Actualité du Collectif pour une Alternative Libertaire (CAL)de Montpellier, actualité des luttes. agenda AL Montpellier
Le fichier biométrique regroupant toute la population ne sera
finalement pas mis en oeuvre. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas etre vigilant, un nouveau super-fichier policier a été mis en place et il y peu de perspectives que les socialistes le
suppriment....
Nous avions été parmi les premiers, peu nombreux il est vrai (le journaliste Jean-Marc Manach, la
CNIL, la LDH) à avoir tenté d’alerter nos concitoyens, en particulier via les blogs de Laurent Mucchielli, sur
les nombreux problèmes et dangers soulevés par la proposition de loi « relative à la protection de l’identité ».
Définitivement adoptée par le Parlement le 6 mars 2012 (vote en dernière lecture par l’Assemblée nationale : pour, 285 voix ; contre, 173 voix), ce texte avait finalement institué une
carte nationale d’identité biométrique équipée d’une puce dite « régalienne » contenant de nombreuses données personnelles relatives à son possesseur (dont deux de ses empreintes
digitales) ainsi qu’un fichier dans lequel seraient enregistrées ces mêmes données (appelé « TES » - « Titres électroniques sécurisés » - et rebaptisé « fichier des gens
honnêtes » par le sénateur UMP François Pillet). De plus, ce texte autorisait, sous certaines conditions, l’utilisation des empreintes digitales de chaque demandeur de ce titre inédit à des
fins de police judiciaire.
Rapidement saisi par plus de 200 parlementaires socialistes, communistes et écologistes, le Conseil constitutionnel vient de rendre une décision (22 mars 2012)
dont on ne peut que se réjouir puisqu’elle censure les principales dispositions de cette loi qui avaient suscité les plus vives inquiétudes en matière de fichage et de traçabilité des
personnes.
En effet, rappelant que la nature singulière et l’ampleur des données biométriques collectées ainsi que les larges usages dont celles-ci peuvent faire l’objet à des fins de recherche policière
(tant en matière judiciaire qu’administrative) apparaissent non seulement disproportionnés au regard des finalités officiellement avancées pour en justifier l’absolue nécessité (sécurisation des
procédures de délivrance des documents titres et lutte contre la fraude documentaire) mais aussi attentatoires au respect de la vie privée (article 2 de la Déclaration des droits de l'homme et du
citoyen de 1789), cette institution invalide l’article 5 de la loi ayant créé un fichier biométrique centralisé de la population et son article 10 qui déterminait les modalités d’exploitation des
données personnelles enregistrées dans ce même fichier par les services de police et de gendarmerie nationales.
Le Conseil constitutionnel censure aussi l’article 3 de la loi relatif à la seconde puce facultative contenue dans la carte nationale d’identité biométrique en vue de permettre une identification
de son porteur dans le cadre des réseaux de communications électroniques. À ses yeux, le « législateur a méconnu l'étendue de sa compétence » en raison du caractère très vague de la
formulation de cet article qui ne précise pas notamment la nature des données pouvant être mobilisées à cette fin, les modalités de leur protection et la manière dont il sera possible de s’en
servir pour authentifier certains individus qui, comme les mineurs, sont susceptibles de recourir à cette fonction spécifique.
Pierre PIAZZA
Maître de Conférences en Science politique
Université de Cergy-Pontoise