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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 08:51
Vive la France et vive la République?

Voici un texte sur la France, "Patrie des droits de l'homme" et pourquoi nous ne défendons, pas notre nation, dans la tradition de l'internationalisme communiste libertaire...

Il est question de « deux France ».

D’une lutte politique et symbolique entre deux courants de l’histoire qui revendiquent chacun ce mot écrasant.

La France humaniste, révolutionnaire, progressiste, « terre de combats et de révoltes », contre la France réactionnaire, fascisante et raciste.

Bonne France vs Mauvaise France. Peuple de France vs État français. République vs Monarchie. Commune vs Versailles. Front Populaire vs Vichy. Résistance vs Collaboration. Anticolonialisme vs Colonialisme.

Il est question de « paradoxes de l’histoire », révélateurs des contradictions entre ces deux grands courants essentialisés.

Nous n’y croyons pas.

Il n’y a pas une France.

Il n’y a pas deux France.

Il n’y a pas de France.

Il y a juste du vent.

Et du vent qui veut prendre des airs de grandeur.

Grandeur. Le concept qui réunit les « deux France ». Grandeur de la Révolution française, grandeur de l’Empire français. Qui assureraient toutes deux à « la France » un ascendant sur le reste du monde. Car les « deux France » sont pareillement orgueilleuses et donneuses de leçon. Elles prétendent apprendre au monde la révolte et le maintien de l’ordre, les droits de l’homme et la contre-insurrection, l’instruction publique et l’extraction des matières premières, la démocratie parlementaire et la république bananière.

Grandeur de la Libération. 8 mai 1945. France : capitulation, victoire, liesse. Algérie : bombardiers, milices, massacres. Quel paradoxe ? Quelle lutte entre deux courants de « la France » ? Ce sont les mêmes qui fêtent et qui tirent. Les « résistants » impliqués dans l’OAS seront parfaitement cohérents : c’est toujours au nom de « la France » qu’ils s’engageront. Au nom de « la France », condamnée comme par vice à remâcher le vomi de Hitler.

Grandeur de la République. La troisième, qui fournit à Vichy son administration, ses camps, son langage racial : cadres semblables, volonté en plus. Les quatrième et cinquième, qui puisent dans Vichy recensement, fichages, rafles, expulsions : techniques semblables, technologies en plus. Nous ne faisons aucun amalgame : leurs pratiques sont un amalgame. Ce sont les mêmes qui trient, les mêmes qu’on vire.

Grandeur de l’Universel. La patrie et sa capitale « portées vers l’universel », qui « offrent au monde » leurs lumières et leurs grilles de lecture civilisationnelles crucifiant les éternels attardés. Grandeur de cet universalisme français, dont la spécificité est le racisme. Grandeur du racisme français, dont la forme spécifique est l’universel. Grandeur de leur rencontre, pour propager main dans la main l’État-nation, toujours tendanciellement génocidaire.

De part et d’autre de la fausse ligne de front qui sépare les prétendues « deux France » existent quelques « idées de la France » différentes et quelques désaccords sur le chemin parcouru. Mais s’affirme la même croyance en une nécessité : « la France » devait se faire, et « la France » doit persévérer. Ces « deux France » s’agitent sur le même terrain, palabrent dans les même débats, rendent hommage à la même structure. Elles acceptent le même espace et les mêmes chronologies. Elles mettent pareillement en scène les conflits de leurs pseudo-paradoxes. Dans ce cadre, la « bonne France » sera toujours là pour rattraper la « mauvaise France ».

Il n’y a donc pas de paradoxes ni de luttes entre courants contraires dans « l’histoire de France ». Il n’y a que des volontés de sauver le concept de France.

Il n’y a pas de France. Il n’y a qu’une multiplicité de lignes brisées, dispersées, qui s’accumulent, font émerger des événements, imposent des conflits, chuchotent des amours et des haines, disposent des nous et des eux irréconciliables. Et dans les creux, des failles à habiter, des chronologies à s’approprier, des espaces à occuper. Des tensions où se glisser pour rejouer les lieux et les temps et les faire se percuter, bien au-delà des barèmes et des mesures du centre :

Les Vietnamiens crament les cartes coloniales et clament que la chronologie pseudo-libératrice française n’est pas la leur. L’ARB fait péter le château de Versailles. Des tirailleurs sénégalais passent au Vietminh. Des juifs fabriquent faux-papiers et bombes du FLN. Les rues des manifestations pour Gaza deviennent des lieux de prière. Des Basques visitent des camps de réfugiés palestiniens transformés en camps militaires. Les quartiers populaires célèbrent les fêtes nationales à coups de voitures brûlées.

« La France » est ce fourre-tout opportuniste qui cherche à réduire par tous les moyens ces lignes de failles, ces cartographies et ces chronologies télescopées, au nom de la fiction d’ensemble et d’unité.

« La France » est cette construction policière qui tente de contrôler, d’organiser et de neutraliser toutes les formes d’identification qui menacent de la saper.

« La France »,nous ne lui reconnaissons pas d’existence autre que celle d’un État, une police, des frontières. Nous ne voyons pas l’intérêt qu’il y aurait à s’en réclamer.

Anticolonialistes, résistants, communistes, étaient taxés d’antifrançais.

Ils s’en défendaient.

Ils auraient dû s’en honorer.

Nous sommes des traîtres.

Repris sur état d'exception.

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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 07:52
Paul Aussaresses, tortionnaire en Algérie

La mort du général Aussaresse, illustre boucher de la guerre d’Algérie, a été l’occasion pour les médias et les démocrates de tous poils de se lâcher, dans un immense élan d’antiracisme et d’humanité : bourreau, tortionnaire assumé... Bref, un méchant.

Un parcours classique de fasciste classique

Il ne s’agit pas là de défendre Aussaresses qui fut effectivement en son temps un boucher. Comme les neuf dixièmes des hauts gradés français, il penchait naturellement vers « l’ordre » et évidemment, le fascisme.
Ancien para de la guerre d’Indochine, sorti auréolé de sa participation à la « France Libre » pendant la Seconde Guerre mondiale le second borgne de France s’était fait la main sur les partisans d’Ho Chi Minh (où ses crimes sont sûrement aussi horribles qu’en Algérie, mais bien moins mis en avant) avant de débarquer en Algérie tout clinquant, pour mettre au pas les « fellagahs » et « terroristes ».
Le massacre de Phillipeville marque son intronisation au sein de la Grande Muette. Un général qui couvre un massacre, c’est toujours la classe dans des logiques de contre insurrection. Il restera célèbre pour les assassinats camouflés en suicide (grand classique) des opposants algériens Larbi Ben M’hidi et Ali Boumendjel. Assassinat qu’il a commis de ses propres mains.

Sa participation à la bataille d’Alger sous la direction du Général Massu (qui lui aussi assume sa participation à des actes de « nettoyage ») n’avait rien d’un hasard. Militaire de carrière, fervent partisan de l’Algérie française et surtout brillant stratège, Aussaresses n’a été qu’un pion docile parmi d’autres dans les exactions et les massacres que nécessitaient la guerre coloniale.
Très appliqué dans son travail il assumera tout et deviendra un des spécialistes de la « guerre contre subversive », cette guerre contre un ennemi intérieur et invisible qui se cache partout, dans chaque paysan des Aurès, dans chaque village « indigène ».

Sous les ordres de Messmer il ira, la décennie suivante, servir les Juntes militaires en Amérique du sud dans un « Centre d’instruction de la guerre dans la jungle » à Manaus au Brésil [1].
Toutes les pires dictatures militaires y enverront leurs plus fines équipes afin de mater les Tupamaros, Miristes et autres guerilleros [2].
Aussaresses jouera ici un rôle majeur. Il apprendra les plus « fines » techniques de torture (notamment l’électricité). Entre temps, pour compléter sa formation et faire partager ses savoirs il ira aussi travailler à « Fort Bragg »,, centre d’entraînement pour les unités spéciales américaines, en Caroline du Nord. Formations qui seront appliquées de manière massive durant la guerre du Viet Nam.

Oui, Aussaresses était un tortionnaire notoire, un assassin méthodique et scrupuleux, mais il s’agissait avant tout d’un serviteur de l’Etat, qui n’a jamais fait autre chose que de servir l’Etat.
Les bonnes oeuvres de l’armée française

Aussaresses est un militaire : il obéit, il applique.

On peut reconnaître à Aussaresses un certain courage.
Il a assumé tous ses actes.
Il a, à lui tout seul, endossé les meurtres de la guerre d’Algérie. Tous les siens, tous ceux qui l’avaient couvert, tous ceux qui l’avaient aidé et tous ceux qui ont torturé de leurs propres mains ont pu se défausser sur cette crapule.
Lorsqu’en 2000 il explique avoir torturé, personne ne vient le soutenir (hormis quelques nostalgiques).
Où sont-ils, les mittérandiens ? Mitterrand qui savait tout des exactions de l’armée, Guy Mollet qui appuyait clairement les paras pendant la bataille d’Alger.
Où sont-ils, les gaullistes ? Ce Messmer qui a revendu à toutes les dictatures du monde notre savoir-faire ?
Les radicaux ?
Tous ceux qui ont donné les ordres ?
Où sont tous les bouchers anonymes qui le 12 mars 1956 votent les pouvoirs spéciaux ?
De l’extrême droite aux communistes, tous repartis comme en 14 dans l’unité vaille que vaille. Tous ceux-là feignent l’indignation. Difficile de croire qu’ils ne savaient pas, dès le moment où ils ont donné les pleins pouvoirs à Massu, qu’il ne s’agirait que d’une boucherie sans nom. Tous le savaient. Toute la classe politique était issue de la Résistance. Toute la classe politique savait ce que signifiait le maintien de l’ordre par une armée en territoire hostile. La classe politique entière souillée par le sang des militants du FLN, souillée par les « corvées de bois » [3], souillée par les bout de verres insérés dans le vagin des militantes algériennes, souillée par les plaies ouvertes, par la peau brûlée au chalumeau, par les litres d’eau de javel bus par les prisonniers... [4]

Reste à savoir qui a donné les ordres... Nous ne le saurons sans doute jamais.
Mais là encore, louons Aussaresses pour sa franchise. Dans son dernier Je n’ai pas tout dit (autant intituler ça « Attendez-vous au pire »), Aussaresses explique très sereinement que l’ordre est venu directement du garde des Sceaux (de Mitterrand donc) pour ce qui est de l’assassinat de Larbi Ben M’hidi, considéré en Algérie comme un héros du peuple...
Mollet [5] lui-même avait donné comme ordre la « liquidation du FLN ». Ces perspectives enjouées étaient appuyées par le député socialiste de l’Aquitaine (il le restera jusqu’en 1980), Robert Lacoste, alors gouverneur général de l’Algérie, qui soutint lui formellement l’usage de la torture.

La boucherie que fut la guerre d’Algérie n’est donc pas, contrairement aux discours officiels des médias et des politiciens, une responsabilité individuelle mais bien une gestion politique et collective de la chose, avec des gens donnant des ordres et d’autres les exécutants.
Car à travers la figure du « Diable » Aussaresses, c’est l’Etat qui est lavé de tous ses crimes. Aussaresses ne serait qu’un dérapage, une bavure somme toute, dans une guerre qui bien sûr devait être propre. Aussaresses n’était qu’un sadique, un homme sans foi ni loi, contrairement à tous nos politiciens, cultivés et propres sur eux...
La torture n’était pas un acte individuel. Il s’agissait d’une méthode rationnelle, méthodique et pensée dans les plus hautes sphères de l’Etat.
Il ne s’agissait que de la continuité logique du colonialisme et du racisme à l’oeuvre pendant près d’un siècle en « territoire indigène ».

Quant à vous Général Aussaresses, nous cultivons le regret de vous avoir vu mourir si âgé, si bien portant, et d’une arme aussi douce que la vieillesse...

À voir : Le boucher face à ses anciens maîtres, scène glaçante si il en est...

P.-S.

Pour en savoir plus :
"Des Français contre la terreur d’État (Algérie 1964-1962)", recueil de textes, éditions Reflex, 2002.

Notes

[1] Le Brésil est alors sous la botte du Maréchal Castelo Branco chef de la dictature militaire brésilienne, viscéralement anti communiste, s’appuyant sur les franges les plus durs de l’église catholique et surtout, pantin de la CIA.

[2] Pour plus d’infos, le documentaire Escadrons de la mort, une école française, de Marie Monique Robin

[3] Nom commun dans l’armée pour désigner les exécutions sommaires d’algériens.

[4] De si sordides détails semblent malheureusement nécessaires pour réactiver les mémoires endormies par des années de censure et de non dits, pour plus d’infos sur les pratiques à l’oeuvre à l’époque voir ici

[5] Président du conseil à l’époque (équivalent de Premier ministre), socialiste.

Repris sur Paris Luttes info

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Published by AL Montpellier - dans colonialisme Algérie militarisme
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