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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 12:19
Outrage et rebellion: comment fabriquer des délits

Pour mettre la pression, les policiers ont un très bon outil qui est aujourd'hui remis en cause, l'outrage et la rebellion. En effet, ces "délits" sont des moyens de créer des motifs d'arrestation là ou il n'y a que du harcèlement policier...

L’outrage et la rébellion sont les petites armes de l’intimidation policière : assaisonnées à toutes les sauces, elles permettent aux "agents dépositaires de l’autorité publique" d’embarquer au poste, de mettre en garde à vue et d’envoyer au tribunal qui bon leur semble ou ne leur revient pas. Le dernier rapport de l’Inspection Générale de l’administration épingle une pratique lucrative qui se systématise.

La subjectivité de l’outrage

Une simple affirmation de la part du flic suffit à fonder l’outrage ou la rébellion :

  • L’outrage est défini comme étant "les paroles, gestes ou menaces, les écrits ou images de toute nature non rendus publics ou l’envoi d’objets quelconques adressées à une personne investie d’une mission de service public dans l’exercice ou à l’occasion de sa mission et de nature à porter atteinte à sa dignité ou au respect de la fonction dont elle est investie" (art 433-5 du Code Pénal).
  • La rébellion est "le fait d’opposer une résistance violente à une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public agissant dans l’exercice de ses fonctions, pour l’exécution des lois, des ordres de l’autorité publique, des décisions ou mandats de justice" (art 433-6 du Code Pénal).

Seulement tout ça coûte cher d’après le dernier rapport de l’Inspection Générale de l’Administration (IGA) qui épingle le coût des contentieux du Ministère de Valls : 13,2 millions d’euros par an pour les flics et 604 000 euros pour les gendarmes, pour délits d’outrage, rébellion et violences volontaires.

Du beurre dans les épinards des bleus

Sur les 20 600 dossiers instruits par des flics en 2012 (30% de plus chaque année), seuls 300 n’ont pas abouti, tous les autres se font indemniser, les yeux fermés, par les deniers du Trésor. A chaque fois le flic se met 300-700 euros d’indemnités dans la poche, sans compter les jours d’ITT quand il s’est foulé l’ongle ou a subi un "traumatisme psychologique".

Quand l’IGA demande à la Direction centrale de la Police Nationale une liste des flics indemnisés, seul le Service d’Aide au Recouvrement des VIctimes (SARVI) est "en mesure" de répondre ; il fournit une liste édifiante de 147 noms qui à eux seuls suffisent à montrer à qui profite le crime :

6 fonctionnaires de police totalisent plus de 15 dossiers chacun ;
31 fonctionnaires de police totalisent entre10 et 14 dossiers ;
109 fonctionnaires de police totalisent entre 5 et 9 dossiers ;
1 fonctionnaire a ouvert 19 dossiers d
epuis 2009 !

Il a été signalé à la mission le cas d’un fonctionnaire « victime » à 28 reprises en 2012, sans aucune suite de la part de l’administration. Un Secrétariat Général de l’Administration Policière (SGAP) a signalé à la mission 62 cas d’agents victimes plus de quatre fois dans l’année, sans qu’il n’y ait eu aucun traitement de ces cas d’un point de vue managérial ou administratif ; un autre a signalé 28 cas. (sic)

Pour 100 000 gendarmes en France contre 144 000 flics, l’IGA relève 30 fois plus de plaintes chez les seconds et attribue le phénomène à un processus d’enquête et de validation des contentieux par la hiérarchie plus abouti dans la gendarmerie nationale.

Une manne judiciaire

Chaque dossier occasionne en outre 1000 euros supplémentaires de frais de dossier. Avec 5569 dossiers d’outrage, 5540 de rébellion et 8228 de violences volontaires, c’est un juteux business pour la justice...

L’IGA relève qu’« à Paris, cinq cabinets d’avocats [1], choisis au fil du temps, sans aucune mise en concurrence, se partagent « un marché » d’environ 2,5 M€ annuel, qui leur garantit un revenu d’environ 40 000€ par mois et par cabinet. Dans certaines circonscriptions de police en province, le nombre de dossiers de Protection Fonctionnelle (PF=dossier d’indemnisation) pour outrage est d’autant plus élevé qu’un avocat en est spécialiste, fait sa propre publicité y compris dans les commissariats ; ailleurs, l’avocat est lié personnellement à un fonctionnaire de police et la coïncidence fait que dans le ressort de ce barreau le nombre de dossiers d’outrages est particulièrement élevé... »

Si ça ne suffisait pas à nous convaincre que l’affaire est lucrative, la répartition des dossiers sur le territoire permet de se rendre compte qu’il y a des endroits où il fait bon être flic : quand à Paris on recense 760 dossiers d’outrage instruits, à Rennes on en a 1466 ; qu’en conclure ? Que les Rennais n’ont pas leur langue dans leur poche, que les flics de l’ouest sont susceptibles ou qu’à Rennes il doit y avoir un bon cabinet d’avocat de flics ? Je vous laisse choisir...

En tout cas, les tarifs ne sont pas les mêmes des deux côtés de la matraque : quand on est victime des flics, si on n’a pas été intimidé par l’entretien à l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN) qui essaie de nous convaincre qu’on a exagéré les faits ou le préjudice ; si on a passé le procès, l’appel, en vain, avec un juge pressé de classer le dossier ; et si malgré tout ça on pousse jusqu’en cassation pour se faire casser une énième fois par la justice, on y a laissé un bon petit paquet de pognon à 5 chiffres.

Quand tu as tort, crie plus fort

En tous cas, ce qu’il y a de bien avec les flics, c’est qu’on sait toujours quand on met le doigt sur un point sensible : quand un flic a tort il porte plainte, quand tous les flics sont montrés du doigt ce sont leurs syndicats qui appellent à la grève et crient au loup !

En réponse à ce rapport de l’IGA qui épingle les flics et leur ministère sur 104 pages [2], le syndicat Alliance monte au créneau avec verve dans son dernier communiqué :
"Alliance Police Nationale CFE‐CGC dénonce cette idée technocratique qui présente les policiers comme des habitués du recours infondé et coûteux.
D’après l’IGA, les policiers seraient ceux qui abusent de ce droit à une défense légitime devant les juridictions ! Ce rapport est honte
ux !"

On aurait voulu le dire, qu’on aurait pas trouvé mieux : le flic est un instrument de la technocratie qui est habitué aux recours infondés et coûteux. Peut-être qu’il faudrait se demander si ce n’est pas la technocratie qui entoure le flic et le protège aveuglément qui serait viciée.

On comprend pourquoi ça s’inquiète chez les flics si les projets de loi censés les protéger encore davantage ne passent plus comme des lettres à la poste et que leur Ministre veut leur coller un matricule à l’uniforme. Mais qu’ils se rassurent, ils vont encore pouvoir caser quelques outrages et rébellion contre les militants avant que la source bienfaitrice ne se tarisse.

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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 09:33
De la rhétorique fasciste et de l'usage du mensonge

Les fascistes ne s’embarrassent pas de subtilités lorsqu'il s'agit de propagande. Ainsi le mensonge et la désinformation comptent parmi leurs armes favorites...

Le nationalisme se caractérise par un culte absolument fondamental du mensonge comme arme politique. De Goebbels qui théorisait le mensonge comme arme de propagande à François Duprat (néofasciste, fondateur du FN) qui se ventait d’inventer chiffres et noms pour ses livres "historiques", cette stratégie a toujours été une constante historique.

Car un dirigeant nationaliste ne peut pas être sincère: il y a toujours un décalage entre les actes et la parole, entre l’idéalisme idéologique et les magouilles du quotidien. Les identitaires nous bassinent avec leur "révolte contre le monde moderne" et se prennent en photo en boîte de nuit, Zentropa publie des planches de bédés d’un dessinateur marxiste en disant que les "rouges ne lisent pas", le GUD agresse un couple mixte puis défend Bruno Gollnisch (marié à une japonaise) et pour revenir à Duprat, celui ci partait dans des envolées lyriques révolutionnaires tout en négociant son aide à la droite gaulliste.

La lutte contre le "matérialisme", l’auto-glorification, la mystique militante, le refus affiché d’une prétendue "pensée unique" (pas celle de TF1 en tout cas!), conduisent à tous les mensonges possibles, à une intoxication systématique au service de la cause – c’est à dire la nécessité d’encadrer les révoltés pour les conduire sur une voie de garage.

Et dans la période actuelle de grande confusion idéologique, où comme nous l’avons expliqué l’effondrement de la social-démocratie favorise le ralliement de larges pans de la petite-bourgeoisie (et de prolétaires) à l’option fasciste, cette tendance se renforce.

Prenons la manifestation antifasciste ayant eu lieu à Paris le week end dernier. Un incontestable succès, rassemblant plusieurs milliers de personnes, très largement autonomes par rapport aux partis et organisations de la "gauche". Soyons clairs, cette manifestation était une démonstration de force pour le courant de l’antifascisme auquel Feu de Prairie se rattache: un courant autonome, radical dans ses formes de lutte, s’organisant sur des bases de classe, et refusant à la fois l’islamophobie raciste et l’antisémitisme complotiste. Un pari réussi puisque la manifestation était très populaire, avec un cortège pro-palestinien aux slogans pertinents, des groupes féministes, des communistes révolutionnaires… Et beaucoup de gens extérieurs au milieu militant.

Que voit on sur internet? Les commentaires des fascistes ont bien évidemment fleuri. A défaut d’occuper la rue, les guerriers nationalistes paradent sur facebook et youtube (on a les champs de bataille qu’on mérite…). Que disent ces commentaires? En gros: les "antifas" seraient la milice de Valls, seraient sionistes, tous blancs, casseurs professionnels et bourgeois. Allons bon! Il y a quelques temps, les "antifas" étaient des crasseux métisses indisciplinés… Il faudrait savoir.

Reprenons. Face à des images d’un cortège véner, métisse et populaire, arborant des drapeaux palestiniens, les fascistes répètent en boucle que ce sont des blancs sionistes à la solde du PS. Non mais allo! ALLO! Jusqu’à quel point sont ils prêts à répéter en boucle les phrases de Soral? Quels mensonges sont ils prêts à gober volontairement? Vont ils aller jusqu’à expliquer que les syndicalistes sont en fait des bobos millionnaires masqués, et les noirs et arabes des blancs déguisés? Sérieusement?

D’un point de vue plus politique, ils est intéressant de voir les clichés qu’ils convoquent pour appuyer leur discours: le bourgeois blanc casseur, ne travaillant pas, profitant des allocations, crachant sur le drapeau. Oui, ces courageux commentateurs soraliens "pourfendeurs de la pensée unique" dressent le même portrait du gauchiste qu’un électeur de Sarkozy, en somme… Très subversif. Il y a aussi "l’islamo-gauchiste" ou "l’assassin communiste", clichés utiles à convoquer, même si ils sont un peu datés. On aura pas échappé non plus au mythique financement sionisto-socialiste des antifas. Voilà où les fafs en sont réduits: ils croient sincèrement pour certains que Valls se créer des troubles à l’ordre public ou que le "sionisme" paye des casseurs pro-palestiniens. Bientôt, ils nous diront que le mouvement pro-palestinien lui même est une invention du Mossad*.

Vient alors la question de la répression: les visuels complaisants ont fleuri sur facebook, comparant la répression du Jour de Colère à celle des manifestations antifascistes (notamment celle de Rennes). Le but étant de démontrer la prétendue protection occulte dont ces dernières bénéficieraient. Petit rappel. Jour de Colère: 19 policiers blessés, slogans antisémites, émeute. Condamnations des interpellé-e-s: anecdotiques. Alors qu’à Paris ou Lyon, les antifas arrêtés (parfois même préventivement) subissent de très lourdes condamnations. Comparons les "manifs pour tous" à un mouvement social (CPE, Retraites…). Dans le premier, malgré les nombreux soirs d’émeutes, aucune condamnation sérieuse n’a été enregistrée. De l’autre côté rappelez vous des condamnations hallucinantes des mouvements sociaux (amendes, sursis, prison), des lycéens et ouvriers éborgnés au flashball, des blessures par centaines et des manifestations interdites. La bourgeoisie sait reconnaitre les siens.

L’explication est pourtant simple: les nationalistes n’inventent pas ces bobards pour le plaisir. Ils les inventent, et décident d’y croire, car ils en ont fondamentalement besoin pour justifier leur position et leur action. Leur violence raciste et sexiste, leur défense acharnée du capitalisme français et de l’impérialisme colonial, ne peuvent passer pour des postures "anti-système" qu’en distordant profondément la réalité. Pour refuser de voir Zemmour et Dieudonné partager un repas ou Soral sympathiser avec les sionistes Gilles-William Goldnadel** et San Giorgio, il faut que tout cela soit un complot. Pour refuser d’assumer pleinement le fascisme et sa violence, il faut que les antifascistes soient manipulés par le système***. Sinon, tout s’écroule. Le "dissident" apparait pour ce qu’il est vraiment, c’est à dire un défenseur de la barbarie, prêt à toutes les lâchetés et toutes les trahisons pour ne pas perdre sa place sociale. Le mensonge permet de couvrir le juteux business de la subversion, ses ventes de t-shirts et de mugs, ses conférences de rebelles sur sofas. Mais comme disait l’autre, les faits sont têtus… Le retournement accusatoire est une stratégie limitée.

Les mêmes qui appellent à égorger les antifascistes et gazer les "métèques" jouent aux victimes quand une vitrine est cassée; ceux qui appellent à une répression totale de nos mouvements s’étonnent que nous combattions leur liberté à diffuser des mensonges révisionnistes ou racistes.

Qu’ils continuent de rager, qu’ils se créent des ulcères. Pour notre part, nous savons où nous sommes, qui marche avec nous, et pourquoi nous combattons. Mains propres et esprits clairs, nous avançons.

Repris sur Feu de prairie

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 08:33
Lutte anti austérité et démocratie directe en Bosnie

Alors qu'une forte lutte en Bosnie a lieu contre l'austérité, les habitants reprennent en main leur quotidien...

Après avoir poussé leurs dirigeants locaux vers la sortie, plusieurs villes de Bosnie expérimentent depuis plus d’une semaine une nouvelle forme d’organisation citoyenne, le « plénum ».

Manifestants antigouvernementaux,
le 9 février à Sarajevo. Antonio Bronic/Reuters

Difficile de comprendre de prime abord ce qu'est un « plénum », l'une des expressions les plus caractéristiques du mouvement de protestation bosnien. Le terme a des consonances antiques, mais évoque surtout les réunions plénières du Parti dans les ex-pays communistes et socialistes. En Bosnie, c’est à Tuzla que les premières assemblées citoyennes plénières ont été organisées, trois jours après les émeutes qui constituèrent le point de départ du mouvement de contestation, le 5 février. S’inspirant des mouvements étudiants qui agitèrent la faculté de philosophie de Zagreb en 2009, ces assemblées ouvertes à tous ont pour but de transcrire un ensemble diffus de revendications en actions concrètes.

A Sarajevo, vendredi 14 février, près de 900 personnes se sont ainsi réunies à quelques mètres du siège de la présidence bosnienne, devant lequel les manifestants se rassemblent quotidiennement. Les organisateurs ont affiché leur satisfaction devant le déroulement sans anicroche de cet exercice grandeur nature de démocratie directe : « Je suis très fière, a déclaré Valentina Pellizzer, membre du comité d’organisation. Les citoyens ont prouvé qu’ils peuvent se réunir sans violence ». Deux jours plus tôt, dans une salle plus petite de l’université de Sarajevo, un premier plénum s’était tenu de manière assez chaotique, obligeant la plupart des citoyens à écouter les interventions sous la pluie.

Cette fois, le canton de Sarajevo avait mis à disposition, vendredi, l’amphithéâtre du centre culturel et sportif de Skenderija, un complexe qui autrefois accueillait des compétitions olympiques. Le dispositif de sécurité, privé, a été renforcé par un détecteur de métaux et une fouille au corps à l’entrée. « Les méchants hooligans, c’est nous ! » a plaisanté Sanja Dervisevic, étudiante en médecine de 31 ans. Assurer la sécurité est effectivement le principal enjeu du comité d’organisation, qui cherche à contrecarrer l’image de casseurs qu’il reproche aux médias de véhiculer.

Sit-in devant un batiment public, le 8 février à Sarajevo. Antonio Bronic/Reuters

Espace de parole, le plénum se déroule selon des consignes très strictes. Deux minutes par intervention, un vote à main levée pour chaque décision, pas de leaders mais des modérateurs. « Il s’agit d’un mouvement sans représentant, explique Valentina Pellizzer, qui tient à être citée comme citoyenne, et non comme porte-parole. C’est ce qui choque le plus les politiciens, qui n’ont personne à qui s’adresser. »

Conséquence directe du ras-le-bol des protestataires face à une élite jugée corrompue et "kleptocratique", les politiques sont honnis. Seul le « citoyen » prévaut lors de ces plénums, où tous sont admis à s'exprimer, sauf les représentants de partis politiques. Ce soir là à Sarajevo, après une présentation très solennelle des règles par Nermin Tulic, un comédien populaire qui a perdu ses jambes pendant la guerre, les médias sont invités à éteindre téléphones et ordinateurs et à s'exprimer, eux aussi, en tant que simples citoyens.

Au micro, les interventions chronométrées se succèdent. Certains, par timidité, n'y restent que quelques secondes. D’autres démontrent de véritables talents d’orateur, haranguent la foule et suscitent des salves d’applaudissements comme dans les meilleurs meetings. Beaucoup expriment leurs doléances et leurs difficultés personnelles, reflet de la débâcle économique à l’origine des contestations, d'autres présentent des listes de propositions dans leur domaine d’activité. « C’est comme une thérapie collective citoyenne », commente Mladen Jelicic, un humoriste bosnien réputé. De fait, l’ambiance est bon enfant, et l'assemblée très hétéroclite : des étudiants, des chômeurs, certes, mais aussi des universitaires, des employés, et une ancienne championne olympique.

Puisque le premier ministre du canton de Sarajevo a démissionné, il s’agit de formuler des revendications qui seront présentées à l’Assemblée cantonale. « Toute la spontanéité des manifestations doit maintenant être organisée dans un programme », explique Marina Antic, du Mediacentar. Parmi les « demandes » votées ce vendredi 14 février figurent ainsi la nomination d’un gouvernement d’experts composé de membres non politiques, et une baisse des salaires des fonctionnaires du canton.

Sanja Dervisevic, qui assiste aux manifestations depuis le premier jour, se veut optimiste quant à l’efficacité de ce mode d’organisation : « Ça ne peut de toute façon pas être pire que le gouvernement qu’on a eu pendant vingt ans. » Egalement étudiante en médecine, sa voisine, qui se méfie des médias et veut garder l'anonymat, est plus sceptique : « La Constitution ne permet pas d’organiser des élections anticipées ; le gouvernement fédéral est déjà un gouvernement technique, et ça n’a rien changé. »

Des groupes de travail ont été formés dès dimanche afin d’approfondir ces demandes et de vérifier qu’elles entrent dans le cadre de la loi. Le travail ne fait donc que commencer : « Nous avons la salle jusqu’à la fin du mois ! » peut-on lire sur la page Facebook du Plénum de Sarajevo, moyen de communication privilégié par le comité d’organisation.

Adrien Barbier (à Sarajevo – Monde Académie

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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 09:25
 Freddy Krueger dit être terrifié par ce qu’il a vu dans les rêves de Pierre Gattaz

Alors que le patronat négocie de pied ferme la convention UNEDIC, Freddy Krueger, intermittent du spectacle revient traumatisé d'une de ses visites nocturnes dans les rêves du patron des patron, Pierre Gattaz... Merci au Gorafi pour cette brêve.

Le célèbre tueur en série Freddy Krueger, connu pour venir hanter les rêves et y accomplir ses forfaits, est peut-être tombé sur plus fort que lui. Cette fois, sa victime, en l’occurrence, Pierre Gattaz, président du MEDEF, lui a donné du fil à retordre. Pire, l’assassin du sommeil dit être « totalement terrifié » par ce qu’il a entraperçu dans ses rêves. Reportage.

Cela devait être une apparition dans un rêve comme une autre pour Freddy Kruger. « J’ai hanté des milliers de personnes, mais rien ne m’a préparé à ça » confesse le célèbre croquemitaine à la peau brûlée.

Dans la nuit de dimanche à lundi, il se glisse dans les rêves de Pierre Gattaz, patron des patrons à la tête du MEDEF. Ce qu’il y voit le mortifie. « J’y ai vu des gens que j’ai identifié comme des intermittents du spectacle, je crois. Il les saisissait par brassées et les avalait, en riant très fort, un rire terrifiant » a-t-il expliqué dans les rêves de plusieurs journalistes. « Ces gens là étaient sans défense, quand quelqu’un tentait de s’échapper, des flèches enflammées les empalaient, ils hurlaient de douleur » ajoute-t-il.

Connu pour ses méthodes d’assassin pervers et méthodique illustrés dans plusieurs films, le tueur tente de se dominer et s’aventure alors plus avant dans l’esprit de Pierre Gattaz. « J’ai roulé ma bosse, j’ai affronté quantité de tueurs. Je suis Freddy Krueger, je suis censé exprimer la terreur mais jamais je n’avais vu ça, c’est moi qui étais terrifié» confesse-t-il, encore sous le choc. « A un moment, il m’aborde, il me dit que je n’ai pas assez de trimestres pour faire valoir mes droits, je lui réponds que je suis mort, que ça n’a aucun sens ». Freddy se retrouve alors à nouveau vivant et pour gagner sa vie doit travailler à mi-temps dans deux emplois. « Je me suis réveillé en sursaut, en hurlant, je ne souhaite à personne de vivre ce cauchemar » conclut le tueur.

Freddy dit avoir mis plusieurs jours pour oublier ces visions d’horreurs et confesse avoir du mal à trouver le sommeil. « J’ai peur de fermer les yeux, peur de le revoir devant moi, j’ai beau me convaincre qu’il n’est pas réel, qu’il n’est que dans mes rêves, je ne sais plus quoi faire » confie-t-il avant de se glisser cette fois dans les rêves de Jean-François Copé.

La Rédaction

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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 09:42
Reprise d'un salon de coiffure par des travailleuses en grève

Des travailleuses d'un salon de coiffure reprennent le salon pour financer leur grève à Paris.

Elles sont quatre travailleuses sans-papiers chinoises et un travailleur du salon de coiffure du 50 boulevard de Strasbourg (entre Château d’eau et la gare de l’Est), à Paris, qui n’ont pas été payées depuis décembre. Le patron est parti, sans laisser de trace. Mais Fao-Lin, Feng Zhen, Shuqin et les autres ne comptent pas se laisser faire ! Elles font grève depuis le 3 février et occupent le salon tous les jours de 10 h à 20 h jusqu’à ce qu’elles soient payées.

Le salon n’est pas bien grand : au rez-de-chaussée, c’est la manucure, si on emprunte un petit escalier étroit, se trouve un salon de coiffure où se sont mises en grève deux coiffeuses depuis le 17 février.

Cela fait un an, deux ans voire quatre ans que Fao-Lin, Feng Zhen, Shuqin et leur camarade travaillent ici. Quand elles ont cessé d’être payées, les travailleuses n’ont pas trouvé d’autre recours : elles ont lancé seules la grève. Mais voyant au bout de quelques jours que rien ne se passait, l’une d’elles est allée chercher de l’aide du côté de la CGT. Une copine chinoise lui aurait dit que c’est grâce à leur soutien qu’elle aurait obtenu ses papiers. Deux des travailleuses seraient syndiquées à la CGT depuis 2010.

Quand j’entre dans le petit salon de coiffure, ce lundi 17 février, les femmes sont assises et discutent avec les personnes venues en soutien : l’union locale de la CGT du 10e, l’UJR (Union des Jeunes Révolutionnaires) et l’Organisation de Femme Égalité. Un rendez-vous a été organisé avec la mairie à 17 h, au salon, où le maire se serait plus ou moins engagé oralement à les régulariser.

L’organisation du salon était la suivante : Le patron fournissait le local (les loyers ne sont d’ailleurs plus payés) et un rabatteur pour amener des clients au salon et prenait 50% de ce qu’elles gagnaient.

Depuis qu’il est parti et qu’elles ne sont plus payées, les femmes ont beaucoup de frais : elles doivent tout avancer elles-mêmes pour travailler (matériel de protection contre les solvants agressifs comme les masques, les postiches de coiffure, ongles pour les clientes etc) et peu d’argent.

Samedi 15, les travailleuses ont ouvert le salon et l’ont fait tourner. Ce qu’elles ont gagné est allé alimenter la caisse de grève et leur permet de se payer. Elles vont occuper le salon de coiffure jusqu’à ce qu’elles soient payées et régularisées.

Repris sur Paris Lutte info

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 15:51
Violente intervention policière contre des syndicalistes et des étudiants mobilisés à l'UM1

Le 25 février se tenaient à l'Université de droit de Montpellier des élections étudiantes. Celles-ci ont été marquées par des menaces et provocations de la part de l'UNI, syndicat étudiant anti gréviste de droite extrême. Pour protéger et soutenir une liste syndicaliste de lutte des étudiants du Poing et de Solidaires étudiant, un cinquantaine de personnes étaient présentes le 25 avril. Après des heurts, la présidence a fait intervenir la police. Elle n'a pas fait dans le dentelle: une charge de CRS dans le hall du batiment 2 de l'Université. Au passage, une des têtes de liste a été piétinée et rouée de coups à terre par des CRS, L'ensemble des personnes diffusant des tracts expulsées par le police. Voici le communiqué de Solidaire Étudiant:

Mardi 25 Février, nous militant-e-s syndicaux de Solidaires Etudiant-e-s présentant une liste commune pour les élections avec le journal militant le Poing, nous sommes présenté-e-s nombreux et nombreuses à l'UM1 avec des sympathisant-e-s pour soutenir nos camarades.

Notre présence sur l'UM1 se justifie par le fait que plusieurs de nos camarades ont reçu, les jours précédents ces élections, de nombreuses menaces de la part de l'UNI, ainsi que part la présence potentielle de la Ligue du Midi ( ayant déjà agressée des camarades antifascistes lors de la « Manif pour Tous » ).

Nous nous présentons donc Mardi 25 Février pour diffuser deux tracts, un présentant notre liste, un autre intitulé la vérité sur l'UNI. Dès notre arrivée nous rencontrons une opposition à notre présence de la part de l'UNI (nous accueillant avec des slogans comme « maitre chez nous », slogan visible sur les affiches de la ligue du midi, ou bien encore des insultes sexistes, « sale pute » et homophobe, « va te faire enculer ») mais aussi de la part de la présidence de l'UM1.

La police, contactée par l'UNI ainsi que la doyenne de l'UM1, finit par arriver sur place, en tenue anti émeute, accompagné de la BAC, la tension monte, les militants de l'UNI ne perdant pas l'occasion de se relayer pour communiquer en permanence avec la police de même que la présidence de l'UM1. Nous nous sommes donc retrouvé_es pris_es en tenaille par la police, qui n'a pas hésité à charger les étudiant-e-s présent-e-s en soutien, sans sommation, à l'intérieur même de l'enceinte de l'UM1, et avec une violence inouïe qui aura choqué les personnes sur place (certaines personnes ont été matraquées au sol alors qu'ils et elles ne présentaient aucune attitude hostile).

Nous dénonçons les violences que nous, militant-e-s progressistes, subissons au quotidien, que ce soit celles venant de la part de l'état, qui nous fait subir rigueur et austérité par le biais des différentes réformes qu'il nous impose (loi Fioraso, réforme de la convention UNEDIC, ANI...) et réprime violemment tout mouvement de contestation, ou des militant-e-s de l'UNI-MET, syndicat qui milite contre le droit de grève et effectuant une pression quotidienne sur tout-e-s militant-e-s progressiste, s'affichant en tête de la « Manif pour tous » et créant ce climat qui nous oblige toujours plus à nous affirmer clairement comme militant antifasciste, antisexiste et anticapitaliste.

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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 10:03
Y a-t-il un fascisme français?

Une série d'historiens républicains a comme théorrie que le fascisme n'est pas français, et qu'il n'y a jamais eu de fascisme en France, Vichy n'étant qu'un accident, ou au pire un régime vaguement autoritaire. Voici un point de vue contradictoire...

Nous republions ici l'article que nous avions consacré en février 2012 à l'analyse du fascisme de cette époque, dans l’État "France", par l'historien américain Robert Soucy :

Comme nous l'avions déjà dit à l'époque, l'intérêt majeur de cette analyse est sa RUPTURE avec l'historiographie dominante de la "France" des Trente Glorieuses (René Rémond et compagnie), (très) timidement remise en cause à partir des années 1980 : il n'y aurait "pas vraiment eu" de fascisme français pendant l'entre-deux-guerres, ou alors comme phénomène "très marginal" ; "marginalité" qui impose bien sûr de "dé-fasciser" les Croix-de-Feu/Parti social français (500.000 à 1 million de militants et 15% des suffrages à la fin des années 1930, 11 députés, 541 conseillers généraux et 3.000 maires en 1939), soi-disant "trop respectueuses des institutions parlementaires", ou encore l'Action Française ("trop conservatrice et traditionaliste"), mais aussi la floraison de propos autoritaristes (pour un "régime fort"), antisocialistes et anticommunistes violents, antisémites (bien sûr) et xénophobes, pro-Hitler ou (plus souvent encore) pro-Mussolini à la droite (Fédération républicaine)... mais aussi bien au centre de l'hémicycle "républicain" pendant les quinze années précédant le conflit. Tout cela convergeant bien sûr (c'est le but…) dans la thèse de l'"accidentalité" de Vichy, simple "parenthèse sombre" de l'histoire hexagonale, pur fruit de la défaite, de l'occupation étrangère et de la "si humaine lâcheté" devant le traumatisme des évènements, facteurs permettant à une "ultra-minorité illégitime" de s'emparer de l’État français "failli" pour le mettre au service de la barbarie nazie... Peu importe que cette thèse ne résiste pas à la moindre étude historique sérieuse, du moment que cette étude reste ignorée des larges masses… Peu importe que non seulement les pleins pouvoirs à Pétain, mais aussi les fondements juridiques et idéologiques ("L’Assemblée nationale donne tout pouvoir au gouvernement de la République, sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain, à l’effet de promulguer par un ou plusieurs actes une nouvelle constitution de l’État français. Cette constitution devra garantir les droits du Travail, de la Famille et de la Patrie") de la "révolution nationale" aient été votés par une majorité écrasante (649 sur 907) du Parlement d'alors, le Parlement élu en 1936, celui... du Front populaire. Peu importe que ledit Parlement n'ai nullement été dissous mais simplement "suspendu" (et, certes, purgés des figures les plus éminentes du Front populaire qui auraient "conduit à la catastrophe"), et qu'en janvier 1941 ait été mis en place un "Conseil national" de 213 membres choisis comme suit : "Parmi les politiques, les élus de droite et du centre-droit dominent ; des radicaux-socialistes et des socialistes, issus de la mouvance pacifiste de l'avant-guerre; des PSF (Parti Social Français) comme le colonel François de La Rocque - qui en démissionne 6 mois plus tard - ou Stanislas Devaud, député de Constantine.
La mouvance fasciste ou proto-fasciste est représentée par certains de ces chefs de file comme Jacques Doriot (Seine), chef du Parti populaire français. On trouve quelques parlementaires de la mouvance agrarienne : Louis Guillon, fondateur du Parti républicain agraire et social, le député Pierre Mathé (Côte-d'Or), et Henri Dorgères, délégué à la propagande du Comité central d'action et de défense paysanne.
La droite conservatrice est représentée, par l’intermédiaire des députés Augustin Michel (Haute-Loire), Emmanuel Temple (Aveyron), Ernest de Framond de La Framondie (Lozère), Jean Crouan (Finistère), François Martin (Aveyron), membres de la Fédération républicaine, le sénateur Louis Linyer (Loire-Inférieure), ainsi que des parlementaires conservateurs comme Léopold Robert dit Jean Yole (Vendée), les députés Robert Sérot (Moselle), et Émile Taudière (Deux-Sèvres), républicains indépendants et Jean Le Cour-Grandmaison (Loire-Inférieure), député, président de la Fédération nationale catholique.
Le centre-droit est quant à lui fortement représenté, par des députés Paul Bacquet (Pas-de-Calais), Léon Baréty (Alpes-Maritimes), député du centre-droite (Alliance démocratique), Louis de Diesbach de Belleroche (Pas-de-Calais), Maurice Drouot (Haute-Saône), Joseph Féga, Pierre Dignac (Gironde), André Magnan (Loire), Aimé Tranchand (Vienne) et des sénateurs Jean Boivin-Champeaux (Calvados), Charles Bouissoud, Victor Constant (Seine), Charles-Henri Cournault (Meurthe-et-Moselle), Jean Fabry (Doubs)), membres ou proches de l’Alliance démocratique. Autre tendance du centre-droite également très présente dans ce Conseil, la mouvance radicale indépendante : l’ancien député et ministre Louis Germain-Martin, les députés Albert Dubosc (Seine-Inférieure), Louis Buyat (Isère), Jean Montigny (Sarthe), Paul Saurin (Oran), Gratien Candace (Guadeloupe), ainsi que les sénateurs Jacques Bardoux (Puy-de-Dôme), Edmond Hannotin (Ardennes), Émile Mireaux (Hautes-Pyrénées), André Mallarmé (Alger), Édouard Roussel (Nord) y siègent. Le centre-gauche est essentiellement représenté par quelques radicaux-socialistes : les députés Albert Chichery (Indre), Georges Bonnet, Lucien Lamoureux (Allier), Jean Mistler (Aude), et les sénateurs de la Gauche démocratique Pierre de Courtois (Basses-Alpes), Émile Cassez (Haute-Marne, ancien ministre), Paul Maulion (Morbihan). On trouve également quelques socialistes indépendants : les députés Édouard Barthe (Hérault) et Antoine Cayrel (Gironde), ainsi que le sénateur René Gounin (Charente). Enfin, Gaston Bergery (Seine-et-Oise), député du Parti frontiste, ancien radical-socialiste, fit également partie de ce Conseil. Enfin, un quarteron de socialistes fut également appelé à siéger à ce conseil : les députés René Brunet, Paul Faure (Saône-et-Loire), Isidore Thivrier (Allier), Louis L'Hévéder (Morbihan). S’ajoutent quelques indépendants : les sénateurs non-inscrits Paul Brasseau (Seine-et-Oise), René Courtier (Seine-et-Oise), Jean Jacquy (Marne), Manuel Fourcade (Hautes-Pyrénées).
Des syndicalistes de la mouvance pacifiste et anticommuniste, proches de René Belin en sont aussi membres : Pierre Vigne, secrétaire général de la Fédération du sous-sol, Alfred Savoie, de la Fédération de l'alimentation, Liochon, secrétaire général des travailleurs du livre, Marcel Roy, secrétaire de la Fédération des métaux et Georges Dumoulin, que l'on retrouvera dans l'hebdomadaire L'Atelier et au Rassemblement national populaire de Déat. On relève des conseillers issus du monde agricole ou théoriciens du corporatisme chrétien comme Louis Salleron. Jacques Doriot et le colonel de La Rocque représentent, quant à eux, les publicistes. Pressenti, André Siegfried r
efuse de siéger"... Peu importe que Vichy ait recyclé, quand il ne l'a pas carrément promu, la quasi-totalité du personnel politique et administratif présent en 1939 ; et qu'il n'ait nullement prétendu au monopartisme, se fabriquant au contraire tout un éventail politique de l'extrême-droite à la "gauche" (Déat, Doriot), "continuant" une "France" qui aurait été simplement "expurgée" de son "anti-", de ses "ennemis intérieurs".

Ce qui importe, surtout, c'est que cette négation de la continuité entre la IIIe République du Grand Capital et Vichy permette aussi d’oublier celle entre Vichy et la République d'après-guerre, littéralement truffée de "vichysto-résistants", ces partisans de la "Révolution nationale" ralliés à la "France libre" (généralement) après le débarquement allié en Afrique du Nord (novembre 1942) puis en Italie (été 1943), dont certains seront appelés à de très hautes destinées : Maurice Papon, préfet-proconsul en Algérie, au Maroc et en Corse, puis préfet de police de Paris (1958-67) et ministre du Budget de Giscard (1978-81) ; Raymond Marcellin, Ministre de l'Intérieur de triste mémoire (1968-74) ; Maurice Couve de Murville, Premier ministre (1968-69) et précédemment Ministre des Affaires étrangères depuis 1958 ; sans oublier bien sûr (last but not least) François Mitterrand, inoxydable ministre régalien (Justice, Intérieur) de la IVe République et Président de la Ve (1981-95)… Tout cela tranquillement jusqu’à extinction générationnelle pour cause de vieillesse (vieillesse certes quelque peu écourtée pour un René Bousquet par exemple).

Finalement, si l'on laisse de côté ceux (nombreux) qui aujourd'hui oublient ou minimisent les évènements de février 1934, c'est cette même logique que l'on retrouve chez ceux qui les mettent en avant pour célébrer qui la "victoire de la République", qui celle de ce qui deviendra le Front populaire entre socialistes et communistes (les deux ne faisant d'ailleurs qu'un pour certains) : un fascisme "marginal" ou pas mais en tout cas extérieur (marginal dans ce sens-là) au "système France", se lançant à l'assaut de la "Sainte" République et heureusement défait par la mobilisation démocratique-républicaine se levant des usines comme des campagnes, des bureaux comme des salons littéraires... En réalité, bien loin d'objectifs "révolutionnaires", les ligues d'extrême-droite réclamaient la démission du gouvernement (de gauche) mouillé dans l'affaire Stavisky et la retour à son poste... du préfet de police de Paris, Jean Chiappe, réputé de droite et limogé quelques jours plus tôt. La quasi-totalité des députés du centre et de droite, au demeurant, avaient démissionné en protestation contre ce limogeage... Et pour héroïque qu'elle ait été (de ces moments héroïques qui forgent notre histoire et préparent les victoires de demain), la mobilisation antifasciste socialiste et communiste n'a pas à elle seule "déjoué" le (supposé) sinistre "plan" de prise de pouvoir fasciste : c'est bel et bien la République bourgeoise qui a résisté ou plutôt, la bourgeoisie monopoliste dominante qui a décidé que le moment n'était pas venu et que, en l'état des circonstances, le régime de la IIIe République, certes usé mais doté d'un bel acte de naissance (l'égorgement des Communes de 1871) et de beaux états de service (depuis) dans la répression des mouvements ouvriers et populaires, était encore "le pire à l'exclusion de tous les autres" pour servir ses intérêts. Plus que sur les casques de la garde mobile ou sur la haie de fer des masses ouvrières mobilisées, la tentative des ligues s'est brisée sur une majorité silencieuse travaillée depuis 60 ans par les idéologues et autres "hussards noirs" républicains ; cette majorité silencieuse, acteur essentiel de l'histoire, qui n'a jamais été que la volonté des dominants faite peuple et que Gramsci appelle "société civile", la même sur laquelle se brisa la tentative putschiste d'Alger en 1961 ; sachant au demeurant que toutes les ligues présentes (et notamment les Croix-de-Feu de La Rocque, explicitement) ne partageaient pas l'idée d'une prise du pouvoir par la force, mais simplement d'un "coup de pression" permettant une reprise en main institutionnelle du pays par la droite. C'est d'ailleurs ce qui se produisit ; le gouvernement du second Cartel des Gauches (Daladier) tomba, fut remplacé par un gouvernement d'"union nationale" nettement plus ancré à droite... et tout rentra rapidement dans l'ordre, Chiappe revenant pour sa part à la tête du Conseil municipal de Paris dès l'année suivante. Jusqu'à la prochaine crise, bien plus grave en l'occurrence (et aux conséquences du coup beaucoup plus graves) : la guerre, la défaite, l'occupation. Une réalité toute bête, c'est qu'il n'y pas (il n'y a JAMAIS eu) d'instauration du fascisme dans un pays quel qu'il soit si la FORCE ARMÉE, l'état-major militaire, ne le veut pas ; fut-ce comme solution "provisoire" qui ensuite perdurerait contre le souhait de bon nombre de ses initiateurs (si une partie seulement le veut, le fascisme peut aussi s'installer après une guerre civile, comme en "Espagne"). Mais, encore derrière la Force armée, il y a la classe dominante-possédante, le Grand Capital, la bourgeoisie monopoliste. En Février 34, l'Armée n'a nullement "bougé" (même en partie) en faveur des émeutiers d'extrême-droite ; il est même probable qu'elle serait intervenue CONTRE eux si nécessaire (en cas de prise du Palais Bourbon) ; en revanche, avec le patronat (Comité des Forges etc.), elle a poussé à la démission de Daladier dès le lendemain et à la formation d'un nouveau gouvernement radicaux-droite (dans lequel s'illustrera notamment un certain Pierre Laval...) ; ce qui était d'ailleurs sans doute l'objectif d'une grande partie des manifestants (comme les Croix-de-Feu).

Ce que l'on voit clairement là, c'est que si la tendance au fascisme face à la crise générale du capitalisme des années 1930 était bel et bien une réalité, elle avait également des caractéristiques TRÈS DIFFÉRENTES dans un système bourgeois politiquement mature comme la "France" de ce qu'elle pouvait avoir dans des pays nouveaux-nés comme ceux d'Europe de l'Est (de la Finlande à la Turquie), arriérés comme l’État espagnol ou le Portugal, ou en tout cas jeunes et n'ayant pas encore consolidé et ancré une vraie idéologie dominante dans les masses comme l'Italie ou l'Allemagne, avec d'autant plus de gravité, dans ce dernier cas, qu'il y avait de décalage entre cette immaturité politique et l'extrême modernité du développement capitaliste. En un mot : la tendance au fascisme est autant une réalité (hier comme aujourd'hui) en France qu'ailleurs, mais il est illusoire et finalement suicidaire de l'attendre sous les habits bruns du NSDAP allemand.

Dans la nouvelle crise générale du capitalisme mondial commencée depuis 1970, mais entrée dans sa phase aiguë depuis 2007-2008, c'est exactement cette même erreur qui amène les uns à nier la tendance au fascisme du régime capitaliste dans lequel nous vivons (et à se concentrer, par exemple, uniquement sur les "attaques contre les travailleurs et les acquis sociaux", dans une logique économiste), et les autres à se concentrer sur des appendices du phénomène, "maîtres quenelliers" de Dieudonné, conspirationnistes de tout poil fleurissant sur la toile ou bandes nazillonnes ultras (à combattre par tous les moyens bien entendu) sévissant dans la rue, jusqu'à parfois tomber dans la pire alliance qui soit, celle avec l’État républicain bourgeois... du CŒUR duquel viendra, le moment venu, la dictature terroriste ouverte autrement appelée fascisme !

Nous, depuis le début en octobre 2009, avons clairement tracé le parallèle entre la situation actuelle et celle d'entre-deux-guerres, montrant même les ressemblances saisissantes entres les forces en présence dans les deux cas : non seulement entre le fleurissement des "ligues" de l'époque et celui des "Blocs" ceci ou "Jeunesses" cela, des "Printemps français", "Résistance républicaine" et autres "Jours de Colère", bref de l'atmosphère de "Mai 68 de droite" actuelle (particulièrement depuis la victoire "socialiste" de 2012) ; mais aussi entre les Croix-de-Feu/PSF et le Front Nation "dédiabolisé", "reconnaissant les valeurs de la République" et rassemblant (très) large (6 millions et demi de voix à la présidentielle, 3 et demi aux législatives) de Marine Le Pen, et entre l'UMP de plus en plus "décomplexée" de Copé et consorts et la Fédération républicaine des années 1930 qui fournira à Vichy plus d'un de ses acteurs de premier plan (Xavier Vallat, Philippe Henriot) ; sans même parler des tendances de plus en plus droitières à "gauche", au PS et même au P'c'. La seule différence (mais majeure...) étant la haute improbabilité d'une situation comparable à la défaite et l'occupation de 1940, et même au bourbier algérien de 1958, laissant donc ouvert le point d'interrogation quant à la situation exceptionnelle qui ferait passer de la fascisation rampante au fascisme stricto sensu (attaques "terroristes" majeures ? situation de "guerre civile" dans les quartiers populaires ?). En tout cas, si les circonstances sont peut-être du domaine de la politique-fiction, la "solution" est déjà dans les tuyaux... et ce n'est pas un allumé internétique (Soral ou autre) qui le dit, mais bien le leader du principal parti "républicain" d'opposition.

Nous n'avons nullement besoin de "date anniversaire" (fut-ce octodécennale) pour exprimer notre point de vue sur la question : le capitalisme est en crise générale et celle-ci, après une brève et illusoire "reprise" après la défaite stratégique de l'URSS, est même entrée dans sa phase terminale ; la tendance au fascisme (fascisation rampante) en est l'expression politique incontournable dans un système capitaliste monopoliste, et cela n'a pas commencé hier mais bien depuis 20 ans voire 30 ans (même si les choses ont, peut-être, été un peu freinées par le mitterrandisme et le jospinisme) ; il faut combattre les mille et une expressions de cette tendance, les mille et une têtes de l'hydre fasciste sur la terrain de notre vie sociale populaire ; MAIS il ne faut jamais perdre de vue, jamais baisser la garde envers l’État qui est le cœur du problème et là d'où, en dernière instance, viendra le coup décisif (comme le vote pour la "révolution nationale" en juillet 1940, l'appel à De Gaulle en mai 1958 etc.).

Ce que nous avons dit et qui a pu, le cas échéant, nous être reproché ; mais que nous répéterons toujours, en lien avec tout ce que nous avons exposé plus haut ; c'est que le mouvement révolutionnaire du prolétariat doit être plus vigilant aujourd'hui qu'hier, au regard de l'expérience historique, à développer un véritable antifascisme populaire AUTONOME qui ne se mette pas purement et simplement à la remorque de l'aile "gauche" (ou prétendue telle...) du système "républicain" bourgeois BBR, "gauche" qui dans l'histoire a toujours fini par être la droite quelques générations plus tard... voire beaucoup plus vite pour certains éléments. Un antifascisme qui ne se jette pas, par exemple, dans les bras d'un Manuel Valls, profil même du "républicain" de "centre-gauche" qui aurait été vichyste sans états d'âme en 1940, 41 et peut-être même 42 ; contre un "antisionisme" antisémite et complotiste (anti-impérialisme des imbéciles) détestable et écœurant, vomitif même, mais nullement mainstream dans la tendance fasciste générale - tout au plus des tirailleurs idiots utiles qui le moment venu finiront comme les SA allemands de la Nuit des Longs Couteaux...

Si nous retenons évidemment du 6 février 1934 (et de tout ce qui a suivi) l'enseignement que la mobilisation progressiste de masse, sous la direction des révolutionnaires communistes, peut faire reculer le fascisme ; nous retenons aussi L'AUTRE enseignement fondamental, celui de la faillite politique totale d'un mouvement révolutionnaire antifasciste qui se VEND sans guère de conditions à l'"antifascisme" républicain bourgeois, lequel s'en va de ce pas (par exemple) continuer à mitrailler ou carrément bombarder, à massacrer sans nom dans les colonies (comme en Algérie en 1945, alors que l'Europe célébrait la défaite du fascisme justement...) ; bien loin il faut dire des délicats yeux métropolitains qui, du coup, sont saisis d'effroi lorsque des verts-de-gris viennent commettre de telles choses sous leurs riants clochers ; et puis chuuut, il ne faut surtout rien dire car cela "casse le front républicain" et "fait le jeu du fascisme"... Un peuple complice de l'oppression d'un autre ne saurait être libre : tel est l'enseignement que nous lègue l'histoire du siècle dernier, à nous communistes "occidentaux" ; la "République française" est un appareil INTERNATIONAL d'oppression ; et c'est ainsi (faute d'avoir compris cela) qu'en février 1934 et en 1936-39 comme en 1944-45, en 1961-62 (face aux putschiste de Salan et à l'OAS) comme dans les années 1980 avec SOS-et-compagnie, le fascisme a bel et bien reculé... pour mieux sauter, et non été écrasé en même temps que le capitalisme impérialiste dont il n'est que le visage sans fard ; ce dernier ne faisant que se réorganiser et se moderniser jusqu'à la nouvelle crise... et au nouveau pourrissement fasciste.

Et puis, pour qui a étudié le fascisme en marxiste conséquent, celui-ci apparaît en définitive comme une caporalisation du système capitaliste d'un État donné et de ses contradictions, face aux urgences posées par la crise générale. Pour comprendre la tendance au fascisme dans l’État capitaliste où nous vivons, il faut donc avoir compris le "système" que celui-ci recouvre, et ses contradictions. Et cela, c'est justement tout le travail que mène Servir le Peuple depuis des années, pour comprendre la "France" comme système produit d'une construction historique.

Repris sur Servir le peuple.

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 19:44
Faut-il tout mettre sur facebook?

Voici un article critique sur l'usage de Facebook. En effet, si les réseaux sociaux sont un bon moyen de diffusion militant, ils sont aussi un bon moyen d'auto fichage et d'autoflicage. Donc, ils faut faire attention à ce que l'on y met...


En octobre 2012, le collectif allemand Nadir a publié un communiqué traitant des implications de l’utilisation de Facebook, et plus largement de tout réseau social ou service internet (mails) centralisé. L’année 2013, en particulier grâce aux révélations de lanceurs d’alerte comme Edward Snowden, a confirmé le danger intrinsèque de ces services, et plus largement d’internet dans un cadre irraisonné. Traduction de leur texte, jamais diffusé en français à notre connaissance.

Depuis plu­sieurs années, nous four­nis­sons des ser­veurs et une infra­struc­ture de com­mu­ni­ca­tion pour « la gauche » [1]. Nous avons fait de notre mieux pour garder les ser­veurs sûrs, et avons résisté, par divers moyens, aux requê­tes d’accès aux don­nées des uti­li­sa­teurs par les auto­ri­tés.

En bref : nous ten­tons d’offrir une forme libé­ra­trice de com­mu­ni­ca­tion à l’inté­rieur de l’inter­net capi­ta­liste.

Disneyland

Nous n’avions pas réa­lisé qu’après le stress des actions de rue ou les lon­gues dis­cus­sions col­lec­ti­ves, beau­coup d’acti­vis­tes sem­blent avoir ce désir de papo­ter à loisir sur Facebook, de tout et avec tout le monde. Nous n’avions pas réa­lisé que, même pour la gauche, Facebook est la plus douce des ten­ta­tions. Que la gauche, aux côtés des autres, appré­cie de suivre le subtil flux d’exploi­ta­tion, là ou il ne semble faire aucun mal, et, pour une fois, sans avoir à résis­ter. Beaucoup de per­son­nes ont mau­vaise cons­cience. Bien que cela pour­rait leur per­met­tre d’anti­ci­per les consé­quen­ces fata­les de Facebook, cela ne semble pas se tra­duire en actes.

Est-ce seulement de l’ignorance ?

Juste pour donner un aperçu du pro­blème. En uti­li­sant Facebook, non seu­le­ment les acti­vis­tes ren­dent leur pro­pres com­mu­ni­ca­tions, leur opi­nions, leurs « likes », etc. trans­pa­rents et dis­po­ni­bles à l’ana­lyse auto­ma­ti­sée. Mais ils expo­sent de plus -et nous consi­dé­rons cela beau­coup plus impor­tant- des struc­tu­res et per­son­nes qui ont elles-mêmes peu ou aucun rap­port à avoir avec Facebook.

Les capa­ci­tés de Facebook à recher­cher dans la toile des rela­tions, simi­li­tu­des, etc. sont dif­fi­ci­les à saisir pour les pro­fa­nes. Les bavar­da­ges sur Facebook repro­dui­sent des struc­tu­res poli­ti­ques, ainsi ren­dues dis­po­ni­bles aux auto­ri­tés, et à des entre­pri­ses. Celles-ci peu­vent être recher­chés, triées, agré­gées, non seu­le­ment pour obte­nir des infor­ma­tions pré­ci­ses sur des rela­tions socia­les, des per­son­nes clé, etc. mais également pour faire des déduc­tions et anti­ci­pa­tions à partir de motifs récur­rents. À l’instar que les télé­pho­nes por­ta­bles, Facebook est la plus sub­tile, économe, et effi­cace des tech­no­lo­gie de sur­veillance actuel­le­ment dis­po­ni­ble.

Les utilisateurs de Facebook comme informateurs inconscients ?

Nous avons tou­jours pensé que la gauche veut autre chose : pour­sui­vre les luttes en ligne, et uti­li­ser inter­net au ser­vice des luttes poli­ti­ques. C’est le but, en ce qui nous concerne – encore aujourd’hui. C’est pour­quoi nous voyons les uti­li­sa­teurs de Facebook comme un danger réel pour nos luttes. En par­ti­cu­lier les acti­vis­tes qui publient des infor­ma­tions impor­tan­tes sur Facebook (sou­vent sans savoir ce qu’ils font) qui est de plus en plus uti­lisé par les forces de l’ordre. Nous pour­rions pres­que aller jusqu’à accu­ser ces acti­vis­tes de col­la­bo­ra­tion. Mais nous n’en sommes pas encore là. Nous avons encore espoir que chacun réa­lise que Facebook est un ennemi poli­ti­que, et que ceux qui l’uti­li­sent le ren­dent de plus en plus puis­sant. Les acti­vis­tes uti­li­sant Facebook nour­ris­sent ce dis­po­si­tif, et en consé­quence, révè­lent nos struc­tu­res – sans aucune néces­sité, sans aucun mandat de jus­tice, sans aucune pres­sion.

Notre point de vue

Nous sommes cons­cients que l’on parle « de haut ». Pour nous, qui tra­vaillons depuis des – par­fois en gagnant notre vie – avec le net et les ordi­na­teurs, l’admi­nis­tra­tion de sys­tè­mes, la pro­gram­ma­tion, la cryp­to­gra­phie, ou autre, Facebook appa­raît comme un ennemi natu­rel. Et comme nous nous consi­dé­rons également comme fai­sant partie de la gauche, cela s’ajoute à l’ana­lyse poli­ti­que des fon­de­ments économiques de Facebook, où les « uti­li­sa­teurs » sont trans­for­més en pro­duits, qui sont vendus, et devien­nent consom­ma­teurs, en consé­quence. Le jargon pour ceci est « la créa­tion de besoin ». Nous réa­li­sons que tout le monde n’uti­lise pas inter­net avec autant d’enthou­siasme que nous pou­vons le faire. Mais pour des acti­vis­tes, auto­ri­ser ce cheval de Troie nommé Facebook à faire partie de leur vie quo­ti­dienne est un signe d’igno­rance d’un niveau cri­ti­que.

Ceci est un appel : fermez vos comp­tes Facebook ! Vous mettez les autres en danger ! Prenez acte contre ce mons­tre de don­nées !

Et de même : quit­tez Yahoo mail et autres ! À bas Google ! Contre la réten­tion des don­nées ! Pour la neu­tra­lité du net ! Liberté pour Bradley Manning ! Longue vie à la décen­tra­li­sa­tion !

Luttez contre le capi­ta­lisme ! Aussi – et spé­ci­fi­que­ment – sur inter­net ! Contre l’exploi­ta­tion et l’oppres­sion ! Aussi – et spé­ci­fi­que­ment – sur inter­net !

Mettez vos cama­ra­des sur les nerfs. Appuyez sur le fait qu’en nour­ris­sant Facebook, ils ont choisi le mau­vais coté !

nadir, octo­bre 2012

P.-S.

Notes

[1] Note de traduction : « la gauche », notion relative par définition, résulte d’une volonté de traduire le texte original au plus proche, et fait bien évidemment référence ici à une sensibilité politique

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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 07:52
Paul Aussaresses, tortionnaire en Algérie

La mort du général Aussaresse, illustre boucher de la guerre d’Algérie, a été l’occasion pour les médias et les démocrates de tous poils de se lâcher, dans un immense élan d’antiracisme et d’humanité : bourreau, tortionnaire assumé... Bref, un méchant.

Un parcours classique de fasciste classique

Il ne s’agit pas là de défendre Aussaresses qui fut effectivement en son temps un boucher. Comme les neuf dixièmes des hauts gradés français, il penchait naturellement vers « l’ordre » et évidemment, le fascisme.
Ancien para de la guerre d’Indochine, sorti auréolé de sa participation à la « France Libre » pendant la Seconde Guerre mondiale le second borgne de France s’était fait la main sur les partisans d’Ho Chi Minh (où ses crimes sont sûrement aussi horribles qu’en Algérie, mais bien moins mis en avant) avant de débarquer en Algérie tout clinquant, pour mettre au pas les « fellagahs » et « terroristes ».
Le massacre de Phillipeville marque son intronisation au sein de la Grande Muette. Un général qui couvre un massacre, c’est toujours la classe dans des logiques de contre insurrection. Il restera célèbre pour les assassinats camouflés en suicide (grand classique) des opposants algériens Larbi Ben M’hidi et Ali Boumendjel. Assassinat qu’il a commis de ses propres mains.

Sa participation à la bataille d’Alger sous la direction du Général Massu (qui lui aussi assume sa participation à des actes de « nettoyage ») n’avait rien d’un hasard. Militaire de carrière, fervent partisan de l’Algérie française et surtout brillant stratège, Aussaresses n’a été qu’un pion docile parmi d’autres dans les exactions et les massacres que nécessitaient la guerre coloniale.
Très appliqué dans son travail il assumera tout et deviendra un des spécialistes de la « guerre contre subversive », cette guerre contre un ennemi intérieur et invisible qui se cache partout, dans chaque paysan des Aurès, dans chaque village « indigène ».

Sous les ordres de Messmer il ira, la décennie suivante, servir les Juntes militaires en Amérique du sud dans un « Centre d’instruction de la guerre dans la jungle » à Manaus au Brésil [1].
Toutes les pires dictatures militaires y enverront leurs plus fines équipes afin de mater les Tupamaros, Miristes et autres guerilleros [2].
Aussaresses jouera ici un rôle majeur. Il apprendra les plus « fines » techniques de torture (notamment l’électricité). Entre temps, pour compléter sa formation et faire partager ses savoirs il ira aussi travailler à « Fort Bragg »,, centre d’entraînement pour les unités spéciales américaines, en Caroline du Nord. Formations qui seront appliquées de manière massive durant la guerre du Viet Nam.

Oui, Aussaresses était un tortionnaire notoire, un assassin méthodique et scrupuleux, mais il s’agissait avant tout d’un serviteur de l’Etat, qui n’a jamais fait autre chose que de servir l’Etat.
Les bonnes oeuvres de l’armée française

Aussaresses est un militaire : il obéit, il applique.

On peut reconnaître à Aussaresses un certain courage.
Il a assumé tous ses actes.
Il a, à lui tout seul, endossé les meurtres de la guerre d’Algérie. Tous les siens, tous ceux qui l’avaient couvert, tous ceux qui l’avaient aidé et tous ceux qui ont torturé de leurs propres mains ont pu se défausser sur cette crapule.
Lorsqu’en 2000 il explique avoir torturé, personne ne vient le soutenir (hormis quelques nostalgiques).
Où sont-ils, les mittérandiens ? Mitterrand qui savait tout des exactions de l’armée, Guy Mollet qui appuyait clairement les paras pendant la bataille d’Alger.
Où sont-ils, les gaullistes ? Ce Messmer qui a revendu à toutes les dictatures du monde notre savoir-faire ?
Les radicaux ?
Tous ceux qui ont donné les ordres ?
Où sont tous les bouchers anonymes qui le 12 mars 1956 votent les pouvoirs spéciaux ?
De l’extrême droite aux communistes, tous repartis comme en 14 dans l’unité vaille que vaille. Tous ceux-là feignent l’indignation. Difficile de croire qu’ils ne savaient pas, dès le moment où ils ont donné les pleins pouvoirs à Massu, qu’il ne s’agirait que d’une boucherie sans nom. Tous le savaient. Toute la classe politique était issue de la Résistance. Toute la classe politique savait ce que signifiait le maintien de l’ordre par une armée en territoire hostile. La classe politique entière souillée par le sang des militants du FLN, souillée par les « corvées de bois » [3], souillée par les bout de verres insérés dans le vagin des militantes algériennes, souillée par les plaies ouvertes, par la peau brûlée au chalumeau, par les litres d’eau de javel bus par les prisonniers... [4]

Reste à savoir qui a donné les ordres... Nous ne le saurons sans doute jamais.
Mais là encore, louons Aussaresses pour sa franchise. Dans son dernier Je n’ai pas tout dit (autant intituler ça « Attendez-vous au pire »), Aussaresses explique très sereinement que l’ordre est venu directement du garde des Sceaux (de Mitterrand donc) pour ce qui est de l’assassinat de Larbi Ben M’hidi, considéré en Algérie comme un héros du peuple...
Mollet [5] lui-même avait donné comme ordre la « liquidation du FLN ». Ces perspectives enjouées étaient appuyées par le député socialiste de l’Aquitaine (il le restera jusqu’en 1980), Robert Lacoste, alors gouverneur général de l’Algérie, qui soutint lui formellement l’usage de la torture.

La boucherie que fut la guerre d’Algérie n’est donc pas, contrairement aux discours officiels des médias et des politiciens, une responsabilité individuelle mais bien une gestion politique et collective de la chose, avec des gens donnant des ordres et d’autres les exécutants.
Car à travers la figure du « Diable » Aussaresses, c’est l’Etat qui est lavé de tous ses crimes. Aussaresses ne serait qu’un dérapage, une bavure somme toute, dans une guerre qui bien sûr devait être propre. Aussaresses n’était qu’un sadique, un homme sans foi ni loi, contrairement à tous nos politiciens, cultivés et propres sur eux...
La torture n’était pas un acte individuel. Il s’agissait d’une méthode rationnelle, méthodique et pensée dans les plus hautes sphères de l’Etat.
Il ne s’agissait que de la continuité logique du colonialisme et du racisme à l’oeuvre pendant près d’un siècle en « territoire indigène ».

Quant à vous Général Aussaresses, nous cultivons le regret de vous avoir vu mourir si âgé, si bien portant, et d’une arme aussi douce que la vieillesse...

À voir : Le boucher face à ses anciens maîtres, scène glaçante si il en est...

P.-S.

Pour en savoir plus :
"Des Français contre la terreur d’État (Algérie 1964-1962)", recueil de textes, éditions Reflex, 2002.

Notes

[1] Le Brésil est alors sous la botte du Maréchal Castelo Branco chef de la dictature militaire brésilienne, viscéralement anti communiste, s’appuyant sur les franges les plus durs de l’église catholique et surtout, pantin de la CIA.

[2] Pour plus d’infos, le documentaire Escadrons de la mort, une école française, de Marie Monique Robin

[3] Nom commun dans l’armée pour désigner les exécutions sommaires d’algériens.

[4] De si sordides détails semblent malheureusement nécessaires pour réactiver les mémoires endormies par des années de censure et de non dits, pour plus d’infos sur les pratiques à l’oeuvre à l’époque voir ici

[5] Président du conseil à l’époque (équivalent de Premier ministre), socialiste.

Repris sur Paris Luttes info

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 09:28
Dieudonné: Frauder le fisc, c'est antisytème?

Alors que Dieudonné prétend être contre le système, et les corrompus à sa tête, il pratique la fraude fiscale. Celle-ci est pourtant une caractéristique de ceux qui nous dirigent. Cela rende Dieudonné plus proche de la bourgeoisie que du peuple dont il se réclame, plus proche d'un Liliane Betancourt que d'un ouvrier de PSA. Voici un article du Canard enchainé qui révèle un peu ce micmac, notamment comment les fans de Dieudonné lui ont acheté une maison en croyant l'aider à payer des amendes...

Le Canard enchaîné a sorti hier une minutieuse et révélatrice enquête sur “la fortune planquée” de Dieudonné. L’article signé par Anne-Sophie Mercier et Christophe Nobili apporte les preuves de ce que tous soupçonnaient depuis bien longtemps : l’orchestration de l’insolvabilité de Dieudonné M’Bala M’Bala. Ce qui surprend toutefois, c’est la fragilité de certaines ”planques”, pas si planquées que ça…

Villas, bagnoles, bateau, comptes bancaires bourrés, valises de biftons et 1 demi-million pompé à ses adeptes… Pendant que le fisc roupillait, l’antisémitisme, ça rapportait !

C’est mieux qu’un beau « système » que les enquêteurs de la financière sont en train de mettre au jour avec l’« anti-système » M’Bala M’Bala. Un passionné de l’oseille qui s’est payé la tête de beaucoup de monde, ces dernières années, à commencer par celle de ses adeptes.

Depuis les perquisitions du 28 janvier dans ses propriétés d’Eure-et-Loir et dans son théâtre parisien, les poulets épluchent la comptabilité de Dieudonné, ses comptes bancaires, ses acrobaties financières, ses titres de propriété et la manière grossière dont il a organisé son insolvabilité au nez et à la barbe du Trésor public.

Une foultitude de documents, tombés dans le bec du « Canard », montrent ainsi que la farce ne se limite pas aux 600 000 euros et 15 000 dollars, tout en liquide, découverts chez celui qui pleure misère. Mais aussi que le fisc et la justice, auxquels il raconte n’être en mesure de payer ni impôts ni amendes, sont bizarrement passés à côté de sa fortune : contrairement à ce que tout le monde pensait, de nombreux biens de notre contribuable en cavale ne sont pas au nom de sa compagne actuelle, Noémie Montagne, mais bien au sien…

Une quenelle pour le fisc

Dans la première propriété du Mesnil-Simon, en même temps que la superbe décou­verte des valises de billets, les flics ont pu ad­mi­rer le confort du maître des lieux : 1,2 hec­tare de terrain, avec tennis, piscine et quatre bâtiments en sus de sa belle maison principale en pierre. C’est bien M’Bala M’Bala qui est le propriétaire de cet ensemble immobilier, dont une partie en indivision avec Marine Lutinier, sa première femme. Des contrats d’assurance le confirment, tout comme les relevés de propriété archivés aux… services fiscaux de Dreux. Il suffit de les consulter.

Tout en baladant le Trésor public, le grand propriétaire terrien n’a jamais cessé de s’acheter des babioles. Exemples : un quad Polaris à près de 10 000 euros, en février 2012, pour aller s’éclater sur les chemins de campagne ; une petite péniche de 14 mètres à 68 000 euros, le mois suivant, pour les doux week-ends sur l’eau… Cet été, Dieudonné s’est aussi offert un break Mercedes d’une valeur de plus de 20 000 euros, mis à son nom, comme un petit scooter Yamaha à 1 850 euros.

Les poulets qui, à la demande du parquet de Paris, mènent l’enquête sur l’« insolvabilité frauduleuse » de la vedette planchent également sur les conditions dans lesquelles il a fait racheter aux enchères, il y a un an, pour 551 000 euros, sa seconde propriété de Saint-Lubin-de-la-Haye (1,5 hectare, avec maison, dépendances et studios). Celle-là avait été saisie par le fisc (tout de même), à qui il devait 887 135 euros d’impôts et autres pénalités non acquittés depuis quinze ans.

Un petit million pour rester propre

Le parquet ne va pas être déçu : c’est tout simplement grâce à un fameux appel aux dons sur Internet que M’Bala M’Bala a pu mener à bien cette drôle d’opération. En deux mois à peine, près de 1 800 fans lui ont envoyé des chèques et des espèces (voir ci-contre). Montant final de la collecte : 561 000 euros ! Entre janvier et mars 2013, Dieudonné-le-miséreux a tout bêtement déposé ce blé, par paquets de 40 chèques en moyenne, sur un compte bancaire ouvert à son nom dans une agence de la Banque populaire, à Houdan, à… dix minutes de chez lui (notre document). Il a ensuite viré 558 000 euros sur le compte de Noémie Montagne, le 19 mars 2013. Laquelle a viré à son tour la somme, en plusieurs fois, sur un compte des Productions de la plume. C’est à partir de ce compte que s’est effectué le rachat de la baraque. Moralité, si l’on ose dire : c’est le fan-club de Dieudonné qui l’a aidé à payer ses impôts ! Avec, en prime, des dons et des prêts… toujours pas déclarés à ce jour.

Le pire : c’est ce même fan-club qui, aujour­d’hui, a commencé à payer aussi les amendes de son idole. En décembre, M’Bala M’Bala, qui doit plus de 65 000 euros en raison de ses diverses condamnations pour antisémitisme, a lancé, pas gonflé, un nouvel appel sur le Web aux généreux donateurs. Il est vrai que le malheureux était un peu court, avec ses deux propriétés, ses 600 000 euros en liquide sous le matelas, ses 2 millions de chiffre d’affaires du Théâtre de la Main-d’Or, sans parler des 415 000 euros expédiés au Cameroun (« Le Canard », 8/1) par l’intermédiaire de son fiston Merlin et de son ex-femme Marine.
Comme disait un (vrai) humoriste, François Morel, le 10 janvier sur France Inter : « J’aurais dû faire antisémite… »

Quête miraculeuse

Le 8 janvier 2013, lorsque Dieudonné s’est mis à pleurnicher sur Internet après la saisie de sa maison par le fisc et à réclamer de l’aide, la petite secte dieudonniste n’a guère tardé à réagir. Ils ont été 1 761 à se porter au secours de leur gourou, et ce pour un montant total de 561 451 euros. Une paille…
« Le Canard » a pu consulter la liste des dons et des donateurs. L’écrasante majorité des chèques et des espèces reçus par Dieudonné varie entre 50 et 200 euros, mais une quarantaine de personnes ont envoyé 1 000 ou 2 000 euros, une petite dizaine ont signé un chèque de 10 000 euros. Un ouvrier du bâtiment qui galère a vidé son compte pour sortir son idole de cette mauvaise passe en lui envoyant 25 000 euros : « C’était plutôt un prêt, explique-t-il au “Canard”. Je lui ai fait confiance, sur parole. Sa compagne m’a remboursé quelques mois plus tard. » Le pactole : une administratrice de société de la région nantaise a prêté, elle, 165 000 euros au nécessiteux de la Main-d’Or. Mais elle refuse de dire si elle a récupéré ses sous.


Interrogés par le Palmipède, quelques signataires des très gros chèques disent, eux, avoir été remboursés. Tous ne l’ont pas été. Impossible de faire le décompte de ce qui s’est soldé par un prêt ou par un don, forcé ou consenti. Mais la réactivité des admirateurs force… l’admiration. Et en dit long sur la nature des liens qui les unissent au gourou antisémite. Solidarité, quand tu nous tiens !

Business théâtral

Pour mettre hors d’atteinte des créan­ciers le produit de ses spectacles, la boîte de Dieudonné, les Productions de la plume, appartient, sur le papier, à parité à sa compagne, Noémie Montagne, et à sa mère. Soupçonnant quelques abus de biens sociaux au sein de cette société, les flics s’intéressent notamment aux véhicules qui passent, à l’occasion, des mains des Productions de la plume à celles de membres de la famille. Mais aussi à des gros chèques de la boîte qui atterrissent sur différents comptes bancaires de Noémie Montagne : 80 000 puis 170 000 euros en juin et septembre 2013, par exemple.


En juillet, Dieudonné a aussi écrit à ses voisins du Mesnil-Simon pour leur proposer de racheter leur propriété. Le miséreux était prêt à leur verser… 370 000 euros. Avec, en guise de garantie, « ma société de production », comme il l’a appelée à cette occasion.


Autre poilade dans le business de cette boîte : les produits dérivés de la boutique du Théâtre de la Main-d’Or. Les tee-shirts « quenelle » : Dieudonné les vend 20 euros après les avoir fait fabriquer par une petite entreprise, où il les paie 4,40 euros.


Près de cinq fois la mise : c’est pour qui, la quenelle ?

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