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Dans l'émission C dans l'air, la correspondante de France 24 et du Figaro en Grèce soutient les néo nazis d'Aube Dorée . Pour elle, les ratonnades ont permis de  "nettoyer" les quartiers athéniens, et les squats d'immigrés. Pour elle les ratonnades sont du "travail social". Quant au salut bras tendu d'Aube dorée, ce n'est qu'un sympathique 'salut grec'.

Ces propos n'ont pas suscité de réaction chez le Figaro ni chez France 24 qui continuent à travailler avec Alexia Kefalas.

 

Cette journaliste bourgeoise, puante dans ses propos, nous montre que la fascisme est souvent la planche de salut du capitalisme qui coule....

 

 


 
Mercredi 30 mai 2012 3 30 /05 /Mai /2012 13:31
- Par AL Montpellier
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crea.jpgUn article de CQFD sur la lutte du Crea de Toulouse qui essaye d'empecher que des familles ne se retrouvent à la rue malgé le harcèlement policier....Le Créa est expulsable à partir du 1er juin.

 

A Toulouse, squatteurs et travailleurs sociaux se sont acoquinés pour faire vivre des lieux hors-normes où les sans-logis peuvent trouver un toit. Entre substitut aux carences institutionnelles et expérience autogérée, cette alliance erroriste casse les briques. Reportage.

 

Au menu, il y a, mazette !, salade périgourdine, garbure au confit de canard – « la sauce avec le vinaigre et les cornichons est excellente ! », tripe le photographe de CQFD –, gâteau au chocolat et îles flottantes. Un vrai gueuleton de dimanche midi que nous partageons dans la cour, à l’abri – il flotte un peu –, à côté des minots qui tapent un baby-foot.

Nous sommes, en ce premier week-end de mars, au squat du Collectif pour la réquisition, l’entraide et l’autogestion (Crea), allée des Demoiselles à Toulouse, dans le cadre des « tribulations de la presse indépendante » organisées par et autour de nos camarades de l’excellent [1] bimestriel Article 11. C’est rassasiés, et après un semi-roupillon devant Les Sentiers de l’utopie [2], que nous écoutons les squatteurs du Crea et les travailleurs sociaux du Groupement pour la défense du travail social (GPS) nous détailler leur épopée commune. Car ici, depuis un an, tout ce petit monde se démène afin que les personnes à la rue aient un toit à se mettre sur la tête. Une alchimie surprenante et ô combien réjouissante, dans des sphères où, d’ordinaire, les positions théoriques annihilent toute action commune.

Le GPS regroupe des travailleurs sociaux du 115 – service censé dégoter des places en centre d’hébergement d’urgence aux sans-abri qui appellent – et de l’Équipe mobile sociale (EMS) qui fait des maraudes dans les rues. Aurélie, éducatrice spécialisée, explique à CQFD : « Le Groupement s’est créé en 2008 en réaction à des coupes claires dans nos budgets et des suppressions de postes. En 2010, le centre d’accueil du centre-ville pour “grands précaires” [3] a été transféré en périphérie, où les gens en galère ne peuvent se rendre facilement. Cet hiver-là, il y a eu une augmentation du nombre de décès, un enterrement tous les trois jours… » Le GPS a alors mobilisé ses troupes, et s’est mis en cheville avec le milieu des squats toulousains pour ouvrir des lieux inoccupés où héberger leurs protégés, et pallier l’incurie de l’État. « En avril 2011, nous avons ouvert le bâtiment de la rue Goudouli avec l’aide des squatteurs, même si nous n’avons pas les mêmes revendications. Au GPS, nous exigeons que le gouvernement lâche des sous ! » Ce lieu, appartenant au ministère des Solidarités et de la Cohésion sociale (sic !), a été rebaptisé Maison Goudouli et légalisé en janvier 2012. Il héberge actuellement dix-sept personnes.

Quant au Crea, il a pris possession de l’immeuble qui abritait autrefois les locaux de l’Association pour la formation professionnelle des adultes (Afpa), situé… de l’autre côté de la cour ! Les pièces communes sont au rez-de-chaussée, et quatre étages ont été transformés en appartements où logent squatteurs et gens de la rue, soit trente personnes dont une quinzaine de gosses. « Il y a longtemps que nous pensions ouvrir un centre social autogéré », explique Mathieu, membre du Crea. Leur objectif ? Accueillir des familles en galère, mais sans hiérarchie, sans usager, sans professionnel, et en s’organisant de façon autonome. « Il y a plusieurs cercles, précise un autre Mathieu, à qui l’on doit cette magnifique garbure. Certains, qui ne logent pas ici, s’occupent du ravitaillement, d’autres animent des ateliers : boxe, art plastique, musique, alphabétisation, cours de français… » Ce sont des gaziers, chauffagistes, électriciens professionnels – membres des Robins des bois – qui sont venus rebrancher l’eau et l’électricité.

C’est fort de cette dynamique que le Crea a lancé cet hiver sa campagne Zéro enfant à la rue, réquisitionnant pas moins de quatre lieux supplémentaires dans la ville rose afin d’héberger d’autres galériens. Car les centres d’accueil toulousains manquent toujours cruellement de place, et « les travailleurs sociaux, tous les soirs, refusent cent à cent quinze personnes faute de lits », souligne Thomas, du Crea. « Au début, le 115 nous envoyait des gens de façon officieuse, poursuit-il. Mais maintenant, même les institutionnels nous appellent ! Le Secours catholique a demandé si nous avions des chambres à louer. Quant aux travailleurs sociaux du 115, ils orientent ouvertement les familles vers nos squats, et le revendiquent. Ils disent ne pas avoir d’autres solutions. » « Pour ça, ils risquent un blâme », souligne Aurélie.

Au quotidien, squatteurs et éducateurs cassent un entre-soi toujours confortable, parfois exigu. « Nous nous confrontons tous les jours à nos postures politiques – “Ne pas parler aux médias bourgeois”, “Les travailleurs sociaux sont des socio-flics”. Or, nous communiquons avec cette presse, et nous bossons avec le GPS. Nous assumons ces contradictions pour pouvoir faire des choses ensemble, précise Mathieu. Même si nous n’avons pas les mêmes logiques : dans les communiqués du Crea, nous martelons un discours offensif contre l’État. On ne veut pas passer pour des humanitaires ! » Pour Aurélie, « cette rencontre enrichit [leurs] réseaux en les mettant en commun. » Des idées commencent même à se diffuser d’un groupe à l’autre : « Des travailleurs sociaux se mettent à critiquer le taf et, inversement, des gens du milieu squat, allergiques au boulot, s’intéressent au travail social ! », plaisante Mathieu.

Diane, présente dans l’assemblée, s’enthousiasme : « Bravo, car vous vous réappropriez la vie et le monde de façon collective, avec des points d’entrée très différents. » Mais Mathieu n’idéalise pas : « Les gens qui viennent se loger ici ne sont pas militants… D’une certaine manière, nous avons imposé l’autogestion ! Mais, dans les familles, quelques-uns s’impliquent totalement dans le projet. Il faudrait discuter avec eux, que vous restiez trois jours ici pour les rencontrer, et qu’ils vous expliquent ce qu’ils vivent [4]. »

C’est entendu, et CQFD reviendra traîner ses guêtres plus longuement si la maréchaussée nous en laisse le temps : le Crea a été assigné en justice, et pourrait bien être expulsé. Les pouvoirs publics aimeraient installer un… centre d’accueil pour SDF. Mais « pas autogéré », a précisé la préfecture.

Mercredi 30 mai 2012 3 30 /05 /Mai /2012 13:03
- Par AL Montpellier
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jeunesse-espagne.jpgUn article sur la situation espagnole de la jeunesse entre précarité et mouvements de masse...

 

Alors que le taux de chômage a connu une hausse continue en Espagne durant huit mois, il atteint aujourd’hui 24,44% de la population active selon l’Institut national de la statistique (INE), soit le taux le plus élevé de chercheurs d’emplois dans le monde industrialisé. Un jeune espagnol sur deux est sans emploi. Les plus touchés sont les jeunes qui rentrent sur le marché du travail, ceux qui s’appellent eux-mêmes la "génération perdue".

Avec peu d’expérience, ses membres sont plus fragilisés que leurs aînés qui possèdent encore – pour ceux qui n’ont pas été licenciés ou n’ont pas vu leur entreprise faire faillite – un emploi.

 

Une situation économique critique

Madrid n’est pas près de relancer la croissance avec des mesures budgétaires de 42 milliards d’euros d’économies cette année. Le pays est rentré dans le cercle des pays moribonds de l’Europe, suivant de peu une Grèce en pleine crise politique.

Le pays a plongé dans la récession au premier trimestre 2012, avec un recul du PIB de 0,3%. La première récession avait débuté en 2008 lors de l’éclatement de la bulle immobilière. Les banques espagnoles sont actuellement sujettes à un audit afin de savoir si l’Etat doit les réapprovisionner cette année.

 

Partir pour pouvoir travailler

Des milliers de jeunes partent à l’étranger. Ils s’expatrient en Amérique du Sud – surtout au Brésil où la croissance crée chaque jour de nouveaux emplois, mais où les conditions de travail sont moins favorables –, aux Etats-Unis, au Canada ou en Europe, principalement en Allemagne, en Grande-Bretagne et en France.

Cristina Velar, une jeune femme de 29 ans, est titulaire d’un Master en marketing et publicité. En Espagne, son diplôme ne trouvait pas de débouchés, alors elle a décidé de venir s’installer à Toulouse. Devenue assistante pédagogique dans un lycée de la ville, elle affirme que : "La différence entre la France et l’Espagne, c’est qu’ici il y a des offres d’emplois, et que là-bas, il n’y en a pas". Elle n’est pas la seule à être venue chercher un emploi en France, abandonnant sa famille dans la péninsule ibérique. Ismael Flores, un Catalan de 29 ans également installé à Toulouse, explique avec fatalisme : "On ne trouve pas en Catalogne, alors on cherche en Espagne, puis en Europe". La situation de ces migrants n’est pas tendre. Ils enchaînent stages et petits boulots, avant de retourner visiter – quand ils le peuvent – leur famille restée au pays.

Ceux qui n’ont pas le courage ou l’opportunité d’aller chercher un emploi à l’étranger ne sont guère mieux lotis. Chômeurs de courte ou longue durée, ils ont peu d’espoir d’arriver à s’insérer un jour sur le marché du travail. Leurs diplômes ne les mènent nulle part et beaucoup d’entre eux ont dû retourner vivre chez leurs parents faute de pouvoir se payer un logement. Ils vivent grâce à l’aide de leur famille. Ils ne peuvent plus s’émanciper, à moins de quitter l’Espagne. Ils forment la base du mouvement dit des "Indignados".

 

Le 15M, entre indignation et solidarité

La jeunesse espagnole exprime sa colère à travers le phénomène des "Indignés". Un an après la première manifestation du 15 mai 2011, ils sont des milliers à avoir envahi la Puerta del Sol à Madrid pour dénoncer les abus des acteurs de la finance, la montée du chômage et la précarité. Du 12 au 15 mai, les forces de l’ordre sont intervenues chaque soir à Madrid pour évacuer la place. Chaque matin, les manifestants sont revenus prendre leurs marques. Ils se sont manifestés par dizaines de milliers dans 80 autres villes espagnoles.

Ils représentent également un vaste élan de solidarité. Ce mouvement s’est mué durant l’année 2011-2012 en véritable collectif. Le 15M milite contre les expulsions des familles qui ne peuvent plus payer leur loyer, avec un succès grandissant. Leur parole est relayée sur les réseaux sociaux, les blogs et les Web télévisions. Le 15M s’attaque également au pouvoir financier. Ils ont manifesté récemment devant plusieurs banques espagnoles afin de demander un changement de méthodes de la part des banquiers, jugés trop arrogants et irresponsables.

 

repris sur Non fiction.fr

Mardi 29 mai 2012 2 29 /05 /Mai /2012 12:56
- Par AL Montpellier
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violence-quebec.jpgVoici un témoignage paru dans la presse bourgeoise...

 

À plusieurs reprises, les gens ont témoigné sur la brutalité policière et la couverture biaisée des médias. J’y ai toujours cru, mais hier soir, j’en ai eu la preuve incontestable.

Entre 21h et 1h, assise avec une camarade de classe, mon chum et quatre amis dans le café L’Escalier qui fait face au parc Émilie-Gamelin, nous avons été témoins d’une scène terrifiante!

À travers les fenêtres, nous observions le jeu du chat et de la souris décrit dans les médias: des manifestants s’enfuyant au son des bombes assourdissantes et sur leurs pas, les policiers, des anti-émeutes et la Sûreté du Québec. Alors qu’on prenait une bière en dansant la salsa, l’air s’est épaissi plus d’une fois de poivre de cayenne, faisant tousser soudainement tous les clients du café.

Puis, un silence horrifié autour de la table. Première scène sur le trottoir du parc. Un manifestant s’enfuit vers le métro. Des policiers le pourchassent. Un premier agent à vélo le renverse en pleine course. Un deuxième lui rentre dedans avec son vélo. Les autres lui sautent dessus et l’arrêtent de la façon la plus brutale imaginable. Deuxième scène sur le même trottoir. Un autre manifestant en fuite. Un agent arrive derrière lui. BANG, coup de matraque derrière le cou. Il chute brutalement. Un deuxième agent soulève son vélo au-dessus de l’homme qui gît maintenant à terre. PAF PAF PAF. Des coups de bicyclette sur le corps immobile.

Une demi-heure plus tard, il y a toujours dix policiers qui l’encerclent. Tout le monde dans le café se demande « pourquoi est-il encore sur le sol? ». Les agents ont l’air nerveux. Ils demandent à un journaliste de ranger sa caméra. Des passants s’approchent, mais restent en périphérie de la scène. Un policier particulièrement enragé leur crie de dégager et les pousse avec force. Il fait presque tomber à la renverse deux ou trois observateurs. C’est de la pure provocation.

Les minutes passent. Le deuxième manifestant arrêté est toujours couché. Les observateurs se font de plus en plus nombreux. Finalement, l’ambulance arrive et on comprend. Ils l’ont sévèrement blessé. On voit les paramédicaux lui mettre un collier cervical et l’emporter sur une civière. La foule rage. Une fille s’approche des policiers, crie, pointe, leur montre le doigt. Du café, on n’entend pas ses mots, mais on voit son émotion. On se demande si elle est amie ou parente du blessé et on se dit qu’on réagirait exactement comme elle si ça nous arrivait.

La salsa est finie. On sort du café et on s’approche du lieu de l’incident. Des flaques de sang sur le trottoir où l’homme a été battu. Notre groupe d’amis, loin d’être tous des carrés rouges, frissonne de peur et de dégoût. L’une d’entre nous a des larmes aux yeux. Ça donne mal au cœur. On se demande tous comment la manifestation sera rapportée dans les médias le lendemain.

Sans grande surprise, ce matin [21 mai 2012] je lis dans La Presse : « Dans le chaos, ce ne sont pas moins de 305 personnes qui ont été arrêtées et une dizaine blessées, dont une gravement. Il s’agit d’un homme d’une quarantaine d’années qui a été blessé à la tête alors qu’il était appréhendé au square Berri. Les policiers venaient de se faire attaquer lorsqu’ils ont chargé, selon un porte-parole. » Dans Le Devoir : « On rapporte pour hier un blessé grave à la tête, mais on ne craindrait pas pour la vie du manifestant. » À Radio-Canada : rien sur l’incident en question.

C’est tout. Les policiers ont été provoqués. Le gars ne va pas mourir. Tout va bien dans le meilleur des mondes.

Mais des questions restent sans réponse. Pourquoi arrêter les manifestants (dont la « violence » se résume, 99,9% du temps, à du vandalisme et des altercations avec les policiers, et non à de la vraie violence envers les personnes) en utilisant une force qui pourrait tuer ou rendre paraplégique? Pourquoi frapper sur une personne déjà à terre? Pourquoi agresser les observateurs qui ne dérangent pas, à moins d’avoir quelque chose à cacher? Et surtout, pourquoi dans la presse ne parle-t-on jamais des motifs et du déroulement des arrestations, seulement de la casse qui « justifie » la brutalité?

Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 15:51
- Par AL Montpellier
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Selon certains intellectuels médiatiques parisiens, “islamophobie” est un terme à bannir absolument du vocabulaire français. Un des principaux arguments mobilisés pour justifier ce bannissement symbolique réside dans l’affirmation selon laquelle le terme a été forgé par les “intégristes iraniens” dans les années 1970 soit pour disqualifier les femmes refusant de porter le tchador, soit pour empêcher toute forme de critique de la religion musulmane:

« Le mot “islamophobie” a une histoire, qu’il vaut mieux connaître avant de l’utiliser à la légère. Il a été utilisé en 1979, par les mollahs iraniens qui souhaitaient faire passer les femmes qui refusaient de porter le voile pour de “mauvaises musulmanes” en les accusant d’être “islamophobes”. (…) En réalité, loin de désigner un quelconque racisme, le mot islamophobie est clairement pensé pour disqualifier ceux qui résistent aux intégristes : à commencer par les féministes et les musulmans libéraux.1 »

« Forgé par les intégristes iraniens à la fin des années 70 pour contrer les féministes américaines, le terme d’«islamophobie», calqué sur celui de xénophobie, a pour but de faire de l’islam un objet intouchable sous peine d’être accusé de racisme.2 »

Pourtant, il n’existe pas de réel équivalent à “islamophobie” en persan. “islam harâssi” semble être le terme persan pour signifier “hostilité contre l’islam”, tandis que “eslam setizi” signifie “antagonisme à l’islam”. Mais il n’existe pas d’adjectif comme “islamophobe”: “eslam setiz” semble possible, mais il n’est pas très utilisé (merci à Farhad Khosrokhavar!).

Qu’en est-il de l’arabe? Deux termes arabes sont utilisés et forment rarement un mot composé comme le terme “islamophobie” en français (mais ce genre de néologisme, en arabe comme en persan, est très rare). On a donc le “classique” عداءالاسلام (‘adâ’ al-islâm, “hostilité à l’islam”) et le terme un peu plus savant, رهابالاسلام (ruhâb al-islâm, “phobie de l’islam”), mais il semble que ce dernier mot ne soit apparu que dans les années 1990 (merci à Yves Gonzalez-Quijano!).

La difficulté à trouver des origines persanes ou arabes au terme “islamophobie” réside dans le fait que, loin d’être une invention “orientale”, il s’agit en fait d’une invention… française! Ce billet vise à présenter et à contextualiser les premiers usages du terme d’islamophobie.

Maurice Delafosse (1870-1926)

En effet, on doit l’invention du néologisme « islamophobie » et ses premiers usages à un groupe d’« administrateurs-ethnologues3 » spécialisés dans les études de l’islam ouest-africain ou sénégalais : Alain Quellien, Maurice Delafosse4 et Paul Marty. Au début du XXe siècle, la connaissance de l’islam apparaît comme une nécessité pour les administrateurs coloniaux qui souhaitent préserver la domination impériale sur les populations musulmanes colonisées. La production d’un savoir à prétention scientifique est donc intrinsèquement liée au projet de domination coloniale. Cette volonté de savoir se traduit par la multiplication d’études ethnologiques, souvent denses et érudites, sur l’« islam noir ». Le lien entre savoir ethnologue et politique coloniale est incarné par deux éléments : i) la publication de la prestigieuse revue de la mission scientifique du Maroc, la Revue du monde musulman ; ii) la circulation de ses administrateurs-ethnologues entre l’espace administratif colonial et l’espace académique, notamment le passage, en tant qu’élève ou enseignant, dans des lieux de formations spécifiques tels que l’École coloniale et l’École spéciale des langues orientales5. Pour ces administrateurs, l’enjeu principal consiste à définir la « bonne » politique coloniale en vue de gagner la confiance et une certaine légitimité auprès des colonisés. Dans cette perspective, l’islamophobie est définie selon deux acceptions : une islamophobie de gouvernement et une islamophobie savante.

Dans un article de 1910 sur l’état de l’Islam en Afrique occidentale française, Delafosse dénonce la composante de l’administration coloniale affichant ouvertement son hostilité à l’encontre des musulmans et de la religion musulmane.

« Quoi qu’en disent ceux pour qui l’islamophobie est un principe d’administration indigène, la France n’a rien de plus à craindre des Musulmans en Afrique occidentale que des non-Musulmans. (…) L’islamophobie n’a donc pas raison d’être dans l’Afrique occidentale, où l’islamophilie, dans le sens d’une préférence accordée aux Musulmans, créerait d’autre part un sentiment de méfiance parmi les populations non-musulmanes, qui se trouvent être les plus nombreuses. L’intérêt de la domination européenne, comme aussi l’intérêt bien entendu des indigènes, nous fait donc un devoir de désirer le maintien du statu quo et de garder une neutralité absolue vis-à-vis de tous les cultes.6 »

L’islamophobie est ainsi définie comme un mode de gouvernement, un traitement différentiel fondé sur un critère religieux, dont la valeur est déconnectée de toutes considérations morales et déterminée au contraire par un politique de domination pragmatique. L’islamophobie s’oppose à l’« islamophilie », « préférence accordée aux musulmans », qui n’est pas forcément le mode de gouvernement le plus approprié en Afrique de l’Ouest parce qu’il déboucherait sur l’inimitié de la majorité des colonisés non-musulmans. L’islamophobie de gouvernement est par ailleurs associée à ce que Marty appelle « l’islamophobie ambiante7 », qui n’est pas restreinte aux seuls cercles de l’administration coloniale.

Or, selon ces administrateurs-ethnologues, l’islamophobie ambiante s’appuie sur une islamophobie savante. Dans une recension du livre L’âme d’un peuple africain : les Bambara de l’abbé Henry (1910), Delafosse dénonce l’« islamophobie féroce8 » de sa description des coutumes Bambara, mais c’est Quellien qui élabore la critique la plus systématique de l’islamophobie savante. Dans sa thèse de droit sur la « politique musulmane dans l’Afrique occidentale française », soutenue et publiée en 1910, il définit l’islamophobie comme un « préjugé contre l’Islam » :

« L’islamophobie – Il y a toujours eu, et il y a encore, un préjugé contre l’Islam répandu chez les peuples de civilisation occidentale et chrétienne. Pour d’aucuns, le musulman est l’ennemi naturel et irréconciliable du chrétien et de l’Européen, l’islamisme est la négation de la civilisation, et la barbarie, la mauvaise foi et la cruauté sont tout ce qu’on peut attendre de mieux des mohamétans.9 »

Or, pour Quellien, il « semble que cette prévention contre l’Islam soit un peu exagérée, le musulman n’est pas l’ennemi né de l’Européen, mais il peut le devenir par suite de circonstances locales et notamment lorsqu’il résiste à la conquête à main armée10 ». Pour démontrer que le musulman n’est pas l’ennemi de l’Européen, il s’appuie sur les témoignages des « explorateurs » Adolf Overweg et Heinrich Barth, membres d’une expédition scientifique britannique en Afrique (1849)11, et de Louis-Gustave Binger, officier et administrateur colonial français en Côte d’Ivoire12, qui ont été « fort bien reçus dans les villes et chez les tribus mohamétanes13 » et n’ont « jamais [été] inquiétés à cause de leur religion ». Quellien considère que l’Islam a une « valeur morale incontestable » et qu’il «  a partout élever le sens moral et l’intelligence des peuples qu’il a arrachés au fétichisme et à ses pratiques dégradantes ». Il s’inscrit donc en faux contre l’opinion de l’explorateur-géologue allemand Oskar Lenz qui considère que « l’Islam est l’ennemi de tout progrès et qu’il n’existe que par la force de sa propre inertie qui le laisse inattaquable14 » ou que « l’Islam veut dire stationnement et barbarie, tandis que le Christianisme représente la civilisation et le progrès15 ».

Quellien entreprend ensuite de contredire les principaux « reproches » adressés à l’Islam (la « guerre sainte », l’esclavage, la polygamie, le fatalisme et le fanatisme) en mobilisant des arguments anti-essentialistes et historiques. Il va même jusqu’à affirmer que l’Islam « ne semble pas (…) en opposition avec l’idée de la conquête des contrées musulmanes par les puissances européennes16 » dans la mesure où, selon certains jurisconsultes musulmans, « quand un peuple musulman a résisté à l’invasion des chrétiens, autant et aussi longtemps que ses moyens de résistance le lui ont permis, il peut discontinuer la lutte et accepter la domination des conquérants si ceux-ci garantissent aux musulmans le libre exercice de leur religion et le respect de leurs femmes et de leurs filles ».

Portrait de Sliman Ben Ibrahim par Étienne Dinet, 1904.

C’est dans une perspective analogue de critique de l’orientalisme que se situent les écrits d’Étienne Dinet (1861-1929) et de Sliman Ben Ibrahim (1870-1953). Dinet est un artiste peintre issu d’une famille catholique bourgeoise circulant entre la France et l’Algérie, et Ben Ibrahim un musulman d’Algérie religieux et érudit. Ils se sont rencontrés à l’occasion d’une rixe entre Dinet et des Juifs d’Algérie (Dinet a été « sauvé » par Ben Ibrahim17 ). Dinet se convertit à l’islam en 1913 et devient un « artiste militant ». Parallèlement à son activité de peintre (il est un des représentants de la peinture orientaliste algérienne18 ), il milite pendant la Première Guerre mondiale pour le rapatriement et l’enterrement des tirailleurs musulmans algériens en Algérie ainsi que pour la construction de la Grande Mosquée de Paris (inaugurée en 1926). Il se situe dans une optique analogue à celle des administrateurs-ethnologues sans pour autant faire partie de l’administration coloniale. Il souhaite vivement l’« union franco-musulmane » et l’égalité entre colons et colonisés dans le cadre de l’empire, afin d’éviter le séparatisme anti-colonialiste et le triomphe du communisme en territoire colonisé. Ce n’est qu’après l’échec des propositions du gouverneur général d’Algérie, Maurice Viollette, visant à accorder une représentation nationale et les droits politiques à une minorité de musulmans algériens, que Dinet désespère de la politique et se réfugie dans l’idée d’un pèlerinage à la Mecque.

Pour Dinet et Ben Ibrahim, l’islamophobie renvoie d’abord aux « orientalistes modernes19 » ayant introduit des « innovations » dans la biographie du Prophète Mohammed. Ainsi, « l’étude des innovations (…) introduites dans l’histoire du Prophète nous a permis de constater que, parfois, elles étaient inspirées par une Islamophobie difficilement conciliable avec la science, et peu digne de notre époque ». Ils dénoncent leur « singulière ignorance des mœurs arabes » et tentent une histoire du Prophète en s’inspirant des écrits d’auteurs musulmans classiques (Ibn Hicham, Ibn Saâd, etc.) et d’un historien moderne, Ali Borhan’ed Dine El Halabi. Dinet et Ben Ibrahim émettent une critique interne à l’orientalisme : l’islamophobie est un préjugé incompatible avec la démarche scientifique.

Par ailleurs, Dinet utilise le terme d’islamophobie comme synonyme d’arabophobie pour désigner et dénoncer certains acteurs politiques et colons d’Algérie :

« Si ce projet [Viollette] est repoussé, ce sera le triomphe des Arabophobes et du Militarisme devant le monde entier au moment du Centenaire [de la conquête d'Algérie en 1830], et un fossé creusé pour jamais entre Français et Musulmans malgré les protestations d’amour qu’on aura dictées aux Caïds en les couvrant de Légion d’Honneur des pieds jusqu’au turban. Si le projet est adopté ce seront des cris de fureur fanatique de la part de tous les politiciens vivant d’arabophobie et cherchant à soulever les Colons… contre leurs vrais intérêts20. »

« Je me demande ce que Violette pense du discours de Tardieu [contre le projet] à la Commission des réformes en faveur des indigènes pour le Centenaire ? Ici, les Islamophobes sont dans l’enthousiasme car c’est l’enterrement définitif. (…) Il ne se doute pas de la réclame qu’il vient de faire au Bolchévisme !…21 »

À l’issue de leur pèlerinage, Dinet et Ben Ibrahim publie un récit de voyage où ils développent en conclusion les trois éléments qui les ont particulièrement frappés – « la vitalité de la foi musulmane, la puissance formidable de la foi musulmane et la persistance d’une hostilité plus ou moins déguisée de l’Europe contre l’Islam22 » – cette dernière étant la définition proposée de l’islamophobie. Mais il précise ce qu’ils entendent par islamophobie de trois manières.

Tout d’abord, ils l’inscrivent dans une histoire longue remontant aux Croisades. Selon eux, « [m]alheureusement, l’Europe a des traditions politiques qui datent des Croisades ; elle ne les a pas abandonnées et, si elle est tentée de les oublier, les Islamophobes tels que [William E.] Gladstone [ancien Premier ministre britannique], [Lord] Cromer [consul britannique en Egypte], [Arthur J.] Balfour [ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères britannique], l’archevêque de Canterbury et les missionnaires de toutes confessions, etc., se dressent immédiatement pour l’y ramener23 ».

Ensuite, l’islamophobie est entendue comme une idéologie de conquête qui devrait logiquement s’effacer à mesure que les résistances armées aux conquêtes coloniales sont brisées : « L’islamophobie ne pouvant plus rien rapporter devrait donc s’éteindre et disparaître. Si elle persistait, elle prouverait définitivement à toute l’Asie et à toute l’Afrique que l’Europe veut les asservir à un joug de plus en plus tyrannique. (…) Si, au contraire, l’Europe s’entendait cordialement avec l’Islam, la paix du monde serait assurée24 ». L’alliance entre l’Europe et l’Islam serait ainsi une « barrière infranchissable » pour la « menace du péril jaune » et du péril communiste…

Dinet et Ben Ibrahim proposent enfin une typologie de l’islamophobie, en distinguant l’« islamophobie pseudo-scientifique25 » et l’« islamophobie cléricale26 ». Pour illustrer ces deux types d’islamophobie, ils ne donnent qu’un seul exemple : le livre L’islam de Samuel W. Zwemer, professeur d’histoire des religions à l’université de Princeton, dont la traduction des versets du Coran conduit le lecteur à croire que l’islam est une religion polythéiste… et qui contient un véritable appel à la guerre contre l’Islam27. Selon eux, « lorsqu’un savant étudie un sujet, il se passionne pour lui et il lui découvre toutes les beautés imaginables28» mais «[i]l n’est qu’une seule exception à cette règle, et c’est encore l’Islam qui en est victime. En effet, il existe aujourd’hui un groupe d’Orientalistes qui n’étudient la langue arabe et la religion musulmane que dans le but de les salir et de les dénigrer29 ». Ces « savants oublieux des principes de la science impartiale30 » ont « comblé de joie les missionnaires, qui, de leur côté, ont redoublé d’ardeur prosélyte ». Ils poursuivent ainsi leur critique des orientalistes entamée dans L’Orient vu par l’Occident31, où ils prennent pour cible les ouvrages du jésuite belge arabisant Henri Lammens et Mohammed et la fin du monde de Paul Casanova, professeur au Collège de France.

Quand La vie de Mohammed est traduit en anglais en 1918, le terme islamophobie est traduit par l’expression « feelings inimical to Islam32» et ne migre pas à ce moment du français vers l’anglais. Il apparaît pour la première fois en anglais en 1924 dans une recension de L’Orient vu par l’Occident, mais l’auteur ne fait que citer Dinet et Ben Ibrahim et ne se réapproprie pas le terme33. Il réapparaît en anglais seulement en 1976 sous la plume d’un islamologue dominicain d’Egypte, Georges C. Anawati, qui lui donne une toute autre signification que celle Dinet et Ben Ibrahim. Selon lui, la tâche de l’orientaliste non-musulman est d’autant plus difficile qu’il serait « obligé, sous peine d’être accusé d’islamophobie, d’admirer le Coran en totalité et de se garder de sous-entendre la moindre critique sur la valeur du texte34 ». L’orientaliste Anawati  est un peu l’inventeur de l’idée, qui connaîtra un succès médiatique grandissant, de « chantage à l’islamophobie ».

Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 13:41
- Par AL Montpellier
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