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18 avril 2014 5 18 /04 /avril /2014 09:00
Daniel Guérin, penseur du communisme libertaire

Historien engagé, socialiste révolutionnaire (marxiste et libertaire), anticolonialiste, antifasciste, antiraciste, antimilitariste, militant de l’émancipation homosexuelle… Il n’est pas aisé de résumer en quelques mots la contribution intellectuelle et militante de Daniel Guérin au mouvement révolutionnaire, telle a été la diversité de ses engagements pendant plus d’un demi siècle.

Né le 19 mai 1904, Daniel Guérin sera de tous les combats, jouant souvent un rôle de pionnier. Son Fascisme et grand capital de 1936, par exemple, rédigé sur le conseil de Simone Weil et d’autres amis antifascistes et inspiré par les travaux de Léon Trotsky, d’Andres Nin et d’Ignazio Silone, sera une des premières études scientifiques du fascisme, et reste pour beaucoup son chef-d’œuvre.

Son étude controversée de la Révolution française, La Lutte de classes sous la Première République, 1793-1797, parue en 1946, provoque un tollé parmi les historiens universitaires (et surtout communistes ou communisants) mais est pour Jean-Paul Sartre« un des seuls apports enrichissants des marxistes contemporains aux études historiques ».

Daniel Guérin est aussi un anticolonialiste de la première heure, ayant compris très tôt, après des séjours au Liban, en Syrie, à Djibouti et au Vietnam en 1927-1929, les réalités sociales du colonialisme et l’hypocrisie de la prétendue « mission civilisatrice » de la République française.

Il joue un rôle instigateur dans le mouvement de soutien aux nationalistes et révolutionnaires marocains et algériens, et figure par exemple parmi les premiers signataires du « manifeste des 121 » de 1960, qui déclare sans ambages que « la cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres ».

Quand François Mitterrand (alors ministre de l’Intérieur) déclare que « l’Algérie, c’est la France », Guérin lui répondra (à un meeting organisé par le Comité d’action des intellectuels contre la poursuite de la guerre en Afrique du Nord) que « l’Algérie n’a jamais été la France ».

Á l’époque où se déclenche la Guerre froide, Guérin fait également partie de la minorité d’intellectuels de gauche qui rejette l’hystérie belliciste provoquée par la guerre de Corée en refusant de s’allier à Moscou ou à Washington et en revendiquant « le droit d’attaquer le Big Business, sans pour autant cesser d’être, depuis toujours, un adversaire déclaré du régime stalinien et de la politique extérieure russe ».

Et en 1968, Guérin est parmi les premiers à reconnaître l’importance et la signification du mouvement de mai, faisant publier dans Le Monde du 8 mai, avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Michel Leiris et Colette Audry, une déclaration faisant appel à « tous les travailleurs et intellectuels à soutenir moralement et matériellement le mouvement de lutte engagé par les étudiants et les professeurs ».

Dans les années 1960 également, Guérin fait figure de pionnier de l’émancipation homosexuelle et il est considéré dès 1968 comme le « grand-père » du mouvement gay. Pierre Hahn, militant en vue du mouvement de libération homosexuelle et un des fondateurs du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR), dans lequel Guérin a milité aussi un temps, a écrit dans une lettre à son ami : « Plus qu’à nul autre, les homosexuels vous sont reconnaissants, et moi le premier, pour tout ce que vous avez fait en leur faveur et à une époque où le dire jetait un discrédit sur son auteur. [...] Mais ce que vous nous avez apporté de plus précieux, c’est une œuvre tout à la fois politique (dans le sens traditionnel) et sexologique : c’est La Peste brune plus Kinsey ; c’est Fourier et les textes contre le colonialisme ; c’est enfin vous-même ».

Pour une révolution totale

Figure donc sans doute unique de la gauche française de son époque. Mais il est important de souligner qu’il ne s’agissait pas pour Guérin d’engagements distincts, sans rapport les uns avec les autres. Pour Guérin, le but était une « révolution totale » qui viserait l’exploitation capitaliste et coloniale et l’aliénation de l’individu.

Interviewé en 1969 dans Le Monde, au moment de la parution de son Essai sur la révolution sexuelle après Reich et Kinsey et de son Pour un marxisme libertaire, on lui a demandé si cette simultanéité d’édition représentait une coïncidence. Il a répondu catégoriquement « non » : « Les thèmes traités sont unitaires. La critique libertaire du régime bourgeois ne va pas sans une critique des mœurs. La révolution ne peut être seulement politique. Elle doit être, en même temps, culturelle, sexuelle et transfigurer ainsi tous les visages de la vie et de la société. »

Syndicalisme et pivertisme

Ses premiers engagements l’ont conduit au Parti socialiste-SFIO, aliéné par la mentalité petite-bourgeoise de trop de ses militants, par son électoralisme et son anticommunisme foncier, et qu’il a bientôt quitté.

Après un passage chez les syndicalistes révolutionnaires regroupés autour de Pierre Monatte et de Maurice Chambelland (avec lesquels il a participé à la campagne pour la réunification du mouvement syndical), Guérin retrouve le chemin de la SFIO en 1935 et joue un rôle dirigeant dans la Gauche révolutionnaire de Marceau Pivert, puis dans le Parti ouvrier socialiste et paysan (PSOP) après 1938.

Bien que grand admirateur de Trotsky avec qui il était d’accord sur la plupart des grandes questions stratégiques, et proche des trotskystes « entristes »‚ qui s’opposaient à la direction de la SFIO et du PSOP, Guérin rejetait néanmoins la conception bolcheviste du rôle du parti : « L’organisation révolutionnaire qui a fait défaut en juin 36, ce n’était pas, je le crois, une direction autoritaire, émanant d’un groupuscule ou d’une secte mais un organisme de coordination des conseils ouvriers, issu directement des entreprises occupées. L’erreur de la Gauche révolutionnaire, ce ne fut pas tant d’avoir été incapable, dans son impréparation, de se transformer en un parti révolutionnaire du type léniniste ou trotskyste, mais de n’avoir pas su, ou pu, aider la classe elle-même à trouver, face à l’imposture du [gouvernement de] Front populaire, sa forme propre de pouvoir. »

Une gauche « divisée, ossifiée, négative, la vue bornée par d’énormes œillères »

Son expérience de la gauche française dans les années 1930 et pendant la guerre, les recherches qu’il avait effectuées sur les origines du fascisme l’ont amené à rejeter la sociale-démocratie et le stalinisme comme stratégies pour triompher sur le fascisme et pour empêcher la guerre. Elles l’ont convaincu que « l’antifascisme ne triomphera que s’il cesse de traîner à la remorque de la démocratie bourgeoise ».

Ses recherches sur les conflits de classe au sein du camp républicain sous la Première République l’ont amené à des conclusions similaires, puisqu’elles ont mis l’accent sur les conflits d’intérêt entre la bourgeoisie avancée et les « bras nus » : les interprétations bourgeoise, social-démocrate et stalinienne de la Révolution française avaient comme but, selon Guérin, de justifier l’« union nationale » et d’« enchaîner le prolétariat au char croulant de la bourgeoisie ».

La critique du " jacobinisme " marxiste

La Lutte de classes sous la Première République représente justement un tournant idéologique, et un premier pas vers une critique du marxisme classique.

Guérin confiera à Marceau Pivert dans une lettre de novembre 1947 : « Le livre est une introduction à une synthèse de l’anarchisme et du marxisme-léninisme que je voudrais écrire un jour. » Selon C.L.R. James, écrivain marxiste trinidadien et ami de Guérin, ce livre « est imprégné de l’expérience et de l’étude du plus grand événement de notre temps : l’éclosion puis la dégénérescence de la Révolution russe, et animé par un souci implicite : comment les masses révolutionnaires peuvent-elles éviter l’écueil redoutable de la bureaucratie, de la résurgence d’un nouveau pouvoir d’État oppressif et établir la démocratie directe ? »

La conception de la dictature d’un parti se substituant à la classe ouvrière, agissant par procuration en son nom, représente pour Guérin le « point central d’un mécanisme au terme duquel la démocratie directe, le self-government du peuple, se mue, graduellement, par l’instauration de la "dictature" révolutionnaire, en la reconstitution d’un appareil d’oppression du peuple ».

Pour Guérin, l’embryon de la dictature stalinienne est à trouver dans certaines conceptions de Lénine et il considère que le socialisme doit s’en débarrasser pour retrouver son « authenticité libertaire ».

Le virage libertaire

Ce tournant politique et idéologique chez Guérin représente le début d’une évolution qui sera continué par La Révolution francaise et nous (rédigé en 1944), Quand le fascisme nous devançait (1954), Jeunesse du socialisme libertaire (1959), Front populaire, révolution manquée (1963), Rosa Luxemburg et la spontanéité révolutionnaire (1971).

Dans les années 1950, comme beaucoup d’anciens trotskystes ou de trotskystes « critiques », aussi bien que d’anciennes et anciens militants de la Fédération communiste libertaire (FCL, qui disparaît en 1956 sous le coup de la répression étatique), Guérin avait appartenu, « sans trop y croire », à des formations socialistes de gauche : la Nouvelle gauche, l’Union de la gauche socialiste et, brièvement, le Parti socialiste unifié. Mais son évolution idéologique finira par l’amener à militer dans les rangs du mouvement communiste libertaire.

En 1984, Guérin repensera au voyage de 1930 en Indochine et à la petite bibliothèque qu’il avait emportée avec lui : Marx, Proudhon, Sorel, Lagardelle, Pelloutier, Lénine, Trotsky… De tous, c’est Marx dont l’effet avait été « prépondérant ». La lecture de Marx, expliqua-t-il, lui avait « dessillé les yeux, dévoilé les mystères de la plus-value capitaliste, enseigné le matérialisme historique et dialectique ».

Vingt-cinq ans plus tard, Guérin redécouvrira Bakounine, dont la lecture a eu l’effet d’une « seconde opération de la cataracte » et l’a rendu « pour toujours allergique à toute version de socialisme autoritaire, qu’il se nommât jacobin, marxiste, léniniste, trotskyste ». Cette découverte coïncide avec les événements hongrois de 1956, le XXe congrès du PCUS et la banqueroute du molletisme, et l’incite à relire les critiques de Lénine formulées par Rosa Luxemburg et à étudier la tradition conseilliste, deux influences importantes.

Pour une synthèse du marxisme et de l’anarchisme

Se disant « socialiste libertaire » dans les années 1950 avant de passer par une phase « anarchiste » dans les années 1960, dès 1968 Guérin prônait le « marxisme libertaire », étiquette qu’il remplacera peu après par « communisme libertaire » pour ne pas s’aliéner ses nouveaux camarades anarchistes.

En 1969, avec Georges Fontenis parmi d’autres, Guérin lance le Mouvement communiste libertaire (MCL), et finit par adhérer à l’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL) en 1980. Il y restera jusqu’à la fin de ses jours en 1988. « La spécificté du communisme libertaire, écrit Guérin en 1984, tel que j’en esquisse les contours, est intégrationniste et non microcosmique, elle se voudrait synthèse, voire dépassement, de l’anarchisme et du meilleur de la pensée de Marx. »

Guérin était tout aussi critique de l’anarchisme « traditionnel » qu’il l’était des marxismes autoritaires et dogmatiques, et notamment de son rejet de l’organisation, de sa compréhension simpliste et manichéenne du rôle de l’État dans des sociétés modernes, industrielles, de plus en plus internationalisées.

Guérin admirait Proudhon, dans lequel il voyait le premier théoricien de l’autogestion, tout en rejetant certains aspects réactionnaires de sa pensée sur les femmes, les homosexuels… (Cf son Proudhon, oui et non). Mais il appréciait surtout Bakounine, qui pour Guérin avait beaucoup en commun avec Marx, qui représentait un anarchisme révolutionnaire ouvrier, et qui avait prévu de façon remarquable les dangers d’un communisme étatiste. Enfin, il trouvait des qualités à Max Stirner, notamment son intérêt pour la libération sexuelle et à sa détermination à attaquer les préjugés bourgeois.

Guérin s’intéressait aussi beaucoup aux idées d’un Diego Abad de Santillán sur l’autogestion économique « intégrée » et aux propositions du collectiviste belge César de Paepe sur l’organisation nationale et transnationale des services publics dans un cadre libertaire.

D’autre part, le communisme libertaire ne rejetait pas les aspects du marxisme qui semblaient à Guérin valables et utiles :
le concept de l’aliénation, compatible avec l’accent anarchiste sur la liberté individuelle ;
l’insistance avec laquelle il considérait que l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ;
l’analyse de la société capitaliste ;
la dialectique historique matérialiste.

Guérin était convaincu qu’un communisme libertaire représentant une synthèse du meilleur du marxisme et de l’anarchisme serait beaucoup plus intéressant aux « travailleurs avancés » que « le marxisme autoritaire dégénéré ou le vieil anarchisme démodé et fossilisé ». Mais il insistait qu’il n’était pas théoricien, que le communisme libertaire n’était encore qu’une approximation et non un dogme. « La seule conviction qui m’anime, disait-il, est que la future révolution sociale ne sera ni de despotisme moscovite ni de chlorose social-démocrate, qu’elle ne sera pas autoritaire, mais libertaire et autogestionnaire, ou, si l’on veut, conseilliste. »

Par David Berry, historien (université de Loughborough)

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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 12:39
Une histoire de la lutte des classes aux USA

La lutte des classes ce n'est pas que des gentilles manifestation et défilés pacifiques. Face à la violence de l'état mais aussi souvent du patronat, notre camp, celui des exploités, réplique. Voici un retour sur l'histoire de la lutte des classes aux USA au début du 20eme siècle

Les luttes ouvrières sont souvent marquées par leur violence. En 2010, dans une période de licenciements, les séquestrations de patrons semblent effrayer la bourgeoisie. C’est dans ce contexte que les éditions Sao Maï traduisent un livre de Louis Adamic sur l’histoire de la violence de classe en Amérique. La CGT, principal syndicat en France, semble avoir délaissé la grève générale et le sabotage préconisés au début du XXème siècle, pour se conformer à la routine bureaucratique. Au contraire, l’histoire de la classe ouvrière permet de puiser une variété de pratiques de luttes qui ne s’embarrassent pas de la légalité bourgeoise.

Le texte de Louis Adamic, publié en 1931, évoque la relation entre lutte ouvrière et criminalité aux États-Unis. Dans une société qui valorise la réussite et la concurrence, le prolétariat ne peut que s’appuyer sur l'illégalisme pour survivre. Un véritable syndicat du crime peut alors se développer. La criminalité peut également reposer sur un refus du travail et de l’usine.

A partir de 1830, de nombreux immigrés débarquent en Amérique. Mais ils doivent subir d’ignobles conditions de travail pour pouvoir survivre.

Mais, dans les années 1860-1870, les Molly Maguires se développent comme une société secrète. Leur nom provient de la veuve Molly Maguire qui s’oppose au système de rente dans l’Irlande de 1840. Ses groupes de mineurs irlandais n’hésitent pas à utiliser la violence face à leurs oppresseurs. « Tout propriétaire, tout agent assermenté expulsant un paysan du coin pour cause d’impayés, prenait le risque de signer du même coup son arrêt de mort », décrit Louis Adamic. Les patrons et propriétaires des mines vivent dans la terreur.

Les tabassages et assassinats sont décidés en réunions et des personnes, étrangères à la région du propriétaire, sont désignées pour réaliser l’exécution. Mais des détectives privés parviennent à identifier des meurtriers. La répression s’abat alors sur les Molly Maguires à partir de 1870. Cette violence ouvrière s’oppose à la brutalité de l’exploitation capitaliste. « En éliminant physiquement des propriétaires miniers et des employeurs, en en tabassant des centaines d’autres, ceux-ci améliorèrent, sans aucun doute possible, les conditions générales de travail », estime Louis Adamic.

A partir de 1860 s’amorce la période de l’industrialisation et du capitalisme triomphant. « La nation tout entière se lançait à la croisade de la réussite matérielle. Réussir à tout prix ! Au diable perdants et minables ! », décrit Louis Adamic. La population intériorise cette idéologie capitaliste. La concurrence sur le marché du travail prime sur la solidarité de classe. A partir de 1873, une crise économique se développe. Les réductions de salaires déclenchent des grèves. Mais les manifestations de rue sont violemment réprimées. En 1877, une grève des Chemins de fer éclate spontanément. La grève s’étend et les affrontements avec la Garde Nationale se multiplient. Dans un dépôt ferroviaire, des wagons sont incendiés. Dans de nombreuses villes, comme Baltimore ou Chicago, des émeutes ouvrières éclatent. Des troupes anti-émeutes de 20 000 hommes ont du être mobilisées pour mettre un terme au mouvement. Ses insurrections spontanées font peur à la bourgeoisie, plus facilement rassurée par des mouvements encadrés et dirigés qui peuvent être plus facilement démantelés. « Le prolétariat montrait tout simplement de puissantes dispositions à subvertir l’ordre existant », souligne Louis Adamic.

Durant les années 1870, la ville de Chicago abrite plusieurs mouvements révolutionnaires. Le Parti Socialiste Ouvrier (PSO) comprend un courant radical qui se réfère aux idées marxistes mais aussi anarchistes. En 1881 est créé le Parti Socialiste Révolutionnaire qui préconise la propagande par le fait. Johann Most, qui exalte l’attentat contre les autorités, devient le chef de file des mouvements radicaux. Contre les politiciens et les exploiteurs, il se réfère à la pensée de Bakounine. « Qu’on s’en remette à l’inextinguible esprit de destruction et d’annihilation qui fait aussi le printemps d’une vie nouvelle. La joie de la destruction est une joie créatrice ! », estime Bakounine. Les combats de rue et la dynamite sont valorisés par Most.

Les organisations ouvrières se multiplient. La grève ou le boycott peuvent permettre de négocier avec les patrons des améliorations des conditions de travail. Mais, face à la brutalité de l’exploitation capitaliste, la violence est considérée comme la seule arme des travailleurs. Les échecs électoraux alimentent la radicalisation des partis ouvriers et le développement de l’anarchisme à Chicago. Avec la crise industrielle de 1884-1886, la tension sociale s’intensifie. La journée de 8 heures devient le mot d’ordre qui fédère l’ensemble du mouvement ouvrier, y compris les anarchistes qui rejettent les revendications réformistes.

A Chicago, en 1886, un meeting est organisé sur la place de Haymarket. Sous une pluie battante, à la fin du meeting, la police décide d’intervenir pour évacuer les lieux. Face à cette provocation, une bombe explose. Les troupes policières tirent alors sur la foule des travailleurs. Les anarchistes répliquent également par des coups de feu. Mais cet épisode s’achève par un véritable massacre avec de nombreux morts, surtout du côté des travailleurs. Après ce carnage, la répression s’abat sur les anarchistes. La bourgeoisie, mais aussi les ouvriers, dénoncent la violence révolutionnaire. Des anarchistes sont jugés non pour leurs actes, mais pour leurs discours et leurs idées.

Mais, au moment de l’exécution plus d’un an après, les condamnés apparaissent comme des martyrs héroïques. Pourtant, après la bombe de Haymarket, le mouvement ouvrier s’effondre et toutes les grèves lancées par des syndicats échouent. L’American Federation of Labor (AFL) est créé. Mais ce regroupement syndical repose sur des bases corporatistes et réformistes. Si leur direction semble médiocre et corrompue, les syndicats fourmillent d’anarchistes.

Pour s’opposer au mouvement ouvrier révolutionnaire, l’État et les patrons limitent le cadre de la légalité. Les moyens légaux deviennent alors de plus en plus limités pour les travailleurs. La moindre pratique de lutte incite alors à sortir de la légalité.

Tandis que la bourgeoisie vit dans l’opulence et le luxe jusqu’à la vulgarité, la population subit la misère et la faim. Dans ce contexte, en 1893, le politicien populiste Coxey organise une marche de chômeurs vers Washington. Mais cette agitation ne débouche vers aucune perspective politique.

En 1894, une importante grève éclate dans le secteur des chemins de fer à Chicago. Ce mouvement a, de nouveau, effrayé la bourgeoisie.

Des grèves éclatent également à l’Ouest des États-Unis. La Fédération des mineurs de l’Ouest (FMO) s’inscrit dans une ligne politique très radicale. La violence révolutionnaire est alors banalisée, surtout lorsque les patrons engagent des milices privées. « Les dirigeants eux-mêmes courraient d’une bataille à l’autre, faisant aussi bien le coup de poing que le coup de feu contre les briseurs de grève et les troupes d’État », décrit Louis Adamic.

En 1905, la FMO se fédère avec d’autres syndicats de lutte pour créer l’IWW (Industrial workers of word). Cette organisation révolutionnaire vise l’abolition du capitalisme pour permettre aux travailleurs de reprendre la maîtrise de leurs conditions de vie. Mais cette nouvelle structure ne s’appuie pas sur une ligne politique claire. Des marxistes, des anarchistes et des partisans de l’action directe côtoient des politiciens opportunistes. Mais, en 1908, la tendance révolutionnaire prédomine. Pour l’IWW, la lutte des classes doit « se poursuivre jusqu’à ce que les travailleurs du monde entier, organisés en une seule classe, prennent possession de la terre et de l’outil de production, et abolissent le salariat ». Les wobblies, comme se nomment les membres de l’IWW, lancent de nombreuses grèves. Les wobblies se distinguent du syndicalisme corporatiste et réformiste de l’AFL.

Gombers, le dirigeant de l’AFL, estime que le syndicalisme doit se conformer au cadre de la légalité. Il s’oppose à la violence et au sabotage pratiqué par les révolutionnaires. Soucieux de respectabilité, Gombers ne cesse de dénoncer les émeutiers. Mais l’AFL n’hésite pas à pratiquer la violence et à faire usage de la dynamite. Pourtant, son discours discrédite les pratiques de lutte. « Cette duplicité des chefs s’exerçait, pour moi, au détriment non pas des syndicats pratiquant la destruction de biens, la brutalité et le meurtre, qu’au mouvement syndical tout entier », estime Louis Adamic. Les ouvriers du bâtiment, notamment les sidérurgistes, ont très souvent recours à la violence. Le patronat de ce secteur n’hésite pas à recruter des criminels pour briser les grèves. Seule la destruction de ponts et de bâtiments permet de faire plier les patrons. De 1905 à 1910, les salaires augmentent à coups de dynamite.

Otis, puissant patron, est également propriétaire du Los Angeles Times. Il déteste les syndicats et fait régner la terreur capitaliste. L’AFL décide alors de faire exploser le siège du Los Angeles Times. Mais la bombe détruit tout le bâtiment et vingt personnes meurent dans l’explosion. Otis accuse immédiatement les syndicalistes, hostiles à la liberté d’entreprendre et à la grandeur de Los Angeles. En revanche, les syndicalistes dénoncent une fuite de gaz et la vétusté de l’immeuble qui explique un tel carnage. En effet, l’objectif de l’explosion n’était pas de tuer.

L’arrestation des frères McNamarra, les dirigeants de l’AFL, devient une affaire politique qui symbolise la lutte des classes. « Celle-ci était désormais l’affaire de la lutte toute entière du capitalisme et de sa cupidité contre les travailleurs », résume Louis Adamic. Tous les dirigeants de l’AFL, une grande partie de la population et même le candidat socialiste à la mairie de Los Angeles, soutiennent les inculpés.

Mais les accusés doivent plaider coupables. Ils avouent avoir organiser l’explosion, sans la volonté de tuer. Dès lors, seuls les révolutionnaires et l’IWW continuent à défendre les frères McNamara et la pratique du dynamitage. En revanche, les dirigeants socialistes dénoncent le syndicalisme et la violence.

Plusieurs dirigeants de l’AFL sont également confrontés à la justice. Ce syndicalisme réformiste ne peut plus s’appuyer sur sa respectabilité. Le mouvement syndical de l’AFL s’effondre progressivement.

De 1912 à 1917, la guerre de classe devient beaucoup plus violente. Mais c’est le patronat qui est à l’offensive. Des briseurs de grèves, armés, n’hésitent pas à tirer pour tuer des ouvriers désarmés et pacifistes.

A San Francisco, l’effondrement du syndicalisme renforce le mouvement révolutionnaire qui s’approprie les pratiques les plus explosives. Thomas Mooney, pilier de la Fédération du Travail de Californie (FTC), illustre cette contestation aux accents libertaires. Dans un contexte de guerre mondiale, bercé par le patriotisme et le militarisme, une bombe explose à côté d’un cortège d’uniformes et de drapeaux. Tom Mooney est alors arrêté, avec d’autres anarchistes partisans de l’action directe. Billings et Mooney passent 23 ans en prison avant d’être finalement innocentés. Le patronat n’hésite évidemment pas à exploiter la tragédie de l’explosion pour mieux servir ses intérêts et discréditer le mouvement ouvrier révolutionnaire.

En dehors des wooblies, tous les syndicalistes défendent l’intervention militaire des États-Unis dans la guerre mondiale. Le mouvement ouvrier semble laminé. « Cette longue série de défaites avait fini par détruire chez les syndicalistes toute confiance en leur propre capacité de résistance au pouvoir, et à la détermination, de leurs adversaires », décrit Louis Adamic. Mais, en 1917, l’offensive ouvrière reprend. Le secteur de la sidérurgie, grâce à ses pratiques radicales, reste fortement organisé. William Foster tente de lancer une vague d’agitation dans la métallurgie, un secteur clé du capitalisme. Malgré la modération de l’AFL, en quête permanente de respectabilité, les ouvriers désirent déclencher une grève. Les soulèvements locaux se multiplient. Les syndicalistes, au contraire, voulaient simplement négocier avec les patrons. « Nous avons essayé de trouver une porte de sortie, en vain. Cette grève ne vient pas des dirigeants. Elle vient de la base syndicale », s’excusent les bureaucrates syndicalistes dans une lettre envoyée au président des États-Unis. Les capitalistes recrutent des milices armées pour briser la grève. Les ouvriers restent pacifistes et non-violents. Face à la peur et à la répression, ils doivent reprendre le travail. La guerre de classe ne peut que s’accompagner de la violence et du son de l’explosion.

L’IWW parvient à s’implanter et à développer un syndicalisme de lutte. Mais les wooblies sont constamment traqués par des truands au service des patrons. Pour défendre leur local de Centralia, les wooblies doivent même répliquer par des coups de feu.

En 1920, Sacco et Vanzetti sont arrêtés pour meurtre et pour braquage. Ses deux anarchistes sont surtout suspects car ils participent activement aux luttes sociales. « Cet homme pourrait, certes, ne pas avoir commis le crime qui lui est aujourd’hui attribué, mais il est toutefois moralement coupable en tant qu’ennemi des institutions existantes », déclare même le juge qui condamne Vanzetti. L’exécution des deux anarchistes vise à terroriser tous les mouvements de contestation.

De 1911 à 1920, la violence de classe provient presque toujours des intérêts capitalistes. Ses massacres appellent à une vengeance du prolétariat.

A partir des années 1920, c’est le patronat qui semble à l’offensive. Les républicains accèdent au pouvoir et le contrôle des syndicats sur le marché du travail est brisé. Le mouvement ouvrier semble s’effondrer.

La criminalité devient alors la seule solution. Les syndicats recrutent des « racketteurs » qui sont des cogneurs de métier. Explosions, tabassages, assassinats : la violence doit permettre de mettre la pression sur les patrons qui méprisent les droits des ouvriers. Seules ses pratiques assurent la survie des organisations syndicales. « Une fois de plus la dynamite et le coup de poing les avaient sauvées, particulièrement dans le secteur du bâtiment », observe Louis Adamic.

Les juges et les jurés refusent de condamner cette violence syndicale pour cause de représailles.

Les criminels deviennent de plus en plus présents dans les bureaux des syndicats et, progressivement, prennent le contrôle des organisations ouvrières. A Chicago, des gangsters comme ceux de la bande d’Al Capone dirigent les syndicats et exercent ainsi une influence politique. Ils assurent une « protection permanente » du syndicat contre un salaire versé chaque mois. Les syndicalistes défendent cette violence criminelle qui demeure le seul moyen de s’opposer à la terreur patronale. Le racket syndical permet d’entamer des carrières criminelles. Inversement, la violence rythme la guerre de classe en Amérique. « L’histoire des gangsters et celle des travailleurs syndiqués sont inextricablement liées », résume Louis Adamic.

A l’origine, les gangs regroupent des petits truands sans envergures. Mais dès lors qu’ils sont utilisés dans le cadre de la guerre de classe, ils construisent de véritables organisations criminelles. Les anciens syndicalistes ouvriers enseignent leurs pratiques aux criminels, comme manier les explosifs.

Le racket de « protection » devient un important secteur d’activité criminelle. Les gangsters déterminent d’abord un périmètre de la ville à contrôler. Ensuite, les commerçants doivent payer pour leur protection. Les gangsters empêchent les autres criminels et commerçants concurrents de s’installer dans le quartier. Ils ouvrent ensuite des lieux comme des bars clandestins pour permettre leur trafic d’alcool. La criminalité permet d’échapper au travail ouvrier et de gagner rapidement beaucoup d’argent. Un gangster comme Al Capone est même soutenu par la population. Il aide financièrement les plus pauvres à partir du racket sur les riches.

Les prolétaires refusent de subir les conditions de vie de classe ouvrière et rejoignent alors dans la classe criminelle. Même les gangsters les plus puissants sont issues dans classes populaires. La misère et le chômage favorise l’essor du crime organisé. L’illégalisme devient largement préférable à la condition de l’honnête ouvrier.

Les travailleurs de l’industrie doivent essuyer insultes et humiliations. Demander un travail ou obéir à un patron détruit toute forme de dignité. « Dans le racket, au moins, vous pouviez être quelqu’un », tranche Louis Adamic. En l’absence de mouvements collectifs de lutte, le basculement dans la vie criminelle s’impose alors comme une évidence.

Louis Adamic évoque des criminels rencontrés en 1929. « Leur mépris du pouvoir en place était sans bornes. Leur statut de hors-la-loi ne les embarrassait nullement. Ils étaient parfaitement conscients de leur supériorité vis-à-vis de la loi et du pouvoir policier », décrit l’écrivain. Des anciens gauchistes refusent de s’enfermer dans le cadre de la légalité pour assurer leur survie. Le trafic d’alcool est justifié par la nécessité d’enfreindre la loi. L’exploitation capitaliste s’apparente à une forme de racket légal. Il devient alors normal de racketter les patrons. « Qu’est-ce qui est pire : le dynamitage d’un immeuble, ou le licenciement de milliers d’hommes au milieu de l’hiver, quand leur famille crève la dalle ? », justifie un gangster. Il méprise les prolétaires qui préfèrent baisser la tête, se soumettre et être humiliés en silence. « Ces maudits prolos et leur fichu docilité face à la souffrance : tout ça me rend malade », poursuit le criminel.

Dans les années 1920 les IWW défendent toujours leurs pratiques de lutte. Mais le syndicalisme semble davantage réprimé et encadré. Le sabotage doit permettre d’attaquer la production et les profits des patrons.

La grève du zèle permet de ralentir les cadences pour privilégier la paresse contre le travail. Pour les wobblies, « le devoir de nuire à la classe propriétaire, à chaque fois qu’une possibilité se présentait, semblait ne jamais abandonner », décrit Louis Adamic.

Les wobblies sont souvent des travailleurs précaires qui changent souvent de métier. Mais ils rejettent l’exploitation capitaliste et le culte du travail bien fait. « Nulle part je ne trouvais d’entrain réel pour le travail, ni - de la part de personne - une fierté quelconque à se trouver obligé de bosser », témoigne Louis Adamic.

Les syndicats et le mouvement ouvrier s’effondrent. Mais des réflexes et des pratiques de lutte perdurent. « Il existait en revanche un puissant mouvement radical inorganisé impliquant des millions de travailleurs, qualifiés ou non, en dehors des syndicats et des partis politiques, socialistes ou communistes », décrit Louis Adamic. La radicalité ne s’exprime pas à travers un projet collectif mais surtout par un désir de vengeance personnelle.

Cet ouvrage présente une description passionnante de l’histoire des luttes ouvrières aux États-Unis. Mais il ne faut pas forcément en déduire une apologie de la violence. Loin de la démarche autoritaire et avant-gardiste des petits groupes armés, la violence politique doit permettre de construire une conscience révolutionnaire. « En définitive, la violence du prolétariat américain durera jusqu’à ce que les travailleurs acquièrent un esprit et des motivations révolutionnaires », souligne Louis Adamic. Seule la lutte radicale permet aux prolétaires de reprendre le contrôle de leur vie.

Source : Louis Adamic, Dynamite ! Un siècle de violence de classe en Amérique (1830-1930), traduction inédite de l’anglais notes et notice de Lac-Han-tse et Laurent Zaïche, Sao Maï, 2010

Extrait de l'avant-propos de l'ouvrage, par les éditions Sao Maï, publié sur le site de la Coordination des intermittents et précaires (CIP-IDF)

Repris sur zones subversives

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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 11:34
1936, Révolution manquée: retour sur l'anayse de Daniel Guérin

Voici une chronique de la réédition du classique de Daniel Guérin sur les grèves de 1936 en France.

La France de 1936 peut faire écho à la situation actuelle. Même si les historiens se gardent de comparaisons hâtives, il semble important d’analyser les luttes passées pour comprendre leur force et leurs limites. En 1936, la crise économique porte la gauche au pouvoir. Mais, dès l’installation de Léon Blum à Matignon, une vague de grèves éclate.

Daniel Guérin propose une analyse libertaire de ce mouvement en 1963, désormais rééditée. Charles Jacquier présente la trajectoire politique et intellectuelle de Daniel Guérin. Né en 1904 dans une famille de la bourgeoisie libérale, il se tourne vers les écrits socialistes, de Marx à Proudhon en passant par Trotsky. Il subit la répression sexuelle et se décide à abattre cet ordre social qui l’empêche de vivre pleinement. « Ce n’était pas dans les livres, c’était en moi d’abord, à travers les années de frustration sexuelle, et c’était au contact de jeunes opprimés que j’avais appris à haïr l’ordre établi. La quête charnelle m’avait délivré de la ségrégation sociale », souligne Daniel Guérin. Il se rapproche du syndicalisme révolutionnaire et de Pierre Monatte. En 1936 il participe à la tendance de gauche de la SFIO, animée par Marceau Pivert.

Après la guerre, il est toujours de toutes les luttes. Il combat le colonialisme et lutte aux côtés des noirs aux États-Unis. Il refuse la séparation dogmatique entre le marxisme hétérodoxe et l’anarchisme. Il influence le renouveau du mouvement libertaire dans les années 1960. Il soutien le mouvement du 22 mars en Mai 68. Ensuite, il rejoint brièvement l’Organisation communiste libertaire (OCL). En 1971, il participe au Front d’Action Homosexuel Révolutionnaire (FHAR) qui lutte pour la révolution sexuelle. En 1980, il rejoint durablement une organisation qui reflète bien ses idées : l’Union des Travailleurs Communistes Libertaires (UTCL). Actuellement, Alternative Libertaire s’inscrit dans cet héritage. Daniel Guérin meurt en 1988.

Comme les communistes de conseils, Daniel Guérin participe à des organisations sans s’identifier à leur idéologie. Il s’attache surtout aux luttes et aux intérêts de la classe ouvrière. Daniel Guérin incarne la minorité révolutionnaire active dans les grèves du Front populaire. Les socialistes et les staliniens ont imposé leur version officielle de ce mouvement, en éludant le point de vue des révolutionnaires. C’est uniquement par la lutte et le rapport de force que les réformes du Front populaires se sont imposées. Comme en Mai 68, le mouvement déborde le cadre réformiste imposé par le Parti Communiste et les syndicats.

Le jeune Daniel Guérin adhère à la section de la SFIO du 20ème arrondissement, qui comprend plusieurs quartiers prolétariens. Il se rapproche des jeunes socialistes qui ont lu Karl Marx. Mais la composition de classe de ce parti se rapproche surtout de la petite bourgeoisie. « Petits artisans ou fonctionnaires, dont l’horizon intellectuel et spirituel ne va guère au-delà de la cuisine électorale ou de la défense de ses intérêts corporatifs », observe Daniel Guérin. Malgré son rejet du stalinisme, il semble attiré par l’ouvriérisme du Parti communiste avec ses prolétaires qui rejettent le monde bourgeois.

Daniel Guérin se sent proche du courant qui s’exprime dans La bataille socialiste, incarné par Jean Zyromski et Marceau Pivert. Jeune enseignant, Marceau Pivert semble proche du mouvement libertaire et du syndicalisme révolutionnaire. « Il aspire à un socialisme par en bas ; au-delà des écrans que forment les partis, il cherche toujours à s’insérer dans le mouvement autonome des masses », décrit Daniel Guérin.

Mais, dégoûté par les magouilles électoralistes, il quitte la SFIO. Daniel Guérin rencontre Pierre Monatte, figure du syndicalisme révolutionnaire qui rejette le parlementarisme. Attaché à la routine du mode de vie petit-bourgeois, Pierre Monatte demeure néanmoins révolutionnaire et internationaliste. Son groupe nourrit une vive détestation à l’égard de l’URSS et des staliniens.

Daniel Guérin rentre au syndicat des correcteurs. Mais les rivalités et les querelles politiciennes rongent le syndicalisme. Au début des années 1930, Daniel Guérin couvre les luttes ouvrières pour le journal Le Cri du peuple. L’échec des mouvements semble lié aux rivalités syndicales alors que la lutte repose sur l’unité à la base, portée par des ouvriers non syndiqués. Les bureaucrates préfèrent perdre une lutte plutôt que de s’engager dans un mouvement de grève. Mais, avec le journalisme, Daniel Guérin semble plus spectateur qu’acteur des luttes sociales.

Dans les années 1930, une crise économique éclate. Le modèle des États-Unis, avec sa production rationalisée, est le premier touché. C’est le retour du chômage de masse. Mais, loin d’une radicalisation des masses pronostiquée par le Parti communiste, cette crise débouche vers un renouveau du patriotisme dans sa version militariste.

Le fascisme, en Italie et en Allemagne, impose le démantèlement du mouvement ouvrier. Daniel Guérin publie un reportage sur l’Allemagne nazie dans Le Populaire. Mais son témoignage ne permet pas à ses contemporains de prendre conscience de la menace fasciste. La France serait immunisée face à cette barbarie. Les intellectuels font même l’éloge du fascisme. « La solidarité de classe prévaut chez eux sur l’humanisme », raille Daniel Guérin.

Le 6 février 1934, les fascistes défilent en masse dans la rue. Ils tentent un coup d’État à travers une émeute particulièrement violente. La montée du fascisme s’explique par la crise. Le chômage touche les classes moyennes urbaines comme les commerçants, les artisans et les petits patrons. Ses petits bourgeois deviennent alors enragés, comme en Allemagne. Mais, à travers le fascisme, ce sont les hommes du grand capital qui imposent leur politique. « Stimulés par l’exemple allemand, ils aspiraient à un gouvernement fort, capable de résoudre la crise au profit des possédants et de pratiquer, autoritairement, par décrets-lois, une politique de déflation aux dépends des masses populaires », analyse Daniel Guérin. Les bandes fascistes, financés par les capitalistes, visent à imposer un gouvernement de droite autoritaire.

Mais le prolétariat riposte de manière unitaire, malgré les querelles des appareils politiques. Le 12 février, au cours d’une grande manifestation, les cortèges socialistes et communistes convergent dans un même mouvement. Cette journée de grève révèle la puissance collective du prolétariat. Mais cet antifascisme populaire doit être offensif. Il ne doit pas se contenter de défendre la démocratie bourgeoise mais doit surtout permettre de transformer le monde. Mais les appareils du mouvement ouvrier orientent l’antifascisme vers l’électoralisme et la démocratie bourgeoise en putréfaction.

Le pacte franco-soviétique permet au Parti communiste français d’amorcer un tournant patriotique. Les bureaucrates de la gauche se retrouvent donc unis derrière cette unanimité de chauvinisme militariste. Les communistes se tournent vers les classes moyennes. Ils se contentent d’un programme réformiste qui se garde d’attaquer la structure du régime capitaliste.

Daniel Guérin rejette le stalinisme et la social-démocratie. Mais, en 1935, il adhère de nouveau à la SFIO en raison de sa démocratie interne. Marceau Pivert anime alors la Gauche révolutionnaire du Parti socialiste. Les trotskistes participent à ce courant mais fantasment toujours sur la création de leur propre Parti de masse qui serait affilié à une ridicule IVème Internationale. Pire, ils semblent espérer prendre le contrôle de la SFIO et peuvent apparaître comme des politiciens manipulateurs. Les trotskistes n’ont pas la moindre influence car ils projettent leurs fantasmes sur la SFIO qui demeure un parti banalement social-démocrate. Ils finissent pas se couper de la classe ouvrière. « Loin de nous isoler des larges masses, ils nous fallaient nous mêler intimement à elles, essayer de les gagner peu à peu à l’idée d’un nouveau regroupement révolutionnaire », propose au contraire Daniel Guérin. Surtout, les trotskistes adoptent des pratiques et des formes d’organisation qui ne les distinguent pas des staliniens. Les trotskistes se considèrent comme une avant-garde hiérarchisée qui doit guider le mouvement. En revanche, les Jeunesses socialistes semblent plus proches des idées de Rosa Luxembourg. « Ils répudiaient la conception militariste et dictatoriale de l’organisation centralisée par en haut et ils luttaient pour des formes d’organisation qui permettent le plein épanouissement de la spontanéité révolutionnaire de la classe ouvrière », décrit Daniel Guérin. Contre les bureaucrates et les militants professionnels, ils tentent de favoriser l’auto-organisation du prolétariat.

La Gauche révolutionaire distingue deux Fronts populaires. Un premier s’apparente à un cartel électoral qui réunit les bureaucraties des partis de gauche. Mais un autre Front populaire devient le mouvement d’unité de lutte dans la rue. C’est cette conception du Front populaire que la Gauche révolutionnaire décide d’appuyer. Pourtant, ce mot d’ordre de Front populaire alimente la confusion et participe à une duperie. Les libertaires privilégient l’action directe de classe. « Aussi appelions-nous les travailleurs à constituer partout leurs comités populaires, comités locaux de salut public, comités d’usine, que nous considérions comme les futurs organes de gestion, de direction et de coordination , comme les embryons du pouvoir populaire substituant à la vielle machine d’État », décrit Daniel Guérin. Les staliniens prônent également la formation de comités populaires et entretiennent ainsi la confusion.

Daniel Guérin ne se sent pas parfaitement à l’aise dans la SFIO. Il apprécie ses camarades de la Gauche révolutionnaire mais reconnaît que les militants socialistes demeurent déconnectés de la classe ouvrière. Il ne croît pas au rituel formaliste du parti avec ses congrès, ses luttes de tendances et sa tactique électorale. En revanche, il croît au syndicalisme pour organiser une révolution sociale.

Léon Blum accède au pouvoir. La Gauche révolutionnaire collabore au nouveau gouvernement. Mais un mouvement de grèves avec occupations d’usines se propagent. Ce ne sont pas les partis et les syndicats mais la spontanéité du prolétariat qui lance la révolte. « Le rapport de forces sociales était renversé, nos vues luxemburgistes sur le mouvement autonome des masses confirmées d’éclatante façon », s’enthousiasme Daniel Guérin. Les ouvriers paralysent l’économie. Mais ils refusent de s’approprier les outils de production pour réorganiser la société. En revanche, le blocage de l’économie alimente la pénurie et la misère. Pour les socialistes et les staliniens le mouvement doit s’arrêter pour ne pas déboucher vers une rupture avec le capitalisme. Les courants révolutionnaires semblent peu influents. En revanche, les staliniens sont particulièrement bien implantés dans les usines, et prêchent la reprise du travail. La Gauche révolutionnaire semble passive, mais apparaît comme proche du gouvernement. « Les masses en grève, sans doute, n’étaient pas révolutionnaires de façon consciente. Elles étaient poussées par des mobiles d’ordre immédiat : pain et dignité humaine », constate Daniel Guérin.

Il vit directement le mouvement. Il participe à un comité local qui ravitaille les usines et anime les occupations. La lutte devient une fête. La musique, les chants, les rires remplacent le bruit des machines. « Indépendamment des revendications, cette grève est en elle-même une joie. Une joie pure. Une joie sans mélange », écrit Simone Weil.

Pendant un mouvement de grève, la vie s’intensifie et devient plus joyeuse. Même si des moments de tension peuvent aussi éclater. Les prolétaires reprennent le contrôle de leur vie. « Une révolution commence. Beaucoup, qui n’avaient que le mot de révolution à la bouche quand elle était encore lointaine, ne la reconnaisse plus quand elle est là », raille Daniel Guérin.

Les syndicalistes révolutionnaires n’apprécient pas ses inorganisés qui ont trop tardé à rejoindre la lutte selon eux. De manière mesquine, ils refusent de participer activement au mouvement. En revanche, les communistes n’hésitent pas à recruter et à coloniser le mouvement. Ils soumettent les ouvriers révoltés à la discipline stalinienne pour imposer la paix sociale. La CGT se confond de plus en plus avec le Parti communiste. Surtout les comités locaux ne tentent pas se fédérer de manière autonome. Ils se contentent de respecter leurs mandats bureaucratiques. « Nous avions joué trop scrupuleusement le jeu de la légalité syndicale. Nous n’avions pas osé lui substituer un embryon de légalité nouvelle : celle des conseils ouvriers », analyse Daniel Guérin.

Les organisations traditionnelles peuvent alors tranquillement museler la lutte. « Ce que nous avions appris, c’était que les structures essentiellement corporatives de l’organisation syndicale, indispensable en période normale pour la défense des intérêts professionnels immédiats des travailleurs, ne suffisaient plus au cours d’une lutte généralisée », reconnaît Daniel Guérin. Dans un mouvement, c’est la base qui doit rythmer la lutte. Les syndicats subissent une bureaucratie et un cloisonnement corporatiste qui empêche d’organiser un mouvement d’ampleur. Seule une fédération des conseils ouvriers peut permettre de construire un mouvement révolutionnaire.

Après le reflux du mouvement, des socialistes tentent de poursuivre la lutte, sans jamais y parvenir. La Gauche révolutionnaire entretien l’illusion selon laquelle le gouvernement Blum défend les intérêts des classes populaires. La bureaucratie impose sa propre logique et ne permet pas de changer la société. « Ç’avait été folie, en vérité, de croire que l’occupation de l’État pouvait conférer le pouvoir réel et la possibilité d’utiliser la machine étatique dans l’intérêt de la classe opprimée », analyse Daniel Guérin. Léon Blum, loin d’un socialisme de combat, cède même face au Sénat qui tente de revenir sur les avancées sociales.

En Espagne, Staline empêche une révolution prolétarienne qui risquerait d’ébranler sur pouvoir bureaucratique. Les staliniens désarment et massacrent les révolutionnaires.

A partir de décembre 1937, des grèves éclatent en région parisienne. Malgré les bureaucraties syndicales liées au stalinisme, les ouvriers désirent reprendre l’offensive face au patronat. La grève perdure jusqu’en avril 1938, malgré l’opposition des états-majors de tous bords. La Gauche révolutionnaire, seul courant politique fidèle à soutenir le mouvement, est accusée de l’avoir provoqué et organisé. En réalité, c’est la colère ouvrière et l’action autonome du prolétariat qui a lancé la lutte.

Avec le tournant social-patrotique de la SFIO, les partisans de Marceau Pivert quittent cette organisation pour fonder le Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP).

Cette nouvelle organisation se réfère à la démocratie ouvrière, avec une liberté critique et des décisions prises de bas en haut. « Donc, chez nous, pas de dogme, de chef vénéré suivi avec résignation ou mysticisme par des moutons dociles, pas de dictature ouverte ou occulte, pas de commandement autoritaire qui ne rend compte à personne des décisions », décrit Daniel Guérin. Ce parti rejette les élections et la bureaucratie.

Les militants du PSOP interviennent dans les entreprises, mais respectent l’autonomie des syndicats qu’ils ne tentent pas de contrôler. Ils luttent pour la destruction des institutions parlementaires afin de créer des soviets et des conseils ouvriers. Comme en Juin 36, les « comités de base » doivent créer un nouveau pouvoir révolutionnaire. Le PSOP rejette la dictature du prolétariat et le bolchevisme. L’auto-organisation du prolétariat prime sur les avant-gardes politiques.

En 1938, le mouvement ouvrier semble s’effondrer. Les tentatives de grève échouent tandis que c’est la bourgeoisie qui reprend l’offensive. En Espagne, la révolution s’effondre. Le POUM et la CNT collaborent avec le pouvoir et privilégient le réformisme républicain sur la perspective d’une rupture révolutionnaire.

Un texte de Barthélémy Schwartz analyse la répression sociale du Front populaire et les causes de l’échec des grèves de Juin 36. Les bureaucraties du mouvement ouvrier ont empêché le développement de la lutte. « Au-delà de l’action des partis de gauche et des syndicats, les évènements de mai-juin 1936 nous rappelle qu’en matière de répression sociale, on n’est jamais mieux servi que par ceux qui nous représentent et parlent en notre nom, du moins tant que la règle du jeu n’aura pas été changée », souligne Barthélémy Schwartz.

Le mouvement de 1936 émerge de manière spontanée. Les syndicats minimisent l’ampleur de la grève et font de la rétention d’information auprès des ouvriers pour mieux négocier avec les patrons. Les syndicats défendent un capitalisme régulé et une administration rationnelle de l’économie. En revanche, il ne s’inscrivent pas dans la perspective d’une rupture avec la logique marchande.

Le patronat demande à l’État d’intervenir. La négociation des accords de Matignon doit permet de briser le mouvement des occupations. Avec les nouvelles réformes, les syndicats deviennent clairement les intermédiaires entre les patrons et les salariés. « Les accords Matignon consacrent ainsi le syndicalisme dans sa fonction sociale de gestion des rapports sociaux avec le patronat et l’État », précise Barthélémy Schwartz. Les syndicats participent alors à la répression des luttes et militent pour la fin du mouvement des occupations.

Les patrons regrettent d'avoir empêché le développement des syndicats dans les entreprises. En effet, ce sont les militants syndicalistes qui appellent à la reprise du travail et à la fin des occupations. « Le patronat approuve la CGT lorsqu’elle explique que si les militants syndicalistes n’avaient pas été réprimé pendant quinze ans dans les entreprises, il n’y aurait pas eu de mouvement des occupations en France », résume Barthélémy Schwartz. Les syndicats s’attachent à empêcher les grèves et privilégient la négociation avec les patrons. Le gouvernement de Front populaire n’est pas l’allié des ouvriers en grève. Au contraire, il s’active afin de permettre un retour à l’ordre.

Ce livre de Daniel Guérin présente deux facettes contradictoires de son auteur.

Un Daniel Guérin syndicaliste évoque longuement les jeux d’appareil, l’unification de la CGT et la tentative de peser dans la SFIO. Il insiste sur l’importance des organisations du mouvement ouvrier.

Mais c’est le Daniel Guérin luxemburgiste qui est privilégié dans cet article. Il insiste sur la spontanéité révolutionnaire contre l’inertie des appareils bureaucratiques. Il évoque les structures d’auto-organisation dans la lutte. Il propose une coordination des conseils ouvriers pour détruire l’État et le capitalisme. C’est le Daniel Guérin qui participe au mouvement de 1936 et le compare à une fête, avec sa joie de vivre et le plaisir de la lutte.

Repris sur Zones subversives.

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 10:34

A l'heure de la crise, d'attaques massives sur nos conditions de vie, de mouvements sociaux de réactionnaire puants, de massacres écologiques, quelle sont nos perspectives de révolution?

Les récents sondages affirment qu’une grosse majorité de la population française pense qu’une explosion sociale va se produire cette année. C’est particulièrement vrai dans la classe ouvrière, alors que les professions libérales et le patronat y croient naturellement moins. A Feu de Prairie nous ne sommes pas très sondages mais vous pourrez trouver les chiffres assez facilement: l’intérêt étant plutôt d’étudier la tendance générale qui se dégage.

Penser qu’un mouvement d’ampleur va avoir lieu, c’est aussi le vouloir. Et puisque les médias et "l’opinion public" s’auto-alimentent dans notre dictature du soft power, il faut comprendre d’où viennent les idées subversives qui traversent des consciences bourgeoises jusque là plutôt tournées vers la solution électorale.

Marx puis Gramsci, ainsi que d’autres penseurs, ont expliqué comment les idées dominantes dans une société sont produites et diffusées par la classe sociale qui est au poste de commande. La question de l’hégémonie culturelle est très important pour comprendre comment historiquement des parties de la population dont les intérêts divergeaient du pouvoir en place l’ont soutenu. L’Église a servi de relais à la défense de l’Ancien Régime dans la paysannerie pendant la Révolution française, par exemple. Actuellement nous sommes à l’aire des monopoles, de l’impérialisme. Les états qui en ont les moyens étendent leur marché en s’affrontant (souvent indirectement pour éviter des conflits généralisés fragilisant leur stabilité: les deux guerres mondiales ont été bien assimilées) et en asservissant d’autres pays, dont les peuples sont maintenus dans la misère. Au niveau idéologique, hors de la voie révolutionnaire, il y a deux grandes tendances dans les pays européens: la social-démocratie et la réaction, incluant le fascisme.

La social-démocratie est représentée en France par "l’aile gauche" du PS, certaines organisations d’extrême gauche, la majeure partie du mouvement syndical et bien sûr le Front de gauche qui théorise cette politique. Leur projet est keynésien, il voudrait relancer "l’état social" contre l’austérité. En fait dans la situation de crise généralisée que l’on traverse, ces politiques ne peuvent être appliquées, les "Trente Glorieuses" sont passées depuis longtemps. C’est donc une impasse terrible, qui se cherche des modèles (Die Linke, Chavez, la Norvège, Jaurès, peu importe) et patine dans une dénonciation très limitée de la "finance" et des "banques" comme cœur du capitalisme, menant dangereusement à la réaction.

Car de l’autre côté il y a un mouvement réactionnaire fort et très organisé qui est apparu au grand jour avec les "manifs pour tous". La droite historique, la grande et la moyenne bourgeoisie, sont dans la rue aux côtés de néofascistes, d’identitaires, de nationalistes-révolutionnaires divers… L’alliance et la légitimation des éléments radicaux se fait "par la base", leur permettant d’avoir une aura plus importante que leur force réelle (quelques centaines de militants dans toute la France, hors FN). Le fascisme apparait petit à petit comme une option valable pour la bourgeoisie voulant défendre son pouvoir, avec de fortes capacités répressives, un discours mobilisateur et très peu de concessions sociales à faire (facile de dénoncer les "banquiers apatrides", les patrons français eux peuvent se la couler douce!).

Il y a donc une mobilisation massive de ces classes sur des mots d’ordre ultra-réactionnaires, avec comme horizon la création d’un front large pour la prise du pouvoir (visible dans les slogans comme dans l’organisation des manifs). Et d’un autre côté, il y a toutes les forces décrépies de la social-démocratie historique rêvant d’un "troisième tour social" ou d’une "sixième république" (et pourquoi pas la 38° aussi?). Celui ci aura certainement lieu au vu des accords sur le travail, l’éducation ou les retraites passant en ce moment à l’assemblée pour restructurer lourdement l’état français. Mais puisque la social-démocratie n’a absolument rien à proposer, il ne faut rien attendre d’une organisation "par le haut" de mouvements sociaux.

C’est ainsi qu’un sondage amalgame les deux tendances contestataires, et leurs revendications bien différentes, donnant l’impression d’une contestation générale du système en place (ce qui est vrai) qui mènerait à un mouvement unifié de protestation (ce qui est délirant). Certains en rêvent… D’autres se préparent à la lutte contre la réaction et à l’effondrement de la social-démocratie. La seule voie viable face à ces deux tendances est ailleurs, c’est l’organisation à la base pour la révolution.

 

Repris sur Feu de prairie.

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