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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 14:50
Les milices poussent comme des champignons en Bulgarie

Les milices se multiplient en Bulgarie, comme dans un certain nombre de pays en crise en Europe. Voici un article sur les milices xénophobes eu Bulgarie...

Des « patrouilles citoyennes » se sont constituées pour effectuer des rondes dans les quartiers de Sofia fréquentés par les migrants. Un phénomène inquiétant qui va de pair avec la banalisation du discours néonazi et xénophobe, alors que la Bulgarie connaît une hausse spectaculaire du nombre de migrants, en provenance notamment de Syrie.
C’est un quartier au coeur de Sofia, que l’on a baptisé la « Petite Jérusalem ». On y trouve une église orthodoxe, la cathédrale catholique de la capitale, la grande mosquée de Sofia et la synagogue à deux cent mètres l’une de l’autre. Longtemps symbole de l’harmonieuse coexistence des différents cultes d’un peuple réputé pour sa tolérance, cet endroit est depuis deux mois une zone sensible.

Des centaines de musulmans, dont de nombreux migrants, se donnent habituellement rendez-vous à côté de la mosquée. Mais le spectacle de cette foule dérange désormais certains Bulgares. Plus alarmant encore : cette série d’agressions d’étrangers dans les rues adjacentes au cours des dernières semaines. L’une des victimes, un Bulgare d’origine turque, est toujours dans un état grave à l’hôpital.

Depuis deux semaines, des « patrouilles citoyennes » se sont invitées et prétendent assurer la sécurité aux alentours de la rue commerçante Pyrotska. Une vingtaine d’hommes en civil, la plupart âgés d’une vingtaine d’années, encadrés par trois ou quatre « chefs ». Seul signe distinctif : une bande tricolore aux couleurs du drapeau bulgare (blanc-vert-rouge) à la main droite. L’opération est supervisée par M. Boyan Rasate, la petite quarantaine, vieux ténor du choeur nationaliste qui, depuis quelques mois, abonde de nouvelles recrues qui vocifèrent contre les réfugiés. Le statut de ces « patrouilles citoyennes » est complètement illégal.

La mairie de Sofia précise qu’elle n’a pas autorisé les nationalistes à assurer l’ordre dans la capitale. De même, la police n’a pas donné son accord à cette « initiative citoyenne ». Ces patrouilles n’ont donc aucune prérogative légale, ne sont pas armées et ne devraient pas pouvoir intervenir, sinon en signalant aux autorités d’éventuelles infractions à la loi, comme tout citoyen peut le faire. « On ne peut pas les arrêter, ils ne font que se promener comme tous les autres », se justifient ainsi les policiers. Du coup, les forces de l’ordre ne font rien pour mettre fin au spectacle des nationalistes qui pavanent au milieu de la foule et attirent les caméras.

Depuis le début de la crise des réfugiés syriens qui affluent par centaines tous les jours, l’extrême droite a le vent en poupe. Le parti d’extrême-droite ATAKA est au parlement et ses deputés nationalistes assurent la majorité parlementaire au gouvernement Oresharski.

Eux-mêmes se font cependant déjà doubler à leur droite, où se créent des groupuscules nazis à la rhétorique débridée et anticonstitutionnelle. Ils font exploser l’audimat des principales chaînes de télévision qui se les arrachent. Ainsi peut-on entendre des propos flatteurs sur « les programmes sociaux de Hitler et ses idées intéressantes sur l’avenir de l’Europe » dans les émissions matinales...

Les débuts de M. Simeon Kostadinov, leader du Parti nationaliste de Bulgarie sur la chaîne de télévision publique ont suscité un vrai tollé de la part des spectateurs. Le jeune homme, auteur de « La Guerre tzigane contre nous », en a indigné plus d’un par ces philippiques à l’encontre des « islamistes barbus en burnous » qui fourmilleraient selon lui dans les rues de la capitale.

Mais si les réseaux sociaux se révoltent, la réaction contre la poussée fasciste dans la rue reste atone. La manifestation antinazie le 17 novembre n’a réunie que 300 personnes. Les tentatives de certaines ONG de saisir le parquet pour propos anticonstitutionnels dans les documents du Parti nationaliste de Bulgarie restent pour l’instant sans suite.

Selon l’historien Dimitar Bechev, la sensibilité des institutions et de la société bulgare aux problèmes racistes n’est pas encore éveillée. On peut voir aussi dans le manque de réaction de la part du parquet aux propos ouvertement racistes dans les médias une manoeuvre perfide ayant pour but de légitimer les nationaux-populistes d’ATAKA comme étant le moindre mal. C’est à leurs voix au parlement que tient la majorité actuelle, rappelle M. Bechev.

Acharnés à combattre le communisme, nous avons oublié l’autre monstre du XXe siècle – le fascisme, et voilà que la moitié des bâtiments à Sofia sont vandalisés de croix gammées, constate Ivaylo Ditchev, Professeur en anthropologie culturelle à l’Université de Sofia. Entre-temps, la rhétorique fasciste se banalise et gagne du terrain tout en modifiant les moeurs.

A en croire Ruslan Trad, jeune journaliste bulgaro-syrien, après les récentes agressions, les immigrés noirs et arabes préfèrent se promener en groupe. La plupart sont persuadés que les actes violents feront désormais partie du quotidien. Il n’est pas exclu qu’ils provoquent aussi des actes de rétorsion de la part des immigrés, ajoute M.Trad.

Alors que tous les effectifs de la police sont mobilisés à assurer l’ordre dans la capitale, en proie à une vague de protestations depuis le mois de juin, les « patrouilles citoyennes » se promènent librement à la tombée de la nuit le long de la rue piétonne et commencent à faire partie du paysage.

Récemment, une « contre-patrouille » d’activistes scandalisés a cherché à tirer au clair le statut des nationalistes en leur demandant des explications devant les caméras. « Mais je n’ai obtenu pour toute réponse que la menace chuchotée qu’on me casserait la gueule », confie le chef de cette patrouille anti-fasciste, Assen Genov.

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 08:45
Les nouveaux historiens réacs

L'histoire n'a jamais été neutre. De nos jours un paquet de soi-disant écrivains comme Lorant Deutsch, aussi mauvais acteur qu'écrivaillon tentent de revoir l'histoire de France au Karscher. Sous des aspects fun, ce sont souvent des pamphlets islamophobe ou des réhabilitations de la colonisation qui passent.

Rappelons le, Lorant Deutsch, sympathique lascar dans Le ciel, les oiseaux et ta mère de Djamel Debbouze, est aussi militant royaliste de choc.

Quand le comédien Lorànt Deutsch publie en 2009 son ouvrage Métronome, son rapide succès public surprend. Décliné par la suite sur presque tous les supports possibles, l’ouvrage est devenu un phénomène de société. Les journalistes sont pour la plupart dithyrambiques, saluant le travail d’un passionné d’histoire sachant, au contraire des historiens professionnels, se mettre au niveau du public pour lui transmettre sa passion et faire œuvre de vulgarisation. Aucune voix discordante, à part quelques remarques sur des erreurs factuelles, ne se manifeste.

Cette absence d’analyse critique, conjuguée au succès populaire, au soutien de grands médias, y compris publics, et à la caution de certains politiques (comme le maire de Paris) a contribué à installer Lorànt Deutsch comme une véritable autorité historienne. Et c’est un réel problème.

Il n’est pas question ici d’opposer l’histoire des amateurs passionnés à l’histoire scientifique des professionnels. L’histoire appartient à tout le monde. Le passé n’est pas un privilège réservé aux seuls historiens universitaires. N’est-il pas majoritairement découvert par le grand public à travers les romans, les BD, les films, les fêtes historiques, les jeux de rôles, et, plus récemment, les jeux vidéo, autant de médias bien plus aisés d’accès que les études remplies de notes de bas de pages et de références érudites?

Doit-on en conclure qu’il y aurait une opposition irréductible entre ouvrages à vocation scientifique et œuvres de fiction? Non, car ces dernières peuvent être aussi des portes d’entrée vers l’histoire savante. Avec sa série Kaamelott (2005-2009), Alexandre Astier propose sa vision de la légende arthurienne, plus proche de «Donjons et Dragons»et de Michel Audiard que de Chrétien de Troyes. Néanmoins, il adjoint à la plupart des DVD des documentaires dans lesquels interviennent des spécialistes de la littérature, de l’histoire et de l’archéologie médiévale.

En 1956, dans Si Paris m’était conté, Sacha Guitry avait encore une autre approche des rapports entre histoire et fiction. Lisant un ouvrage d’histoire devant un parterre de jeunes gens, il moquait les précautions prises par: «C’est bien, c’est bien, c’est même très très bien, mais il est évident qu’à la longue ça pourrait devenir ennuyeux. – Mais pourtant, c’est ainsi qu’on nous apprend l’histoire», lui répond un de ses auditeurs bien dépités.

Guitry approuve et reprend: «Ce qui doit vous agacer […] ce sont les précautions que prend cet agrégé d’histoire licencié ès lettres, et ennemi des licences. Toutes ces phrases commencent en effet par “on suppose”, “on présume”, “on prétend”, “on a tout lieu de croire”.» Jetant alors négligemment le livre, Guitry se lançait dans une histoire de Paris, «le Paris d’autrefois, mais regardé avec des yeux d’aujourd’hui et conté de mémoire», ajoutant: «Oui, mais seulement, je vous en préviens, ma mémoire est fantasque. Elle a ses préférences et elle est voyageuse.» Guitry opposait clairement son discours, sa fiction, avec l’histoire scientifique, l’histoire qui enquête, qui prend des précautions. Il pouvait se permettre de raconter n’importe quoi, le spectateur était prévenu: le contrat fictionnel, pour employer un terme littéraire, établi.

Lorànt Deutsch se situe à l’opposé de la démarche d’Astier et des précautions de Guitry. Il prétend partir de l’histoire, mais aboutit à une fiction, sans avertir ses lecteurs de sa démarche, jouant l’ambiguïté. Il tord les faits, invente, tout en revendiquant haut et fort l’authenticité et la véracité de ses propos. On nous objectera que le récit historique n’est pas réduit à un énoncé de faits, et que l’historien, pour émettre des hypothèses, se doit d’imaginer les historiens de garde au-delà des seuls documents bruts qu’il étudie. Mais par respect du contrat tacite passé avec le lecteur, ces si nécessaires moments de spéculations et d’échappées sont notifiés par l’emploi du conditionnel ou des formules qui irritaient tant Guitry.

Plus encore que sa méthode, ce sont ses intentions et l’histoire qu’il défend qui posent question. Auréolé de son succès populaire, le travail de Lorànt Deutsch n’a quasiment pas été soumis à une étude critique, et a même bénéficié d’une grande mansuétude de la part des médias et des politiques. Or, son discours, si justement on prend la peine de l’analyser, rejoint une habitude bien ancrée depuis la construction des nations au XIXe siècle, qui consiste à envisager le passé d’un pays non pas comme un terrain d’analyse historique, mais comme un grand récit romanesque, avec un cadre bien défini, un début, une fin, des héros et des méchants.

Il s’agissait alors de faire vibrer le sujet puis le citoyen, et non de le faire réfléchir, afin qu’il adhère à l’idée d’une France éternelle, toujours unie, «toujours déjà là», pour reprendre l’expression de l’historienne Suzanne Citron. C’est ce que les historiens, après elle, ont désigné sous les vocables de «mythe national» et plus communément, de «roman national».

Or, on assiste depuis quelques années à un retour en force de ce type de récit identitaire et rétrograde porté soit par des politiques, comme Patrick Buisson – ancien directeur de Minute et ex-conseiller politique de Nicolas Sarkozy –, soit par des personnalités du monde du spectacle et des médias se targuant un peu facilement de faire de l’histoire, comme Lorànt Deutsch. Ils voudraient figer à jamais le récit historique dans un cadre national et héroïque et en empêcher toute remise en cause.

Tels des chiens de garde, pour reprendre l’image de Paul Nizan, ils sont les historiens de garde d’un trésor poussiéreux qui n’est que le fruit d’une inquiétude face au passé qu’eux seuls n’arrivent pas à assumer. Alors que le monde s’ouvre, que d’autres continents et d’autres pans des sociétés émergent et induisent de nouvelles découvertes historiques, ne doit-on pas s’inquiéter des conséquences du succès d’une histoire à ce point repliée sur elle-même?

Repris sur les historien de garde.

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