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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 11:19
Assemblée de chomeurs contre les négociations UNEDIC le 8 Février

Et l'affiche!

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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 14:32
Dieudonné-Soral, l'anticapitalisme des imbéciles

Dieudonné et Alain Soral... on pensait qu’après tous leurs dérapages et prises de position réactionnaires, nous n’aurions plus à écrire sur ce duo tragicomique. Pourtant, force est de constater que leur pouvoir de nuisance est toujours intact.

Ces tirailleurs n’ont qu’une seule fonction : tenter de sensibiliser aux thèses de l’extrême droite un public habituellement insensible à celles-ci. Ils tentent de brouiller les lignes en se présentant comme des individus en-dehors du champ partisan. Il n’en n’est rien : M. Soral a été membre du comité central du FN avant d’en démissionner car on n’y accordait pas assez d’importance à sa petite personne. Quant à Dieudonné, il passe son temps dans les eaux du FN, par exemple avec Frédéric Châtillon, conseiller de Marine et ancien du GUD, ou en louant son théâtre, La Main d’or, pour les formations du FN.

Soral le boutiquier

Les seules actions politiques concrètes proposées par Alain Soral se résument à acheter ses produits, acheter des billets pour ses conférences et... voter pour le Front national. On entend parfois que son discours, en tant que tel, comporterait des éléments intéressants et progressistes. Coupons court à ces rumeurs : la soupe que nous sert Soral est composée des ingrédients faisandés de l’extrême droite la plus rancie. Il se présente aujourd’hui comme le porte-parole des cités ? Voilà plutôt ce qu’il en pensait : « leur seul espoir [aux Algériens] c’est qu’on y retourne [en Algérie]. » [1] mais encore :celui qui se comporte en colon, de plus en plus c’est le Beur" [2] ou bien : "la France devient un pays d’Anglo-saxons névrosés envahis de Maghrébins hostiles" [3].

Conspirationnisme rance

Soral est-il anticapitaliste ? Il aimerait beaucoup mais, malheureusement, derrière les postures de rebelle avec des vrais morceaux de subversion dedans, ça sent plutôt le conformisme le plus plat. Ses théories se limitent à une critique superficielle de la finance, des multinationales étrangères et à une apologie crétine du petit patronat.

Soral ne doit sa réputation subversive qu’à un antisionisme soit disant radical. Il s’autoproclame, avec son compère, l’alpha et l’omega de ce combat. Pourtant, sur un plateau télé il ira jusqu’à déclarer : « Je ne suis ni propalestinien, ni pro-israélien, je suis français monsieur. » Pietro Sangiorgio, l’un des individus participant à son fan club, Égalité et réconciliation, nous déclare dans une vidéo que pour lui l’État d’Israël est un modèle admirable. En revanche, son antisémitisme est on ne peut plus réel. Soral a réédité La France juive de Drumont, best-seller antisémite des années 1880, et son analyse du capitalisme se réduit à la dénonciation du complot américano-sioniste – entendez par là le complot juif.

Quant à Dieudonné, tous ses spectacles sont désormais imprégnés d’antisémitisme et de négationnisme.

Pour expliquer la marche du monde, Soral véhicule les thèses conspirationnistes plus bêtes les unes que les autres issues d’Internet. Vendeurs à la petite semaine, Soral et Dieudo ne sont que le reflet d’une époque sans esprit, l’opium qui remplace la conscience révolutionnaire.

Du côté des assassins

Dernière illustration des numéros de magicien de notre duo, l’immonde plaidoyer en faveur d’Esteban Morillo, le meurtrier de Clément Méric. On reprend les mêmes ficelles éculées par notre duo, on se présente comme au-dessus de tout cela… et on invite le chef du groupuscule de l’assassin, Serge Ayoub ! Au nom du « devoir de vérité », on présente sa version, totalement partiale, de l’affaire. La première vérité aurait été de rappeler que Serge Ayoub et Soral se connaisse très bien puisqu’ils ont ouvert ensemble le bar parisien Le Local ! Alors toujours aussi impertinent l’avis de nos deux bouffons ?

San Vincente (AL Bruxelles)

[1] Alain Soral, Abécédaire de la bêtise ambiante, Blanche, 2008, page 15

[2] Ibidem, page 99.

[3] Ibidem, page 124.

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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 22:10
Suppression du droit à l'avortement en Espagne- répression brutale de militantes féministes

Avec la crise, se profile partout en Europe un retour en arrière patriarcal. En France, on l'a vu avec les Manif Pour Tous. En Espagne, c'est l'avortement qui en est la cible. Il va être prochainement supprimé. Voici le communiqué d'Alternative Libertaire contre cette suppression répugnante...

Vendredi 20 décembre, le gouvernement espagnol a adopté un projet de loi (préparé par une commission de 15 hommes) qui supprime le droit à l’avortement. Le titre de cette future loi dit tout de l’idéologie qui l’anime : "loi organique de protection de la vie de la personne conçue et des droits de la femme enceinte".

L’avortement ne sera légal qu’en cas de danger pour la vie ou la santé psychique de la femme (constaté par deux médecins étrangers au centre IVG, jusqu’à 22 semaines) et en cas de viol (si la femme a porté plainte immédiatement, jusqu’à 12 semaines). Depuis 2010, l’avortement était totalement libre jusqu’à 14 semaines. L’accord parental pour les mineures est rétabli.

L’avortement n’est plus un droit mais redevient un délit sauf dans ces conditions.

Les femmes d’Espagne ont déjà commencé à lutter contre cette loi misogyne et paternaliste ("la femme est toujours victime", a dit le ministre de la Justice). Le combat va devoir se renforcer pour éviter le vote au Parlement (où le réac Parti populaire au pouvoir a la majorité) et le retour 30 ans en arrière.

Alternative libertaire affirme sa solidarité avec le combat des femmes d’Espagne pour retrouver le droit à avorter sans contrôle des hommes (médecins, législateurs...) et participera aux manifestations devant l’Ambassade d’Espagne.

Alternative libertaire, le 22 décembre 2013

Voici à la suite les images de la répression des militantes féministes qui s'opposent à cette loi.

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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 14:49
Manif Pour Tous à Montpellier: des Identitaires agressent des féministes à coup de barre de fer. Bilan: quatre personnes à l'hopital

La Manif pour tous défilait le dimanche 15 décembre à Montpellier contre les droits des homosexuels, contre le féminisme et contre les taxes. Un collectif féministe a suspendu des banderoles dénonçant le caractère réactionnaire de la Manif Pour Tous. Mal leur en a pris: des militants de la mouvance identitaire les ont attaqué par derrière à coup de barre de fer et de nunchakus... Le bilan est lourd: quatre personnes à l’hôpital. On voit le vrai visage des "pacifiques" amoureux de la famille qui composent la Manif pour Tous. Voici le communiqué des militant-e-s agressées.

Dimanche 15 décembre, quelques centaines de personnes ont défilé boulevard du Jeu de Paume sous la bannière de la Manif pour Tous, contre la récente loi dite du mariage pour tou-te-s. Face à cet appel, quinze militant-e-s de défense des droits LGBTI se sont posté-e-s au premier étage du parking Laissac et ont suspendu des banderoles au moment du passage du cortège.

Quelques minutes à peine après le début de l’action, les militant-e-s ont été violemment agressé-e-s par six à huit hommes accompagnés d’un chien et armés de poing américains, de barres de fer, de chaînes et de nunchaku. La possession de telles armes prouve la préméditation de l’agression commise ; certains de ces hommes, membres du groupe d’extrême-droite la Ligue du Midi, ont d’ailleurs déjà été condamnés pour des actes similaires.

Les agresseurs ont pris leurs cibles par surprise, les frappant alors qu’elles étaient de dos – l’un d’eux prétendant être de la police. Ils n’ont pas hésité à viser directement la tête et à pousser les militant-e-s contre la barrière du parking, au risque de les faire tomber dans le vide. Ils ont ensuite pris la fuite en volant du matériel (mégaphone et banderoles), sans être interpellés par la police pourtant présente à la sortie du parking. Une vidéo filmée par les militant-e-s montre d’ailleurs les agents de police montant sans se presser dans le parking alors que l’agression a commencé ; ils mettront plus d’une minute à rejoindre les lieux.

Neuf personnes ont été blessées. Conduit-e-s à l’hôpital, quatre militant-e-s en sont sorti-e-s avec attelle, points de suture et jours d’ITT.

Au même moment, une cinquantaine de militant-e-s de défense des droits LGBTI étaient réuni-e-s en contre-rassemblement sur la place de la Comédie. Peu après, illes ont été encerclé-e-s par la police, qui a arrêté un mineur soupçonné… d’avoir jeté un œuf.

Les militant-e-s agressé-e-s dénoncent la répression différenciée d’agents de police qui, d’un côté, laissent s’échapper une bande organisée d’hommes facilement repérables puisque armés, accompagnés d’un chien et en possession de matériel volé, venant d’agresser avec préméditation quinze personnes ; et de l’autre arrêtent un adolescent de 15 ans en possession d’un œuf.

Illes s’insurgent également contre la violence de l’assaut subi, qui s’inscrit en cohérence avec les idées homophobes et fascisantes portées par la Manif pour Tous. La vidéo filmée prouve que les violences commises étaient visibles de la rue, et que les participant-e-s à la Manif pour Tous ont affiché leur joie à la vue du visage ensanglanté d’un militant, montrant ainsi leur soutien avec ce déferlement de haine.

Les militant-e-s sauvagement agressé-e-s

agression.laissac@gmail.com

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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 09:50
Luttes sur le logement à Bologne

Au cours du mois dernier, Bologne a été secouée par une vague d’occupations de logements. Ces occupations doivent être comprises dans le contexte des semaines nationales d’action qui ont culminé avec la manifestation nationale du 19 octobre à Rome.

Ces occupations, menées dans un certain nombre de quartiers de Bologne, impliquent une variété de mouvements populaires de base.

Au cours du mois dernier, Bologne a été secouée par une vague d’occupations de logements. Ces occupations doivent être comprises dans le contexte des semaines nationales d’action qui ont culminé avec la manifestation nationale du 19 octobre à Rome (voir à ce sujet : 18/19 octobre. Mobilisations contre l’austérité et recomposition sociale).

Les occupants justifient leurs actions comme étant des réponses à ce qu’ils décrivent comme une situation d’urgence en matière de logement.

L’ASIA-USB (un syndicat de base à la pointe du mouvement pour le logement) cite les chiffres suivants au sujet de Bologne à partir de 2012 : environ 1000 familles ont reçu une ordonnance d’expulsion et près de 10.000 demandent un logement social ; par contraste, 7.000 appartements privés et 225 unités de logements sociaux du parc public restent vacants dans cette ville de 380 000 habitants (au centre d’une aire urbaine de près d’un million de personnes).

Le manque de logements abordables à Bologne est devenue une question clé depuis près de deux décennies. Bien que les militants sur le logement avaient dénoncé la situation depuis un certain temps, la question n’est devenue publique dans la presse locale mainstream qu’en 2009, après que Nomisma (un cabinet de consulting économique travaillant à l’échelle du pays mais basé à Bologne) ait publié un rapport détaillé sur le logement en Italie. Le rapport montrait qu’entre 1991 et 2009, il y a eu une augmentation de près de 100 % du prix des maisons à Bologne et une augmentation de 75% des loyers, contre une augmentation moyenne des revenus de seulement 18%.

Les politiques locales en matière de logement n’ont fait qu’empirer la situation au lieu de l’améliorer, même à la marge. Valerio Monteventi, militant et ancien conseiller de Bologne, a souligné dans un rapport détaillé publié en 2010, que les autorités locales étaient incapables de répondre aux besoins des citadins les plus vulnérables – migrants, étudiants et ménages à faibles revenus. Les politiques du logement locales n’ont pas cherché à promouvoir la construction de résidences étudiantes et de logements collectifs bon marché et n’ont pas non plus été capables de rendre entièrement habitables les appartements existants dans le parc du logement social public.

Il y a des occupations dans un certain nombre de quartiers de Bologne, qui impliquent une variété de mouvements populaires de base.
Dans le centre-ville, l’ASIA-USB, avec une douzaine de familles déjà expulsées de leurs maisons, a occupé un grand projet de logements abandonnés.

Toujours dans le centre, le « Làbas Occupato » (un collectif étudiant actuellement basé dans une ancienne caserne occupée) a lancé un projet appelé « crowdhousing » - une opération de rénovation immobilière auto-organisée et coopérative d’une partie de la caserne pour la rendre habitable, en particulier pour les étudiants.[1]

Une autre action, en réponse principalement aux besoins massifs de logement de la nombreuse population étudiante de Bologne, est le « Studentato Occupato Taksim » (Résidence étudiante occupée Taksim). Le Studentato a été ouvert par le Collettivo Universitario Autonomo (CUA), un collectif militant étudiant inter-fac, dans l’ancien internat d’un couvent situé à la périphérie de Bologne et qui était vide depuis plus de trois ans. Ils inscrivent cette occupation dans une lutte contre l’augmentation du coût des études, des frais universitaires, les prix de plus en plus élevés des cantines étudiantes, l’accès possible uniquement à des résidences étudiantes de luxe et pour répondre à leurs besoins d’espaces de socialisation auto-organisés.

Une deuxième action à la périphérie a été l’occupation d’un immeuble résidentiel privé dans le quartier de Bolognina. Bolognina (“la petite Bologne”) est un quartier ouvrier traditionnel et historique, actuellement au centre de plusieurs grands projets de « régénération » et de rénovation urbaine massive (avec beaucoup de tertiaire) qui conduiront à une gentrification à grande échelle et l’incorporation de ce vaste quartier, qui jouxte le centre historique de la ville au nord de la gare ferroviaire et des voies ferrés, dans un nouveau centre urbain, complètement redimensionné et beaucoup plus étendu, de la métropole.
Les déclarations publiques des occupants ont explicitement désigné leurs actions comme une forme de lutte contre ce processus plus large : « L’immeuble a été occupé pour résoudre les besoins de logement de beaucoup d’entre nous, qui sont sans maison ou fatigués de payer des loyers exorbitants à Bologne, mais aussi de faire un premier pas concret dans la lutte contre la requalification de Bolognina. En effet, cette zone excite depuis un certain nombre d’années, les appétits d’affairistes et de spéculateurs qui, sous la direction de l’administration municipale, visent à transformer un quartier populaire en nouveau centre d’affaires de la métropole qui vient. Á coup d’expulsions, de projets de méga-infrastructures, de centres commerciaux et de descentes de police. »

Bien que tolérant relativement la plupart des nouvelles occupations, le conseil municipal a expulsé celle de Bolognina. L’expulsion a été réalisée sans aucune solution de relogement pour les occupants.
Quelques jours plus tard, les occupants expulsés ont entamé une deuxième action dans un autre immeuble privé vide, toujours dans Bolognina. Les occupants ont été de nouveau expulsés et plusieurs des activistes impliqués – qui ont réussi à retarder le processus d’expulsion plus de 20 heures en grimpant sur le toit du bâtiment – ont reçu un ordre d’expulsion de Bologne[2]. Malgré cela, les activistes impliqués dans cette action ont, dans leur dernière déclaration publique, exprimé leur satisfaction. Les occupations, écrivent-ils, sont un « message clair aux autorités de Bologne », elles « continueront et les expulsions seront de plus en plus rugueuses. Nous verrons qui se lassera le premier ».

Le 19/11/2013

Repris sur Courant Alternatif, le journal de l'OCL

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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 11:52
Pourquoi Dieudonné n'est pas fréquentable

Voici un article écrit par quelqu'un qui a soutenu Dieudonné avant de s'en mordre les doigts.

Mettons cartes sur table. J’ai fait parti des sempiternels soutien à Dieudonné, et il y a encore quatre ans, je participais à l’organisation de sa venue dans ma ville d’origine. Je n’ai jamais soutenu, et ne soutiens toujours pas, le fait d’interdire Dieudonné de jouer ses spectacles. Pour un certain nombre de jeunes, Dieudonné a même pu être source, à une époque, de prise de conscience politique en abordant et en dénonçant, avec humour, les dérives de la politique française et internationale. Lorsque nous parlons du cas Dieudonné, la question israélo-palestinienne n’est jamais loin. Son exclusion du monde médiatico-politique a débuté, notamment, au lendemain de son sketch chez Fogiel où il caricaturait un colon israélien. Encore aujourd’hui, les références à Israël ne manquent pas. Paradoxalement (ou peut-être pas), plus je prenais place, notamment, dans le mouvement de solidarité avec la Palestine, et moins je soutenais Dieudonné.

Une colère légitime

Dieudonné, lorsqu’il ironise sur la politique dans ses spectacles, aborde des thèmes très différents : dérive de la classe politique française, hypocrisie diplomatique… La concurrence des mémoires est un des premiers piliers « humoristico-politique » de Dieudonné. Un thème qui, à première vue, semble légitime, ou du moins, demeure un sujet de débat. Pierre Tevanian, dans un article intitulé Un négationnisme respectable, relève la manière dont les propos de Jean-Marie Le Pen sur les chambres à gaz qui ne seraient qu’ « un détail » de l’histoire ont entraîné une condamnation unanime de l’ensemble de la classe politique française ainsi que du monde associatif et du corps enseignant. À l’inverse, l’historien Max Gallo, fréquemment invité sur les plateaux télés, déclarait à propos du rétablissement de l’esclavage et de la traite négrière par Napoléon, ainsi que de son interdiction au territoire métropolitain aux « nègres et autres gens de couleur » : « Cette tache, car c’est une tache, est-ce que c’est un crime contre l’humanité ? Peut-être, je ne sais pas ». Ces propos furent réitérés, et Gallo n’a eut à affronter ni la justice ni la désapprobation du monde politique et associatif. Il en va de même, souligne Tevanian, pour « la colonisation, dont le caractère intrinsèquement criminel est largement nié ou minimisé, aussi bien dans la culture de masse que dans les programmes scolaires ».

Ne souhaitant pas me réapproprier des analyses, je me permets de poursuivre la citation de l’article de Tevanian : « le cas de Dieudonné est là pour nous rappeler les dérives auxquelles ce juste constat peut conduire s’il n’est pas réfléchi et analysé politiquement ». Dans ses dénonciations et ses actes, Dieudonné use à plein régime de provocations gratuites au point d’en faire oublier « la part de vérité sur laquelle viennent s’agréger rancœurs, amalgames et provocations racistes ». C’est sûrement ici que se situe la première dérive de l’humoriste. Singulièrement, il ne nie pas, directement, le fait même de l’Holocauste, mais ses célébrations et son emploi dans la sphère politique. Un sujet qui, tout en étant justifié, se doit d’être abordé de manière réfléchie et raisonnée (cf. Idith Zertal, La Nation et la mort ; Norman Finkelstein, L’industrie de l’Holocauste). Mais Dieudonné préfère en rire, parodiant dans divers sketchs, et dernièrement dans un film tout entier, des déportés dans un camp de concentration, ajoutant à ses personnages un goût immodéré pour l’argent. Selon lui, la mémoire du génocide des juifs occulterait les autres mémoires dans une abjecte concurrence victimaire.

Quiconque s’emploie à relire l’historiographie française se rendra compte assez facilement que ce n’est pas l’enseignement de la Shoah qui occulte les autres crimes. Dans les années 1950, 1960 et 1970, nous parlions très peu, voire absolument pas, du génocide des Juifs. Parlions nous pour autant davantage des crimes coloniaux ? Je ne le pense pas. Reprenons Tevanian : « La vérité, c’est que l’occultation du tort fait aux Noirs – comme du tort fait aux colonisés – repose sur des ressorts beaucoup plus anciens, profonds, puissants et complexes que la formation récente d’une mouvance sioniste ultra-droitière au sein des élites associatives juives de France. Si les Noirs sont injuriés, si leur mémoire est bafouée, si un Max Gallo peut en toute impunité et en toute innocence leur cracher son mépris à la figure, ce n’est pas « parce qu’une petite clique de Juifs fascistes en veut aux Noirs de concurrencer la Shoah » : ce qui est en cause, c’est la quasi-totalité des élites politiques françaises catholiques, protestantes, laïques, athées, républicaines, progressistes…, qui sont structurées par une idéologie, une culture et un imaginaire républicaniste profondément chauvins, ethnocentriste voire raciste. Ne pas prendre en compte le système politique qui est à l’origine d’un tort subi, en rabattre toute la responsabilité sur un groupe social délimité (en l’occurrence les extrémistes sionistes), tel est le premier faux pas qui conduit de la révolte légitime aux divagations racistes. »

Dans les bras de l’extrême droite

Dans ses premiers combats, Dieudonné s’inscrivait dans ce combat politique évoqué précédemment. Figure de la lutte antiraciste de gauche, il a été, peu à peu, dégoûté du milieu politique français. Sa première cible, les associations antiracistes, type SOS Racisme, et la gauche française qui semblait sourde à la prise en compte de ses revendications. Une nouvelle fois, sa rancœur peut sembler légitime. Voir SOS Racisme travailler main dans la main avec l’Union des Étudiants Juifs de France, organisation qui ne cache pas son soutien à la politique israélienne, ou encore s’afficher dans des manifestations aux côtés de la Ligue de Défense Juive (groupuscule violent ultra-sioniste), c’est bien évidemment nauséabond. Il en va de même pour un certain nombre de représentants de cette « gauche molle », aux avant-postes médiatique pour défendre les droits de l’homme et la dignité humaine, mais qui dans le même temps, par amour et/ou intérêt envers Israël, se taisent sur les innombrables crimes dont le peuple palestinien est victime. Évidemment, ils sont, sur bien d’autres sujets encore, éloignés d’un quelconque « socialisme », au sens idéologique du terme, les Roms le savent actuellement mieux que quiconque. Se reconnaîtront ici Manuel Valls, Julien Dray, Pierre Moscovici, Harlem Désir… Ecœuré, Dieudonné quitte la sphère politique, et enchaîne les rencontres, brisant les clivages droite et gauche, affirmant qu’ « il ne sait plus où est le bien et où est le mal ». Il nie ainsi l’hétérogénéité de la gauche française, et tourne le dos à toutes ces forces politiques, ces militants, ces élus, ces parlementaires, qui mènent leurs actions en adéquation totale avec leurs idéaux. Simpliste, le choix de Dieudonné de se diriger vers ses anciens ennemis était donc bien plus intentionnel que ce qu’il laisse à penser.

Sa rencontre avec l’essayiste Alain Soral, passé du PCF au FN, semble décisive. Tout autant nationaliste qu’homophobe, sexiste que fascisant, le fondateur du mouvement Égalité et Réconciliation s’inscrit dans la droite ligne des propos précédents de Tevanian. Soral est loin de reconnaître les crimes coloniaux, et méprise ceux qui défendent cette mémoire. Il admire le mouvement italien Casa Pound, qui se revendique de Benito Mussolini, et ne masque pas sa fascination pour les néo-nazis grecs d’Aube Dorée. Il œuvre pour un rapprochement entre l’Occident chrétien et le monde musulman afin de lutter contre « l’Empire ». Nul ne sait précisément ce qui se cache derrière ce terme, mais Israël et les États-Unis semblent en être les fers de lance. Musulmans et catholiques devraient s’allier contre les juifs et les protestants. Pourquoi ? Parce que juifs et protestants sont les créateurs du prêt à intérêt. Le prêt à intérêt n’est pas autorisé par le catholicisme ni l’islam, et il est la matrice de la finance mondiale qui permet d’asservir les peuples. Après cette rencontre, Dieudonné s’affiche sans problème avec des cadres de l’extrême droite française, considéré comme « victime » du système politique. Le symbole de ce rapprochement est sans aucun doute sa candidature en 2009 à la tête de la liste « Anti-sioniste », rassemblant à la fois Yahia Gouasmi, directeur du centre Zahra France et dirigeant de la Fédéraction Chiite de France, Alain Soral, mais aussi un cadre du Front National Jeune, un nationaliste catholique…

Sans forcément retranscrire toute l’histoire de Dieudonné, arrêtons-nous sur l’un de ses derniers faits d’arme : une interview, complaisante à souhait, de Serge Ayoub, aka Batskin. Figure des milieux skinheads d’extrême droite, il fut fondateur entre autre des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires et de Troisième Voie (dont je laisse à chacun de vous la liberté de lire leurs faits d’armes). L’interview vient se caler au lendemain de la mort de Clément Méric, étudiant et militant antifasciste de 18 ans, mort sous les coups de skins liés au mouvement d’Ayoub. Clément Méric se mobilisait pour toutes les causes qui lui semblait juste. Il participait aux manifestations parisiennes contre l’islamophobie, notamment la campagne « Mamans toutes égales », aux actions contre le mal logement, pour les sans-papiers, aux rassemblements de soutien au peuple palestinien, etc… Si Dieudonné laisse à Ayoub la possibilité d’expliquer ce qu’il veut, sans jamais être contesté ou remis en cause, il affirme à demi-mot que Clément Méric était proche de la Ligue de Défense Juive : « L’extrême gauche de Méric est, je l’ai découvert à ce moment là (cf. altercation sur un marché parisien entre des militants antifascistes et Dieudonné et son entourage), […] très proche des milieux sionistes, de la LDJ et ce genre de mouvements, plutôt protégé par la police ». L’interview se termine par une brève salutation : « nous avons nos différences, mais nous avons un même ennemi ». Certains s’amusent à noyer le poisson en évoquant les méthodes de lutte, jugées violentes, de certains milieux dits « d’extrême gauche ». Gardons à l’esprit que Serge Ayoub se bat pour une domination de race, un nationalisme exclusif, et plaide pour un régime politique d’inspiration fasciste. Clément Méric se battait pour une suppression des classes, une justice sociale, et contre la diffusion de toutes les idées haineuses, racistes et fascisantes, quelles soient portées par Ayoub, la LDJ ou Dieudonné.

Le mouvement de solidarité avec la Palestine

En tant que citoyen français, nous avons un rôle important à jouer dans notre pays sur la question palestinienne. La France a eut et doit retrouver son indépendance diplomatique afin d’agir, et d’être le fer de lance politique d’une lutte pour l’application stricte du droit international au Proche-Orient. Pour cela, il faut un mouvement de solidarité pour la Palestine qui soit fort, organisé et capable de relever des défis politique. C’est un rapport de force, tout est une question de rapport de force. Celles et ceux qui sont dans le mouvement peuvent en témoigner, les lignes ne sont pas enracinées, elles bougent, elles évoluent. D’année en année, de nouveaux députés nous rejoignent, de nouveaux élus ou simples citoyens partent sur le terrain afin d’œuvrer à une solidarité concrète, à un élargissement du front. Si les droits des palestiniens sont bafoués, c’est à nous de refuser que ceux qui soutiennent ce crime puissent influencer la politique de notre pays. Et eux, ce ne sont ni « les juifs », ni même forcément les « sionistes », mais simplement les soutiens à la politique israélienne. Et ce de la même manière que le mouvement de solidarité avec la Palestine n’est pas composée exclusivement que d’arabes ou de musulmans. Qu’apporte Dieudonné à ce mouvement de solidarité ? Rien.

En s’affichant comme soutien à la cause palestinienne tout en multipliant les dérapages et les provocations, Dieudonné sert les intérêts des soutiens à la politique israélienne. Ces derniers peuvent ainsi aisément mettre dans un même sac antisémites et anti-sionistes. Dans les faits, c’est encore plus clair. En 2004, malgré la désapprobation de Leila Shahid, représentante officielle de l’Organisation de Libération de la Palestine en France, Dieudonné conduit une liste EuroPalestine aux élections européennes. Plus récemment encore, des membres du Parti Solidaire Français (PSF), dont Emmanuelle Grilly – colistière de Dieudonné en 2009 – est l’une des responsables, s’affichaient discrètement dans une manifestation parisienne commémorant l’anniversaire de la Nakba (expulsion des Palestiniens de leur terre en 1948 afin de créer l’Etat d’Israël). Aussitôt démasqués, ils furent chassés du rassemblement par le service d’ordre. Le soir même, le PSF publiait un communiqué critiquant la présence dans la manifestation de l’Union Juive Française pour la Paix, parce qu’ils sont « juifs ». En Palestine comme en France, des Juifs sont engagés aux côtés du peuple palestinien. Le problème n’est pas ethnique, mais politique. Dieudonné aime jouer sur cette frontière en mélangeant l’ethnique, la religiosité, et le politique ; mais le danger intervient lorsque la frontière de l’humour et de la politique n’est plus identifiable, ou plutôt que les deux se trouvent volontairement entremêlés.

Certains lecteurs diront que ces écrits ne sont qu’une leçon de morale « d’un petit gauchiste », du bla bla politique. Au cours de mes lectures, je suis tombé sur une tribune du Parti des Indigènes de la République (PIR) à propos de Dieudonné, intitulée "Houria Bouteldja dénonce le rapprochement de Dieudonné avec l’extrême droite". L’intérêt est que le PIR est sans concession avec la gauche française et son « passé colonial », et ne peut pas être accusé de « solidarité politique » avec quelque partis que se soit. Je vous invite à lire l’article dans sa totalité, tant les mots de sa porte-parole, Houria Bouteldja, sont à ce sujet justes et pertinents. Je retranscris ici quelques extraits : « Nous n’avons pas non plus hésité à discuter avec lui, à le mettre en garde contre les conséquences gravissimes de ses prises de positions pour ce que nous pensions être nos causes communes, l’antiracisme et l’anticolonialisme (dont l’antisionisme est aujourd’hui une composante majeure). Catastrophés, nous l’avons vu, à chaque fois qu’il était l’objet d’une nouvelle campagne médiatique, glisser, déraper, aller toujours plus loin dans l’aberration politique. [...] Le message qu’il communique aux nôtres à travers ses prises de position politiques est extrêmement dangereux : l’extrême-droite est une « victime » du système politique, l’extrême-droite est antisioniste, l’extrême-droite est nationaliste tout comme nous, l’extrême-droite est donc notre alliée « naturelle ». Rien n’est plus faux ! L’extrême-droite n’est pas une « victime » du système politique, elle en est le produit ; elle constitue la tendance la plus dure du racisme français ; l’extrême droite n’est pas antisioniste (certains de ses courants sont pro-sionistes par haine des Arabes, d’autres se déclarent solidaires du peuple palestinien par haine des juifs en tant que juifs) ; quant au nationalisme de l’extrême-droite, c’est un nationalisme parfaitement impérialiste, colonialiste et raciste qui n’a rien à voir avec notre lutte pour la libération nationale des peuples opprimés. En s’alliant avec l’extrême-droite Dieudonné [efface] sans scrupules plus de quarante ans de lutte de l’immigration contre l’extrême-droite ; [il insulte] la mémoire de tous ceux qui se sont battus contre le colonialisme. […] Le combat antisioniste, le combat de Azzedine Elqassam, de Arafat, de Georges Habbache, de cheikh Yassine, le combat anticolonialiste et antiraciste de Mandela, Fanon, Césaire, Malcolm X, Angela Davis, Sankara, Lumumba et bien d’autres est beaucoup trop précieux pour le corrompre aujourd’hui avec une extrême droite française toujours fière d’avoir torturé en Algérie ; une extrême droite qui a organisé des ratonnades contre les arabes et les noirs ; une extrême droite qui dénonce l’islamisation de la France, qui exige toujours plus de répression contre l’immigration et dans nos quartiers, qui justifie la chasse aux sans papiers. Nous n’avons aucun intérêt commun avec ces gens-là. »

Dieudonné est exclut du mouvement de solidarité avec la Palestine. Il ne travaille avec aucune organisation sérieuse, et n’œuvre à aucun projet pour le peuple palestinien. Ses actes ne font que desservir la cause. Je ne parle pas ici d’humour, cela relève selon moi des goûts de chacun, mais de politique. Continuez à soutenir politiquement Dieudonné, le considérer comme un « héros anti-système », tout en prenant publiquement fait et cause pour la cause palestinienne, et vous ne serez, malheureusement, rien de plus qu’un idiot utile aux soutiens à la politique israélienne.

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 11:48
Rosa Luxemburg critique les socialistes français

Les socialistes français, et plus largement les sociaux démocrates sont des tas de merde depuis bien longtemps et leur trahison remonte à la fin du XIXeme siècle. Rosa Luxemburg a écrit une série d'article sur eux, et au passage déboulonne le mythe de Jaurès. Voici un article de Zones subversives écrit à l'occasion de la réédition des écrits de R Luxemburg sur le sujet.

L’œuvre de Rosa Luxemburg semble mobilisée à divers titres. Aujourd’hui, la révolutionnaire fait l’objet d’un embaumement académique à travers un colloque universitaire très conformiste. Ses textes marxistes sont également mobilisés par le Parti Communiste Français des années 1930 pour dénoncer le réformisme de la social-démocratie. Mais c’est l’appropriation libertaire, incarnée par Daniel Guérin, qui demeure la plus intéressante. Contre toutes les formes d’autoritarismes, Rosa Luxemburg insiste sur la spontanéité révolutionnaire et l’auto-organisation du prolétariat.

L’historien Jean-Numa Ducange présente les textes de Rosa Luxemburg sur la France. Il permet de contextualiser des textes politiques écrits dans la perspectives des débats politiques qui agitent le mouvement ouvrier allemand. Rosa Luxemburg s’oppose à la participation des socialistes au gouvernement en France en 1899. Elle privilégie la rupture radicale avec le capitalisme plutôt qu’un changement gradualiste à coups de réformes. Jean Jaurès devient l’une de ses cibles privilégiées. Rosa Luxemburg le considère comme un politicien bourgeois qui participe au Parlement. Le mouvement socialiste doit former un parti de classe autonome par rapport au monde bourgeois.

Comme Karl Marx, Rosa Luxemburg estime que la voie vers le socialisme nécessite de « briser l’État ». Elle critique également le centralisme politique. Mais elle préfère soutenir les guesdistes, des marxistes autoritaires et dogmatiques, plutôt que les anarchistes et le syndicalisme révolutionnaire. Mais, à partir de 1910, elle devient plus critique par rapport à la bureaucratisation de la social-démocratie. Rosa Luxemburg ne refuse pas toute forme d’action dans le cadre des institutions. Mais le Parlement demeure surtout une tribune destinée à la propagande révolutionnaire. Toutefois, elle insiste sur la spontanéité des masses pour bousculer l’inertie des parlementaires.

En 1898, Rosa Luxemburg propose une analyse politique et sociale de la France. Le parti radical s’appuie sur une base sociale réduite qui ne comprend ni la bourgeoisie ni le prolétariat. En revanche, il peut s’appuyer sur une importante petite bourgeoisie de fonctionnaires et petits propriétaires.

La révolutionnaire évoque la démographie, la structure familiale et la misère sexuelle. « Mais l’abstinence sexuelle forcée d’une grande partie de la classe populaire s’explique plus profondément par les conditions sociales et surtout économiques et matérielles de la nation », observe Rosa Luxemburg. Le capitalisme semble alors conditionner tous les aspects de la vie quotidienne.

Les luttes ouvrières demeurent le meilleur moyen de diffuser les idées socialistes. En 1898, Rosa Luxemburg évoque le mouvement des cheminots et sa répression. « Le capital brandit la carotte et le bâton pour ôter aux esclaves du travail toute velléité de faire usage de leurs droits de citoyen à s’organiser et à lutter », observe Rosa Luxemburg. Les syndicalistes révolutionnaires privilégient la propagande pour la grève générale. Mais l’enjeu demeure surtout la création de caisses de solidarité pour organiser la grève générale.

Rosa Luxemburg regrette l’absence d’unité du mouvement ouvrier en France. Aucun parti social-démocrate ne parvient à se former. Mais elle relativise cet aspect. L’unité du socialisme se construit dans la lutte. Ce n’est pas un parti ou une avant-garde qui doit apporter la conscience de classe au prolétariat, mais la lutte. « Ce n’est que sur la haute mer de la vie politique, dans une large lutte contre l’État présent, par l’ajustement de toute la richesse variée à la réalité vivante que l’on peut former le prolétariat et l’éduquer dans le sens de la social-démocratie », souligne Rosa Luxemburg. Contre les anarchistes et les avant-gardes politiques qui privilégient la propagande, elle estime que seule la lutte peut apporter la conscience révolutionnaire au prolétariat. « Et c’est la vie qui lui impose cette orientation avec une force irrésistible », insiste Rosa Luxemburg.

En 1899, Rosa Luxemburg critique la participation d’un ministre socialiste à un gouvernement bourgeois. Cette décision devient pourtant naturelle. En effet, Édouard Bernstein préconise l’intégration progressive du socialisme dans la société bourgeoise. Cette idéologie pense ainsi pouvoir transformer l’État bourgeois en État socialiste par la participation de ministres. Mais cette tactique ne débouche vers aucun véritable changement social. « En effet, que ne saurait réaliser un ministre socialiste en fait de petites améliorations, d’adoucissements et de raccommodage social de toutes sortes ! », ironise Rosa Luxemburg. Cette tactique tente d’aménager le capitalisme plutôt que de le supprimer. Seule la lutte des classes, contre le capitalisme et son État, permet de véritables changements. La social-démocratie doit donc affirmer son autonomie par rapport à la politique bourgeoise pour privilégier la lutte des classes. « Dans la société bourgeoise, la social-démocratie, du fait de son essence même, est destinée à jouer le rôle d’un parti d’opposition ; elle ne peut accéder au gouvernement que sur les ruines de l’État bourgeois », précise Rosa Luxemburg.

La révolutionnaire défend le point de vue de Paul Lafargue. Ce socialiste refuse toute forme de collaboration gouvernementale. Jean Jaurès et les « indépendants » s’apparentent à une bourgeoisie opportuniste éloignée du mouvement ouvrier. « Le ministre socialiste est un homme perdu pour le socialisme, quoi qu’il fasse », affirme au contraire Paul Lafargue.

Rosa Luxemburg semble donc proche du courant de Jules Guesde qui se réfère à un marxisme orthodoxe. Mais la théoricienne observe également les dérives réformistes de ce courant qui finit par abandonner ses principes abstraits pour des succès immédiats.

En 1900, la révolutionnaire revient sur la participation socialiste au gouvernement. Rosa Luxemburg comprend bien la nature de l’État bourgeois avec sa bureaucratie qui empêche de réaliser la moindre réforme. Les socialistes, par leur participation à l’État, doivent alors se conformer à cette logique bureaucratique. « L’entrée des socialistes dans un gouvernement bourgeois n’est donc pas, comme on le croit, une conquête partielle de l’État bourgeois par les socialistes, mais une conquête partielle du parti socialiste par l’État bourgeois », observe la révolutionnaire.

Dans le cadre d’un gouvernement bourgeois, les réformes s’apparentent à des demi-mesures, comme l’illustre le bilan du ministre socialiste Millerand. Seule la lutte permet d’imposer de véritables réformes. « Les concessions ne sont faites que sous la pression de la nécessité politique, pour apaiser la classe ouvrière stimulée par le parti socialiste », observe Rosa Luxemburg.

La théorie et la pratique ne doivent pas être séparées. Pour la révolutionnaire les moyens déterminent la fin. La participation ministérielle ne peut pas permettre de changer la société. « Le socialisme, qui a pour mission de supprimer la propriété privée des moyens de production et d’abolir la domination bourgeoise de classes, participe au gouvernement de l’État bourgeois, dont la fonction est de conserver la propriété privée et de perpétuer la domination de la classe bourgeoise », précise Rosa Luxemburg. L’État n’est donc pas un moyen de transformation sociale. Avec la participation de la social-démocratie au pouvoir, la classe ouvrière devient inféodée à la bourgeoisie républicaine. Comme Karl Marx, Rosa Luxemburg insiste sur l’antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat. Au contraire Jean Jaurès préconise une alliance de la classe ouvrière avec la petite bourgeoisie du parti radical. Les députés socialistes renoncent alors à la lutte des classes « pour se transformer en un groupe parlementaire sans principes, navigant au gré des combinaisons du moment, en un pantin dont les mouvements seraient réglés par les partis bourgeois », raille Rosa Luxemburg. La classe ouvrière doit construire un mouvement autonome en opposition avec toutes les classes bourgeoises.

Les analyses de Rosa Luxemburg sont confirmées par les faits. Le gouvernement auquel participe Millerand n’est pas plus favorable à la classe ouvrière et le ministre doit être exclu de l’organisation socialiste. Le courant de Jaurès soutien la participation à ce pouvoir républicain à ses débuts. « Cependant le gouvernement bourgeois, en dépit du fait qu’il avait un socialiste en son sein, ne cessa pas d’un être le gouvernement de la violence de classe, d’être une organisation gendarmo-policière de la bourgeoisie contre le prolétariat révolutionnaire, et ne cessa pas, dans tous les domaines de la vie sociale, de servir fidèlement les intérêts de la classe capitaliste », constate Rosa Luxemburg. L’État continue de tirer sur les ouvriers en grève. Le prolétariat s’éloigne alors d’un mouvement socialiste qui cautionne le gouvernement.

Mais, en 1905, le « Parti socialiste » est créé à travers la Section Française de l’Internationale Socialiste (SFIO). Ce mouvement repose sur des bases politiques claires qui semblent désormais exclurent toute participation gouvernementale.

Ce nouveau parti doit favoriser l’autonomie politique de la classe ouvrière. « Or l’unification socialiste, en France comme partout ailleurs, ne doit pas être le couplage mécanique de différentes fractions en une organisation, mais un mouvement vivant et unitaire qui entraîne avec lui l’ensemble du prolétariat dans le grand et puissant fleuve de la lutte des classes », prévient Rosa Luxemburg. Le Parti socialiste doit être relié au mouvement ouvrier. A l’intérieur comme à l’extérieur du Parlement cette nouvelle organisation ne doit pas se contenter de devenir une opposition républicaine, mais doit imposer une politique ouvrière révolutionnaire.

Cet article insiste sur la dimension libertaire de la pensée de Rosa Luxembourg. Mais la théoricienne conserve certaines ambigüités. Elle dénonce la participation au pouvoir bourgeois au niveau de l’État central, mais pas à l’échelle municipale. Elle défend également la participation au Parlement comme tribune. La révolutionnaire, avant 1905, ne semble pas se rattacher à une pratique de lutte avant de découvrir l’invention par le prolétariat lui-même des soviets et des conseils ouvriers.

Pourtant, la révolutionnaire s’attache déjà à l’auto-organisation du prolétariat dans les luttes. Elle dénonce toutes les formes de bureaucraties, y compris dans l’anarcho-syndicalisme. Elle s’attache à défendre la construction d’un mouvement autonome du prolétariat par rapport à la politique bourgeoise. Karl Korsch radicalise cette position. Mais ce même courant révolutionnaire s’attache à penser une conception de la politique qui ne s’enferme pas dans les partis et les syndicats. L’organisation révolutionnaire doit surtout s’appuyer sur la spontanéité et la créativité du prolétariat.

Source : Rosa Luxemburg, Le Socialisme en France. Œuvres complètes - Tome III, Edition établie et préfacée par Jean-Numa Ducange, Traduit par Daniel Guérin et Lucie Roignant, Agone & Smolny, 2013

Le marxisme critique de Karl Korsch

Marx, penseur de l'anarchie selon Rubel

Daniel Guérin et le mouvement de 1936

Refus du travail, peresse et oisiveté

La gauche au pouvoir pour servir le capital

"Le tome 3 des Œuvres complètes de Rosa Luxemburg", publié sur le site de Critique Sociale le 27 octobre 2013

"Il faut sortir Rosa Luxemburg des facs et autres cimetières", publié sur le site Vosstanie le 30 octobre 2013

Collectif Smolny / Agone, "Rosa Luxemburg : l'intégrité d'une œuvre", publié sur le blog des éditions Agone le 4 janvier 2011, Texte initialement paru dans Contretemps n°8

Vidéo : "Conférence internationale sur Rosa Luxemburg" enregistrée à Paris, Sorbonne, les 04 et 05 octobre 2013 par Les Films de l'An 2

Vidéo : Jean-Numa Ducange, "Le socialisme français vu par Rosa Luxemburg", diffusée sur le site Comprendre avec Rosa Luxemburg le 19 octobre 2013

Rosa Luxemburg (1871-1919) sur le site La Bataille socialiste

Textes de Rosa Luxemburg publiés sur le site de l'Archive internet des marxistes

Repris sur Zones subversives

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 08:45
Les nouveaux historiens réacs

L'histoire n'a jamais été neutre. De nos jours un paquet de soi-disant écrivains comme Lorant Deutsch, aussi mauvais acteur qu'écrivaillon tentent de revoir l'histoire de France au Karscher. Sous des aspects fun, ce sont souvent des pamphlets islamophobe ou des réhabilitations de la colonisation qui passent.

Rappelons le, Lorant Deutsch, sympathique lascar dans Le ciel, les oiseaux et ta mère de Djamel Debbouze, est aussi militant royaliste de choc.

Quand le comédien Lorànt Deutsch publie en 2009 son ouvrage Métronome, son rapide succès public surprend. Décliné par la suite sur presque tous les supports possibles, l’ouvrage est devenu un phénomène de société. Les journalistes sont pour la plupart dithyrambiques, saluant le travail d’un passionné d’histoire sachant, au contraire des historiens professionnels, se mettre au niveau du public pour lui transmettre sa passion et faire œuvre de vulgarisation. Aucune voix discordante, à part quelques remarques sur des erreurs factuelles, ne se manifeste.

Cette absence d’analyse critique, conjuguée au succès populaire, au soutien de grands médias, y compris publics, et à la caution de certains politiques (comme le maire de Paris) a contribué à installer Lorànt Deutsch comme une véritable autorité historienne. Et c’est un réel problème.

Il n’est pas question ici d’opposer l’histoire des amateurs passionnés à l’histoire scientifique des professionnels. L’histoire appartient à tout le monde. Le passé n’est pas un privilège réservé aux seuls historiens universitaires. N’est-il pas majoritairement découvert par le grand public à travers les romans, les BD, les films, les fêtes historiques, les jeux de rôles, et, plus récemment, les jeux vidéo, autant de médias bien plus aisés d’accès que les études remplies de notes de bas de pages et de références érudites?

Doit-on en conclure qu’il y aurait une opposition irréductible entre ouvrages à vocation scientifique et œuvres de fiction? Non, car ces dernières peuvent être aussi des portes d’entrée vers l’histoire savante. Avec sa série Kaamelott (2005-2009), Alexandre Astier propose sa vision de la légende arthurienne, plus proche de «Donjons et Dragons»et de Michel Audiard que de Chrétien de Troyes. Néanmoins, il adjoint à la plupart des DVD des documentaires dans lesquels interviennent des spécialistes de la littérature, de l’histoire et de l’archéologie médiévale.

En 1956, dans Si Paris m’était conté, Sacha Guitry avait encore une autre approche des rapports entre histoire et fiction. Lisant un ouvrage d’histoire devant un parterre de jeunes gens, il moquait les précautions prises par: «C’est bien, c’est bien, c’est même très très bien, mais il est évident qu’à la longue ça pourrait devenir ennuyeux. – Mais pourtant, c’est ainsi qu’on nous apprend l’histoire», lui répond un de ses auditeurs bien dépités.

Guitry approuve et reprend: «Ce qui doit vous agacer […] ce sont les précautions que prend cet agrégé d’histoire licencié ès lettres, et ennemi des licences. Toutes ces phrases commencent en effet par “on suppose”, “on présume”, “on prétend”, “on a tout lieu de croire”.» Jetant alors négligemment le livre, Guitry se lançait dans une histoire de Paris, «le Paris d’autrefois, mais regardé avec des yeux d’aujourd’hui et conté de mémoire», ajoutant: «Oui, mais seulement, je vous en préviens, ma mémoire est fantasque. Elle a ses préférences et elle est voyageuse.» Guitry opposait clairement son discours, sa fiction, avec l’histoire scientifique, l’histoire qui enquête, qui prend des précautions. Il pouvait se permettre de raconter n’importe quoi, le spectateur était prévenu: le contrat fictionnel, pour employer un terme littéraire, établi.

Lorànt Deutsch se situe à l’opposé de la démarche d’Astier et des précautions de Guitry. Il prétend partir de l’histoire, mais aboutit à une fiction, sans avertir ses lecteurs de sa démarche, jouant l’ambiguïté. Il tord les faits, invente, tout en revendiquant haut et fort l’authenticité et la véracité de ses propos. On nous objectera que le récit historique n’est pas réduit à un énoncé de faits, et que l’historien, pour émettre des hypothèses, se doit d’imaginer les historiens de garde au-delà des seuls documents bruts qu’il étudie. Mais par respect du contrat tacite passé avec le lecteur, ces si nécessaires moments de spéculations et d’échappées sont notifiés par l’emploi du conditionnel ou des formules qui irritaient tant Guitry.

Plus encore que sa méthode, ce sont ses intentions et l’histoire qu’il défend qui posent question. Auréolé de son succès populaire, le travail de Lorànt Deutsch n’a quasiment pas été soumis à une étude critique, et a même bénéficié d’une grande mansuétude de la part des médias et des politiques. Or, son discours, si justement on prend la peine de l’analyser, rejoint une habitude bien ancrée depuis la construction des nations au XIXe siècle, qui consiste à envisager le passé d’un pays non pas comme un terrain d’analyse historique, mais comme un grand récit romanesque, avec un cadre bien défini, un début, une fin, des héros et des méchants.

Il s’agissait alors de faire vibrer le sujet puis le citoyen, et non de le faire réfléchir, afin qu’il adhère à l’idée d’une France éternelle, toujours unie, «toujours déjà là», pour reprendre l’expression de l’historienne Suzanne Citron. C’est ce que les historiens, après elle, ont désigné sous les vocables de «mythe national» et plus communément, de «roman national».

Or, on assiste depuis quelques années à un retour en force de ce type de récit identitaire et rétrograde porté soit par des politiques, comme Patrick Buisson – ancien directeur de Minute et ex-conseiller politique de Nicolas Sarkozy –, soit par des personnalités du monde du spectacle et des médias se targuant un peu facilement de faire de l’histoire, comme Lorànt Deutsch. Ils voudraient figer à jamais le récit historique dans un cadre national et héroïque et en empêcher toute remise en cause.

Tels des chiens de garde, pour reprendre l’image de Paul Nizan, ils sont les historiens de garde d’un trésor poussiéreux qui n’est que le fruit d’une inquiétude face au passé qu’eux seuls n’arrivent pas à assumer. Alors que le monde s’ouvre, que d’autres continents et d’autres pans des sociétés émergent et induisent de nouvelles découvertes historiques, ne doit-on pas s’inquiéter des conséquences du succès d’une histoire à ce point repliée sur elle-même?

Repris sur les historien de garde.

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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 09:48
Machines et semences en open source

Ils fabriquent des machines libres de droits, sans brevet. Des engins à construire soi-même, sorte de meccano géant, écologique et à moindre coût. Pour bâtir des maisons, produire de l’énergie, faire cuire des aliments, extraire des matériaux ou cultiver la terre. De quoi construire un village. Ou une civilisation. Leur objectif : éditer plans et modes d’emploi, construire des prototypes, expérimenter, partager et diffuser à tous, pour faire vivre cette révolution industrielle d’un nouveau genre. Des États-Unis à l’Isère, bienvenue dans l’univers des pionniers de « l’écologie open source ».

Et si on créait une civilisation en « open source » ? Un monde sans brevets. Des objets, des appareils, des machines, reproductibles à l’infini par tous ceux qui le souhaitent, grâce à la diffusion « libre » de leurs plans. C’est ce que propose Marcin Jakubowski : ce jeune diplômé de physique nucléaire, habitant du Missouri (États-Unis), devenu agriculteur-bricoleur, cherche à constituer et diffuser un kit de 50 machines industrielles – tracteur, bulldozer, moissonneuse-batteuse, four, éolienne, moteur hydraulique, bétonnière ou machine à compacter des briques de terre – pour bâtir, en toute autonomie, l’infrastructure d’un village. Ou les bases d’une civilisation !

Le principe est simple : il s’agit de fabriquer artisanalement des machines industrielles, à très bas coût (en moyenne 8 fois moins que celles fabriquées industriellement), et d’expliquer à ceux qui le souhaitent comment les reproduire eux-mêmes. Un guide de construction, le « Global Village Construction Set » offre le mode d’emploi de ces innovations. Sur une ferme de 12 hectares dans le Missouri, Marcin Jakubowski et son équipe travaillent à la construction de prototypes, et sur la documentation pour diffuser ces innovations. Avec un mode de fabrication assisté par ordinateur et des imprimantes 3D, « les produits peuvent être conçus comme des Legos », explique Marcin Jakubowski. L’objectif est de penser des outils modulables et adaptables, les plus simples possibles pour pouvoir être reproduits facilement. Une sorte de meccano à taille humaine, permettant de construire des maisons (grâce aux machines fabriquant des briques de terre), de créer un système économique et agricole diversifié, des machines pour répondre aux besoins de base, et même offrir tout le confort moderne possible.

Recensement et adaptation des outils, réalisation et diffusion des plans

La démarche s’inscrit dans le courant de l’Open source ecology. Une utopie et des pratiques que veut faire vivre l’association Adabio autoconstruction, en Rhône-Alpes. En se basant cette fois davantage sur les savoir-faire issus d’un métier, celui d’agriculteur, que sur la co-construction d’outils ex nihilo par des ingénieurs et bricoleurs. Objectif de ce projet : la création d’outils agricoles, à construire soi-même, à partir de plans libres de droits. L’idée est née du constat que des agriculteurs font de nombreuses trouvailles en bricolant, en adaptant des outils pour leur travail quotidien, de manière intuitive. L’association s’est donc donnée pour mission de recenser ces inventions, d’en tracer les plans et de les diffuser. En 2009-2010, une quinzaine d’outils sont répertoriés : outils de planches permanentes pour décompacter la terre dans la culture de légumes bio, cadre de vélo utilisé pour désherber, dispositif de traction animale, poulaillers mobiles... Une seule exigence : que ces outils soient reproductibles. Et qu’on puisse les construire avec peu de matériel.

Le projet est porté par des maraichers bio et des techniciens d’ADABio Autoconstruction (association des producteurs biologiques). « On part d’une recherche empirique, qui valorise le savoir-faire des paysans, explique Julien Reynier, chargé de développement de l’association. On va à l’inverse du modèle des chambres d’agriculture qui veulent diffuser des savoirs dans une démarche descendante ». L’enjeu est de mutualiser et co-produire des outils, pour renforcer l’autonomie des exploitations agricoles. « Car l’agriculture bio, ce n’est pas celle de nos grands-pères, c’est au contraire quelque chose de très technique », poursuit Julien Reynier. Il faut notamment réussir à s’affranchir des intrants chimiques, engrais, pesticides.

Créer des farm-labs, ateliers ouverts et coopératifs

Après le recensement, vient l’étape de la « recherche et développement » par les salariés d’Adabio Autoconstruction [1]. Du « toilettage », pour rendre diffusables les outils bricolés sur le terrain. Ces outils créés sont souvent le fruit de la récup’, il faut donc voir comment les fabriquer avec un matériel accessible à tous, notamment des barres de métal « standard ». A partir de là est rédigé un guide avec les recettes de construction, les côtes, références, plans 3D, plans éclatés... « Comme les modes d’emploi d’Ikea ! », sourit Julien Reynier. 600 exemplaires de ce guide sont vendus. Une centaine de paysans participent à des formations, pour apprendre à construire ces outils « open source ».

Pour les agriculteurs, le jeu en vaut la chandelle. Avec ce système, les outils de planches permanentes, utilisés pour éviter le compactage de la terre, coûtent environ 2000 euros en matière première, plus une semaine de travail. Dans le commerce, c’est trois fois plus cher. Les commandes groupées de barres de métal de 6 mètres permettent aussi de réduire les coûts. Reste à trouver un lieu pour que chacun puisse venir créer ses outils. « Pour les formations, on loue des ateliers dans des lycées agricoles, on vient avec notre camion plein de matériel pédagogique », explique le chargé de développement. L’association s’est installée dans une ancienne papeterie près de Grenoble et recherche des financements pour y aménager 600 m2 d’ateliers. « Dans l’idéal, il faudrait des ateliers communaux, où chacun peut venir travailler le métal. Des farmlabs, sur le modèle des fablabs qui se développent en ville surtout ».

Une manufacture open source

Les outils créés, les plans et modes d’emploi, sont sous licence Creative Commons By-NC (pas d’utilisation commerciale), pour éviter une « récupération » par le secteur marchand. « Mais le débat est ouvert, précise Julien Reynier. Avons-nous quelque chose à craindre ? Nous souhaitons une diffusion large des pratiques d’auto-construction » [2]. L’association est en lien avec le réseau états-unien FarmHack, qui développe, documente et construit des outils pour une « agriculture résiliente ». Au sein de ce collectif, agriculteurs, ingénieurs, architectes ou designers s’allient pour créer des outils libres de droits, dont les modes d’emplois sont répertoriés dans un annuaire sur le site web. Il est possible de prendre conseil ou de suivre les tests effectués avec les prototypes, via un forum (voir la présentation vidéo ci-dessous).

Ce type de projet essaime, notamment aux États-Unis. Près de Denver, d’anciens associés de Marcin Jakubowski ont créé Open Tech Forever, sur un site agricole en permaculture. Leur objectif est de créer une « fabrique open source », sorte de manufacture pour ceux qui veulent créer des outils. Ce qui les anime ? Relocaliser la production. Car c’est « l’une des étapes les plus importantes pour préparer aux effets déstabilisateurs du changement climatique, et pour rendre les communautés locales capables de construire des systèmes économiques résilients et autonomes », expliquent les fondateurs.

Appropriation technologique et révolution du travail

En développant la capacité des communautés locales à créer des machines avec lesquelles il sera possible de fabriquer des produits, la démarche favorise également le recyclage. « Pour le moment, nous achetons les matériaux en magasin. Mais dans le kit de construction, il y a un four à induction et les procédures de roulage à chaud du métal. Donc vous pouvez prendre de l’acier de récupération, le fondre et en sortir de l’acier neuf, explique Marcin Jakubowski. Ce qui fait que chaque décharge de métal est par essence un endroit où l’on peut reconstruire une civilisation. »

Ces démarches s’inscrivent dans l’histoire du « mouvement des technologies appropriées », né dans les années 1960, lié à la contre-culture américaine, et conceptualisé par l’économiste britannique Ernst Friedrich Schumacher [3]. Ce mouvement revendique une technologie soucieuse de l’environnement, mieux adaptée aux ressources locales, moins coûteuse. Et surtout facilitant l’appropriation : les outils créés, quel que soit leur degré de complexité, devraient pouvoir être compris, contrôlés et entretenus facilement par les populations locales. Une technologie issue de la demande sociale, en quelque sorte, que l’usager peut contribuer à améliorer, et qui permet aux communautés, notamment dans les pays les moins développés économiquement, d’accroître leur autonomie. Dans cette tradition vient aussi s’inscrire le mouvement de l’open source hardware (« matériel open source »), parallèle du mouvement des logiciels libres (« software ») en ce qui concerne les matériaux « en dur ». Comme avec les logiciels, la conception de l’objet, ses plans, son mode d’emploi sont libres, pour que chaque utilisateur puisse étudier, modifier, diffuser, fabriquer, et vendre la conception de cet objet ou le matériel basé sur cette conception.

Derrière ces nouvelles façons de produire et d’échanger, se dessine aussi pour les promoteurs de l’Open source ecology une révolution du travail et des sociétés. « Pour le moment, nous commençons avec des infrastructures simples. Viendra ensuite l’éducation, la santé, un système financier, une gouvernance. Le matériel médical sera probablement le plus dur à obtenir, s’enthousiasme Marcin Jakubowski. Notre but est de montrer qu’avec 12 hectares et 30 personnes, on peut créer ou recréer un standard de vie moderne saine, jusqu’à avoir des semi-conducteurs (utilisés pour les transistors et micro-processeurs) et du métal, le tout à partir des ressources du site. » Et qu’il est possible de créer une société relativement abondante, avec les bases du confort moderne, dans laquelle les gens travailleraient moins de deux heures par jour... Utopie ? Quoi qu’il en soit, la révolution de l’open source ecology est en marche.

Agnès Rousseaux

(@AgnesRousseaux)

Pour aller plus loin :
Adabio autoconstruction, la coopérative des savoirs paysans (Rhône-Alpes)
Farmhack (Denver, États-Unis)
Open source ecology, le site de Marcin Jakubowski, et le Global Village Construction Set (Missouri, États-Unis). A lire sur Framablog, une interview de Marcin Jakubowski à propos du projet Open source ecology / Factor e Farm.
Projet OS, OpenStructures (États-Unis).

- Présentation du projet Open source ecology de Marcin Jakubowski (en anglais) :


- Présentation du réseau Farmhack (en anglais) :

- Présentation d’un projet mené par Open source ecology en 2013 (en anglais) :


Photos :
Open tech forever
Open source ecology
Sean Church/ Flickr/ CC 2.0 by

Notes

[1] L’association emploie trois salariés (2 équivalent temps-plein), assistés par deux personnes en service civique. Les ressources financières proviennent des fonds de la formation agricole, ainsi que d’une aide de la région Rhône-Alpes.

[2] Une réflexion est en cours autour d’une nouvelle licence, par la Peer to peer Fundation, qui permettrait l’ouverture commerciale des projets sous licence entre structures de l’économie sociale et solidaire, et mais leur fermeture aux structures lucratives.

[3] Économiste britannique d’origine allemande, né en 1911 (et décédé en 1977), inspiré par le bouddhisme, et auteur de Small is beautiful. Une société à la mesure de l’homme, Seuil, 1973

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 11:59
Une usine employant 18000 ouvriers incendiée par les travailleurs en grève

Excédés par leur conditions de travail, les ouvriers d'une usine au Bangladesh finissent par mettre le feu à leur usine... Voici un article issu de la presse bourgeoise

Selon la police et des témoins, les esprits se sont échauffés à l’annonce, par un haut-parleur d’une mosquée jeudi, de la mort d’un ouvrier, qui aurait été abattu par les forces de l’ordre lors d’une intervention policière pour disperser un blocus routier près de l’usine. Un responsable policier a démenti la rumeur.

Le rassemblement a été dispersé à coups de gaz lacrymogène mais des centaines d’ouvriers se sont regroupés un peu plus tard, ont vandalisé l’usine, mis le feu à deux bâtiments et bloqué l’accès au site. Les policiers ont dû tirer en l’air pour ouvrir la route aux pompiers.

Le Monde.fr avec Reuters | 29.11.2013 à 11h15

Une grande usine de textile du Bangladesh travaillant pour des marques occidentales a été détruite vendredi 29 novembre par un incendie déclenché par des ouvriers à la suite de rumeurs faisant état de la mort d’un de leurs collègues sous les balles de la police.

Le feu a ravagé l’immeuble de dix étages situé à Gazipur, à 40 kilomètres de Dacca, et les pompiers restaient mobilisés pour maîtriser l’incendie qui a gagné quatre bâtiments adjacents. Aucun décès n’a été signalé. Le feu a débuté jeudi vers 23 heures, heure où les ouvriers étaient partis.

EXTRÊME PRÉCARITÉ DES CONDITIONS DE TRAVAIL

Le textile est vital pour l’économie du pays mais une série d’accidents récents, en particulier l’effondrement en avril d’un immeuble abritant des ateliers, qui avait fait plus de 1 100 morts, a mis en relief l’extrême précarité des conditions de travail des ouvriers du secteur.

Un photographe de Reuters présent sur les lieux de l’incendie a pu voir des vêtements calcinés portant les marques de fabricants comme American Eagle Outfitters, Gap , Wal-Mart Stores, Marks and Spencer, Uniqlo ou encore Zara.

L’usine, qui pouvait accueillir jusqu’à 18 000 ouvriers, était l’une des dix plus grosses du pays, a déclaré Mohammad Atiqul Islam, président de la Fédération des fabricants et exportateurs de textile.

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