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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 12:13
Salaire prix et profits

Voici un article sur salaire prix et profits, un petit bouquin de Marx qui explique un peu les bases du capitalisme. Ecrit dans les années 1850, il conserve toute son actualité...

Salaire, Prix et Profit, c’est un petit bouquin d’à peine 70 pages qui ne paie pas de mine. Et pourtant, c’est dans les grandes lignes de cet essai que Marx esquisse sa théorie de la valeur : toute la valeur vient du travail. Toute ? Toute ; pas un kopeck ne lui échappe. Certes, mais à quoi ça sert ? A démontrer que le salariat, qui ne rémunère que partiellement le travail, ne se distingue du servage et de l’esclavage que par sa forme historique. Comme mode d’exploitation, il est impossible pour un socialiste de prétendre l’améliorer : la seule alternative est son abolition.

On frétille d’avance de savoir comment Marx parvient en quelques pages à vaincre les démons réformistes et les trade-unions à courte-vue. Ce n’est pourtant pas si compliqué…

Sommaire [cacher]

1/ L’offre et la demande sont une belle arnaque

Tout le monde l’a déjà entendu au moins une fois dans sa vie : la valeur d’une marchandise se détermine par la loi de l’offre et de la demande ; plus une marchandise est réclamée, plus son prix monte ; plus elle est courante, moins elle est chère. Mais que se passe-t-il quand l’offre et la demande s’équilibrent ? Pour Marx, on atteint le « prix naturel » de la marchandise, qui coïncide avec sa valeur. La grande erreur des libéraux est d’avoir confondu le prix, qui fluctue en fonction de l’offre et de la demande, avec la valeur de la marchandise, qui, elle, reste fixe, toutes choses égales par ailleurs. La loi de l’offre et de la demande ne fait qu’expliquer la variation des prix ; pas la valeur des marchandises. « L’offre et la demande ne règlent pas autre chose que les fluctuations momentanées du marché », écrit Marx.

2/ Le mystère de la valeur

Qu’en est-il alors de la valeur ? Pour Marx, c’est le grand mystère de l’économie politique. Il existe bien quelques « économistes en retraite » pour expliquer que la valeur est déterminée par le prix des salaires ; mais personne ne sait d’où vient la valeur des salaires eux-mêmes. « L’assertion selon laquelle « les salaires déterminent les prix des marchandises » revient à ceci, « la valeur est déterminée par la valeur », et cette tautologie signifie en fait que nous ne savons rien de la valeur ». Les salaires ne déterminent pas la valeur ; pour cette raison, il serait stupide de considérer que la valeur d’une marchandise est le salaire auquel s’ajoutent des pourcentages de profit et de rente.

Mais alors, d’où vient la valeur si ce n’est des salaires ? Pour cela, « il faut nous demander quelle est la substance sociale commune à toute les marchandises », trouver quelque chose que toutes les marchandises aient en commun et qui permette de les situer les unes par rapport aux autres. Pour Marx, cela ne fait aucun doute : « c’est le travail ». Explication :

Lorsque l’ouvrier travaille une heure pour créer une marchandise, on dira que ce produit cristallise une heure de travail ; et la valeur de cette marchandise sera celle d’une heure de travail. « Naturellement, pour se servir de cette mesure, on ramènera tous les genres de travail au travail moyen », c’est-à-dire qu’on considère la moyenne du taux de productivité dans un contexte social donné. La valeur des marchandises varie ensuite en fonction de l’apparition de nouvelles technologies qui rendent le travail plus productif (et qui permettent plus de production en une heure de travail), ou de difficultés qui rendent le travail moins productif (comme l’appauvrissement des terres, par exemple).

En bref, ce raisonnement permet à Marx d’arriver à énoncer la loi économique suivante :

Les valeurs des marchandises sont directement proportionnelles au temps de travail employé à leur production, et inversement proportionnelles à la force productive du travail employé.

3/Lorsqu’on vend les marchandises à leur valeur, on forme de la plus-value

il est absurde de supposer que le profit (…) provient d’une majoration du prix des marchandises
-Karl Marx

La conversion de la valeur en prix est simplement le procédé par lequel on exprime les valeurs des différents objets comme des quantités variables d’un même travail social. Les objets, en dehors des fluctuations de l’offre et de la demande, se retrouvent donc sur le marché à un prix proche de leur valeur réelle. Aussi, enchaîne Marx –et c’est là tout le nœud du problème- « il est absurde de supposer que le profit (…) provient d’une majoration du prix des marchandises », puisque ces marchandises sont vendues la plupart du temps à des prix proches de leur valeur réelle : « les profits proviennent du fait qu’on vend les marchandises à leur valeur. »

Pour comprendre cela, il faut revenir à la source du problème : le travail. Quand on prend n’importe quelle marchandise, sa valeur équivaut à la quantité totale du travail contenu dedans : par exemple, pour un pull : la quantité de travail nécessaire pour obtenir la matière première + la quantité de travail nécessaire de l’ouvrier qui a assemblé le pull + la quantité de travail nécessaire à construire les machines qui permettent de tisser le pull, divisée par le nombre de pulls qu’elles produisent. Et voilà la valeur totale de mon pull. Et c’est la même chose pour la force de travail : sa valeur équivaut à la valeur que l’ouvrier consomme chaque jour en produits de première nécessité : la valeur totale de sa force de travail est la valeur de ce qu’il mange, de ce qu’il s’habille, voire la valeur qu’il consomme en formation, etc. L’ouvrier ne vend pas son travail au capitaliste : il vend cette force de travail, et c’est la valeur de cette force de travail que le capitaliste lui paie.

Mais admettons que le total de ce que l’ouvrier consomme chaque jour en produits de première nécessité corresponde à 5heures de travail en moyenne (qu’il ait fallu 5 heures par jour pour produire sa nourriture, ses vêtements, etc.). La valeur de la force de travail de l’ouvrier équivaut à celle de ces 5 heures de travail. Le capitaliste lui paiera donc la valeur de ces cinq heures (s’il lui payait moins, l’ouvrier finirait par décéder), mais tout en le faisant travailler dix heures : « La quantité de travail qui limite la valeur de la force de travail de l’ouvrier ne constitue en aucun cas la limite de la quantité de travail que peut exécuter sa force de travail ». Il y a donc cinq heures de « surtravail », non-payées à l’ouvrier, et qui vont représenter la plus-value. « Le taux de la plus-value, toutes circonstances égales d’ailleurs, dépendra du rapport entre la partie de la journée de travail, qui est nécessaire pour renouveler la valeur de la force de travail, et le surtravail ou temps employé en plus pour le capitaliste. »

4/ Le salariat, une belle arnaque du capitalisme

L’ouvrier a tendance à penser qu’il le prix payé pour sa seule force de travail est le prix général de son travail. Il n’a donc pas l’impression de travailler gratos la moitié de sa journée. « La valeur ou le prix de la force de travail prend l’apparence extérieure du prix ou de la valeur du travail lui-même, bien que, rigoureusement parlant, le terme de valeur ou de prix du travail n’ait aucun sens. » : « à la base du système du salariat, même le travail non payé semble être du travail payé. » La seule différence avec l’esclavage, estime Marx, c’est que l’esclave a l’impression de travailler pour rien, alors qu’on lui assure le renouvellement de sa force de travail, tandis que le salarié à l’impression d’être payé. En réalité, la seule différence avec le serf qui travaillait trois jours sur son champ puis trois jours gratuitement sur le champ de son seigneur, c’est une différence spatio-temporelle : dans une journée de travail, le salarié a travaillé un certain temps payé et un autre temps non-payé.

La plus-value, c’est-à-dire la partie de la valeur totale des marchandises dans laquelle est incorporée le surtravail, le travail non-payé de l’ouvrier, je l’appelle le profit.
-Karl Marx

Pourtant, même quand il n’est plus payé, il continue de « cristalliser » dans la marchandise qu’il produit la valeur de son travail. C’est pourquoi en vendant une marchandise à sa valeur, le capitaliste réalise son profit, puisqu’il ne paie à l’ouvrier qu’une partie de cette valeur. Son profit lui permet ensuite de payer ses intérêts, son loyer : ainsi, rente, profit et intérêt ne s’ajoutent pas aux salaires pour constituer le prix ; ils sont la partie de la valeur non-payée au salarié. « La plus-value, c’est-à-dire la partie de la valeur totale des marchandises dans laquelle est incorporée le surtravail, le travail non-payé de l’ouvrier, je l’appelle le profit. » A noter que le rapport entre salaires et profit peut varier : plus on paie l’ouvrier au-dessus de la valeur de sa force de travail, moins le capitaliste a de profit à se mettre sous la dent, puisque les marchandises restent en moyenne vendues à leur valeur.

5/Pour conclure…

Marx condamne en fait le principe du syndicat, qui serait simplement d’augmenter les salaires en pensant faire ainsi chuter le taux de profit de patron ; c’est-à-dire d’aménager le salariat afin qu’il soit plus profitable à l’ouvrier. Mais le salariat est la forme d’exploitation du prolétariat : il ne faut pas travailler à son aménagement, mais à son abolition. Laissons la conclusion à Marx lui-même, et à la dernière proposition de son ouvrage :

Les trade-unions agissent utilement en tant que centres de résistance aux empiètement du capital. Elles manquent en partie leur but dès qu’elles font un emploi peu judicieux de leur puissance. Elles manquent entièrement leur but dès qu’elles se bornent à une guerre d’escarmouches contre les effets du régime existant, au lieu de travailler en même temps à sa transformation et de se servir de leur force organisée comme d’un levier pour l’émancipation définitive de la classe travailleuse, c’est-à-dire pour l’abolition définitive du salariat.

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 09:47
Les petits patrons bretons

Voici un article de l'Humanité, journal que nous estimons peu, sur la mobilisation interclassiste en Bretagne. Quand les patrons amènent leur salariés en manif comme le 2 novembre 2013, il n'en sort jamais rien de bon...

Le gouvernement, de fait, marche sur des œufs avec cette question qui aimante depuis plusieurs jours la colère bretonne. Les membres du collectif appelant à un grand rassemblement, samedi prochain, à Quimper, ont réaffirmé, leur opposition à cette taxe, réclamant sa « suppression pure et simple ». Au point d’en faire l’une des revendications phares du rassemblement visant, initialement, la défense de l’emploi. D’où la question qui pointe dans la région : l’écotaxe n’est-elle pas en train de focaliser trop d’attention, au détriment des questions que soulève la vague de fond qui lamine socialement la région ? « Une taxe supplémentaire n’est pas forcément pertinente », relève ainsi Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. Mais ceux qui en ont fait la bête noire à abattre, « semblent ceux qui visent la poursuite d’un système qui pourtant nous a poussés dans le mur ». Ciblés par le syndicaliste, les agro-industriels et la FNSEA. Les uns, en « ce qu’ils essaient de sauver une mécanique qui leur a permis de faire leur beurre », les autres, en ce qu’ils l’accompagnent. En attendant, note-t-il, rien n’est remis en cause, ni avancé pour changer de trajectoire. Comme des pistes visant l’autonomisation des productions agricoles et leur réinsertion dans le tissu économique local.

Pour les trois organisations syndicales bretonnes CGT, Solidaires et FSU, "les initiateurs de la manifestation du 2 novembre à Quimper ne portent pas les revendications des salariés." De fait, les syndicats de salariés appellent à un rassemblement à Carhaix le même jour à 15 heures pour porter leurs exigences, s’opposer aux fermetures d’entreprises et aux suppressions d’emploi.

1. À l’assaut des portiques, le patronat en première ligne

Qui étaient-ils, ces manifestants qui ont réussi à accaparer l’attention du pays, le week-end dernier, en s’attaquant aux portiques écotaxe dans le Finistère ou le Morbihan, se présentant comme défenseurs d’une Bretagne tout entière « méprisée », selon le mot du président du Medef Bretagne ? Surtout des transporteurs routiers, des agriculteurs mobilisés par la FDSEA, et quelques salariés d’entreprises en difficulté comme l’abattoir Gad. Mais, hormis du côté de FO, pas de représentant des syndicats de salariés. Tous affublés du bonnet rouge, symbole de la révolte antifiscale du XVIIe siècle. Peu avant les affrontements de ces manifestants déterminés à casser les portiques avec les forces de police, un « collectif des acteurs économiques bretons », composé des principales organisations patronales bretonnes, avait donné le signal de la radicalité en claquant la porte d’une réunion organisée par le préfet de région. Les représentants de la CGT et de la CFDT étaient restés, le cédétiste remarquant : « On se méfie des récupérations. Ce n’est pas l’écotaxe qui fait que des centaines de salariés de l’agroalimentaire perdent leur emploi. » Le 16 octobre, déjà, sous l’égide d’un Comité de coordination des intérêts bretons, les patrons de plusieurs centaines d’entreprises avaient mobilisé les médias en sonnant le tocsin contre l’écotaxe et en feignant d’intégrer la préoccupation de l’emploi dans leurs doléances. Parmi eux, des chefs d’entreprise de l’agroalimentaire, des transports et d’enseignes de la grande distribution comme Leclerc, Intermarché ou Système U, qui n’ont jusqu’alors pas eu besoin de l’écotaxe pour sabrer dans l’emploi ou pressurer leurs fournisseurs…

2. Agroalimentaire, auto, télécoms, etc. : une hécatombe économique et sociale

Agroalimentaire, automobile, construction et réparation navale, télécoms… Pas un seul des quatre piliers de l’activité économique en Bretagne n’est épargné par la crise. Les grands groupes qui dominent ces secteurs sont touchés, mais, fait nouveau, souligne un syndicaliste, l’important maillage de PME qui avait fait office d’amortisseur en 2008-2009, en subit désormais les contrecoups. L’hécatombe dans l’agroalimentaire, premier employeur de la région, en passe de perdre quelque 7 000 emplois, retient surtout l’attention, avec la liquidation de l’abattoir Gad de Lampaul, survenant, entre autres, après le crash, l’an dernier, du groupe volailler Doux. Doux où, sur plus de 1 000 salariés licenciés en 2012, seuls 28 ont à ce jour retrouvé un emploi en CDI, pointe la CGT Bretagne. À l’autre bout de la région, dans l’agglomération rennaise, les télécoms souffrent sévèrement aussi, à l’image du site d’Alcatel, l’un des cinq du groupe condamnés par le dernier plan de restructuration, alors que le plan social qui a touché le site de Lannion, il y a quelques années, n’est pas encore fini… Toujours à Rennes, le site du constructeur automobile PSA, plus gros employeur privé de la région, est promis à une saignée de quelque 1 700 emplois. Quant à la navale, ses chantiers, à Brest, attendent en vain la commande de bateaux que l’armée française, dit un syndicaliste, fait construire… ailleurs. Derrière ces drames économiques sociaux, presque toujours, une course à la rentabilité et à la compétitivité, basée sur la baisse du coût du travail… et de la fiscalité. Des choix, une stratégie dont le patronat breton voudrait aujourd’hui escamoter la responsabilité en agitant le chiffon rouge de l’écotaxe et en exploitant sans vergogne la détresse des salariés. Le gouvernement étant, lui, pointé du doigt pour une attitude se limitant à « accompagner », après coup, les victimes de la casse sociale.

3. Le patronat et la droite sont à la manœuvre pour détourner la crise sociale en Bretagne

« En solidarité avec l’agroalimentaire, votre Intermarché n’ouvrira qu’à partir de 10 heures. » Et pour cause, le patron de tous les Intermarché bretons, Jean-Pierre Guillaume, moins solidaire quand il s’agit de faire ses marges sur le dos des agriculteurs, est au cœur de la grande manipulation du Medef autour de l’écotaxe. Car la droite et le patronat local comptent bien se saisir de la crise sociale qui touche la Bretagne, avec 5 000 emplois menacés, pour la détourner sur l’unique question de l’écotaxe. « On ne lâchera pas tant qu’elle ne sera pas annulée », a déclaré, samedi, Pierre Balland, président du Medef du Finistère. À la tête des manifestants, le président de la FDSEA, Thierry Merret, veut faire croire à une « génération spontanée de “bonnets rouges” », référence à la fronde de 1675 contre l’impôt sur le papier timbré. Des bonnets rouges livrés gratuitement par… le PDG d’Armor-Lux, Jean-Guy Le Floc’h, qui ne fait pas mystère de son soutien aux manifestations : « Les Bretons, chefs d’entreprise, comme leurs salariés, sont solidaires contre l’écotaxe. C’est à ce titre que les bonnets ont été offerts gracieusement à la FDSEA », a-t-il affirmé. En réalité, l’idée d’instrumentaliser le débat autour de l’écotaxe germe chez la droite locale depuis plusieurs mois. Le 18 juin dernier, une trentaine de chefs d’entreprise bretons s’étaient réunis à Pontivy pour créer le Comité de convergence des intérêts bretons (CCIB). Leur credo ? Se débarrasser du « carcan administratif français », du « labyrinthe des réglementations » et du « poids écrasant des charges », jugés responsables de la crise économique. Dès juin, le patronat local appelait donc à mobiliser durant tout l’été, à l’instar de Jacques Bernard, président de Produit en Bretagne, ou encore Alain Glon, industriel et président de l’Institut de Locarn. « L’heure des méthodes douces est révolue. Pour obtenir des réponses concrètes et immédiates, il va falloir livrer bataille », assuraient-ils.

4. Écotaxe, goutte d’eau ou chiffon rouge ?

Décidée en 2007, dans le cadre du Grenelle de l’environnement, couvrant l’ensemble du réseau routier sauf les au- toroutes, l’écotaxe poids lourds vise à inciter les transporteurs à privilégier les réseaux fluviaux et ferroviaires plutôt que la route. Elle cible les camions de marchandises de plus de 3,5 tonnes. Établie au kilomètre parcouru, elle devrait rapporter, en année pleine, 1,15 milliard d’euros à l’État.

Industriels et agriculteurs s’alarment du surcoût induit par la mesure. Inquiets que leurs produits soient lésés par rapport aux importations étrangères voyageant par autoroute, ils en demandent, nationalement, un nouvel ajournement (sa mise en œuvre avait déjà été reportée de septembre à janvier prochain).

La revendication va plus loin en Bretagne, où l’on exige d’en être exempté. Le 16 octobre, présentant son pacte d’avenir pour la Bretagne, Jean-Marc Ayrault avançait plusieurs adaptations propres à la région, du fait de son enclavement et du marasme social qu’elle traverse. L’écotaxe y sera réduite de 50 %. Les routes départementales et communales en seront exemptées, de même que la route nationale 164, principale voix de transit. Tous les camions dédiés à la collecte de lait en seront exemptés, de même que les véhicules agricoles. Au total, la région devrait contribuer à hauteur de 42 millions d’euros par an à la recette écotaxe, mais en récupérer le triple, assure Matignon, soit 135 millions d’euros dédiés à l’entretien des réseaux routiers et ferroviaires. Insuffisant pour calmer inquiétudes et colère. Alors qu’il ne se passe plus une semaine sans que la Bretagne ne soit amputée de nouveaux emplois, l’écotaxe y est perçue comme la goutte de trop. En l’espace de quelques jours, elle est même devenue la cible principale des manifestations. Et le reste ? s’inquiètent certaines voix. Ainsi, celle de la Confédération paysanne, qui, sans l’estimer particulièrement pertinente, s’inquiète que l’écotaxe ne soit désormais le chiffon rouge qu’agitent la FNSEA et le Medef pour détourner l’attention du problème de fond : l’échec du modèle breton.

5. Vers la remise en cause du modèle breton ?

Qu’appelle-t-on le modèle breton ? Celui conçu sur base d’un productivisme à moindre coût, visant la compétitivité sur le marché international. Il est porté, singulièrement, par l’industrie agroalimentaire, la concentration des productions en étant l’un des piliers – en moins de trente ans, la volaille et le porc sont devenus les mamelles de la région. L’intégration des paysans au système agro-industriel et le ciblage massif du marché à l’export comptent au nombre de ses déclinaisons. Exemple avec Doux : longtemps, le volailler a fourni, clés en main, poulaillers et alimentation animale à ceux qui, de fait, étaient devenus « ses » éleveurs, lui permettant ainsi de mieux en contrôler la production et le coût. Dans le même temps, le groupe, soutenu par des aides à l’export européennes, a ciblé les marchés des pays du Golfe et du Brésil. Quand l’un et l’autre s’effondreront, la faillite du groupe Doux mettra en péril près de 15 000 emplois directs et indirects.

Le porc, lui, symbolise la concentration industrielle, avec en bout de course ce que l’on connaît des algues vertes. Soumis à la concurrence allemande – où les contributions sociales sont moins élevées qu’en France –, il n’en exporte pas moins entre 40 000 et 45 000 têtes vers le nord de l’Europe et l’Allemagne (où le coût des abattoirs est moindre), sans parvenir pour autant à se maintenir économiquement : en 2012, le secteur porcin affichait une chute d’environ 2 %.

Tout ce système est remis en cause par une partie du monde paysan – le Modef, la Confédération paysanne et, dans une certaine mesure, la Coordination rurale –, qui demande à en changer. Dans son pacte d’avenir pour la Bretagne, présenté le 16 octobre, Jean-Marc Ayrault incite pareillement la Banque publique d’investissement (BPI) à « explorer de nouvelles voies ». Mais ce même plan laisse ouvertes d’autres pistes, lesquelles laissent plus dubitatif quant à la volonté de changer de cap. Ainsi, celles visant la simplification réglementaire des installations porcines, facilitant l’extension des élevages ou l’élaboration de plans de développement à l’exportation personnalisés.

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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 10:15
Charges sociales qui écrasent le petit entrepreneur ou salaire indirect?

Nous sommes abreuvés en permanence de plaintes patronales portant sur les charges qui étoufferaient la croissance et autres joyeusetés. Pour de vrai, elles servent à payer tout une série de services, par le biais de caisses d'assurances publiques telles que le chômage ou les retraites... Voici un petit décryptage de ce qu'est le salaire indirect...

C’est ce qui nous est payé sous l’appellation « cotisations sociales ». Mais vous n’en entendrez pas parler en ces termes sur BFMTV. Forcément, les patrons appellent ça les « charges ». Et réclament à cor et à cri d’en être exonérés… Ce qui revient à ne pas nous verser tout notre salaire ! Charmant programme. Une petite explication s’impose.

On a souvent tendance à penser que le salaire c’est juste ce qu’on touche en net à la fin du mois, ce que l’on appelle le salaire direct, ou salaire net. En même temps c’est assez logique, si on part du point de vue d’un salarié qui lit sa fiche de paie. Le moyen le plus simple pour comprendre la répartition entre salaire direct et indirect est de se mettre dans la peau d’un patron. Prenons donc comme exemple Richard, le patron de Dominique. Dominique travaille toujours dans une usine de montres de luxe …

Chaque mois, Richard verse 2500 € pour payer Dominique. Sur cette somme, 1500 € finissent directement dans la poche de Dominique, c’est son salaire net. 2500-1500= 1000. La part de salaire indirect que paie Richard, c’est donc 1000 €.

Salaire direct

1500€

Salaire indirect : cotisations « salariales » et patronales

1000€

Salaire total

2500€

Du coup, les 1000€ qui restent c’est quoi ?

Dans le langage courant, on dissocie deux catégories de cotisations: les cotisations salariales et patronales. En fait, les deux forment les cotisations sociales dont une partie serait payée par le patron (patronale) et l’autre par le salarié (salariale). Mais cette distinction n’est que théorique. Quand on regarde nos fiches de paie, on peut s’imaginer que notre travail coûte au patron ce qu’on appelle le salaire brut (salaire net + part salariale des cotisations sociales).

Mais le salaire brut est un leurre, le salarié ne paye aucune partie des cotisations sociales. C’est le patron qui, en réalité, paye l’intégralité des cotisations sociales. D’ailleurs, eux ne se font pas d’illusion et entre eux ils parlent de salaire « super brut », c’est-à-dire le salaire net + l’ensemble des cotisations sociales (salaire indirect). Soit le prix d’achat de notre force de travail, le salaire total en somme.

Mais pourquoi les patrons payent les cotisations sociales ?

Ces dernières permettent de financer une partie de la reproduction de la force de travail, c’est-à-dire, tout ce qui fait que le salarié est en capacité de vendre sa force de travail et de fabriquer des nouveaux travailleurs pour demain. Par ailleurs, ces dispositifs ne sont développés que dans certains pays européens. Aux USA, dans les pays émergents, au Japon, c’est le salarié qui paye directement son assurance maladie et qui finance sa retraite.

Donc, concrètement ces cotisations servent à quoi? Et pourquoi appelle-t-on ça du salaire indirect?

Elles servent à alimenter différentes caisses, qui gèrent :

– La sécurité sociale,

– Les retraites.

– L’assurance chômage.

– La CAF.

Ce qui veut dire des choses aussi diverses que le régime de l’Assurance-chômage, le fonds national d’aide au logement, le fonds de solidarité vieillesse, le fonds CMU, le régime retraite complémentaire et prévoyance des employés de maison etc. etc.

Les patrons paient ces cotises à l’URSSAF ( qui veut justement dire « Unions de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales »)

Pourquoi et comment la bourgeoisie attaque les salaires indirects ?

Pour les patrons, le fait de nous payer est en soi une charge. Elle figure dans ce qu’ils appellent « les coûts de production ». Alors pour ne pas baisser de suite le salaire net, parce que ça se voit et que les prolos gueuleraient, autant le faire sur le salaire indirect. Ça tombe bien, c’est exactement le programme du gouvernement PS pour la rentrée 2013! On laisse la parole à notre ministre de l’économie :

« Nous ne pouvons pas continuellement avoir des charges sociales qui pèsent sur le travail. »

Pierre Moscovici, juillet 2012, le Monde.

C’est que s’attaquer aux salaires indirects c’est… Moins direct, justement. Moins visible. Cela crée un déficit des différentes caisses, et ceux sont en définitive victimes de ces attaques sont aussi ceux parmi les prolos qui sont les plus vulnérables, les plus précaires, les chômeurs, les allocataires de la CAF, qui se voient radiés pour un rien, qui voient leurs droits se réduire…

Et oui, rogner sur les cotisations sociales se répercute sur toutes nos vies. Ça veut dire une plus grande part de nos salaires directs pour aider la famille, pour border pépé, attendre plus longtemps pour se soigner, ou encore moins de thunes lorsqu’on perdra notre boulot.

Bien sûr diront certains, Richard (le patron) peut choisir de répercuter la baisse du salaire indirect, en augmentant le salaire direct… C’est vrai ? Mouais, sauf que ce statut existe, il s’appelle l’auto-entreprenariat, les salariés sont payés par le patron direct tout net, sans cotises… Et n’ont clairement pas décroché le jackpot !

Et puis, on voit ce que ça donne dans d’autre pays, comme aux USA, où des millions de personnes sont privées de la moindre couverture maladie : on estime que plus de 60% des banqueroutes privées sont dûes à des problèmes de santé là-bas.

C’est que l’absence de sécu rend super cher le moindre pépin : à coup de 150 $ la consultation au médecin, ou une prise de sang, sans compter qu’aucun hôpital ou médecin américain n’accepte de vous soigner à moins que vous soyez à l’article de la mort, si vous ne pouvez présenter une carte de crédit ou une prise en charge d’assurance.

En un mot, le système américain, c’est soit ton patron te paie ton assurance maladie (une forme de salaire indirect) … Soit c’est vraiment la misère, si tu restes trop longtemps au chômage, ou que tu trouves un travail moins bien payé, là tu dois payer tout seul… Et ça douille.

Alors qu’aux USA, (hormis les « filets de sécurité » type medicare ou medicaid ) c’est en général à l’échelle de l’entreprise que les prolétaires peuvent bénéficier de salaires indirects, la situation est différente en France et dans d’autres pays Européens.

En effet un des résultats de cette forme de salaire indirect, (via les cotisations sociales), c’est de toucher le prolétariat à une échelle beaucoup plus large. Car de cette manière, via les différentes caisses (CAF, Chômage, Sécu etc. ) beaucoup de monde en bénéficie.

On peut même dire que d’une certaine manière, les capitalistes nous paient en bloc, achètent globalement notre force de travail, et l’utilisent lorsqu’ils en ont besoin. D’ailleurs, tout est fait pour qu’en échange des différentes aides, nous soyons à la merci des besoins patronaux, avec par exemple l’obligation pour un chômeur d’accepter n’importe quelle offre d’emploi.

L’étape d’après, on la voit venir un peu partout en Europe, avec la crise. C’est le travail forcé, en échange des aides sociales. C’est alors une attaque encore plus massive puisqu’il s’agit tout bonnement de nous forcer à bosser en échange du versement… De la partie de notre salaire que l’on ne nous avait pas versé directement ! Faut avouer que c’est fortiche ! Je mets une partie de ton salaire sur un compte bloqué, et pour y avoir accès… Faut bosser à l’œil ! Mais on vous en parlera plus en détail prochainement.

En attendant, gardons que lorsque les patrons parlent de charges, ils nous traitent tout simplement de boulets. Pourtant, ce sont les prolétaires qui produisent tout.

Et si aujourd’hui on a bien raison de pas se laisser faire face aux attaques sur quelque part que ce soit de nos salaires, on ne s’arrêtera pas là. Car tant qu’il y a aura le salariat, les patrons tenteront nous payer le moins possible : c’est la règle du jeu, et comme les patrons paient aussi les arbitres… Mais l’abolition pure et simple du salariat ça a une autre gueule. Si nous organisons le communisme, la gratuité, alors on aura directement la réponse à nos besoins… Et plus d’histoire d’argent, entre nous.

Repris sur tantquil.net

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 16:33

C'est enfoncer des portes ouvertes que de dire que le FN est un parti d'extrême droite. (On attend le procès). Néanmoins on a tout de même trouvé intéressant de reprendre cette petite infographie qui explique les origines non pas d'extrême droite mais fascistes de ce parti bourgeois.

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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 11:06
Répression contre les grévistes étudiants à Bruxelles

Voici le communiqué d'un syndicat étudiant bruxellois après la répression qui a frappé les grévistes belges. Solidarité internationale!

Ce lundi 14 octobre à 16h30, plus d’une centaine d’étudiants de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) a réussi à bloquer la tenue de son conseil d’administration (CA) pour s’opposer à la « réforme de la gouvernance ». En effet, les étudiants réunis en assemblée générale jeudi dernier avaient voté le blocage du CA si le point « réforme » n’était pas reporté.

A l’arrivée des étudiants, les autorités avaient déplacé le CA dans un lieu qu’ils tenaient secret. Les étudiants ont constaté qu’en lieu et place du CA, les administrateurs embarquaient dans un bus pour une destination inconnue. Les étudiants ont alors bloqué le bus. Malgré la présence de nombreux étudiants devant celui-ci, le bus s’est élancé manquant d’écraser les manifestants au vu et au su des autorités et des administrateurs. Suite au blocage, un second bus est arrivé suivi d’une « escorte » policière dépêchée par l’ULB. Bus dans lequel se sont empressés de monter les administrateurs. Bloquant ce second bus sans aucune violence, les étudiants ont pourtant été réprimés avec une brutalité extrême. Plusieurs étudiants ont été blessés gratuitement : matraqués, jetés au sol, intimidés par la brigade canine – faisant un étudiant mordu – et finalement gazés par les forces de l’ordre.

Les autorités ont contacté la police contre leurs propres étudiants ! Celle-ci était présente sur le campus – et donc soumis à la responsabilité de l’ULB – avant 16h. Des policiers en civil étaient présents dans le hall d’entrée du Conseil d’Administration. Cette mascarade démocratique n’avait qu’un but : empêcher les étudiants d’exprimer leur opposition. En voulant faire passer en force le vote de la réforme de la gouvernance (pour laquelle les délégués des étudiants et des travailleurs s’étaient exprimés contre en juin dernier), les autorités de l’ULB n’ont pas hésité à employer la violence gratuitement plutôt que de répondre positivement aux revendications démocratiques des étudiants.

L’Union syndicale étudiante (USE) rappelle qu’une pétition demandant le report du vote et un référendum a récolté plus de 2000 signatures en 5 jours. Ceci n’a pourtant pas ému les membres du CA ce lundi. L’ULB reste sourde aux demandes des étudiants pour plus de démocratie. Les étudiants ont eu à faire face aux insultes, à la malhonnêteté et aux coups, mais ils n’ont pas cédé.

L’USE déplore le manque d’engagement du bureau des étudiants administrateurs (BEA) dans le dossier. Le BEA, malgré sa minorité progressiste, n’a pas pris en considération le vote démocratique du blocage décidé par l’assemblée générale. Pour l’USE cet agissement tient de la confiscation bureaucratique du pouvoir et n’a aucune légitimité démocratique. Le BEA, en tant qu’organe de représentation des étudiants, se doit de tenir des assemblées générales (AG) étudiantes démocratiques. Le mandat du BEA doit ainsi être défini par les revendications et les actions votées par les étudiants lors de ces AG !

L’USE continue à revendiquer de manière indissociable le report de la réforme après les élections universitaires de décembre, ainsi que l’initiation d’un débat contradictoire sur l’ULB concernant la réforme préalablement à la mise en place d’un référendum où tous les membres de la communauté universitaire (étudiants, travailleurs, chercheurs, professeurs) pourront s’exprimer. Nous nous retrouverons pour une nouvelle assemblée générale ce mardi à 12h au foyer de l’ULB, car nous n’entendons pas nous arrêter là !

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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 12:31
Journée Libertaire Unitaire le samedi 19 octobre à Montpellier

Voici le programme

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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 11:04
Anne Clerval: Sur la guerre aux pauvres à Paris

L’embourgeoisement des centres-villes des métropoles semble bien connu. Des magasins bios, des cafés « branchés » et des galeries designs permettent d’augmenter les prix du logement dans les quartiers populaires. Une nouvelle population, la petite bourgeoisie intellectuelle, remplace les classes populaires qui habitent depuis longtemps dans les vieux immeubles réhabilités des centre-villes. Ce phénomène s’observe dans de nombreuses villes, comme à Montpellier. Mais, en France, Paris apparaît comme le laboratoire de ce phénomène de gentrification.

Ce processus semble très souvent décrit, y compris dans les grands médias. En revanche, la gentrification semble rarement analysée. La géographe Anne Clerval propose une analyse de la gentrification dans la capitale dans un livre récent. Cette universitaire s’inspire de la géographie radicale anglo-saxonne et notamment de Neil Smith, ancien élève de David Harvey. Ce mouvement intellectuel renouvelle les analyses marxistes pour les appliquer à l’urbanisme. Ce courant « fait le lien entre les mutations contemporaines du système capitaliste mondial et la gentrification des centres-villes », précise Anne Clerval.

L’organisation de l’espace correspond à la division du travail social. Les centres-villes abritent les entreprises de la « nouvelle économie » avec ses cadres de la communication et de la création. Inversement, les usines se situent dans les espaces périurbains. Pourtant, les employés ou les immigrés doivent rester dans les centres-villes pour travailler. « Plutôt qu’en simple déclin, les classes populaires sont en pleine recomposition depuis les années 1960 et la gentrification des quartiers populaires n’est pas un processus qui va de soi », analyse Anne Clerval.

La gentrification semble plus tardive en France que dans les pays anglo-saxons. L'histoire de Paris semble traversé par des rapports de classe.

Le centre urbain attire les flux de populations et de richesses. L’industrialisation permet le développement de la capitale. Des quartiers populaires émergent. Pourtant, les classes populaires ne semblent pas homogènes. Ensuite la bourgeoisie habite dans le centre-ville et se méfie du peuple, associé à la misère et à la révolte. Éric Hazan évoque le « Paris rouge » avec ses soulèvements populaires violemment réprimés.

De 1853 à 1870, le préfet Haussmann impose des aménagements urbains avec des objectifs politiques réactionnaires. Ses transformations visent à renforcer l’autorité de l’État et l’efficacité économique. « Hier comme aujourd’hui, la modernisation n’est pas neutre et a d’abord pour but de satisfaire les intérêts des dominants », observe Anne Clerval. Les grands boulevards et les monuments luxueux permettent d’imposer le spectacle et la marchandise dans les centres-villes. « Une fois que la ville est représentée uniquement comme un spectacle par le capital, elle ne peut plus être que consommée passivement, plutôt que créée activement par le peuple à travers la participation politique », analyse le géographe David Harvey. L’haussmanisation permet surtout de ramener au centre-ville les bourgeois et les commerçant effrayés par l’agitation populaire. Les transformations urbaines doivent empêcher de nouvelles explosions d’émeutes, alors favorisées par des rues étroites.

A partir des années 1950, la désindustrialisation favorise l’embourgeoisement de la capitale. Des zones industrielles sont créées en périphérie.

Pour Neil Smith, la mondialisation se caractérise surtout par le renforcement de la puissance économique des centres de commandement du système capitaliste et par le maintien dans la pauvreté des périphéries. Quelques métropoles contrôlent les flux de capitaux et la production de biens et de services à l’échelle internationale. Saskia Sassen étudie ses villes mondiales qui deviennent les centres de la finance internationale.

A partir des années 1980, les emplois de cadres et professions intellectuelles se développent fortement à Paris. De nombreuses professions très diplômées se concentrent dans la capitale. Une classe intermédiaire, entre bourgeoisie et prolétariat, exerce des fonctions d’encadrement à travers l’enseignement la culture, la communication. Selon Jean-Pierre Garnier, son rôle permet d’imposer l’idéologie dominante, avec l’ordre moral républicain et les dogmes néolibéraux, pour assurer la paix sociale.

L’État organise l’aménagement urbain de Paris. Les institutions favorisent la modernisation de la capitale avec le développement du secteur tertiaire. Ensuite, l’État permet à Paris de consolider son rôle de moteur économique de la France. Depuis les années 1960, l’État impose la capitale française comme l’un des centres majeurs de l’économie mondiale. La construction de quartiers d’affaires, de nouvelles voies de circulation, la rénovation de l’immobilier et le développement de centres de consommation illustrent cette politique. L’orientation sociale de la population est également transformée. La petite bourgeoisie intellectuelle remplace les classes populaires. Le Centre Georges Pompidou incarne cette culture branchée pour attirer la nouvelle petite bourgeoisie.

Les pouvoirs publics ne font pas de la gentrification leur objectif principal. En revanche, l’État s’attache à la modernisation et à la désindustrialisation de Paris. Les quartiers ouvriers sont réhabilités et les loyers augmentent. Les cafés et lieux de sociabilité ouvrière disparaissent.

Le logement demeure une marchandise appropriable et échangeable. Dès lors l’accès au logement devient toujours plus difficile. « C’est donc bien la propriété privée du logement et son utilisation pour accumuler du capital qui posent problème et empêchent de loger tout le monde, et non le contrôle des loyers », observe Anne Clerval. Mais la déréglementation des loyers relance la spéculation immobilière.

La géographie urbaine permet d’observer une division sociale de l’espace parisien. Chaque quartier abrite une classe sociale spécifique. Par exemple, l’ouest de Paris semble bourgeois tandis que l’est semble plus prolétaire. Des quartiers de la rive gauche abritent la petite bourgeoisie intellectuelle. La rive droite semble davantage occupée par la bourgeoisie d’affaires.

La capitale subit un embourgeoisement généralisé. Cadres et chefs d’entreprise colonisent Paris. Les boîtes branchées et les boutiques de luxe remplacent les librairies. Les vieux quartiers sont réhabilités. Les cadres et ingénieurs du privé remplacent les cadres du public. L’embourgeoisement s’impose donc dans tous les quartiers.

Des vieux quartiers se gentrifient lorsque des anciens bâtiments peuvent être achetés en raison de leur faible prix. Ses immeubles attirent des propriétaires qui apprécient le style architectural du XIXème siècle. Ensuite, la gentrification se développe lorsque les centres villes se vident des emplois ouvriers et de ses cafés pour devenir un centre de consommation pour cadres.

Des individus, davantage que les pouvoirs publics, impulsent le processus de gentrification. Des artistes réhabilitent un bâtiment vétuste et loué à bas prix pour en faire leur atelier. L’arrivée des artistes dans un quartier attire une nouvelle population avec leur public de la petite bourgeoisie intellectuelle.

Les entrepreneurs, comme les patrons de bar, participent activement à l’imposition de nouveaux lieux de consommation. Leurs terrasses privatisent l’espace public au détriment des jeunes des classes populaires qui ne peuvent plus s’installer sur la place nouvellement aménagée.

Les promoteurs immobiliers savent se faire moins visibles mais accélèrent ce processus de gentrification. « Si les artistes et les ménages sont le plus souvent des acteurs involontaires de la gentrification, les patrons de cafés à la mode et, plus encore, les différents acteurs de l’immobilier témoignent d’une réelle volonté de transformer les quartiers populaires, en s’appuyant sur les premiers », résume Anne Clerval.

La gentrification s’impose à travers le développement de nouveaux loisirs. Des quartiers bercés par la contre-culture deviennent des lieux branchés pour artistes à la mode. Des espaces de consommation culturelle se multiplient pour attirer la clientèle de la petite bourgeoisie intellectuelle. Les cinémas MK2, à l’origine maoïstes et contestataires, deviennent des centres de consommation pour cadres branchés.

Les quartiers en voie de gentrification sont présentés comme des modèles de mixité sociale. Pourtant, il semble important d’évoquer les rapports sociaux entre les différentes classes sociales dans ses quartiers.

Les habitants plus aisés développent de nouveaux modes de vie et de nouveaux modes de sociabilité. La gentrification provient de la petite bourgeoisie intellectuelle qui comprend les professions culturelles et les cadres du privé. Cette population ne se distingue pas par ses hauts revenus, certes plus élevés que la moyenne, mais surtout par son capital culturel.

Les gentrifieurs s’attachent à la centralité pour leur domicile et leur travail. Ils adoptent un mode de vie qui associe travail et loisirs. Leur quotidien se limite à leur logement et à leur quartier avec ses bars et ses restaurants. Les gentrifieurs imposent une sociabilité urbaine centrée autour de la cour intérieure de leur copropriété. Ils installent des équipements de loisirs, des plantes et organisent des repas entre voisins. Mais lorsque la population s’embourgeoise de plus en plus, les habitants aspirent au calme et à l’ordre. Les gentrifieurs vivent dans leur bulle et, lorsqu’ils s’ouvrent au quartier, ils ne cherchent à rencontrer que leurs semblables. Patrick Simon évoque une « sociabilité autocentrée » qui se caractérise par une très forte proximité sociale.

Les gentrifieurs font l’apologie de la mixité sociale. Pourtant, ils évitent de côtoyer les immigrés des classes populaires. Ils privilégient les magasins bios aux boucheries halal. Leur dégoût des épiceries arabes exprime une distance sociale. « Les discours valorisant la mixité sociale masquent mal une interaction limitée avec les autres classes sociales », observe Anne Clerval. La mixité sociale se réduit à un décor exotique au regard de cette nouvelle petite bourgeoisie. « Aujourd’hui les gentrifieurs ne participent toujours pas à la sociabilité de quartier avec les anciens habitants, mais ont développé leur propre sociabilité de quartier avec leurs semblables », résume Anne Clerval.

A partir de 2001, la gauche est élue à la mairie de Paris. Ce qui est loin d’être un paradoxe car le Parti socialiste s’appuie sur la nouvelle petite bourgeoisie comme base électorale.

La gauche évoque davantage la mixité sociale que la lutte contre l’embourgeoisement ou la gentrification. La construction de logements sociaux s’inscrit donc dans cette promotion de la mixité sociale. Mais les logements sociaux sont surtout réhabilités ou détruits. Leur nombre n’augmente donc pas. L’accès au logement dans la capitale demeure toujours plus difficile pour les classes populaires. De plus, tous les logements sociaux ne sont pas destinés aux classes populaires.

La gauche valorise les artistes et le spectacle à travers l’ouverture de lieux de consommation branchée. Le Point P, occupé en 2003 par des chômeurs et des sans papiers, est devenu un lieu à la mode pour la jeunesse de la petite bourgeoisie intellectuelle. « Le lien social tant prôné par la municipalité est censé se faire dans le divertissement, pas dans l’action politique, surtout quand celle-ci est extraparlementaire », ironise Anne Clerval. La géographe évoque d’autres lieux qui incarnent une culture consumériste et standardisée, destinée à la nouvelle petite bourgeoisie. La créativité ne doit pas devenir émancipatrice mais doit demeurer aseptisée. « A une conception militante de l’art et de la culture comme contre-pouvoir, la municipalité de gauche préfère la culture-spectacle, celle qui est montrée dans le cadre bien balisée des institutions culturelles », analyse Anne Clerval. Les évènements ridicules de la « Nuit blanche » ou de « Paris Plages » incarnent cette politique. La ville se réduit à un espace de consommation et de loisirs, à un décor qui renforce l’artificialisation de la vie. Cette politique ne remet pas en cause le pouvoir de classe de la culture légitime mais fabrique un Paris de carte postale touristique bien clinquante.

La mixité sociale élude les antagonismes de classe et ne s’oppose pas à la gentrification. « En effet, la "politique de la ville" s’apparente à un dispositif de pacification sociale sans remise en cause des racines des rapports de domination, et dans un contexte politique qui accentue l’inégale distribution des richesses depuis des décennies », analyse Anne Clerval.

Les classes populaires qui sont restées à Paris subissent des conditions de vie particulièrement dures. Des oppositions s’observent au sein même de cette catégorie sociale en raison de l’affaiblissement de la conscience de classe. Ceux qui sont nés en France stigmatisent les immigrés. L’idéologie libérale et individualiste, renforcée par la religion, imprègne également les populations immigrées.

Pourtant la gentrification, phénomène peu expliqué, génère une dépossession de l’espace public. Les quartiers populaires sont radicalement transformés, y compris leur ambiance et leurs liens de solidarités. En France, la gentrification demeure un processus lent et progressif qui ne semble pas immédiatement perceptible. Les résistances à ce phénomène restent donc peu nombreuses.

Des anarchistes s’opposent à l’embourgeoisement à travers des occupations de logements vides pour dénoncer « l’épuration commerciale ». Pourtant ce type de lutte rencontre peu d’écho dans la population. La résistance des classes populaires se traduit par la lutte pour le droit au logement ou contre les expulsions de sans papiers. Une solidarité s’organise contre les arrestations d’immigrés dans des quartiers comme Belleville. Mais ses résistances demeurent minoritaires et ne remettent pas en cause directement l’embourgeoisement.

L’opposition à la gentrification passe surtout par des pratiques quotidiennes. Par exemple des jeunes des classes populaires se retrouvent dans des quartiers embourgeoisés.

Les réflexions d’Anne Clerval permettent de rompre avec le discours militant. Ceux qui luttent contre la gentrification attaquent surtout les pouvoir publics et les sociétés d’économie mixte qui réhabilitent les quartiers. En revanche, ils n’osent pas critiquer les spectacles culturels et encore moins les magasins bios qui arborent un autocollant « Sortir du nucléaire ».

La domination de la nouvelle petite bourgeoisie, qui dirige les organisations d’extrême gauche, semble rarement remise en cause. « Ce sont principalement les ménages de la petite bourgeoisie intellectuelle en pleine expansion qui ont investi ses quartiers, en y devenant propriétaire et en contribuant à la transformation des logements, des commerces et de l’espace public », observe Anne Clerval.

Cette universitaire s’appuie surtout sur les travaux de la géographie urbaine qui connaît un réjouissant développement aux États-Unis. Inspiré par un marxisme critique, ce courant de pensée permet de remettre en cause la gentrification, mais aussi l’État et le capitalisme. Mais, aux États-Unis, l’embourgeoisement des villes semble beaucoup plus visible. Les pouvoirs publics participent ouvertement à ce phénomène, comme à New York. La critique radicale et la lutte contre la gentrification semble donc plus évidente qu’en France.

Le discours de la mixité sociale et du « vivre ensemble » permet de masquer la brutalité sociale des politiques municipales. Les rapports de classe et les intérêts antagonistes sont dissimulés. « La ville petite bourgeoise est un décor de spectacle, un objet de consommation, le tout dans un univers de plus en plus sécuritaire. Les quartiers populaires ne sont presque plus qu’un décor pour café branché, loin du creuset de mobilisation et d’émancipation qu’ils ont pu être », décrit Anne Clerval.

Cette universitaire observe bien que la dénonciation des politiques municipales semble limitée. Pour lutter contre la gentrification il faut remettre en cause le mode de production capitaliste de la ville. « La réappropriation de la ville supposerait le réinvestissement d’un champ politique plus large que la seule action publique telle qu’elle est définie par la démocratie libérale », analyse Anne Clerval.

Cette étude universitaire révèle ici également sa limite. Anne Clerval se place dans les pas d’Henri Lefebvre pour ouvrir la réflexion. Mais cet intellectuel marxiste ne se contentait pas d’observer uniquement les dernières évolutions de l’espace urbain. Comme les situationnistes, il développe une critique radicale de l’urbanisme et de l’emprise de la logique marchande sur la vie quotidienne. Le Groupe d'Action pour la Recomposition de l'Autonomie Prolétarienne (Garap) analyse la limite des travaux universitaires sur la ville. Cette analyse de la gentrification demeure une critique partielle et limitée. L'urbanisme participe à la séparation et à la destruction des relatiosn humaines. La lutte contre la gentrification et l'urbanisme doit alors directement remettre en cause tous les aspects de l’existence.

Repris sur Zones Subversives

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 06:56
Une analyse globale de la réforme des retraites

Encore une réforme des retraites, la 5ème en 20 ans. Quand aura-t-on la retraite ? Est-ce-qu’on en aura une ? Mais pourquoi est-ce que les patrons et les gouvernants nous détestent tant ? L’objet de cet article n’est pas de détailler la nouvelle réforme des retraites mais plutôt de voir au delà. Une chose est claire : cette réforme n’est qu’un jalon sur le chemin qui mène a la destruction du régime des retraites, et plus globalement à l’aggravation de nos conditions de vie. En avant pour les réjouissances…

Commençons par un bref historique de ces réformes. Elles commencent en 1991 avec l’écriture d’un « livre blanc » sur les retraites, commandé par la gauche (Michel Rocard)… Et suivent une trajectoire bien précise, qu’on peut résumer par la formule de « tactique du salami » : au lieu de s’attaquer de manière frontale à une situation, on va plutôt la découper en tranches. Avec les retraites, ça donne :

1993 : Réforme Balladur :

– La durée de cotisation pour avoir le droit à une retraite à taux plein est repoussée à 40 ans dans le privé, contre 37,5 auparavant. Soit 2 ans et demi de travail en plus.

– Le salaire moyen de référence, base du montant des retraites est calculé sur les 25 meilleures années et non plus sur les 10 meilleures, ce qui veut dire une perte sèche de fric…

– Enfin, la revalorisation de la pension se fait à partir de l’évolution des prix et non plus à partir de l’évolution générale des salaires, ce qui, là aussi, signifie une perte de pognon.

1995 : Tentative de réforme des retraites du public sous Juppé.

L’objectif était d’appliquer les réformes Balladur au secteur public en ce qui concerne les retraites. D’autres mesures étaient prévues pour sabrer dans les dépenses destinées à ces assistés de prolos…

Mais à l’issue d’une mobilisation de plus d’un mois, avec près de 3 semaines de grève dans les transports par exemple, le gouvernement recule. Ce n’est que partie remise, mais ça marque profondément la période, et tout le cycle de lutte qui suit (dont on vous parlera plus en détail).

2003 Première loi Fillon de réforme des retraites. On y trouve un bon paquet de mesures :

– La reprise du plan Juppé, qui cette fois-ci passe. La durée de cotise augmente donc à 40 piges dans le public, avec une application échelonnée entre 2004 et 2008. Le tout au nom de l’égalité avec le privé. Allez, tout le monde privé de dessert, c’est ça l’égalité.

– Dans la foulée, allongement global de la durée de cotisation, qui passe de 40 à 41 ans, le tout échelonné de 2009 à 2012 : décidément, pas le temps de souffler. Le gouvernement parle déjà de l’allongement de la durée de vie. A priori on déconne ferme à pas vouloir mourir avant 65 ans.

– Fillon crée un mécanisme dit de « décote » qui instaure une pénalité en cas de cotises incomplètes. Ainsi, si on a pas assez de cotises, il faudra bosser jusqu’à minimum 65 piges pour avoir une retraite « à taux plein ». Premières touchées : les femmes, souvent précaires et à temps partiel.

2008 : Réforme des « régimes spéciaux ». Le gouvernement Fillon termine le boulot de Balladur, cette fois-ci pour les fonctionnaires des établissements publics à caractère industriel et commercial (EDF, GDF, SNCF, RATP, Banque de France, Opéra national de Paris, Comédie française).

2010 : Deuxième réforme Fillon. Les deux principales mesures sont :

– Le passage progressif de l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans, à coups de quatre mois par an, à partir de 2011.

– Le relèvement progressif de 65 à 67 ans, à partir de 2016, de l’âge à partir duquel ne s’applique plus la décote (voir plus haut).

Et ça continue en 2013…

Ou, sans rentrer dans les détails, le plan gouvernemental prévoit un allongement de la durée de cotises d’un trimestre supplémentaire tous les trois ans jusqu’en 2035. Les générations nées à partir de 1973 devront cotiser ainsi 43 ans pour bénéficier d’une pension à taux plein…

Depuis 20 ans, la retraite est un enjeu central de la lutte des classes en France et en Europe. Car dans la période actuelle du capitalisme, les patrons n’ont d’autre choix que de nous mettre à la diète, toujours plus, pour tenter de maintenir autant que possible leur taux de profit. « Vous nous coûtez trop cher », qu’ils n’arrêtent pas de répéter, en oubliant à peine que sans nous ils ne produisent et ne vendent rien. Tout l’enjeu, c’est donc le salaire. Il s’agit de le baisser, le baisser, et encore le baisser. Réduire le coût du travail, comme ils disent. Et ils ne sont pas près de se calmer, suffit de jeter un coup d’œil sur le reste de l’Europe.

Sauf qu’en France, le mouvement de 1995 a bloqué les réformes sur la retraite et la sécu, pendant près de 10 piges dans le public ! Que ça a provoqué la naissance, ou le renforcement, de nombreux syndicats, et structures de types syndicales. Sans compter que la combativité dans les luttes, en 2003, 2006 (CPE) ou 2010, a sûrement poussé à calmer les ardeurs de nos maîtres… Les réformes sont passées depuis, mais le capital a tout de même dû s’adapter à la donne. Du coup, la consommation française a été beaucoup moins attaquée qu’ailleurs, ce qui explique pas mal de choses dans la manière dont la France est touchée par la crise aujourd’hui.

Et aujourd’hui, la consommation des prolos en France fait partie de ce qui fait tenir la croissance européenne. Alors, comment croire que l’état puisse baisser encore le salaire indirect (une année de cotisation en plus ! Gratos !) sans que ça fragilise cette même relance de l’économie dont les gouvernants nous rabattent les oreilles ? La nouvelle réforme ferait monter à 43 annuités les retraités de la génération des années 70. Soyons honnêtes, dans quel monde imaginaire allons-nous réunir 43 annuités, nous qui alternons contrats précaires et vaches maigres, au chômage ou au RSA, souvent plusieurs fois dans l’année ?

Cette réforme ne sera pas la dernière. Elle n’est pas une réaction à « l’augmentation de l’espérance de vie des français », ou dieu sait quel argument rabâché. C’est la tendance de notre époque : l’écrasement des prolos, perçus par les patrons comme les véritables poules aux œufs d’or.

Et comme dans la fable, on arrive doucement au moment où les capitalistes ne se contentent plus des œufs, mais veulent bouffer la poule. C’est que le capitalisme est un système pleins de contradictions. Il est parfois obligé de pousser aujourd’hui, à ce qui risquera de le foutre en l’air demain. Avec ces réformes d’austérité, dont les retraites, on est en plein dedans : il s’agit de défoncer l’un des principaux mécanismes qui a limité l’impact de la crise sur les salariés : les retraites, et ce qu’elle permettent de solidarité intergénérationnelle.

C’est comme ça dans toute l’Europe.

En Allemagne, où un retraité sur deux vit avec une pension de moins de 700€, on parle de faire passer l’âge de la retraite à 69 ans. La loi permet bien de partir à la retraite dès 35 annuités… à condition de perdre 7% du revenu, sur la base des annuités déjà payées !

En Angleterre, malgré trois grosses séries de grèves et de mobilisations, on passerait à terme à un départ à 68 ans, dans un pays où on « peut » travailler jusqu’à 70 ans.

En Italie, la situation est dramatique pour pas mal de préretraités : une loi leur permettait, en accord avec l’entreprise, un licenciement à l’amiable, deux ou trois ans avant la retraite, en échange d’une aide d’état. Mais les réformes de « super Mario » Monti mettent désormais la barre du chômage à 67 ans pour 2020… Sans maintenir les aides. Et ceux qu’on appelle les « esodati » se sont fait enfler en beauté.

Bref, il suffit de voir ce qui se passe ailleurs : des réformes, il y en aura d’autres en France, comme il y en a déjà d’autres de programmées dans les autres pays. Et particulièrement chez ceux où le processus d’austérité est le plus avancé.
Par exemple, l’âge légal de départ à la retraite est annoncé à 67 ans chez nos voisins espagnols d’ici 2020.

Et en Espagne, on en a bien besoin des revenus des retraités : dans 1,8 millions de foyers, il n’y a pas de travailleur fixe. Une question, comment feraient ils sans les revenus des vieux ?

En somme les États scient une des dernières branches qui nous fait consommer : les retraites et épargnes héritées de la période faste du capitalisme européen. Sans compter les retombées en travaux domestiques en plus, de toutes sortes…

L’avenir dans la gestion de la crise, de droite, de gauche ou du centre, c’est la misère. Les perspectives sur le plus long terme, ne sont pas, pour les prolétaires, de toucher la retraite à taux plein plus tard : tout indique qu’il s’agit juste de baisser la retraite de tout le monde… Et faire en sorte que les pauvres ne puissent jamais partir avec plus qu’une demi-retraite.

A plus long terme, on peut imaginer que, de la même façon que le RSA est devenu la norme pour pas mal de gens, l’allocation-vieillesse le devienne pour tous. Son nom complet, c’est Allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa). C’est max 787 €/mois donc un peu plus que le RSA.

Avec un petit détail tout de même : l’allocation vieillesse est un crédit que fait l’état : il est remboursable par les successeurs, prélevé sur l’ héritage. (Avec un plancher de 39 000 euros, merci qui ?) Ainsi, la bicoque de papy, le seul bien qu’il lègue à ses gosses… Confisqué !

En conclusion, nous le voyons bien : toutes ces mesures, en participant à baisser radicalement la consommation, ne feront qu’empirer la crise demain. C’est que contrairement à ce que croient les « complotistes » et autres théoriciens des stratégies du pouvoir-secret-qui-a-déjà-tout-prévu, les patrons nous montrent tous les jours que s’ils sont en effet déterminés à nous sabrer, ils ne savent en revanche pas du tout où ils vont, quelles seront les conséquences de toutes ces réformes.

De notre côté, nous pouvons tirer au moins un enseignement de la période actuelle : le cycle de lutte, en France, qui s’est ouvert avec la victoire du mouvement contre le plan Juppé en 1995, s’est bel et bien terminé avec la défaite du mouvement d’automne 2010. Et si nous ne savons pas de quoi demain sera fait, nous savons une chose : dans la période qui s’ouvre, il n’y aura pas de demi-victoire possible, de coup d’arrêt provisoire. C’est le capitalisme ou nous.

Et comme dans un bon vieux Rocky, le capitalisme a beau cogner et cogner, à la fin, c’est pas dit qu’il l’emporte.

Repris sur Tantquil.net

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 07:17

Il y a toujours moyen de tourner en dérision les pratiques sordides des employeurs. Prenez une caméra qui tient dans un bouton de chemise (40 euros sur un site de détective privé), quelques précaires rodés aux emplois d'appoints et vous pourrez aller demander des comptes aux vrais responsables de la précarité, cachés derrière leurs bureaux. Et qui sait, peut-être que cela vous motivera même à aller jusqu'aux prud'hommes ?

De Juliette Guibaud, réalisatrice.

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 11:11

Le racisme ordinaire se développe en France. Une fois n'est pas coutume nous allons commenter un fait divers qui nous semble emblématique. Un client roumain doté d'un titre de séjour s'est fait retenir par les salariés d'un Auchan qui ont appelé la police parce que ses papiers ne leur semblait assez vrai...

Déplorable, rappelons nous que la guerre n'est pas entre les nations mais les classes...

 

 

Virgil est roumain. Mardi, il a eu la désagréable surprise d’être contrôlé par des salariés d’Auchan. Ces derniers ont trouvé que son titre de séjour, valable jusqu’en 2019, avait l’air un peu suspect.

Making of

Virgil nous a contactés après l’incident. Le responsable de la sécurité du magasin concerné a accepté de répondre à nos questions. Il a contacté Virgil, qui avait envoyé un message furibard sur le site du magasin, pour s’excuser. Lui justifie le travail de ses équipes : « C’était aussi pour l’aider, s’assurer qu’il n’y avait pas de défaut sur son titre de séjour. »

Il est 10h30 lorsque Virgil, 51 ans, se présente aux caisses d’un hypermarché à Caluire (Rhône). C’est à cinq minutes de chez lui, il est client régulier.

La caissière est polie, ce n’est pas encore le pic de la journée, deux personnes seulement attendent à l’autre bout du tapis automatique.

Au moment de payer ses 95 euros de courses, Virgil sort un chèque et sa pièce d’identité.

Tous ces zéros, c’est forcément une anomalie

Reproduction avec zones noires du titre de séjour de Virgil (Rue89)

C’est là que les versions divergent.

  • Virgil raconte que la caissière s’est raidie en lorgnant sur sa nationalité ;
  • le chef de la sécurité explique que les « yeux de l’hôtesse sont tombés par hasard » sur ce qui semblait être une « anomalie ».

Derrière les petits caractères noirs « Date d’entrée », il est inscrit 00-00-02. Virgil est entré en France en 2002, mais son titre de séjour ne mentionne ni le jour ni le mois d’arrivée.

Contactée par Rue89, la préfecture explique que c’est tout à fait possible : les services ne vont pas inventer une date précise si rien ne figure dans le dossier.

La caissière appelle sa chef qui appelle la sécu

Virgil habite en France depuis 2002. Il a suivi des études de théologie avant de cumuler les temps partiels. En ce moment, il est surveillant dans une école privée et s’occupe de gérer le matériel dans un centre de congrès. Il a obtenu son titre de séjour de dix ans en 2009.

A la caisse, la situation se tend. La caissière juge préférable d’appeler sa chef de zone, qui appelle elle-même un agent de sécurité. Le responsable de la sécurité, joint après coup, tente d’expliquer :

« Il nous arrive de remarquer que des pièces d’identité ont un grain différent, par exemple. Cette fois-ci, les gars se sont demandés ce que pouvait signifier ce 00-00-02. »

Les policiers, un peu gênés

Les vigiles appellent la police, qui décide d’envoyer une équipe. En attendant, Virgil est mis à l’écart.

Il fulmine, explique qu’il est venu à de multiples reprises dans le magasin, que la gendarmerie l’a contrôlé plusieurs fois sans s’arrêter sur cette « anomalie », que ce n’est tout de même pas sa faute si la préfecture imprime les cartes de cette façon.

Une demi-heure plus tard, les policiers arrivent. Un peu gênés, ils balbutient quelques explications – « ce modèle de carte n’est plus délivré par la préfecture » (c’est vrai, depuis 2011). Avant de rappeler, tout de même, que Virgil est citoyen européen.

« La grande mayonnaise »

Virgil est « relâché ». Vibrant d’indignation, il repart sans ses courses.

« Une demi-heure de séquestration parce que ma personne était suspecte ? A-t-on le droit sans preuve de vous séquestrer de la sorte ? L’atmosphère entre 2002 et 2013 a bien changé, on cherche des boucs émissaires. On mélange tout le monde, Roms et Roumains. C’est la grande mayonnaise du n’importe quoi. »

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