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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 08:21

Un bon sketch du groland qui résume bien beaucoup de choses...

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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 12:39
Une histoire de la lutte des classes aux USA

La lutte des classes ce n'est pas que des gentilles manifestation et défilés pacifiques. Face à la violence de l'état mais aussi souvent du patronat, notre camp, celui des exploités, réplique. Voici un retour sur l'histoire de la lutte des classes aux USA au début du 20eme siècle

Les luttes ouvrières sont souvent marquées par leur violence. En 2010, dans une période de licenciements, les séquestrations de patrons semblent effrayer la bourgeoisie. C’est dans ce contexte que les éditions Sao Maï traduisent un livre de Louis Adamic sur l’histoire de la violence de classe en Amérique. La CGT, principal syndicat en France, semble avoir délaissé la grève générale et le sabotage préconisés au début du XXème siècle, pour se conformer à la routine bureaucratique. Au contraire, l’histoire de la classe ouvrière permet de puiser une variété de pratiques de luttes qui ne s’embarrassent pas de la légalité bourgeoise.

Le texte de Louis Adamic, publié en 1931, évoque la relation entre lutte ouvrière et criminalité aux États-Unis. Dans une société qui valorise la réussite et la concurrence, le prolétariat ne peut que s’appuyer sur l'illégalisme pour survivre. Un véritable syndicat du crime peut alors se développer. La criminalité peut également reposer sur un refus du travail et de l’usine.

A partir de 1830, de nombreux immigrés débarquent en Amérique. Mais ils doivent subir d’ignobles conditions de travail pour pouvoir survivre.

Mais, dans les années 1860-1870, les Molly Maguires se développent comme une société secrète. Leur nom provient de la veuve Molly Maguire qui s’oppose au système de rente dans l’Irlande de 1840. Ses groupes de mineurs irlandais n’hésitent pas à utiliser la violence face à leurs oppresseurs. « Tout propriétaire, tout agent assermenté expulsant un paysan du coin pour cause d’impayés, prenait le risque de signer du même coup son arrêt de mort », décrit Louis Adamic. Les patrons et propriétaires des mines vivent dans la terreur.

Les tabassages et assassinats sont décidés en réunions et des personnes, étrangères à la région du propriétaire, sont désignées pour réaliser l’exécution. Mais des détectives privés parviennent à identifier des meurtriers. La répression s’abat alors sur les Molly Maguires à partir de 1870. Cette violence ouvrière s’oppose à la brutalité de l’exploitation capitaliste. « En éliminant physiquement des propriétaires miniers et des employeurs, en en tabassant des centaines d’autres, ceux-ci améliorèrent, sans aucun doute possible, les conditions générales de travail », estime Louis Adamic.

A partir de 1860 s’amorce la période de l’industrialisation et du capitalisme triomphant. « La nation tout entière se lançait à la croisade de la réussite matérielle. Réussir à tout prix ! Au diable perdants et minables ! », décrit Louis Adamic. La population intériorise cette idéologie capitaliste. La concurrence sur le marché du travail prime sur la solidarité de classe. A partir de 1873, une crise économique se développe. Les réductions de salaires déclenchent des grèves. Mais les manifestations de rue sont violemment réprimées. En 1877, une grève des Chemins de fer éclate spontanément. La grève s’étend et les affrontements avec la Garde Nationale se multiplient. Dans un dépôt ferroviaire, des wagons sont incendiés. Dans de nombreuses villes, comme Baltimore ou Chicago, des émeutes ouvrières éclatent. Des troupes anti-émeutes de 20 000 hommes ont du être mobilisées pour mettre un terme au mouvement. Ses insurrections spontanées font peur à la bourgeoisie, plus facilement rassurée par des mouvements encadrés et dirigés qui peuvent être plus facilement démantelés. « Le prolétariat montrait tout simplement de puissantes dispositions à subvertir l’ordre existant », souligne Louis Adamic.

Durant les années 1870, la ville de Chicago abrite plusieurs mouvements révolutionnaires. Le Parti Socialiste Ouvrier (PSO) comprend un courant radical qui se réfère aux idées marxistes mais aussi anarchistes. En 1881 est créé le Parti Socialiste Révolutionnaire qui préconise la propagande par le fait. Johann Most, qui exalte l’attentat contre les autorités, devient le chef de file des mouvements radicaux. Contre les politiciens et les exploiteurs, il se réfère à la pensée de Bakounine. « Qu’on s’en remette à l’inextinguible esprit de destruction et d’annihilation qui fait aussi le printemps d’une vie nouvelle. La joie de la destruction est une joie créatrice ! », estime Bakounine. Les combats de rue et la dynamite sont valorisés par Most.

Les organisations ouvrières se multiplient. La grève ou le boycott peuvent permettre de négocier avec les patrons des améliorations des conditions de travail. Mais, face à la brutalité de l’exploitation capitaliste, la violence est considérée comme la seule arme des travailleurs. Les échecs électoraux alimentent la radicalisation des partis ouvriers et le développement de l’anarchisme à Chicago. Avec la crise industrielle de 1884-1886, la tension sociale s’intensifie. La journée de 8 heures devient le mot d’ordre qui fédère l’ensemble du mouvement ouvrier, y compris les anarchistes qui rejettent les revendications réformistes.

A Chicago, en 1886, un meeting est organisé sur la place de Haymarket. Sous une pluie battante, à la fin du meeting, la police décide d’intervenir pour évacuer les lieux. Face à cette provocation, une bombe explose. Les troupes policières tirent alors sur la foule des travailleurs. Les anarchistes répliquent également par des coups de feu. Mais cet épisode s’achève par un véritable massacre avec de nombreux morts, surtout du côté des travailleurs. Après ce carnage, la répression s’abat sur les anarchistes. La bourgeoisie, mais aussi les ouvriers, dénoncent la violence révolutionnaire. Des anarchistes sont jugés non pour leurs actes, mais pour leurs discours et leurs idées.

Mais, au moment de l’exécution plus d’un an après, les condamnés apparaissent comme des martyrs héroïques. Pourtant, après la bombe de Haymarket, le mouvement ouvrier s’effondre et toutes les grèves lancées par des syndicats échouent. L’American Federation of Labor (AFL) est créé. Mais ce regroupement syndical repose sur des bases corporatistes et réformistes. Si leur direction semble médiocre et corrompue, les syndicats fourmillent d’anarchistes.

Pour s’opposer au mouvement ouvrier révolutionnaire, l’État et les patrons limitent le cadre de la légalité. Les moyens légaux deviennent alors de plus en plus limités pour les travailleurs. La moindre pratique de lutte incite alors à sortir de la légalité.

Tandis que la bourgeoisie vit dans l’opulence et le luxe jusqu’à la vulgarité, la population subit la misère et la faim. Dans ce contexte, en 1893, le politicien populiste Coxey organise une marche de chômeurs vers Washington. Mais cette agitation ne débouche vers aucune perspective politique.

En 1894, une importante grève éclate dans le secteur des chemins de fer à Chicago. Ce mouvement a, de nouveau, effrayé la bourgeoisie.

Des grèves éclatent également à l’Ouest des États-Unis. La Fédération des mineurs de l’Ouest (FMO) s’inscrit dans une ligne politique très radicale. La violence révolutionnaire est alors banalisée, surtout lorsque les patrons engagent des milices privées. « Les dirigeants eux-mêmes courraient d’une bataille à l’autre, faisant aussi bien le coup de poing que le coup de feu contre les briseurs de grève et les troupes d’État », décrit Louis Adamic.

En 1905, la FMO se fédère avec d’autres syndicats de lutte pour créer l’IWW (Industrial workers of word). Cette organisation révolutionnaire vise l’abolition du capitalisme pour permettre aux travailleurs de reprendre la maîtrise de leurs conditions de vie. Mais cette nouvelle structure ne s’appuie pas sur une ligne politique claire. Des marxistes, des anarchistes et des partisans de l’action directe côtoient des politiciens opportunistes. Mais, en 1908, la tendance révolutionnaire prédomine. Pour l’IWW, la lutte des classes doit « se poursuivre jusqu’à ce que les travailleurs du monde entier, organisés en une seule classe, prennent possession de la terre et de l’outil de production, et abolissent le salariat ». Les wobblies, comme se nomment les membres de l’IWW, lancent de nombreuses grèves. Les wobblies se distinguent du syndicalisme corporatiste et réformiste de l’AFL.

Gombers, le dirigeant de l’AFL, estime que le syndicalisme doit se conformer au cadre de la légalité. Il s’oppose à la violence et au sabotage pratiqué par les révolutionnaires. Soucieux de respectabilité, Gombers ne cesse de dénoncer les émeutiers. Mais l’AFL n’hésite pas à pratiquer la violence et à faire usage de la dynamite. Pourtant, son discours discrédite les pratiques de lutte. « Cette duplicité des chefs s’exerçait, pour moi, au détriment non pas des syndicats pratiquant la destruction de biens, la brutalité et le meurtre, qu’au mouvement syndical tout entier », estime Louis Adamic. Les ouvriers du bâtiment, notamment les sidérurgistes, ont très souvent recours à la violence. Le patronat de ce secteur n’hésite pas à recruter des criminels pour briser les grèves. Seule la destruction de ponts et de bâtiments permet de faire plier les patrons. De 1905 à 1910, les salaires augmentent à coups de dynamite.

Otis, puissant patron, est également propriétaire du Los Angeles Times. Il déteste les syndicats et fait régner la terreur capitaliste. L’AFL décide alors de faire exploser le siège du Los Angeles Times. Mais la bombe détruit tout le bâtiment et vingt personnes meurent dans l’explosion. Otis accuse immédiatement les syndicalistes, hostiles à la liberté d’entreprendre et à la grandeur de Los Angeles. En revanche, les syndicalistes dénoncent une fuite de gaz et la vétusté de l’immeuble qui explique un tel carnage. En effet, l’objectif de l’explosion n’était pas de tuer.

L’arrestation des frères McNamarra, les dirigeants de l’AFL, devient une affaire politique qui symbolise la lutte des classes. « Celle-ci était désormais l’affaire de la lutte toute entière du capitalisme et de sa cupidité contre les travailleurs », résume Louis Adamic. Tous les dirigeants de l’AFL, une grande partie de la population et même le candidat socialiste à la mairie de Los Angeles, soutiennent les inculpés.

Mais les accusés doivent plaider coupables. Ils avouent avoir organiser l’explosion, sans la volonté de tuer. Dès lors, seuls les révolutionnaires et l’IWW continuent à défendre les frères McNamara et la pratique du dynamitage. En revanche, les dirigeants socialistes dénoncent le syndicalisme et la violence.

Plusieurs dirigeants de l’AFL sont également confrontés à la justice. Ce syndicalisme réformiste ne peut plus s’appuyer sur sa respectabilité. Le mouvement syndical de l’AFL s’effondre progressivement.

De 1912 à 1917, la guerre de classe devient beaucoup plus violente. Mais c’est le patronat qui est à l’offensive. Des briseurs de grèves, armés, n’hésitent pas à tirer pour tuer des ouvriers désarmés et pacifistes.

A San Francisco, l’effondrement du syndicalisme renforce le mouvement révolutionnaire qui s’approprie les pratiques les plus explosives. Thomas Mooney, pilier de la Fédération du Travail de Californie (FTC), illustre cette contestation aux accents libertaires. Dans un contexte de guerre mondiale, bercé par le patriotisme et le militarisme, une bombe explose à côté d’un cortège d’uniformes et de drapeaux. Tom Mooney est alors arrêté, avec d’autres anarchistes partisans de l’action directe. Billings et Mooney passent 23 ans en prison avant d’être finalement innocentés. Le patronat n’hésite évidemment pas à exploiter la tragédie de l’explosion pour mieux servir ses intérêts et discréditer le mouvement ouvrier révolutionnaire.

En dehors des wooblies, tous les syndicalistes défendent l’intervention militaire des États-Unis dans la guerre mondiale. Le mouvement ouvrier semble laminé. « Cette longue série de défaites avait fini par détruire chez les syndicalistes toute confiance en leur propre capacité de résistance au pouvoir, et à la détermination, de leurs adversaires », décrit Louis Adamic. Mais, en 1917, l’offensive ouvrière reprend. Le secteur de la sidérurgie, grâce à ses pratiques radicales, reste fortement organisé. William Foster tente de lancer une vague d’agitation dans la métallurgie, un secteur clé du capitalisme. Malgré la modération de l’AFL, en quête permanente de respectabilité, les ouvriers désirent déclencher une grève. Les soulèvements locaux se multiplient. Les syndicalistes, au contraire, voulaient simplement négocier avec les patrons. « Nous avons essayé de trouver une porte de sortie, en vain. Cette grève ne vient pas des dirigeants. Elle vient de la base syndicale », s’excusent les bureaucrates syndicalistes dans une lettre envoyée au président des États-Unis. Les capitalistes recrutent des milices armées pour briser la grève. Les ouvriers restent pacifistes et non-violents. Face à la peur et à la répression, ils doivent reprendre le travail. La guerre de classe ne peut que s’accompagner de la violence et du son de l’explosion.

L’IWW parvient à s’implanter et à développer un syndicalisme de lutte. Mais les wooblies sont constamment traqués par des truands au service des patrons. Pour défendre leur local de Centralia, les wooblies doivent même répliquer par des coups de feu.

En 1920, Sacco et Vanzetti sont arrêtés pour meurtre et pour braquage. Ses deux anarchistes sont surtout suspects car ils participent activement aux luttes sociales. « Cet homme pourrait, certes, ne pas avoir commis le crime qui lui est aujourd’hui attribué, mais il est toutefois moralement coupable en tant qu’ennemi des institutions existantes », déclare même le juge qui condamne Vanzetti. L’exécution des deux anarchistes vise à terroriser tous les mouvements de contestation.

De 1911 à 1920, la violence de classe provient presque toujours des intérêts capitalistes. Ses massacres appellent à une vengeance du prolétariat.

A partir des années 1920, c’est le patronat qui semble à l’offensive. Les républicains accèdent au pouvoir et le contrôle des syndicats sur le marché du travail est brisé. Le mouvement ouvrier semble s’effondrer.

La criminalité devient alors la seule solution. Les syndicats recrutent des « racketteurs » qui sont des cogneurs de métier. Explosions, tabassages, assassinats : la violence doit permettre de mettre la pression sur les patrons qui méprisent les droits des ouvriers. Seules ses pratiques assurent la survie des organisations syndicales. « Une fois de plus la dynamite et le coup de poing les avaient sauvées, particulièrement dans le secteur du bâtiment », observe Louis Adamic.

Les juges et les jurés refusent de condamner cette violence syndicale pour cause de représailles.

Les criminels deviennent de plus en plus présents dans les bureaux des syndicats et, progressivement, prennent le contrôle des organisations ouvrières. A Chicago, des gangsters comme ceux de la bande d’Al Capone dirigent les syndicats et exercent ainsi une influence politique. Ils assurent une « protection permanente » du syndicat contre un salaire versé chaque mois. Les syndicalistes défendent cette violence criminelle qui demeure le seul moyen de s’opposer à la terreur patronale. Le racket syndical permet d’entamer des carrières criminelles. Inversement, la violence rythme la guerre de classe en Amérique. « L’histoire des gangsters et celle des travailleurs syndiqués sont inextricablement liées », résume Louis Adamic.

A l’origine, les gangs regroupent des petits truands sans envergures. Mais dès lors qu’ils sont utilisés dans le cadre de la guerre de classe, ils construisent de véritables organisations criminelles. Les anciens syndicalistes ouvriers enseignent leurs pratiques aux criminels, comme manier les explosifs.

Le racket de « protection » devient un important secteur d’activité criminelle. Les gangsters déterminent d’abord un périmètre de la ville à contrôler. Ensuite, les commerçants doivent payer pour leur protection. Les gangsters empêchent les autres criminels et commerçants concurrents de s’installer dans le quartier. Ils ouvrent ensuite des lieux comme des bars clandestins pour permettre leur trafic d’alcool. La criminalité permet d’échapper au travail ouvrier et de gagner rapidement beaucoup d’argent. Un gangster comme Al Capone est même soutenu par la population. Il aide financièrement les plus pauvres à partir du racket sur les riches.

Les prolétaires refusent de subir les conditions de vie de classe ouvrière et rejoignent alors dans la classe criminelle. Même les gangsters les plus puissants sont issues dans classes populaires. La misère et le chômage favorise l’essor du crime organisé. L’illégalisme devient largement préférable à la condition de l’honnête ouvrier.

Les travailleurs de l’industrie doivent essuyer insultes et humiliations. Demander un travail ou obéir à un patron détruit toute forme de dignité. « Dans le racket, au moins, vous pouviez être quelqu’un », tranche Louis Adamic. En l’absence de mouvements collectifs de lutte, le basculement dans la vie criminelle s’impose alors comme une évidence.

Louis Adamic évoque des criminels rencontrés en 1929. « Leur mépris du pouvoir en place était sans bornes. Leur statut de hors-la-loi ne les embarrassait nullement. Ils étaient parfaitement conscients de leur supériorité vis-à-vis de la loi et du pouvoir policier », décrit l’écrivain. Des anciens gauchistes refusent de s’enfermer dans le cadre de la légalité pour assurer leur survie. Le trafic d’alcool est justifié par la nécessité d’enfreindre la loi. L’exploitation capitaliste s’apparente à une forme de racket légal. Il devient alors normal de racketter les patrons. « Qu’est-ce qui est pire : le dynamitage d’un immeuble, ou le licenciement de milliers d’hommes au milieu de l’hiver, quand leur famille crève la dalle ? », justifie un gangster. Il méprise les prolétaires qui préfèrent baisser la tête, se soumettre et être humiliés en silence. « Ces maudits prolos et leur fichu docilité face à la souffrance : tout ça me rend malade », poursuit le criminel.

Dans les années 1920 les IWW défendent toujours leurs pratiques de lutte. Mais le syndicalisme semble davantage réprimé et encadré. Le sabotage doit permettre d’attaquer la production et les profits des patrons.

La grève du zèle permet de ralentir les cadences pour privilégier la paresse contre le travail. Pour les wobblies, « le devoir de nuire à la classe propriétaire, à chaque fois qu’une possibilité se présentait, semblait ne jamais abandonner », décrit Louis Adamic.

Les wobblies sont souvent des travailleurs précaires qui changent souvent de métier. Mais ils rejettent l’exploitation capitaliste et le culte du travail bien fait. « Nulle part je ne trouvais d’entrain réel pour le travail, ni - de la part de personne - une fierté quelconque à se trouver obligé de bosser », témoigne Louis Adamic.

Les syndicats et le mouvement ouvrier s’effondrent. Mais des réflexes et des pratiques de lutte perdurent. « Il existait en revanche un puissant mouvement radical inorganisé impliquant des millions de travailleurs, qualifiés ou non, en dehors des syndicats et des partis politiques, socialistes ou communistes », décrit Louis Adamic. La radicalité ne s’exprime pas à travers un projet collectif mais surtout par un désir de vengeance personnelle.

Cet ouvrage présente une description passionnante de l’histoire des luttes ouvrières aux États-Unis. Mais il ne faut pas forcément en déduire une apologie de la violence. Loin de la démarche autoritaire et avant-gardiste des petits groupes armés, la violence politique doit permettre de construire une conscience révolutionnaire. « En définitive, la violence du prolétariat américain durera jusqu’à ce que les travailleurs acquièrent un esprit et des motivations révolutionnaires », souligne Louis Adamic. Seule la lutte radicale permet aux prolétaires de reprendre le contrôle de leur vie.

Source : Louis Adamic, Dynamite ! Un siècle de violence de classe en Amérique (1830-1930), traduction inédite de l’anglais notes et notice de Lac-Han-tse et Laurent Zaïche, Sao Maï, 2010

Extrait de l'avant-propos de l'ouvrage, par les éditions Sao Maï, publié sur le site de la Coordination des intermittents et précaires (CIP-IDF)

Repris sur zones subversives

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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 10:15
Charges sociales qui écrasent le petit entrepreneur ou salaire indirect?

Nous sommes abreuvés en permanence de plaintes patronales portant sur les charges qui étoufferaient la croissance et autres joyeusetés. Pour de vrai, elles servent à payer tout une série de services, par le biais de caisses d'assurances publiques telles que le chômage ou les retraites... Voici un petit décryptage de ce qu'est le salaire indirect...

C’est ce qui nous est payé sous l’appellation « cotisations sociales ». Mais vous n’en entendrez pas parler en ces termes sur BFMTV. Forcément, les patrons appellent ça les « charges ». Et réclament à cor et à cri d’en être exonérés… Ce qui revient à ne pas nous verser tout notre salaire ! Charmant programme. Une petite explication s’impose.

On a souvent tendance à penser que le salaire c’est juste ce qu’on touche en net à la fin du mois, ce que l’on appelle le salaire direct, ou salaire net. En même temps c’est assez logique, si on part du point de vue d’un salarié qui lit sa fiche de paie. Le moyen le plus simple pour comprendre la répartition entre salaire direct et indirect est de se mettre dans la peau d’un patron. Prenons donc comme exemple Richard, le patron de Dominique. Dominique travaille toujours dans une usine de montres de luxe …

Chaque mois, Richard verse 2500 € pour payer Dominique. Sur cette somme, 1500 € finissent directement dans la poche de Dominique, c’est son salaire net. 2500-1500= 1000. La part de salaire indirect que paie Richard, c’est donc 1000 €.

Salaire direct

1500€

Salaire indirect : cotisations « salariales » et patronales

1000€

Salaire total

2500€

Du coup, les 1000€ qui restent c’est quoi ?

Dans le langage courant, on dissocie deux catégories de cotisations: les cotisations salariales et patronales. En fait, les deux forment les cotisations sociales dont une partie serait payée par le patron (patronale) et l’autre par le salarié (salariale). Mais cette distinction n’est que théorique. Quand on regarde nos fiches de paie, on peut s’imaginer que notre travail coûte au patron ce qu’on appelle le salaire brut (salaire net + part salariale des cotisations sociales).

Mais le salaire brut est un leurre, le salarié ne paye aucune partie des cotisations sociales. C’est le patron qui, en réalité, paye l’intégralité des cotisations sociales. D’ailleurs, eux ne se font pas d’illusion et entre eux ils parlent de salaire « super brut », c’est-à-dire le salaire net + l’ensemble des cotisations sociales (salaire indirect). Soit le prix d’achat de notre force de travail, le salaire total en somme.

Mais pourquoi les patrons payent les cotisations sociales ?

Ces dernières permettent de financer une partie de la reproduction de la force de travail, c’est-à-dire, tout ce qui fait que le salarié est en capacité de vendre sa force de travail et de fabriquer des nouveaux travailleurs pour demain. Par ailleurs, ces dispositifs ne sont développés que dans certains pays européens. Aux USA, dans les pays émergents, au Japon, c’est le salarié qui paye directement son assurance maladie et qui finance sa retraite.

Donc, concrètement ces cotisations servent à quoi? Et pourquoi appelle-t-on ça du salaire indirect?

Elles servent à alimenter différentes caisses, qui gèrent :

– La sécurité sociale,

– Les retraites.

– L’assurance chômage.

– La CAF.

Ce qui veut dire des choses aussi diverses que le régime de l’Assurance-chômage, le fonds national d’aide au logement, le fonds de solidarité vieillesse, le fonds CMU, le régime retraite complémentaire et prévoyance des employés de maison etc. etc.

Les patrons paient ces cotises à l’URSSAF ( qui veut justement dire « Unions de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales »)

Pourquoi et comment la bourgeoisie attaque les salaires indirects ?

Pour les patrons, le fait de nous payer est en soi une charge. Elle figure dans ce qu’ils appellent « les coûts de production ». Alors pour ne pas baisser de suite le salaire net, parce que ça se voit et que les prolos gueuleraient, autant le faire sur le salaire indirect. Ça tombe bien, c’est exactement le programme du gouvernement PS pour la rentrée 2013! On laisse la parole à notre ministre de l’économie :

« Nous ne pouvons pas continuellement avoir des charges sociales qui pèsent sur le travail. »

Pierre Moscovici, juillet 2012, le Monde.

C’est que s’attaquer aux salaires indirects c’est… Moins direct, justement. Moins visible. Cela crée un déficit des différentes caisses, et ceux sont en définitive victimes de ces attaques sont aussi ceux parmi les prolos qui sont les plus vulnérables, les plus précaires, les chômeurs, les allocataires de la CAF, qui se voient radiés pour un rien, qui voient leurs droits se réduire…

Et oui, rogner sur les cotisations sociales se répercute sur toutes nos vies. Ça veut dire une plus grande part de nos salaires directs pour aider la famille, pour border pépé, attendre plus longtemps pour se soigner, ou encore moins de thunes lorsqu’on perdra notre boulot.

Bien sûr diront certains, Richard (le patron) peut choisir de répercuter la baisse du salaire indirect, en augmentant le salaire direct… C’est vrai ? Mouais, sauf que ce statut existe, il s’appelle l’auto-entreprenariat, les salariés sont payés par le patron direct tout net, sans cotises… Et n’ont clairement pas décroché le jackpot !

Et puis, on voit ce que ça donne dans d’autre pays, comme aux USA, où des millions de personnes sont privées de la moindre couverture maladie : on estime que plus de 60% des banqueroutes privées sont dûes à des problèmes de santé là-bas.

C’est que l’absence de sécu rend super cher le moindre pépin : à coup de 150 $ la consultation au médecin, ou une prise de sang, sans compter qu’aucun hôpital ou médecin américain n’accepte de vous soigner à moins que vous soyez à l’article de la mort, si vous ne pouvez présenter une carte de crédit ou une prise en charge d’assurance.

En un mot, le système américain, c’est soit ton patron te paie ton assurance maladie (une forme de salaire indirect) … Soit c’est vraiment la misère, si tu restes trop longtemps au chômage, ou que tu trouves un travail moins bien payé, là tu dois payer tout seul… Et ça douille.

Alors qu’aux USA, (hormis les « filets de sécurité » type medicare ou medicaid ) c’est en général à l’échelle de l’entreprise que les prolétaires peuvent bénéficier de salaires indirects, la situation est différente en France et dans d’autres pays Européens.

En effet un des résultats de cette forme de salaire indirect, (via les cotisations sociales), c’est de toucher le prolétariat à une échelle beaucoup plus large. Car de cette manière, via les différentes caisses (CAF, Chômage, Sécu etc. ) beaucoup de monde en bénéficie.

On peut même dire que d’une certaine manière, les capitalistes nous paient en bloc, achètent globalement notre force de travail, et l’utilisent lorsqu’ils en ont besoin. D’ailleurs, tout est fait pour qu’en échange des différentes aides, nous soyons à la merci des besoins patronaux, avec par exemple l’obligation pour un chômeur d’accepter n’importe quelle offre d’emploi.

L’étape d’après, on la voit venir un peu partout en Europe, avec la crise. C’est le travail forcé, en échange des aides sociales. C’est alors une attaque encore plus massive puisqu’il s’agit tout bonnement de nous forcer à bosser en échange du versement… De la partie de notre salaire que l’on ne nous avait pas versé directement ! Faut avouer que c’est fortiche ! Je mets une partie de ton salaire sur un compte bloqué, et pour y avoir accès… Faut bosser à l’œil ! Mais on vous en parlera plus en détail prochainement.

En attendant, gardons que lorsque les patrons parlent de charges, ils nous traitent tout simplement de boulets. Pourtant, ce sont les prolétaires qui produisent tout.

Et si aujourd’hui on a bien raison de pas se laisser faire face aux attaques sur quelque part que ce soit de nos salaires, on ne s’arrêtera pas là. Car tant qu’il y a aura le salariat, les patrons tenteront nous payer le moins possible : c’est la règle du jeu, et comme les patrons paient aussi les arbitres… Mais l’abolition pure et simple du salariat ça a une autre gueule. Si nous organisons le communisme, la gratuité, alors on aura directement la réponse à nos besoins… Et plus d’histoire d’argent, entre nous.

Repris sur tantquil.net

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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 11:04
Anne Clerval: Sur la guerre aux pauvres à Paris

L’embourgeoisement des centres-villes des métropoles semble bien connu. Des magasins bios, des cafés « branchés » et des galeries designs permettent d’augmenter les prix du logement dans les quartiers populaires. Une nouvelle population, la petite bourgeoisie intellectuelle, remplace les classes populaires qui habitent depuis longtemps dans les vieux immeubles réhabilités des centre-villes. Ce phénomène s’observe dans de nombreuses villes, comme à Montpellier. Mais, en France, Paris apparaît comme le laboratoire de ce phénomène de gentrification.

Ce processus semble très souvent décrit, y compris dans les grands médias. En revanche, la gentrification semble rarement analysée. La géographe Anne Clerval propose une analyse de la gentrification dans la capitale dans un livre récent. Cette universitaire s’inspire de la géographie radicale anglo-saxonne et notamment de Neil Smith, ancien élève de David Harvey. Ce mouvement intellectuel renouvelle les analyses marxistes pour les appliquer à l’urbanisme. Ce courant « fait le lien entre les mutations contemporaines du système capitaliste mondial et la gentrification des centres-villes », précise Anne Clerval.

L’organisation de l’espace correspond à la division du travail social. Les centres-villes abritent les entreprises de la « nouvelle économie » avec ses cadres de la communication et de la création. Inversement, les usines se situent dans les espaces périurbains. Pourtant, les employés ou les immigrés doivent rester dans les centres-villes pour travailler. « Plutôt qu’en simple déclin, les classes populaires sont en pleine recomposition depuis les années 1960 et la gentrification des quartiers populaires n’est pas un processus qui va de soi », analyse Anne Clerval.

La gentrification semble plus tardive en France que dans les pays anglo-saxons. L'histoire de Paris semble traversé par des rapports de classe.

Le centre urbain attire les flux de populations et de richesses. L’industrialisation permet le développement de la capitale. Des quartiers populaires émergent. Pourtant, les classes populaires ne semblent pas homogènes. Ensuite la bourgeoisie habite dans le centre-ville et se méfie du peuple, associé à la misère et à la révolte. Éric Hazan évoque le « Paris rouge » avec ses soulèvements populaires violemment réprimés.

De 1853 à 1870, le préfet Haussmann impose des aménagements urbains avec des objectifs politiques réactionnaires. Ses transformations visent à renforcer l’autorité de l’État et l’efficacité économique. « Hier comme aujourd’hui, la modernisation n’est pas neutre et a d’abord pour but de satisfaire les intérêts des dominants », observe Anne Clerval. Les grands boulevards et les monuments luxueux permettent d’imposer le spectacle et la marchandise dans les centres-villes. « Une fois que la ville est représentée uniquement comme un spectacle par le capital, elle ne peut plus être que consommée passivement, plutôt que créée activement par le peuple à travers la participation politique », analyse le géographe David Harvey. L’haussmanisation permet surtout de ramener au centre-ville les bourgeois et les commerçant effrayés par l’agitation populaire. Les transformations urbaines doivent empêcher de nouvelles explosions d’émeutes, alors favorisées par des rues étroites.

A partir des années 1950, la désindustrialisation favorise l’embourgeoisement de la capitale. Des zones industrielles sont créées en périphérie.

Pour Neil Smith, la mondialisation se caractérise surtout par le renforcement de la puissance économique des centres de commandement du système capitaliste et par le maintien dans la pauvreté des périphéries. Quelques métropoles contrôlent les flux de capitaux et la production de biens et de services à l’échelle internationale. Saskia Sassen étudie ses villes mondiales qui deviennent les centres de la finance internationale.

A partir des années 1980, les emplois de cadres et professions intellectuelles se développent fortement à Paris. De nombreuses professions très diplômées se concentrent dans la capitale. Une classe intermédiaire, entre bourgeoisie et prolétariat, exerce des fonctions d’encadrement à travers l’enseignement la culture, la communication. Selon Jean-Pierre Garnier, son rôle permet d’imposer l’idéologie dominante, avec l’ordre moral républicain et les dogmes néolibéraux, pour assurer la paix sociale.

L’État organise l’aménagement urbain de Paris. Les institutions favorisent la modernisation de la capitale avec le développement du secteur tertiaire. Ensuite, l’État permet à Paris de consolider son rôle de moteur économique de la France. Depuis les années 1960, l’État impose la capitale française comme l’un des centres majeurs de l’économie mondiale. La construction de quartiers d’affaires, de nouvelles voies de circulation, la rénovation de l’immobilier et le développement de centres de consommation illustrent cette politique. L’orientation sociale de la population est également transformée. La petite bourgeoisie intellectuelle remplace les classes populaires. Le Centre Georges Pompidou incarne cette culture branchée pour attirer la nouvelle petite bourgeoisie.

Les pouvoirs publics ne font pas de la gentrification leur objectif principal. En revanche, l’État s’attache à la modernisation et à la désindustrialisation de Paris. Les quartiers ouvriers sont réhabilités et les loyers augmentent. Les cafés et lieux de sociabilité ouvrière disparaissent.

Le logement demeure une marchandise appropriable et échangeable. Dès lors l’accès au logement devient toujours plus difficile. « C’est donc bien la propriété privée du logement et son utilisation pour accumuler du capital qui posent problème et empêchent de loger tout le monde, et non le contrôle des loyers », observe Anne Clerval. Mais la déréglementation des loyers relance la spéculation immobilière.

La géographie urbaine permet d’observer une division sociale de l’espace parisien. Chaque quartier abrite une classe sociale spécifique. Par exemple, l’ouest de Paris semble bourgeois tandis que l’est semble plus prolétaire. Des quartiers de la rive gauche abritent la petite bourgeoisie intellectuelle. La rive droite semble davantage occupée par la bourgeoisie d’affaires.

La capitale subit un embourgeoisement généralisé. Cadres et chefs d’entreprise colonisent Paris. Les boîtes branchées et les boutiques de luxe remplacent les librairies. Les vieux quartiers sont réhabilités. Les cadres et ingénieurs du privé remplacent les cadres du public. L’embourgeoisement s’impose donc dans tous les quartiers.

Des vieux quartiers se gentrifient lorsque des anciens bâtiments peuvent être achetés en raison de leur faible prix. Ses immeubles attirent des propriétaires qui apprécient le style architectural du XIXème siècle. Ensuite, la gentrification se développe lorsque les centres villes se vident des emplois ouvriers et de ses cafés pour devenir un centre de consommation pour cadres.

Des individus, davantage que les pouvoirs publics, impulsent le processus de gentrification. Des artistes réhabilitent un bâtiment vétuste et loué à bas prix pour en faire leur atelier. L’arrivée des artistes dans un quartier attire une nouvelle population avec leur public de la petite bourgeoisie intellectuelle.

Les entrepreneurs, comme les patrons de bar, participent activement à l’imposition de nouveaux lieux de consommation. Leurs terrasses privatisent l’espace public au détriment des jeunes des classes populaires qui ne peuvent plus s’installer sur la place nouvellement aménagée.

Les promoteurs immobiliers savent se faire moins visibles mais accélèrent ce processus de gentrification. « Si les artistes et les ménages sont le plus souvent des acteurs involontaires de la gentrification, les patrons de cafés à la mode et, plus encore, les différents acteurs de l’immobilier témoignent d’une réelle volonté de transformer les quartiers populaires, en s’appuyant sur les premiers », résume Anne Clerval.

La gentrification s’impose à travers le développement de nouveaux loisirs. Des quartiers bercés par la contre-culture deviennent des lieux branchés pour artistes à la mode. Des espaces de consommation culturelle se multiplient pour attirer la clientèle de la petite bourgeoisie intellectuelle. Les cinémas MK2, à l’origine maoïstes et contestataires, deviennent des centres de consommation pour cadres branchés.

Les quartiers en voie de gentrification sont présentés comme des modèles de mixité sociale. Pourtant, il semble important d’évoquer les rapports sociaux entre les différentes classes sociales dans ses quartiers.

Les habitants plus aisés développent de nouveaux modes de vie et de nouveaux modes de sociabilité. La gentrification provient de la petite bourgeoisie intellectuelle qui comprend les professions culturelles et les cadres du privé. Cette population ne se distingue pas par ses hauts revenus, certes plus élevés que la moyenne, mais surtout par son capital culturel.

Les gentrifieurs s’attachent à la centralité pour leur domicile et leur travail. Ils adoptent un mode de vie qui associe travail et loisirs. Leur quotidien se limite à leur logement et à leur quartier avec ses bars et ses restaurants. Les gentrifieurs imposent une sociabilité urbaine centrée autour de la cour intérieure de leur copropriété. Ils installent des équipements de loisirs, des plantes et organisent des repas entre voisins. Mais lorsque la population s’embourgeoise de plus en plus, les habitants aspirent au calme et à l’ordre. Les gentrifieurs vivent dans leur bulle et, lorsqu’ils s’ouvrent au quartier, ils ne cherchent à rencontrer que leurs semblables. Patrick Simon évoque une « sociabilité autocentrée » qui se caractérise par une très forte proximité sociale.

Les gentrifieurs font l’apologie de la mixité sociale. Pourtant, ils évitent de côtoyer les immigrés des classes populaires. Ils privilégient les magasins bios aux boucheries halal. Leur dégoût des épiceries arabes exprime une distance sociale. « Les discours valorisant la mixité sociale masquent mal une interaction limitée avec les autres classes sociales », observe Anne Clerval. La mixité sociale se réduit à un décor exotique au regard de cette nouvelle petite bourgeoisie. « Aujourd’hui les gentrifieurs ne participent toujours pas à la sociabilité de quartier avec les anciens habitants, mais ont développé leur propre sociabilité de quartier avec leurs semblables », résume Anne Clerval.

A partir de 2001, la gauche est élue à la mairie de Paris. Ce qui est loin d’être un paradoxe car le Parti socialiste s’appuie sur la nouvelle petite bourgeoisie comme base électorale.

La gauche évoque davantage la mixité sociale que la lutte contre l’embourgeoisement ou la gentrification. La construction de logements sociaux s’inscrit donc dans cette promotion de la mixité sociale. Mais les logements sociaux sont surtout réhabilités ou détruits. Leur nombre n’augmente donc pas. L’accès au logement dans la capitale demeure toujours plus difficile pour les classes populaires. De plus, tous les logements sociaux ne sont pas destinés aux classes populaires.

La gauche valorise les artistes et le spectacle à travers l’ouverture de lieux de consommation branchée. Le Point P, occupé en 2003 par des chômeurs et des sans papiers, est devenu un lieu à la mode pour la jeunesse de la petite bourgeoisie intellectuelle. « Le lien social tant prôné par la municipalité est censé se faire dans le divertissement, pas dans l’action politique, surtout quand celle-ci est extraparlementaire », ironise Anne Clerval. La géographe évoque d’autres lieux qui incarnent une culture consumériste et standardisée, destinée à la nouvelle petite bourgeoisie. La créativité ne doit pas devenir émancipatrice mais doit demeurer aseptisée. « A une conception militante de l’art et de la culture comme contre-pouvoir, la municipalité de gauche préfère la culture-spectacle, celle qui est montrée dans le cadre bien balisée des institutions culturelles », analyse Anne Clerval. Les évènements ridicules de la « Nuit blanche » ou de « Paris Plages » incarnent cette politique. La ville se réduit à un espace de consommation et de loisirs, à un décor qui renforce l’artificialisation de la vie. Cette politique ne remet pas en cause le pouvoir de classe de la culture légitime mais fabrique un Paris de carte postale touristique bien clinquante.

La mixité sociale élude les antagonismes de classe et ne s’oppose pas à la gentrification. « En effet, la "politique de la ville" s’apparente à un dispositif de pacification sociale sans remise en cause des racines des rapports de domination, et dans un contexte politique qui accentue l’inégale distribution des richesses depuis des décennies », analyse Anne Clerval.

Les classes populaires qui sont restées à Paris subissent des conditions de vie particulièrement dures. Des oppositions s’observent au sein même de cette catégorie sociale en raison de l’affaiblissement de la conscience de classe. Ceux qui sont nés en France stigmatisent les immigrés. L’idéologie libérale et individualiste, renforcée par la religion, imprègne également les populations immigrées.

Pourtant la gentrification, phénomène peu expliqué, génère une dépossession de l’espace public. Les quartiers populaires sont radicalement transformés, y compris leur ambiance et leurs liens de solidarités. En France, la gentrification demeure un processus lent et progressif qui ne semble pas immédiatement perceptible. Les résistances à ce phénomène restent donc peu nombreuses.

Des anarchistes s’opposent à l’embourgeoisement à travers des occupations de logements vides pour dénoncer « l’épuration commerciale ». Pourtant ce type de lutte rencontre peu d’écho dans la population. La résistance des classes populaires se traduit par la lutte pour le droit au logement ou contre les expulsions de sans papiers. Une solidarité s’organise contre les arrestations d’immigrés dans des quartiers comme Belleville. Mais ses résistances demeurent minoritaires et ne remettent pas en cause directement l’embourgeoisement.

L’opposition à la gentrification passe surtout par des pratiques quotidiennes. Par exemple des jeunes des classes populaires se retrouvent dans des quartiers embourgeoisés.

Les réflexions d’Anne Clerval permettent de rompre avec le discours militant. Ceux qui luttent contre la gentrification attaquent surtout les pouvoir publics et les sociétés d’économie mixte qui réhabilitent les quartiers. En revanche, ils n’osent pas critiquer les spectacles culturels et encore moins les magasins bios qui arborent un autocollant « Sortir du nucléaire ».

La domination de la nouvelle petite bourgeoisie, qui dirige les organisations d’extrême gauche, semble rarement remise en cause. « Ce sont principalement les ménages de la petite bourgeoisie intellectuelle en pleine expansion qui ont investi ses quartiers, en y devenant propriétaire et en contribuant à la transformation des logements, des commerces et de l’espace public », observe Anne Clerval.

Cette universitaire s’appuie surtout sur les travaux de la géographie urbaine qui connaît un réjouissant développement aux États-Unis. Inspiré par un marxisme critique, ce courant de pensée permet de remettre en cause la gentrification, mais aussi l’État et le capitalisme. Mais, aux États-Unis, l’embourgeoisement des villes semble beaucoup plus visible. Les pouvoirs publics participent ouvertement à ce phénomène, comme à New York. La critique radicale et la lutte contre la gentrification semble donc plus évidente qu’en France.

Le discours de la mixité sociale et du « vivre ensemble » permet de masquer la brutalité sociale des politiques municipales. Les rapports de classe et les intérêts antagonistes sont dissimulés. « La ville petite bourgeoise est un décor de spectacle, un objet de consommation, le tout dans un univers de plus en plus sécuritaire. Les quartiers populaires ne sont presque plus qu’un décor pour café branché, loin du creuset de mobilisation et d’émancipation qu’ils ont pu être », décrit Anne Clerval.

Cette universitaire observe bien que la dénonciation des politiques municipales semble limitée. Pour lutter contre la gentrification il faut remettre en cause le mode de production capitaliste de la ville. « La réappropriation de la ville supposerait le réinvestissement d’un champ politique plus large que la seule action publique telle qu’elle est définie par la démocratie libérale », analyse Anne Clerval.

Cette étude universitaire révèle ici également sa limite. Anne Clerval se place dans les pas d’Henri Lefebvre pour ouvrir la réflexion. Mais cet intellectuel marxiste ne se contentait pas d’observer uniquement les dernières évolutions de l’espace urbain. Comme les situationnistes, il développe une critique radicale de l’urbanisme et de l’emprise de la logique marchande sur la vie quotidienne. Le Groupe d'Action pour la Recomposition de l'Autonomie Prolétarienne (Garap) analyse la limite des travaux universitaires sur la ville. Cette analyse de la gentrification demeure une critique partielle et limitée. L'urbanisme participe à la séparation et à la destruction des relatiosn humaines. La lutte contre la gentrification et l'urbanisme doit alors directement remettre en cause tous les aspects de l’existence.

Repris sur Zones Subversives

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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 13:33
Est-il possible d'affirmer scientifiquement que les riches sont hautains et narcissiques?

Les cliches sur les riches et la bourgeoisie, et leur pretention ne manquent pas. Mais qu'en est il reellement. Voici les resultat d'une etude sur la vision du monde des bourgeois, qui curieusement pensent que s'ils sont riches c'est grace a leur qualites extraordinaires et non leur naissance ou le travail des autres comme par exemple celui de leurs salaries.

Une étude publiée dans "Personality and Social Psychology Bulletin" révèle des liens étroits entre richesse et narcissisme. Les CSP+ se regardent davantage dans le miroir et pensent "sincèrement mériter plus que les autres". Des conclusions étonnantes ? Pas pour les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, dont l’ouvrage "La violence des riches – Chronique d’une immense casse sociale" paraît le 12 septembre aux éditions La Découverte.

Si vous êtes né à Neuilly, vous n’y êtes pour rien. Pas plus qu’un jeune d’une famille pauvre élevé à Saint-Denis ou Aubervilliers. Mais cet aspect arbitraire des privilèges, la classe supérieure l’a transformé en dû et en mérite. L’héritage est maquillé en des qualités personnelles.

Se dire "je suis riche parce que je le vaux bien", c’est le résultat d’un travail idéologique et d’une escroquerie linguistique mis au point par les riches. Sur les plateaux des émissions télévisées, ils se présentent tous comme des bienfaiteurs de l’humanité, des créateurs de richesses et d’emplois – alors que c’est l’exact inverse puisque le système capitaliste est fondé sur le vol du travail d’autrui.

Des tailleurs Chanel comme une seconde peau

Physiquement aussi, ils cherchent à renvoyer l’image de conquérants. L’étude menée par le psychologue social Paul K. Piff, de l’université de Berkeley, aux États-Unis, pour illustrer les liens entre richesse souligne que plus l’on est aisé, plus l’on s’observe dans un miroir. Se regarder dans la glace, c’est effectivement se mettre en scène devant soi-même. Et le corps montré est le prix de transformations dès la naissance en corps de classe.

Avec leur posture droite, leur maintien, leur teint hâlé, leur manucure, leur élégance même dans une petite robe, les riches peuvent se regarder dans la glace avec plaisir. Face à eux, les personnes dont les mains sont abîmées par le travail ménager, qui grossissent parce qu’elles mangent mal et n’ont pas le temps de faire de l’exercice physique se disent :

"Je vois bien qu’ils me sont supérieurs."

Ce corps de classe exposé aux regards vient d’une éducation explicite et formalisée, d’un travail sur le corps précis, auquel aucun détail n’échappe. Une jeune femme de 20 ans nous expliquait porter les tailleurs Chanel comme une seconde peau : ainsi vêtue, elle était aussi à l’aise que dans un survêtement. Elle nous a confié un souvenir marquant. À quatre ans, sortant de la piscine où elle s’amusait avec ses cousins, elle a entendu sa grand-mère lui dire :

"S’il vous plaît, redressez vos sourcils."

Le miroir n’est pas le seul à renvoyer une image positive des qualités sociales que l’on reconnaît aux riches. Les possessions de ces personnes sont également très bavardes : le bel appartement ou l’hôtel particulier dans un beau quartier, le petit-déjeuner servi au lit, le fait que l’on puisse chaque jour jeter à terre sa serviette mouillée dans la salle de bain et en retrouver une propre et repassée le lendemain, le voiturier à chaque restaurant sont autant de signes qui disent au possédant qu’il est important, qu’on reconnaît sa "classe".

Leur crise est devenue la crise

Les individus ne faisant pas partie de cette classe sont comme tétanisés, ils oscillent entre acceptation de ces propos et non-consentement. Mais, pour le moment, cette guerre de classes idéologique, symbolique et sociale est gagnée par les riches. La preuve, on parle de la crise, alors qu’on devrait dire leur crise, pour bien montrer que nous n’y sommes pour rien.

Si cette crise est devenue la nôtre dès lors qu’il s’agit d’en payer les conséquences, c’est aussi en raison de ce champ de bataille sémantique ouvert par les riches pour stigmatiser et transformer les plus pauvres et la classe moyenne en ennemi intérieur. Les pauvres sont trop gros, des fraudeurs, des malades en trop grand nombre qui détruisent notre système de santé...

Et croyez-le bien : les riches n’ont pas mauvaise conscience, ils sont sincèrement persuadés de leur bon droit. Tout simplement parce qu’ils sont toujours entre eux et que cet entre-soi permanent induit ce sentiment de narcissisme. L’on ne peut que constater qu’au libéralisme économique et financier correspond un libéralisme individuel. Ce libéralisme psychique ne s’embarrasse pas de culpabilité : il est cynique et décomplexé vis-à-vis des valeurs morales et de l’argent.

Les conséquences de ce narcissisme sont énormes en termes de destruction d’emploi et de casse sociale. Avec notre travail critique de sociologues examinant ces rapports de classes et le processus de déshumanisation de notre société, nous espérons être des lanceurs d’alerte. S’il y avait partout des Snowden, des Irène Frachon, peut-être auraient-ils peur. Mais pour l’instant, c’est le sentiment d’impunité qui prédomine.

Par Monique Pinçon-Charlot
Sociologue

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