyennes » est complètement illégal.

La mairie de Sofia précise qu’elle n’a pas autorisé les nationalistes à assurer l’ordre dans la capitale. De même, la police n’a pas donné son accord à cette « initiative citoyenne ». Ces patrouilles n’ont donc aucune prérogative légale, ne sont pas armées et ne devraient pas pouvoir intervenir, sinon en signalant aux autorités d’éventuelles infractions à la loi, comme tout citoyen peut le faire. « On ne peut pas les arrêter, ils ne font que se promener comme tous les autres », se justifient ainsi les policiers. Du coup, les forces de l’ordre ne font rien pour mettre fin au spectacle des nationalistes qui pavanent au milieu de la foule et attirent les caméras.

Depuis le début de la crise des réfugiés syriens qui affluent par centaines tous les jours, l’extrême droite a le vent en poupe. Le parti d’extrême-droite ATAKA est au parlement et ses deputés nationalistes assurent la majorité parlementaire au gouvernement Oresharski.

Eux-mêmes se font cependant déjà doubler à leur droite, où se créent des groupuscules nazis à la rhétorique débridée et anticonstitutionnelle. Ils font exploser l’audimat des principales chaînes de télévision qui se les arrachent. Ainsi peut-on entendre des propos flatteurs sur « les programmes sociaux de Hitler et ses idées intéressantes sur l’avenir de l’Europe » dans les émissions matinales...

Les débuts de M. Simeon Kostadinov, leader du Parti nationaliste de Bulgarie sur la chaîne de télévision publique ont suscité un vrai tollé de la part des spectateurs. Le jeune homme, auteur de « La Guerre tzigane contre nous », en a indigné plus d’un par ces philippiques à l’encontre des « islamistes barbus en burnous » qui fourmilleraient selon lui dans les rues de la capitale.

Mais si les réseaux sociaux se révoltent, la réaction contre la poussée fasciste dans la rue reste atone. La manifestation antinazie le 17 novembre n’a réunie que 300 personnes. Les tentatives de certaines ONG de saisir le parquet pour propos anticonstitutionnels dans les documents du Parti nationaliste de Bulgarie restent pour l’instant sans suite.

Selon l’historien Dimitar Bechev, la sensibilité des institutions et de la société bulgare aux problèmes racistes n’est pas encore éveillée. On peut voir aussi dans le manque de réaction de la part du parquet aux propos ouvertement racistes dans les médias une manoeuvre perfide ayant pour but de légitimer les nationaux-populistes d’ATAKA comme étant le moindre mal. C’est à leurs voix au parlement que tient la majorité actuelle, rappelle M. Bechev.

Acharnés à combattre le communisme, nous avons oublié l’autre monstre du XXe siècle – le fascisme, et voilà que la moitié des bâtiments à Sofia sont vandalisés de croix gammées, constate Ivaylo Ditchev, Professeur en anthropologie culturelle à l’Université de Sofia. Entre-temps, la rhétorique fasciste se banalise et gagne du terrain tout en modifiant les moeurs.

A en croire Ruslan Trad, jeune journaliste bulgaro-syrien, après les récentes agressions, les immigrés noirs et arabes préfèrent se promener en groupe. La plupart sont persuadés que les actes violents feront désormais partie du quotidien. Il n’est pas exclu qu’ils provoquent aussi des actes de rétorsion de la part des immigrés, ajoute M.Trad.

Alors que tous les effectifs de la police sont mobilisés à assurer l’ordre dans la capitale, en proie à une vague de protestations depuis le mois de juin, les « patrouilles citoyennes » se promènent librement à la tombée de la nuit le long de la rue piétonne et commencent à faire partie du paysage.

Récemment, une « contre-patrouille » d’activistes scandalisés a cherché à tirer au clair le statut des nationalistes en leur demandant des explications devant les caméras. « Mais je n’ai obtenu pour toute réponse que la menace chuchotée qu’on me casserait la gueule », confie le chef de cette patrouille anti-fasciste, Assen Genov.

Repost 0

Nous contacter

montpellier@
alternativelibertaire.org

Qui sommes nous ?

Blog du Collectif Alternative libertaire (CAL) de Montpellier

AL34

 Nous sommes des militants et militantes anarchistes révolutionnaires et

communistes libertaires vivant et travaillant sur Montpellier et son département.


Fondée en 1991, AL fonctionne sur un mode fédéraliste et autogestionnaire. L’organisation

est constituée d’une fédération de groupes locaux,


Retour à la page d'accueil

Agenda militant

Nous y serons

MANIFESTATION INTER-REGIONALE ANTIFASCISTE

MONTPELLIER    => DIMANCHE 6 AVRIL

RENDEZ VOUS A 13H A PLAN CABANES

(TRAM 3, ARRET PLAN CABANES)

Articles Par Catégories