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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 09:47
Les petits patrons bretons

Voici un article de l'Humanité, journal que nous estimons peu, sur la mobilisation interclassiste en Bretagne. Quand les patrons amènent leur salariés en manif comme le 2 novembre 2013, il n'en sort jamais rien de bon...

Le gouvernement, de fait, marche sur des œufs avec cette question qui aimante depuis plusieurs jours la colère bretonne. Les membres du collectif appelant à un grand rassemblement, samedi prochain, à Quimper, ont réaffirmé, leur opposition à cette taxe, réclamant sa « suppression pure et simple ». Au point d’en faire l’une des revendications phares du rassemblement visant, initialement, la défense de l’emploi. D’où la question qui pointe dans la région : l’écotaxe n’est-elle pas en train de focaliser trop d’attention, au détriment des questions que soulève la vague de fond qui lamine socialement la région ? « Une taxe supplémentaire n’est pas forcément pertinente », relève ainsi Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. Mais ceux qui en ont fait la bête noire à abattre, « semblent ceux qui visent la poursuite d’un système qui pourtant nous a poussés dans le mur ». Ciblés par le syndicaliste, les agro-industriels et la FNSEA. Les uns, en « ce qu’ils essaient de sauver une mécanique qui leur a permis de faire leur beurre », les autres, en ce qu’ils l’accompagnent. En attendant, note-t-il, rien n’est remis en cause, ni avancé pour changer de trajectoire. Comme des pistes visant l’autonomisation des productions agricoles et leur réinsertion dans le tissu économique local.

Pour les trois organisations syndicales bretonnes CGT, Solidaires et FSU, "les initiateurs de la manifestation du 2 novembre à Quimper ne portent pas les revendications des salariés." De fait, les syndicats de salariés appellent à un rassemblement à Carhaix le même jour à 15 heures pour porter leurs exigences, s’opposer aux fermetures d’entreprises et aux suppressions d’emploi.

1. À l’assaut des portiques, le patronat en première ligne

Qui étaient-ils, ces manifestants qui ont réussi à accaparer l’attention du pays, le week-end dernier, en s’attaquant aux portiques écotaxe dans le Finistère ou le Morbihan, se présentant comme défenseurs d’une Bretagne tout entière « méprisée », selon le mot du président du Medef Bretagne ? Surtout des transporteurs routiers, des agriculteurs mobilisés par la FDSEA, et quelques salariés d’entreprises en difficulté comme l’abattoir Gad. Mais, hormis du côté de FO, pas de représentant des syndicats de salariés. Tous affublés du bonnet rouge, symbole de la révolte antifiscale du XVIIe siècle. Peu avant les affrontements de ces manifestants déterminés à casser les portiques avec les forces de police, un « collectif des acteurs économiques bretons », composé des principales organisations patronales bretonnes, avait donné le signal de la radicalité en claquant la porte d’une réunion organisée par le préfet de région. Les représentants de la CGT et de la CFDT étaient restés, le cédétiste remarquant : « On se méfie des récupérations. Ce n’est pas l’écotaxe qui fait que des centaines de salariés de l’agroalimentaire perdent leur emploi. » Le 16 octobre, déjà, sous l’égide d’un Comité de coordination des intérêts bretons, les patrons de plusieurs centaines d’entreprises avaient mobilisé les médias en sonnant le tocsin contre l’écotaxe et en feignant d’intégrer la préoccupation de l’emploi dans leurs doléances. Parmi eux, des chefs d’entreprise de l’agroalimentaire, des transports et d’enseignes de la grande distribution comme Leclerc, Intermarché ou Système U, qui n’ont jusqu’alors pas eu besoin de l’écotaxe pour sabrer dans l’emploi ou pressurer leurs fournisseurs…

2. Agroalimentaire, auto, télécoms, etc. : une hécatombe économique et sociale

Agroalimentaire, automobile, construction et réparation navale, télécoms… Pas un seul des quatre piliers de l’activité économique en Bretagne n’est épargné par la crise. Les grands groupes qui dominent ces secteurs sont touchés, mais, fait nouveau, souligne un syndicaliste, l’important maillage de PME qui avait fait office d’amortisseur en 2008-2009, en subit désormais les contrecoups. L’hécatombe dans l’agroalimentaire, premier employeur de la région, en passe de perdre quelque 7 000 emplois, retient surtout l’attention, avec la liquidation de l’abattoir Gad de Lampaul, survenant, entre autres, après le crash, l’an dernier, du groupe volailler Doux. Doux où, sur plus de 1 000 salariés licenciés en 2012, seuls 28 ont à ce jour retrouvé un emploi en CDI, pointe la CGT Bretagne. À l’autre bout de la région, dans l’agglomération rennaise, les télécoms souffrent sévèrement aussi, à l’image du site d’Alcatel, l’un des cinq du groupe condamnés par le dernier plan de restructuration, alors que le plan social qui a touché le site de Lannion, il y a quelques années, n’est pas encore fini… Toujours à Rennes, le site du constructeur automobile PSA, plus gros employeur privé de la région, est promis à une saignée de quelque 1 700 emplois. Quant à la navale, ses chantiers, à Brest, attendent en vain la commande de bateaux que l’armée française, dit un syndicaliste, fait construire… ailleurs. Derrière ces drames économiques sociaux, presque toujours, une course à la rentabilité et à la compétitivité, basée sur la baisse du coût du travail… et de la fiscalité. Des choix, une stratégie dont le patronat breton voudrait aujourd’hui escamoter la responsabilité en agitant le chiffon rouge de l’écotaxe et en exploitant sans vergogne la détresse des salariés. Le gouvernement étant, lui, pointé du doigt pour une attitude se limitant à « accompagner », après coup, les victimes de la casse sociale.

3. Le patronat et la droite sont à la manœuvre pour détourner la crise sociale en Bretagne

« En solidarité avec l’agroalimentaire, votre Intermarché n’ouvrira qu’à partir de 10 heures. » Et pour cause, le patron de tous les Intermarché bretons, Jean-Pierre Guillaume, moins solidaire quand il s’agit de faire ses marges sur le dos des agriculteurs, est au cœur de la grande manipulation du Medef autour de l’écotaxe. Car la droite et le patronat local comptent bien se saisir de la crise sociale qui touche la Bretagne, avec 5 000 emplois menacés, pour la détourner sur l’unique question de l’écotaxe. « On ne lâchera pas tant qu’elle ne sera pas annulée », a déclaré, samedi, Pierre Balland, président du Medef du Finistère. À la tête des manifestants, le président de la FDSEA, Thierry Merret, veut faire croire à une « génération spontanée de “bonnets rouges” », référence à la fronde de 1675 contre l’impôt sur le papier timbré. Des bonnets rouges livrés gratuitement par… le PDG d’Armor-Lux, Jean-Guy Le Floc’h, qui ne fait pas mystère de son soutien aux manifestations : « Les Bretons, chefs d’entreprise, comme leurs salariés, sont solidaires contre l’écotaxe. C’est à ce titre que les bonnets ont été offerts gracieusement à la FDSEA », a-t-il affirmé. En réalité, l’idée d’instrumentaliser le débat autour de l’écotaxe germe chez la droite locale depuis plusieurs mois. Le 18 juin dernier, une trentaine de chefs d’entreprise bretons s’étaient réunis à Pontivy pour créer le Comité de convergence des intérêts bretons (CCIB). Leur credo ? Se débarrasser du « carcan administratif français », du « labyrinthe des réglementations » et du « poids écrasant des charges », jugés responsables de la crise économique. Dès juin, le patronat local appelait donc à mobiliser durant tout l’été, à l’instar de Jacques Bernard, président de Produit en Bretagne, ou encore Alain Glon, industriel et président de l’Institut de Locarn. « L’heure des méthodes douces est révolue. Pour obtenir des réponses concrètes et immédiates, il va falloir livrer bataille », assuraient-ils.

4. Écotaxe, goutte d’eau ou chiffon rouge ?

Décidée en 2007, dans le cadre du Grenelle de l’environnement, couvrant l’ensemble du réseau routier sauf les au- toroutes, l’écotaxe poids lourds vise à inciter les transporteurs à privilégier les réseaux fluviaux et ferroviaires plutôt que la route. Elle cible les camions de marchandises de plus de 3,5 tonnes. Établie au kilomètre parcouru, elle devrait rapporter, en année pleine, 1,15 milliard d’euros à l’État.

Industriels et agriculteurs s’alarment du surcoût induit par la mesure. Inquiets que leurs produits soient lésés par rapport aux importations étrangères voyageant par autoroute, ils en demandent, nationalement, un nouvel ajournement (sa mise en œuvre avait déjà été reportée de septembre à janvier prochain).

La revendication va plus loin en Bretagne, où l’on exige d’en être exempté. Le 16 octobre, présentant son pacte d’avenir pour la Bretagne, Jean-Marc Ayrault avançait plusieurs adaptations propres à la région, du fait de son enclavement et du marasme social qu’elle traverse. L’écotaxe y sera réduite de 50 %. Les routes départementales et communales en seront exemptées, de même que la route nationale 164, principale voix de transit. Tous les camions dédiés à la collecte de lait en seront exemptés, de même que les véhicules agricoles. Au total, la région devrait contribuer à hauteur de 42 millions d’euros par an à la recette écotaxe, mais en récupérer le triple, assure Matignon, soit 135 millions d’euros dédiés à l’entretien des réseaux routiers et ferroviaires. Insuffisant pour calmer inquiétudes et colère. Alors qu’il ne se passe plus une semaine sans que la Bretagne ne soit amputée de nouveaux emplois, l’écotaxe y est perçue comme la goutte de trop. En l’espace de quelques jours, elle est même devenue la cible principale des manifestations. Et le reste ? s’inquiètent certaines voix. Ainsi, celle de la Confédération paysanne, qui, sans l’estimer particulièrement pertinente, s’inquiète que l’écotaxe ne soit désormais le chiffon rouge qu’agitent la FNSEA et le Medef pour détourner l’attention du problème de fond : l’échec du modèle breton.

5. Vers la remise en cause du modèle breton ?

Qu’appelle-t-on le modèle breton ? Celui conçu sur base d’un productivisme à moindre coût, visant la compétitivité sur le marché international. Il est porté, singulièrement, par l’industrie agroalimentaire, la concentration des productions en étant l’un des piliers – en moins de trente ans, la volaille et le porc sont devenus les mamelles de la région. L’intégration des paysans au système agro-industriel et le ciblage massif du marché à l’export comptent au nombre de ses déclinaisons. Exemple avec Doux : longtemps, le volailler a fourni, clés en main, poulaillers et alimentation animale à ceux qui, de fait, étaient devenus « ses » éleveurs, lui permettant ainsi de mieux en contrôler la production et le coût. Dans le même temps, le groupe, soutenu par des aides à l’export européennes, a ciblé les marchés des pays du Golfe et du Brésil. Quand l’un et l’autre s’effondreront, la faillite du groupe Doux mettra en péril près de 15 000 emplois directs et indirects.

Le porc, lui, symbolise la concentration industrielle, avec en bout de course ce que l’on connaît des algues vertes. Soumis à la concurrence allemande – où les contributions sociales sont moins élevées qu’en France –, il n’en exporte pas moins entre 40 000 et 45 000 têtes vers le nord de l’Europe et l’Allemagne (où le coût des abattoirs est moindre), sans parvenir pour autant à se maintenir économiquement : en 2012, le secteur porcin affichait une chute d’environ 2 %.

Tout ce système est remis en cause par une partie du monde paysan – le Modef, la Confédération paysanne et, dans une certaine mesure, la Coordination rurale –, qui demande à en changer. Dans son pacte d’avenir pour la Bretagne, présenté le 16 octobre, Jean-Marc Ayrault incite pareillement la Banque publique d’investissement (BPI) à « explorer de nouvelles voies ». Mais ce même plan laisse ouvertes d’autres pistes, lesquelles laissent plus dubitatif quant à la volonté de changer de cap. Ainsi, celles visant la simplification réglementaire des installations porcines, facilitant l’extension des élevages ou l’élaboration de plans de développement à l’exportation personnalisés.

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