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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 10:15
Charges sociales qui écrasent le petit entrepreneur ou salaire indirect?

Nous sommes abreuvés en permanence de plaintes patronales portant sur les charges qui étoufferaient la croissance et autres joyeusetés. Pour de vrai, elles servent à payer tout une série de services, par le biais de caisses d'assurances publiques telles que le chômage ou les retraites... Voici un petit décryptage de ce qu'est le salaire indirect...

C’est ce qui nous est payé sous l’appellation « cotisations sociales ». Mais vous n’en entendrez pas parler en ces termes sur BFMTV. Forcément, les patrons appellent ça les « charges ». Et réclament à cor et à cri d’en être exonérés… Ce qui revient à ne pas nous verser tout notre salaire ! Charmant programme. Une petite explication s’impose.

On a souvent tendance à penser que le salaire c’est juste ce qu’on touche en net à la fin du mois, ce que l’on appelle le salaire direct, ou salaire net. En même temps c’est assez logique, si on part du point de vue d’un salarié qui lit sa fiche de paie. Le moyen le plus simple pour comprendre la répartition entre salaire direct et indirect est de se mettre dans la peau d’un patron. Prenons donc comme exemple Richard, le patron de Dominique. Dominique travaille toujours dans une usine de montres de luxe …

Chaque mois, Richard verse 2500 € pour payer Dominique. Sur cette somme, 1500 € finissent directement dans la poche de Dominique, c’est son salaire net. 2500-1500= 1000. La part de salaire indirect que paie Richard, c’est donc 1000 €.

Salaire direct

1500€

Salaire indirect : cotisations « salariales » et patronales

1000€

Salaire total

2500€

Du coup, les 1000€ qui restent c’est quoi ?

Dans le langage courant, on dissocie deux catégories de cotisations: les cotisations salariales et patronales. En fait, les deux forment les cotisations sociales dont une partie serait payée par le patron (patronale) et l’autre par le salarié (salariale). Mais cette distinction n’est que théorique. Quand on regarde nos fiches de paie, on peut s’imaginer que notre travail coûte au patron ce qu’on appelle le salaire brut (salaire net + part salariale des cotisations sociales).

Mais le salaire brut est un leurre, le salarié ne paye aucune partie des cotisations sociales. C’est le patron qui, en réalité, paye l’intégralité des cotisations sociales. D’ailleurs, eux ne se font pas d’illusion et entre eux ils parlent de salaire « super brut », c’est-à-dire le salaire net + l’ensemble des cotisations sociales (salaire indirect). Soit le prix d’achat de notre force de travail, le salaire total en somme.

Mais pourquoi les patrons payent les cotisations sociales ?

Ces dernières permettent de financer une partie de la reproduction de la force de travail, c’est-à-dire, tout ce qui fait que le salarié est en capacité de vendre sa force de travail et de fabriquer des nouveaux travailleurs pour demain. Par ailleurs, ces dispositifs ne sont développés que dans certains pays européens. Aux USA, dans les pays émergents, au Japon, c’est le salarié qui paye directement son assurance maladie et qui finance sa retraite.

Donc, concrètement ces cotisations servent à quoi? Et pourquoi appelle-t-on ça du salaire indirect?

Elles servent à alimenter différentes caisses, qui gèrent :

– La sécurité sociale,

– Les retraites.

– L’assurance chômage.

– La CAF.

Ce qui veut dire des choses aussi diverses que le régime de l’Assurance-chômage, le fonds national d’aide au logement, le fonds de solidarité vieillesse, le fonds CMU, le régime retraite complémentaire et prévoyance des employés de maison etc. etc.

Les patrons paient ces cotises à l’URSSAF ( qui veut justement dire « Unions de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales »)

Pourquoi et comment la bourgeoisie attaque les salaires indirects ?

Pour les patrons, le fait de nous payer est en soi une charge. Elle figure dans ce qu’ils appellent « les coûts de production ». Alors pour ne pas baisser de suite le salaire net, parce que ça se voit et que les prolos gueuleraient, autant le faire sur le salaire indirect. Ça tombe bien, c’est exactement le programme du gouvernement PS pour la rentrée 2013! On laisse la parole à notre ministre de l’économie :

« Nous ne pouvons pas continuellement avoir des charges sociales qui pèsent sur le travail. »

Pierre Moscovici, juillet 2012, le Monde.

C’est que s’attaquer aux salaires indirects c’est… Moins direct, justement. Moins visible. Cela crée un déficit des différentes caisses, et ceux sont en définitive victimes de ces attaques sont aussi ceux parmi les prolos qui sont les plus vulnérables, les plus précaires, les chômeurs, les allocataires de la CAF, qui se voient radiés pour un rien, qui voient leurs droits se réduire…

Et oui, rogner sur les cotisations sociales se répercute sur toutes nos vies. Ça veut dire une plus grande part de nos salaires directs pour aider la famille, pour border pépé, attendre plus longtemps pour se soigner, ou encore moins de thunes lorsqu’on perdra notre boulot.

Bien sûr diront certains, Richard (le patron) peut choisir de répercuter la baisse du salaire indirect, en augmentant le salaire direct… C’est vrai ? Mouais, sauf que ce statut existe, il s’appelle l’auto-entreprenariat, les salariés sont payés par le patron direct tout net, sans cotises… Et n’ont clairement pas décroché le jackpot !

Et puis, on voit ce que ça donne dans d’autre pays, comme aux USA, où des millions de personnes sont privées de la moindre couverture maladie : on estime que plus de 60% des banqueroutes privées sont dûes à des problèmes de santé là-bas.

C’est que l’absence de sécu rend super cher le moindre pépin : à coup de 150 $ la consultation au médecin, ou une prise de sang, sans compter qu’aucun hôpital ou médecin américain n’accepte de vous soigner à moins que vous soyez à l’article de la mort, si vous ne pouvez présenter une carte de crédit ou une prise en charge d’assurance.

En un mot, le système américain, c’est soit ton patron te paie ton assurance maladie (une forme de salaire indirect) … Soit c’est vraiment la misère, si tu restes trop longtemps au chômage, ou que tu trouves un travail moins bien payé, là tu dois payer tout seul… Et ça douille.

Alors qu’aux USA, (hormis les « filets de sécurité » type medicare ou medicaid ) c’est en général à l’échelle de l’entreprise que les prolétaires peuvent bénéficier de salaires indirects, la situation est différente en France et dans d’autres pays Européens.

En effet un des résultats de cette forme de salaire indirect, (via les cotisations sociales), c’est de toucher le prolétariat à une échelle beaucoup plus large. Car de cette manière, via les différentes caisses (CAF, Chômage, Sécu etc. ) beaucoup de monde en bénéficie.

On peut même dire que d’une certaine manière, les capitalistes nous paient en bloc, achètent globalement notre force de travail, et l’utilisent lorsqu’ils en ont besoin. D’ailleurs, tout est fait pour qu’en échange des différentes aides, nous soyons à la merci des besoins patronaux, avec par exemple l’obligation pour un chômeur d’accepter n’importe quelle offre d’emploi.

L’étape d’après, on la voit venir un peu partout en Europe, avec la crise. C’est le travail forcé, en échange des aides sociales. C’est alors une attaque encore plus massive puisqu’il s’agit tout bonnement de nous forcer à bosser en échange du versement… De la partie de notre salaire que l’on ne nous avait pas versé directement ! Faut avouer que c’est fortiche ! Je mets une partie de ton salaire sur un compte bloqué, et pour y avoir accès… Faut bosser à l’œil ! Mais on vous en parlera plus en détail prochainement.

En attendant, gardons que lorsque les patrons parlent de charges, ils nous traitent tout simplement de boulets. Pourtant, ce sont les prolétaires qui produisent tout.

Et si aujourd’hui on a bien raison de pas se laisser faire face aux attaques sur quelque part que ce soit de nos salaires, on ne s’arrêtera pas là. Car tant qu’il y a aura le salariat, les patrons tenteront nous payer le moins possible : c’est la règle du jeu, et comme les patrons paient aussi les arbitres… Mais l’abolition pure et simple du salariat ça a une autre gueule. Si nous organisons le communisme, la gratuité, alors on aura directement la réponse à nos besoins… Et plus d’histoire d’argent, entre nous.

Repris sur tantquil.net

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 09:16
Que valent les théories de Bernard Friot? Revolutionnaire où social démocrate farfelu?

A l’heure où le PS se propose de « réformer » les retraites, ou plutôt de les diminuer sous une forme ou une autre, plusieurs voix s’élèvent à gauche pour défendre « d’autres réformes, citoyennes, démocratique, etc. » L’une d’entre elle est celle de Bernard Friot. Un économiste et sociologue, enseignant à Paris X, proche du Front de Gauche. Mais que propose au juste cet universitaire altermondialiste ? Faut-il prendre pour argent comptant ce qu’il dit ? On va essayer de décrypter son projet de « salaire socialisé ».

Pourquoi parler de Friot en particulier ? A tantquil, on a rien de personnel contre lui. Mais il fallait bien commencer quelque part. Et puis les théorie loufoques de Friot sont bien significatives d’un argumentaire qui obtient aujourd’hui de plus en plus d’échos dans l’extrême gauche, y compris libertaire : une gestion alternative du capitalisme serait possible. Il suffirait ainsi de repeindre en rouge le salariat pour faire disparaitre l’exploitation qui va avec d’un bon coup de baguette magique (et citoyenne)… Allons donc voir ça de plus près.

Tout commence bien : Friot fait une critique du discours patronal sur les retraites. Il explique que la hausse de la durée de travail et du départ à la retraite n’est pas inéluctable, ce avec quoi on ne peut qu’être d’accord…

Ensuite, il explique que les cotisations sociales font partie intégrante du salaire, ce qui est son point de départ.

Salaire indirect ou salaire socialisé ?

En effet, les cotisations salariales s’élèvent à 23% du salaire brut et alors que les cotisations patronales représentent environ 50% du salaire. Si elles ne vont pas directement dans la poche du salarié, elles font partie du salaire, elles financent indirectement une série de caisses. Si celles-ci n’existaient pas, ces dépenses coûteraient très cher au salarié : assurance maladie, chômage et retraites.

Par exemple, un smicard qui travaille à plein temps, va toucher 1 121,29€ net. Cela va représenter son salaire direct. Son patron va aussi payer 23% de cotisations salariales et entre 50% et 53% de cotisation patronales. En plus de son salaire direct de 1121,29€, il touche 257,80€ de cotisations salariales et 571,70€ de cotisations patronales, soit 829,60€ de salaire indirect. Il ne touchera pas cet argent directement, qui servira à payer des cotisations dans de diverses caisses d’assurances étatisées.

Ces cotisations payent l’assurance maladie, le chômage, et les retraites. Quand l’état ou le patronat réduisent le montant de ces allocations, de ces prestations ou augmentent la durée de cotisation, ils réduisent le salaire indirect ou salaire différé.

Là où on sera moins d’accord avec Friot est que celui-ci va parler de salaire « socialisé » pour qualifier ce système de cotisation. Socialisé voudrait dire, que ce salaire appartient à tous les salariés, et que tous décident démocratiquement de comment s’en servir.

Or, c’est loin d’être le cas. Le chômage, l’assurance maladie et surtout les retraites fonctionnent comme des caisses d’assurances. Une certaine cotisation (en trimestres, en heures de travail) ouvre droit à une indemnisation plus tard. Ces gigantesques caisses d’assurances sont gérées par l’état, les patrons et les syndicats représentatifs (qui n’ont qu’un tiers des voix), et si les partenaires ne tombent pas d’accord, c’est une loi qui tranche.

Ce mode de gestion est très loin d’être socialisé, mais plutôt étatisé. S’il suffisait à quelque chose d’être financé par des impôts et encadré par l’état pour être « socialisé », les coups de matraques donnés par des flics à des ouvriers qui se font licencier seraient aussi du salaire « socialisé » redistribué généreusement par l’état.

Une grande réforme magique

A partir de l’idée que les cotisations sociales représentent un salaire « socialisé », Friot développe un grand projet de réforme qui fusionnerait capitalisme et communisme, le tout sans violence.

L’idée de base est simple, peut-être un peu trop simple. Tout le monde touche un salaire, qui est indépendant du travail, grâce à une taxe à 100% sur le chiffre d’affaire des entreprises. L’état redistribue cette taxe sous forme de salaire socialisé et tout le monde devient en quelque sorte fonctionnaire avec 4 grades de rémunération correspondant aux diplômes, comme les grades A, B, et C de la fonction publique.

Des mesures fantaisistes voire étranges…

Tout d’abord, son projet présente des réelles incohérences qui rendent ce système au mieux fantaisiste, au pire illusoire. Parmi les incohérences les plus flagrantes :

- Dans son projet, les retraites n’existent pas et les retraités continuent de travailler, mais selon des modalités assez vagues on ne sait pas s’ils travaillent moins, s’ils s’arrêtent de travailler ou s’ils travaillent jusqu’à leur mort.

- Les bourgeois ne sont pas expropriés, ils sont encore à la tête de leur entreprise mais on ne sait pas trop ce qu’ils en font, on les voit mal attendre à se tourner les pouces sans essayer de s’attaquer au salariés.

- Les salaires sont sur une grille de 4 niveaux de 1500 euros à 6000 euros. Ils sont liés au niveau de diplôme. En gros, un prolo niveau bac ou moins, touche 1500 euros, un ou une fonctionnaire à Bac +3 touche 3000 euros, une titulaire de master 2 est à 4500 euros et un docteur ou universitaire touche 6000 euros et comme par hasard Friot est prof de fac. Du coup, dans ce système, il suffit d’avoir des diplômes pour gagner 3 ou 4 fois plus qu’un prolo de base, et en général les plus diplômés ne sont pas les fils de cantonniers ou les filles de mineurs, mais plutôt issus des couches supérieures les plus riches et diplômées.

Socialiser le salariat ou l’abolir ?

C’est tellement simple que ces réformes ne sont pas très loin du grand coup de baguette magique.

Ce projet réformiste présente les mêmes tares que tous les autres projets réformistes: Les patrons vont –il l’accepter comme ça ? Quel va être le rapport de force pour l’imposer ? On voit mal des élections mettre en place le projet « Friotiste »… Et en cas de révolution, ça serait bête de s’arrêter là…

Et oui, si ce projet se propose de changer radicalement le capitalisme, pour gérer le salariat, il ne prend pas en compte la dynamique même qui pourrait amener à ce changement : la révolution sociale.

Or pour nous, l’abolition du salariat, ce n’est pas juste une belle idée : c’est une arme contre les capitalistes. Si, dans la révolution sociale, nous organisons la société en dehors des rapports capitalistes d’échanges et d’exploitation, à quoi leur servira leur capital, leur or, argent ? En somme, abolir le salaire, instaurer la gratuité c’est agir contre le pouvoir que procure l’argent.

L’utopie bancale de Friot est une resucée de veilles recettes réformistes qui est mêlé à des mesures fantaisistes et incohérentes : ce n’est ni réaliste d’un point de vue capitaliste, ni une arme pour nous, dans cette crise. Aussi, ce qui nous étonne le plus dans ce projet est son relatif succès sur Internet mais aussi au travers d’une série de conférences.

Ce succès est le symptôme du fait qu’il n’y a plus que très peu de critique radicale dans le domaine de l’économie politique, qui soit accessible et audible, ce qui laisse le champ libre pour des hurluberlus dans le genre de Bernard Friot. C’est à nous de faire en sorte que les révolutionnaires soient audibles.

Pour ceux qui veulent voir par eux même ce que dit Friot, quelques articles :

http://www.reseau-salariat.info/5abf1bfb96df1682c10a0539ebb8e8b0

« Les retraités, modèles d’une nouvelle production de valeur économique«

http://www.reseau-salariat.info/d6a9997d6ee5288692bd6f2071e6313e

Repris sur Tantquil.net

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