L’ensemble des bâtiments ne présente pas de dangerosité immédiate. Surtout s’ils étaient rénovés. Et la résidence est classée « D » sur l’échelle écolo qui va de A à H. Pas ridicule du
tout pour ce type de bâtiments, qui pourraient se retrouver mieux notés encore après réhabilitation.
"Une volonté politique"
Autre exemple : les chambres de 10,8m², avec les sanitaires dans les couloirs, sont déclarées « trop petites ». Quelle touchante attention… dans le même
temps, le Crous inaugure des chambres bien rénovées, comprenant réfrigérateur et sanitaires, dont la superficie atteint… 10m². Encore plus ubuesque : le protocole prévoit pour les
bâtiments D et F une réhabilitation partielle, le reste de ces bâtiments devant être démoli. Faut-il en déduire que ces immeubles ne sont abimés que d’un côté ? « L’argument ne tient pas la route, soupire Marie-Jo Weil-Ehrhard, présidente de l’Association des amis de la résidence universitaire d’Antony (AARUA). De toute façon, détruire la résidence est une volonté politique de Devedjian. Tout le reste n’est que prétexte. » Il faut accorder au ministre de la Relance
une qualité : l’obstination. « L’idée n’est pas nouvelle, témoigne une membre du collectif de défense de la résidence, qui préfère garder l’anonymat. Dès 1983, Devedjian voulait s’attaquer à la Cité U. » Et il ne s’en est jamais caché. En 1989, alors maire d’Antony, il déclarait à Libé :
« Cette cité s’est développée comme un kyste. » Et remettait le couvert quelques jours plus tard, dans Le Parisien, dans un article au
surtitre sans équivoque : « Plaidoyer du maire d’Antony pour réduire le site des deux tiers. »
Depuis, il n’a eu de cesse de s’acharner sur la Cité U comme un chien sur une vieille pantoufle. Quitte à user de moyens légaux qui en disent long sur la conception de la morale politique de
lui-même et de ses acolytes. En 2004, il fait voter une loi nationale autorisant le transfert de propriété des résidences universitaires entre le Crous et les collectivités locales.
« Il a fait une loi nationale pour son intérêt local », s’indigne notre membre du collectif. Mais il faut croire que les années d’études en droit de notre bon
ministre, à Assas, n’ont pas servi à grand-chose : l’article de loi est mal rédigé, et le transfert rejeté par le Crous de Versailles. Qu’à cela ne tienne. En 2006, un ami qui lui veut du
bien vient à sa rescousse : un amendement est adopté en catimini par le Sénat, dans une loi sur la fonction publique territoriale. Brice Hortefeux, alors ministre des
Collectivités locales, s’adresse en ces termes pour le moins cyniques au sénateur qui a déposé l’amendement : « Et ne manquez pas de transmettre toutes nos amitiés et
notre bon souvenir à Patrick Devedjian. » Ce qui déclenche l’hilarité sur les bancs de l’UMP. Ah, l’humour auvergnat…
Un transfert aux forceps
La brèche enfin ouverte, la CAHB s’y est engouffrée tel l’amiral Nelson à Trafalgar. Le 11 janvier dernier, le transfert de propriété devenait réalité. Et, cette fois-ci, le Crous de Versailles
n’a pas pu s’opposer : malgré une délibération négative de son CA, le transfert s’est fait de force. « S’ils n’ont rien dit, c’est qu’ils ont dû avoir des pressions
de Devedjian et de Pécresse (ministre de l’Enseignement supérieur qui a la tutelle sur le Crous, ndlr) », ajoute notre membre du collectif. En mars dernier, un recours a bien été
déposé contre ce transfert de propriété, mais la date de la décision du tribunal n’est pas encore connue. Alors Devedjian et ses affidés ne perdent pas de temps, et tentent de passer en force.
En moins de 10 mois, c’est la destruction de la moitié de la résidence qui est entérinée. Car le vote de vendredi ne fait pas de doute : l’UMP y détient une large majorité.
« Mais nous déposerons des recours », prévient Marie-Jo Weil-Ehrhard.
Les acolytes associés des Hauts-de-Bièvre ne perdent pas une occasion de gagner la bataille de l’information. Détail cocasse : sur la fiche wikipedia de Georges Siffredi, un passage met la puce à l’oreille. Les trois dernières phrases
reprennent mot pour mot l’argumentaire de la CAHB et des démolisseurs associés. En regardant l’historique de l’article, on s’aperçoit que le passage en question a été modifié le 1er septembre
dernier à 10h52. Auparavant, le passage en question était nettement moins dithyrambique : « En juin 2009, en tant que président de la CAHB, il lance l’opération de
démantèlement de la résidence universitaire Jean Zay d’Antony. » Ça la foutait mal, sans doute. Mais qui est donc le membre « Jpmpmacm », auteur de cette fameuse
correction ? Difficile de le savoir : son adresse IP n’a pas été enregistrée. Un détail cependant : le même, à 11 h 53, a ajouté… une photo de Georges Siffredi. Un opposant, sans
doute, qui lui trouve si belle mine…
Et demain ? Rien n’est encore clair. Une chose est sûre : ces terrains valent cher. Un projet d’"écoquartier" a bien été évoqué, avec une crèche et 30 % de logements sociaux.
Mais nul ne sait de quoi il retourne. Et puis, 30 % de social, ça fait toujours 70 % pour les autres. Et hop ! De la belle mixité sociale !
Document : le protocole adopté par la CAHB :